Vous m'impatîentet...Songez que je fuis dans un trouble qui ne me laiffera rien prévoir « rien prévenir. Comment oferai-je lever les yeux cjcvafnt mon père V S'il s'apperçoic de mon embarj^s & qu'il m'interroge, je ne mentirai pas. Savez^v<>us qu'il ne faut qu'un mot inconfidéré j pour éclairer un homme tel que mon *€>iK:le?-.^ Et mon frerc?.^ Que va-t-il devenir lorfqu'il ne la retrouvera plus?...Monfieur, ne me quittez pas un moment, fi vous ne voulez pas qut tout fe découvre...Mais on vient. Allez.. • Reftez...Non, retirez- vous...Ciel » dans quel état je fuis I >i(IBgsgaas '.m', ■, = 1 'i sssssa S C E N E I V.
CLE COMMANDE U^R, kfaman'utt. Ecile, te voilà feule.,,, Qui l'atnîl 11 vient de fordr.
■ " - - CECILE.
Des chofes déplaifantes » comme c'eft fa cotitume.
L E C O H M A N D E U R. Je ne vqus conçois pas. Vous ne pouvez vous accorde^ un momenti Gela me fâche.II a de Tefprit, des talens, des cosnoiffances, de^mœurs dopt je fais grapd-ca^* Ppint de fortune à^la vérité; mais de la iiaifFance. Je Teflime,^& ]e lui ai confeillé de 'penfer^'toi. - CECILE.
Qu'appellpz-yous penfer i moi.
Pardonnez-moi, Monficur. C'eft mon projet.
COMÉDIE. jf traîtablc; & il vient encore tout-à-rheurc d'en ufer a^cc moî d'une manière indigne & que je ne lui pardonnerai de nva vit*..- Il peue â préfenc courir cane qu*il voudra après la créature donc il s'eft encêcé, je ne m*en foucie plus...On r« lalTe à la fin d'être bon...toûce ma cendrefle s'eft retirée fur toi, ma chère nièce...Si tuvoulois un peu ton bonheur, celui 'de con père & le mien...Vous devex le fuppofcr.
Mais eu ne me demande pas ce qu'il faudroic faire l Vous ne me le laiflerei pas ignorer.
Tu as raifon. Eh bien, il faudroîc te rapprocher de Germeuîf; C'eft un mariage auquel tu penfes bien que con père ne confentjra pas fans la dernière répugnance. Mais je parlerai. Je lèvera» les obfiacles. Si tu veux, j'eii fais mon ^aflTaire...Vous me confeilléz de pénfer à quelqu'un qui ne feroît pas du. choix de mon père r LE C O M M A N D E U R. ^ ^ ^ II n*eft pas pche» Tout cîenc à cela. Mais, je ce l'ai dît, ton Frère ne m'eft plus rien, & eu aura^ touc ce que je lui ddllnois*^ Cécile » cela vaut la peiné A^y réfléchir;.
CECILE..
Moi que je dépouille mon frère?
LE C O NtM AN D E U R. Qu*appellc-tu dépouiller? Je ne vous, dois rien. Ma fortune eft àitioi, 6c:elie mç coûte itPci. pour en difpofer.à montré.
C E G ILE. 'Mon oncle, je n'examinera? point jufqu'où tes parens fonc les maîtres de leur fortune; & s'ils peuvent fans injuftice la cranfçorcer. où il leur pla1t« Je> fais que j^e né pourrais accepcer la votre fans bbntej & c^en eft aflez pour moîl <>'.. m* LE C O MM^A N D E U.R. Ec ta crois, que Saint* Albin en feroic aucanc pour Oifbeur I ^ Je connois mon frère ^ & s'itécoic ici « nous n'aurions cous les deux qu'une voix. -^ ' Monfieur, ne.me preffez pas / je fufs vraie.
CECILE.'; ^ ^ Que c'eft uncinhumariicé ûni^nipleVque d'avoir en Province nouf ne voulons ni q^oo frère ni moi, d'un bien qui de\^oit êtr«^ Ex depuis longtems encre les mains de ceaz à qui lès lois de laod* ture & de la fociécé Tont detUné.
Et bien, vous ne l'aurez ni l'un nifrautre. Je vous abandonnerai tous. Je forcirai d'une maifon où couc va au rebours du fens commun, où rien n'égale Tinfolence des enfans » fi ce n'eft rimbçcillicé du maicre. Je jouirai de U vie, & je ne me courmencerai pas davan* tage pour des ingracs. C E C I L JE-Mon cher oncle, vous.ferez bien.
Mademoifelle, je ne fuis pas dupe de vocre défincéreflement » & vos pecits fecrets ne fonc pas auflî cachés que vous l'imaginez. Mais il fuffîr...& je m'entends.
nmmaÊmÊm SCENE V.
