SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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& vous feau^s que plus vn cors pelant defeend de haut, plus fa cheuteeftimpetueufc. Ainfi cete nue eftant forç haute, &deuenant fubitemcnt fort grande & fort pefante, defeend toute entière, en chaflant auec grande violence tout l’air qui cft fous elle, & caufaDt par ce moyen lèvent d'vue tempefte. Mefme il eft a remarquer que Distonkfc Septiisme* ayj lfcs vàpienMjmeflé'es parmi cctaïr, font dilatée* parfon agitation, & qu’il en fort aofly pour lors plufieurs autre!* de la mer,a caufe de l’agitation de fes vaguas, te qui augmente beaucoup la force du vent, & retardant la descente de la nûe, fait durer l'orage d’autant plus long tems. Puis aufly qu’il y a d’ordinaire des exhalai fons menées parmi ces vapeurs, qui ne pouuant eftre chaflces fi loin quelles par la nuë, a caufeqùe leurs parties font moins foIide^St ont des figures plus irregulieres, en font fèparées par l’agitation de l’air, en mefme façon que.

comme il a efte' dit cy deflus, en battant la creme on fepare le beurre du petit lait- & que par ce moyen elles s aflemblentparcy par la en diuers tas, qui florans fouir. t- *i fiours le plus haut qu*il fe pe lit ‘contre la nue, vierient enfin s’attacher aux chordes & aux Mats des naüires, lorsqu’elle acheue de defeendre. Et la éftant embraies par cete violente agitation, ils corapofent ces feux pomm<& de faintHelme, qui confolent les matelots, &leur font eiperér le beau tems. Il eft vraÿ que fouuent ces tempeiles font enlenr plus grande force vers la fin, & qu’il peut y auoirplufieurs nues Tvne fur Iautfe, fous chafcune defquelles il fe trouue de tels feux, ce qui a peuteftre efté la càu& pourquoy lejs anciens n’en voyant qu’vn, qu’ils nommoiènt Tartre d'Helene,iIsPeftimoient de mauuais angnre, comme s’ils enflent encore attendu alors le plus fort de latempéfte. Au lieu que loifcju'ils en voyoient deux,. qu’ils nômmoient Caftor&Pollux, ils les prenoi- &]es eftimoient aufly acaufede ceja de mauuais augujre. Toutefois iay ouy dire.a nos mariniers qu’il$ e# vor yent quelquefois iufqucs au nombre de quatre ou de cinq, peuteftre a caufe que leurs vai fléaux font plus grâ$, & ont plus de mats que ceux des anciens, ou qu'ils yoyafgent en des lieux ou les exhalaifons font plus fxequen,-. tes. Car enfin ie ne puis rien dire que par conieûurc de ce qui fc fait daus les grandes mers que ie n’ay iaraais veues. & dont ie n’ay que des relations fort imparfaites.

