SigPhi · Denis Diderot

Jacques le fataliste et son maître (French)

French

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l'autre grande. «La petite, me dit-il, est le passe-partout de la rue, la grande est celle de l'antichambre d'Agathe; les voilà, elles sont toutes deux à votre service. Voici ma marche de tous les jours, depuis environ six mois; vous y conformerez la vôtre. Ses fenêtres sont sur le devant, comme vous le savez. Je me promène dans la rue tant que je les vois éclairées. Un pot de basilic mis en dehors est le signal convenu; alors je m'approche de la porte d'entrée, je l'ouvre, j'entre, je la referme, je monte le plus doucement que je peux, je tourne par le petit corridor qui est à droite; la première porte à gauche dans ce corridor est la sienne, comme vous savez. J'ouvre cette porte avec cette grande clef, je passe dans la petite garde-robe qui est à droite, là je trouve une petite bougie de nuit, à la lueur de laquelle je me déshabille à mon aise. Agathe laisse la porte de sa chambre entr'ouverte; je passe, et je vais la trouver dans son lit. Comprenez-vous cela?

--Fort bien!

--Comme nous sommes entourés, nous nous taisons.

--Et puis je crois que vous avez mieux à faire que de jaser.

--En cas d'accident, je puis sauter de son lit et me renfermer dans la garde-robe, cela n'est pourtant jamais arrivé. Notre usage ordinaire est de nous séparer sur les quatre heures du matin. Lorsque le plaisir ou le repos nous mène plus loin, nous sortons du lit ensemble; elle descend, moi je reste dans la garde-robe, je m'habille, je lis, je me repose, j'attends qu'il soit heure de paraître. Je descends, je salue, j'embrasse comme si je ne faisais que d'arriver.

--On m'attend toutes les nuits.

--Et vous me céderiez votre place?

--De tout mon coeur. Que vous préfériez la nuit au récit, je n'en suis pas en peine; mais ce que je désirerais, c'est que...--Achevez; il y a peu de chose que je ne me sente le courage d'entreprendre pour vous obliger.

--C'est que vous restassiez entre ses bras jusqu'au jour; j'arriverais, je vous surprendrais.

--Oh! non, chevalier, cela serait trop méchant.

--Trop méchant? Je ne le suis pas tant que vous pensez. Auparavant je me déshabillerais dans la garde-robe.

--Allons, chevalier, vous avez le diable au corps. Et puis cela ne se peut: si vous me donnez les clefs, vous ne les aurez plus.

--Ah! mon ami, que tu es bête!

--Mais, pas trop, ce me semble.

--Et pourquoi n'entrerions-nous pas tous les deux ensemble? Vous iriez trouver Agathe; moi je resterais dans la garde-robe jusqu'à ce que vous fissiez un signal dont nous conviendrions.

--Ma foi, cela est si plaisant, si fou, que peu s'en faut que je n'y consente. Mais, chevalier, tout bien considéré, j'aimerais mieux réserver cette facétie pour quelqu'une des nuits suivantes.

--Ah! j'entends, votre projet est de nous venger plus d'une fois.

--Si vous l'agréez?

--Tout à fait.»

Votre chevalier bouleverse toutes mes idées. J'imaginais...Tu imaginais?

Non, monsieur, vous pouvez continuer.

Nous bûmes, nous dîmes cent folies, et sur la nuit qui s'approchait, et sur les suivantes, et sur celle où Agathe se trouverait entre le chevalier et moi. Le chevalier était redevenu d'une gaieté charmante, et le texte de notre conversation n'était pas triste. Il me prescrivait des préceptes de conduite nocturne qui n'étaient pas tous également faciles à suivre; mais après une longue suite de nuits bien employées, je pouvais soutenir l'honneur du chevalier à ma première, quelque merveilleux qu'il se prétendît, et ce furent des détails qui ne finissaient point sur les talents, perfections, commodités d'Agathe. Le chevalier ajoutait avec un art incroyable l'ivresse de la passion à celle du vin. Le moment de l'aventure ou de la vengeance nous paraissait arriver lentement; cependant nous sortîmes de table. Le chevalier paya; c'est la première fois que cela lui arrivait. Nous montâmes dans notre voiture; nous étions ivres; notre cocher et nos valets l'étaient encore plus que nous.