CECILE, LE COMMANDEUR, LE PERE DE FAMILLE, SAINT-ALBIN, Le Père de Famille entre le premier. Son, Fils le fuit. SA INT- ALBIN, violent, difoli^ éperdu ici, & dans toute la Scène.
ELLES n'y font plus...On ne faic ce qu'elles ront^evtnues...' Elles onc difparu. ^ LE COMMANDEUR, ip^t. Bon, mon ordre eft exécuté.
S A I NT - A L B I N. Mon père, érautez la prière de ce fils déferpcré. Réndeziui Sophie. Il eft impofiîbie qu'il vive fans elle. Vous faites le bonheur de couc ce qui vous environne. Vçcre fils fera-c-il le feul que vous ayez rendu malheureux L..
LE COMMANDEUR, h part.. Il a faic diligence.
Je n^ai aucune part à leurabfence. Je vous l'ai déjà dit. Croyez-moi. ( Cela dit y le Père de Famille fe promené lentement, la tête> haiffée ^ ff Vair chagrin ^ & Saitu-Albin sÛcrie en fi tournant.vir s le fond.
Sophie, où êtes-vous >...Qu'êtes-vous devenue?...Ah!...CECILE* à part. Voilà ce que j'avoîs prévu.
Monfieur, laiflez-moi. Je ne me repsns que trop de vous avoif écouté...LE C O M MA N D E U R.. J'ai caufé ta peine * & j'en fbis. affligé.
S A JW X-'AL B IN.. >., Que je fuis malheureux! •.
COMÉDIE. %f SAINT -ALBIN, avec terreur. Que dites-vous de Germeuil?
Je dis...Rien.
Tout me manquerotc en un jour? & le malheur qui me pourfuit* m'iuroit encore ôté mon ami 1 Mo'nfieur, achevez.
Germeuil ce l'aura confié!...Cécile...dis pour moi.
LE PERE DE FAMILLE.avec fiviriii. Cécile * vous vous troublez!
Ma fœur 1 LE PERE DE FAMILLE, avecfMrîtL Monfieur, expliquez-vous, expliquez- vous, vousdis-je, & ceflez de me tourmenter par les foupçons que vous répandez fur tout ce qui m'entoure.
ht Père de Famille fi promené: il eft indigné. Le Commandeur hypocrite parait honteux ^(f fi tait, Cécile a l'air confierné, Saint-Albin a les yeuxfir le Commandeur, & attend avec effroi qu'il s* explique, LE PERE DE FAMILLE, hk Commandeur. Avez-vous réfolu de garder loog-tems ce filence?
LE COMMAND EU R, k fi Nièce. Putfque tu te tais, & qu'il £aut que je parle...( ^ Saint- Albin. ) Ta maicteffeM. eft renfermée.
iGurand Dieu!
J'ai obtenu Tordre. Et Germeuil s'eft chargé du refte.
LEPEREDEFAMILLE* Germeuil!
. ^ CECILE.
Mon frère » il n'en eft rien.
( Il fi renverfifir un fauteuil ^ avec toutes les marques du défifpoir. ) LE PERE DE FAMILLE, aa Commandeur.
Et que vous a fait cette infortunée; pour ajouter à Ton malheur la perte de l'honneur & de la liberté f Quels droits avez vous fut clleî La maifon eft honnête.
( Au Commandeur, ) Barbare « a^pellcx votre indisnc complice. Ycocz (ousies deux.
3» iLE PERE DE FAMIILE; par pitié, arxachez-moi la vie...Sophie!...Mon pçrc * fccotire»^ no<» Sauvei-moi de mon défefpoir.
( Il fi jette entre les ^as itfim pefe^ V Ç entré les bras de foti père ^ & d*ttn ton plaintif & daulourtxuu J Germeoil qui fe die mon ami!
Sur qui compter déformais!.
LE PERE DE FAMIL LE. Qttlieft-il donc I Ecoute», & connoiffez-le...Chargé de votre indignation « k% mé par cet Oncle inhumain. * £h bien ^ S A I N T- A L B I N. J^iIIofs dans mon déferpoir m'alfurer de Sophie, la conduire au bout du monde...Non. jamais h^mme ne fut plus indignement loué...Il vient à moi...Je lui ouvre mon cœur...Je lui confie ma.
{^enfécM. Il me 4i^uade...Il m'arrête; & c'eft pour me trahir, me tvrer » me perdre...Il lui en coûtera la vie.
SCENE Vf.
LE PERE DE FAMILLE, LE COMMANDEUR, CECILE » SAINT-ALBIN,. GERMEUIL.
O CECILE, qui rapperfoit la première ^ court à lui (flui crie, U allez-vous V SAINT- ALBIN, s'avance vers lui,^& lai crie avec fureur.