Mais pour les orages qui font accompaiguds de tonnerre, d’efclairs, de tourbillons, &de foudre, defqueïs iay pû voir quelques exemples fur terre, ie ne doute point qu'fis ne foient caufés dp ce qu’y ayant plufieurs nuesl'vnc furlautre, il arriue quelquefois que les plus hautes defeendent fort a coup fur les plus bafTes. Comme fi. les.deux nues A B n'eftaqt compofees que de ' neige fort rare & fort .,eftendue, il fe trouue ..vn air plus chaud autour de la fuperieure A, qu’autour de l'inférieure B, il eft euident que la chaleur de cet air la peut condenfer & appesantir peu a peu, en...m tpllc fprte que les plu* hautes de. fes parties, commenceant les premières a defeendre, en abbatront pu êntraifnéront àoec fo y quantité d'autres, qui tomberont aufly toft toutes enïembic àuec vn grand bruit fur l’inferieure. En mefme 1 ° 1 • jj^çpn ft*j£:.XLÎïi V -eî'èfo Wl \ mmmmmm c km; lODtJC Discours Septiesme. ’a^r façon que ie me fouuien d'auoir vu autrefois dans les Alpes, enuiron le mois de -May -, que les neiges eftant «fchauffees & appefantiés ppr le îoleil, la moindre efmotion d’air elloit fuflifante pour en faire#tomber fùbitement de gros tas, qu'on nommoit ce me femblc des ana-■ lanches,& qui retentiflaht dans les valees imitoient afl*cs bien le bruit dutonnerre. Enfuite dequoyon peut entendre pourquoy il tonne plus rarement en ces quartiers l’hyuerque l’eftd. car il ne paraient pas alors fi ayfement aflesde chaleur iufques aux plus hautes nuès, pour lés difloudre. Ét pourquoy, lorfque pendant les grandes •chaleurs, apres vn vent Septentrional qui dure fort peu, on font derechef vnc chaleufmoite & eftouffante, c'eft ligne qu*il fuiura bientoft du tonnerre. Car cela tefmoigne que cè vent foptentrional, ayant paflTé contrôla terre, en a chaflVla chaleur vers l’endroit de l’air ou fe forment les plus haqtes nues, de qu'en eftant après chafld luymefme, vers celuy où fo forment les.plus>bafles, par la dilatation de l'air inferieur que caufènt les vapeurs chaudes qu’il contient, non feulement les plus hautes en fe condenlânt doiuent defoendre, mais aufly les plus bafles demeurant fort rares, & mefme eftant comme foufleuées&repoufteespar cetedilatation de l’air inférieur, leur doiuent refifter en telle forte, que fouuent el- « les peuuent empefoher qu’il n'eq tombe aucune partie iufques a terre. Etnotc'sque lebruit, qnife faitainfiau deflus de nous, fe doit mieux entendre, a caufo de la re-Ibnnancedel’air, &eftrc plus grand a raifon de la neige qui tombe, que n'eft celuy des aualanches. Puis notes aufly que de cela foui, que les parties des nues fuperieures H h tom- 14.1 Les Meteokis.

tom bent toutes çnfemble, ou l'vne apres l'autre, ou plus vifte, ou plus lentement • & que les inferieures font plus ou moins grandes, & efpaifles, 3c refiftent plus ou moins fort, tous les differens.bruits d u tonnerre peuuent ayfement eftre cau/Vs. Pour les différences des efclairs, des tourbillons, & de la foudre, elles ne dépendent que de la nature des exhalaifbns qui fe trouuent en i'efpace qui eft entre deux nuës, 8c de la façon que la fuperieure tombe fur l’autre. Car s'il a précédé de grandes chaleurs & feichercffes, en forte que cet efpace contiene quantité d'exhalaifons fort fubtiles, & fort difpofdes a s’enflamer, la nuë fuperieure ne peut quafi eftre fî petite, ny defeendre fi lentement, que chaffant l'air qui eft entre elle 3c l’inferieure, elle n'en facefortir vnefclair, c'eft a dire, vne flame legere qui fe di/îîpe a l'heure mefme. lin forte qu'on peut voir alors de tels efclairs (ans ouir aucunement le bruit du tonnerre; Et mefme aufly quelquefois fans que lesmuesfbient affés efpaifles pour eftre vifibles.

Comme au contraire s’il ny a point en l'air d'exhalaifons qui foient propres a s’enflamer, on peut ouïr le bruit du tonnerfe fans qu'il paroiffe pour cela aucun efclair. Et lorfque la plus haute nuë ne tombe que par pièces qui s'entrefuiuent, elle ne caufe gueres que des efclairs & du, tonnerre,- mais lorfqu’elle tombe toute entière & affés vifte, elle peut cauferauec cela des tourbillons 8c de la foudre. Car il faut remarquer, quefes extrémités, comme C & D, fe doiuent abaiffer vn peu plus vifte que le ' milieu, d'autant que l'air qui eft deffous, ayant moins de chemin a foire pour en fortir, leur cede plus ayfement, 3t ainfi que venant a toucher la nue inferieure, plutoft que ne.

