SigPhi · Jean-Martin Charcot

Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpêtrière

French

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La nomenclature germanique des diverses parties de l'en- céphale, toute rebutante qu'elle nous paraisse, en raison de la multiplicité et de la singularité des termes, présente cependant, à mon sens, un avantage incontestable: c'est, passez-moi la comparaison, une géographie très-complète, où le plus petit hameau se trouve désigné par un nom. La nomenclature française a le mérite, sans doute, de tendre à la simplification; mais c'est parfois au détriment de l'exactitude absolue: elle est souvent incomplète. Or, pour les questions du genre de celle qui nous occupe, il n'est pas de détail si minutieux qu'il soit, qui doive être négligé. A tout prix, il faut tenir compte des moindres détails, car nous ignorons totalement, dans l'état où en est encore, à l'heure qu'il est, la physiologie du cerveau, si tel petit point, qui n'a pas de nom dans la nomenclature française, n'est pas une position de première importance.

Faisant appel à la nomenclature en usage de l'autre côté du Rhin, cherchons à nous orienter, afin de bien recon- naître le siège des parties lésées dans les observations de L. Tùrck.

Je mets sous vos yeux une coupe frontale faite au tra- vers des hémisphères cérébraux, immédiatement en arrière des éminences mamillaires (Fig. 18). Vous reconnaissez sur cette coupe, immédiatement en dehors des ventricules moyens le noyau caudé (noyau intra-ventriculaire du corps strié), qui, dans cette région, n'est plus représenté que par une toute petite masse de substance grise; — au-dessous de lui, et en dedans, la couche optique, offrant ici un grand développement; — en dehors de la couche optique, la capsule interne, formée principalement par des tractus de substance blanche qui ne sont autres que le prolongement de l'étage inférieur du pédoncule cérébral, et qui vont s'épanouir dans le centre ovale pour concourir à la compo- TOPOGRAPHIE DES LESIONS ENCEPHALIQUES.

sition de la couronne rayonnante; — plus en dehors, le noyau extra-ventriculaire du corps strié où Ton distingue trois noyaux secondaires désignés par les numéros 1, 2, 3: le troisième, le plus externe, est désigné parfois sous le Fia. 18. — Coupe transversale du cerveau. — n, couche optique; — b, corps strié, noyau lenticulaire; — c, corps strié, noyau caudé; — f, indication de la couronne rayonnante de Reil; — 2, 2', -2", foyers apoplectiques (obs. Il du mémoire de M. Tiirck. p. 316: — 3, indication d'un foyer apoplectique. (Obs. III du mémoire de M. Tùrck. — Voir la note p. 317).

nom de Put amen. — Plus en dehors, encore, se trouve une mince lamelle de substance blanche, la capsule externe, et, enfin, une bandelette de substance grise, X avant- mur (Vormauer).

Or, Messieurs, dans les cas de M. Tùrck. les lésions avaient envahi à la ibis la partie supérieure et externe de la couche optique, le troisième noyau de la partie extra- ventriculaire du corps strié, la partie supérieure de la capsule interne, la région correspondante de la couronne rayonnante et la substance blanche avoisinante du lobe postérieur.

. <M4 OBSERVATIONS DU Dr TURCK.

Il s'agit là par conséquent de lésions complexes; mais elles permettent tout au moins de circonscrire la région dans laquelle devront être dirigées les recherches. Des études ultérieures et suffisamment multipliées nous feront bientôt connaître l'altération fondamentale, celle à laquelle devra être rattachée l'existence de l'hémianesthésie.

Quelques autres faits d'hémianesthésie de cause céré- brale, publiés postérieurement à ceux de Tùrck, signalent des altérations portant sur la même circonscription de l'en- céphale et n'ajoutent d'ailleurs rien d'important aux ré- sultats obtenus par cet observateur. Tel est entre autres le cas de M. Hughlings Jackson (1); ici encore l'altération n'était pas limitée au thalamus; elle s'étendait au noyau extra-ventriculaire du corps strié: il s'en suit donc que la capsule interne avait dû être lésée dans sa partie posté- rieure. Il en a été de même dans le fait observé par M. Luys (2): le centre médian de la couche optique était lésé, mais l'altération avait envahi le corps strié (vraisem- blablement le noyau extra-ventriculaire).

En résumé, on peut conclure, je crois, de ce qui précède que, dans les hémisphères cérébraux, il existe une région complexe dont la lésion détermine l'hémianesthésie; on connaît approximativement les limites de cette région; mais actuellement, la localisation ne saurait être poussée plus loin, et personne n'est en droit de dire si c'est, dans la région indiquée, la couche optique qui doit être incriminée plutôt que la capsule interne, le centre ovale, ou encore le troisième noyau du corps strié.

(1) The disease was not strictly limited to the thtlamus...Outwards the disease extended through the small tongue of corpus striatum, which curves round the outside of the thalamus, and thence up to the grey matter of the convolutions of the Sylvian fissure. [London Eospiial Reports, loc.

(2) Luys. — Iconographie photographique des centres nerveux, p. 16.

DESIDERATA. 315 Quant à présent l'anesthésie de la Sensibilité générale parait seule avoir été signalée, en conséquence d'une alté- ration des hémisphères cérébraux; de telle sorte que Ydbnubilation des sens spéciaux resterait comme carac- tère distinctif de l'hémianesthésie des hystériques. Mais il est permis de douter que les organes des sens aient été atten- tivement explorés dans les faits d'hémianesthésiè par lésion cérébrale publiés jusqu'à ce jour; les observations ne con- tiennent aucune mention à cet égard (1). Je suis porté (l) Nous ne connaissions, à l'époque où cette leçon a été faite, les obser- vations de L. Ti'irck, que par la mention très-brève qui en a été donnée dans le Traite des maladies du système nerveux de M. Rosenthai. Depuis lors, nous avons pu nous procurer, grâce à l'obligeance de M. Magnan, la tra- duction complète du mémoire de Tùrck (TJeber die Beziechung gevisscs Kran- heitsherde des grossen Grehimes:ur Anesthesie. Ans dem xxxvi Band S. 191 des Jahrganges 1859 des Sitzungsberichte der mathem. naturw. Classe der Kais. Akademie der Wissenschaften). Nous croyons utile de donner la substance de ce travail. Après avoir rappelé que d'ordinaire, dans l'hémi- plégie déterminée par la formation des foyers apoplectiques dans le cerveau (hémorrhagie et ramollissement), la sensibilité reparaît, en règle générale, très-promptement, l'auteur rapporte quatre cas dans lesquels l'anesthésie a persisté au contraire à un degré très-accusé.

Cas I. — Fr. Amerso, 78 ans. En août 1858, hémiplégie gauche. Bientôt la motilité reparaît. — \2nov. Les mouvements du membre supérieur gauche sont énergiques et rapides; ceux du membre inférieur correspondant présen- tent une légère parésie. Il existe une anesthesie très-intense du côté gauche (membres, tronc, etc.). A la face, la sensibilité est, de ce côté seulement, diminuée. De temps en temps, fourmillements dans tout le côté gauche. Mort le 1er mars 1859.

Autopsie. Au pied de la couronne radiée de l'hémisphère droit, immédia- tement en dehors de la queue du corps strié, on trouve une lacune de la di- mension d'un pois {infiltration cellulaire''. La paroi antérieure de cette lacune siège à deux lignes en arrière de l'extrémité antérieure de la couche optique. A deux ou trois lignes plus loin, oh voit une autre lacune, moins grande, qui s'étend jusqu'à quatre ou cinq lignes en arrière de l'extrémité postérieure de la couche optique, de telle sorte que, comme la longueur habituelle de la couche optique est de 18 lignes, la portion de la couronne radiée qui avoisine immédiatement la queue du corps strié était perforée d'avant en arrière par l'ancien foyer de ramollissement dans une étendue de onze lignes. Un foyer semblable intéresse la partie externe de la troisième partie du noyau lenti- culaire. Il commence à peu près à deux lignes en arrière du bord antérieur de la couche optique et finit à quatre lignes environ de l'extrémité postérieure de la couche optique. Dans son long trajet de un pouce, il occupait la plus 016 DESIDERATA.

à croire, pour mon compte, que la participation des sens spéciaux sera, en pareil cas, reconnue quelque jour, lors- qu'on aura pris soin de la chercher. Voici sur quoi je me fonde.

Il existe dans la clinique des maladies organiques des centres nerveux un appareil symptomatique peu connu, peu remarqué encore, je le crois du moins, et dont j'aurai l'occasion de vous entretenir quelque jour en détail. 11 s'agit là d'une sorte de convulsion rhythmique qui occupe tout un côté du corps, la face y compris, du moins fort souvent, et qui revêt tantôt les apparences de la secousse clonique de la chorée, tantôt celles du tremblement de la grande longueur du côté interne de la troisième partie du noyau lenticulaire et une partie de la capsule interne. Dans la moitié postérieure de leur par- cours, ces deux foyers n'étaient plus éloignés, en un point, que d'une ligne. Il en résultait que, à cet endroit, presque toute la couronne radiée était sé- parée de la capsule interne et de la couche optique. — Moelle e'pinière.-amas de corps granuleux, assez abondants dans le cordon latéral gauche, rares dans le cordon antérieur.

Cas II. — S.Jean, 55 ans. Attaque suivie d'hémiplégie, le 25 octobre 1851. Deux mois plus tard, la paralysie des extrémités disparut, de telle sorte que le malade avait la possibilité d'étendre le bras, de serrer avec assez de vi- gueur et de marcher sans appui, mais en boitant. — Octobre 1855. Depuis l'attaque, anesthésie des membres du côté gauche (face, tronc également anesthésiés, quoique à un moindre degré). La motilité est revenue; toutefois, les membres du côté gauche sont moins forts que ceux du côté droit. Mort le sfutopsie. Cicatrice ancienne, plate, ayant 5 lignes environ de largeur et 8 de longueur, située à la partie supérieure et externe de la couche optique droite. La cicatrice commence à quatre lignes et demie en arrière de l'extré- mité antérieure gauche de la couche optique et finit huit lignes plus loin. Parallèlement à cette cicatrice, on en voit une autre, longue d'un pouce, oc- cupant la troisième partie du noyau lenticulaire: elle commence à deux li- gnes en arrière de l'extrémité antérieure de la couche optique et se termine à peu près trois lignes en avant de l'extrémité postérieure de la couche op- tique (Fi g. 48, 2 et 2'). Il y avait, en outre, une lacune dans le lobe inférieur droit (Fi g. 18, 2"), une autre dans le lobe antérieur du même côté, deux de la grosseur d'une tête d'épingle dans la partie antérieure de la couche opti- que droite; deux dans le pont de Varole; enfin une dans la portion droite et supérieure gauch daire de la moelle.

HÉMIAXESTHÉSIE LIÉE A UNE LÉSION CÉRÉBRALE. 317 paralysie agitante. Ce tremblement hémilatéral se montre quelquefois primitivement; d'autrefois il succède à une hémiplégie dont le début a été subit, et il commence à appa- raître, dans ce dernier cas, à l'époque où la paralysie mo- trice commence à s'amender. La lésion consiste dans la pré- sence, soit d'un loyer d'hémorrhagie ou de ramollissement, soit d'une tumeur; dans tous les cas de ce genre que j'ai observés jusqu'ici, et dans les laits analogues que j'ai re- cueillis dans les auteurs, elle occupait la région postérieure de la couche optique et les parties adjacentes de l'hémis- phère cérébral situées en dehors de celle-ci. Or, Fhémianesthésie est un accompagnement assez ha- Cas III. — Fr. Hasvelka, 22 ans. 1er nov. 1852. Attaque apoplectique, hémiplégie à droite avec anesthésie intense de la moitié correspondante du corps. Au bout de cinq semaines, la paralysie motrice diminua. — 3 fév. 16jJ. Les mouvements sont tout à fait libres à droite. Toute la moitié droite du corps est le siège d'une anesthésie très-prononcée cuir chevelu, oreille, face et tronc). L'anesthésie est tout aussi accusée aux paupières, à la narine, à la moitié droite des lèvres et cela non-seulement à l'extérieur, mais encore à l'intérieur. La conjonctive oculaire droite est moins sensible que la gauche. Le chatouillement est moins bien perçu dans la narine droite que dans l'autre. Même différence pour les conduits auditifs. Sur la moitié droite de la bouche (langue, palais, gencives, joue\ la sensation de chaleur est moins vive que sur la moitié gauche. A la pointe de la langue, à droite et dans une longueur d'un pouce, le malade ne sent pas le f/oùt du sel. Même chose pour la partie droite du dos et de la racine ae la langue. A droite, encore, Y odorat est affaibli et la vision est moins nette. Lorsqu'on a fait ré- trécir les pupilles en approchant une lumière des globes oculaires, la pupille droite se dilate ensuite plus crue la gauche. L'ouïe est normale des deux côtés.

— "26 fév. L anesthésie a diminué; les mouvements sont plus énergiques.— 15 mars. Amélioration temporaire de la vue: il n'v a pas de différence entre les deux yeux. — 3 avril. L'anesthésie existe encore sur toute la moitié droite du corps (attouchement, pincement;. L'affaiblissement de la vue a fait des progrès à droite. — Mort le 4 avril.

Autopsie. Dans la substance blanche du lobe supérieur gauche, on dé- couvrit un foyer de ramollissement de la longueur de deux pouces et de la largeur d'un pouce. Il s'enfonçait dans les circonvolutions inférieures de l'o- percule et gagnait la surface du cerveau. Son extrémité postérieure corres- pondait à celle de la couche optique. Dans sa portion la plus large le foyer n était séparé que de trois lignes de la queue du corps strié. Les circonvo- lutions cérébrales placées au-dessous étaient, sur une étendue égale à celle d'un florin, jaunes, ramollies et déprimées (Fig #*, 3~. Couche optique, 318 HÉMIANESTHÉSIE LIÉE A UNE LÉSION CÉRÉBRALE.

bituel — mais non constant toutefois — de cet ensemble de symptômes, et elle siège du même côté que le tremble- ment (1).

Elle existait à un haut degré chez un homme dont M. Magnan a communiqué récemment l'histoire à la Société de Biologie, et chez lequel la forme de tremblement, dont j'ai voulu tous donner une idée sommaire, se montrait des saine. Peut-être un petit fragment de la 3e partie du noyau lenticulaire a-t- il été touché. Le foyer avait détruit une longueur assez considérable de la substance blanche et les deux tiers externes du pied de la couronne radiée. — Moelle: légère agglomération de noyaux dans la partie la plus postérieure du cordon latéral.

Cas IV. ■ — Anne B..., femme âgée, morte le 22 février. Elle avait, de- puis plusieurs années, une hémiplégie du côté droit, avec une anesthésie in- tense dans la même partie du corps. En outre, anesthésie sensorielle (vue, odorat, goût) du même côté et fourmillements.

Autopsie. Foyer apoplectique ancien, pigmenté de brun, situé le long de la partie externe de la couche optique gauche et tout près de la queue du corps strié. Il commence à six lignes en arrière de l'extrémité antérieure de la couche optique et s'étend jusqu'à deux ou trois lignes en avant de l'extré- mité postérieure de la couche optique. En avant, il est à une demi ligne et en arrière à deux ou trois lignes au-dessus delà face supérieure delà couche optique qui est considérablement enfoncée à ce niveau. Long d'un pouce, profond de quatre à cinq lignes, le foyer touche une grande étendue de la partie postérieure du rayonnement du pédoncule cérébral, une partie de la cap- sule interne et peut-être aussi une portion du noyau lenticulaire. — Moelle: accumulation de corps granuleux dans la partie postérieure du cordon latéral droit.

En résumé, les foyers siégeaient à la périphérie externe des couches optiques, s'étendaient d'avant en arrière suivant l'axe longitudinal du cerveau sans atteindre le plus souvent les extrémités de la couche optique. Us avaient de huit lignes à un pouce de longueur, atteignant dans la substance blanche jusqu'à deux pouces. Les régions lésées étaient: la partie supérieure et ex- terne de la couche optique; la 3U partie du nucléole lenticulaire; la partie postérieure de la capsule interne comprise entre la couche optique et le noyau lenticulaire: la portion correspondante de la substance blanche du lobe supérieur qui lui est opposée. Toujours plusieurs de ces régions étaient affectées en même temps. Les fibres qui vont de la substance blanche de l'hémisphère dans la partie externe delà couche optique étaient constamment lésées.

(l) Voyez, dans le Progrès médical des 23 janvier et 0 février 1875, une leçon de M. Charcot, sur ÏHémichorée post-hémipléffique. {Note de la 2e édition.) — Cette leçon a été insérée dans le tome II des Leçons sur les ma- ladies du système nerveux, p. 329. [Note de la 5e éd.), HÉMIANESTHÉSIE LIÉE A UNE LÉSION CÉRÉBRALE. 319 plus accusées. Tout porte à croire — je ne puis être plus affîrmatif, l'autopsie n'ayant pas été pratiquée — que la lé- sion encéphalique était, chez cet homme, du même genre, quant au siège, que celle que j'ai rencontrée chez mes malades. Eh bien, clans ce cas, M. Magnan a reconnu, de la manière la plus nette, que la sensibilité tactile n'était pas seule en cause; les sens spéciaux étaient eux-mêmes affectés, comme ils le sont dans l'hémianesthésie hysté- rique. Du côté frappé d'hémianesthésie, l'œil était atteint d'amhlyopie, l'odorat perdu, le goût complètement aboli.

Il devient vraisemblable par là, si je ne me trompe, que l'hémianesthésie complète, avec troubles des sens spéciaux, et telle, par conséquent, qu'elle se présente dans l'hystérie, peut être produite, dans certains cas, par une lésion en foyers des hémisphères cérébraux (1).

(l) Les vues exposées dans cette leçon, relativement à l'hémianesthésie d'origine encéphalique, ont trouvé une nouvelle confirmation clinique dans uu cas que nous avons recueilli dans le service de M. Charcot {Progrès mé- dical, 1873, p. 244), et dans les expériences faites chez les animaux par M. Veyssière. {Recherches cliniques et expérimentales sur l'hémianesthésie de cause cérébrale» Paris, 1874. — Ce travail contient aussi des observations cli- niques intéressantes.) {Note de la 2e édition.)

ONZIEME LEÇON De l'hyperesthésie ovarienne.

Sommaire.

fréquence; considérations historiques* — Opinion de M. Briquet.

Caractères de l'hyperesthésie ovarienne. ■ — Son siège exact. — Aura hys- térique; premier nœud; — globe hystérique ou second nœud; — phéno- mènes céphaliques ou troisième nœud. — Le premier nœud a son point de départ dans l'ovaire. — Lésions de l'ovaire; desiderata.

Rapports entre l'hyperesthésie ovarienne et les autres accidents de l'hystérie locale.

De la compression ovarienne. — Son influence sur les attaques. — Ma- nière de la pratiquer. — La compression ovarienne comme moyen d'ar- rêter ou de prévenir les convulsions hystériques est connue depuis long- temps: son application dans les épidémies hystériques. — Epidémie de saint Médard: Les secours. — Analogies qui existent entre l'arrêt des convulsions hystériques par la compression de l'ovaire et l'arrêt de l'aura épileptique par la ligature d'un membre.

Conclusion au point de vue de la thérapeutique. — Observations cliniques.

Messieurs, Par la dénomination assez pittoresque et certainement très-pratique d'Hystérie locale ou partielle, local hysleria, les médecins anglais ont l'habitude de désigner la plupart des accidents qui persistent d'une manière plus ou moins permanente dans l'intervalle des attaques convulsives chez les hystériques, et qui permettent presque toujours, en rai- son des caractères qu'offrent ces accidents, de reconnaître la grande névrose pour ce qu'elle est, même en l'absence des convulsions.

h'hémianesthésie, la paralysie, la contracture, les points douloureux fixes, siégeant sur diverses parties du corps (rachialgie, pleuralgie, clou hystérique) appartiennent, d'après cette définition, à l'hystérie locale.

DOULEUR OVARIENNE. 321 Parmi ces symptômes, il en est un qui, en raison du rôle prédominant qu'à mon sens il joue dans la clinique de certaines formes de l'hystérie, me paraît mériter toute votre attention. Je veux parler de la douleur qui siège dans l'un des flancs, surtout dans le gauche, mais qui peut oc- cuper aussi les deux flancs, aux limites extrêmes de la région Mjpogasirique. Je fais allusion à la douleur ova- rienne ou ovarique, dont je vous ai dit un mot dans la dernière séance; mais je ne veux pas employer sans ré- serve cette dénomination avant d'avoir justifié, et j'espère que cette tâche me sera facile, l'hypothèse qu'elle consacre implicitement.

Cette douleur, je vous la ferai pour, ainsi dire toucher du doigt, dans un instant; je vous en ferai reconnaître tous les caractères, en vous présentant cinq malades qui forment la presque totalité des hystériques existant actuellement parmi les 160 malades qui composent la division consacrée dans cet hospice aux femmes atteintes de maladies convul- sives, incurables, et réputées exemptes d'aliénation mentale.

IL IL Vous voyez déjà par cette simple indication que la dou- leur iliaque est chose fréquente dans l'hystérie; c'est là un fait reconnu depuis longtemps par la majorité des obser- vateurs.

Qu'il me suffise de citer, pour les temps déjà éloignés de nous, Lorry et Pujol, qui ont plus particulièrement relevé l'existence des douleurs hypogastriques et abdominales chez les hystériques.

Il est singulier, après cette mention, de voir que Brodie, qui, le premier peut-être, a reconnu tout l'intérêt clinique 322 DOULEUR OVARIENNE.

de rétude de Yhyslérie locale, ne traite pas d'une manière spéciale de la douleur abdominale (1).

Il semble être de tradition que le sens pratique des chi- rurgiens anglais soit attiré par les difficultés cliniques que présentent les symptômes locaux de l'hystérie. M. Skey, qui à cet égard s'est fait le continuateur de Brodie, dans une série très-intéressante de leçons sur les formes locales ou chirurgicales de V hystérie (2), comme il les appelle, décrit avec complaisance la douleur iliaque ou de la région ovarienne, très-commune à son avis, et qui, suivant lui encore, contrairement du reste à la réalité, se rencontrerait surtout dans le côté droit.

Yous savez que, en France, Schutzenberger, Piorry et Négrier ont insisté tout spécialement sur ce symptôme qu'ils rattachent sans hésitation à la sensibilité anormale de l'ovaire.

En Allemagne, Romberg a, sur ce point, suivi Schutzen- berger; toutefois, il y a lieu de remarquer que, parmi nos contemporains, les auteurs allemands, pour la majeure par- tie, passent à peu près complètement sous silence tout ce qui est relatif à la douleur hypogastrique. Tels sont, par exemple, Hasse et Valentiner. Il est clair par là que ce symptôme, après avoir joui d'une certaine faveur, en raison sans doute des considérations théoriques qui s'y rat- tachent se trouve aujourd'hui en quelque sorte démodé.

Les symptômes aussi, vous le voyez, ont leur destin: Hâtent sua fata...Je ne serais pas étonné que l'influence, d'ailleurs si légitime, exercée par le livre de M. Briquet, ne soit pour beaucoup dans ce résultat. Il convient mainte- nant de voir jusqu'à quel point nous devons suivre cet au- teur éminent dans la voie qu'il nous trace.

(1) Brodie. — Lectures illustrative of certain local ner vous Affections, 1837.

(2) F. C. Skey. — Hysteria...^ Local or surgicalforms of hysteria, etc., Six lectures, etc. London, 1870.

DOULEUR OVARIENNE. 323 IH.

Ce n'est pas. tant s'en faut, que M. Briquet n'ait pas re- connu l'existence très-fréquente de douleurs abdominales, fixes, chez les hystériques. Il a même créé un mot pour désigner ces douleurs — cœlialgie, de xg-.ao; ventre, et un mot, bien que ce ne soit qu'un mot, c'est déjà quelque chose qui arrête l'esprit. Dans 200 cas d'hystérie sur 430. M. Bri- quet a rencontré la cœlialgie. Toutefois, je dois vous faire remarquer que, sous ce nom, il comprend à la fois les dou- leurs de la partie supérieure de l'abdomen et les douleurs hypogastrique et iliaque; mais il est convenu que ces der- nières comptent parmi les plus communes.

Au premier abord, il semble donc qu'il n'y ait qu'un dé- saccord apparent entre M. Briquet et ses prédécesseurs. Or, il n'en est rien, et voici où est l'abîme qui les sépare.

Tandis que MM, Schutzenberger, Piorry et Négrier pla- cent dans l'ovaire le siège principal, le foyer, pour ainsi dire, de la douleur iliaque, M. Briquet n'y voit qu'une sim- ple douleur musculaire, une myodynie hystérique. Suivant lui: l°la douleur du pyramidal ou de l'extrémité inférieure du muscle droit a été prise bien à tort pour une douleur utérine; %° la douleur de l'extrémité inférieure du muscle oblique répondrait à la prétendue douleur ovarique, — telle est la thèse de M. Briquet.

IV.

Recherchons ensemble, Messieurs, sur quel fondement elle repose. Pour arriver à ce but, je vais faire appel aux observations que j'ai été à même de recueillir dans cet hospice sur une grande échelle. Je vais donc décrire cette douleur telle que j'ai appris à la connaître.

324 DOULEUR OVARIENNE.

1° Tantôt, c'est une douleur vive, très-vive même: le malades ne peuvent supporter le moindre attouchement, le poids des couvertures, etc.; elles s'éloignent brusquement, par un mouvement instinctif, du doigt investigateur. Joignez à cela un certain degré de gonflement de l'abdomen, et vous aurez l'ensemble clinique de la fausse péritonite, — spurious peritonitis des médecins anglais. Il est évident qu'ici les muscles et la peau elle-même sont de la partie. La douleur occupe alors une assez grande étendue en sur- face, et, partant, il est assez difficile de la localiser. Cepen- dant Todd (1), et c'est là une remarque dont j'ai reconnu plusieurs fois l'exactitude, signale dans certains cas une hyperesthésie cutanée circonscrite à une portion arrondie de la peau, ayant 2 à 3 pouces de diamètre. Cette hyperes- thésie siégerait en partie clans l'hypogastre, en partie dans la fosse iliaque, et répondrait, selon cet auteur, à la région de l'ovaire.

2° D'autres fois, la douleur n'est pas spontanément accu- sée; il faut la rechercher par la pression, et, en pareille circonstance, on note les phénomènes suivants: a) la peau est partout anesthésiée; — - &) les muscles, s'ils sont lâches, peuvent être pinces et soulevés sans douleur; — c) cette première exploration montre que le siège de la douleur n'est pas dans la peau ni dans les muscles. Il est par consé- quent indispensable de pousser l'investigation plus loin, et, en pénétrant en quelque sorte dans l'abdomen, à l'aide des doigts, on arrive sur le véritable foyer de la douleur.

Cette manœuvre permet de s'assurer que le siège de la douleur en question est à peu près fixe, qu'il est toujours à peu près le même: aussi n'est-il pas rare de voir les ma- lades le désigner avec une concordance parfaite. Sur une ligne horizontale passant par les épines iliaques antérieures et supérieures, faites tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement l'épigastre et à l'intersection des (l) Todd. — Clinical Lect. verrous System. Lect. xx,p. 448, London,1856.

AURA HYSTÉRIQUE I NŒUDS. 325 lignes verticales avec l'horizontale se trouve le loyer dou- loureux qu'accusent les malades et que la pression, exercée à l'aide du doigt, met d'ailleurs en évidence.

L'exploration profonde de cette région fait reconnaître aisément la portion du détroit supérieur qui décrit une courbe à concavité interne: c'est là un point de repère. Vers la partie moyenne de cette crête rigide, la main rencontrera le plus souvent un corps ovoïde, allongé transversalement et qui, pressé contre la paroi osseuse glisse sous les doigts. Lorsque ce corps est tuméfié, ainsi que cela se présente fréquemment, il peut offrir le volume apparent d'une olive, d'un petit œuf, mais avec un peu d'ha- bitude, sa présence peut être facilement constatée, alors même qu'il reste bien au-dessous de ces dimensions.

C'est à ce moment de l'exploration que l'on provoque surtout la douleur, et qu'elle se révèle avec des caractères pour ainsi dire spécifiques. Il ne s'agit pas là d'une dou- leur banale, car c'est une sensation complexe qui s'accom- pagne de tout ou partie des phénomènes de Y aura liysterica tels qu'ils se produisent d'eux-mêmes à l'approche des crises, et cette sensation provoquée, les malades la recon- naissent pour l'avoir ressentie cent fois.