(le Vieux-Caire), en Egypte, on compte trois journées de marche. Sur ses bords, du côté de l'orient, se voient les côtes du Yémen, puis le Hidjaz, Djidda, Médian, Alla, et Faran, qui se trouve à son extrémité. Du côté de l'occident sont les rivages du Saïd (la Haute-Egypte), Aïdab, Souaken, Zeilâ, puis le pays des Bedja, qui touche à l'endroit où cette mer commence. Son extrémité, près de Colzom, se trouve vis-à-vis d'El-Arîch, située sur la mer Romaine. La distance qui sépare ces deux points est d'environ six journées de marche. Plusieurs souverains, avant et depuis l'islamisme, ont essayé de percer cet isthme, sans pouvoir y parvenir.
La seconde mer qui se détache de la mer Abyssinienne porte le nom d'El-Khalîdj-el-Akhdar (le Canal vert 1 ), et commence entre la contrée du Sind et les Ahkaf du Yémen. Elle se dirige vers le nord, en tournant un peu vers l'ouest, jusqu'à ce qu'elle se termine à Obolla, l'une des villes maritimes du canton de Basra, située dans la sixième partie du second climat. Là cette mer se trouve à quatre cent quarante parasanges de son point de départ. On lui donne le nom de mer de Fars (la Perse). Du côté de l'orient, elle parcourt le littoral du Sind, du Mekran, du Kerman, de Fars et d'ObolIa, où elle s'arrête. Du côté de l'occident elle longe les côtes de Bahreïn, dû Yemama, d'Oman, d'Es-Chiher 2 et des Ahkaf, pays situé près du point où elle commence. La presqu'île des Arabes, située entre la mer de Fars et celle de Colzom, est comme une péninsule qui s'avance dans la mer. Elle est limitée, au midi, par la p. 79- mer des Abyssins; à l'occident, par celle de Colzom, et, à l'orient, par la mer dé Fars. Elle confine à cette partie de l'Irac qui sépare Basra de la Syrie et qui s'étend l'espace de quinze cents milles. Là se trouvent les villes de Koufa, de Cadeciya, de Baghdad, d'Eiwan-Kisra (Çtésiphon) et d'El-Hîra. Au delà habitent les Turcs, les Khazars et autres peuples étrangers. La presqu'île Arabique renferme, du côté de l'occident, la contrée de Hidjaz; du côté de x C'est le golfe Persique. note de la p. 124 de la traduction de la * On peut consulter, sur cette ville, la Géographie d'Aboulfîda> par M. Reinaud.
l'orient, les provinces de Yemarna, d'El-Bahreïn et d'Oman; du côté du midi, le pays du Yémen et les rivages baignés par la mer des Abyssins.
Dans le nord de cette partie du monde habitable, c'est-à-dire dans le pays de Deïlem, se trouve une mer tout à fait isolée des autres. On l'appelle la mer de Djordjan et la mer de Taberistan h Sa longueur est de mille milles, et sa largeur de six cents.. Elle a, du côté de l'occident, les provinces d'Aderbeïdjan et de Deïlèm; à l'orient, la contrée des Turcs etcelle de Kharezm; au midi, le Taberistan; au nord, les pays des Khazars et des Alains. Voilà les plus remarquables des mers dont les géographes ont fait mention. 0 Ils nous disent aussi que la partie habitable du monde est arrosée par un grand nombre de fleuves, dont les plus considérables sont: le Nil, l'Euphrate, le Tigre et le fleuve de Balkh, autrement nommé le Djcïhoùn. Le Nil prend naissance dans une grande montagne, située à seize degrés au delà de l'équateur, et sous la méridienne qui traverse la quatrième partie du premier climat. Elle porte le nom de montagne iïEl-Comr, et l'on n'en connaît pas au monde de plus élevée. De cette montagne sortent de nombreuses sources, dont quelques-unes vont décharger leurs eaux dans un.lac situé de ce côté-là /pendant que le reste se jette dans un autre. De ces deux bassins s'échappent plusieurs rivières qui se jettent toutes dans un seul lac situé auprès de l'équateur, à dix journées de marche de là P. 80. montagne 2. De ce lac sortent deux fleuves, dont l'un coule directement vers le nord et traverse la Nubie et l'Egypte. Après avoir dépassé le Caire, il se divise en plusieurs branches ayant toutes la même grandeur, et dont chacune porte le nom de khalîdj (canal); elles se déchargent toutes dans la mer Romaine, du côté d'Alexandrie. Ce fleuve se nomme le Nil d'Egypte. Sur la rive orientale s'étend le Saïd; à l'occident se trouvent les- Oasis. L'autre fleuve se détourne vers 1 C'est la mer Caspienne. l'équateur, ce qui ferait au moins quaâ Notre auteur vient de dire que celte rante-huit journées de marche, montagne était à seize degrés au sud de *,, 1 Prolégomènes. 1 3 l'ouest, et coule dans cette direction jusqu'à ce qu'il se jette dans la mer Environnante; celui-ci est le Nil des noirs, et c'est sur ses deux rives que demeurent tous les peuples nègres.