Traître, où cft-elle? Rends-la moi,& te prépare à défendra ta vie, LE PERE DE fAMlLLE s. courant apr h Saint* Albin.
Mon fils.
Mon frère...Arrêtez...Je me meurs...Elle tombe dans un fauteuils LE COMMANDEUR, au Père de Famille. - y prend-ells intérêt? Qu'en dites vous?.. •" Monfieur, permettez que je refte. -; i Qtie t*a fait Sophie? Que t*ai-je fait pour me trahir? »:>l LE PERE DE FAMILLE* to/^oursà Germcuit. Vous avez coiiHâii une aéUôû o<tieufew co M È jy i:e. « Si mafœur t*e(l chère » fi tu la voulois, étoit-ce par ttnetrafiifoii t|tt*ii te tonvenoic de l'obtenir.^ Homme vil » tu t es trompée Tu ne connois ni Cécile » ni mon père, nî cet oncle cruel qui t'a dégrade, & qui jouit maibtenant de ta cohfufion...Tu ne réponds rien. G E R M E U î L, avec froideur & fermeté. Je vousicoute, & je vois au'onôte ici i'eftinie'en un ntometit, a celui qui a paffé toute fa vie a la mériter. J'attendois autre chofe.
N'ajoutez pas la fauffeté à la perfidie.
le ne fuis ni faux ni perfide.
Mon ami « il n'eft plus teins de diffimuler. J'ai tout avoué.
Que veux-tu dire? Je t'ai promis ma fortune & ma Nièce. Oeft tiotre traité, & il tient.
G£R MEUIL, Mt Commandtwr, Jen'eflime pas affez la fortune pour en vouloir au prix de l'hotH' Dcurs & votre nièce ne doit pas être la récompenfe d'une perfidie^ Voilà votre ordre; il feroit en d'autres mains fi j'en avois fait ufaee* L£ COMMANDEUR, l'arrachant. Ma lettre de cachet! Voyons. Voyons. ^ Sopbîe eft librel Saint-Aibin, apprenez à vous méfier des apparences, & à retH •dire juâjceâun homme d'honneur. Monfieur « je vous falue. Ufiru LE PERE DE FAMILLE, iivec regret. J*ai jugé trop vite. Je l'ai offenfé. j . LE COMMANDEUR, fiapéf ah regarde fa lettré de cachet.
Il m'a joué. LE PERE. DE FAMILLE. V«^us méritez cette humiliation.
r Énquelqu'endroit qu'elle foit, je fauraî la retrouver; j'y cours.Toi, Cécile» vas, chère fœur, c'eft à toi à faire ma paix ave« GermeuîL SCENE VIL LE PERE DE FAMILLE, LE COMMANDEUR, VLECOMMANDEUR. ous avrz entendu?
M LÈPERE DE FAMILLE: Savez*vous où ii va?
Je le fais* Et vous ne l'arrêtez pas I Kon.
£c s*il vient à retrouver cette fille I II ne la retrouvera pas » & puis c'eft une fille bien née, & dani cette circooftance elle fera plus que vous & moi.
Bien imaginé!
/LEPEREDEFAMILLE.
Mon fils n'eft pas dans un moment où la raifon puifle quelque chofe fur lui. LE COMMANDEUR.
Donc il n'a qu'à fe perdre. J'enrage. Et vous êtes un père de fa« imille vous I Et contre qui, s'il vous plaît, faut- il que j'agifTe?
Contre qui? Belle queftion! contre tous. Contre ce Germeofl qui nourrit votre fils dans fon extravagance i qui cherche à faire entrer une créature dans la famille, pour s'en ouvrir la porte i Jui-même, & que je chafTerois de ma maifon. Contre une fille qui devient de jour en jour plus infolente Jjqui me manque à moi* qui vous manquera bientôt à vous, & que j'enfermeroîs dans ua Couvent. Contre un fils qui a perdu tout fenciment d'honneur, qui va nous couvrir de ridicule Se de honte pour la jeune perfonne dont il a la tête tournée. C'eft par où j'aurois commencé: & à votre place « je rougirois qu'un autre s'en fût avîfé le premier...Mais il faudroic de la fermeté * & nous n'en avons point. LEPERE D E F A M I L L E.
Je vous entends. C'eft-à-dire qne je chaflerai de ma maifon un homme que j'y ai reçu au fortir du berceau ^ à qui j'ai fervi de pere« qui s'eft attaché à mes intérêts depuis qu'il fe connoît, qui aura perdu fes plus belles années auprès de moi, qui n'aura plus de refîburce, fi je l'abandonne » & cela « fous prétexte qu'il donne de mauviis cohfeils à mon fils, dont il a défapprouvé les projets^qu'il fert une créature que peut-être il n'a jamais vue, ou plutôt parce qu'il n'a pas voulu être Tinfirument de fa perte.
J'enfermerai ma fille dans un Couvent, je chargerai fa conduite ou fon caractère de foi^pçons défavantageux < je fleiririâ oiQi*mêiiie COMÉDIE. 41 fa réputation, & cela, parce qu'elle aura quelquefois ufé de tépréfailles avec vous.
Je me rendrai odieux à mon fils; j'achèverai d'enflammer fon caraAere « & de le porter à quelque éclat qui le déshonore; & cela s parce qu'il a rencontré une infortunée qui a dts charmes & de la vertu, & que par un mouvement de jeuneffe « qui marque au fond la bonté de fon naturel, il a pris un attachement qui m'afflige.
N'avez- vous pas honte de vos confcits? Vous qui devriez être le proteâeûr de mes enfans auprès de moi« c'eft vous qui les accufez: vous leur cherchez des torts; vous exagérez ceux qu'ils ont, & vous feriez fâché de ne leur en pas trouver.
C'eft un chagrin que j'ai rarement.
Et ces femmes contre lefquelles vous obtenez une lettre de cachet?
Il ne vous reftoit plus que d'en prendre auifi la défenfe. Allez, allez. J'ai tort > il y a des chofes qu'il ne faut pas vouloir vous faire fentir, mon frère. Mais cette affaire me touchoit d aflez près > ce me femble, pour que vous daignalfiez m'en dire un mot* LE COMMANDEUR.. C'eft moi qui ai tort ^ & Vous avez toujours raifon. Non Monfieur > vous ne ferez de moi, ni un père dur & în"' jufte, ni un homme ingrat & malfaifant » & je ne ferai point un défert de ma maîfon, parce qu'il s'y pafle des chofes qui me déplaifent, comme à vous.
Voîlâ qui eft expliqué. Eh bien, confervcz votre chère fille; aimez bien votre cher fils: lailTez en paix les créatures qui le perdent: cela eft trop fage pour qu'on s'y oppofe. Mais pour votre Germeuil, je vous avertis que nous ne pouvons plus loger lui & nnot fous un même toit...11 n'y a point de milieu, il faut qu'il foie hors d'ici aujourd'hui, où que j'en forte demain.
Monfieur » voiis êtes le maître.
Je m*en doutois. Vous feriez enchanté que je m'en âllafft? n'eft^ ce pas 5 mais je reftcrai: oui je rcftcrai y ne fût-ce que pour vous remettre fous le nez vos fottifes, & vous en faire honte. Je fuis curieux de voir ce que tout ceci deviendra.
L E P E R E p E F A -M I L L E. Si c'eft "là ce qui vous arrête * vous allez être fatisfaît. Avant la fin du jour, entendez-vous, Monfieur, avant la iin du jour j'aurai fait un fort à Germeuil, mon fiis ira où Ton devoir Rappelle 5 je fixerai un terme aux incertitudes de m* fiile, & ce que je n'entends pas encore de leur conduite s'écUircira fans doute. Quand à cet inhxti qui n'a pas balancé d'immoler foA.eenchant i F mes vues» elle aura reçu la récompenfe que je dois à fa générofifif^ & elle reprendra le chemin de fa province fous la garde de cette femme qui l'a fauvée de votre pourfuite: j'ai donné mes ordres à Moniteur le Bon, & j'anends fon retour LE COMMANDEUR- Voilà des projets, mais de là à l'exécution.
N'en foyez pas inquiet.
LÉ COMMANDEUR. Voyons ^ voyons j les grandes chofes que vous favez faire* ' Fin du troifieme Aâc, ACTE IV- SCENE PREMI E R E.
T SAINT. ALBIN.
OUT eft éclairci, le traître eft démafqué? c'eft lui qui a emmené Sophie. Malheur à lui « malheur à lui. Il faut qu'il périfle par mes mains. CECILE.
Mon frère...
S A I N T - A LB I N. Lui qu! me doit tout, que j'ai cent fois défendu contre mon oncle; que je me reprochois d'avoir pu foupçonner un inftant...à qui î...CECILE.
Mon frère. •.
SAINT. ALBIN. Le perfide! Elle alloit dans la confiance qu'on la conduifoit ici. Il a abufé du nom de ma fœur, du mien.
Que dites-vous?
Germeuil a pu caufer leur trouble, le voir, en Jouir \ & les arracher Tune à l'autre. Le barbare!
Germeuil n'eft point un barbare, c'eft votre ami.
Mon aiht^ Je l'ai voulu: Il n'a tenu qu'à lui de partager mon fort ^ d'aller lui & moi « vous & Sophie.
Qu'entends-je? Vous lui auriez propofé î...'
COMÉDIE. 4Z Je le défendrai, vous lui rendrez jufiice SAINT- AL B I N. Malheur a toi, s'il ce refte de la tendreiTe..* Je pleure...Ta pleureras bientôt auffi. C E,C l L E. Ingrat « infenfé, qu avez-vous réfolu? Vous ne favez...Sophie...SCENE IL Ce qu'il en a fait? Il l'a dérobée à vos fureurs; il Ta dérobée aux pourfnites de Monfieuc d'Auviléiii Ta conduite ici: elle y eft, elle y eil malgré moi...Courez maintenant lui enfoncer votre épée dans le fein. S A 1 N T - A L B I N..
O Ciel! PuîS'je le croire? Ah, ma fœur j ah, mon ami; je fuis un infenfé. Cécile, Germeuil. Je vous dois tout. Me pardon- . oerez'vous^ Oui, car vous favez aimer aufli...Mais elle aconnit moQ projet: elle pleure î ellefe défefpere > elle me hait. Ma fœur il faut que je la voie.
De la voit un moment.
Y penfez-vous?
Il le veut, & lui réiifte-t on?
Et mon père • & mon oncle?
Arrêtez...Germeuil...J'y vais.
Quelle peine! Quel embarras!
S A I N T - A L B I N- Je vais la revoit!...Je l'entends...Elle approche, Je tremble...Je fri(ronne...Il femble que mon cœur veuille s'échapper...Jen'oferai la regarder, je ne pourrai lui parler.
G. ER MEUILy rentrant, a MadcmoifcUe Clairet.
Sur- tout ne perdez pas lonçle de vue..
SAINT -ALBIN, CECILE. GERMEUIL, SOPHIE.
S A I N T - A L B l N. Je vous recouvre, ma Sophie...O Ciel I Quelle fcvétîté?...Nc ms refufez pas ud regard. Dites un mot à cet infortuné.
Le méritez- vous I Demandez- leur.
Qu'eft'ce qu on m'apprendra' î N'en fai-je pas affcz? Où fois. je? Que fais- je ici î Qui cft-ce qui m y a conduite I Qui m'y retient? Monfieur, qu'avez- vous réfolu de moi?
S A 1 N T- A L B I N. De vous aimer > de vous pofféder; d^être à vous malgré toute la terre, malgré vous. SOPHIE.
Vous me montrez bien le mépris qu'on fait des malheureux. On les compte pour rien. On fe croit tout permis avec eux. Mais j Monfieur, j'ai des parens auflî; Ne refpérez pas. Ils font pauvres, mais ils ont de ilionneuc K4on(ieur, rendez-moi à mes parens» rendez-moi à moi-même j renvoyez moi.
Demandez-moi plutôt ma vie.
Faut-il tomber à vos genoux? M'y voilâ.
.^ SOPHIE. Vous êtes fans pîtîé. Oui, vous êtes fans pitié. Vil ravifieur, que vous ai-ie faîtî Quel droit avez- vous fur moiî Je veux m'en aller. Qui eft-ce qui ofera m'arrêter? Vous m'aimez, vous m'avez aimée.^.. Vous?...< Qu'ils le difent.
SOPHIE., Vous avez réfolu ma pçrw 5 oui vous l'avez léfoluc & VOUS Tachevcrex. Ah, Scrgi î.
COMÉDIE. ' 4Y SAINT. ALBIN. Vous détournez vos yeux de moi...Ah j'aj mérité la mort* Malr heureux, ou ai- je ofé \ Qu'aî-jc fait?
SOPHIE- Pauvre Sophie, à quoi le Ciel t'a-t^l réfervée? La mîfeie m*arrache d*enire les bras d'une mère. J'arrive ici avec un de mes frères. Nous y venons chercher des fecours & nous n'y rencontrons que le mépris & la dureté. Parce que nous fommes pauvres, oa nous méconnoic. Mon frère me laifle; je refte feule > une bonne femme voit ma jeunefTe & prend pitié de mon abandon. Mais une étoile qui veut que je fois malheureufe, conduit cet homme- là fur mes pas, & Tattache à ma perte. J'aurai beau pleurer \ ils veulent me perdre, & ils me perdront. Et'pourquoi cet oncle me pourfuit* jl ^ufli t Eftce moi qpî ai appelle fon neveu 1 Le voilà > qu'il parle, quil s'accufe lui-même. Homme trompeur» homme ennemi de mon repos, parlez* Mon cœur eft innocenr* Qui s*en feroFt méfié? Il paroiflbit (i tendre » fi bon. Je le croyo!$ doux.
Sophie, pardonnez-moi.
Que je vous pardonne?
Sophie...Non, non, }e ne vous aîmc plus. Je ne vous çftîme plus, non, noiu # Que vaîsje devenir? Ma Sœur, Germeuil, vous connoiflez tout ce que j'ai fouffcrt, c'eft à vous d obtéhir ma grâce.
CECILE, s* approchant, Mademoifelle...Il vous adore.
Eh bien, qu'il me le prouve. Qu'il me défende contre fon Oncle; qu'il me rende à mcsparens; qu'il me renvoie, & je lui pardonne.
s C E N E I V.
SAINT- ALBIN, CECILE, GERMEUIL, SOPHIE.
Mlle. CLAIRET.
M. Mlle. CLAIRET.
Ademoirelle, on vient; c'eft Moniîeur votre père.
Ah, Sophie, cachçi-Youf.
Sophie s en y a avec Mlle. Clairet.
^ LE PERE J>E famille; SCENE V.
SAINT-ALBIN, CECILE, GERMEUIL* LEP. DE FAMILLE.
JLE PERE DE FAMILLE. E ¥ous cherchoîs...Mais à votre trouble « je juge que vous ne me fbubaitîez pas...lis ne me répondent point...Qui m'eût dit qu'un jour ma préfence les importuneroit i...Où eft le tems où favois toute leur confiance ».& od ils venoient dépoferdans mon fein leurs plaiïïrs & leurs peines ^ Maintenant, froids, immobiles & muets, lis gardent un (ilence qui les accufe...Mon fils s'éloigne...Celui que î*appellois mon ami n'ofe m'approcher. Ma fille baifTe la vue & craint mon regard. Je n'ai plus d'amis, plus 'd'enfans...Je fuis feul.^ Saint- Albin, rends-moi mon fils, rends-moi le...Cécile...Germeuil...CVA en vain que \t leur tends les bras...Je ne puis fupporter cet accueil...Retirez- vous...Retirez-vous, vous dis-je...Ils s'en vont, ils me laiflent...Attendez, je ne vous arrêterai pas long'tems, je me hâterai de vous inflruire de mes volontés, & de tendre, par mon abfence, la liberté dont je vous prive» SCENE VI.
LesPrécédeks. LE COMMANDEUR. Mr. LE BON.
M LE PERE DE FAMILLE,flx« Commandeur. On frère, dans un moment, je fuis à vous.
LE COMMANDEUR- C'eilà'dire, que vous ne voulez pas de moi dans celui-ci i Serviteur. I^ ^'en va: LE PÈRE DE FAMILLE. Allez m*actendre chez moi. Monfitur U Bon s*cn va* Saint- Albin, il eft tems que vous alliez où le devoir & l'honneur vous appellent. Demain tout fera prêt. pour votre départ.
^AINT-ALBIN. Mon père...Point de réplique. C'eft Tordre de vos fupérieurs & le mien.
Saint' Albin s'en va.
Germeuil il eft temsdereconnoître les fervices que vous m'avez rendu & d'acquitter ce que je dois à la mémoire d'un ami qui m'a fait ce que je fuis. fQue fous huit jours au plus tard je fâche le parti que vous voudrez prendre. Cécile, fl vous perfiftez un mois encore dans vos vues, je ne m'y oppoferai plus. J'enavois d'autres» mais il n'y faut plus penfer. Je difois en les regardant tous les deux...voilà celui qui fera le bonheur de ma fille: elle (élèvera la famille de mon ami. CECILE.
Qtt'ai-je entendu.
COMÉDIE.
SCENE V I L CECILE, GERMEUIL, LE PERE DE FAMILLE, M- LE BON.
MMonfieur LE BON. Onficur la chofc cft prcfféc. LE PERE DE FAMILLE, i M. /eB«i.
Je vous fuis. ( à Cécile & a Germeuil. ) Je VOUS laiffe. Aile» retrouver Saint- Albin & foyez contens. ( à part. ) it percerai leur complot odieux. // s'en va.
SCENE VII L CECILE, GERMEUIL, Mademoifelk CLAIRET.
Mademoifelle CLAIRET. U^ Cette femme...GERMEUIL.
Mlle. CLAIRET. NdT^OYi Cette Bonne de Sophie...Qu'a-t-clie faîtl Madefnoîfelle CLAIRET. Elle venoit ici, mandée par Motifieur le Bon. Elle apperçoit Defchamps à la porte, elle le reconnoit. Il veut Tempêcher d'entrer: il fe fait du bruit, votre oncle accourt ^.s'empare de l'un 8ç de Tautre > & je viens vous en avertir.
GERMEUIL Mais les voici « je crois.
C E C I L E.
Ce font eux.
Allons {h Mademoifelle Clairet,) Vous Madcmoîfcllc, reftez & tâchez de favoir ce qui fe paflera.
SCENE IX.
LE COMMANDEUR, Madame HEBERT, DESCHAMPS; Mademoifelle CLAIRET, h t écart. LE COMMANDEUR, à Defchamps.
Achevé de t'expUquer, coquin, ou j'envoie chercher quelqu'un qpi t'apprendra ce que Ion gagne à fe prêter à de pareils forfaits.
Madame HEBERT. Oui, Monfieur; c'eft lui qui accompagnoît le méchant, qui ïne l'a ravie; je les ai fuîvis le plus loin que j'ai pu * je rcconnois bien celui-ci. D b S C H,A M P S.
Monfiçur j ne me perdez pas.
À LE PERE DE famille; Madame HEBERT. MoDfieur eft bon. Il ne vous perdra pas, mais ne lui cachez rleo» il c'eft ma nièce qui Ta reçue.
desghamps.
Oui 9 MonJieur.
Et l'autre qui étoit dedans, s'eft Germeuil?
DESGHAMPS. j Oui, Monfieur.
LE GOMMA NDEUR. Oh pour le coup je les tiens.
Madame HEBERT. Monfieur « quand ils l'ont emmenée, elle me tendoit les bras & elle me difoit adieu, je ne vous reverrai plus. Monfieur, que je lui parle • que je la confolc.
Cela ne fe peut...Quelle découverte!
Madame HEBERT. Que dirai- je à ceux qui nie 4'ont confiée ^ quand ils me la redemanderont? Ou on me la rende ou qu'on m'enferme avec elle* . • Cela fe fera, je Tefpere > maïs pour le moment difparoîflTez. Si Ton vous voit, je ne réponds de rien. Allez dans nion appartement...£t toi, coquin; fuis cette femme chez moi...Demcures-y, & fonge que fî Ton t'apperçoit > & que l'on fâche qu elle m'a parle, c'eft fait de toi.
S C E N E X.
S C E N E X.
LLE COMMANDEUR,M A.MaîtrefTe du frère dans rappartement de la fœur, à coté de toi, d'Auvilé, & tu ne l'as pas deviné! Je me doutois bien que les valets étoient mêlés là dedans. C'eft qu'il ne faut rien négliger; fl y a toujours à apprendre où l'on fait du bruit. Voilà la maifon livrée au défordre, des enfans perdus, & Un père bien avancé...Mais pourquoi m'cffaroucher, comme je fais? Quoi! trois ot| Quatre cervdles folles triompheroient de ma prudence! De par le diable qui les mené tous, cela ne fera pas. Voyons, que nous rel^et-il à faire: Elle ert icr. Ils ont mon ordre. Mais il n'en exifte pas moins, & je faurai bien trouver le moyen de le faire mettre à exécution. Éloignons ie père, fervons ces enfans ingrats, malgré qu'ils en aient, fauvons-lcs s'il fe peut du ridicule & du d^sh^^nneur; ce doit être mon ouvrage > puifqu'il ne refte qu^<naoi 4f fenfé dans la familîe.. ' -.
Fia du quatrième A^e.
ACTE CO M É^D JE.
ACTE V.
S CEN E P REM lE RE.
LE PERE DE FAMILLE, GERMEUIL, Mr. LE BON.
OLE PERE DE FAMILLE, ii^it^ h GtmuuiL ui, c*eft vous qui égarez mçs enfans. C'cft vous qui ave^ cm-' mené la MaitreiTe de votre ami. Jufques à quand avexvouiE r efolu de voui îouer d'eux »tle mon frère > & de moi \ Connotflez tout rincérêc que je prens à cette infortunée & tremblez de mettre ma patience à uoïc plus longue épreuve. Qu'elle fe trouve, vous dis-)e; je ne vous accorde qu'un inftanc pour me la rendre, & me répondre & duUieu où vous l'avez celée & du l<émps qu'tlle y z viSé. Si vous balancez encore à me fatisfaire, jugez i mûn trouble ce que vous aurez à redouter de mon indignation.
Monfieur le Bon> délivrez-moi de ces importuns qui m'obfedent. Je ne veux ni fortir, ni recevoir perfonne aujourd hùf { & qu'on œ'avertifle quand mon frère fera rentré.
S C E N E I 1.
"I^Égare fes enfans! Voilà la récompenfe de ta vertu « & le fuccês ^des vues les plus hotinêtes. Prudence vaine & trompeufe, de quoi m'auras- tu fiprvi?
SCENE I IL Ec votre père me la redemande » & né me hlilè xja*iin hifhmt Qour la lui rendre. Sommes-nous aflez o^albeureux I CECILE.?, O Dieu! Ah, Germeuil: pourquoi Vôiis âi-|è cru. Que n*é-Coucois-je mon preflentiment?
• Vofez mon défei^oir » & m'épargnes le repTtK^he.^. Mâde^tiîle, je ne pufs plur rien pour votrcfircte, & deft à vous qu'il faut fonger. J'achève ma ruine, ou je vous tire des embaMauctUtl^ dd je vous ai jetée.
Quel eft votre deflein?
Voilà votre frerc. Arrêtez-le i fur- tout gardez-vous de l'alarmer.
G eo LE PERE D EF4 M I lie; SCENE IV.
Venez, mon frerc..
Dans un même jour, maudit d'un père, pourfufvi par un oncle!
abandonné de cequc j'aime...Je la croyois perdue: & sru moment où je la retrouve, il veut accepter le deshonneur, ou s'en arra- . cher...Ah, Cécile, je m'en vais donc loin de toi, loin d'elle; & où la laiffai^je?...Je ne la, reverrai plus! Je ne la reverrai plus4 "Où eftril cec ami v" Jç voudrois auHi l'embraffen CÉCILE.
Hélas! je oe fais où il eft allé..
CECILE, Je plains fon fort. Je, plains Je. vôtre...,...
^S,A,I N T r A L.B IN. Je vous la recommande à toui deux \ parfes charmes, fa fcunefle, fon innocence, fa mif^reîSc fon mall;içur que j'ai faits I...Ma fœurn'oubliez pas que les atyles font facrés« Je fuîi fûiis rautorûé d'un pefe; Vous contîOîflfe* les 'droits de l'infortune. ^'..
Je crains tout de mon oncTe. De quels dangers nous fommes cnvironncs.fî - S A l-^N T I À L Ë'LN; ^"^ Cécile, je le foiw, vpps mç prépc^rez aii conible du malheur*.. Ah! s'il faut ^iiie je meure, finiflèz du mc^ins tnon fl4>pli<;e d'un feul coup...,•'' *.
CECILE, SAINT-ALBIN; Mr. LE BON, Mlle. CLAIRET.
Mlle. CLAIRET..\...Mademoîfelle, votre oiicle'ift rentré, & nous fommes tous en alarmes. SAINT-ALBl iN-.:- ' COMÉDIE. n S C E N E V L CECILE, Mlle. CLAIRET, VMlIc. CLAIRET, Oicî Monfieur votre oncle.
Mon frcrei.. Que va-t-il fttre?...O mon père, que vous répondraf'jel Comment foutcnir la préfenee de mon oncle? Mes genoux fe dérobent fous n>oi. AiTeyons-nous. Fatfons quelque chofe qui me difpenfe dtf le regarder.
S C E N E VII.
CECILE. LE COMMANDEUR.
JLE COMMANDEUR, h MudcmoiftlU Clairet. E t'y prendrai...Ma niçce, tu as là une femine de chambre bien alerte. On ne fauroît faire un pas fans l'avoir fur Cç^ talpns^M Mâi$ comme te voilà râveufe 8t delaiffee.
CECILE* Il eft vrai...que...Ah!
La voix & Us mains te tremblent?...C*dl une cruelle chofc que le.trouble. Ton frère n'en a plus tant à préferu:'ii prend, ce me femble, affez doucement fon départ. Voili coTnme ils font tous. D'abord ^ c'eft un dérefpnir à *f e noyer, à fe pendre; tournez la main, pîft « il n'y paroit plus. Je me trompe fort, oh < il n'en, feroit pas de même de toi: fi ton cœur fe prend une fois /cela durera* LECOMMAND EUR, Ton ouvrage va mat?
Fort mal.
Comment Germeuil & ton frcre font ils maintenant? Affez b'en je croîl. Cela s'eft apparemment éclairci^ToiUt sîéclaircic à la fin ^ & puis on eft fi honteux de s'être mal conduit.^ Tm ne Ois pas cela M coi qui as toujours été 6 réferyée, fi citcon^eâe.
Tu n'entends rien...C'eft un étrange mortel que ton jaîrttaii*' jours affairé faqs favoir dé* qtipîi toujours regàrdaot, & ne vo^rant rien. Mais revenons à l'ami Germeuil. Je n'ai pas cha0gé d'avis fur fon comgtt a^ mains.
Je le crois..,.; LE COMMANDEUR. ': Ni toi nos plus ^ yeft<-Ge pas f Je lui découvre tous les jours SI LE PEJKE DE FAMILLE, quelque qualité ^ & je ne Tai jamais fi bien connu. C efi ungarçoa furprcnanc...mais tu es bien preffée.
Mon père urde ireviçnir j & j'en fuis inquiète.
SCENE V I I L ÎLE COMMANDEUR, fiul. Nquietel je te coofeille de l'être, tu ne fais pas ce qui t*attend.-Il eât pourtant été bien à fouhaiter que Ton père fe fât éloigoé^ d'ici: mais j'ai eu beau lui fufciter des affaires au dehors, il écoit die qu'il refieroit cloué chez lui. Voirons donc à nous retourner; niomrons-luî tout le défordre de Tes enfans; St s'il h'eft paspoflible de l'entraîner dans le feul parti fenfé qu'il reftojc, ôtons-loi du moins le pouvoir de s'y oppofer.
SCENE IX LE COMMANDEUR, LE PERE DE FAMILLE.
^ LEPERE. DEFAMiLLE.
JEliH bien, mon frère, que peut*il vous refter à m'apprendre?