SigPhi · Denis Diderot

Jacques le fataliste et son maître (French)

French

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--Ah! monseigneur, vous comblez mon âme de joie! dans ce moment c'est tout ce que je redoutais.

Dès le soir même Hudson eut l'ordre d'élargissement, et le lendemain Richard et son compagnon, dès la pointe du jour, étaient à vingt lieues de Paris, sous la conduite d'un exempt qui les remit dans la maison professe. Il était aussi porteur d'une lettre qui enjoignait au général de cesser de pareilles menées, et d'imposer la peine claustrale à nos deux religieux.

Cette aventure jeta la consternation parmi les ennemis d'Hudson; il n'y avait pas un moine dans sa maison que son regard ne fît trembler.

Quelques mois après il fut pourvu d'une riche abbaye. Le général en conçut un dépit mortel. Il était vieux, et il y avait tout à craindre que l'abbé Hudson ne lui succédât. Il aimait tendrement Richard. «Mon pauvre ami, lui dit-il un jour, que deviendrais-tu si tu tombais sous l'autorité du scélérat Hudson? J'en suis effrayé. Tu n'es point engagé; si tu m'en croyais, tu quitterais l'habit...» Richard suivit ce conseil, et revint dans la maison paternelle, qui n'était pas éloignée de l'abbaye possédée par Hudson.

Hudson et Richard fréquentant les mêmes maisons, il était impossible qu'ils ne se rencontrassent pas, et en effet ils se rencontrèrent.

Richard était un jour chez la dame d'un château situé entre Châlons et Saint-Dizier, mais plus près de Saint-Dizier que de Châlons, et à une portée de fusil de l'abbaye d'Hudson. La dame lui dit: «Nous avons ici votre ancien prieur: il est très-aimable, mais, au fond, quel homme est-ce?

--Le meilleur des amis et le plus dangereux des ennemis.

--Est-ce que vous ne seriez pas tenté de le voir?

--Nullement...»

À peine eut-il fait cette réponse, qu'on entendit le bruit d'un cabriolet qui entrait dans les cours, et qu'on en vit descendre Hudson avec une des plus belles femmes du canton. «Vous le verrez malgré que vous en ayez, lui dit la dame du château, car c'est lui.»

La dame du château et Richard vont au-devant de la dame du cabriolet et de l'abbé Hudson. Les dames s'embrassent: Hudson, en s'approchant de Richard, et le reconnaissant, s'écrie: «Eh! c'est vous, mon cher Richard? vous avez voulu me perdre, je vous le pardonne; pardonnez-moi votre visite au petit Châtelet, et n'y pensons plus.

--Convenez, monsieur l'abbé, que vous étiez un grand vaurien.

--Cela se peut.

--Que, si l'on vous avait rendu justice, la visite au Châtelet, ce n'est pas moi, c'est vous qui l'auriez faite.

--Cela se peut...C'est, je crois, au péril que je courus alors, que je dois mes nouvelles moeurs. Ah! mon cher Richard, combien cela m'a fait réfléchir, et que je suis changé!

--Cette femme avec laquelle vous êtes venu est charmante.

--Quelle taille!

--Cela m'est devenu bien indifférent.

--Quel embonpoint!

--On revient tôt ou tard d'un plaisir qu'on ne prend que sur le faîte d'un toit, au péril à chaque mouvement de se rompre le cou.

--Elle a les plus belles mains du monde.

--J'ai renoncé à l'usage de ces mains-là. Une tête bien faite revient à l'esprit de son état, au seul vrai bonheur.

--Et ces yeux qu'elle tourne sur vous à la dérobée; convenez que vous, qui êtes connaisseur, vous n'en avez guère attaché de plus brillants et de plus doux. Quelle grâce, quelle légèreté et quelle noblesse dans sa démarche, dans son maintien!

--Je ne pense plus à ces vanités; je lis l'Écriture, je médite les Pères.

--Et de temps en temps les perfections de cette dame. Demeure-t-elle loin du Moncetz? Son époux est-il jeune?...»

Hudson, impatienté de ces questions, et bien convaincu que Richard ne le prendrait pas pour un saint, lui dit brusquement: «Mon cher Richard, vous vous f...de moi, et vous avez raison.»

Mon cher lecteur, pardonnez-moi la propriété de cette expression; et convenez qu'ici comme dans une infinité de bons contes, tels, par exemple, que celui de la conversation de Piron et de feu l'abbé Vatri, le mot honnête gâterait tout.--Qu'est-ce que c'est que cette conversation de Piron et de l'abbé Vatri?--Allez la demander à l'éditeur de ses ouvrages, qui n'a pas osé l'écrire; mais qui ne se fera pas tirer l'oreille pour vous la dire.

