Discours Troxsiesme. 179 cete forte; car fc rencontrant les vues les autres & fe heurtant fans pouuoir fe plier pour s’entreceder, elles feraient incontinent contraintes de s’arefter. Mais lors qu'elles fe trouuentfufpendues en l'air, ayant vne pointe en bas, comme i’ay dit, ilefteuident, qu'elles doiucnt defeendre plutoft que monter: acaufe que la force qui les pourrait pouffer vers enhaut, agift beaucoup moins, que fi elles eftoienc couchées de travers; & elle agift moins d’autant jùftement,que la quantité de l’air, qui refifte a leur pointe, cft plus petite, que ne ferait celle qui refifteroitÆ leurlongeur,- au lieu, que leur pefanteur, eftant toufiours efgale, agift d'autant plus que cete refiftence de l’air eft plus petite. A quoy fi nous adiouftons que l’eau de la mer s'adoucift quand elle trauerfe du fable, a caufe que les parties du fel, faute de fe plier, ne peuuent couler ainfÿ que font les parties de l’eau douce par les petits chemins détournés, qui font autour des grains de ce fable: nous fçaurons que les fontaines, & les riuieres, n’eftant compofées que des eaux qui ontefté efleuees en vapeurs, oubien qui ont paffé au trauers de beaucoup de fable, ne doiucnt point eftre falées. Et auffy que toutes ces eaux douces, rentrant dans la mer, ne la doiuent point rendre plus grande, ny moins faleé; d’autant qu'il en reffort continuellement autant d’autres; dont quelques vnes s'efleuenten l’air changées en vapeurs, puis vont retomber en pluie, ou en neige, fur la terre; mais la plus part pénétrant par des conduits fousterains iufques au deffous des montaignes, d'où la chaleur, qui eft dans la terre, lesefleuant auffy comme eu vapeur vers leurs fommets, elles y vont remplir les four- Z 2 ces *8 o Les Meteorbs* ces des fontaines, & des riuieres. Et nous fçaurons aufly, que l’eau delà mer doit eftreplus fafoe fous l’equateur que vers les pôles, fi nous confiderons, que le foleil, y ayant beaucoup de force, en fait fortir beaucoup de vapeurs, lefquelles ne retombent point par apres iuftement aux mefmes endroits d’où elles font forties, mais pour l’ordinaire en d’autres plus proches des pôles, ainlÿ que vousentendres mieux cy apres. Au refte, finonqueie n’ay pas enuie de m’arefter a expliquer particulièrement la nature du feu, i’adioufterois encore icy,pourquoy l’ean de la mer eft moins propre aefteindre les embrafomens que celle des riuieres, &pourquoy elle eftincelle la nuit, eftant agitée; car vous verriés, que les parties du fel, eftât fort ayfôes a eforâfler, a caufo qu’elles font comme fufpenduës entre celles de l'eau douce, & ayant beaucoup de force après eftre ainly esbranfiées,a caufe qu’elles font droites & inflexibles; peuuent non feulement augmenter la flame, lorfqu'on les y iettej mais aufly en caufer d’elles mefme, en s'eflâçeant hors de l’eau où elles vn banc de fable ou quelque autre obftacle. qui la face monter vers B, lebranfle que cete agitation donne aux parties du fol, peut faire que les premières quivienent enlair, fy dégagent de celles de l’eau douce, qui les tenoient entortillées, 3c que fo trouuant feules vers B a cerfont. Comme fi la mer qui eft vers A, eftant pouflee auec force vers =1 C, y rencontre taine Discours Troisiesme. 181 taine diftance l'vne de l’autre, elles y engendrent des ellincelles, afliés femblables a celles qui fortent des caillous quand on les frappe. Il eft vray, qu'a cet effeéfc il eft requis, que ces parties du feifoient fort droites, &fort gliflantes, aftùi qu’elles fe puiflent plu s ayferaent feparer de celles de l'eau douce: d’où vient, que ny la faumeure, ny l’eau de mer qui a eft<f long tems gardée en quelque vaze, ny font pas propres. Il eft requis aufly, que celles de l’eau douce n'embraflent point trop eftroitement celles du fel: d’où vient, que ces eftincelles paroiflentplu* quand il fait chaud, que quand il fait froid } & que l'agitation de la mer foit aflés forte: d’où vient, qu'en mefme tems il ne fort pas du feu de toutes fes vagues } & enfin que les parties du fel fe raeuucnt de pointe, comme des fléchés, & non de trauers: d’où vient, que toutes lesgouttes, qui reiailliflent horsd’vne mefme eau, n’efclairent pas en mefme forte.
