SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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moins vne, &mefme vne donc leffed ne faft point deftruit par vne contraire, car l'experience monftre, que G, tes fuperficies M N &N P eftoient parallèles, les rayons fe redrefïànt autant en l’ vne qu’ils fe pourraient courber en l'autre, ne produiraient point ces couleurs. le n’ay pas douté qu’il nyfalluftaufly de la lumière; car fans elle on ne voit rien. Et outre cela i’ay obferud qu’il y falloir de Tombre, ou de la limitation à cete lumière, car fi on ofte le cors obfcurqui eft fur N P, les couleurs F GH ceflent de paroiftre; & fi on fait l'ouuerture DE allés grande, le rouge, l’orange', & le iaunc, qui font vers F, ne s’eftendentpas plus loin pour cela, non plus que le verd, le bleu, & le violet, qui font vers H, mais toift le furplus.

de l’efpace qui eft entre deux vers G demeure blanc. En fuite dequoy iay tafché de connoiftre.pourquoy des couleurs font autres vers H que vers F, nonobftant que la refra&ion & l'ombre & la lumière y concourent en me£ me forte; Et conceuant la nature de la lumière telle qne ie l’aydefcrite en la Dioptrique» a fçauoir, comme l'a&ion ou le mouuement d’vne certaine matière fort fubtile, dont il faut imaginer les parties ainfi que de petites boules qui roullent dans les pores des cors terreftres. l’ay connu que ces boules peuuent rouller en diqerfès façons, fêlop les diuerfes caufès qui les y déterminent; Et en particulier que toutes les refra&ions qui fe font vers vnmefmecoftd les déterminent a tourner en mefme fens;Mais que lorfqu’elles n'orit point de voylinës qui femeuuent notablement plus vifte, ou moins vifto quelles, leur tournoyement ri*eft qu'a peu prés efgal a leur mouuement en ligne droite; Au lieu que lorfqu’el- • • les Di scouas Ha i tiesme.

les en ont d'vn code' qui fe meuuent moins ville, & de fautre qui fe meuuent plus ou également vide, ainfi qu’il arriue aux confins de l’ombre & de la Iumiere; fi elles rencontrent celles qui fe meuuent moins vide,du coftc vers lequel elles roullent, comme font celles qui compofent le rayon E H, cela ed caufe qu’elles ne tournoyenp - r ’ pas fi vide, qu’elles rc " meuuent en ligne droite; & c’ed tout le contraire, lorfqu’elles les rencontrent de 1’autre codé comme font celles du rayon DF. Pour mieux entendre cecy,pênfés que la boule 1 1 3 4 ed pouflVe d’V verf X, en telle forte qu’elle ne va qu’en ligne droite, &quc fês deux codés 1 8C3 dcféfendentefgalement vide iufquesalafuperficiedèreau YY „ où le mouuement du codémarqué3, qui la rencontre le premier, ed retarde, pendant que celuy du codé marqué i continue encore, ce qtii ed caufe que toute la boule commence infâüibleriient a tournoyer fuiuant l’ordre des chiffres 123. Puis imaginés quelle ed enuironné! d^quatre autres, Q, R, S, T; dont les deux Q & R tendent, auec plus de force qu’elle, afemouuoir yersX; &Ies deux autres tendent aueclnoins de forée. D’où il ed euidentj que K k.preflan ** Les Mete.orbs.

preflant fa partie marquée i, II S retenant celle qui eft marquée 3, augmentent Ion toumoyement; & que R & T n’y nuifet point, poureeque R eft difpofôe a fc mouuoirversX plus vifte quelle ne la fuit, & T n’eft pas difpoféfe a la fuiure fi vifte qu’elle la précédé. Cèqui explique la&ion du rayon D F. Puis tout au contraire fi QJSt R rendent plus lentement qu’elle vers X,& S & T y tendent plus fort, R émpefche le toumoyement de la partît marquée i,& T çeluy de la partie 3$ fans que les deux autres Q^8cSy fàcent rien. Cequi explique l’aâion du rayon E H. Mais il eft a remarquer que cete boule 1134 eftant fort ronde, il peut ayfemeht arriuer que lorfqu'elle eft' preflee vn peu fort par les deux R & T, ellefe reuire en pirouettant autour de l’ai/fieu 42, au lieu d’arefter fon toumoyement a leur occafion, & ainfi que changeant en vn moment de fituation, elle tournoyé après fuiuanc Tordre des chiffres J 2 car les deux R & T qui l’ont fait commencer a fè détourner, l’obligent a continuer iufq ues a ce qu elfe ait acheué' vn demi tour en ce fens là, & qu’elles puiflenc augmenter ion toumoyement, au. lien s Discours Huitiesme.