Nos quatre personnages se rejoignirent au château; on dîna bien, on dîna gaiement, et sur le soir on se sépara avec promesse de se revoir...Mais tandis que le marquis des Arcis causait avec le maître de Jacques, Jacques de son côté n'était pas muet avec monsieur le secrétaire Richard, qui le trouvait un franc original, ce qui arriverait plus souvent parmi les hommes, si l'éducation d'abord, ensuite le grand usage du monde, ne les usaient comme ces pièces d'argent qui, à force de circuler, perdent leur empreinte. Il était tard; la pendule avertit les maîtres et les valets qu'il était l'heure de se reposer, et ils suivirent son avis.

Jacques, en déshabillant son maître, lui dit: Monsieur, aimez-vous les tableaux?

Oui, mais en récit; car en couleur et sur la toile, quoique j'en juge aussi décidément qu'un amateur, je t'avouerai que je n'y entends rien du tout; que je serais bien embarrassé de distinguer une école d'une autre; qu'on me donnerait un Boucher pour un Rubens ou pour un Raphaël; que je prendrais une mauvaise copie pour un sublime original; que j'apprécierais mille écus une croûte de six francs; et six francs un morceau de mille écus; et que je ne me suis jamais pourvu qu'au pont Notre-Dame, chez un certain Tremblin, qui était de mon temps la ressource de la misère ou du libertinage, et la ruine du talent des jeunes élèves de Vanloo.

Et comment cela?

Qu'est-ce que cela te fait? Raconte-moi ton tableau, et sois bref, car je tombe de sommeil.

Placez-vous devant la fontaine des Innocents ou proche la porte Saint-Denis; ce sont deux accessoires qui enrichiront la composition.

M'y voilà.

Voyez au milieu de la rue un fiacre, la soupente cassée, et renversé sur le côté.

Je le vois.

Un moine et deux filles en sont sortis. Le moine s'enfuit à toutes jambes. Le cocher se hâte de descendre de son siége. Un caniche du fiacre s'est mis à la poursuite du moine, et l'a saisi par sa jaquette; le moine fait tous ses efforts pour se débarrasser du chien. Une des filles, débraillée, la gorge découverte, se tient les côtés à force de rire. L'autre fille, qui s'est fait une bosse au front, est appuyée contre la portière, et se presse la tête à deux mains. Cependant la populace s'est attroupée, les polissons accourent et poussent des cris, les marchands et les marchandes ont bordé le seuil de leurs boutiques, et d'autres spectateurs sont à leurs fenêtres.

Comment diable! Jacques, ta composition est bien ordonnée, riche, plaisante, variée et pleine de mouvement. À notre retour à Paris, porte ce sujet à Fragonard; et tu verras ce qu'il en saura faire.

Après ce que vous m'avez confessé de vos lumières en peinture, je puis accepter votre éloge sans baisser les yeux.

Je gage que c'est une des aventures de l'abbé Hudson?

Il est vrai.

Lecteur, tandis que ces bonnes gens dorment, j'aurais une petite question à vous proposer à discuter sur votre oreiller: c'est ce qu'aurait été l'enfant né de l'abbé Hudson et de la dame de La Pommeraye?--Peut-être un honnête homme.--Peut-être un sublime coquin.--Vous me direz cela demain matin.

Ce matin, le voilà venu, et nos voyageurs séparés; car le marquis des Arcis ne suivait plus la même route que Jacques et son maître.--Nous allons donc reprendre la suite des amours de Jacques?--Je l'espère; mais ce qu'il y a de bien certain, c'est que le maître sait l'heure qu'il est, qu'il a pris sa prise de tabac et qu'il a dit à Jacques: «Eh bien!

Jacques, tes amours?»

Jacques, au lieu de répondre à cette question, disait: N'est-ce pas le diable! Du matin au soir ils disent du mal de la vie, et ils ne peuvent se résoudre à la quitter! Serait-ce que la vie présente n'est pas, à tout prendre, une si mauvaise chose, ou qu'ils en craignent une pire à venir?

Je n'y crois ni décrois; je n'y pense pas. Je jouis de mon mieux de celle qui nous a été accordée en avancement d'hoirie.

Pour moi, je me regarde comme en chrysalide; et j'aime à me persuader que le papillon, ou mon âme, venant un jour à percer sa coque, [50] Sterne a dit dans ses _Mémoires_: «Consulte une chenille, et le papillon résoudra ta question.» (BR.)

Votre image est charmante.

Elle n'est pas de moi; je l'ai lue, je crois, dans un poëte italien appelé Dante, qui a fait un ouvrage intitulé: _la Comédie de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis_[51].

[51] «Non v'acorgete voi che noi siam vermi Nati a formar l'angelica farfalla Che vola alla giustizia senza schermi?»

DANTE ALIGHIERI, _Purgatorio_, canto X, v. 123. (BR.)

Voilà un singulier sujet de comédie!

