SigPhi · Théodule-Armand Ribot

Les maladies de la mémoire

French

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2. Archiv fiir Psychiatrie, 1876, VI, 2.

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE pression reçue se reproduit sous forme d’image (en terme physiologique, il y aune répétition du processus cérébral primitif). Ce phénomène n’a rien que d’ordi¬ naire; c’est ce qui a lieu pour tout souvenir qui n’est pas causé par la présence actuelle de son objet. Toute la difficulté est de savoir pourquoi cette image qui naît une minute, une heure, un jour après l’état réel, i donne à celui-ci le caractère d’une répétition. On peut admettre que le mécanisme de la « reconnais¬ sance », de la localisation dans le temps, fonctionne à rebours. Je propose pour ma part l’explication qui suit.

L’image ainsi formée est très intense, de nature hal¬ lucinatoire; s’impose comme une réalité, parce que* rien ne rectifie cette illusion. Par suite, l’impression ^ reelle se trouve rejetée au second plan, avec le ca¬ ractère effacé des souvenirs: elle est localisée dans le passé, à tort si l’on considère les faits objectivement, avec raison, si on les considère snbjectivement. Cet état hallucinatoire en effet, quoique très vif, n’efface pas l’impression réelle; mais comme il s’en détache,! comme il a été produit par elle après coup, il doit’ apparaître comme une seconde expérience. Il prend i ^ la place de l’impression réelle, il paraît le plus récent, si et il l’est en fait. Pour nous qui jugeons du dehors el - d’après ce qui s’est passé extérieurement, il est fau> que l’impression ait été reçue deux fois. Pour le, malade, qui juge d’après les données de sa con ¬ science, il est vrai que l’impression a été reçue deui! fois, et dans ces limites, son affirmation est incontes; table.

A l’appui de cette explication, je ferai remarquer qui ■ presque toujours la fausse mémoire est liée à un dé à,.

LES EXALTATIONS DE LA MÉMOIBE sordre mental. Le malade de Pick était atteint d’une forme de lotie: le délire des persécutions. La forma¬ tion d’images hallucinatoires n’aurait donc rien que de naturel. Je ne prétends pas d’ailleurs que mon expli¬ cation soit la seule possible. Pour un état aussi insolite, des observations plus nombreuses et bien faites seraient nécessaires *.

1. Si nous n’avons rien dit de l’état de la mémoire qpns la.. foUe. c'est parce que ce terme collectif désigne des états très divers et que les plus importants ont été mentionnés en leur lieu (manie, paralysie générale, démence, etc.). Il ne sera cepen¬ dant pas inutile de mettre sous les yeux du lecteur le passage suivant, qui traite le sujet dans sa généralité: « Pour ce qui est de la mémoire, elle présente de très grandes différences chez le» aliénés. Parfois elle est parfaitement fidèle, anssi bien pour les faits de la vie antérieure que pour ceux qui se sont passés pen¬ dant la maladie. Mais il est beaucoup plus fréquent d’y observer un affaiblissement sous différentes formes: ainsi la démence...D’autres fois, les faits de la vie antérieure sont ou bien effacés complètement de la mémoire (ce qui est rare), ou bien ils sont reportés à une telle distance (cela est plus fréquent), ils sont devenus si vagues et si étrangers à l’individu, que c’est à peine s’il peut les reconnaître pour des faits qui lui sont arrivés à lui- même.

« L’individu qui est guéri de la folie se souvient ordinaire¬ ment des événements qui se sont passés pendant sa maladie et peut souvent rapporter avec une précision et une fidélité sur¬ prenantes les plus petits incidents survenus dans le monde extérieur et exposer dans tous leurs détails les motifs et la dis- t oositiou d’esprit qui le dirigeaient alors. 11 sait aussi souvent lécrire chaque geste, chaque mot, chaque cliaugeineut de phy- '.ionomie des personnes qui le visitent...Ce phénomène s’ob- erve eu particulier chez les individus guéris de mélancolie et le manie peu intense; moins à la suite de la monomauie, dont 'e malade conserve ordinairement un souvenir beaucoup plus onfus. Lorsqu’un malade guéri déclare ne plus rien se rappeler e tout ce qui s’est passé pendant sa folie, ce dire ne doit être ccepté qu’avec réserve, parce que souvent la honte lui fait lire des souvenirs exacts » (Griesinger, Traité des maladies 9.