Lecteur, qui m'empêcherait de jeter ici le cocher, les chevaux, la voiture, les maîtres et les valets dans une fondrière? Si la fondrière vous fait peur, qui m'empêcherait de les amener sains et saufs dans la ville où j'accrocherais leur voiture à une autre, dans laquelle je renfermerais d'autres jeunes gens ivres? Il y aurait des mots offensants de dits, une querelle, des épées tirées, une bagarre dans toutes les règles. Qui m'empêcherait, si vous n'aimez pas les bagarres, de substituer à ces jeunes gens Mlle Agathe, avec une de ses tantes? Mais il n'y eut rien de tout cela. Le chevalier et le maître de Jacques arrivèrent à Paris. Celui-ci prit les vêtements du chevalier. Il est minuit, ils sont sous les fenêtres d'Agathe; la lumière s'éteint; le pot de basilic est à sa place. Ils font encore un tour d'un bout à l'autre de la rue, le chevalier recordant à son ami sa leçon. Ils approchent de la porte, le chevalier l'ouvre, introduit le maître de Jacques, garde le passe-partout de la rue, lui donne la clef du corridor, referme la porte d'entrée, s'éloigne, et après ce petit détail fait avec laconisme, le maître de Jacques reprit la parole et dit: «Le local m'était connu. Je monte sur la pointe des pieds, j'ouvre la porte du corridor, je la referme, j'entre dans la garde-robe, où je trouvai la petite lampe de nuit; je me déshabille; la porte de la chambre était entr'ouverte, je passe; je vais à l'alcôve, où Agathe ne dormait pas. J'ouvre les rideaux; et à l'instant je sens deux bras nus se jeter autour de moi et m'attirer; je me laisse aller, je me couche, je suis accablé de caresses, je les rends. Me voilà le mortel le plus heureux qu'il y ait au monde; je le suis encore lorsque...»

Lorsque le maître de Jacques s'aperçut que Jacques dormait ou faisait semblant de dormir: «Tu dors, lui dit-il, tu dors, maroufle, au moment le plus intéressant de mon histoire!...» et c'est à ce moment même que Jacques attendait son maître. «Te réveilleras-tu?

--Je ne le crois pas.

--Et pourquoi?

--C'est que si je me réveille, mon mal de gorge pourra bien se réveiller aussi, et que je pense qu'il vaut mieux que nous reposions tous deux...»

Et voilà Jacques qui laisse tomber sa tête en devant.

«Tu vas te rompre le cou.

--Sûrement, si cela est écrit là-haut. N'êtes-vous pas entre les bras de Mlle Agathe?

--Oui.

--Ne vous y trouvez-vous pas bien?

--Fort bien.

--Restez-y.

--Que j'y reste, cela te plaît à dire.

--Du moins jusqu'à ce que je sache l'histoire de l'emplâtre de Desglands.

Tu te venges, traître.

Et quand cela serait, mon maître, après avoir coupé l'histoire de mes amours par mille questions, par autant de fantaisies, sans le moindre murmure de ma part, ne pourrais-je pas vous supplier d'interrompre la vôtre, pour m'apprendre l'histoire de l'emplâtre de ce bon Desglands, à qui j'ai tant d'obligations, qui m'a tiré de chez le chirurgien au moment où, manquant d'argent, je ne savais plus que devenir, et chez qui j'ai fait connaissance avec Denise, Denise sans laquelle je ne vous aurais pas dit un mot de tout ce voyage? Mon maître, mon cher maître, l'histoire de l'emplâtre de Desglands; vous serez si court qu'il vous plaira, et cependant l'assoupissement qui me tient, et dont je ne suis pas maître, se dissipera, et vous pourrez compter sur toute mon attention.

LE MAÎTRE dit en haussant les épaules.

Il y avait dans le voisinage de Desglands une veuve charmante, qui avait plusieurs qualités communes avec une célèbre courtisane[74] du siècle passé. Sage par raison, libertine par tempérament, se désolant le lendemain de la sottise de la veille, elle a passé toute sa vie en allant du plaisir au remords et du remords au plaisir, sans que l'habitude du plaisir ait étouffé le remords, sans que l'habitude du remords ait étouffé le goût du plaisir. Je l'ai connue dans ses derniers instants; elle disait qu'enfin elle échappait à deux grands ennemis. Son mari, indulgent pour le seul défaut qu'il eût à lui reprocher, la plaignit pendant qu'elle vécut, et la regretta longtemps après sa mort.

Il prétendait qu'il eût été aussi ridicule à lui d'empêcher sa femme d'aimer, que de l'empêcher de boire. Il lui pardonnait la multitude de ses conquêtes en faveur du choix délicat qu'elle y mettait. Elle n'accepta jamais l'hommage d'un sot ou d'un méchant: ses faveurs furent toujours la récompense du talent ou de la probité. Dire d'un homme qu'il était ou qu'il avait été son amant, c'était assurer qu'il était homme de mérite. Comme elle connaissait sa légèreté, elle ne s'engageait point à être fidèle. «Je n'ai fait, disait-elle, qu'un faux serment en ma vie, c'est le premier.» Soit qu'on perdît le sentiment qu'on avait pris pour elle, soit qu'elle perdît celui qu'on lui avait inspiré, on restait son ami. Jamais il n'y eut d'exemple plus frappant de la différence de la probité et des moeurs. On ne pouvait pas dire qu'elle eût des moeurs; et l'on avouait qu'il était difficile de trouver une plus honnête créature.

