SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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Mais pour rendre la chofoplus exa&e, il vaudra encore mieux qu’il y foit tenu ferme, par vn ou deux petits reflors en forme de’bras, qui fortent du chaftïs de la lunete. Enfin pour ne manquer point de lujnfore ilfau- Q, j «ira 1 16 La Dioptriqjje dra en regardant cet obiet le tourner tout droit vers le folcil. Comme fi A eft le verre, C la partie intérieure de la matière en la quelle il eft enchafleVD l'exterieure, El’obiet, G le petit bras qui lefouftient, H l’œil, & 1 le foleil, dont les rayons ne vont point en l'œil directement, a caufe de l’interpofition tant de la Iunete que de l’obiet, mais donnans contre le cors blanc, où le miroir D, ils fe reftefehiflent premièrement de là vers E, puis d'E ils le reflelchiflent vers l’œil.

Que fi on veut faire vne Iunete la plus parfaitte qui puifle eftre pourferuir a voir les Aftres ou autres obiets fort efloigncs & inacceffibleSj On la doit compofer de deux verres hyperboliques, l’vn conuexe & l'autre conca-( ue, mis dans les deus bouts d’vn tuyau en la façon que vous voyés icy reprefcntec. Et premièrement abc la fuperficie du verre concaue doit auoir la figure d' vne hyperbole, qui ait fon point brullant a ladiftance a la quelle l’œil, pour lequel on prépare cette lunete, peut voir le plus diftinCtement fes obiets. Comme icy l’œil G eftant dilpoféa voir plus diftindtement les obiets qui font vers H, qu’aucuns autres, H doit eftre le point brullant dç l’hyperbole abc: & pour les vieillars, qui voyent mieux les obiets fort efloigncs, que les proches, cette fuperficie abc doit eftre toute plate; au lieu que pour cepx qui ont la veuë fort courte, elle doit eftre aflës- « Discours Neufiesmb.

1X7 aflVsconcaue. Puis l’autre fuperficie def doit auoir la figure d’vue autre hyperbole, dont le point bruflant I foit eüoigné d’elle de la largeur d’vn pouce, ou enuiron, en forte qu’il fe rencontre verslefonds de l’œil, lors que ce verre cft appliqué tout contre fa fuperficie. Notés toutes fois que ces proportions ne font pas fi abfolument neceflaires, quelles ne puiflent beaucoup eftre chanut La Dioptriqjie changées, en forte que fans tailler autrement la fuperficie a bc pour ceux qui ont la veuë courte, ou longue, que pour les autres, on peut a fies commodément le lèruir d’vne mefme lunete pour toutes fortes d'yeux, en allongeant feulement ou accourciflant le tuyau. Et pour la fuperficie def, peut eftre qu’a caufe de la difficulté qu’on aura a la creulèrtant comme i’ay dit, il fera plus ayfé de lay donner la figure d'vne hyperbole, dont le point bruflant foit vn peu plus efloigné. Ce que l’experience enfeignera mieux que mes raifons. Et ie puis feulement dire en general que les autres choies, eftant efgales,d’autantquecepoint I fera plus proche, d'autant les obiets paroiftront plus grands, à caufe qu’il faudra difpofer l’œil comme s’ils eftoient plus prés de Iuy; & que la vifion, pourra eftre pins forte & plus claire, à caulè que l’autre verre pourra eftre plus grand; mais qu’el!enelèrapaslidiftin<fte,lionle rend par trop proche, à caufe qu’il y aura plufieurs rayons qui tomberont trop obliquement fur fa fuperficie au pris des autres.

Pour la grandeur de ce verre, la portion qui en demeure decouuerte, lors qu’il eftenchalfé dansletuyau KLM, n’abeloind’excederquedefort peu la plus grande ouuerture de la prunelle. Et pour Ion efpailTeur elle ne fçauroit eftre trop petite;car encore qu’en l’augmentant on puifle faire' que l’image des obiets foit vn peu plus grande, a caufe que les rayons qui vienent de diuers poinss’efcartentvnpeu plus du collé’ de l’œil, on fait aufty en reuanche qu’ils paroiftenten moindre quantité & moins clairs. &l’auantage de faire que leurs images «deuienent plus grandes fe peut mieux gaigner par autre. ujî moyen.