-• Discours Septiesme. - 243 lit* rt'fàa ae fait le milieu, il s'enferme beaucoup d'air entre deux; comme on voit icy vers Ej.puis cetaireftant prefTd & chafTéauec grande force par ce milieu de la nue fuperieure qui continue encore a delcendre, il doit necefc faire ment rompre l'inferieure pour en fortir, comme on voit vers F; ou entrouurir quelqu’vne de fes extrémités, comme on voit vers G. Et lorfqu’il a rompu ainfi cete nue il defcend auec grande force vers la terre, puis delà remonte en tournoyant, à caufe qu’il trouue delà. refiftencedetouscoftcs, qui l’empefche de continuer fonmouuementen liguedroite, aufly vifteque fon agitation le requer t. Et ainfi il compolevn tourbillon; qui peut u’eftre point accompaignd de foudre nyd’efclairs, s'il n’y a point en cet air d'exhalaifons qui foient propres | s’enflamer;Mais lorfqu’il y en a, elles s’affemblent toutes en vn tas, & eftant chaffées fort impetueufement auec cet air vers la terre, elles corapofènt la fcrndre.

Et cete foudre peut bruller les habits & razer le poil ^ {âne nuire au cors, fi ces exhalai Ions, qui ontordinaire- Hh.i ment *44 Ees MeteortEs.

ment l'odeur du fouffre, ne font que greffes & hnilenfos, en forte qu’elles compofent vne flame legere qui ne s'attache qu'aux corsayfésa brufler. Comme au contraire elle peut rôpre les *os fans endommager les chairs ou fondre l'efpée fans gaffer le fourreau, fi ces exhalaifonseftarff fort fubti les & pénétrantes, ne participent que delà nature des fels volatiles ou des eaux fortes a» moyendequoyne fâifant aucun effort contre les cor* qui leur cedent, elles brifent & diffoluent tous ceux qui leur font beaucoup de rcfiftence. Ainfi qu'on voit l’eau forte difloudre les métaux les plus durs, & n'agir point contrôla cire. Enfinlafoudrefopeut quelquefois couuertir en vne pierre fort dure, qui romp & fracaffe tout c&qu elle rencontre, li parmi ces exhalaifons fort pénétrantes il y en a quantité de ces antres qui font greffes & enfouffrees. principalement s'il y en a aufly de pins groiîieres, fomblables a cete terre qu'on trouue au fonds de l’eau de pluie lors qu'on la laifle rafleoir en quelque vaze. Ainfi qu on peut voirpar expérience, qu'ayant meflé certaines portions de cete terre, de falpetre, & de fouffre, fi on met le feu en cete compofition, il s 'en forme fubitement vne pierre. Quefilanuës’ouure par le cofte, comme vers G, la foudre eftant eflauede de treuers, rencontre plutoft les pointes des tours ou des rochers que les lieux bas, comme on voit vers H. Mais lors mefme que la nue fe romp par le’deffous, H y a reifoq pourquoy la foudre tombe plutoft: fur les lieux hauts & eminens que fur les autres. Car fi par exemple la nue B n’cft point d’ailleurs plus difpofée a fe rompre en vn endroit qu eu vnautre,il eft certain qu elle fo deura rompre cri celuy qui démarque! F, à caufe de la refiftenceda clocher qui eft au deflous. Il yaauffy raifon pourquoy chafquecoup.de tonnerreeft d'ordinaire fuiui d’vne ondée de pluie, & pourquoy lorfque cete pluie vient fort abondante, il ne tonne gueres plus d’auantage. car fi la force, dont la nue fuperieure esbranfle l’inferieure en tombant deflus, eft a(T<& grande pour la faire toute descendre, ileft euidentquelc tonnerre doit celTerj & fi elle eft moindre, elle ne laide pas d'cnpouuoir fouuent fiiirefortir plufieurs floccons de neige, quife fondanten l’air font de la pluie. Enfin ce n’eft pas fans raifon qu’on tient que le grand bruit, comme des cloches, ou des canons, peut diminuer l‘effe<ft de la foudre, car.il ayde a diffiper & faire tomber la nue inferieure, en esbranflant la neige dont elle eft compofoe. Ainfiquefçaueût a(Tés ceux quiontcouftume de voyafger dans les valdes-ou les * aualanches font a craindre, car ils s'abftienent mefme.de parler & de toufler en y paflant, de peur que lebrpit deleur voixn'efmeuuela neigç. m.; • • Hh j. ' Mai» 24 6 Les Meteores.