154 LES MALADIES DE LA MÉMOIRE mejitales, trad. franç., p. 78. Voir aussi Maudsley dans Reynold’s System of Medicine, vol. IJ, p. 26.)

L’affaiblissement de la mémoire dans l’ivresse est bien connu. Il y a de nombreux exemples d’actes violents commis dans cet état, dont il n’est resté aucun souvenir. L’alcoolisme chronique diminue la mémoire sans l’éteindre: à sa période terminale, il aboutit à la démence avec amnésie.

CONCLUSION I Description des maladies de la mémoire et recherche de la loi qui les gouverne: tel est le travail qui nous a occupés jusqu’ici. Il faut avant de terminer dire un mot des causes. 11 ne s’agit naturellement que des causes immédiates, organiques. Même réduite à ces termes, l’étiologie des désordres de la mémoire est très obscure, et ce qu’on peut considérer comme acquis sur ce point est peu de chose. ^ La mémoire consiste à conserver et à reproduire: Ma conservation paraît dépendre surtout de la nutrition; a faculté de reproduire, de la circulation générale ou ocale.

I. La conservation, qui joue le rôle le plus important, ' )uisquc sans elle aucune reproduction n’est possible, appose une condition première qu’on ne peut traduire >iue par cette expression vague: une constitution nor¬ male du cerveau. Nous avons vu que les idiots sont tteints d’amnésie congénitale, d’impuissance native LES MALADIES DE LA MÉMOIRE à fixer les souvenirs. Cette condition première est un postulalum; c'est moins une condition que la condition d’existence nécessaire de la mémoire. En fait, elle se rencontre chez presque tous les hommes.

Cette constitution normale étant donnée, il ne suffit pas que les impressions soient reçues, il faut qu’elles i soient fixées, enregistrées organiquement, incrustées; il faut qu’elles deviennent une modification permanente de l’encéphale; il faut que les modifications imprimées aux cellules et aux filets nerveux et que les associa¬ tions dynamiques que ces éléments forment entre eux. restent stables. Ce résultat ne peut dépendre que de la ■ nutrition. Le cerveau reçoit une masse énorme de sang, j surtout la substance grise. Il n’y a pas de partie du corps où le travail nutritif soit plus actif ni plus; rapide. Nous ignorons le mécanisme intime de ce tra- ■ vail. L’histologie la plus raffinée ne peut suivre les mo¬ lécules dans leurs réarrangements. Nous n’en consta¬ tons que les effets: tout le reste est induction. Mais il y a des faits de tout ordre qui démontrent la con* te nexion étroite de la nutrition et de la mémoire. ' lo Il est d’observation vulgaire que les enfants appren- m nent avec une merveilleuse facilité, que tout ce qui ne demande que de la mémoire, comme les langues, t est vite acquis par eux. On sait aussi que les habitudes,, c’est-à-dire une forme de la mémoire, sont bien plus aisément contractées dans l’enfance et la jeunesse qu’à ifii l’âge adulte. C’est qu’à cette période de la vie, l’acti-, vité du processus nutritif est tellement grande que les connexions nouvelles sont rapidement établies. Ches | -j le vieillard, au contraire, l’effacement si prompt de.‘ jr'l impressions nouvelles coïncide avec un affaiblissement considérable de cette activité.

CONCLUSION Tout ce qui est appris trop vite ne dure pas. L’expres¬ sion « s’assimiler une chose » n’est pas une métaphore. Je n’insisterai pas sur une vérité que tout le monde répète, mais sans se douter que ce fait psychique a une raison organique. Pour fixer les souvenirs, il faut du temps, parce que la nutrition ne fait pas son œuvre en un instant; parce que ce mouvement moléculaire incessant qui la constitue doit suivre une direction constante que la même impression périodiquement renouvelée est propre à maintenir L La fatigue, sous toutes ses formes, est fatale à la mé¬ moire. Les impressions reçues ne sont pas fixées; la reproduction est très pénible, souvent impossible. Or la fatigue est considérée comme un état où, par suite de la suractivité d’un organe, la nutrition souffre et languit. Avec le retour aux conditions normales, la mé- ■ moire revient. La relation de Holland citée plus haut est assez explicite sur ce point.

Nous avons vu aussi que, dans les cas d’amnésie ^ temporaire dus à une commotion cérébrale, l’oubli a toujours un caractère rétroactif; il s’étend sur une pé- - riode plus ou moins longue, antérieure à l’accident •.

