de plus elles ont chafcunevne fente, N OP, qui eft fi longue & fi large, que la reigle K L M pafiant par dedans peut fe mouuoir ça & la fur les pôles 1,2, tout autant qu’il eft befoin pour tracer entre ces deux planches vne partie d’vne hyperbole, de la grandeur du diamètre des verres qu’on veut tailler. Et cette reigle eft aufly pafice au trauers du roulleau Q.R, en telle façon, que le faifant mouuoir auec (oy, furies pôles 1, 2, il demeure néantmoins toufiours enferme entre les deusplanchesCG, E F, & parallèle a faifiieu 1 2. Enfin Y<î7,& Z 8 9, font les outils qui doiuentferuir a tailler en hyperbole tel cors qu'on voudra, & leurs manches Z font de telle efpaifleur que leurs fuperfîcies qui font toutes plates touchent exa&ement de part & d’autre celles des deux planches C G, EF, fans qu’ils laiflent pour cela degliffer entre deux, a caufe qu’elles font fort polies. Et ils ont chafcunvn trou rond, y, y, dans lequel l’vn des bouts du roulleau QR eft tellement enfermé, que ce roulleau peut bien fe tourner autour de la ligne droite y y, qui eft comme fon ailfieu,fans les faire tourner auec foy, a caufe T que 14-6 LaDioptriqjie que leurs fuperficies plates eftant engagées entre les planches les en empcfchent i mais qu’en quelque autre façon qu’il fe meuuc il les contraint de fe mouuoir aufly auec luy. Et de tout cecy >1 cft manifefte que pendant que la reigle K L M eft pouflce d’N vers O & d’O vers P,oudePversO&d’0 vers N, faifant mouuoir auec foy le roulleau QR, elle fait mouuoir par mefme moyen ces outils Y 6 Z 8 9, en telle façon que lemouuement ' particulier de chafcune de leurs parties defcrit cxaCtemct la mefme hyperbole que fait l’ interfeCtion des deux lignes $ 4, & f dont Pvne, a fçauoir 3 4, par fon mouuement defcrit le cône, & l’autre, y p, defcrit le plan qui le couppe. Pour les pointes ou tranchans de ces outils, on les peut faire de diuerfes façons, félon les diuers vfàges aufquels on les veut employer. Et pour donner la figure aux verres conuexes, il me femble qu’il fera bon de fe feruir premièrement de l’outil Y 6 7 & d’en tailler pluficurs lames d’acier prefque femblables a C N O P qui a tantoftefte' deferite. Puis tant par le moyen de ces lames que de l’outil Z 8 9, de creufer vne roue comme d, tout autour (èlen fon efpaifleur abc, en forte que toutes les fedtions qu’on peut imaginer y eftre faites par des plans dans lefqûelsfè trouue et l’aiflieu de cette roue, ayent la figure de l'hyperbole que trace cette machine. Et enfin d’attacher le verre qu’on veut tailler fur vn tour comme l’appliquer contre cette roue d, en telle forte que faifant mouuoir ce tour fur fon aifïîeu bJ^, en tirant la corde //, & cette roue aufly fur le lien, en la tournante verre mis entre deux prene exactement la figure qu’on luy doit donner.
Or Discours Dixiesme.