Discours Neufiesme; 129 moyen! Quant au verre conuexe NOPQ, là fuperficic N Q P qui eft tournée vers les obiets,doit eftre toute plate; & l’autfé N O P doit auoir la figure d’vne hyperbole, dont le point brufianr 1 tombe exactement ' au mefmelieu queceluy de l’hyperbole def de l’autre verre, & Toit d’autant plus efloigné du point O qu’on veut auoir vnelunete plus parfaitfe. En fuite de quoy la grandeur de fon diamètre N P fe détermine par les deux lignes droites I d N, & I/P, trrces du poiut bruflant I, par d, & /, les extrémités du diamètre du - • verre hyperbolique def, que ie fuppofe^ efgaler celuy de la prunelle. Où toutes fois ilfaut ren^quer qu’encore que le diamètre de ce verre N O P QJoit plus petir, les obiets n'en paroiftront que d'aurant plus diftin<fts; & n’enparoiftront pas moindres pour cela, nyen moindre quantité’, mais feulement moins efclairés. C’cft pourquoy lors qu’ils le font trop, on doit auoir diuers cercles de carton noir, ou autre telle matière, comme 123, pour couurir lès bords, & le rendre par ce moyen le plus petit que la force de la lumière qui viYnb- dçs^obiets pourra permettre. Pour ce qui eft de refpailfeur de ce— verre, elle ne peut de rien profiter, nyaufly de rien nuire, fiuon en tant que le verre n’eftiamais fi pur, & fi net, qu'il n'empefche toufiours le palfage de quelque peu plus de rayons queue fait l’air. Pour le tuyau KLM, il doit eftre de quelque matière aflc’s ferme & folide r afin.

que les deux verres enchaflesen fes deux bouts y retienent toufiours exactement leur mefme fituation. Et il doit eftre tout noir par le dedans, & mefme auoir vn bord de pane ou velours«noir vers M, affin qu’on puifle K en 130 ' La Dioptrique en l'appliquant tout contre l'œil, empefcher qu’il n’y entre aucune lumière que par le verre N OPQ^ Ht pourfàlongueur& là largeur, elles font âflfés déterminées paria diftance & la grandeur des deux verres. Au refte il eft befoin que ce tuyau foit attache' fur quelque machine, comme R S T, par le moyen de laquelle il puifte eftre commodément tourné de tous coftés, & arefté vis a vis des obiets qu’on veut regarder. Ht a ce't effeéfc il doit y auoir aufly vne mire ou deux pinnules, comme V V, fur cette machine. & mefme outre cela, pour ce que d autant que ces lunetes font que les obiefs paroiffent plus grandi, d'autant en peuuent elles moins faire voirachafque rois, il eft befoin, d’en ioindre auec les plus parfaittes quelques autres de moindre force, par Vayde defquelles on puifle, comme par degrés, venir a la connpiflance du lieu, où eft l'obiet que ces plus parfaittes font aperceuoir. Comme fonticyXX,& Y Y, queie fuppqfe tellement aiuftces auec la plus parfaite QL M, que fi on tourne la machine en telle forte, que par exemple la planète de Iupitcr paroifte au trauers des deus pinnules V V, elle paroiftra aufly au trauers de la lunete XX, par la quelle outre Iupiter, on pourraaufly diftinguer ces autres moindres planètes qui l'accompaignentj & fi on fait que quelqu’vne de ces moindrcs*pIanetes fe rencontre iuftement au milieu de cette lunete X X, elle fe vçrra aufly par l'autre Y Y, où paroiflant feule & beaucoup plus grande que par la precedente, on y pourra diftinguer diuerfes régions: & derechef entre ces diuerfes régions, celle du melieu fe verra par la lunete KLM, & on y pourra diftiDguer plufîeurs chofes particu- Discours Nëufiesme.

particulières par Ton moyen; maison ne pourroit fç$-uoir,que ces chofes fuflcnten tel endroit de la telle des planètes qui accompaignent Iupiter, fans l’ayde des deux autres, ny aufly ladifpofêràtaonftrer ce quieft en tout autre endroit détermine' vers lequel on veut regarder.