Mais comme nous auons défia remarqué, qu’il efclaire quelquefois fans qu’il tonne, ainfiaux endroits de l'air ■ouil fe rencontre beaucoup d'exhalaifons & peu de vapeurs, il fe peut former des nues fi peu efpaififes, & fi légères, que tombant dalfés haut l’vne fur l’autre elles ne font ouir aucun tonnerre, ny n'excitent en l’air aucun orage, nonobftant quelles enueloppent &ioigncntenfembleplnfieursexhalaifonsj dont elles compofent non feulement de ces moindres fiâmes qu'on diroit eftre des èftoiles qui.tombent du ciel, ou d’autres qui le trauerfent, mais auiïy des boules de feu afles greffes, & qui paruenant iufqucs a nous font comme dej diminutifs de la foudre. Mefme d’autant qu’il y a des exhalaifons de plufieurs diuerfes natures, ie ne iuge pas qu’il foit impoffible,que lesnues, en les prefTant, n’en compofent quelquefois vne matière, qui félon la couleur, & la confidence quelle aura, femble du lait, ou du fang, ou de la chair; oubien qui en fe bradant deuiene telle qu'on la prene pour du fer, ou des pierres; ou enfin qui en fe corfompant engendre quelques petits animaux en peu de tems. Ainfi qu’on lift fouuent entre les prodiges qu’il a phi du fer, on du fimg, ou des làuterelies, ou chofes femblables. De plus fans qu’il y ait en l’air aucune nue, les exhalaifons peuuent eftre cntafTées & embrafees par le feul fouffle des vens, principalement lorfqu’il y en a deux ou plufieufs contraires qui fe rencontrent.Et enfin fans vens & (ans nues, par cela feul qu’vneexhalaifon fubtile & pénétrante, qui tient de la nature desfels, s’infinne dans les pores d’vne autre, qui eft graffe & enfouffrce, il fe peut. former desflamcs legeresxant au haut qu’au bas de l'air, comme Discours Siptiesme. 147 comme on y voit au haut ces cftoiles qui le trauerfènt; & au bas tant ces ardans ou feux folets qui s'y iouenr, que ces autres qui s'areftent a certains cors, comme aux cheueux des enfans,ou au criu des cheuaux,ou aux pointes des picques qu'on a frotées d'huile pour les nettoyer, ou achofesfemblables. Car il eft certain, que non feulement vne violente agitation, mais (buuent aufly le fènl meflange de deux diuers cors eft fuffifant pour les embrafer. comme on voit en verfant de l’eaü fur de la chaux, ou renfermant du foin auant qu’il fait fec, ou en vne infinité" d'autres exempl.es qui fe rencontrent tous les ionrsenla Chymie. Mais tous ces feux ont fort peu de force a comparâifon de la foudre, dont la raifon eft qu'ils ne font compofés que des plus molles 8c plus gluantes parties des huiles; nonobftant que les plus viues 8c plus pénétrantes des fels concourent ordinairement aufly a les produire. Car celles cy ne s’areftent pas pour cela parmi les autres, mais s’efcartent promptement en l'air libre après quelles les ont embrafees. Au lieu que la foudre eft principalement compofée de ees plus viues & pénétrantes, qui eftant fort violemment preflces 8c chafleespar les nues, emportent les autres auec foy iu£-qu’a terre. Et ceux qui fçauent combien le feu du falpetre &dufou£Fremefle/senfemblé a de force & de vitefle, au lieu que la partie grafle du fouffre eftant féparèe de les efprits en auroit fort peu,- ne trouueront en cecy rien de douteux. Pour la durée des feux qui s'areftent ou voltigent autour de nous, elle peut eftre plus ou moins longue, félon que leur flamc eft plus ou moins lente, & le ut matière plus ou moins efpaifie 8c ferrée: Mais «48’ LES METEORES.'