Or touchant la façon de fe feruir de l’outil Y 6 7, il eft a remarquer qu’on ne doit tailler que la moitié des lames en op a vne fois, par exemple que celle qui eft entre les poins n & 0. Et a*cët effet il faut mettre vne barre en la machine vers P, qui empefehe que la rcigle KLM eftant meuë d’N vers O ne fc puifle auancer vers- P qu’autant qu’il faut, pour faire que la ligne 5 4 qui marque le milieu de fon cfpaifTeur paruiene' iufques au plan 1 2 G O C qu’on imagine coupper les planches a angles. droits. Et le fer de ce'c outil Y 6 7 doit eftre de telle figure, que toutes les parties de fon tranchaut (oient en ce mefme plan, lors que la ligne 5 4 s’y trouuC; & qu il n en ait point d’autres ailleurs qui s’auancent au delà vers le cofte'marqucP, mais que tout le fallu de fon cfpaiffeur fe iette vers N. Au refte on le peut faire fi moufle ou fi T 2 aySu> 148 La Dioptriqjie aygu, & tant ou fî peu incline, & de telle longueur qu’on voudra, félon qu’on le iugera plus a propos. Puis ayant forge les lames c no p, & leur ayant donné aueé la lime la figure la plus approchâte qu’on aura pu de celle qu’elles doiuêt auoir, il les faut appliquer & prefTer contre cet outilK67,&faifantmouuoirIareigle KLM, d’N vers O, & réciproquement d’O vers N, on taillera l’vne de leurs moitiés. Puis afin de pouuoir rendre l’autre toute femblable, il doit y auoir vue barre ou autre telle choie qui empefehe quelles ne puiflent eftre auance'es vers cét outil, au delà du lieu où elles fe trouuent lors que leur moiticfN Oeft acheuée de tailler:& lors les en ayant vn peu reculées, il faut changer le fer de ce't outil Y 6 7 & Cn mettre vn autre en fa place dont le tranchant foit exactement dans le mefmc plan, & de mefme forme, & autant auanecque le precedent, mais qui ait tout le fallu de fon efpaiflcur ietté vers P, enfbrtequefïonappliquoit ces deux fers de plat l’vn contre l’autre, leurs deux trauchans femblaffent n’en faire qu’vn. Puis ayant transféré vers N la barre qu’on auoit mife auparauant vers P pour empefeher le mouuement de la reigle K L M, il faut faire mouuoir cette rcigle d’O vers P &de P vers O, iuf. ques a ce que les lames cnop foient autant auancées vers l’outil Y 6 7, qu'auparauant, & cela eftant elles feront acheuées de tailler.
Pour la roué qui doit eftre de quelque matière fort dure, apres luy auoir donné aucc la lime la figure la plus approchante de celle quelle doit auoir, qu'on aura pû,ii fera fort ayfe' de l’acheuer, premièrement auec les lames cno/>,pourvù qu’elles ayent efté au commencement fî bien DiscoursDixiesme. 14P bien forgées que la trampe ne leur ait rien ofté depuis de leur figure, & qu’on les applique fur cette roue en telle lorte que leur tranchant nop & fon aifficu e e foieut en vn raefme plan; & enfin qu’il y ait vn relTort ou contrepois qui les prefle contre elle, pendant qu'on la fait tourner fur fon aidieu. Puis auffyauec l'outil Z 89,. dont le fer doit eftre efgalementtallué des deus collés, &auec cela il peut auoir telle figure quafi qu’on voudra, pourvil que toutes les parties de fon tranchant 8 9 foient dans vn plan qui couppe les fuperficies des planches C G E F a angles drois. Et pour s'en feruir on doit faire mouuoir la reigle K. L M furies pôles 1, a, en forte qu'elle pafie tout de fuite de P iufques a N, puis réciproquement d'N iu£ ques a P, pendant qu'on fait tourner la roue fur fon aiffieu. Au moyen de quoy le tranchant de cét outil oftera toutes les inefgahtés, qui fe trouueront d'vn coftc a l'autre en l’efpaifleur de cette rouë^ & fa pointe toutes celles qui fe trouueront de haut en bas. Car il doit auoir vn tranchant &vne pointe. __ Apprés que cette roue aura ainfi acquis toute la perfection qu'elle peut auoir, le verre pourra facilement eftre taillépar les deus diuers mouuemens d’elle & du tour, fur lequel il doit eftre attaché, pourvû feulement qu’il y ait quelque reffort, ou autre inuention, qui làns empefeher le mouuement que le tour luy donne, le prêt fe toufiours contre la roue, &que le bas de cette rouo foittoufiours plongé dans vn vafequi contiene le grés, ou l’emeri, ou le tripoli, ou la potée, ou autre telle matière, dontileft befoinde fe foruir pour tailler & polir le verre.