L'Euphrate prend sa source en Arménie, dans la sixième partie du cinquième climat. Il coule au sud à travers le territoire grec, et passe auprès de Malatiya, deManbedj, deSiffîn, deRacca et deKoufa; puis il atteint les marais [bat'ha) qui séparent Basra de Ouacit, et va se'jeter dans la mer des Abyssins 1. Pendant son cours, il reçoit un grand nombre de rivières et donne naissance à quelques autres qui vont se décharger dans le Tigre.
te Tigre sort de plusieurs sources situées dans la province de Khalat, qui fait également partie de l'Arménie. Il coule vers le sud et passe auprès de Mosul, de l'Aderbeïdjan, de Baghdad et de Ouacit; là il se partage en plusieurs branches, qui toutes s écoulent dans le lac de Basra, d'où elles vont atteindre la mer de Fars. Ce fleuve est situé à l'orient de TEuphrate. Dans son cours, il reçoit, de chaque côté, un grand nombre de fortes rivières. Entre PEuphrateet le P. 81. Tigre, vers la partie supérieure de ce dernier fleuve,* est la presqu'île de Mosul 2, qui est séparée de la Syrie par les deux rives de l'Euphrate, et de l'Aderbeïdjan par les deux rives du Tigre.
Quant au Djeïhoun (fOxus), il prend naissance près de Balkh, dans la huitième 3, partie du troisième climat. Sorti d'un grand nombre de sources, il reçoit dans son cours plusieurs grandes rivières,. et, se dirigeant du midi au nord, il traverse la province de Khoraçan, entre dans le Kharezm, situé dans la huitième partie du cinquième climat, et va se décharger dans lé lac d'El -Djordjaniya (l'Aral), sur lequel est située une ville du même nom 4. La longueur de ce bassin est 1 L'auteur aurait dû écrire «dans la rections indiquées dans ces notes sans aumer de Fars. » cune observation sont autorisées par les 1 En arabe Djezîra Maucel (la Mésopo- manuscrits., tamie). Cette grande province, située entre * Il ne faut pas confondre Djordjaniya le Tigre et l'Euphrate, porte encore le avec Djordjan; la première ville est située nom d'El-Djezîra. sur l'Aral et la seconde sur la mer Cas- 3 Pou r^UIf, lisez ^UJ t. Toutes les cor- pienne.
d'un mois de marche; sa largeur est d'autant. Il reçoit aussi les eaux de la rivière qui porte le nom de rivière de Ferghana et de Chach (le Sîhoun ou Iaxartes), et qui vient du pays des Turcs. Sur la rive occidentale du Djeïhoun, s'étendent le Khoraçan et le Kharezm; à l'orient se trouvent les provinces de Bokhara, de Termid et de Samarcand. Au delà de ce pays sont la contrée des Turcs, celle de Ferghana» celle des Kharlodjiya 1 et d'autres nations barbares. Tous ces renseignements sont fournis par Ptolémée dans son livre, et par le cherîf (Idrîci )' dans l'ouvrage intitulé le Livre de Roger. Ces traités géographiques offrent des cartes qui représentent tout ce que le monde habitable renferme de montagnes, de mers et de rivières. Ils fournissent, sur ces matières, des notions trop nombreuses pour être reproduites ici; car, en composant cet ouvrage, nous avons eu surtout en vue l'Occident (Maghreb), qui est le pays des Berbers, et les territoires de l'Orient habités par les Arabes. C'est Dieu qui donne du secours.