Son curé la voyait rarement au pied des autels; mais en tout temps il trouvait sa bourse ouverte pour les pauvres. Elle disait plaisamment, de la religion et des lois, que c'était une paire de béquilles qu'il ne fallait pas ôter à ceux qui avaient les jambes faibles. Les femmes qui redoutaient son commerce pour leurs maris le désiraient pour leurs enfants.

[74] Ninon de Lenclos. (BR.)

JACQUES, après avoir dit entre ses dents: Tu me le payeras ce maudit portrait, ajouta: Vous avez été fou de cette femme-là?

Je le serais certainement devenu, si Desglands ne m'eût gagné de vitesse. Desglands en devint amoureux...

Monsieur, est-ce que l'histoire de son emplâtre et celle de ses amours sont tellement liées l'une à l'autre qu'on ne saurait les séparer?

On peut les séparer; l'emplâtre est un incident, l'histoire est le récit de tout ce qui s'est passé pendant qu'ils s'aimaient.

Et s'est-il passé beaucoup de choses?

Beaucoup.

En ce cas, si vous donnez à chacune la même étendue qu'au portrait de l'héroïne, nous n'en sortirons pas d'ici à la Pentecôte, et c'est fait de vos amours et des miennes.

Aussi, Jacques, pourquoi m'avez-vous dérouté?...N'as-tu pas vu chez Desglands un petit enfant?

Méchant, têtu, insolent et valétudinaire? Oui, je l'ai vu.

C'est un fils naturel de Desglands et de la belle veuve.

Cet enfant-là lui donnera bien du chagrin. C'est un enfant unique, bonne raison pour n'être qu'un vaurien; il sait qu'il sera riche, autre bonne raison pour n'être qu'un vaurien.

Et comme il est valétudinaire, on ne lui apprend rien; on ne le gêne, on ne le contredit sur rien, troisième bonne raison pour n'être qu'un vaurien.

Une nuit le petit fou se mit à pousser des cris inhumains. Voilà toute la maison en alarmes; on accourt. Il veut que son papa se lève.

«Votre papa dort.

--N'importe, je veux qu'il se lève, je le veux, je le veux...--Il est malade.

--N'importe, il faut qu'il se lève, je le veux, je le veux...»

On réveille Desglands; il jette sa robe de chambre sur ses épaules, il arrive.

«Eh bien! mon petit, me voilà, que veux-tu?

--Je veux qu'on les fasse venir.

--Qui?

--Tous ceux qui sont dans le château.»

On les fait venir; maîtres, valets, étrangers, commensaux; Jeanne, Denise, moi avec mon genou malade, tous, excepté une vieille concierge impotente, à laquelle on avait accordé une retraite dans une chaumière à près d'un quart de lieue du château. Il veut qu'on l'aille chercher.

«Mais, mon enfant, il est minuit.

--Je le veux, je le veux.

--Vous savez qu'elle demeure bien loin.

--Je le veux, je le veux.

--Qu'elle est âgée et qu'elle ne saurait marcher.

--Je le veux, je le veux.»

Il faut que la pauvre concierge vienne; on l'apporte, car pour venir elle aurait plutôt mangé le chemin. Quand nous sommes tous rassemblés, il veut qu'on le lève et qu'on l'habille. Le voilà levé et habillé. Il veut que nous passions tous dans le grand salon et qu'on le place au milieu dans le grand fauteuil de son papa. Voilà qui est fait. Il veut que nous nous prenions tous par la main. Il veut que nous dansions tous en rond, et nous nous mettons tous à danser en rond. Mais c'est le reste qui est incroyable...J'espère que tu me feras grâce du reste?

Non, non, monsieur, vous entendrez le reste...Il croit qu'il m'aura fait impunément un portrait de la mère, long de quatre aunes...Jacques, je vous gâte.

Tant pis pour vous.

Vous avez sur le coeur le long et ennuyeux portrait de la veuve; mais vous m'avez, je crois, bien rendu cet ennui par la longue et ennuyeuse histoire de la fantaisie de son enfant.

Si c'est votre avis, reprenez l'histoire du père; mais plus de portraits, mon maître; je hais les portraits à la mort.

Et pourquoi haïssez-vous les portraits?

C'est qu'ils ressemblent si peu, que, si par hasard on vient à rencontrer les originaux, on ne les reconnaît pas. Racontez-moi les faits, rendez-moi fidèlement les propos, et je saurai bientôt à quel homme j'ai affaire. Un mot, un geste m'en ont quelquefois plus appris que le bavardage de toute une ville.

Un jour Desglands...Quand vous êtes absent, j'entre quelquefois dans votre bibliothèque, je prends un livre, et c'est ordinairement un livre d'histoire.

Un jour Desglands...Je lis du pouce tous les portraits.

Un jour Desglands...Pardon, mon maître, la machine était montée, et il fallait qu'elle allât jusqu'à la fin.