Mais confidcrons maintenant comment le fel flotte fur l’eau quand il fe fait, nonobftant que fos parties foient fort fixes & fort pefantes; & comment il s'y forme en petits grains, qui ont vne figure quarree, prefque femblableacelle d’vn diamenttailléen table, excepté quelâ pluslarge deleurs faces eft vn peu creufée.Premiereraêt il eft befoin a cet effe<ft, que l'eau de la mer foit retenue en quelques foflesjpour éviter tant l’agitation coutiuuelle des vagues.que l’affluence de l'eau douce que les pluies & les riuieres amènent fans cefleen l'Océan. Puis il eft' befoin aufly d’vn tems chaud &fec- affinquel’a&ion du foleil ait afles de force,pour faire que les parties de l’eau douce, qui font roflées autour de celles du fel, s’éuapo- Z j rent..
rent. Et il fault remarquer, que la fuperficie de l’eau eft toufiours fort elgale & voie, comme aufly celle de toutes les autres liqueurs:dont la railbn eft, que lès parties fe remuent entre elles de mefme façon &de raelme branfle, & que les parties de l’air qui la touchant fe remuent aufly entre elles tout de mefme l’vne que l'autre; mais que celles cyue le remuent pas de mefme façon ny de mefme mefurc que celles là; & particulièrement aufly, que la matière fubtile, qui eft autour des parties de l’air, fe remue tout autrement que celle qui eft autour des parties de l’eau: ce qui eft caulè que leurs fuperficies, en fe frottant l’vne contre l’autre, fc poliflent, eu mefine façon, que fi c’eftoient deux cors durs: excepte'quec’eft beaucoup plus ayfement, & prefque en vn inftant; pource que leurs parties, n ’eftant attachées en aucune façon * les vnes aux autres, s’arrengent toutes dés le premier coup, ainfi qu’il eft requis a cet effeét • Et cecy eft aufly caufe que la fuperficie de l’eau cft beaucoup plus malayfceadiuiier, que n’eft le dedans: ainly qu’on voit par expérience, en ce que tous les cors afles petits, quoyque de matière fort pelante, comme lont de petites aiguilles d’acicr,peuuët flotter St’ eftre fouftenus au defliis, lors qu’elle n’eft point encore diuifée,• au lieu que lorsqu’elle l’eft, ilzdefcendent iulqu’au fonds làns s’arefter. En fuite de quoy iltault confiderer que lors que la chaleur de l’air eft alTés grande pour former le fel, elle peut non feulement faire fortir hors de l’eau de mer quelques vnes des parties pliantes qui s y trouuent, & les faire monter en vapeur,mais aufly les y faire monter auec telle vitefle " qu’auant quelles ayent eu le loyfir de fe deueloper d’au- $ 9 Discours Troisiesme. 183 tour de celles du fel, elles arriuent iulques au deflus de la fuperficie de cete eau, où les apportant auec foy, elles n’acheuent de s’en deuelopper,* qu'aprés que le trou, qu'elles ont fait en cete fuperficie pour en fortir, s'eft referme, au moyen de quoy ces parties du fel y demeurent toutes feules flotantes deflus, comme vous les voyes reprefentées vers D. Car yeftantcouchèesdeleur long, ellesne font point affés pefantes pour s'yenfon. cer, non plus que les aiguilles d'acier dont ic viens de parler, & elles la font feulement vnpeu courber & plier fous elles, a caufe de leur pefateur, tout de melme que font aufly ces aiguilles, de façon que les premieres,eftant femèes par cy par 1| fur cete fuperficie, yfontplufieurs petites foffès ou courbures,- puis les autres qui vienent après, fe trouuant fur les pentes de ces folles, roullcnt & gliflent vers le fonds, où elles le vont joindre contre les premières. Et il fault par-_ ticuliereraent icy remarquer, que de quelque part qu'elles.y vienent, elles fe doiuent coucher iuftement colle a colle de ces premières, comme vous les voyès vers E, au moins les fécondés, &fouventauffy les troifiefmes, a caufe que par ce moyen elles defeendent quelque peu plus bas, qu’elles ne pourroient faire fi elles demeuroient en quelque autre fituatron, comme en celle qui fe voit vers F, ou vers G, ou vers H. Et le mouuement delà chaleur, qui esbranlle toufiours quelque peu cete fuperficie, ayde a les arrenger en cete forte.