SUPPLÉMENT DU SECOND DISCOURS PRÉLIMINAIRE. t P. 82.
Pourquoi le quart septentrional de la terre a-l-il une population plus nombreuse que le quart méridional?
On sait, par le témoignage de ses yeux et par une suite non interrompue de renseignements, que le premier et le second climat du monde habitable sont moins peuplés que les suivants'; que leurs parties habitées sont séparées les unes des autres par des solitudes, des déserts et des sables, et que du côté de l'orient se trouve la mer Indienne (qui en rétrécit beaucoup l'étendue). Les nations et les peuples qui occupent ces deux climats ne sont pas en nombre considérable; il en est de même de leurs cités et de leurs villes. Le troisième climat, le quatrième et les suivants présentent un caractère tout à fait différent; les déserts n'y sont pas nombreux; les sables s'y mon- 1 11 s'agit des Kharlokh, peuple turc tes. ( Voy. Relation des voyages des Arabes qui habitait au midi et au sud-est des en Chine, traduite par M. Reînaud, t. I, contrées baignées par î'Oxus et le Iaxar- p. cxliii et eti du discours préliminaire.)
100 PROLÉGOMÈNES.
trent rarement, ou ne s'y présentent pas du ( tout; les nations et les peuples qui les habitent rappellent, par leur multitude, l'image d'un océan prêt à déborder; leurs cités et leurs villes sont en nombre infini. La population est agglomérée entre le troisième climat et le sixième 1. Quant au midi, il est complètement désert. Suivant plusieurs philosophes, ce fait doit être attribué à l'excès de la chaleur et à ce que le soleil, dans cette région, s'écarte très-peu du zénith.
Nous allons éclaircir cette doctrine par, un raisonnement démonstratif, qui servira, en même temps, à expliquer pourquoi, dans lapartie septentrionale de l'hémisphère, la population est très-nombreuse depuis le troisième et le quatrième climat jusqu'au cinquième et au septième 2. Dans les pays où les deux pôles de la terre, c'està-dire le pôle arctique et le pôle antarctique, se trouvent simultanément à l'horizon, il y a un grand cercle qui coupe le globe en deux moitiés. Ce cercle, le plus grand de ceux qui s'étendent de l'ouest à l'est, est nommé Véquateur. Suivant le principe énoncé P. 83. dans notre chapitre sur l'astronomie, la sphère supérieure fait journellement une révolution d'orient en occident, et entraîne avec elle toutes les autres sphères qu'elle renferme. Ce mouvement est prouvé par le témoignage de nos yeux. Nous avons mentionné aussi que chaque astre 3, dans sa sphère, a un mouvement opposé au précédent, puisqu'il se fait d'occident en orient. Le temps de ces révolutions diffère, pour les astres, suivant la rapidité ou la lenteur de leur marche. Tous les espaces que ces astres parcourent dans leurs sphères sont situés dans un grand cercle qui coupe la sphère supérieure en deux moitiés. C'est là l'écliptique, qui est divisé en douze signes. On trouvera indiqué, en son lieu, que l'équateur coupe l'écliptique en ■ deux points opposés, savoir: le commencement du Bélier et celui de la Balancé. Ainsi le, cercle équinoxial partage les signes en deux 1 Deux manuscrits et l'édition de * leur a dit le cinquième et le septième, plutôt Bouîae portent l^ô, à la place de L^a3, que le sixième et le septième.
et fournissent ainsi la bonne leçon, j u 3 II s'agit du soleil» de la lune et des * On ne s'explique pas pourquoi Tau- planètes., ' M classes, dont la première se compose de ceux qui s' écartent de ce cercle vers le nord; la seconde renferme les signes dont la déclinaison est australe. La première classe renferme les signes depuis le commencement du Bélier jusqu'à la fin de l'Epi (la Vierge); la seconde comprend les autres signes depuis le commencement de la Balance jusqu'à la fin du Poisson.