T 5 Et K i5o La Dioptrique Et a l'exemple de cccy vous pouue'safi’és entendre en quelle forte on doit donner la figure aux verres concaues,afçauoir en faifant premièrement des lames comme C7iop auecl’outil Z 8 9. puis taillant vne roue tant auec ces lames qu’auec l’outil Y 67,8c tout le refte en la façon qui vient d'eftre expliquée. Seulement faut il obferuerquela roue dont on fe fert pour les conuexes peut eft rc au fly grande qu’on la voudra faire, mais que celle dont on fe fert pour les concaues doit eftre fi petite que lors que foncentre eft visa visdcla ligne s j, de la machine qu’on employé a la tailler, fa circonférence ne paffe point audefius de la ligne 12, de la mefine machine. Et on doit faire mouuoir cetre roue beaucoup plus vifte, que le tour, pour polir ces verres concaues; au lieu qu’il eft mieux pour les conuexes de faire mouuoir le tour plus promtementj dontlaraifon eft quelemouuemcnt du tour vfc beaucoup plus les extrémités du verre, que le milieu, & qu’au contraire celuy delà roue les vfc moins. Pourl’vtilitédecesdiuers mouuemens elle eft fort manifefte, car poiifiant les verres auec la main dans vne forme, tn la façon qui feule a efté en vlâge iufqucs a pre/ènt, illèroit impoftible de rien faire de bien que par hafard, encore que les formes fuflfent toutes parfaites; & les poiifiant auec le fèulmouuement du tour fur vn modelle, tous les petits defauts de ce raodelle marqueroient des cercles entiers fur le verre.
le n’adioufte pas icy les demonftrations de plufieurs chofes qui appartienêt a la Geometrie, car ceux qui font vn peu verfés en cette fciencc, les pourront afics entendred’euxmefmes, &iemc perfuade que les autres fe- Discours Di xiesme. ijr ront plus ayfes de m’en croire, que d’auoir la peine de les lire. Aurefte, affinque tout fe face par ordre, ie voudrois premièrement qu’on s’exercait a polir des verres, plats d’vn coftc', & couucxes de l'autre, qui enflent la figure d’vne hyperbole dont les poins bruflans fuffent a deux ou trois pieds l’un de l'autre: car cette longe ur eft fuffifante pour vne lunete, qui ferne a voir alfes parfaittement les objets inaccefiSbles. Puis ic voudrois qu’on fift des verres concaues de diuerfes figures en les creulant toufiours de plus en plus, iufques a ce qu’on euft trouué parexperiencc la iufte figure de celuy, qui rendroit cette lunete la plus parfait te qu’il foit poflible,& la mieux proportionnée a l’œil qui auroit a s'en feruir. Car vous fçaués que ces verres doiuent dire vn peu plus concaues pour ceux qui ont la veuë courte que pour les autres. Or ayant ainfitrouud' ce verre concaue, d'autant que le mefme peut feruir au mefme œil pour toute autre forte de Iunetes, iln’eftplusbefoinpourles Iunetes qui fcruen.ta voir les obiets inacceflîbles, que de s’exercer a faire d’autres verres conuexes qui doiuent eftre pofés plus loin du concaue que le premier, & a en faire aufly par degrés qui doiuent eftre pofds déplus en plus loin,iufquesa la plus grande diftance qu’il (e pourra, & qui loient aufly plus grands a proportion. Mais notes que d’autant que ces verres conuexes doiuent eftre pofes plus loin des concaues, &par confequent aufly de l’œil, d’autant doiuent ils eftre taillés plus exaélement, a caufe que les mefines defauts y détournent les rayons d’autant plus loin de l’en droit où ils doiuent aller. Comme fi le verre La Dioptriqjie verre F détourné le rayon C F autant que le verre E détourné AE, en forte que les an- „Fgles AEG & CF H foientefgaus, ileftmanifefte que C F, allant vers H, s’efloigne bien plusdupointDoùiliroitfans cela, qu'AEne fait du point B, allant vers G. Enfin la dernière & principale cho/e a quoy ic voudrois qu'on s'exercait, c’efta polir les verres conuexes des deux coftéspourleslunetesquifèruenta voir les obiets acceffibles, & que s’eftant premièrement exerce' a en faire de ceux qui rendent ccslunetes fort courtes, a caufè que ce feront les plus ayfés, on tafehaft apre's par degrés a en fairede ceux qui les rendent plus longues, iufques a ce qu’on foit paruenu aus plus longues dont on fe puifTe fèruir. Et affin que la difficulté' que vous pourras trouuer enla conftruéfcion de ces dernieres lunetes ne vous dégoutte, ie vous veux auertirqu’encore que d'abord leur vfàge n’attire pas tant que celuy de ces autres, qui femblent promettre de nous efleuer dans les cieux, & de nous y monftrer fur les aftres des cors aufTy particuliers, & peut eftre, aufTy diuers que ceux qu’on void fur la terre 5 ie les iuge toutesfois beaucoup plus vtiles, a caufe qu’on pourra voir parleur moyen les diuers meflanges & arrengemens des petitesparties dont les animaus & les plantes, & peut eftre aufTy les autres cors qui nousenuironnent, font compofés, & de la tirer beaucoup d’auantage pour venir a la connoiffance de leur nature. Car defia félon l’opinion de plufieurs Pliilofophes, tous ces cors ne font faits que des parties des elemens diuerfement meflc'es enfemble: & félon la miene, toute leur nature & leur Discours Dixiesme, U3 leureflence, au moins’ de ceux qui font inanimé, ne confilte qu’en la grolTeur, la figure, l’arrangement, & les mouucittcns de leurs parties.