1. « J’ai connu, dit Abercroinbie, un acteur distingué qui, ap- • pelé à remplacer un de ses confrères malades, dut apprendre en peu d’heures un rôle long et diflicile. 11 l'apprit très vite et le joua avec une parfaite exactitude. Mais, immédiatement après la pièce, il l’oubliait, à tel point qu’ayant eu à jouer le rôle plu- ■ sieurs jours de suite, il était obligé chaque fois de le préparer è [nouveau, n’ayant pas, disait-il, le temps de 1’ « étudier ». Inter¬ rogé sur le procédé mental par lui suivi, quand il joua son rôle pour la première fois, il me répondit qu’il avait complète¬ ment perdu de vue le public, qu’il lui semblait n’avoir devant les yeux que les pages de son livre, et que, si quoi que ce soit avait i4i interrompu cette illusion, il se serait arrêté instantanément. « (Ouvrage cité, p. 103.)

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE c’est une règle qui n’a guère d’exceptions. La plupart des physiologistes qui se sont occupés de ce fait l’expli¬ quent par un défaut de nutrition. L’enregistrement or¬ ganique qui consiste en une modification nutritive de la substance cérébrale n’a pas eu le temps de se pro¬ duire.

Enfin, rappelons que la forme la plus grave des mala¬ dies de la mémoire, l’amnésie progressive des déments, des vieillards, des paralytiques généraux, a pour cause une atrophie toujours croissante des éléments ner¬ veux. Les tubes et les cellules subissent une dégéné¬ rescence; les dernières surtout finissent par disparaître, ne laissant à leur place que des amas méconnaissables.

L’ensemble de ces faits, physiologiques et patholo¬ giques, montre entre la nutrition et la conservation un rapport de cause à effet. Il y a une exacte coïncidence entre leurs périodes d’apogée et de déclin. Les variations à courte ou longue durée de l’une se retrouvent dans l’autre. Que l’une soit ou active, ou modérée, ou lan¬ guissante, il en est de même de l’autre. La conserva¬ tion du souvenir doit donc être comprise non au sens métaphysique « d’états de l’âme » qui subsisteraient on ne sait où, mais comme un état acquis de l’organe cé¬ rébral qui implique la possibilité d’états de conscience, quand leurs conditions d’existence se rencontrent.

La rapidité extrême des échanges nutritifs dans le cerveau, qui semble au premier abord une cause d’ins¬ tabilité, explique au contraire la fixation des souvenirs. « La réparation, s’effectuant sur le trajet modifié, sert à enregistrer l’expérience. Ce n’est pas une simple intégration qui a lieu, mais une réintégration: la sub¬ stance est restaurée d’une façon spéciale après une modification spéciale: ce qui fait que la modalité qui CONCLUSION 159 ’est produite est pour ainsi dire incorporée ou incarnée lans la structure de l’encéphale » Nous touchons ici à la raison dernière de la mé- aoire dans l’ordre biologique: elle est une imprégna- ion. Aussi n’est-il pas étonnant qu’un éminent chirur- :ien anglais, traitant de cette modification indélébile ue les maladies infectieuses impriment aux tissus ivants, ait écrit le passage suivant, qui semble com- losé pour nous: « Gomment peut-on supposer que le erveau soit l’organe de la mémoire s’il change tou- ours? Comment ce changement nutritif de toutes les aolécules du cerveau ne détruit-il pas toute mémoire? •arce que, dans le processus nutritif, l’assimilation se lit d’une manière parfaitement exacte. L’effet pro¬ luit par une impression sur le cerveau (que ce soit ; ne perception ou un acte intellectuel) y est fixé et lîtenu, parce que la partie quelle qu’elle soit, qui a lé changée par cette impression, est exactement repré- enlée par la partie qui lui succède dans le cours de la utrition ^ » Si paradoxal que puisse paraître un rap- ; rochement entre une maladie infectieuse et la mé- ;ioire, il est donc rigoureusement exact, au point de ue biologique.

II. D’une manière générale.ila reproduction des sou- enirs paraît dépendre de l’état de la circulation. C’est ne question bien plus obscure que la précédente et sur iquelle on n’a que des données très incomplètes. Une remière difficulté vient de la rapidité des phénomènes 1. Maudsley, Physiologie de l'esprit, trad. Herzen, p. 140.