Lorsque les deux pôles se trouvent dans l'horizon, ce qui a lieu pour une certaine région de la terre 1, il y a sur la surface du globe une ligne unique, située dans le plan de l'équateur céleste, et qui s'étend d'orient en occident. Elle se nomme l'équateur. Selon le rapport des hommes du métier, on a constaté, par des observations astronomiques, que cette ligne marque le commencement du premier des sept climats 2, et qu'elle a au nord les parties du monde habitable. Dans ces parties, le pôle septentrional s'élève graduellement. audessus de l'horizon, et lorsqu'il atteint une élévation de soixantequatre degrés, il indique la limite où* s'arrête la partie habitable de la terre, c'est-à-dire la fin du septième climat..Lorsque ce pôle a une hauteur de quatre-vingt-dix degrés, distance qui le sépare de l'équateur, il est au zénith; l'équateur se confond alors avec l'horizon; six des signes du zodiaque, savoir, ceux du nord, restent au-dessus de l'horizon, et les six autres, ceux. du midi, se trouvent au-dessous. Du soixante-quatrième degré au. quatre-vingt-dixième, la terre est inhabitée, attendu que le chaud et le froid ne s'y rencontrent jamais à des époques assez rapprochées pour pouvoir se combiner; ce qui empêche la production d'avoir lieu. Sous l'équateur, le soleil est au zénith quand il entre dans le signe du Bélier ou dans celui de la Balance; ensuite il s'en éloigne jusqu'à ce qu'il arrive au commencement du Cancer, ou à celui du Capricorne, et 1 L'auteur dit: ^yl\ cr 2 *^ c? « pour loutes les régions de la terre, » ce qui n'est pas vrai: les pays situés sous l'équateur sont les seuls dans lesquels on puisse avoir les deux pôles sur l'horizon.
* 11 ne. fallait pas avoir recours aux observations pour établir que Je premier climat, commençait à l'équateur. Quelques astronomes avaient décidé que cela serait ainsi.
son plus grand écart (déclinaison) de l'équateur ne dépasse pas vingtquatre degrés. Pendant que le pôle septentrional s'élève au-dessus de l'horizon, l'équateur s'éloigne du zénith dans la même proportion, et le pôle austral s'abaisse (au-dessous de l'horizon) dune quantité égale. Aussi, dans ces changements de position, les espaces (angulaires) parcourus par les trois points sont égaux. Cet espace est nommé par les astronomes 1 la latitude d'un endroit. Lorsque l'équateur s'éloigne du zénith (vers le sud), les signes septentrionaux du zodiaque s'élèvent graduellement au-dessus (de l'équateur), jusqu'à ce que le maximum de cette élévation soit atteint par le commencement du Cancer; pendant ce temps, les signes méridionaux s'abaissent graduellement au-dessous 2 de l'horizon, et le maximum de cet abaissement a lieu pour le commencement -du Capricorne. Ce phénomène tient à la manière dont les signes s'écartent à droite et à gauche de l'équateur céleste, ainsi que nous l'avons dit. *. T. *• A mesure que le pôle 3 du nord s'élève, le signe septentrional qui est le plus éloigné de l'équateur céleste, c'est-à-dire le commencement du Cancer, se rapproche du zénith jusqu'à ce qu'il l'attëigne; ce qui a lieu pour les contrées dont la latitude est de vingt-quatre degrés, telles que le Hidjaz et les régions qui l'avoisinent. Cette (distance angulaire) est égale à la déclinaison du commencement du Cancer, au moment où l'équateur est perpendiculaire à l'horizon 4. Par suite de l'élévation du pôle septentrional, le Cancer se trouve porté au zénith.
Lorsque l'élévation du pôle dépasse vingt-quatre degrés, le soleil (étant dans le signe du Capricorne) s'éloigne encore plus du zénith; Capricorne s'éloigne "de l'horizon vers le nadir.