On pourra encore adioufter vne ou plufieurs autres lunetes plus parfaittes auec ces trois, au moins, fi l’artifice des hommes peut pafler fi auant. Et il n'y a point de différence entre la façon de ces plu s parfaittes, & de celles qui le font moins, linon que leur verre conuexe doit eftre plus grand, & leur point bruflan t plus efloignd. En* forte, que fi la main des ouuriers ne nous manque, nous pourrons par cette inuention voir des obiets,auffy particuliers, &aufly petits,dans les Aftres,qucceux que nous voyons communément fur la terre.

Enfin fi on veut auoir vne luuete qui face voir les obiets proches & accefîibles le plus diftin&ement qtfilfe peut, & beaucoup plus que celle que i’ay taatoft deferite pourmefme effed:, on la doit aufly compofer de deux verres hyperboliques, l'vn coucaue & Üautrc conuexé, enchafles dansles deux bouts. d’vu tuyau, & dont le concaue a b cd efîoi t tout fêmblable a ccluy de la precedente. Comme aufly N O P la fuperficie intérieure ducon-Mais pdur Texte rieure N RP, au lieu quelle uexc.

uexc.

eftoit toute plate, elle doit icy. eftre fort conuexe, & auoir la figure d' vne hyperbole, dont le point brnflant extérieur Zfoit fi proche, que l'obiet y eftant mis, il np refte entre luy & le verre qu’autant d’efpace, qu'il en faut pour donner paflage ala lumière qui doit l'efclairer.

R 2 Eutf Puis le diamètre de ce verre n a pas befoin d'eftre fi grand que pour la lunete precedente, ny ne doit pas voyéscn auffy eftre fi petit que celuy du verre A de l’autre d’auuT* parauant. mais il doit a peu prés eftre tel que la ligne droite N P pafle par le point brufiant intérieur de l’hyperbole N R P: car eftant moindre, il receuroit moins de rayons de 1 obiet Zj & eftant plus grand, il n’en rece-. nroit que fort peu d auantagejen Ibrte qtlfe ion efpaifleur deuant eftre a proportion beaucoup plus augmentée qu auparauant, elle leur ofteroit bien autant de leur force que fa grandeur leur en donnerait, & outre celal'obietaépourroitpas eftre tant ePcIaire". Il fera bon aufly de La Dioptri QJJE.

t f * » Discours Neufiesme. 133 de pofer cette lunete fur quelque machine comme S T, qui la tiene directement tournée vers le foleil. Et il faut enchafler le verre 5IOPR dans le milieu d'vn miroir creux parabolique, comme C C, qui raflemble tous les rayons du foleil au point Z, fur l'obiet, qui doit y eftre fouftenuparlepetitbrasG» qui forte de quelqu’cndroit de ce miroir. Et ce bras doitaufly fouftenir, autour de cét obiet, quelque cors noir &obfcur, comme H H, iufteraent de la grandéur du verre NOPR, afin qu'il empefehe qu'aucuns des rayons du foleil ne tombent directement fur ce verre; car de là entrans dans le tuyau, quelques vns d’eux fepourroient reÜefohir vers l'œil & affoiblird'autâtla viiion, pource qu'encore que ce tuyau doiue eftre tout noir par le dedans, il ne lç peut eftre toutesfois fi parfaitement que fa matière ne caufo toufiours quelque^eu de reflexion, lors que la lumière eft fort viue, ainfi qu’eft celle du foleil. Outre cela ce cors noir H H, doit auoir vu trou an milieu marque Z, qui foit de la grandeur de robiet,afin que fi ce'c obict eft en quelque façon tranfparent, il puifle aufly eftre efdairé partes rayons qui vienent directement du foleil; Ou mefme encore fi befoin eft, par ces rayons ramafle's au point Z pat vn verre bruflanr, comme 1 1, de la grandeur du verre N O P R, en forte qu’il viene de tous coftds autant de lumière fur l’obiet, qu'il en peut fouffrir fans en eftre confumd'. Et il fora ay Ce de couurir vne partie de ce miroir C C, ou de ce verre 1 1, pour empefeher qu’il n’y en puifTe venir trop. Vous voyéS bicnpourquoy i'ay icy tant de foin de faire que l’obict foit fort efclaire/}& qu'il viene beaucoup de fes rayons vers l’œil, car le verre R j NOPR N O P R qui en cette lunete fait l’office de la prunelle, & dans lequel fe croilênt ceux de ces rayons qui vienent dediuers poins, eftant beaucoup plus proche de lobiet que de I’œil.eftcaulè qu’ils s’eftendent fur les extrémités du nerf optique, en vn elpace beaucoup plus grand que n’eft la fuperficie de l’obiet.d’où iis vienent; & vous fçaués qu’ils y doiuent auoir d’autant moins de force, qu'ils • ylontpluseftendus, corne on voit au contraire qu'eftaus raflemblés en vn plus petit efpace par vn miroir ou verre bruflant, ils en ont plus. Et c'eft de là que dépend la longueur de cette lunete, c’elfca dire,Ia diftance qui doit eftre entre l’hyperbole N O P & fon point bruflant. Car d’autant qu’elle eft plus longue, d’autaut l’image de lobiet eft plus eftendue dans le fonds de l’œil, ce qui fait que toutes les petites parties y font plus diftinétes.