Il y a, pardieu, de belles choses, surtout dans son enfer. Il enferme les hérésiarques dans des tombeaux de feu, dont la flamme s'échappe et porte le ravage au loin; les ingrats, dans des niches où ils versent des larmes qui se glacent sur leurs visages; et les paresseux, dans d'autres niches; et il dit de ces derniers que le sang s'échappe de leurs veines, et qu'il est recueilli par des vers dédaigneux...Mais à quel propos ta sortie contre notre mépris d'une vie que nous craignons de perdre?

À propos de ce que le secrétaire du marquis des Arcis m'a raconté du mari de la jolie femme au cabriolet.

Elle est veuve!

Elle a perdu son mari dans un voyage qu'elle a fait à Paris; et le diable d'homme ne voulait pas entendre parler des sacrements. Ce fut la dame du château où Richard rencontra l'abbé Hudson qu'on chargea de le réconcilier avec le béguin?

Que veux-tu dire avec ton béguin?

Le béguin est la coiffure qu'on met aux enfants nouveau-nés!

Je t'entends. Et comment s'y prit-elle pour l'embéguiner?

On fit cercle autour du feu. Le médecin, après avoir tâté le pouls du malade, qu'il trouva bien bas, vint s'asseoir à côté des autres. La dame dont il s'agit s'approcha de son lit, et lui fit plusieurs questions; mais sans élever la voix plus qu'il ne le fallait pour que cet homme ne perdît pas un mot de ce qu'on avait à lui faire entendre; après quoi la conversation s'engagea entre la dame, le docteur et quelques-uns des autres assistants, comme je vais vous la rendre.

Eh bien! docteur, nous direz-vous des nouvelles de Mme de Parme?

Je sors d'une maison où l'on m'a assuré qu'elle était si mal qu'on n'en espérait plus rien.

Cette princesse a toujours donné des marques de piété. Aussitôt qu'elle s'est sentie en danger, elle a demandé à se confesser et à recevoir ses sacrements.

Le curé de Saint-Roch lui porte aujourd'hui une relique à Versailles; mais elle arrivera trop tard.

Madame Infante n'est pas la seule qui donne de ces exemples. M. le duc de Chevreuse, qui a été bien malade, n'a pas attendu qu'on lui proposât les sacrements, il les a appelés de lui-même: ce qui a fait grand plaisir à sa famille.

Il est beaucoup mieux.

UN DES ASSISTANTS.

Il est certain que cela ne fait pas mourir; au contraire.

En vérité, dès qu'il y a du danger on devrait satisfaire à ces devoirs-là. Les malades ne conçoivent pas apparemment combien il est dur pour ceux qui les entourent, et combien cependant il est indispensable de leur en faire la proposition!

Je sors de chez un malade qui me dit, il y a deux jours: «Docteur, comment me trouvez-vous?

--Monsieur, la fièvre est forte, et les redoublements fréquents.

--Mais croyez-vous qu'il en survienne un bientôt?

--Non, je le crains seulement pour ce soir.

--Cela étant, je vais faire avertir un certain homme avec lequel j'ai une petite affaire particulière, afin de la terminer pendant que j'ai encore toute ma tête...» Il se confessa, il reçut tous ses sacrements.

Je revins le soir, point de redoublement. Hier il était mieux; aujourd'hui il est hors d'affaire. J'ai vu beaucoup de fois dans le courant de ma pratique cet effet-là des sacrements.

LE MALADE, à son domestique.

Apportez-moi mon poulet.

On le lui sert, il veut le couper et n'en a pas la force; on lui en dépèce l'aile en petits morceaux; il demande du pain, se jette dessus, fait des efforts pour en mâcher une bouchée, qu'il ne saurait avaler, et qu'il rend dans sa serviette; il demande du vin pur; il y mouille les bords de ses lèvres, et dit: «Je me porte bien...» Oui, mais une demi-heure après il n'était plus.

Cette dame s'y était pourtant bien prise...et tes amours?

Et la condition que vous avez acceptée?

J'entends...Tu es installé au château de Desglands, et la vieille commissionnaire Jeanne a ordonné à sa jeune fille Denise de te visiter quatre fois le jour, et de te soigner. Mais avant que d'aller en avant, dis-moi, Denise avait-elle son pucelage?

JACQUES, en toussant.

Je le crois.

Et toi?

Le mien, il y avait beaux jours qu'il courait les champs.

Tu n'en étais donc pas à tes premières amours?

Pourquoi donc?

C'est qu'on aime celle à qui on le donne, comme on est aimé de celle à qui on le ravit.

Quelquefois oui, quelquefois non.

Et comment le perdis-tu?

Je ne le perdis pas; je le troquai bel et bien.

Dis-moi un mot de ce troc-là.

Ce sera le premier chapitre de saint Luc[52], une kyrielle de _genuit_ à ne point finir, depuis la première jusqu'à Denise la dernière.

[52] Les quarante _genuit_ sont de saint Matthieu, chap. 1er.