Puis U i K N M 184 Les Mïteorîs, Puis lors, qu’ify enaainfy en chafque fofle deux ou trois colle a cofte l'vne de l’autre, celles qui y vienent, de plus fepeuucnt joindre encore a elles en mefmefens, fi elles s’y trouuent aucunement difpofe'es,mais s’il arriue qu’elles penchent d’auanrage vers les bouts des precedentes que vers les colles, elles fe vont coucher decontre a angles droits, comme vous voyes vers K: acaufe que par ce moyen elles defeendent aufly vn peu plus bas, qu'elles ne pourroient faire fi elles s ’arrengeoient autrement, comme elles font vers L, ou vers M. Et poureequ’il s'en trouue à peu près autant, qui fe vont coucher contre les bouts des deux ou trois premières, que de cellesqui fe vontcoucher contre leurs cofle's,- de là vient, que s'arrangeant ainfy plufieurs centaines toutes enfemble, elles forment premièrement vne petite table, qui au iugementdela veuë paroift tresquarrée, &qui efl comme la baze du grain de fel qui commence a fè former. Et il faut remarquer, qu’y en ayant feulement trois du quatre couche'es en mefme fens, comme vers N, celles du milieu s’abaifient vn peu plus que celles des bords j mais qu’y en venât d'autres qui s’y ioigênt en travers, comme vers O, celles cy aydent aux autres des bords a s’abaifler prefque autant que celles du milieu,& en telle forte, que la petite table quarrée, qui fèrt de baze a vn grain de fel, fe formant ordinairement de plufieurs centaines iointes enfemble, ne peut paroiftre a l’oeil que toute plate, encore qu’elle foittoufiours tant foit peu courbée. Or a mefure quecete table s’agrandift, elle s’abaifledeplus en plus, mais fi lentement, quelle fait plier fous fby la fuperficie de l’eau fans la rompre. Et lors quelle eft paruenuc Discours Troisiesme. xif paruenuë a certaine grandeur, elle Ce trouue fi fort abaiCCée, que les parties du fel, qui vienent de nouucau vers elle, au lieu de s'arefter contre Ces bords, partent par deflfus, &yroullent en mefme fens& en mefme façon que les precedentes roulloient fur l’eau. Cequi fait quelles y forment derechef vne table quarrée, qui s’aba.-ifle en mefme façon peu a peu. Pois les parties du fel qui vienent vers elle, peuuent encore paffer par deflus, & y former vne troifiefrae table. & ainiy de fuite. Mais il eft a remarquer que les parties du fel, qui fbrmentJadeuxiefme de ces tables, neroulle pas fi ayfèment fur la première, que celles qui ont formé cetc première roulloient fur l’eau, car elles ny trouuent pas vne fuperficie du tout fi voie, ny qui les Iaifle couler fi librement: d'où vient que fbuuct elles ne roullct point iufques au milieu^ qui parce moyen demeurant vuide, ccte fécondé table ne s’abaifle pas fitoft aproportjon qu’auoit fait la première'; mais deuient vn peu plus grande auant que la troifiefrae commence a fe former; & derechef le milieu de celle cy demeurant vuide elle deuient vn peu plus grande que la féconde, & ainfy de fuite, iufques'a ce que le grain entier,qui fè corapofe d’vn grand nombre de telles petites tables pofees l’vne fur l’autre, foit acheue',c’di a dire, iufques a ce que touchant aux bords des autres grains voyfms, ilnepuifle deuçnir plus large, Pour ce quieftde la grandeur delà première, tafile qui luyfert de baze, elle dépend du degre' de chaleur qui agite l’eau pendant quelle fe forme, car plus l'eau cftagitee, plus les parties du fel qui nagent deflfus font plier fa fuperficie; d'où vient, que cete baze.demeure plus petite, & A a mefmç iStf Les Met boues.