Mais cela mefme affoiblift aufly tellement leuç aétion, qu’enfinellenepourroit plus eftre lèntie fi cette lunete eftoit par trop longue. En forte que là plus grande longueur ne peut eftre determince que par l’experience, &. mefm.% elle varie, félon que les obiets peuuent plus ou moinsauoirde lumière, làns en eftre confumés. Iefçay bien qu'on pourroit encore adioufter quelques autres moyens pour rendre cette lumière plus forte, mais outre qu'ils feraient plus malayfës a mettre en pratique, a peine trouueroit on des obiets qui en peuflent fouffrir d’auantage. On pourrait bien aiifly au lieu du verre hyperbolique N O P R, en trouutr d’autr.es qui receuroient quelquepeu plus grande quantité de rayons; mais où ils ne feraient pas que ces rayons venaos de diuers poins de I’obiet saflcmblaflent fi exactement vers l’œil en autant ' d’autres Discours Neufiesme. 135 d’autres diuers poins; ou il faudroity employer deux verres au lieu d’vn, en forte que la force de ces rayon* ne foroit pas moins diminuée par la multitude des fuperficies de ces verres, quelle foroit augmentée par leurs figures, & enfin l’execution en foroit de beaucoup plu* difficile. Seulement vous veus-ie encore auertir que ces lunetes ne pouuât eftre appliquées qu'a vn foyl œil, il fera mieux de bander l’autre, ou le couurirde quelque voile fortobfour, afin que là prunelle demeure la plus ouuerte qu’il fo pourra, que de le laifler expofô a la lumière, oü de le fermer par l’ayde des mufcles qui meuuenc lès paupiçres; car il y a ordiuairemët telle connexion entre les deux yeux, que Tvn ne fçauroit gùeres fe mouuoir en aucune façon, que l'autre ne fo difpofo a l’imiter. De plus il ne fora pas inutile non feulement d’appuier cette lunete tout contre l’œil, en forte qu'il ne puifle venir vers luy aucune lumière que par elle, mais aufly d’auoir auparauant attendri fa veuë en fo tenant en lieu obfour, & d’auoir l’imagination dilpofée comme pour regarder des chofosfortefloignëes &fort obfcures, afin que la prunelle s’ouure d’autant plus, & ainfi qu’on en puifle vqjr vn obi et d’autant plus grand. Car vous fçaués que cette a&ion delà prunelle ne fuit pas immédiatement. de la volonté qu’on a de l'ouurir, mais pluftoft de l’idée ou du fontiment qu’on a de l’obfcuritc' & de la diftance des chofos qu’on regarde.