Qui crut l'avoir et qui ne l'eut point.

Et avant Denise, les deux voisines de notre chaumière.

Qui crurent l'avoir et qui ne l'eurent point.

Non.

Manquer un pucelage à deux, cela n'est pas trop adroit.

Tenez, mon maître, je devine, au coin de votre lèvre droite qui se relève, et à votre narine gauche qui se crispe, qu'il vaut autant que je fasse la chose de bonne grâce, que d'en être prié; d'autant que je sens augmenter mon mal de gorge, que la suite de mes amours sera longue, et que je n'ai guère de courage que pour un ou deux petits contes.

Si Jacques voulait me faire un grand plaisir...Comment s'y prendrait-il?

Il débuterait par la perte de son pucelage. Veux-tu que je te le dise?

J'ai toujours été friand du récit de ce grand événement.

Et pourquoi, s'il vous plaît?

C'est que de tous ceux du même genre, c'est le seul qui soit piquant; les autres n'en sont que d'insipides et communes répétitions. De tous les péchés d'une jolie pénitente, je suis sûr que le confesseur n'est Mon maître, mon maître, je vois que vous avez la tête corrompue, et qu'à votre agonie le diable pourrait bien se montrer à vous sous la même forme de parenthèse qu'à Ferragus[53].

[53] L'auteur ne veut point ici parler du Ferragus de l'Arioste dans l'_Orlando furioso_, mais de celui que Forti-Guerra a introduit dans son _Ricciardetto_. Ce papelard devenu ermite y est indignement mutilé par la main de Renaud: Le traître avec un couteau de boucher M'a fait eunuque...dit Ferragus avec douleur. À son agonie, le diable, qui le trouve de bonne prise, vient lui représenter l'instrument dont la jalousie avait armé la main de son ancien compagnon d'armes. (BR.)

Cela se peut. Mais tu fus déniaisé, je gage, par quelque vieille impudique de ton village?

Ne gagez pas, vous perdriez.

Ce fut par la servante de ton curé?

Ne gagez pas, vous perdriez encore.

Ce fut donc par sa nièce?

Sa nièce crevait d'humeur et de dévotion, deux qualités qui vont fort bien ensemble, mais qui ne me vont pas.

Pour cette fois, je crois que j'y suis.

Moi, je n'en crois rien.

Un jour de foire ou de marché...Ce n'était ni un jour de foire, ni un jour de marché.

Tu allas à la ville.

Je n'allai point à la ville.

Et il était écrit là-haut que tu rencontrerais dans une taverne quelqu'une de ces créatures obligeantes; que tu t'enivrerais...J'étais à jeun; et ce qui était écrit là-haut, c'est qu'à l'heure qu'il est vous vous épuiseriez en fausses conjectures; et que vous gagneriez un défaut dont vous m'avez corrigé, la fureur de deviner, et toujours de travers. Tel que vous me voyez, monsieur, j'ai été une fois baptisé.

Si tu te proposes d'entamer la perte de ton pucelage au sortir des fonts baptismaux, nous n'y serons pas si tôt.

J'eus donc un parrain et une marraine. Maître Bigre, le plus fameux charron du village, avait un fils. Bigre le père fut mon parrain, et Bigre le fils était mon ami. À l'âge de dix-huit à dix-neuf ans nous nous amourachâmes tous les deux à la fois d'une petite couturière appelée Justine. Elle ne passait pas pour autrement cruelle; mais elle jugea à propos de se signaler par un premier dédain, et son choix tomba sur moi.

Voilà une de ces bizarreries des femmes, auxquelles on ne comprend rien.

Tout le logement du charron maître Bigre, mon parrain, consistait en une boutique et une soupente. Son lit était au fond de la boutique. Bigre le fils, mon ami, couchait sur la soupente, à laquelle on grimpait par une petite échelle, placée à peu près à égale distance du lit de son père et de la porte de la boutique.

Lorsque Bigre mon parrain était bien endormi, Bigre mon ami ouvrait doucement la porte, et Justine montait à la soupente par la petite échelle. Le lendemain, dès la pointe du jour, avant que Bigre le père fût éveillé, Bigre le fils descendait de la soupente, rouvrait la porte, et Justine s'évadait comme elle était entrée.

Pour aller ensuite visiter quelque soupente, la sienne ou une autre.

Pourquoi non? Le commerce de Bigre et de Justine était assez doux; mais il fallait qu'il fût troublé: cela était écrit là-haut; il le fut donc.

Par le père?

Non.

Par la mère?

Non, elle était morte.

Par un rival?

Eh! non, non, de par tous les diables! non. Mon maître, il est écrit là-haut que vous en avez pour le reste de vos jours; tant que vous vivrez vous devinerez, je vous le répète, et vous devinerez de travers.