Pour la difficulté’ qui le rencontre, lors qu’on voûte ou c*eufif ces verres des deus coïtés, a faire que les lommets des deux hyperboles foient directement oppqfés Tvn a l'autre, on y pourra remedier, en arondiflant furletourleurcirconference'J&Ia rendant exactement efgalc a celle des manches aufquels on les doit attacher pour les polir. Puis lors qu'on les y attache, 8c que le plaftre,ou la poix & le ciment,dont on les y ioint, elt encore frais & flexible, en les faifant palier auec ces manches par vn anneau dans lequel ils n’entrent qu’a peine. le ne vous parle point deplufieurs autres particularités qu’on doit oblèruer en les taillant, ny aulTy de plufieursautreschofesquei’aytantoftdit eltre rcquifes en la conftrudion des lunetes, car il n’y en a aucune que ieiuge fi difficile quelle puifle arrefter les bons efprits. & ie ne me reigle pas fur la portée ordinaire des artifans. mais ie veus elperer que les inuentions que i’ay mifes eu ce Traité feront eltimees aflc’s belles & allés importantes pour obliger quelques vns des plus curieus & des plus indultrieus de noltre fiecle à en entreprendre l’execution., F I N.
DE LA NATVRE DES . | O u s auons naturellement plus d’admiration pour les chofes qui font au deffus de nous que pour celles qui font a pareille hauteur, ou au deffous. Et quoy que les nues n'exccdeut gueres les fommets de quelques montaignes, & qu’on en voye mefme fouuent de plus baffes que les pointes de nos clochers, toutefois a caufe quil faut tourner les yeux vers le ciel pour les regarder, nous les imaginons fi relevées, que mefme les Poètes & les Peintres en compofent le throfne de Dieu, & font que là il employé lès propres mains a ouurir & ferme» les portes des vens, a verfer la rozée fur les fleurs, & a lancer la foudre fur les rochers. Ce qui me fait efperer que fi i’explique icy leur nature, en telle forte, qu’on n’ait plus occafion d’admirer rien de ce qui s’y voit, ou qui en defeent, on croyra facilement qu’il eft poffible en mefme façon de trouuer les caufes de tout ce qu’il y a de plus admirable deffus la terre.
le parleray en ce premier difeours de la nature des cors terreftres en general; affinde pouuoirmieus expli- :W V 3 <lucr jyS Les Meteores.’
quer dans le fuiuant celle des cxhalaifons tz des vapeurs.’ Puis acaufe que ce s vapeurs s’efleuans de l’eau delà mer forment que lqufcfois du felau deflus de fa fuperficie,ie prendraydelàoccafiondem'arefter vn peu à le défaire, & d’eflayer en luy fi on peut connoiftre les formes de ces cors que les Philofophes difent eftre compofc's de» elemens par vnmellange parfait, aufly bien que celles desMetèores qu'ils difent nen eftre compofc's que par va meflange imparfait. Après cela conduifant les vapeurs par l’air, i’examineray d’où vienent les vens; Etlesfai-* finit aflembler en quelques endroits, ie deferiray la nature des nues: Et faifant difloudre ces nues, ie dirayee qui caufe la pluie, la grefle, & la neige; où ie n'oublieray pas celle dont les parties ont la figure de petites eftoiles a fix pointes très parfaitement co'mpaflces, & qui, bienqu’elle n'ait point efte obferuée par les anciens, ne laifle.