Y est-elle?

Elle y est.

Un jour Desglands invita à dîner la belle veuve avec quelques gentilshommes d'alentour. Le règne de Desglands était sur son déclin; et parmi ses convives il y en avait un vers lequel son inconstance commençait à la pencher. Ils étaient à table, Desglands et son rival placés l'un à côté de l'autre et en face de la belle veuve. Desglands employait tout ce qu'il avait d'esprit pour animer la conversation; il adressait à la veuve les propos les plus galants; mais elle, distraite, n'entendait rien, et tenait les yeux attachés sur son rival. Desglands avait un oeuf frais à la main; un mouvement convulsif, occasionné par la jalousie, le saisit, il serre les poings, et voilà l'oeuf chassé de sa coque et répandu sur le visage de son voisin. Celui-ci fit un geste de la main. Desglands lui prend le poignet, l'arrête, et lui dit à l'oreille: «Monsieur, je le tiens pour reçu...» Il se fait un profond silence; la belle veuve se trouve mal. Le repas fut triste et court. Au sortir de table, elle fit appeler Desglands et son rival dans un appartement séparé; tout ce qu'une femme peut faire décemment pour les réconcilier, elle le fit; elle supplia, elle pleura, elle s'évanouit, mais tout de bon; elle serrait les mains à Desglands, elle tournait ses yeux inondés de larmes sur l'autre. Elle disait à celui-ci: «Et vous vous voulez me perdre, et vous voulez me rendre la fable, l'objet de la haine et du mépris de toute la province! Quel que soit celui des deux qui ôte la vie à son ennemi, je ne le reverrai jamais; il ne peut être ni mon ami ni mon amant; je lui voue une haine qui ne finira qu'avec ma vie...» Puis elle retombait en défaillance, et en défaillant elle disait: «Cruels, tirez vos épées et enfoncez-les dans mon sein; si en expirant je vous vois embrassés, j'expirerai sans regret!...» Desglands et son rival restaient immobiles ou la secouraient, et quelques pleurs s'échappaient de leurs yeux. Cependant il fallut se séparer. On remit la belle veuve chez elle plus morte que vive.

Eh bien! monsieur, qu'avais-je besoin du portrait que vous m'avez fait de cette femme? Ne saurais-je pas à présent tout ce que vous en avez dit?

Le lendemain Desglands rendit visite à sa charmante infidèle; il y trouva son rival. Qui fut bien étonné? Ce fut l'un et l'autre de voir à Desglands la joue droite couverte d'un grand rond de taffetas noir.

«Qu'est-ce que cela? lui dit la veuve.

DESGLANDS.

Ce n'est rien.

SON RIVAL.

Un peu de fluxion?

DESGLANDS.

Cela se passera.»

Après un moment de conversation, Desglands sortit, et, en sortant, il fit à son rival un signe qui fut très-bien entendu. Celui-ci descendit, ils passèrent, l'un par un des côtés de la rue, l'autre par le côté opposé; ils se rencontrèrent derrière les jardins de la belle veuve, se battirent, et le rival de Desglands demeura étendu sur la place, grièvement, mais non mortellement blessé. Tandis qu'on l'emporte chez lui, Desglands revient chez sa veuve, il s'assied, ils s'entretiennent encore de l'accident de la veille. Elle lui demande ce que signifie cette énorme et ridicule mouche qui lui couvre la joue. Il se lève, il se regarde au miroir. «En effet, lui dit-il, je la trouve un peu trop grande...» Il prend les ciseaux de la dame, il détache son rond de taffetas, le rétrécit tout autour d'une ligne ou deux, le replace et dit à la veuve: «Comment me trouvez-vous à présent?

--Mais d'une ligne ou deux moins ridicule qu'auparavant.

--C'est toujours quelque chose.»

Le rival de Desglands guérit. Second duel où la victoire resta à Desglands: ainsi cinq à six fois de suite; et Desglands à chaque combat rétrécissant son rond de taffetas d'une petite lisière, et remettant le reste sur sa joue.

Quelle fut la fin de cette aventure? Quand on me porta au château de Desglands, il me semble qu'il n'avait plus son rond noir.

Non. La fin de cette aventure fut celle de la belle veuve. Le long chagrin qu'elle en éprouva, acheva de ruiner sa santé faible et chancelante.

Et Desglands?

Un jour que nous nous promenions ensemble, il reçoit un billet, il l'ouvre, et dit: «C'était un très-brave homme, mais je ne saurais m'affliger de sa mort...» Et à l'instant il arrache de sa joue le reste de son rond noir, presque réduit par ses fréquentes rognures à la grandeur d'une mouche ordinaire. Voilà l'histoire de Desglands. Jacques est-il satisfait; et puis-je espérer qu'il écoutera l'histoire de mes amours, ou qu'il reprendra l'histoire des siennes?