Mais pourcelledes feux qui ne fe voyent qu’au haut de l’air, elle ne fçauroit eftre que fort courte, à caufe que fi leur matière n’eftoit fort rare,leur pefantf ur les feroit delcendre. Etietrouue que les Philofophes ont eu raifon, de les comparer a cete flame, qu'on voit courir tout du long de la fumée, qui fort d’vn flambeau qu’on vient d*efteindre,lorfqu’cftant approchée d’vn autre flambeau elle s’allume. Mais ie m’eftonne fort,qu'aprés cela ils ayent pu s'imaginer, que les Cometes, &les colomnes ou cheurons de feu, qu'on voit quelquefois dans de ciel fuflent composes d'exhalaifons,car elles durent incomparablement plus long tems.

Et poureeque iay tafehé d’expliquer curieufement leur production & leur nature dans vn autre traité, & que ie ne croy point quelles gppartienent aux meteores, non plus que les tremblemens de terre, & les minéraux* que plufieurs efcriuains y entaffent, ie ne parleray plus icy que de certaines lumières, qui paroiffant la nuit peu. dant vn tems calme & lèrein, donnent fuiet aux peuples oyfifs d'imaginer des efquadrons de fantofmes qui combattent en l’air, & aufquels ils font prefager la perte ou la victoire du parti qu'ils affectionnent, félon que la crainte ou Pefperançe prédominé en leur fantaifie. Me£ me a caufe que ie n’ay iamais vû de tels lpe<Stacles,& que ie fçay combien les relations qu’on en fait ont couftunie d’eftre falfîficés & augmentées par la fuperftition l’ignorance, ie me contenteray de toucher en peu de mots toutes les caufes, qui me femblent capables de les produire. La première eft qu’il y ait en l’air plufieurs nues, allés petites pour eftre prilès pour autant de foldats.

O*.

A ■ m « « Discours Sëptiesme. 2.49 dats,& qui tombant l’vne fur l’autre, enueloppent afles d’exhalailbns, pour caufer quantité' de péris efclairs, & ietter de petits feux & peuteftre aufly faire ouïr de petits bruits, au moyen dequoy ces foldats femblent corabatre. La fécondé, qu*il y ait aufly en l’air de telles nues, mais qu’au lieu de tomber i’vnc fur l’antre, elles reçoiuent leur lumière des feux & des efclaits de quelque grande tempefte, qui fe face ailleurs fi loin de là, qu’elle n’y puifle eftre apperceue. Et la troifiefnie, que ces nues, ou quelques autres plus fèptentrionales de qui elles rcçoiuent leur lumière, foient fi hautes que les rayons du foleil paruienent iufques a elles, car fi on prend garde aux Refraéhons & Reflexions que deux outrais telles nue's peuuent caufer, on trouuera qu’elles n’ont point befbin d'eftre fort hautes, pour fairo paroiftre vers le Septentrion de telles lumières, après que l'heure du crepufcule eftpaflfée; & quelquefois aufly le foleil mefme, au teras qu’il doit eftre couché. Mais cecy ne femble pas tant, appartenir a ce difeonrs qu’aux fiiiuans,où iay deflein de ■parler de toutes les choies qu>'on peut voir dans l’air fans qu'elles y foient; après auoir icy acheué l'explication de toutes celles qui s’y voyent. en mefme façon qu’eUes y font. • « • ',k', •• f J « ■ J..* i U JkS 1.

2fé Lis Metiorbs.