mefrne l’eau peut eftre tant agitée que les parties du fel iront au fonds auant qu’ellesayent formé aucuns grains.
Pour le talludes quatre faces qui fortent des quatre coftés de cetebaze,ilne dépend que des caufcs défia expliquées, lorsque la chaleur eftefgale pendant tout le tems que le grain eftalêformêr: mais fi elle va en augmentant, ce tallu en deuiendra moindre,- & au contraire plus grand, fi elle diminue: en forte que fi elle augmente, & diminue, par interualles, ilfe fera comme de petits efchdons de long de ces feces. Et pour les quatre querres ou collés qui ioignent ces quatre faces, elles ne font pas ordinairement fort aiguës ny fortynies. car les parties, qui fe vont ioindre aux colles de ce grain, s’y vont bien quafitoufioürs appliquer de long, commei'ay dit, mais pour celles, qui vont rouller contre fes angles, elles s’y arrengent plus ayfement en autre lèns, a fçauoir, _ comme elles font reprefentées vers P. Ce qui fait que ces querres font vn peu moufles P & inefgales } & que les grains de fel s'y fendent fouuent plus ayfement qu’aux autres lieux; & aufly quel’efpacevuidc, qui demeure au milieu, fe fait prefque rond plutoft que quarre. Outre cela poureeque les parties qui compofent ces grains fe vont ioindre confufement, & fans autre ordre que celuy que ie viens d’expliquer, ilarriue fouuent que leurs bouts, au lieu de fe toucher, laiflent entre eux afles d'efpace pour placer quelques parties de l’eau douce, qui s'y enferment, & y demeurent pliées en rond, * comme vous voyés vers R, pendant quelles ne s’y meuuent que moyennement. ville; Discours Troisiesme. 187 mais lors qu’vue fort violente chaleur les agite, elles tendent auec beaucoup de force a s’eftendre,& le déplier, en mefme façon qu’il atantoft efte' dit qu’elles font / quand l’eau fe dilate en vapeur, ce qui fait quelles rompent' leurs priions tout d’vn coup, & auecefclat. Et c’eftla raifon pourquoy les grains defel, eftant entiers, febrifent en fautant & pétillant quand on les iette dans le feu-& pourquoy ils ne font point le mèfme eftant mis en * poudrej car alors ces petites prifods font défia rompues. De plus, l’eau de la mer ne peut eftre fi purement compofée des partiesquci’aydefcrites, qu’il ne s’yenren- -contre auffy quelques autres parmi, qui fout de telle figure, qu’elles ne laiflent pas de pouvoir y demeurer, encore quelles foient beaucoup plus delides: &qui, s’allant engager entre les parties du fel lors qu’il fe forme, luy peuuent donner & cete odeur de violette très agréable qu’a le fel blanc quand ileft fraifchement fait, & cete couleur fale qu’a le noir, & toutes les autres variétés qu’on peut remarquer dans les fels, & qui dépendent des diuerfes eaux dontils fe forment. Enfinvous ne vous eftonnerds pas de ce que le fel eft fi friable ôcfiayféa rompre comme il eft, en penfant a la façon dont fe ioignént fes parties,- Ny de ce qu’il êft toufiours blanc ou tranfparent eftant pur, en penfant a leur grofleur, & a la nature de la couleur blanche,qui fera cy apres expliquée; Ny de ce qu’il fe fond afles facilement fur le feu quand il eft entier, enconfiderant qu'ily aplufieurspartiesd’eau douce enfermees entre les fienes,- Ny de ce qu’il fe fond beaucoup plus difficilemenr,eftant bienpuluerife' & bien feichd, en forte qu’il n’y refte plus rien de l’eau douce, i,. A a 2 en ï88 Les Meteores.