Ni l'un, ni l'autre.

Et la raison?

C'est qu'il fait chaud, que je suis las, que cet endroit est charmant, que nous serons à l'ombre sous ces arbres, et qu'en prenant le frais au bord de ce ruisseau nous nous reposerons.

J'y consens; mais ton rhume?

Il est de chaleur; et les médecins disent que les contraires se guérissent par les contraires.

Ce qui est vrai au moral comme au physique. J'ai remarqué une chose assez singulière; c'est qu'il n'y a guère de maximes de morale dont on ne fît un aphorisme de médecine, et réciproquement peu d'aphorismes de médecine dont on ne fît une maxime de morale.

Cela doit être.

Ils descendent de cheval, ils s'étendent sur l'herbe. Jacques dit à son maître: «Veillez-vous? dormez-vous? Si vous veillez, je dors; si vous dormez, je veille.»

Son maître lui dit: «Dors, dors.

--Je puis donc compter que vous veillerez? C'est que cette fois-ci nous y pourrions perdre deux chevaux.»

Le maître tira sa montre et sa tabatière; Jacques se mit en devoir de dormir; mais à chaque instant il se réveillait en sursaut, et frappait en l'air ses deux mains l'une contre l'autre. Son maître lui dit: À qui diable en as-tu?

J'en ai aux mouches et aux cousins. Je voudrais bien qu'on me dît à quoi servent ces incommodes bêtes-là?

Et parce que tu l'ignores, tu crois qu'elles ne servent à rien? La nature n'a rien fait d'inutile et de superflu.

Je le crois; car puisqu'une chose est, il faut qu'elle soit.

Quand tu as ou trop de sang ou du mauvais sang, que fais-tu? Tu appelles un chirurgien, qui t'en ôte deux ou trois palettes. Eh bien! ces cousins, dont tu te plains, sont une nuée de petits chirurgiens ailés qui viennent avec leurs petites lancettes te piquer et te tirer du sang goutte a goutte.

Oui, mais à tort et à travers, sans savoir si j'en ai trop ou trop peu.

Faites venir ici un étique, et vous verrez si les petits chirurgiens ailés ne le piqueront pas. Ils songent à eux; et tout dans la nature songe à soi et ne songe qu'à soi. Que cela fasse du mal aux autres, qu'importe, pourvu qu'on s'en trouve bien?...Ensuite il refrappait en l'air de ses deux mains, et il disait: Au diable les petits chirurgiens ailés!

Jacques, connais-tu la fable de Garo[75]?

[75] _Le Gland et la Citrouille._ LA FONTAINE, liv. XI, fable IV.

Oui.

Comment la trouves-tu?

Mauvaise.

C'est bientôt dit.

Et bientôt prouvé. Si au lieu de glands, le chêne avait porté des citrouilles, est-ce que cette bête de Garo se serait endormi sous un chêne? Et s'il ne s'était pas endormi sous un chêne, qu'importait au salut de son nez qu'il en tombât des citrouilles ou des glands? Faites lire cela à vos enfants.

Un philosophe de ton nom ne le veut pas[76].

[76] J.-J. ROUSSEAU, _Émile_, liv. II. (BR.)

C'est que chacun a son avis, et que Jean-Jacques n'est pas Jacques.

Et tant pis pour Jacques.

Qui sait cela avant que d'être arrivé au dernier mot de la dernière ligne de la page qu'on remplit dans le grand rouleau?

À quoi penses-tu?

Je pense que, tandis que vous me parliez et que je vous répondais, vous me parliez sans le vouloir, et que je vous répondais sans le vouloir.

Après?

Après? Et que nous étions deux vraies machines vivantes et pensantes.

Mais à présent que veux-tu?

Ma foi, c'est encore tout de même. Il n'y a dans les deux machines qu'un ressort de plus en jeu.

Et ce ressort-là...?

Je veux que le diable m'emporte si je conçois qu'il puisse jouer sans cause. Mon capitaine disait: «Posez une cause, un effet s'ensuit; d'une cause faible, un faible effet; d'une cause momentanée, un effet d'un moment; d'une cause intermittente, un effet intermittent; d'une cause contrariée, un effet ralenti; d'une cause cessante, un effet nul.»

Mais il me semble que je sens au dedans de moi-même que je suis libre, comme je sens que je pense.

Mon capitaine disait: «Oui, à présent que vous ne voulez rien; mais veuillez vous précipiter de votre cheval?»

Eh bien! je me précipiterai.

Gaiement, sans répugnance, sans effort, comme lorsqu'il vous plaît d'en descendre à la porte d'une auberge?

Pas tout à fait; mais qu'importe, pourvu que je me précipite, et que je prouve[77] que je suis libre?

[77] VARIANTE: Que je me prouve.

