SigPhi · Jean-Martin Charcot

Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpêtrière

French

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pas d'influence directe sur la nutrition des muscles tant qu'elles n'intéressent pas le système des cellules nerveuses motrices. On ne conçoit guère d'exception que pour le cas, d'ailleurs assez rare, où la lésion, bien que circonscrite aux cordons blancs, occuperait la partie de ces cordons que tra- versent les faisceaux de tubes nerveux d'où émanent les racines antérieures. Pour peu que ces faisceaux prissent part à l'altération, il se produirait là, nécessairement, l'équivalent d'une lésion affectant les nerfs périphéri- ques (1).

B. Le second groupe comprendra les affections de la moelle épinière qui ont pour conséquence, à peu près iné- vitable, de déterminer des troubles plus ou moins profonds dans la nutrition des muscles. Ce groupe comporte deux sous-divisions: 1° La première est relative aux lésions en foyer ou dif- fuses, à marche aiguë ou subaiguë, qui intéressent, dans une grande étendue en hauteur, à la fois la substance blanche et la substance grise, mais prédominant cependant, (l) A propos des myélites partielles, soit protopathiques, soit déterminées par le voisinage d'une tumeur, il y a lieu de présenter la remarque suivante: Elles siègent le plus communément sur un point de la région dorsale de la moelle épinière qu'elles occupent dans une très-petite étendue en hauteur. Il résulte de cette disposition que si, d'une façon primitive ou par suite de l'extension concentrique du processus morbide, les cornes antérieures de la substance grise se trouvent intéressées, les lésions musculaires qui sont la conséquence de cette participation de l'axe gris, resteront limitées à certaines régions très-circonscrites du thorax ou de l'abdomen même et pourront ne se révéler pendant la vie, par aucun symptôme appréciable. Toujours la nutri- tion des muscles des membres est, à moins de complication, parfaitement indemne lorsque la myélite partielle affecte le siège qui vient d'être indiqué. Il en serait tout autrement dans le cas où un foyer de myélite, même très- circonscrit, occuperait certaines parties du renflement cervical ou du renfle- ment lombaire. Les lésions musculaires qui pourraient survenir consécuti- vement à l'envahissement des cornes antérieures de la substance grise, sié- geraient alors dans les membres et se traduiraient par des troubles fonctionnels et par des modifications dans la forme des parties qui ne resteraient pas longtemps inaperçues.^ 64 MYOPATHIES CONSÉCUTIVES.

en général, dans celle-ci. Elles sont habituellement suivies de modifications profondes de la contra ctili té électrique, et d'une atrophie à développement rapide de la fibre muscu- laire. — Je citerai, en premier lieu, la myélite aiguë cen- trale. Lorsqu'elle est quelque peu généralisée et qu'elle oc- cupe, par exemple, une bonne partie du renflement dorso-lom- baire; la diminution hâtive de la contractilité électrique des muscles des membres inférieurs est un symptôme qui ne lui fait peut-être jamais complètement défaut. M. Mannkopf a vu, dans un cas de ce genre, la contractilité électrique, déjà notablement modifiée, sept jours après le début des premiers accidents (1). Quand les malades ne sont pas en- levés trop rapidement, on peut suivre le. développement des phénomènes corrélatifs: l'atrophie des masses muscu- laires s'accuse bientôt; les lésions histologiques des fais- ceaux primitifs deviennent prompte ment appréciables. D'après MM. Mannkopf (2) et Engelken (3), ces lésions sont remarquables surtout par la prolifération des noyaux du sarcolemme. En somme, elles portent la marque d'un pro- cessus irritatif. La dégénération graisseuse des faisceaux primitifs est là, encore, un fait exceptionnel. Quant aux nerfs qui se rendent aux muscles affectés, examinés plusieurs fois par M. Mannkopf, tantôt ils ont été trouvés sains, tantôt ils ne présentaient que des altérations relativement légères et nullement en rapport d'intensité avec les lésions des muscles (4).

L'apoplexie spinale [hêmatomyèlie) doit être mentionnée en second lieu. Il s'agit là d'une affection qui, au point de vue de la pathogénie et de l'anatomie pathologique, diffère essentiellement de l'hémorrhagie intra-encéphalique vul- gaire; car, d'ordinaire, dansl'hématomyélie, l'épanchement (1) Mannkopf. — Amtlicher Bericht iïber die Versammlung Deustcher Na- turforscher und Aerzte zu Hannover, p. 251. Hannover, 1866.