Un matin, que mon ami Bigre, plus fatigué qu'à l'ordinaire ou du travail de la veille, ou du plaisir de la nuit, reposait doucement entre les bras de Justine, voilà une voix formidable qui se fait entendre au pied du petit escalier: «Bigre! Bigre! maudit paresseux! l'_Angelus_ est sonné, il est près de cinq heures et demie, et te voilà encore dans ta soupente! As-tu résolu d'y rester jusqu'à midi? Faut-il que j'y monte et que je t'en fasse descendre plus vite que tu ne voudrais? Bigre! Bigre!

--Mon père?

--Et cet essieu après lequel ce vieux bourru de fermier attend; veux-tu qu'il revienne encore ici recommencer son tapage?

--Son essieu est prêt, et avant qu'il soit un quart d'heure il l'aura...»

Je vous laisse à juger des transes de Justine et de mon pauvre ami Bigre le fils.

Je suis sûr que Justine se promit bien de ne plus se retrouver sur la soupente, et qu'elle y était le soir même. Mais comment en sortira-t-elle ce matin?

Si vous vous mettez en devoir de le deviner, je me tais...Cependant Bigre le fils s'était précipité du lit, jambes nues, sa culotte à la main, et sa veste sur son bras. Tandis qu'il s'habille, Bigre le père grommelle entre ses dents: «Depuis qu'il s'est entêté de cette petite coureuse, tout va de travers. Cela finira; cela ne saurait durer; cela commence à me lasser. Encore si c'était une fille qui en valût la peine; mais une créature! Dieu sait quelle créature! Ah! si la pauvre défunte, qui avait de l'honneur jusqu'au bout des ongles, voyait cela, il y a longtemps qu'elle eût bâtonné l'un, et arraché les yeux à l'autre au sortir de la grand'messe sous le porche, devant tout le monde; car rien ne l'arrêtait: mais si j'ai été trop bon jusqu'à présent, et qu'ils s'imaginent que je continuerai, ils se trompent.»

Et ces propos, Justine les entendait de la soupente?

Je n'en doute pas. Cependant Bigre le fils s'en était allé chez le fermier, avec son essieu sur l'épaule, et Bigre le père s'était mis à l'ouvrage. Après quelques coups de doloire, son nez lui demande une prise de tabac; il cherche sa tabatière dans ses poches, au chevet de son lit; il ne la trouve point. «C'est ce coquin, dit-il, qui s'en est saisi comme de coutume; voyons s'il ne l'aura point laissée là-haut...»

Et le voilà qui monte à la soupente. Un moment après il s'aperçoit que sa pipe et son couteau lui manquent; et il remonte à la soupente.

Et Justine?

Elle avait ramassé ses vêtements à la hâte, et s'était glissée sous le lit, où elle était étendue à plat ventre, plus morte que vive.

Et ton ami Bigre le fils?

Son essieu rendu, mis en place et payé, il était accouru chez moi, et m'avait exposé le terrible embarras où il se trouvait. Après m'en être un peu amusé, «écoute, lui dis-je, Bigre, va te promener par le village, où tu voudras, je te tirerai d'affaire. Je ne te demande qu'une chose, c'est de m'en laisser le temps...» Vous souriez, monsieur, qu'est-ce qu'il y a?

Rien.

Mon ami Bigre sort. Je m'habille, car je n'étais pas encore levé. Je vais chez son père, qui ne m'eut pas plus tôt aperçu, que poussant un cri de surprise et de joie, il me dit: «Eh! filleul, te voilà! d'où sors-tu, et que viens-tu faire ici de si grand matin?...» Mon parrain Bigre avait vraiment de l'amitié pour moi; aussi lui répondis-je avec franchise: «Il ne s'agit pas de savoir d'où je sors, mais comment je rentrerai chez nous.

--Ah! filleul, tu deviens libertin; j'ai bien peur que Bigre et toi ne fassiez la paire. Tu as passé la nuit dehors.

--Et mon père n'entend pas raison sur ce point.

--Ton père a raison, filleul, de ne pas entendre raison là-dessus. Mais commençons par déjeuner, la bouteille nous avisera.»

Jacques, cet homme était dans les bons principes.

Je lui répondis que je n'avais ni besoin ni envie de boire ou de manger, et que je tombais de lassitude et de sommeil. Le vieux Bigre, qui de son temps n'en cédait pas à son camarade, ajouta en ricanant: «Filleul, elle était jolie, et tu t'en es donné. Écoute: Bigre est sorti; monte à la soupente, et jette-toi sur son lit...Mais un mot avant qu'il revienne.

C'est ton ami; lorsque vous vous trouverez tête à tête, dis-lui que je suis mécontent, très-mécontent. C'est une petite Justine que tu dois connaître (car quel est le garçon du village qui ne la connaisse pas?)

qui me l'a débauché; tu me rendrais un vrai service, si tu le détachais de cette créature. Auparavant c'était ce qu'on appelle un joli garçon; mais depuis qu'il a fait cette malheureuse connaissance...Tu ne m'écoutes pas; tes yeux se ferment; monte, et va te reposer.»

Je monte, je me déshabille, je lève la couverture et les draps, je tâte partout, point de Justine. Cependant Bigre, mon parrain, disait: «Les enfants! les maudits enfants! n'en voilà-t-il pas encore un qui désole son père?» Justine n'étant pas dans le lit, je me doutai qu'elle était dessous. Le bouge était tout à fait obscur. Je me baisse, je promène mes mains, je rencontre un de ses bras, je la saisis, je la tire à moi; elle sort de dessous la couchette en tremblant. Je l'embrasse, je la rassure, je lui fais signe de se coucher. Elle joint ses deux mains, elle se jette à mes pieds, elle serre mes genoux. Je n'aurais peut-être pas résisté à cette scène muette, si le jour l'eût éclairée; mais lorsque les ténèbres ne rendent pas timide, elles rendent entreprenant.

D'ailleurs j'avais ses anciens mépris sur le coeur. Pour toute réponse je la poussai vers l'escalier qui conduisait à la boutique. Elle en poussa un cri de frayeur. Bigre qui l'entendit, dit: «Il rêve...»

Justine s'évanouit; ses genoux se dérobent sous elle; dans son délire elle disait d'une voix étouffée: «Il va venir...il vient...je l'entends qui monte...je suis perdue!...Non, non, lui couchez-vous...» Elle persiste dans son refus; je tiens ferme: elle se résigne: et nous voilà l'un à côté de l'autre.

Traître! scélérat! sais-tu quel crime tu vas commettre? Tu vas violer cette fille, sinon par la force, du moins par la terreur. Poursuivi au tribunal des lois, tu en éprouverais toute la rigueur réservée aux ravisseurs.

Je ne sais si je la violai, mais je sais bien que je ne lui fis pas de mal, et qu'elle ne m'en fit point. D'abord en détournant sa bouche de mes baisers, elle l'approcha de mon oreille et me dit tout bas: «Non, non, Jacques, non...» À ce mot, je fais semblant de sortir du lit, et de m'avancer vers l'escalier. Elle me retint, et me dit encore à l'oreille: «Je ne vous aurais jamais cru si méchant; je vois qu'il ne faut attendre de vous aucune pitié; mais du moins, promettez-moi, jurez-moi...--Quoi?

Tu promis, tu juras, et tout alla fort bien.

Et puis très-bien encore.

Et puis encore très-bien?

C'est précisément comme si vous y aviez été. Cependant, Bigre mon ami, impatient, soucieux et las de rôder autour de la maison sans me rencontrer, rentre chez son père, qui lui dit avec humeur: «Tu as été bien longtemps pour rien...» Bigre lui répondit avec plus d'humeur encore: «Est-ce qu'il n'a pas fallu allégir par les deux bouts ce diable d'essieu qui s'est trouvé trop gros.

--Je t'en avais averti; mais tu n'en veux jamais faire qu'à ta tête.

--C'est qu'il est plus aisé d'en ôter que d'en remettre.

--Prends cette jante, et va la finir à la porte.

--Pourquoi à la porte?

--C'est que le bruit de l'outil réveillerait Jacques ton ami.

--Jacques!...--Oui, Jacques, il est là-haut sur la soupente, qui repose. Ah! que les pères sont à plaindre; si ce n'est d'une chose, c'est d'une autre! Eh bien! te remueras-tu? Tandis que tu restes là comme un imbécile, la tête baissée, la bouche béante, et les bras pendants, la besogne ne se fait pas...» Bigre mon ami, furieux, s'élance vers l'escalier; Bigre mon parrain le retient en lui disant: «Où vas-tu? laisse dormir ce pauvre diable, qui est excédé de fatigue. À sa place, serais-tu bien aise qu'on troublât ton repos?»

Et Justine entendait encore tout cela?

Comme vous m'entendez.

Et que faisais-tu?

Je riais.

Et Justine?

Elle avait arraché sa cornette; elle se tirait par les cheveux; elle levait les yeux au ciel, du moins je le présume; elle se tordait les bras.

Jacques, vous êtes un barbare; vous avez un coeur de bronze.

Non, monsieur, non, j'ai de la sensibilité; mais je la réserve pour une meilleure occasion. Les dissipateurs de cette richesse en ont tant prodigué lorsqu'il en fallait être économe, qu'ils ne s'en trouvent plus quand il faudrait en être prodigue...Cependant je m'habille, et je descends. Bigre le père me dit: «Tu avais besoin de cela, cela t'a bien fait; quand tu es venu, tu avais l'air d'un déterré; et te voilà vermeil et frais comme l'enfant qui vient de téter. Le sommeil est une bonne chose!...Bigre, descends à la cave, et apporte une bouteille, afin que nous déjeunions. À présent, filleul, tu déjeuneras volontiers?--Très-volontiers...» La bouteille est arrivée et placée sur l'établi; nous sommes debout autour. Bigre le père remplit son verre et le mien, Bigre le fils, en écartant le sien, dit d'un ton farouche: «Pour moi, je ne suis pas altéré de si matin.

--Tu ne veux pas boire?

--Non.

--Ah! je sais ce que c'est; tiens, filleul, il y a de la Justine là dedans; il aura passé chez elle, ou il ne l'aura pas trouvée, ou il l'aura surprise avec un autre; cette bouderie contre la bouteille n'est pas naturelle: c'est ce que je te dis.

MOI.

Mais vous pourriez bien avoir deviné juste.

BIGRE LE FILS.

Jacques, trêve de plaisanteries, placées ou déplacées, je ne les aime pas.

Puisqu'il ne veut pas boire, il ne faut pas que cela nous en empêche. À ta santé, filleul.

MOI.

À la vôtre, parrain; Bigre, mon ami, bois avec nous. Tu te chagrines trop pour peu de chose.

BIGRE LE FILS.

Je vous ai déjà dit que je ne buvais pas.

MOI.

Eh bien! si ton père a rencontré, que diable, tu la reverras, vous vous expliquerez, et tu conviendras que tu as tort.

Eh! laisse-le faire; n'est-il pas juste que cette créature le châtie de la peine qu'il me cause? Çà, encore un coup, et venons à ton affaire. Je conçois qu'il faut que je te mène chez ton père; mais que veux-tu que je lui dise?

MOI.

Tout ce que vous voudrez, tout ce que vous lui avez entendu dire cent fois lorsqu'il vous a ramené votre fils.

Allons...»

Il sort, je le suis, nous arrivons à la porte de la maison; je le laisse entrer seul. Curieux de la conversation de Bigre le père et du mien, je me cache dans un recoin, derrière une cloison, d'où je ne perdis pas un mot.

«Allons, compère, il faut encore lui pardonner cette fois.

--Lui pardonner, et de quoi?

--Je ne le fais point, je le suis.

--Tu es fâché, et tu as raison de l'être.

--Je ne suis point fâché.

--Si tu veux que je le sois, je ne demande pas mieux; mais que je sache auparavant la sottise qu'il a faite.

--D'accord, trois fois, quatre fois; mais ce n'est pas coutume. On se trouve une bande de jeunes garçons et de jeunes filles; on boit, on rit, on danse; les heures se passent vite; et cependant la porte de la maison se ferme...»

Bigre, en baissant la voix, ajouta: «Ils ne nous entendent pas; mais, de bonne foi, est-ce que nous avons été plus sages qu'eux à leur âge?

Sais-tu qui sont les mauvais pères? ce sont ceux qui ont oublié les fautes de leur jeunesse. Dis-moi, est-ce que nous n'avons jamais découché?

--Et toi, Bigre, mon compère, dis-moi, est-ce que nous n'avons jamais pris d'attachement qui déplaisait à nos parents?

--Aussi je crie plus haut que je ne souffre. Fais de même.

--Mais Jacques n'a point découché, du moins cette nuit, j'en suis sûr.

--Eh bien! si ce n'est pas celle-ci, c'est une autre. Tant y a que tu n'en veux point à ton garçon?

--Non.

--Et quand je serai parti tu ne le maltraiteras pas?

--Aucunement.

--Tu m'en donnes ta parole?

--Je te la donne.

--Tout est dit, et je m'en retourne...»

Comme mon parrain Bigre était sur le seuil, mon père, lui frappant doucement sur l'épaule, lui disait: Bigre, mon ami, il y a ici quelque anguille sous roche; ton garçon et le mien sont deux futés matois; et je crains bien qu'ils ne nous en aient donné d'une à garder aujourd'hui; mais avec le temps cela se découvrira. Adieu, compère.

Et quelle fut la fin de l'aventure entre Bigre ton ami et Justine?

Comme elle devait être. Il se fâcha, elle se fâcha plus fort que lui; elle pleura, il s'attendrit; elle lui jura que j'étais le meilleur ami qu'il eût; je lui jurai qu'elle était la plus honnête fille du village.

Il nous crut, nous demanda pardon, nous en aima et nous en estima davantage tous deux. Et voilà le commencement, le milieu et la fin de la perte de mon pucelage. À présent, monsieur, je voudrais bien que vous m'apprissiez le but moral de cette impertinente histoire.

À mieux connaître les femmes.

Et vous aviez besoin de cette leçon?

À mieux connaître les amis.

Et vous avez jamais cru qu'il y en eût un seul qui tînt rigueur à votre femme ou à votre fille, si elle s'était proposé sa défaite?

À mieux connaître les pères et les enfants.

Allez, monsieur, ils ont été de tout temps, et seront à jamais, alternativement dupes les uns des autres.

Ce que tu dis là sont autant de vérités éternelles, mais sur lesquelles on ne saurait trop insister. Quel que soit le récit que tu m'as promis après celui-ci, sois sûr qu'il ne sera vide d'instruction que pour un sot; et continue.

Lecteur, il me vient un scrupule, c'est d'avoir fait honneur à Jacques ou à son maître de quelques réflexions qui vous appartiennent de droit; si cela est, vous pouvez les reprendre sans qu'ils s'en formalisent.

J'ai cru m'apercevoir que le mot _Bigre_ vous déplaisait. Je voudrais bien savoir pourquoi. C'est le vrai nom de la famille de mon charron; les extraits baptistaires, extraits mortuaires, contrats de mariage en sont signés Bigre. Les descendants de Bigre qui occupent aujourd'hui la boutique, s'appellent Bigre. Quand leurs enfants, qui sont jolis, passent dans la rue, on dit: «Voilà les petits Bigres.» Quand vous prononcez le nom de _Boule_[54], vous vous rappelez le plus grand ébéniste que vous ayez eu. On ne prononce point encore dans la contrée de Bigre, le nom de Bigre sans se rappeler le plus grand charron dont on ait mémoire. Le Bigre, dont on lit le nom à la fin de tous les livres d'offices pieux du commencement de ce siècle, fut un de ses parents. Si jamais un arrière-neveu de Bigre se signale par quelque grande action, le nom personnel de Bigre ne sera pas moins imposant pour vous que celui de César ou de Condé. C'est qu'il y a Bigre et Bigre, comme Guillaume et Guillaume. Si je dis Guillaume tout court, ce ne sera ni le conquérant de la Grande-Bretagne, ni le marchand de drap de l'_Avocat Patelin_; le nom de Guillaume tout court ne sera ni héroïque ni bourgeois: ainsi de Bigre. Bigre tout court n'est ni le fameux charron, ni quelqu'un de ses plats ancêtres ou de ses plats descendants. En bonne foi, un nom personnel peut-il être de bon ou de mauvais goût? Les rues sont pleines de mâtins qui s'appellent Pompée. Défaites-vous donc de votre fausse délicatesse, ou j'en userai avec vous comme milord Chatham[55] avec les membres du parlement; il leur dit: «Sucre, Sucre, Sucre; qu'est-ce qu'il y a de ridicule là dedans?...» Et moi, je vous dirai: «Bigre, Bigre, Bigre; pourquoi ne s'appellerait-on pas Bigre?» C'est, comme le disait un officier à son général le grand Condé, qu'il y a un fier Bigre, comme Bigre le charron; un bon Bigre, comme vous et moi; de plats Bigres, comme une infinité d'autres.

[54] Boule (André-Charles), né en 1642, mort à Paris en 1732, est le sujet d'une très-intéressante notice de M. Ch. Asselineau. Paris, [55] Pitt (William), comte de Chatham, né en 1708, mort le 11 mai 1778, fut le père de William Pitt, ministre de George III. (BR.)

C'était un jour de noces; frère Jean avait marié la fille d'un de ses voisins. J'étais garçon de fête. On m'avait placé à table entre les deux goguenards de la paroisse; j'avais l'air d'un grand nigaud, quoique je ne le fusse pas tant qu'ils le croyaient. Ils me firent quelques questions sur la nuit de la mariée; j'y répondis assez bêtement, et les voilà qui éclatent de rire, et les femmes de ces deux plaisants à crier de l'autre bout: «Qu'est-ce qu'il y a donc? vous êtes bien joyeux là-bas?--C'est que c'est par trop drôle, répondit un de nos maris à sa femme; je te conterai cela ce soir.» L'autre, qui n'était pas moins curieuse, fit la même question à son mari, qui lui fit la même réponse.

Le repas continue, et les questions et mes balourdises, et les éclats de rire et la surprise des femmes. Après le repas, la danse; après la danse, le coucher des époux, le don de la jarretière, moi dans mon lit, et mes goguenards dans les leurs, racontant à leurs femmes la chose incompréhensible, incroyable, c'est qu'à vingt-deux ans, grand et vigoureux comme je l'étais, assez bien de figure, alerte et point sot, j'étais aussi neuf, mais aussi neuf qu'au sortir du ventre de ma mère, et les deux femmes de s'en émerveiller ainsi que leurs maris. Mais, dès le lendemain, Suzanne me fit signe et me dit: «Jacques, n'as-tu rien à faire?

--Je voudrais...je voudrais...» et en disant je voudrais, elle me serrait la main et me regardait si singulièrement; «je voudrais que tu prisses notre serpe et que tu vinsses dans la commune m'aider à couper deux ou trois bourrées, car c'est une besogne trop forte pour moi seule.

Je prends la serpe, et nous allons. Chemin faisant, Suzanne se laissait