\ *. * *■ « K L'A r c-bn-c i e l cft vne merucille de la nature fi remarquable, & fa caufe a eftd de tout tems fi curieufcmeut recherchée par les bons efprits, & fi peu connue, que ic ne fçau rois choifir de matière plus propre a faire voir comment par la méthode dont ie me fers on peut venir a des connoifiances, que ceux dont nous auonsles efcrits nont point eues. Premièrement ayant confidercque effet arc ne peut pas feulement paroiftre dans je ciel y mais aufiy en l'air proche de nous toutefois Sc quantes qu'il s y trouüe plufieurs gouttes d'eau efclairées par le foled,ainfi que l’experience fait voir en quel-■ ques fontaines: ilm’aefté' ayffe<ieinga\* qu’il ne procédé que de lafâçon que les rayons de la lumière agifTent contre ces gouttes & de la tendent vers nos yeux. Pu» fçaehant que ces gouttes font rondes, ainfi qu’il aefté prou u e cy deflus, & voyant que pour eftre plus grades qu plus petites elles ne font point paroiftre cçt arc d'au-: tre façon; ie me fuis auiffe d’en faire vnefort grofle, afSn delà pouuoir mieux examiner. £t ayant remplit ’eau,a cet effeét, vne grande fiole de verre toute ronde & fort tranfparcnte, iay trouué'que le foieil venant, parexemple.de la partie du ciel marquée A F Z, & mon œil e fiant. atî point E, lorfqueie mettois cete boule en l’endroit B C D, fà partie D me paroifToft toute rouge, & incomparablement plus efclatante que le refte,- Et que foit que ic , ic , Discours Huitibsmb.

ie l’approchaffe, foit que ie la reçu Jaffe, & que ie la miffe a droit, ou a gauche, ou mefme la fiffe tourner en rond autour de ma tefte, pourvûque la ligne D E fifftQufiours vn angle d’enuiron 41 degrés auec la ligne E M\ qu'il faut imaginer rendre dn centre de l'oeil vers celuy dii foleil, cete partie D paroiffoit toujours e (gaiement rouge; Mais que, fitoft que ie fàifois Cet angle DEM tant foit peu plus grand, cete rôugeur difparoiffoit; &quefi ie le failoisvn peu moindre, elle ne djfparoiffoic pas du tout I i 2 t 2fl * Les METEORES, tout fi a -coup, mais fe diuifoit auparauant comme ea. deux parties, moins brillantes, & dans lefquelles on voyoit du iaune, du bleu, & d autres couleurs. Puis regardant aufly vers l'endroit de cete boule qui eft marqué K,iayapperceuque faifant l’angle KEM d’cnuiron yi degrés, cete partie KparoiflbkaufTyde couleur rouge, maisnonpasfiefclatantequeD: Et que le faifant quelque peu plus-grand, il y paroifloit d’autres couleurs plus foibles,• mais que le faifant tant foit peu moindre, on beaucoup plus grand, il n y en paroifToit plus aucune. D’où i’ay connu manifeftement que tout l’air qui eft vers M eftant rempli de telles boules, ou en leur place de gouttes d’eau, il doit paroiftie vn point fort rouge & fort efclatant en chafcune de celles de ces gouttes dont les lignes tirdfes vers Poe il E font vn angle denuiron4» degres auec E M, comme ie fuppofe celles qui font marquées Rj Et que ces poins eftans regardés tous enfèmble, fans qu'on remarque autrement le lieu où ils font que par 1 angle fous lequel ils fè voyent, doiuent paroiflre comme vn cercle continu de couleur rouge: Et qu’il doit y auoir tout de mefme des poins eq celles qui font marquées S & T, dont les lignes tirées vers E font des angles vn peu plus aygus aueç E M, qui- compofent des cercles de couleurs plus foibles.’

Et que c’efteûcecyque confifte le premier & principal arcenciel. Puis derechef que Pangle M E X eftant de j-z degrés, il doit paroiftre vn cercle rouge dans les gouttes marquée* X,' Et d autres cercles de couleurs plus foibles dans les gouttes marquées Y. Et que c’cft en cecy que confifte le fécond & moins princi- « F * Discours Huitiesme.