(2) Loc. cit.

(3) H. Engelken. — Beitrâge zurPatholog. der aruten Myelitis. Zurich, 1867.

(4) Voir à ce sujet ce qui a été dit dans la présente leçon, p. 41.

LESIONS DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES. Go s'opère au sein de tissus déjà préalablement modifies par un travail inflammatoire. Le sang se répand surtout dans l'axe gris, qu'il envahit assez souvent dans la plus grande partie de sa longueur. Lorsqu'il en est ainsi, la diminution ou même l'abolition de la contractilité électrique, survenant hâtivement dans les muscles des membres frappés de para- lysie, est un symptôme qui parait constant. Il a été constaté quatorze jours après le développement des premiers acci- dents, dans un cas de Levier (1); le jour même de l'attaque dans un cas de Colin (?); dès le neuvième jour dans un fait rapporté par Duriau (2). L'apoplexie spinale est une affec- tion en général rapidement mortelle; elle n'a pas encore fourni l'occasion de constater la lésion histologique des faisceaux primitifs et l'atrophie des masses musculaires qui ne manqueraient sans doute pas de se produire, si la vie se prolongeait.

C'est vraisemblablement, Messieurs, en produisant une irritation de la moelle épinière qui, partielle d'abord, tend bientôt à se généraliser, que les fractures et les luxations de la colonne vertébrale peuvent avoir pour effet de dé- terminer, ainsi que l'a observé M. Duchenne (de Boulogne), une prompte diminution de la contractilité électrique dans les muscles des membres paralysés (3).

2° Les affections qui composent la seconde catégorie re- lèvent de lésions plus délicates; ces lésions, en effet, sont limitées d'une façon pour ainsi dire systématique à la subs- tance grise des cornes antérieures dont elles envahissent (1) Levier. — Beitrâge zur Pathologie der RûckenmarJisapoplexie. Inau- guraldisscrtation. Bern, 1864.

(3) Voir Duchenne (de Boulogne). — Obs. p. 246, loc. cit.: fracture de la colonne vertébrale vers le milieu de la région dorsale. — Moelle épinière ramollie dans l'étendue de plusieurs pouces, au niveau de la région dorso- lombaire. — Affaiblissement de la contractilité électrique dès le sixième jour après l'accident.

66 LESIONS DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES.

rarement toute retendue; on les voit se localiser, souvent assez exactement, dans l'espace ovalaire très-circonscrit qu'occupe un groupe ou agrégat de cellules motrices [Fig. 2).

I F^. 2. — Coupe de la moelle faite à la région lombaire. — A, corne antérieure gau- che, saine. — a, noyau ganglionnaire sain. — B, corne antérieure droite, malade. — b, noyau ganglionnaire médian dont les cellules sont détruites et qui est représenté par un petit foyer de sclérose.

La névroglie, dans les points altérés, devient d'habitude plus opaque, plus dense, parsemée de nombreux myélocy tes et porte, par conséquent, les marques d'un travail inflam- matoire. En même temps, les cellules nerveuses présentent divers degrés et divers modes de dégénération atrophique. Mais quels ont été les éléments affectés en premier lieu? Tout porte à croire que ce sont les cellules nerveuses. On comprendrait difficilement, en effet, que l'altération pût se montrer étroitement localisée dans le voisinage des cellules si elle avait son point de départ dans la névroglie. Il est des LÉSIONS DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES. 67 cas d'ailleurs, où l'atrophie d'un certain nombre, voire même d'un groupe tout entier, de cellules nerveuses, est la seule altération que l'examen histologique permette de constater, la trame conjonctive ayant, dans ces points-là, conservé la transparence, et, à peu de chose près, tous les caractères de la structure normale. Il est, de plus, d'autres cas non moins significatifs où les lésions de la névroglie se montrent beaucoup plus accusées vers les parties centrales d'un agrégat de cellules nerveuses, que dans les parties pé- riphériques, beaucoup plus accentuées également au voisi- nage immédiat des cellules que dans les intervalles qui les séparent, de telle sorte que ces dernières paraissent comme autant de centres ou foj'ers, d'où le processus inflamma- toire aurait rayonné, à une certaine distance, dans toutes les directions. On ne saurait admettre, d'un autre côté, que l'irritation se soit originellement développée sur les parties périphériques et qu'elle ait remonté jusqu'aux parties cen- trales par la voie des racines antérieures des nerfs, car ces dernières, en général, ne présentent, au niveau des points altérés de la moelle épinière, que des lésions relativement minimes et nullement proportionnées, quant à l'intensité, aux lésions de la substance grise. Il parait évident, d'après tout ce qui précède, que les cellules nerveuses motrices sont bien réellement le siège primitif du mal. Le plus souvent, le travail d'irritation gagne ensuite, secondairement, la né- vroglie et s'étend de proche en proche aux diverses régions des cornes antérieures; mais cela n'est nullement néces- saire; à plus forte raison, faut-il considérer comme un fait consécutif et purement accessoire, l'extension, observée dans certains cas, du processus morbide aux faisceaux antéro- latéraux, dans le voisinage immédiat des cornes antérieures ■de la substance grise (1).