Au refte fi vous faites vn peu de réflexion fur tout ce qui aefte'ditcydeflus, & particulièrement fur ce que nous auons requis de la part des organes extérieurs pour rendre la vifion la plus parfaitte quelle puifle eftre, il ne vous 'JS * A DlOPTR.IQ.UE vous ter a pas maiayfc a entendre que par ces diuerfes fa- * çons de luneteson y adioufte tout ce que l'art y peut adioufter. fans qu'il foit befoin que ie m’arrefte a vous déduire la preuue plus au lôg. Il ne vous/èra pas irfalayie non plus a connoiftre, que toutes celles qu’on a eues iufques icy, n'ont pû aucunement eftre parfaittes, vû qu’il y atrefgrande différence entre la ligne circulaire 8c l’hyperbole, ôc qu'on a feulement tafehe' en les faifant a fe feruirde celle là', pour les effedts aufquels i’ay demonftrc'quecellecyeftoitrequife. en forte qu'on n’a iamais feeu rencontrer que lors qu'on a failli fi heureufement, que peulànt rendrefpheriqu.es les fuperficies des verres qu’on a tailles, on les a rendues hyperboliques, ou de quelqu'autre figure equiualenre. Et cecy a principalement empefehd qu’on n'ait pû bien faire les lunetes qui feruent a voir les obicts inacceffibles, car leur verre conuexc doit eftre plus grand que celuy des autres: & outre qu'il eft moins ayfd de rencontrer en beaucoup qu’en peu, la différence qui eft entre la figure hyperbolique & lafpherique eft bien plus fenfible vers les extrémités dn verre que vers fon centre. Mais a caufc que les artilâns iugeront peuteftre qu’il y a beaucoup de difficulté^ tailleries verres exactement fuiuant cette figure hyperbolique, ie tafeheray encore icy de leur donner vne inuention, parle moyen de laquelle ie me perfuade qu’ils en _.et v- 1 venir about.

‘Dtfcours Dixïefme.

APres auoirchoifïleverre'ou le criftal, dont on a defTein de fcferuir, il eft premièrement befbin dechercher la proportion, quifuiuaurcequiaeftd'ditcy de iïus, fert de mefure aies refraâions • *& on la pourra commodément trouuer par l'ayde d’vn tel inftrument» E F I ell vne planche ou vne reigle toute plate le. toute droite, &fàitte de telle matière qu’on voudra, pourvû qu’elle ne foi t ny trop luifante, ny tranfparente, affin que la lumière donnant deflfus puifTe facilement yeftre difeerneede l’ombre.E A&F L font deux pinnulcs,c’eft a dire deux petites lames, de telle matière aufly qu’on >* voudra, pourvû quelle ne fbit pas tranfparente, efleudcs a plomb fur EFT, le dans lefquelles il y a deux petits trous ronds, A & I sfJFùfés iuftement vis a vis l’vnde l’autre, en forte que le rayon A L paffant au trauers, fbit pa - S * rallele 13* La Dioptriqjie rallele a la ligne E F. Puis R P Q^eft vue piece du verre que vous voulés efprouuer, taillée en forme de triangle, dont l’angle RQPcft droit, & P R Q eft plus aigu que R P Q. Les trois cofte's R Q, QJ5, & R P, font trois faces toutes plates & polies, en forte que la face QP eftant appuice contre la planche E F I, & l'-autre face QJt contre la pinnule F L, le rayon du Soleil qui paflfe par les deux trous A & L pénétré iufques a B au trauers du verre PQJl fans y fouffrir aucune refraétion, a eau fe qu’il rencontre perpendiculairement là fuperficie RQ^ Mais eftant paruenu au point B où il rencontre obliquement fon autre fuperficie R P, il n’en peut fortir fans fe courber vers quelque point de la planche E F, comme par exemple vers I. Et tout l’ulàgc de ce't iuftrument ne confifte qu’a faire ainfipafler le rayon du Soleil par ces trous A & L, affin de connoiftre par ce moyen le rapport qu’a le point I, c’eft a dire le centre de la petite oualc de lumière que ce rayon deferit fur la planche E F I,auec les deux autres poins B & P, qui font; B, celuy où la ligne droite qui paffe par les centres des deux trous A & L fe termine fur la fuperficie R P; & J? celuy où cette fuperficie RP & celle de la planche E F I font couppécs, par le plan qu’on imagine pafler par les poins B & I, & enfemble par les centres des deux trous A & L.

b Or connoiflant ainfi exrerce triangle auec vn compas fur du papier ou quel-* ’ • qu’autre ï aufly le. triangle qu’ils déterminent, on doit transfea&ement ces trois poins B P I, & par confequent N Discours Dixiesme. rj?