*J3 principal arcenciel. Ht enfin qu*en tontes les autres gouttes marquées V il ne doit paroiftre aucunes couleurs. Examinant après cela plus particulièrement en la ' boule BCDcequifâifbitque la partie D par olflok rouge, i'ay trouué que c’eftoient les rayons du foleil qui venansd’A vers B fe courboient en entrant dans l'eau au point B, & alloient vers C,d’où ils fe reflefchifToient vers D, & là fê courbans derechef en fortant de l'eau, tendoient vers E:. catlitoft que ie mettois vn cors opaque # Ii3 ou LMt.

a/4 Les Meteores.

ou obfcur en quelque endroit des lignes A B., B C, C où D E, cete couleur rouge dilparolffoit. Et quoy que ie couprifle toute la boule excepté les deux poins B & D, & que ie mifrc des cors obfcurs partout ailleurs, pôurvû que rien n’empefchaft l’a&ion des rayons AB C DE, elle ne laifToit pas de paroiftre. Puis cherchant aufiy ce qui eftoit caufe du rouge qui paroifioit vers K, i’ay trouud'quec'eftoient les rayons quivenoient d'F vers G/oà# ils fecourboient vers H, & en H fe reflefchifloient vers I, & en I (b reflefchifloient derechef vers K, puis enfin fè courboiçntau point K, & tendoient vers E. Defaçoa que le premier arc-en-ciel eft eau fe par des rayons qui paruienent a l’œil après deux réfractions & vne reflexion, & le fécond par d'autres rayons qui n*y paruienent qu’apres deux réfractions & deux réflexions; ce qui empefche qu’il ne paroifle tant que le premier.

Mais la principale düficultércftoit encore, qui eftoit ’ de fçauoirpourquoy, y ayant plufieurs autres rayons qui apres deux réfractions & vne ou deux reflexions peuuenc tendre vers l’œil quand cete boule eft en autre fitua- • tion, il n’y a toutefois que ceux dont i’ay parle'qui facenç paroiftre quelques couleurs. Et pour la refbudrei’ay cherche'', s’il n’y auoit point quelque autre fuietou elles panifient en mefme forte, affinque par la comparaifon dç I'vn& de l'autre ie pûfle mieux iuger de leur caulè. Puis me fouucnaut qu'vn prifrne ou triangle de criftal en fait voir de femblables, i'en ay confidcrc vn qui eftoit tel qu’eflicy MNP, dont les deux fuperficies M N N P font toutes plates, & inclinées l'vne fur l’autre fé -Ion vn angle d'enuiron 30 ou 40 degrés, en forte qufe: fi les fi les rayons du foleil ABC trauerfent M N a angles droits, ou prefque droits, Æ^ainfi n’y fouffrent aucune lènfible refraâion, ils endoiuçpt fouffrirvne affés grande en fortant par N P. Et couurant l’vne de ces deux fuperficies d’vncorsobfcur, dans lequel il y auoit vne ouuerture affés eftrôite comme D E, i’ay obferué que les!...1! i»r; rayons, paflant par cete ouuerture & de là s’allant rêdre fur vnlinge ou papier blanc F G H, y peignent toutes les couleurs de l’arccncielj & qu*ils y peignent toufiours le rouge vers F, & le * bleu ou le violet vers H. D’où i’ày appris, premièrement que la courbure des fuperficies des gouttes d’eau n’eft point neceflaire a la produâion de ces couleurs; car celles de ce criftalfont toutes plates - Ny la grandeurde l'angle fbns lequel elles pàroiflent. car il peut icy eftre. change' fans qu’elles changent, & biertqu’on puiffe faire que les rayons qui vont vers F fc courbent tantoft plus 5c tantoft moins que ceux qui vont vers H, ils ne laiflènt pas de peindre toufiours du rouge, Sc ceux qui vont vers H toufiours du bleujN’y aulTy la reftexfomcar il n’y ën aicy aucune^ Ny enfin la pluralité des refraftions: car il n’y en a icy qu’vnc feule. Mai si ’ay iugé qu’il y en feiloit pour le * ■! ■ * moins zj6. Les Mbteores.