2. J. Paget. Lectures on surgical Pathology, t. 1. p. 52. Voir iissi Maudsley, ouv. cité, p. 477-478.

LES MALADIES DK LA MÉMOIRE Mil [iil «e et de leurs perpétuels changements. Une seconde vie de leur complexité: la reproduction, en effet, ne c pend pas seulement de la circulation générale; elle ( pend aussi de la circulatioji.partic.ulière du cerveau, (œ il est vraisemblable qu’il y a, même dans celle-ci, c variations locales qui ont une grande influence, n’est pas tout: il y a à tenir compte de la qualité du sa tout aussi bien que de sa quantité.

Il est impossible de déterminer, même grossièremc le rôle de chacun de ces facteurs dans le mécanisi de la reproduction. Nous devons nous borner à fa voir que la circulation et la reproduction présente des variations corrélatives. Voici les principaux fa qu’on peut donner à l’appui: fièvre, à ses divers degrés, s’accompagne d’u suractivité cérébrale. La mémoire y participe pour u bonne part. Nous avons même vu jusqu’à quel po d’excitation surprenante elle peut atteindre. On s que dans la fièvre la rapidité de la circulation excessive, que le sang est altéré, qu’il est chargé d’é|É: ments provenant d’une dénutrition trop rapide, d’i^jj, travail de combustion exagéré. Nous trouvons donc une variation en qualité et en quantité qui se traddi par une hypermnésie. k» Même en dehors de l’état de fièvre, « des impressic^j triviales, qui n’ont offert aucun intérêt, survivent sA vent dans la mémoire, quand des impressions bien p importantes ou imposantes ont disparu. En consi» rant les circonstances, on trouvera souvent que isl impressions ont été reçues quand l’énergie était isf élevée, quand l’exercice, le plaisir, ou l’un et l’au^|^ avaient grandement augmenté faction du. cœur romanciers ont noté comme un trait de la nature CONCLUSION CONCLUSION naine que, dans les moments où une forte émotion a ixcité la circulation à un degré exceptionnel, les grou- oes de sensations causées par les objets environnants leuvent être ravivés avec une grande clarté, souvent nême en traversant la vie tout entière K » Remarquons encore combien la reproduction est acile et rapide dans cette période de la vie où le sang st poussé en courants rapides et abondants, combien ■lie devient lente et difficile quand f^ge ralentit la irculation. Nous pouvons noter aussi que chez le vieil- àrd la composition du sang a changé, qu’il est moins l'che en globules et en albumine.

Chez les personnes épuisées par une longue maladie, a mémoire s’affaiblit avec la circulation. « Les sujets rès nerveux, chez qui l’action du cœur a grandement iaissé se plaignent habituellement de perte de la mé- îoire...symptôme qui diminue à mesure que le degré ormal de la circulation revient » Il y a exaltation de la mémoire, quand la circulation été modifiée par des gtimulants} tels que le hachich, opium, etc., qui excitenT'le système^ nerveux avant ’amener un état final de dépression. D’autres agents lérapeutiques produisent un effet contraire, par exem- le le brpmura de potassium, dont l’action est séd_ati ve, ypnotique, et qui, pris à forte dose, produit un ralen- ssement de la circulation. Un prédicateur fut obligé en interrompre l’usage: il avait presque perdu Ig 'émoire; elle revint dès qu’il cessa le traitement.

De tous ces faits ressort une conclusion générale: îxercice normal de la mémoire suppose une circula- LlîS MALADIES DE LA MEMOIRE ors 1 (es Jluli tion active et un sang riche en matériaux nécessairefft pour l’intégration et la désintégration. Dès que celt activité s’exagère, il y a tendance vers l’excitatio morbide; dès qu’elle s’abaisse, il y a tendance ver l’amnésie. Il est impossible de préciser davantage san entrer dans l’hypothèse pure. Pourquoi, de préférenc à toute autre, telle catégorie de souvenirs est-elle ra vivée ou abolie? Nous n’en savons rien. Il y a tan#®* d’imprévu dans chaque cas particulier d’amnésie e d’hypermnésie qu’il serait chimérique d’essayer un explication. Il est probable que ce sont des modilîca tions organiques très fugitives, des causes infmitési 1res laii Ea (ot 1res laii Ea (ot males, qui font que, seule entre toutes, telle série es évoquée ou reste sourde à l’appel. Qu’un seul élé-i ment nerveux se mette en branle ou reste paralysé cela suffit: le mécanisme bien connu de l'associatior explique le reste. Quelques physiologistes ont émii l’opinion que les lapsus limités et temporaires de lé- mémoire sont dus à des modifications locales et transU J toires dans le calibre des artères, sous l’influence des vaso-moteurs. Ils en ont donné pour raison que le retour est brusque, qu’il est causé d’ordinaire par une' émotion, et que les émotions exercent une influence particulière sur le système nerveux vaso-moteur.

Dans ces cas de perte complète de la mémoire, dont nous avons donné plusieurs exemples, le retour dépend 4" de la circulation et de la nutrition. Est-il brusque (ce i qui est rare), l’hypothèse la plus probable est celle d’un f arrêt de fonction, d’un état « d’inhibition » qui cesse tout d’un coup: ce problème est l’un des plus obscurs de la physiologie nerveuse. ' S’il résulte d"une rééducation (ce qui est l’ordinaire), K flO le rôle capital paraît dévolu à la nutrition. La rapidité * CONCLUSION ■vec laquelle on rapprend montre que tout n’était pas lerdu. Les cellules ont pu être atrophiées: mais si ;;urs noyaux (considérés en général comme leurs or- anes reproducteurs) donnent naissance à d’autres iellules, les bases de la mémoire sont par là même [îtablies: les cellules-filles ressemblent aux cellules- lières, en vertu de cette tendance de tout organisme à jiaintenir son type et de toute modification acquise à 'evenir une modification transmise; la mémoire n’est lans ce cas qu’une forme de l’hérédité *.

II En résumé, la mémoire est une fonction générale U système nerveux. Elle a pour base la propriété u’ont les éléments de conserver une modification teçue et de former des associations. Ces.associatioi^, ésultat de l’expérience, nous les avons appelées dyna- .liques, pour les distinguer des associations natürëTle's U anatomiques. La conservation est assurée par lanu- •ition, qui fixe sans cesse parce qu’elle renouvelle sans jîsse. La puissance reproductive nous a paru dépendre irtout de la circulation.

Conserver et reproduire: tout l’essentiel de la mé- loire est ainsi rattaché aux conditions fondamentales e la vie. Le reste — conscience, localisation exacte es souvenirs dans le passé — n’est qu’un perfection- ement. La mémoire psychique n’est que la forme la lus haute et la plus complexe de la mémoire. S’y 1. Pour plus de détails sur ce point, voir dans le Brain Par- île cité plus haut.

LES MALADIES DE LA MÉMOIRE confiner, comme la plupart des psychologues, c’est se condamner d’avance à ne tourmenter que des abstrac¬ tions.

Ces préliminaires établis, nous avons classé et dé¬ crit les maladies de la mémoire; et, comme une ob- servation bien faite vaut toujours mieux qu une des¬ cription générale, comme elle est plus instructive et plus suggestive, nous avons donné de chaque type morbide quelques exemples clairs et authentiques.

Après avoir traversé une masse de faits qui paraîtra encombrante à plus d’un lecteur, nous avons recherché les résultats généraux qui en ressortent: D’abord la nécessité de résoudre la mémoire en c?es mémoires dont l’indépendance est nettement établie par les cas morbides.

Nous avons montré ensuite que la destruction de la' mémoire suit une loi. Négligeant les désordres secon- daires, à courte durée, peu instructifs pour ceux qui onl une évolution normale, nous avons constaté ce qui suit; Dans le cas de dissolution générale de la mémoire, la perte des souvenirs suit une marche invariable les faits récents, les idées en général, les sentiments, les actes.

Dans le cas de dissolution partielle le mieux conni (l’oubli des signes), la perte des souvenirs suit um marche invariable: les noms propres, les noms com¬ muns, les adjectifs et les verbes, les interjections, les gestes. I Dans les deux cas, la marche est identique. G’es; une régression du plus nouveau au plus ancien, di complexe au simple, du volontaire à rautomatique.); du moins organisé au mieux organisé. [: L’exactitude de cette loi de régression est vérifiée pai CONCLUSION ; cas assez rares où la dissolution progressive de la 5moire est suivie d’une guérison: les souvenirs re- înnent dans l’ordre inverse de leur perte.

Cette loi de régression nous a permis d expliquer réviviscence extraordinaire de certains souvenirs, mme un retour de l’esprit en arrière, à des condi- ms d’existence qui semblaient à jamais disparues. Nous avons rattaché notre loi à ce principe physio- çique: « La dégénérescence frappe d’abord ce qui t le plus récemment formé; » et à ce principe psy- ologique: « Le complexe disparaît avant le simple, irce qu’il a été moins souvent répété dans 1 expé-* i;nce. » Enfin notre étude pathologique nous a conduit à :tte conclusion générale: La mémoire consiste en un •ocessus d’organisation à degrés variables compris lire deux limites extrêmes, l’état nouveau, l’enrc- strement organique.

TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE PREMIER La mémoire comme fait biologique.

,a mémoire est essenticllemeut un lait biologique, accidentel¬ lement un fait psychique, -j- De ja mémoire organique. — Siège de la mémoire. — Modifications des éléments nerveux; associations dynamiques entre ces éléments. De la mémoire conscience. — Conditions de la conscience: intensité, durée.

Cérébration inconsciente. — L’action nerveuse est la con¬ dition fondamentale de l’événement; la conscience n’est qu’un accessoire, -v De la localisation dans le passé ou « reconnais¬ sance ». — Mécanisme de cette opération. — Ce n’est pas un acte simple et instantané; il consiste dans l’adjonction d’états ■ de conscience secondaires à l’état de conscience principal. — La mémoire est une vision dans le temps. — Localisation 1 théorique et pratique. — Points de repère. — Ressemblance • et différence entre la localisation dans l’avenir et dans le passé. — Que toute mémoire est une illusion. — L’oubli, con¬ dition de la mémoire. — Retour au point de départ; la mé¬ moire consciente redevient peu à peu à l’automatisme. 1 CHAPITRE II Les amnésies générales.

Classification des maladies de la mémoire. -/-jAmnésies tempo- s raires. — Les épileptiques. — Oubli de cmaines périodes de TABLE DES MATIÈRES la vie. — Exemples de rééducation. — Retours lents et retours brusques. — Cas de mémoire provisoire. -4jAmnésies périr>- ues ou intermittentes. — Formation de deux mémoires totalement ou partiellement distinctes. — Cas de Macnish, .90 d’Azam, de Dufay, des hypnotisés. -j-lAmnésies progressivp.a. — Leur importance; elles nous révèlent la loi qui gouverne la destruction de la mémoire. — Loi de régression; énoncé de cette loi. — Dans quel ordre la mémoire se dél'ait. — Contre-éOTe^u'^e: elle se refait dans l’ordre inverse. — Faits à l’appui. -YyAmnésies congénitales. — Mémoire extraordinaire de certains idiots...52 CHAPITRE III Les amnésies partielles.

Réduction de la mémoire à des mémoires. — Raisons anato- ‘miques et physiologiques des mémoires partielles. — Amnésû des nombres, des noms, des figures, etc. — Amnésm dei signes. — Sa nature: c’est une perte de la mémoire motrice. — Examen de cette question. — L’amnésie progressive dei signes vérifie complètement la loi de régression. — Ordre d(; la dissolution; noms propres, noms communs, verbes e adjectifs, interjections et langage des sentiments, gestes. - Rapport entre cette dissolution et l’évolution des langue indo-européennes. — Contre-épreuve: retour des signes dan; Tordre inverse. lOi CHAPITRE IV I CHAPITRE IV I Les exaltations de la mémoire.

Excitations générales. 'Kxcitations partielles. — Retour di souvenirs perdus. — -Retour de langues oubliées. — Réduc tion de ce fait à la loi de régression. — Cas de fausse mé moire. — Exemples et essai d’explication. 131 b Rapports entre la conservation des souvenirs et la nutrition, entre la reproduction des souvenirs et la circulation générale et locale. — Influence de la quantité et de la qualité du sang.

. — Exemples. — La loi de régression rattachée à un principe physiologique et à un principe psychologique. — Résumé. 155 T V FIN DE L.a TADLE DES MATIÈRES.

_ jyy a Y Coulommiers. — Typ. Paul BRODAUD.

anglais.

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La morale dans le drame, l’é¬ popée et le roman. 2“ édit. A. Bertrand.

La psychologie de l’effort.

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La genèse de l’idée du temps. Lombroso.

L’anthropologie criminelle. Tissié.

Les rêves (physiol. et patb.).

B. Conta.

Fondements de la mélhaphys.

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