Mon capitaine disait: «Quoi! vous ne voyez pas que sans ma contradiction il ne vous serait jamais venu en fantaisie de vous rompre le cou? C'est donc moi qui vous prends par le pied, et qui vous jette hors de selle.

Si votre chute prouve quelque chose, ce n'est donc pas que vous soyez libre, mais que vous êtes fou.» Mon capitaine disait encore que la jouissance d'une liberté qui pourrait s'exercer sans motif serait le vrai caractère d'un maniaque.

Cela est trop fort pour moi; mais, en dépit de ton capitaine et de toi, je croirai que je veux quand je veux.

Mais si vous êtes et si vous avez toujours été le maître de vouloir, que ne voulez-vous à présent aimer une guenon; et que n'avez-vous cessé d'aimer Agathe toutes les fois que vous l'avez voulu? Mon maître, on passe les trois quarts de sa vie à vouloir, sans faire.

Il est vrai.

Et à faire sans vouloir.

Tu me démontreras celui-ci?

Si vous y consentez.

J'y consens.

Cela se fera, et parlons d'autre chose...Après ces balivernes et quelques autres propos de la même importance, ils se turent; et Jacques, relevant son énorme chapeau, parapluie dans les mauvais temps, parasol dans les temps chauds, couvre-chef en tout temps, le ténébreux sanctuaire sous lequel une des meilleures cervelles qui aient encore existé consultait le destin dans les grandes occasions;...les ailes de ce chapeau relevées lui plaçaient le visage à peu près au milieu du corps; rabattues, à peine voyait-il à dix pas devant lui: ce qui lui avait donné l'habitude de porter le nez au vent; et c'est alors qu'on pouvait dire de son chapeau: Os illi[78] sublime dedit, coelumque tueri Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus.

[78] Dans Ovide, on lit _homini_ au lieu de _illi_. (BR.)

Jacques donc, relevant son énorme chapeau et promenant ses regards au loin, aperçut un laboureur qui rouait inutilement de coups un des deux chevaux qu'il avait attelés à sa charrue. Ce cheval, jeune et vigoureux, s'était couché sur le sillon, et le laboureur avait beau le secouer par la bride, le prier, le caresser, le menacer, jurer, frapper, l'animal restait immobile, et refusait opiniâtrement de se relever.

Jacques, après avoir rêvé quelque temps à cette scène, dit à son maître, dont elle avait aussi fixé l'attention: Savez-vous, monsieur, ce qui se passe là?

Et que veux-tu qui se passe autre chose que ce que je vois?

Vous ne devinez rien?

Non. Et toi, que devines-tu?

Je devine que ce sot, orgueilleux, fainéant animal est un habitant de la ville, qui, fier de son premier état de cheval de selle, méprise la charrue; et pour vous dire tout, en un mot, que c'est votre cheval, le symbole de Jacques que voilà, et de tant d'autres lâches coquins comme lui, qui ont quitté les campagnes pour venir porter la livrée dans la capitale, et qui aimeraient mieux mendier leur pain dans les rues, ou mourir de faim, que de retourner à l'agriculture, le plus utile et le plus honorable des métiers.

Le maître se mit à rire; et Jacques, s'adressant au laboureur qui ne l'entendait pas, disait: «Pauvre diable, touche, touche tant que tu voudras: il a pris son pli, et tu useras plus d'une mèche à ton fouet, avant que d'inspirer à ce maraud-là un peu de véritable dignité et quelque goût pour le travail...» Le maître continuait de rire. Jacques, moitié d'impatience, moitié de pitié, se lève, s'avance vers le laboureur, et n'a pas fait deux cents pas que, se retournant vers son maître, il se met à crier: «Monsieur, arrivez, arrivez; c'est votre cheval, c'est votre cheval.»

Ce l'était en effet. À peine l'animal eut-il reconnu Jacques et son maître, qu'il se releva de lui-même, secoua sa crinière, hennit, se cabra, et approcha tendrement son mufle du mufle de son camarade.

Cependant Jacques, indigné, disait entre ses dents: «Gredin, vaurien, paresseux, à quoi tient-il que je ne te donne vingt coups de bottes?...»

Son maître, au contraire, le baisait, lui passait une main sur le flanc, lui frappait doucement la croupe de l'autre, et pleurant presque de joie, s'écriait: «Mon cheval, mon pauvre cheval, je te retrouve donc!»

Le laboureur n'entendait rien à cela. «Je vois, messieurs, leur dit-il, que ce cheval vous a appartenu; mais je ne l'en possède pas moins légitimement; je l'ai acheté à la dernière foire. Si vous vouliez le reprendre pour les deux tiers de ce qu'il m'a coûté, vous me rendriez un grand service, car je n'en puis rien faire. Lorsqu'il faut le sortir de l'écurie, c'est le diable; lorsqu'il faut l'atteler, c'est pis encore; lorsqu'il est arrivé sur le champ, il se couche, et il se laisserait plutôt assommer que de donner un coup de collier ou que de souffrir un sac sur son dos. Messieurs, auriez-vous la charité de me débarrasser de ce maudit animal-là? Il est beau, mais il n'est bon à rien qu'à piaffer sous un cavalier, et ce n'est pas là mon affaire...» On lui proposa un échange avec celui des deux autres qui lui conviendrait le mieux; il y consentit, et nos deux voyageurs revinrent au petit pas à l'endroit où ils s'étaient reposés, et d'où ils virent, avec satisfaction, le cheval qu'ils avaient cédé au laboureur se prêter sans répugnance à son nouvel état.