3 Tous les manuscrits portent — a l'horizon. » Cette leçon ne vaut rien; il faut lire oJxiiif. • ' * * ■ - 4 Les derniérs roots de cette phrase sont tout à fait inutiles; que l'équateur soit perpendiculaire à l'horizon ou non, la déclinaison du signe reste invariable.
1 L'auteur emploie ici le terme JL^I o^ïl^-M, c'est-à-dire, les gens qui dressent les calendriers servant à indiquer les heures de la prière.
s Quand les signes septentrionaux sont au-dessus de l'horizon, les signes méridionaux sont au-dessous; aussi, à mesure que le commencement du Cancer s'approche du zénith, le commencement du il s'abaisse jusqu'à l'horizon quand le pôle a atteint une élévation de soixante-quatre degrés. La quantité de cet abaissement est aussi de soixante-quatre degrés; il en est de même de la dépression du pôle méridional au-dessous de l'horizon. (Daiis les pays où le pôle septentrional s'élève à cette hauteur,) toute production cesse, attendu que le froid et la gelée y sont extrêmement forts et qu'ils restent très-longtemps sans éprouver l'influence de la chaleur. De plus, quand le soleil se trouve au zénith, ou à peu de distance de ce point, les rayons qu'il envoie sur la terre y tombent perpendiculairement, tandis que, dans les lieux qui n'ont pas le soleil au zénith, ils arrivent sous un angle obtus ou aigu. Lorsque les rayons tombent perpendiculairement, la lumière a une grande intensité et se répand au loin; le contraire a lieu lorsqu'ils forment un angle aigu ou obtus; aussi, dans les localités qui ont le soleil au zénith, ou à peu près, la chaleur est plus forte -que dans les régions plus éloignées, car la lumière est la cause de la chaleur et de l' échauffe nient. Pour (les pays situés sous) l'équateur, le soleil passe au zénith deux fois chaque année, ce qui a lieu quand il est dans le Bélier ou dans la Balance. Quand il s'écarte du zénith de ces lieux, la distance n'est pas considérable, et quand il arrive au terme de sa déclinaison, ce qui est marqué par le commencement du Cancer, d'un côté, et du Capricorne, de l'autre, il s'en retourne avec tant de promptitude qu'il ne permet pas à la chaleur de se modérer. Ses rayons tombent d'aplomb sur cette zone torride pendant un temps assez long, sinon continuellement. L'air est embrasé par une chaleur devenue excessive. Il en est de même dans les régions qui s'étendent au delà de l'équateur, jusqu'à la latitude de vingt: quatre degrés (sud); elles ont le soleil au zénith deux fois chaque année, et subissent ainsi l'ardeur de ses rayons 1 presque P. 86.
autant que les contrées situées sous l'équateur même. Cette chaleur excessive dessèche et raréfie l'atmosphère au point d'empêcher la re- 1 Littéral, «les rayons frappent conti- cheux que l'auteur, en parlant de Taslronuellement sur l'horizon (^-iVI, el-ifk) nomie sphérique, ait employé le mot ijk dans cette région ($iYI, el-ifk). » Il est fâ- P our signifier tantôt horizon et tantôt région.