■qu’autre plan fort vni. puis du centre B defcrire par le point B le cercle N P T, & ayant pris l’arc N P cfgal a P T, tirer la ligne droite B N qui couppe I P prolongée au point H. puis derechef du centre B par H defcrire le cercle H O qui couppe B I au point O. & on aura laproportion qui eft entre les lignes HI & O I pour lamefure commune de toutes les refradlions qui peuuenteftre caufe.es ppr la différence qui eft entre l’air & le verre qu’on examine. Dequoyfi on n’cft pas encore certain, on pourra faire tailler du mefme verre d’autres petits triangles re&angles differens de ccttuy-cy, & le feruant d’eux en mefmeforte pour chercher cette proportion, on, la trouuera toufiours femblable, & ainfi on n'aura aucune occafion de douter que ce ne foit véritablement celle qu’on cherchoit. Que fi apre's cela dans la ligne droite H I, on prend M I efgale a O I, & H D efgale a, on aura D pour le fommet, & H & I pour les poins brulans de l’hyperbole donc ce verre doit auoir la figure pour feruir aus lunetes que i’ay deferites. * Et on pourra rendre ccS trois pôins H D I plus ou moins efloi- ^ gnées 'qu’ils ne font de tant qu’on voudra, en tirant feulement vnc a^fre ligne droite parallèle a HI plus loin ou plus près quelle du point B, & tirant de ce point B trois lignes droites B H, B D, B I qui la couppent. Comme vous. S 2 voyds 14© La Dioptri<uib voyés icy qu’il y a mefme raport entre les trois poini Puis ileftayfd ayant ccs trois poins de tracer l’hyperbole en la façon qui a efte" cy deffus expliquée, a fçauoir en.plantant deux picques aux poins H & I, & faifant que la corde mife autour du picquet H, foit tellement attachée a la reigle qu’elle ne fe puifle replier, vers I,. plus auant que iufqucs a D.

Mais fi vous ayme-s mieux la tracer auecle compas ordinaire en cherchant plufieurs poins par où elle paflej mette^ l'vne des pointes de ce compas au point Hj 8c l’ayant tant ounert, que fon autre pointe pafle vn peu au delà du point iuf 'f * / * > Discours Dixiesme. 141 fer, aufly bien que par le point D, qui en eft le fommet. Remettes paraprés tout de mefmdrvne des pointes du compas au point H, &l’puurant en forte que fon autre pointe pafle vn peil au delà du point x, comme iufques a 4, du centre H deferiués le cercle 4 66. Puis ayant pris M f efgale a H 4, du centre I par y deferiués le cercle j66, qui coupe le precedent aux poins 66 qui font dans l’hyperbole. S^ainfi continuant 4e mettre la pointe du compas au point H, & le refte comme deuant, vous pouués trouuertant de poins qu’il vous plaira de cette hyperbole.

Ce qui ne ferapeuteftre pas mauuais pour faire groflierement quelque modelle qui reprefente a peu prés la figure des verres qu’on veut taiMer. Mais pour leur donner exa&ement cette figure, il eft befoin d'auoir quelque autreinuention par le moyen de laquelle on puifle defcrirecK^pÿperboIes tout d’vh trait, comme on deferit des cercles auec vn compas. Et ie n’en fçache point de meilleure que la fuiuante. Premièrement du centre T, qui eft le milieu de la ligrffe H I, il faut deferire le cercle H V I, puis du point D efleuer vne perpendiculaire fur lî I, qui couppc ce cercle au point V. & de T tirant vne ligne droite par ce point V,on aura l’angle H T V, qui eft tel, que fi on l’imagine tourner en rond autour de l’aiffieu H T, la ligne TV deferira la luperficled’vn Cône, dans lequel lafeétion faite par le plan V X parallèle a ce't aiffieu H T, & fur lequel DV tombe a angles drois, fera vne hyperbole toute femblable& efgale a la precedente. Et tous les autres plans parallèles a cettuy-cy conpperont aufly dans ce S 3 Cône La Dioptrique Cône des hyperboles toutes femblables, mais inégalés, & qui auront leurs poins bruflansplus ou moinsefloigncs félon que ces plans le ièrontde ce't aiflleu.

En fuite de quoy on peut faire vnctelle machine. A B eft vn tour ou rouleau debois ou de métal, qui tournant fur les pôles i. z reprefente l’aiffieu H I de l’autre figure. C G, E F font deux lames ou planches toutes plates & vnies principalement du coftc' quelles s’entretouchcnt, en forte que la fuperfîcie qu’on peut imaginer entre elles deux, eftant parallèle au rouleau A B, & coupée a angles droits par le plan qu’on imagine pafler par les poins i, 2, & C, O, G, reprefente le plan VX qui couppe le Cône. Et N P la largeur de la fupei^fe CG eft efgale au diamètre du verre qu’on veut ranrer, ou tant foit peu plus grande. En fin KLM eft vne reigle qui tournant auec le rouleau A B fur les pôles i, 2» en forte que l’angle A L M demeure toufiours efgal a H T V,reprefcnte la ligne T V qui defcrit le Gope. Et il faut penfer que cette reigle eft tellement paflee au trauers de ce rouleau, qu'elle peut fe hauffer & fe baifler en coulant dans le trou L, qui eft iuftement de fa grofleur; & inefme qu’il y a quelque part, comme vers K, vn pois ou re£* fort, qui la prefle toufiours contre la lame C G, par qui elle eft fouftenuc, &empefchdede pafler outre. Et.de plus que fon extrémité M eft vne pointe d'acier bien trempée, qui a la force de coopper cette lame C G, mais non pas l’autre E F qui eftdeflous. D’ou il eft manifefte, que que Discours Dixiesme. 143 que fi on fait mouuoir cette reigle K L M fur les pôles x, 2, en forte que la pointe d'acier M parte d’N par O vers P, & réciproquement de P par O vers N, elle diui* feracett^Iame CG en deux.autres, C NOP.&GNOP, dont le colle' N OP fera terminé d’vne ligne tranchante, conuexe en C N O P, &concaue en G N O P, quUura exa&ement la figure d’vne hyp^bole. Et ces deuVlames, C N O P, G hJ CM5, cftant d’acier ou autre matière fort dure, pourront lèruir non feulement de modellcs,mais peuteftre aufly d’outils ou inftrumens pour tailler certainesrouës, dont iediraytantoft qqe les verres doiuent tirer leurs figures, toutesfois H y a encore icy quelque defaut en ce que la pointe d’acierM, eftantvn peu autrement tournée lors qu’elle eftr vers N, ou vers P, que lors quelle eft vers O, le fil oy le tranchant qu’elle donne a ces outils ne peut élire par tout efgaL Ce qui me fait croire qu’il vaudra miens fè feruir de la machine fuitiante, nonobftant qu’elle foit va peu plus compofée.

A B KL M n’eft qu” vne feule piece qui fe meut toute entière fur les pôles 1,2,6c dont la partie A B K peut auoir telle tell# figure qu’on voudra, mais KLM doit auoir celle d’vnereigle ou autre tel cors, dont les lignes qui terminent Tes fuperficies foient parallèles: & elle doit eftre tellement inclinée, que la ligne droite 4 3 qu’on imagine pafTer parle centre de Ton efpaifleur eftant prolongée iufques a celle qu’on imagine pafler par les pôles » y * • * j A ralleles a l’aiflîeu 1 2, & dont les fuperficies qui fe regardent font fort plates & vnies, & couppées a angles drois par le plaît 12 G OC. Mais au lieu de s’entretoucher comme dcuant elles font icy infirment autant efloigndes l’vne de l'autre qu’il eft befoin pour donner paflàgc entre elles deux a vn cylindre ou roulleau, QR, qui eft exactement rond, & par tout defgale groffèur. Et de Discours Dixièsme. 147