pas d’eftrel'vne des plus rares merueilles de la Nature, le n’oublieray pas aufly les tempeftes, le tonnerre, la foudre, & les diuers fais qui s’allument en^’air, ou les lumières qui s’y voyent. Mais fur tout ie tafeheray de bien dépeindre l’arc en ciel, & de rendre railbn de fes couleurSjentellelorte, qu’on puilfe aufly entendre la nature de toutes celles qui fe trouuent en d’autres fuiets. A quoy i’adioufteray la caufe de celles qu’on voit communément dans les nuësj &des cercles qui enuironnent les aftres: Et enfin la caufe des Soleils, ou des Lunes, qui paroiflent quelquefois plufieurs enfcmble.
Ileft vray que la conuoiflance de ces cho/ès,dependant des principes generaus de la Nature, qui n’ont point cncorcefte', queiefçachc, bien expliqués, ilfaudraque Di scour s Premier. ij?
îe me fcrue au commencement de quelques fuppofîtions, ainfi que iay fait en la Dioptrique. mais ic tafc lieray de les rendre fi fimples & fi faciles, que vous ne fercs peuteftre pas difficulté de lescroyre, encore que ie ne les aye point demonftrées. 0 le fuppofe premièrement que l’eau, la terre, l’air, & tous les autres tels cors qui nous enuironnent, font compofésdcpluficurs petites parties de diuerfes figures & grolfeurs, qui ne font iamais fi bien arrenge'es, ni fi iuftement iointes enfemble, qu’il ne relie plufieurs interualles autour d’elles. Et que ces interualles ne font pas guides, mais remplis de cette matière fort fubtilc* par l’entremife de laquelle i’ay dit cy dclîbsqucfccômuniquoitl’aélion de la lumière. Puis en particulier ie fuppofe que les petites parties dont l’eau eftcompolée font longues, vnies, & glilfautes, ainfi que de petites anguilles, qui quoy qu’elles feioignent& s'entrelacent, ne le nouent ny ne s'accrochent iamais pour cela en telle façon qu’elles ne puiffent ay fement dire feparecs. Et au contraire que prefque toutes celles tant de la terre, que mefme de l’air, & de la plus part des autres cors, ont des figures fortirregulicres & inefgales * en forte qu elles ne jÿeuuent eftre fi peu entrelacées, qu’elles ne s’accrochent & lelient les vnes aus autres, ainfi que font les diuerfes branches des arbrilfcaus, qui croifient enfemble dans vnehaye. Et lorsqu’elles fc lient en cette forte, elles compolènt descors durs, comme de la terre, du bois,ou autres femblables. au lieu que fi elles font finalement pofc'esrvne fur l’autre, fans eftre que fort peu ou point, du tout entrelacée Si açqu’èlle^foient auec cela fi peti- - SP’ - tes.
i6o Les Meteores tes, qu’elles puiflent eflre meuës &feparées par l’agita- f •tion de la matière fubtile qui les eouironne. elles doiueut occuper beaucoup d’cfpace, & compofer des cors liquides, fort rares, & fort légers, comme des huiles, ou de lair. ’ De ^lus il faut penfer que la matière fubtile, qui remplift les interuales qui font entre les patries de ces cors, eftde telle nature quelle ne eeffe iamak'de fe monuoir ça & là grandement ville, non point toutefois exactement de mcfmevitelTe, en tous lieus, & en tous tems, mais quelle fe meut communément vn peu plus ville vers la fuperfîcie de la terre, qu’elle ne fait 'âu haut de l’air où fôt Ie.s nues, & plus ville vers les lieus proches de l’Equateur, que vers les Pôles, & au mefmc lieu plus ville l’e 11 équel’hyuer, &le iourque la nuit. Dont la raifen eft euidentc.en fuppolânt que la lumière n'ell autre choie qu’vn certain mouucment, ou vne a&ion, dont les cors lumineus pouffent cette matière fubtile de tous collés autourd’cus en ligne droite, ainli qu’ilaelté ditenlaDioptrique. Car il fuit de là que les rayons du foleil, tant droits, que retiefchis, la doinent agiter d’auantage le iourque la nuit, &l’ellé que l’hyuer, & fous l’Equateur que fous les Pôles, & contre la terre que vers les nues. Puis il faut aufly penlèr que cette matière fubtile ellcompofée dediuerfes parties, qui bienqu’ellcs 4!