production des êtres, ear la disparition des eaux et des vapeurs humides nuit à la formation des minéraux, des plantes et des animaux, vu que la production ne peut avoir lieu sans l'humidité. Lorsque le commencement du Cancer s'écarte (au sud) du zénith, ce qui a lieu dans les latitudes qui dépassent vingt-cinq degrés nord, le soleil* se trouve éloigné du. zénith, et la chaleur acquiert une température moyenne, ou peu s'en faut; la production des êtres prend alors de l'activité et s'accroît graduellement, jusqu'à ce que le froid devienne sensible, par suite de la diminution de la lumière, et parce que les rayons du soleil frappent la terre sous un angle oblique. La puissance reproductive diminue alors, et s'altère; mais le changement qu'elle subit par suite de la chaleur surpasse de beaucoup celui qui est produit par l'intensité du froid, parce que l'action de la chaleur, dans le dessèchement, est plus prompte que celle du froid dans la congélation; aussi le premier et le second climat ont une population peu nombreuse, tandis que le troisième, le quatrième et le cinquième ont une population moyenne, grâce à la chaleur modérée qui résulte de la diminution de la lumière. Dans le sixième et le septième climat, la population est très-grande, ce qu'il faut attribuer au décroissement de la chaleur et à la qualité possédée par le froid de ne pas nuire tout d'abord à la puissance reproductive, en quoi il diffère de la chaleur. En effet, le dessèchement ne peut avoir lieu en ces derniers climats que lorsque le froid est extrême, par suite de la sécheresse qui s'y déclare alors; ce qui arrive au delà du septième climat; ainsi, dans le quart septentrional du monde, la population est plus nombreuse et plus compacte. Mais Dieu en sait plus que nous!
D'après ces raisonnements, les philosophes ont supposé que les lieux placés sous l'équateur et les contrées qui s'étendent au delà sont complètement déserts; mais on leur, a répondu que, d'après p. 87. le témoignage des voyageurs et une suite non interrompue de renseignements, il est certain que ces régions sont habitées. Comment répondre à cette objection? Evidemment ces philosophes n'ont pas voulu nier, d'une manière absolue, que ces contrées fussent habitées, mais ils se sont laissé conduire, par leur argumentation, à admettre que la faculté productrice s'y perd par l'excès de la chaleur, et que l'existence d une population y serait impossible, ou peu s'en faut: ce qui est vrai. En effet, le pays situé sous l'équateur et les contrées qui sont au delà renferment, dit-on, une population; mais elle est très-peu nombreuse. Suivant l'opinion d'Ibn-Rochd (Àverroës), la région équatoriale est tempérée, et les contrées situées au delà, du côté du sud, sont placées sous les mêmes conditions que les pays qui s'étendent au nord de l'équateur;' donc on doit trouver des habitants dans les parties de la région australe qui correspondent aux parties habitées de la région boréale. Son assertion ne saurait être réfutée par l'objection que la faculté productrice s'y perdrait» mais on peut la repousser par la raison que l'élément humide (l'océan) couvre la terre de ce côté-là, et s'avance jusqu'à une limite dont la limite correspondante, du côté du nord, renferme une région qui possède la faculté productrice. Or l'existence d'une atmosphère tempérée (dans les régions australes) est impossible, puisqu'elles sont couvertes par l'océan; aussi doit-on nier toutes les conséquences qu on voudrait en tirer. En effet, la population tend à s'accroître régulièrement; mais, pour cela, elle doit se trouver dans les conditions du possible, et non pas dans celles de l'impossible. Quant à l'opinion de ceux qui déclarent la région équatoriale inhabitable, elle est contredite par les renseignements qui nous sont parvenus; mais Dieu sait ce qui en est.
Nous allons tracer ici un planisphère 1 semblable à celui qu'Idrîci a inséré dans le Livre de Roger 2, ensuite nous en donnerons une description détaillée.
1 Littéralement,» la représentation de la 1 Aucun de nos manuscrits ne rengéographie (eî-djoghrafia), » Dans le texte ferme cette carte. M. Reinaud a donné arabe, il faut mettre un point sur le gkaïn une copie réduite de celle dMdrîci dans sa de LàlyiJl. La même correction doit se traduction de la Géographie d'Aboiïlféda, faire en plusieurs autres endroits de Tédi- 1. 1, p. cxx de l'introduction, tion de Paris. ^ Prolégomènes. i4 DESCRIPTION DÉTAILLÉE DU PLANISPHÈRE TERRESTRE K [Notre exposition se composera d'observations détaillées et d'une notice sommaire 2. Les détails se rapporteront aux contrées du monde habitable, à ses montagnes, ses mers et ses rivières, que nous décrirons une à une. Cette partie de notre traité viendra après la notice sommaire, dans laquelle nous indiquerons de quelle manière la partie habitable de la terre se trouve divisée en sept climats; nous y ferons connaître les latitudes de ces climats, et la plus grande longueur 1 L'auteur a remanié ce chapitre en y faisant des additions et des changements. La première rédaction nous est offerte par les manuscrits de la Bibliothèque impériale, suppl. n° 742 3 et n° 74s 5. L'édition de Boulac reproduit la seconde rédaction; celle de Paris fournit la troisième, qui est beaucoup plus détaillée que les précédentes, mais elle offre plusieurs fautes graves dont on peut attribuer les unes à Fauteur lui-même, et les autres à son copiste. Nous avons mis entre des crochets [ ] les paragraphes additionnels qui appartiennent à la troisième rédaction. Nous en ferons de même pour tous les autres chapitres qui ont reçu des additions.
2 Dans les sept chapitres qui vont suivre, Ibn Khaîdoun ne fait que reproduire des indications fournies par l'ouvrage d'Idrîci. On sait que ce géographe partagea le quart habitable de la terre en sept climats, et chaque climat en dix sections. Un exemplaire de sa Géographie, conservé dans la Bibliothèque impériale (suppl. ar. n*8g2), renferme soixante-neuf cartes représentant chacune une section de climat*. Chaque carte forme un parallélogramme d'environ trente-deux centimètres de long sur dixhuit de large. Le sud se trouve en haut, le nord en bas, l'orient à gauche et l'occident à droite; aussi en décrivant ces cartes on peut désigner les localités situées au sud comme supérieures, et celles qui sont an nord comme inférieures. C'est ce qu'a fait lbn Khaldoun, qui s'est borné, en général, à décrire chaque carte ou section de climat. Ses notices sont incomplètes et peu claires; pour les bien comprendre, il faudrait avoir ces cartes sous les yeux. M. Jomard en a fait tirer des copies et les a rassemblées sur une grande feuille, dont la publication est très-désirée. On posséderait alors un secours indispensable pour l'intelligence de la description des sept climats donnée par lbn Khaldoun. Sur ces cartes, les contours des côtes sont étrangement défigurés, et leur orientation, ainsi que les positions relatives des lieux, est rarement exacte. L'Espagne est placée presque à l'ouest de la France; les Pyrénées se dirigent du nord au sud, depuis Bayonne jusqu'au midi de Barcelone; l'Italie s'étend de l'ouest à l'est, ayant au nord les côtes de la Dalmatie. Les autres pays sont également mal représentés.
du jour que Ton remarque dans chacun d'eux. Comme c'est là le sujet de ce chapitre, nous allons l'aborder.
D'après une indication que nous avons déjà donnée, on sait que la terre flotte sur l'élément humide, ainsi qu'un grain de raisin surnage sur l'eau. De cette manière, une partie de sa masse reste à découvert, et cela par un effet de la sagesse divine, qui a voulu disposer un local pour l'habitation de l'homme, et préparer. un lieu où la puissance élémentaire de, la production pût agir. On assure que cette partie découverte forme la moitié de la superficie du globe; que la partie habitable en forme le quart, et que l'autre quart est tout à fait désert. Selon d'autres, la portion habitée n'en est que le sixième.
La partie déserte de la terre laissée à découvert est située du côté du nord et du côté du midi. Entre ces deux régions se trouve la partie habitée, qui s'étend, sans interruption, d'occident en orient, et qui, de chaque extrémité, ne rencontre aucun désert qui puisse la séparer de la mer. Une ligne imaginaire, disent-ils, se dirige de l'ouest à l'est, dans le plan de l'équateur céleste, et passe par les pays qui ont les deux pôles du monde à l'horizon; cette ligne indique le commencement de la terre habitée, en allant vers le nord. Ptolémée,dit, de son côté, que la terre au midi de l'équateur est habitée aussi loin qu'elle s'étend. On verra ses observations plus loin. Ishac Ibn el-Hacen el-Khazeni 1 déclare qu'il existe des contrées habitées au delà du septième climat, et il nous en fait connaître l'étendue, puisqu'il indique la largeur du pays qui les renferme. Nous reviendrons là-dessus, parce que cet auteur était un des grands maîtres dans cette science. ]