en remarquant qu’il ne fe peut fondrc,eftant ainlÿ t es parties ne fe plient, & qu’elles ne peuuent que diffrcilcment fe plier. Car encore qu’on puifle feindre, qu'autrefois celles de la mer ontefté toutes, par degrés, les vnes plus pliantes, les autres moins: on doit penforque tontes celles, qui ont pû s'entortiller autour de quelques autres, fe font amollies depuis peu a peu, & rendues fort flexibles; au lieu que celles qui ne font point ainly entor-.
tillées, font demeurées entièrement roides: en forte qu’il yamaintement en cela grande différence, entre • celles du fel, & celles de l’eau douce. Mais les vnes & les autres doiuent eftre rondes; afçauoir, celles de ifoau douce, comme des chordes,- & celles du fel, comme des cylindres ou des battons: a caufe que tous les cors, quife meuuent en diuerfes façons & long tems, ont couttume des’arondir. Et on peut en fuite connoiftre quelle eft la nature decete eau extrêmement aygre & forte; qui peut foudre l’or, & que les Alchemiftes nomment l’efprit ou l'huyle de fol. car d’autant qu’elle nefe tire que par là violence d’vn fort grand feu, ou du fol pur, ou du fol mette* auec quelque autre cors fort fcc & fort fixe, comme de la brique, qui ne fort qu’a l'empefcher de fe fondre: il eft euident que fos parties font les mefmes qui ontauparauant çompofé le fol, mais qu’elles n’ont pû monter par l'alembic, & ainly de fixes deuenir volatiles, finon apprés qu'en fe chôcquant les vnes contre les autres, a force d’eftre agitées parle feu, de roides & inflexibles comme elles eftoient, elles font deuenuës faciles a plic^ & par mefme moyen de rondes en forme de cylindres, elles font deuenuës plates & tranchantes, ainfyquedesfeuilr les de - Discours (Ivàtriesme. *89 les de flambe ou de glayeul V car fans cella elles fl'auroient pû le plier. Et en fuite il eft ay le a iuger la caufe dt* gouft quelles ont fort different de celny du fel. carie couchant de long fur la langue, & leurs trenchans s'appuiant contre les extrémités de fes nerfs, & coulant. deflus en les couppant, elles les doiuent bien agiter d Vne autre forte quelles ne faifoient auparauant, & par confequent caufer vn autre gouft, a Içauoir, celuy qu'on nomme le gouft aygre. On pourrait ainfy rendre raifon de toutes les autres propriétés de Cete eau, mais la chofc irort a l’infini, & il fera#mieux que retournant a la confideration des vapeurs, nous commencions a examiner comment elles le meuuent dans l’air, & comment elles, ycaufentlesvens.