Eh bien! monsieur?

Eh bien! rien n'est plus sûr que tu es inspiré; est-ce de Dieu, est-ce du diable? Je l'ignore. Jacques, mon cher ami, je crains que vous n'ayez le diable au corps.

Et pourquoi le diable?

C'est que vous faites des prodiges, et que votre doctrine est fort suspecte.

Et qu'est-ce qu'il y a de commun entre la doctrine que l'on professe et les prodiges qu'on opère?

Je vois que vous n'avez pas lu dom la Taste[79].

[79] La Taste (dom Louis), bénédictin, évêque de Bethléem, né à Bordeaux, mort à Saint-Denis en 1754, a soutenu, dans ses _Lettres théologiques_ aux écrivains défenseurs des convulsions et autres miracles du temps (Paris, 1733, in-4º), que les diables peuvent faire des miracles bienfaisants et des guérisons miraculeuses pour introduire ou autoriser l'erreur ou le vice. (BR.)--C'est la doctrine professée de nos jours par les de Mirville, P. Ventura, Gougenot des Mousseaux, Bizouard, etc.

Et ce dom la Taste que je n'ai pas lu, que dit-il?

Il dit que Dieu et le diable font également des miracles.

Et comment distingue-t-il les miracles de Dieu des miracles du diable?

Par la doctrine. Si la doctrine est bonne, les miracles sont de Dieu; si elle est mauvaise, les miracles sont du diable.

JACQUES. (Ici Jacques se mit à siffler, puis il ajouta:) Et qui est-ce qui m'apprendra à moi, pauvre ignorant, si la doctrine du faiseur de miracles est bonne ou mauvaise? Allons, monsieur, remontons sur nos bêtes. Que vous importe que ce soit de par Dieu ou de par Belzébuth que votre cheval se soit retrouvé? En ira-t-il moins bien?

Non. Cependant, Jacques, si vous étiez possédé...Quel remède y aurait-il à cela?

Le remède! ce serait, en attendant l'exorcisme...ce serait de vous mettre à l'eau bénite pour toute boisson.

Moi, monsieur, à l'eau! Jacques à l'eau bénite! J'aimerais mieux que mille légions de diables me restassent dans le corps, que d'en boire une goutte, bénite ou non bénite. Est-ce que vous ne vous êtes pas aperçu que j'étais hydrophobe?...Ah! _hydrophobe_? Jacques a dit _hydrophobe_?...Non, lecteur, non; je confesse que le mot n'est pas de lui. Mais, avec cette sévérité de critique-là, je vous défie de lire une scène de comédie ou de tragédie, un seul dialogue, quelque bien qu'il soit fait, sans surprendre le mot de l'auteur dans la bouche de son personnage. Jacques a dit: «Monsieur, est-ce que vous ne vous êtes pas encore aperçu qu'à la vue de l'eau, la rage me prend?...» Eh bien? en disant autrement que lui, j'ai été moins vrai, mais plus court.

Ils remontèrent sur leurs chevaux; et Jacques dit à son maître: «Vous en étiez de vos amours au moment où, après avoir été heureux deux fois, vous vous disposiez peut-être à l'être une troisième.»

Lorsque tout à coup la porte du corridor s'ouvre. Voilà la chambre pleine d'une foule de gens qui marchent tumultueusement; j'aperçois des lumières, j'entends des voix d'hommes et de femmes qui parlaient tous à la fois. Les rideaux sont violemment tirés; et j'aperçois le père, la mère, les tantes, les cousins, les cousines et un commissaire qui leur disait gravement: «Messieurs, mesdames, point de bruit; le délit est flagrant; monsieur est un galant homme: il n'y a qu'un moyen de réparer le mal; et monsieur aimera mieux s'y prêter de lui-même que de s'y faire contraindre par les lois...»

À chaque mot il était interrompu par le père et par la mère qui m'accablaient de reproches; par les tantes et par les cousines qui adressaient les épithètes les moins ménagées à Agathe, qui s'était enveloppé la tête dans les couvertures. J'étais stupéfait, et je ne savais que dire. Le commissaire s'adressant à moi, me dit ironiquement: «Monsieur, vous êtes fort bien; il faut cependant que vous ayez pour agréable de vous lever et de vous vêtir...» Ce que je fis, mais avec mes habits qu'on avait substitués à ceux du chevalier. On approcha une table; le commissaire se mit à verbaliser. Cependant la mère se faisait tenir à quatre pour ne pas assommer sa fille, et le père lui disait: «Doucement, ma femme, doucement; quand vous aurez assommé votre fille, il n'en sera ni plus ni moins. Tout s'arrangera pour le mieux...» Les autres personnages étaient dispersés sur des chaises, dans les différentes attitudes de la douleur, de l'indignation et de la colère.

Le père, gourmandant sa femme par intervalles, lui disait: «Voilà ce que c'est que de ne pas veiller à la conduite de sa fille...» La mère lui répondait: «Avec cet air si bon et si honnête, qui l'aurait cru de monsieur?...» Les autres gardaient le silence. Le procès-verbal dressé, on m'en fit lecture; et comme il ne contenait que la vérité, je le signai et je descendis avec le commissaire, qui me pria très-obligeamment de monter dans une voiture qui était à la porte, d'où l'on me conduisit avec un assez nombreux cortége droit au For-l'Évêque.

Au For-l'Évêque! en prison!

En prison; et puis voilà un procès abominable. Il ne s'agissait de rien moins que d'épouser Mlle Agathe; les parents ne voulaient entendre à aucun accommodement. Dès le matin, le chevalier m'apparut dans ma retraite. Il savait tout. Agathe était désolée; ses parents étaient enragés; il avait essuyé les plus cruels reproches sur la perfide connaissance qu'il leur avait donnée; c'était lui qui était la première cause de leur malheur et du déshonneur de leur fille; ces pauvres gens faisaient pitié. Il avait demandé à parler à Agathe en particulier; il ne l'avait pas obtenu sans peine. Agathe avait pensé lui arracher les yeux, elle l'avait appelé des noms les plus odieux. Il s'y attendait; il avait laissé tomber ses fureurs; après quoi il avait tâché de l'amener à quelque chose de raisonnable; mais cette fille disait une chose à laquelle, ajoutait le chevalier, je ne sais point de réplique: «Mon père et ma mère m'ont surprise avec votre ami; faut-il leur apprendre que, en couchant avec lui, je croyais coucher avec vous?...» Il lui répondait: «Mais en bonne foi croyez-vous que mon ami puisse vous épouser?...--Non, disait-elle, c'est vous, indigne, c'est vous, infâme, qui devriez y être condamné.»

«Mais, dis-je au chevalier, il ne tiendrait qu'à vous de me tirer d'affaire.

--Comment cela?

--Comment? en déclarant la chose comme elle est.

--J'en ai menacé Agathe; mais, certes, je n'en ferai rien. Il est incertain que ce moyen nous servît utilement; et il est très-certain qu'il nous couvrirait d'infamie. Aussi c'est votre faute.

--Ma faute?

--Oui, votre faute. Si vous eussiez approuvé l'espièglerie que je vous proposais, Agathe aurait été surprise entre deux hommes, et tout ceci aurait fini par une dérision. Mais cela n'est point, et il s'agit de se tirer de ce mauvais pas.

--Mais, chevalier, pourriez-vous m'expliquer un petit incident? C'est mon habit repris et le vôtre remis dans la garde-robe; ma foi, j'ai beau y rêver, c'est un mystère qui me confond. Cela m'a rendu Agathe un peu suspecte; il m'est venu dans la tête qu'elle avait reconnu la supercherie, et qu'il y avait entre elle et ses parents je ne sais quelle connivence.

--Peut-être vous aura-t-on vu monter; ce qu'il y a de certain, c'est que vous fûtes à peine déshabillé, qu'on me renvoya mon habit et qu'on me redemanda le vôtre.

Comme nous étions en train, le chevalier et moi, de nous affliger, de nous consoler, de nous accuser, de nous injurier et de nous demander pardon, le commissaire entra; le chevalier pâlit et sortit brusquement.

Ce commissaire était un homme de bien, comme il en est quelques-uns, qui, relisant chez lui son procès-verbal, se rappela qu'autrefois il avait fait ses études avec un jeune homme qui portait mon nom; il lui vint en pensée que je pourrais bien être le parent ou même le fils de son ancien camarade de collége: et le fait était vrai. Sa première question fut de me demander qui était l'homme qui s'était évadé quand il était entré.

«Il ne s'est point évadé, lui dis-je, il est sorti; c'est mon intime ami, le chevalier de Saint-Ouin.

--Votre ami! vous avez là un plaisant ami! Savez-vous, monsieur, que c'est lui qui m'est venu avertir? Il était accompagné du père et d'un autre parent.

--Lui!

--Lui-même.

--Êtes-vous bien sûr de votre fait?

--Très-sûr; mais comment l'avez-vous nommé?

--Le chevalier de Saint-Ouin.

--Oh! le chevalier de Saint-Ouin, nous y voilà. Et savez-vous ce que