(l) Les vues qui viennent d'être émises relativement au rôle de l'altération des cellules nerveuses, dites motrices, dans la pathogénie de l'atrophie mus- culaire progressive, de la paralysie infantile, de la myélite aiguë centrale, 68 PARALYSIE INFANTILE SPINALE.

La paralysie infantile spinale est, quant à présent, le type le plus parfait des affections qui forment cette caté- gorie. Les nombreuses recherches dont les lésions spinales auxquelles elles se rattachent ont été l'objet, dans ces der- niers temps, en France, concordent toutes à signaler comme un fait essentiel, l'altération profonde d'un grand nombre de cellules motrices, dans les régions de la moelle d'où émanent les nerfs qui se rendent aux muscles para- lysés (1). Dans le voisinage des cellules atrophiées, le ré- seau conjonctif présente, à peu près toujours, les traces manifestes d'un processus inflammatoire. D'après l'ensemble des phénomènes, on est conduit à admettre, comme une hypothèse très-vraisemblable, que, dans la paralysie infan- tile spinale, un travail d'irritation suraiguë s'empare tout à coup d'un grand nombre de cellules nerveuses et leur fait perdre subitement leurs fonctions motrices. Quelques cellules, légèrement atteintes, récupéreront quelque jour leurs fonctions et cette phase répond à l'amendement des symptômes qui se produit toujours à une certaine époque de la maladie, mais d'autres ont été plus gravement com- promises et l'irritation dont elles étaient le siège s'est trans- mise par la voie des nerfs jusqu'aux muscles paralysés qui, en conséquence, ont subi des lésions trophiques plus ou et en général de toutes les amyotrophies de cause spinale, ont été exposées dans une leçon que j'ai faite à La Salpétrière, en juin 1868. — Comparez: Hayem. Archiv. de Physiologie, 1869, p, 263. — Charcot et Joffroy, id., p. 756. — Duchenne (de Boulogne) et Joffroy, id., 1870. — Ces vues ont été utilisées dans l'ouvrage récent de M. Hammond: A. Treatise on Diseases of the nervous System. Sect. IV. Diseases of Nerve Cells., p. 683. New- (l) Sur l'atrophie des cellules nerveuses motrices, dans la paralysie in- fantile, consultez: Prévost, in Comptes rendtts de la Société de Biologie, 1866, p. 215. — Charcot et Joffroy. Cas de paralysie infantile spinale, avec lésions des cornes antérieures de la substance grise de la moelle épinière, in Archiv. de Physiolog., p. 135, 1870, pi. V et VI. — Parrot et Joffroy, id., p. 309. — Vulpian, id., p. 316. — H. Roger et Daraaschino. Recherches anatomiques sur la paralysie spinale de l'enfance. [Gaz. médicale, n°* 41, ATROPHIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE. 69 moins profondes (1). Quoi qu'il en soit, on sait que la di- minution ou la perte même de la contractilité faradique peut être constatée, sur certains muscles, cinq ou six jours à peine après la brusque invasion des premiers symptômes. L'émaciation des masses musculaires marche d'ailleurs avec rapidité et devient bientôt manifeste. L'atrophie simple des faisceaux primitifs avec conservation de la striation en travers, et, sur quelques faisceaux isolés, les marques d'une prolifération plus ou moins active des noyaux du sarcolemme, telles sont les altérations que l'é- tude histologique fait reconnaître dans les muscles lésés. La surcharge graisseuse qui s'observe quelquefois, dans les cas très-anciens, parait être un phénomène purement acci- dentel (2).

L'atropJlie musculaire progressive offre à étudier l'atro- phie irritative des cellules motrices dons son mode chro- nique (3). Il ne s'agit plus ici d'un processus d'irritation suraiguë envahissant les cellules nerveuses tout à coup et en grand nombre: celles-ci sont affectées successivement, une à une, d'une façon progressive; bon nombre d'entre elles sont épargnées, même dans les régions le plus pro- fondément atteintes, jusque vers les périodes ultimes de la maladie. Le développement des lésions musculaires répond à ce mode d'évolution des lésions spinales. Ainsi, il est rare (1) Voir Charcot et Joffroy, loc. cit.

(2) Charcot et Joffroy, loc. cit. — Vulpian, loc. cit.

(3) Voir sur l'atrophie des cellules motrices dans l'atrophie musculaire progressive •. Luys, Société de Biologie, 1860. — Duménil (de Rouen), Atrophie musculaire graisseuse progressive, histoire, critique. Rouen, 1867. — Nouveaux faits relatifs à la pathogénie de l'atrophie musculaire progressive, in Gazette hebdom., Paris, 1867. — L. Clarke. On a case ofmuscular Atro- phg, etc. British and foreign tnedico-Chirurgical Bevietv, July 1872. — A case of muscular Atrophg, etc., in Beale's Archiv., t. IV, 1867. — On a case ofmuscular Atrophg, in Medico-chir. Trans., t. IV, 1867. — 0. Schup- pel. Ueber Hgdromyelus, in Archiv der Heilkunde. Leipzig, 186j, p. 289. — Hayem, in Archiv. de Physiologie, 1869, p. 263, pi. 7. — Charcot et Joffroy, in Archiv. de Physiologie, 1869, p. 355.

iO PARALYSIE GENERALE SPINALE.

que les troubles trophiques portent simultanément sur tous les faisceaux primitifs d'un muscle; il en résulte que celui- ci pourra répondre tant bien que mal aux ordres de la vo- lonté et se contracter encore sous l'influence des excitations électriques, alors que son volume sera déjà très-notable- ment réduit (1).

Il existe d'ailleurs au moins deux formes bien distinctes de l'amyotrophie progressive liée à une lésion irritative des cellules motrices. L'une, protopathique, relève exclu- sivement de la lésion en question et celle-ci, développée primitivement en conséquence d'une disposition originelle ou acquise, tend fatalement à se généraliser. Dans l'autre forme, sur laquelle nous appelions votre attention, il n'y a qu'un seul instant, la cellule nerveuse n'est, au contraire, affectée que secondairement, consécutivement à une lésion des faisceaux blancs, par exemple, et pour ainsi dire d'une manière accidentelle. L'amyotrophie, à marche progressive dans ce second cas, peut être dite symptomatique; elle a moins de tendance à se généraliser et son pronostic est cer- tainement moins sombre (2).

Relativement à la paralysie spinale de V adulte et à la paralysie générale spinale (Duchenne, de Boulogne), l'a- natomie pathologique n'a pas encore prononcé d'une ma- nière définitive. Mais, à en juger par les symptômes, il est au moins fort probable que ces affections se rattachent, elles aussi, à une lésion des cellules nerveuses motrices. La paralysie spinale de l'adulte rappelle celle de l'enfance par l'invasion presque soudaine de la paralysie motrice, par la tendance à la rétrogression que celle-ci présente à un moment donné, par la diminution ou l'abolition de la (1) Charcot. — Leçons faites à la Salpétrière en 1870. — Voir à ce sujet: Hallopeau, in Archiv. de médecine, septembre 1871, pp. 277, 305.

(2) Sur les deux formes de l'amyotrophie progressive de cause spinale: voir Charcot et Joffroy, in Archives de Physiologie, 1869, pp. 756, 757. — Duchenne (de Boulogne) et Joffroy, in Archivesde Physiologie, 1870, p.49J>.

LÉSIONS DU BULBE RACHIDIEN. 71 contracjtilité faradique qui se manifeste hâtivement dans un certain nombre de muscles paralysés et, enfin, par l'atrophie rapide que ces mêmes muscles subissent, cons- tamment, à un degré pins ou moins prononcé. Une évolu- tion plus lente s'opérant suivant le mode sub-aigu ou chro- nique, une tendance à la généralisation, marquée surtout dans les premières périodes, des temps d'arrêt fréquents, suivis de l'envahissement des parties non encore affectées, distinguent, au contraire, la paralysie générale spinale et la rapprochent de l'atrophie musculaire progressive avec laquelle elle est quelquefois confondue, bien à tort, dans la clinique. La première se sépare cependant nettement de la seconde par les caractères suivants: les muscles de tout un membre ou d'une partie d'un membre sont frappés en masse, presque uniformément, de paralysie ou d'atrophie; ils présentent, déjà à une époque peu éloignée du début de la maladie, des modifications très-prononcées de la con- tractilité électrique; habituellement, enfin, une période de retour survient, pendant laquelle les muscles atrophiés récupèrent» au moins partiellement, leur volume et leurs fonctions (1).

Lésions musculaires consécutives aux affections du bulbe. — C'est là un sujet encore peu exploré. Cependant des faits, aujourd'hui en certain nombre, empruntés à l'his- toire de la paralysie labio-glosso-laryngée et de la sclérose en plaques, tendent à établir que, dans le bulbe comme dans la moelle épinière, les lésions irritatives des faisceaux blancs n'ont pas d'influence directe sur la nutrition des muscles; tandis qu'au contraire celles qui portent soit sur les agrégats de cellules motrices étages sur le plancher du quatrième ventricule, soit sur les faisceaux de tubes ner- veux émanant de ces agrégats, peuvent, ainsi que je l'ai démontré, déterminer dans la langue, le pharynx, le la- (l) Duehenne (de Boulogne). — De Vélectnsation localisée, 3e édition.

72 ROLE DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES.

rynx, l'orbiculaire des lèvres, etc., une atrophie plus ou moins accusée des fibres musculaires (1).

L'exposé sommaire qui vient d'être présenté suffira, je l'espère, pour mettre en relief le rôle remarquable que, suivant les recherches les plus récentes, les lésions des cellules nerveuses antérieures jouent dans la production des troubles trophiques musculaires consécutifs aux alté- rations de la moelle épinière. Dans la pathogénie de la pa- ralysie infantile et des diverses formes de l'amyotrophie de cause spinale, ce rôle ne paraît pas douteux. Son influence est certainement moins nettement démontrée, mais cepen- dant fort vraisemblable encore, pour ce qui concerne l'hé- matomyélie, la myélite aiguë centrale et, en un mot, toutes les affections irritatives de la moelle dans lesquelles l'axe gris se trouve intéressé. D'un autre côté, l'absence de toute participation des faisceaux blancs et des cornes postérieures de la substance grise, dans le développement des affections musculaires dont il s'agit, est un fait qui s'appuie désormais sur des preuves suffisamment nombreuses.

Cela étant reconnu, il y a lieu de rechercher, Messieurs, pourquoi la lésion des cellules nerveuses motrices entraîne avec elle celle des fibres musculaires, tandis que les alté- rations irritatives, même les plus profondes, des faisceaux blancs, n'ont aucune influence directe sur la nutrition des muscles.

Relativement au premier point, on ne pourrait qu'imagi- ner des hypothèses plus ou moins plausibles, mais évidem- ment prématurées. Il n'y a pas à invoquer ici les renseigne- ments de la physiologie expérimentale; ses procédés, infé- (l) Comparez: Charcot. — Note sur un cas de paralysie glosso-laryngée, suivi d'autopsie, m archives de Physiologie, 1869, pp. 3o6 636, pi. XIII. Obs. de Catherine Aubel. — Duchenne (de Boulogne) et Joffroy. De l'atrophie aiguë et chronique des cellules nerveuses de la moelle et du bulbe rachidien. {Archives de Physiologie, 1870, p. 499.)

ROLE DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES. 73 rieurs sous ce rapport à ceux de la maladie, ne sont pas assez délicats pour permettre d'atteindre isolément les cel- lules nerveuses. Il faut donc se borner, pour le moment, à enregistrer les laits tels' que nous les offre la clinique éclai- rée par Fanatomie pathologique et à constater que — com- parables en cela aux nerfs périphériques — les cellules nerveuses motrices ont le pouvoir, lorsqu'elles sont deve- nues le siège d'un travail d'irritation, de modifier à distance la vitalité et la structure des muscles.

Pour ce qui est du second point, si l'on se reporte à ce que nous avons dit des effets de l'irritation des nerfs, il pourra sembler contradictoire, au premier abord, que la nutrition des muscles ne soit pas affectée lorsque les fais- ceaux blancs de la moelle sont occupés par l'inflammation. Pour montrer que la contradiction n'est qu'apparente, il suffira cependant de rappeler que, malgré l'analogie de composition, les cordons blancs ne sont nullement assimi- lables aux nerfs: l'expérimentation révèle, en effet, dans ceux-ci. des propriétés qu'on ne trouve pas dans ceux-là, et inversement. L'anatomie montre d'ailleurs que les tubes nerveux qui constituent les nerfs ne sont que. pour une part très-minime, la continuation directe de ceux qui, par leur réunion, forment les faisceaux blancs. Ces faisceaux paraissent presque entièrement composés de fibres qui, nées soit dans l'encéphale, soit dans la moelle elle-même, établissent, à la manière des commissures, des communica- tions entre la moelle épinière et le cerveau, ou encore entre les divers points de l'axe gris spinal. Il était à prévoir, d'après cela, que, à beaucoup d'égards, les faisceaux blancs de la moelle, sous l'influence des lésions irritatives, se com- porteraient autrement que les nerfs périphériques.

Quand je me suis proposé d'exposer devant vous, Mes- sieurs, les principaux faits relatifs aux troubles trophiques qui se montrent consécutivement aux affections du système nerveux, j'espérais que ma tâche pourrait être menée ta 74 IMPORTANCE DE L ETUDE DES TROUBLES TROPHIQUES.

bonne fin dans l'espace de deux leçons. Mais, à mesure que j'avance dans cette exposition, l'importance et l'étendue de la question se manifestent dans toute leur évidence. Je suis loin d'avoir épuisé le sujet, malgré les développements dans lesquels je suis entré déjà; j'ose espérer que vous n'aurez pas à regretter le temps que nous devrons encore lui consacrer.

TROISIÈME LEÇON Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière et du cerveau {Suite.)

Sommaire. — Affections cutanées dans la sclérose des cordons postérieurs: Eruptions papuleusesoulichénoïdes, urticaire,, zona, éruptions pustuleuses; leurs relations avec les douleurs fulgurantes; elles paraissent relever de la même cause organique que les douleurs.

— Eschares à développement rapide [Decubitus acutus) dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière. — Mode d'évolution de cette affection de la peau: Erythème, huiles, mortification du derme. — Accidents con- sécutifs à la formation des eschares: a. Infection putride, infection pu- rulente, embolies gangreneuses; b. Méningite ascendante purulente simple, méningite ascendante ichoreuse. — Décubitus aigu dans l'apoplexie symptomatique des lésions cérébrales en foyer. Il se manifeste sur les membres frappés de paralysie, principalement à la région fessière; son importance au point de vue du pronostic. — Décubitus aigu dans les ma- ladies de la moelle épinière: Il siège eu général à la région sacrée.

— Arthr.opathies qui dépendent d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière. — A. Formes aiguës ou subaiguës: elles se montrent dans les cas de lésion traumatique de la moelle épinière, dans la myélite par com- pression (tumeurs, mal de Pott), dans la myélite primitive, dans l'hémi- plégie récente, liée au ramollissement cérébral. Ces arthropathies oc- cupent les jointures des membres paralysés. — B. Formes chroniques: elles paraissent dépendre, comme les amyotrophies de cause spinale, d'une lésion des cornes antérieures de l'axe gris; on les observe dans la sclérose postérieure (ataxie locomotrice) et dans certains cas d'atrophie musculaire progressive.

Messieurs, Lorsque j'ai traité des troubles de la nutrition détermi- nés par les lésions des nerfs périphériques, je vous ai laissé pressentir que ces affections consécutives se trou- vaient représentées, pour la plupart, dans les cas de lé- sions portant sur l'axe spinal. A la vérité, il ne s'agit pas 76 AFFECTIONS CUTANÉES DANS L'ATAXIE LOCOMOTRICE.