foient tontes très petites, le font toutefois beaucoup moins les vnes que les autres, & que les plus groffes, ou pour mieus parler les moins petites, ont toujours le plus de force, ainfiquegcneralement tous les grans cors en ont pluÿque les moindres, quand ils font autant esbranûes.Ce qui fait que moinscette matière ell fubtile, c’ell a dire Discours Premier. > i<?i dire corapofce de parties moins petites, plus elle peut agiter les parties des autres cors. Et cecy fait aufly qu’el-Ieeft ordinairement le moins fubtile aux lieus, &aux tems où elle eft le p]us agitée, comme vers la fuperfîcic de la terre que vers les nues, & fous l’Equateur que fous les Pôles, & en eftd qu'en hyuer, &de iour que de nuit.
Dont la raifôn eft que lès plus grofles de lès parties ayant le plus de force, peuuent le mieux aller vers les lieux, où l'agitation eftant plus grande, il leur eft plus ayfe' de continuer leur mouuement. Toutefois il y en a touliours.quantité' de fort petites qui Ce coulent parmi ces plus grolfes. Et il eft a remarquer que tous les cors terreftres ont bien des pores, par où ces pins petites peuuent’paffer, mais qu’il yen a plufieurs qui les ont fi eftroits, ou tellement difpofés, qu’ils ne recoiuent point les plus grofles; & que ce font ordinairement ceux cy qui fe fentent les plus froids quand on les touche, ou feulement quand on s’en approche. Comme d’autant qhe lesi'mar-4}. bres& les metausfefentcnt plus froids gue le bois, on doit penfer que leurs pores ne recoiuent pasfifacilemêt les parties moins fubtiles de cette matiere; & que les porcs de la glace les recoiuent encore moins facilement que ceux des marbres ou des metaus, d'autant quelle eft encore plus froide. Car ie fuppolè icy que pour le froid & le chaud, iln’eft point bcfoin de conceuoir autre chofe, finon que les petites parties des cors que nous touchons, eftant agitées plusou moins fort que de couftu-: me, foitpar les petites parties de cette matière fubtile, foit par telle autre caulè que ce puiffe eftre, agitent aufiÿ plus ou moins les petits filets de ceux de nos nerfs qui % X fout *. • « iCz Les Meteores.
font les organes de l'attouchement. Et que lorsqu’elles les agitent plus fort que de couftume, cela caufe en nous lefentimentde la chaleur; au lieu que lors' qu’elles les agitent, moins fort, cela caufe le fentiment de la froideur. Et il eft bien ayfc' a comprendre qu’encore que cette matière fubtile, nefeparepas les parties des cors durs, qui font comme des branches entrelacees,en mef- „ me façon quelle fait celles de l’eau, & de tous les autres cors qui font liquides; ellenelaiffc pas de les agiter & faire trembler plus ou moins, félon que fon mouuement eft plus ou moins fort, & que fes parties font plus ou^ moins groffes. Ainfi que le vent peut agiter toutes les branches des arbriffeaus dont vne paliffade eft compofe'e,fanslcsofterpourcclade leurs places. Au refte il faut penferqu'ily a telle proportion entre la forçe de cette matière fubtile, & là rcfiftence des parties des autres cors, que lors qu’elle eft autant agitée, & qu’elle n’eft pas plus fubtile, qu'elle a couftume d’eftre en ces quartiers contrôla terre, ellea la force d’agiter, & de ^ faire mouuoir feparement l’vne de l’autre, & mefme de plier la plus part des petites parties de feauentre lefquellcs elle fe gliffe, & ainfi de la rendrè liquide. Mais que lors quelle n'eft pas plus agitée, ny moins fubtile, qu’elle a couftume d'eftre en ces quartiers au haut de l'air, ou qu’elle y eft quelquefois en hyuer contre la terre, elle na point affés de force pour les plier & agiter en cette façon, ce qui eft caufe qu’elles s’areftèt confufement iointes & pofëes l’vne fur l’autre, & ainfi quelles compofent vn cors dur, a fçauoir de la glace. En forte que vous pouuds imaginer mefme différence entre de l’eau & de •