DES VE NX m TOute agitation d’air qui eft fenfible fe nomme vent, & tout cors inuifible & inpalpable fe nomme ^ir. Ainfi lorfquc l’eau eft fort raréfiée & changée en vapeur fort fubtile, on dit qu’elle eft conuertie en air. nonobftant que ce grand air que nous refpirons ne foit, pour la plus part, compofé que de parties qui ont des figures fort differentes de celles de l’eau, & qui font beaucoup.plus déliées. Et ainfi l’air eftantchalfé hors d vnfoufflet, ou pouflVparvn éventail, fe nomme vent; nonobftant que ces venspluseftendus, qui régnent fur la face de la met & de la terre, ne foient ordinairement autre chofe . • Aa 3 <iuelc • • ij>o Les Météores que te mouuement des vapeurs, qui en fè dilatant paffent du lieu où elles font en quelque autre où elles trouüent plus de commodité de s’eftendre.En mefme façon qu’on voit en ce* boules nommées des -Æolipilcs, qu’vn peu d'eau s'exhalât en vapeur fait vn vent affc's grand & affés fort a raifon du peu de matière dont il fe côpofe.Et pourceque ce vent artificiel nous peut beaucoup ayder a entendre quels font les naturels, il fera bon icy que ie l’explique. ABC DE, eft. vue boule de cuiure bu S, autre telle matière, toute creufe, & toute fermée, Æ=rFexcepté qu’elle a vne fort petite ouuerture en l’endroit marqué D. & la partie de cete boule ABC eftantpleine d'eau, & l’autre AEC eftât vuide, c’eft a dire ne contenant que de l’air, on la mçt fur le feu;puisla chaleur agitant les petites parties de l’eau, fait que placeurs s'efleuentaudeffusdelafuperficieA C,où elles s’e.
ftendêt,& s’entrepouflet en tournoyât, & font effort pont s’efcarterles vues des autres, en la façon cy deffus expliquée. Et pource qu’elles ne peuuent ainfÿ s’efearter, qu'a mefure qu’il en fort quelques vnes par le trouDw tontes les fore çs dont elles s'entrepouffentconfpirêtenfemble a chaffer par là toutes celles qui eu fondes plus proches, &ainfy elles caufent vn ventquifouffledelà vers F. Et poureequ'il y a toufiours de nouuelles parties de cete eap, qui eftant efleuéés par la chaleur au deffus deflusdecetefùperficie AC, s'eftendent &s’efcartent lVuede l'autre, amefiire qu'il en fort par le trou D: ce vent ne ceffe point que toute l’eau de cete boule ne foit exhale'e, oubien que la chaleur qui la fait exhaler n’ait ceffé. Or les ve ns ordinaires qui régnent en l’air fe font a peu pre's en mefme façon que cetuy cy, &ilnya principalement que deux choies enquoy itz different.
La première eft que les vapeurs, dontilzfecompofent, ne s*cfleuent pas feulement de la fuperficie de l’eau, comme en cete boule; mais auffy des terres humides, des neiges, & des nues: d’où ordinairement elles fortent en plus grande abundance que de l'eau pure, a caufe que leurs parties y font défia prefque toutes deiointes & defuoies, & ainfy d’autant plus ayfe'es a feparer. La fécondé eft que ces vapeurs ne pouuant eftre renfermées en l’air, ainfy qu’en uueÆoli pile, font feulement empefehées de s’yeftendre efgalemeut detouscoftes, par la refiftence de quelques autres vapeurs, ou de quelques nuës,ou de quelques montaignes, où enfin de quelque vent qui tend vers l'endroit où elles fout,-mais qu'en reugnche il y a fouuent ailleurs d'autres vapeurs, qui s’ef* paifîi fient, & fe reflerrant au mefme tems que celles cy fe dilatent, les déterminent a prendre leur cours vers i’efpace qu’elles leur laiffent. Comme par exemple £ vous imagines qu'il y a maintenant force vapeurs en l'endroit de l’air marquéF, qui fe dilatent, & tendent a occuper vn efpace incomparablement plus grand que celuy qui les contint; & qu’au mefme tems il y en a d’autres vers G, qui fè refferrant & fc changeant en eau ou en neige laififétla plus grand part de l’efpace où elles eftoiët: