Le même phénomène s'observe communément dans les cas de paralysie périphérique du nerf facial autres que ceux qui dépendent de l'impression du froid et aussi dans les paralysies traumatiques des nerfs des membres. Ces dernières résultent le plus souvent, comme on le sait, de la compression brusque, de la contusion, de la commotion subies par un nerf mixte, en conséquence des luxations scapulo-humérales par exemple. On a vu plusieurs fois, à la suite de ces accidents divers, la contractilité électrique déjà très-notablement affaiblie dès le dixième ou même dès le cinquième jour, dans les muscles frappés de paralysie (3).
L'observation clinique démontre, vous ne l'ignorez pas, qu'en règle générale, les muscles qui présentent ainsi la prompte diminution et surtout la prompte disparition de la (1) W. Erb. — Zar Pathologie uni patholo g ischen Anatomie peripheris- cher Parahjsen. In Dentsch. Arckiv, t. IV, 1868, p. 539. Cas de Gradolf.
(3) Duchenne (de Boulogne), loc. cit. Obs., p. 191. Paralysie, suite de luxation scapulo-humérale. — Obs., p. 193. Paralysie, suite de contusion du nerf cubital.
40 ALTERATIONS DES MUSCLES.
contractilité électrique, ne tardent pas à subir une atrophie qui devient parfois très-rapidement appréciable, principa- lement lorsqu'il s'agit des membres. Il serait très-intéres- sant d'étudier dans les diverses phases de leur développe- ment les altérations histologiques auxquelles se rapporte cette atrophie rapide des masses musculaires; mais c'est là un sujet sur lequel nous ne possédons encore qu'un très- petit nombre de renseignements précis. Il semble ressortir cependant de quelques observations et, en particulier, d'un fait rapporté avec détails par le Dr Erb, que ces lésions n'auraient rien de commun avec la dégénération graisseuse pure et simple, toute passive et telle qu'on l'observe dans les muscles qui ont été durant longtemps condamnés à l'inaction; elles offriraient au contraire les caractères les plus nets d'un processus inflammatoire, à savoir: une lry- perplasie plus ou moins prononcée du tissu conjonctif in- terstitiel, rappelant jusqu'à un certain point ce qu'on trouve dans la cirrhose, et une multiplication des noyaux du sar- colemme. En même temps que ces altérations se dévelop- pent, les faisceaux musculaires subissent une diminution très-prononcée dans leur diamètre transversal, mais ils conservent, pour la plupart, leur striation. La dégénération granulo-graisseuse des faisceaux musculaires se rencontre rarement en pareil cas et paraît être tout à fait acciden- telle (1).
(l) Voici, en abrégé, l'observation rapportée par le, docteur Erb dans son intéressant mémoire: — Peter Schmieg, âgé de 22 ans, est atteint de phthisie pulmonaire parvenue à la dernière période. Il présente en outre les signes d'une carie du rocher et de l'apophyse mastoïde. Un abcès s'est ou- vert au voisinage de cette dernière. Le 22 mars 1867, il se développe subi- tement une paralysie presque complète du nerf facial gauche. La paralysie est surtout prononcée au muscle frontal. La contractilité électrique ayant été explorée le 24 mars d'abord (2e jour de la maladie), puis le 3 avril (12e jour) à l'aide de la faradisation, a été trouvée normale à ces diverses époques. Pour la première fois le 17 avril (26e jour), on constate que les muscles frontal et zygomatique du côté gauche ne se contractent que très- faiblement sous l'influence des excitations faradiques. Le 30 avril (39e jour), la faradisation ne provoque plus de contractions dans les muscles frontal et ALTÉRATIONS DES MUSCLES. k I Il est clair que si, dans le cas d'atrophie musculaire que les physiologistes obtiennent à la longue, par la section ou l'excision des nerfs, la lésion histologique était toujours la dégénération graisseuse, sans trace de processus irritatif initial, le contraste serait des plus accusés. Mais, malheu- reusement pour la simplicité des choses, nous verrons qu'il n'en est peut-être pas ainsi (1).
zvgomatique du côté gauche. Les autres muscles de la face, du même côté, ne répondent que faiblement aux excitations. La mort survient le 2 mai (40e jour de la maladie). Autopsie: Le tronc du nerf facial confine à un abcès qui s'est ouvert derrière l'oreille; il est à nu dans une certaine éten- due. De tous côtés, le tronc nerveux est enveloppé par une masse de tissu conjonctif induré. Cette enveloppe conjonctive adhère intimement à la gaine externe du nerf; ce dernier, cependant, est encore mobile dans la gaîne. A l'œil nu, les branches du facial ne présentent aucune modification appré- ciable; au contraire, le muscle frontal gauche est pâle, flasque, aminci. Dans le point où le tronc nerveux est enveloppé par la masse de tissu con- jonctif on aperçoit, interposé entre les fibres nerveuses, beaucoup de tissu con- jonctif fibrillaire avec de nombreux noyaux ovalaires, faiblement grenus. Les fibres nerveuses elles-mêmes présentent,, en certain nombre, les divers de- grés de la dégénération graisseuse. Beaucoup de fibres ont conservé les caractères de l'état normal. Quelques-uns des filets nerveux qui se rendent au muscle frontal ne renferment guère que des fibres nerveuses dégénérées; d'autres, appartenant vraisemblablement au trijumeau, ont toutes leurs fibres à l'état normal. — Le muscle frontal gauche est profondément altéré; on observe là d'épaisses cloisons de tissu conjonctif nouvellement formé, inter- posées entre les faisceaux musculaires primitifs. Ces derniers ont subi une réduction de volume très-prononcée et, de plus, ils renferment des noyaux en grand nombre. La striation transversale est conservée sur la plupart des fibres musculaires atrophiées; sur d'autres, elle est à peine distincte. Un certain nombre de faisceaux primitifs offrent les caractères de l'altération ci- reuse, mais l'altération granulo-graisseuse ne s'observe sur aucun d'eux. — (W. Erb, loc. cit.,Beutsch Archiv. Bd. 5, 1869, p. 44).
(l; Nous nous réservons de revenir, dans le courant de nos leçons, sur ce point délicat. Pour le moment, il nous suffira de noter que des lésions irrita- tives des muscles, en tout semblables à celles qui viennent d'être décrites, ont été récemment signalées par des observateurs très-compétents, chez di- vers animaux, à la suite de la section et de l'excision des nerfs mixtes ou purement moteurs, c'est-à-dire en dehors des conditions qui produisent d'habitude les lésions irritatives des nerfs. Ainsi, à la suite de l'excision d'un tronçon de nerf sciatique, M. Mantegazza (Histo!ogisch. Yeranderun- gtn nach der Nervendurchschneidung in Schmdfs Jahresi.,p. 148, 1857, 1. 136, et Gaz. Loîab. p. 18, 1867) a trouvé, à partir du 30e jour, les muscles déjà pâles, le tissu conjonctif intermédiaire aux faisceaux primitifs manifestement 42 CONTRADICTION APPARENTE.
Il résulte, en somme, du parallèle que nous venons de vous présenter, que les faits cliniques, observés cependant avec le plus grand soin, sont, ou du moins paraissent être, en opposition formelle avec les faits expérimentaux recueil- lis également par les procédés les plus rigoureux. Nous devons nous efforcer de pénétrer la raison de ce désac- cord. Recherchons d'abord si l'on peut la trouver dans la hypertrophié, les faisceaux eux-mêmes diminués de volume, présentant une multiplication évidente des noyaux du sarcolemme, mais ayant conservé la striation transversale. Un hon nombre de ces faisceaux offraient l'aspect granuleux, mais les granulations se dissolvaient dans l'acide acétique. De son côté, M. Vulpian a rencontré des altérations identiques, dans les mus- cles de la langue, chez le chien, cinquante jours après l'avulsion du bout central du nerf hypoglosse (Archiv. de Physiolog., t. II, p. 572, 1869). L'absence de dégénération graisseuse des faisceaux primitifs, l'atrophie de ces faisceaux avec persistance de la striation transversale et prolifération des noyaux du sarcolemme, ont été également observées par M. Vulpian [loc. cit., p. 539) chez l'homme, sur les muscles de la jambe, dans un cas de résection d'un segment du nerf scialique datant de cinq mois. Cela étant, on est conduit à admettre que les sections complètes, les excisions, les avul- sions de nerfs déterminent quelquefois dans ces nerfs des lésions irritatives; ou bien — si les observations ultérieures devaient présenter comme constant le fait observé par MM. Vulpian et Mantegazza — que les altérations mus- culaires qui se produisent à la suite des lésions passives des nerfs moteurs ou mixtes, ne se séparent pas essentiellement, au point de vue histologique, de celles qui surviennent consécutivement aux lésions irritatives de ces mêmes nerfs. Si les faits devaient donner raison à la deuxième hypothèse, il y aurait lieu, néanmoins, pensons-nous, de différencier encore, malgré tant d'analogies, les altérations musculaires liées à finertie fonctionnelle de celles qui succèdent à l'irritation des nerfs. Il paraît démontré, en effet, que ces dernières se produisent beaucoup plus rapidement et sont précédées ou accompagnées de modifications plus ou moins prononcées de la contractilité électrique, lesquelles ne se montrent pas avec les mêmes caractères, dans les premières et ne s'y manifestent qu'au bout d'un temps relativement fort long. Il serait à désirer qu'une série de recherches fût instituée dans le but spécial d'élucider la question qui vient d'être soulevée. 11 existe en effet, déjà, uu certain nombre de faits tendant à démontrer que l'immobilisation peut, à elle seule, en dehors de toute iafluence du système nerveux, provoquer dans certains organes, dans certains tissus, des lésions trophiques offrant tous les caractères d'un processus inflammatoire. Je me bornerai à citer un exemple. On connaît les affections articulaires décrites par MM. Tes- sier et Bonnet et qui surviennent lorsque les membres sont condamnés à l'immobilité que nécessite le traitement de certaines fractures. Tout récem- ment M. Menzel a entrepris des expériences qui consistent à immobiliser chez des chiens et des lapins, à l'aide d'un bandage plâtré, un certain nom- INFLUENCE DU MODE D EXPLORATION. 43 différence des conditions d'observation où se placent d'une part le physiologiste, d'autre part le médecin.
Un premier point qu'il importe défaire ressortir est rela- tif au mode d'exploration. Le pathologiste se trouve dans la nécessité de n'explorer le muscle qu'à travers la peau, tandis que le physiologiste, ainsi que nous l'avons fait re- marquer déjà, agit, lui, dans des conditions bien plus favo- rables puisqu'il lui est loisible de porter les rhéophores di- rectement sur le nerf ou sur le muscle. Il était permis de prévoir qu'étant donné un affaiblissement de la contractilité électrique porté à un certain degré, l'application directe serait capable de déterminer encore des contractions alors que l'exploration faite à travers la peau se montrerait peut- être impuissante à en produire, ou ne donnerait que des contractions très-affaiblies. L'expérience justifie cette pré- vision. C'est ainsi que dans un cas de pied bot, avec dé- génération graisseuse des muscles, où l'on fut obligé de pratiquer l'amputation, Valentin a vu, après l'opération, des contractions, faibles il est vrai, se manifester sous l'in- fluence de l'excitation directe, dans un des muscles les plus profondément altérés (1). Dans ce cas, si l'on en juge par analogie, l'exploration à travers la peau n'eût vraisembla- blement donné aucun résultat. Quelques faits empruntés à la physiologie expérimentale parlent dans le même sens.
Sur un lapin chez lequel le nerf facial du côté droit avait été coupé un mois environ auparavant, l'électricité applibre de jointures. Or, dès le 15e jour, on trouve, en pareil cas, la membrane synoviale vivement injectée et tuméfiée; la cavité articulaire renferme des globules rouges, des leucocytes et des cellules épithéliales; enfin, les cellules du cartilage diarthrodial soût le siège d'un travail de prolifération très-ac- cusé [Gazette médicale de Strasbourg, n° 5, 1871). Ces recherclies méritent d'être poursuivies et appliquées à l'étude des modifications que peuvent subir les diverses parties d'un membre sous l'influence de l'inertie fonctionnelle plus ou moins longtemps prolongée.
(l) Valentin. — Versuch einer physiologischen Pathologie der Nerven. Leipzig und Heidelberg, 1864, 2e abtb., p. 42.
44 FARADISATION ET GALVANISATION.
quée au travers de la peau rasée et humectée d'eau, sur les muscles faciaux du côté de l'opération, ne produisait pas d'effet apparent, tandis qu'il y avait des contractions extrêmement fortes lorsqu'on électrisait les points homo- logues du côté opposé. Les muscles ayant été mis à nu du côté où le nerf avait été coupé, on pouvait y provoquer, par l'électricité, des contractions très-évidentes (1). — Sur un cheval vigoureux, on avait excisé cinq centimètres en- viron du nerf poplité externe gauche. Un mois après l'opé- ration, les poils furent rasés sur la face antéro-externe de chaque jambe et l'on appliqua les rhéophores d'une pile, d'abord sur le côté sain: il survint des contractions éner- giques. On les appliqua ensuite sur les muscles du côté op- posé et il ne se produisit aucune contraction. Alors on mit à nu les muscles paralysés et on appliqua sur eux, directe- ment, les excitateurs, l'instrument étant gradué au mini- mum: de vives contractions se manifestèrent (2). On pour- rait sans doute aisément réunir bon nombre d'exemples du même genre. Il devient démontré parla que l'exploration à travers la peau ne peut fournir que des données relatives, qu'elle ne révèle pas l'état réel de la contractilité électrique; mais telles qu'elles sont ces données n'en sont pas moins exactes, en somme, et de la plus haute importance, car il est impossible de ne pas reconnaître que la perte apparente ou la diminution très-marquée de la contractilité, accusée par une exploration à travers la peau, correspond à une diminution ou tout au moins à une modification très-réelle de cette propriété.
Une autre remarque que je veux vous présenter a trait à la nature de l'agent électrique dont on se sert pour l'ex- ploration. Le galvanisme, ainsi que je vous le disais il y un instant, a été à peu près seul employé dans les expériences relatives aux sections de nerfs chez les animaux, tandis fl) Vulpian. — Physiologie du système nerveux,1806, p. 245.
(2) Expérience de M. Chauveau.dans Magnien. Thèse de Paris, 1866, p. 21.
FÀRADISATION ET GALVANISATION. Ii'ô qu'en clinique, suivant la méthode de M. Duchenne, l'ex- ploration a été jusque dans ces derniers temps pratiquée exclusivement à l'aide de la faradisation. Or, il résulte de recherches laites, il y a quelques années, en Allemagne et reprises en France tout récemment, que le galvanisme a le pouvoir de provoquer fréquemment des contractions mus- culaires là même où la faradisation semble accuser une perte absolue de la contractilité électrique.
Ce fait, constaté pour la première fois par Baïerlacher, en 1859 (1), dans un cas de paralysie faciale, a été observé depuis dans les mêmes circonstances ou dans divers cas de paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs mixtes, par Schultz (2), Brenner (3), Ziemssen (4), Rosen- thal (5), Meyer (6), par Bruckner (7), dans la paralysie pseudo-hypertrophique et par Hammond, enfin, dans la paralysie infantile.
On voit d'après cela que le galvanisme pourrait accuser encore des contractions dans bien des cas de paralysie, soit rhumatismale, soit traumatique, où l'exploration faite ex- clusivement, à l'aide de la faradisation, annoncerait une profonde altération de la contractilité électrique, mais, même cela étant, le caractère tiré de l'abolition ou de la diminution hâtives de la contractilité faradique n'en sub- sisterait pas moins dans toute sa valeur; il permettrait tou- jours de maintenir le contraste entre les paralysies par lésions des nerfs que nous offre ordinairement la clinique et les paralysies qu'on détermine chez l'animal, par la sec- (3) Grûnewaldt. — ther die Lâhmungen des Nerv. facialis. Pet. med.
(4) Ziemssen. — Elektricitât in der Jfcd. 2 aufl., 1864.
(6) Meyer. — Die Elektricitât, etc. 2 aufl., 1861.
46 SECTIONS COMPLETES DES NERFS.
tion des troncs nerveux, puisque, dans ces dernières, le caractère en question fait défaut.
Nous devons examiner actuellement si les lésions des troncs nerveux qui provoquent une prompte modification de la contractilité électrique, bientôt suivie d'atrophie musculaire, sont assimilables, sans réserves, ainsi que quel- ques auteurs semblent le croire, aux sections de nerfs pra- tiquées chez l'animal. En réalité, Messieurs, il n'en est rien, et, si je ne me trompe, c'est dans cette circonstance qu'il faut chercher le nœud de la question en litige. On peut dire que, d'une manière générale, les sections ou les exci- sions de nerfs n'éveillent habituellement, dans ceux-ci, au- cun travail de réaction. La dégénération des fibres du bout périphérique, qui suit l'opération à titre de conséquence nécessaire, peut être considérée, en somme, à la condition toutefois qu'il ne s'y mêle aucune complication, comme un processus purement passif. Les muscles desservis par les nerfs sectionnés sont nécessairement frappés d'inertie fonc- tionnelle; mais ils ne paraissent pas subir d'autres altéra- tions que celles qui, à. la longue, résultent de l'inaction (1).
Bien différentes sont les affections des nerfs auxquelles se rattachent, chez l'homme, les accidents qui sont l'objet de notre étude. A peu près toujours, lorsqu'elles sont d'origine traumatique, elles naissent, nous l'avons dit, sous l'in- fluence de causes telles que la commotion, la contusion, la compression, une division incomplète, toutes éminemment propres à susciter, dans les divers tissus qui entrent dans la composition du nerf, le développement d'un processus ir- ritatif. De fait, il n'est pas rare, dans les cas de ce genre, que l'atrophie musculaire à marche rapide, foudroyante en quelque sorte, annoncée presque dès l'origine par la perte et la diminution de la contractilité faradique, soit ac- compagnée, précédée ou suivie, — lorsqu'il s'agit d'un LÉSIONS IRRITATIVES DES NERFS. 47 nerf mixte, — de douleurs plus ou moins vives ou de sen- sations anormales, indices de l'irritation que subissent les fibres sensitives (1). À ces douleurs s'adjoint fréquemment l'apparition de ces troubles trophiques de la peau (érup- tions pemphigoïdes, peau lisse, herpès) que nous avons ap- pris à connaître comme un des effets des lésions irritatives des nerfs cutanés et qui ne s'observent en aucune façon dans les cas de section pure et simple des troncs nerveux (2). Les affections développées spontanément prêtent à des con- sidérations identiques: tantôt il s'agit d'une carie du rocher; le tronc du nerf facial baigne dans le pus où il est enveloppé de toutes parts, ainsi que cela avait lieu dans l'observation du docteur Erb, par une gaine épaisse de tissu conjonctif nouvellement» formé (3); d'autres fois, le nerf est comprimé par une tumeur lentement développée, qui a dû, pendant un certain temps, irriter les fibres nerveuses avant d'en déter- miner l'aplatissement complet. Il n'est pas jusqu'à la para- lysie dite rhumatismale ou à frigore du nerf facial qui ne semble devoir être rattachée — bien que, sur ce point, nous ne possédions pas encore d'observations positives, — à l'inflammation de la gaine conjonctive du tronc ner- veux (4).
Je n'ignore pas que les sections complètes des nerfs se rencontrent assez fréquemment dans la pratique chirurgi- (1) Duchenne (de Boulogne), loc. cit., obs., IX, X.
(2) Voir, entre autres, une observation rapportée récemment par le docteur Constantin Paul [Société de Thérapeutique, séance du 7 mai 1871, in Ga- zette médicale, p. 257, n° 25, 1871). — « L'un des troubles de nutrition les plus remarquables, produits par les lésions de nerfs, est l'émaciation ou l'atrophie des muscles desservis par ces nerfs. Cette atrophie peut exister seule ou se montrer associée à d'autres troubles nutritifs du même genre oc- cupant la peau ou ses annexes.» (Mitchell, Morehouse et Keen. — Gunshot Wonnds, etc., p. 69).
(3) Voir: P. Brouardel. — Lésions du rocher, carie, nécrose, et des corn," plications qui en sont la conséquence. Extrait du Bulletin de la Société ana- tomique. Paris, 1867.
(4) F. Niemeyer. — Lehrbuck der Sjjcc. Pathologie wid Thérapie. 7e aufl.
48 LÉSIONS IRRITATIVES DES NERFS.
cale; je sais aussi qu'on peut voir survenir, en pareille cir- constance, l'atrophie des muscles et la perte de la contra c- tilité électrique. Mais je ne crois pas qu'on puisse présenter beaucoup de faits de cet ordre dans lesquels on ait observé, dès les premiers jours, la diminution ou la perte de la contractilité faradique et, dès les premières semaines, V atrophie et la dé génération des muscles. Bien que j'aie entrepris quelques recherches à ce sujet, je n'ai pas trouvé jusqu'ici d'observations incontestablement douées de ce caractère.
Nous sommes ainsi conduits, Messieurs, à faire intervenir ici, encore, la lumineuse distinction proposée par M. Brown- Séquard: seule l'irritation des nerfs serait capable d'oc- casionner l'atrophie rapide et hâtive des muscles, précédée elle-même de la diminution ou de la disparition de la contractilité faradique. La division complète des nerfs n'amène V atrophie et la perte des réactions électriques qu'au bout d'un temps incomparablement beaucoup plus long, à V instar du repos prolongé.
Cela étant admis, il nous faut rechercher actuellement, comment, étant donnée la lésion irritative des troncs ner- veux dont nous venons de reconnaître l'existence, on peut en faire dériver, à titre de conséquence plus ou moins directe, la perte rapide de la contractilité électrique, l'atrophie hâ- tive des muscles et, en un mot, toute la série des phéno- mènes que dévoile l'observation clinique dans les cas qui nous occupent.
L'affaiblissement ou la perte de la contractilité est, vous le savez, après la paralysie motrice qui, dans la grande ma- jorité des cas, ouvre la marche, le premier fait qu'on constate en semblable occurrence. Quelques auteurs semblent voir, dans ce phénomène, une conséquence toute simple de la perte de l'excitabilité du nerf, laquelle surviendrait ici, de très-bonne heure (vers le 5° jour), comme dans le cas des sections nerveuses, et se rattacherait elle-même à la dégé- nération des gaines médullaires au-dessous du point lésé. Il LÉSIONS IRRITATIVES DES NERF^. 49 paraît certain que les contractions des muscles, déterminées par l'électrisation,sont plus prononcées lorsqu'on peut agir sur eux par l'intermédiaire des nerfs que lorsque l'exci- tation, par suite de la destruction des filets nerveux, ne peut plus porter sur la substance contractile elle-même. Mais, quoi qu'il en soit, si l'opinion à laquelle nous faisons allu- sion était fondée, l'affaiblissement très-prononcé ou l'abo- lition apparente de la contractilité électrique, survenant quelques jours après l'opération, devra être un fait constant à la suite des sections de nerfs, puisqu'en pareil cas le bout périphérique du nerf perd toujours son excitabilité au bout de cinq ou six jours. Or, nous savons qu'il n'en est pas ainsi. D'un autre côté, il n'est nullement prouvé que les lésions de nerfs, qui produisent la perte hâtive de la con- tractilité électrique, soient toujours assez profondes pour interrompre complètement la continuité des fibres nerveuses et amener la destruction du cylindre de myéline. On pour- rait citer, en effet, un certain nombre de faits tendant à démontrer que la continuité des nerfs persiste, au moins à un certain degré, à la suite de lésions qui cependant déter- minent rapidement, dans les muscles, l'apparition des troubles trophiques les plus prononcés.
C'est ainsi qu'après une lésion traumatique portant sur le trajet d'un nerf, on voit parfois les mouvements persis- ter pendant quelque temps et ne s'affaiblir qu'alors que les lésions trophiques sont survenues dans le muscle (1). Il importe de remarquer, d'ailleurs, que la sensibilité muscu- laire et cutanée se maintient souvent à un degré voisin de l'état normal, dans les cas de lésions d'un nerf mixte, alors même que l'affaiblissement rapide de la contractilité électrique et l'atrophie musculaire consécutive, sont portées très-loin; c'est un fait que MM. Duchenne (de Boulogne) (2), (1) Voir l'observation citée par Duchenne (de Boulogne), loc. cit., p. 207.
(2) Dans les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, les troubles fonctionnels portent moins sur la sensibilité des muscles 50 LEUR MODE D'INFLUENCE.
Mitchell, Morehouse et Keen (1) n'ont pas manqué de faire ressortir. Est-il vraisemblable que, dans ces cas, les fibres motrices auront subi des altérations profondes, tandis que les fibres sensitives entremêlées avec elles dans toute l'é- paisseur du nerf auraient seules été épargnées? Mais voici un argument en quelque sorte plus direct: à la suite de certaines affections de la moelle épinière, telles que l'iié- matomyélie, la myélite aiguë centrale, la paralysie infan- tile, affections dans lesquelles la lésion initiale occupe plus particulièrement la substance grise, il est commun de voir se produire, comme lorsqu'il s'agit de lésions irritatives des nerfs, une diminution ou une abolition totale de la contra c- tilité électrique, dans les muscles des membres frappés de paralysie. Ce symptôme, manifeste déjà quelques jours après le début de la maladie, est suivi bientôt d'une atro- phie plus ou moins prononcée des muscles. Les nerfs mus- culaires ont été plusieurs fois examinés en pareil cas à l'aide du microscope: tantôt, ils offraient les caractères de l'état normal; d'autres fois, ils présentaient à un certain degré les altérations propres à la dégénération granulo-grais- seuse; mais alors ces altérations ne se montraient nulle- ment proportionnées, quant à leur.étendue et quant à leur intensité, aux troubles musculaires. Nous reviendrons ulté- rieurement sur ce fait important.