lieu de le recarder. Ce qui m’a lèrui a refoudrc la principale de toutes les difficultés que i'ay euësencete matière. Etiife demonftrece me femble très euidemment de tout cecy, que la nature des couleurs, qui paroiflent vers F, ne confifte, qu’en ce que les parties de la matière fubtile, quitranfmet l'avion de la lumière, tendent a tournoyer, auec plus de force, qu'a le mouligne droite: en que celles qui ten* dent a tourner beaucoup plus fort, caufent la couleur rouge, & celles qui n’y tendent qu’vn peu plus fort, caufent la iaune. Comme au contraire la nature de celles, qui le * voyent vers H, ne confifte, qu'èn ce que ces petites parties ne tournoyent pas 11 vifle, qu’cUcsontde couftume lors qu'il n’y a point de caufe particulière qui les en empefehe; en forte que le Verdparoift où elles ne tournoyent gueres moins ville, & le bleu ou elles tournoyent beaucoup moins vide; Et ordinairement aux extrémités de ce bleu il fe méfié de l’incarnat, qui luy donnant ae la viuacité & de l’efclat, le change en violet ou couleur de pourpre. Ce qui vient (ans doute de ce que la mefme caufe, qui a couftume de retarder le tournoyement des parties de la matière fub- Kk a tile.

tile, eftaht alors affesfortepour faire changer de fïtoation a quelques vues, le doit augmenter en celles là,pen- *\ * -;1 dant qa'elle diminue celay des autres. Et en tout cecy la railbn s'accorde fi parfaitement auec l'experience, que • • ie ne croy pas qu’il foit pofC ble, apres auoir bien conneu l’vne & l’autre, de douter c^je la chofe ne foit telle que ie viensde l’expliquer. Car s’il eft vray que le fentiment * que nous auons de la lumière foit caufe par le mouuement ou l’inclination a fe moyuoir de quelque matière qui touche nos yeux, comme plufieurs autres choies te£ moignent, il eft certain que les diuers mouuemensde ccte maticre doiuent caufer en nous diuers fentimens; Et comme il ne peut y auoir d autre diuerfité en ce* inouuemens, que celle que i'ay dite; aufly n’en trouuons nous point d’autre par expérience dans les fentimens. * que nous en auons, que celle -des couleurs. Et il n’eft pas poffible de trouuer aucune chofe dans le criftal M N P qui puifle produire des couleur s, que lafaçon dont ilenuoyelcs petites parties de la matière fubtile vers le linge F G H, & de là vers nosyeux. d’où il eft ce me femble affeseuident, qu’on ne doit chercher autre chofe non plus dans les couleurs que les autres obiets font paroiftre:car l’expericnce ordinaire tefmoigne que la lumière ou le blanc, & l’ombre ou le noir, auec les couleurs de » ». l'iris qui ont efte'icy expliquées, lu ffifTent pour compofer toutes les autres. Et ie ne fçaurois goufter la diltinûiondes Philofophes, quaSdils difent qu’il y eu a qui font vrayes, & d’autres qui ne font que faufles ou apparentes. Car toute leûrvraye nature n’eftant que de paroiftre, c’cft ce me femble vne contradi&ion, de dire, I Discoors Hditiesme. zst qu’elles font faufles, & qu elles paroi fient. Mais l'auoue bien qpe l'ombre & la retraétion ne font pas toufiours neceflaires pour les produire. & ‘qu’en leur place la grofieur.lafignre^fîtoation.&lemouuement des parties des cors quon nommecolorés, peuuent ‘concourir diuerfement auec la lumière, pour augmenter ou dimi» nùer le tournoyement des parties de la matière fubtile.

En forte que mefme en l'arcenciel i’ay douté d’abord, fi les couleurs s’y prodpfoient tout a fait en mefme façon quedanslecriftal MNP: car ie n’y rtmarquois point d’vmbrc qui terminait la lumière, & ne conuoiflois point encore pourquoy elles n’y paroiflbient que fous certains angles Iufquesace qu’ayant pris la plume 8e calculé par le menu tous les rayons qui toibbent for les diuers poins d’vne goutte d’eau, pourfçauoir fous quels angles apres deux refraétions & vne ou deux reflexions ils peuuent venir vers nos yenx; i'aytrouuc qu 'apres vne reflexion & deux réfractions, il y en a beaucoup plus qui peuuent eftre veuslbus l’angle de 41 à 4a degrés, que fous aucun moiiftlre; & qu'il n'y en a aucun quipuifife eftre vû fous vn plus grand. Puis i’ay trouue' aufly qu’aprés deux reflétions 8r d'euxrefra&ionS, ily en a beaucoup plus qui vienent vers l’œil foûs l’angle de' fi à jra degrés, que fous aucun plus grand; & qu’il n’y en a point qui vienent fous vn moindre'. De façon qu’il y a de l’ombre de part & d’autre, qni terminera lumière, laquelle, après auoir pafle par vne infinité' dfe gouttes de pluie efclairébs par le folcifÿ vient vers l’œil fous l’angle de 42 degrés, ou vn peu audefïous, & ainfi caufe le premier & principal arcenciel; Et il y én a aufly qui ter- Kk 3 mine Les Meteores^ mine celle qui vient fous l'angle de yi degrés ou vn peu au deffus, & caufe rarcenciel extérieur, car ne receuoir point de rayons delifmierc en fes yenx, ou en receuoir notablement moins d’vn obiet, qued’vn autre quiluy eft proche, c’e‘ft voir de l’ombre. Ce qui monftre clairement, que les couleurs de ccs arcs font produites par la mefme caufe, que celles qui parodient par Tayde du criftal M N P, & que le demi diamètre de l'arcinterieurne doit point eftre plus grand que de ^2 degrés, ny céluy de l'exterieur plus petit que de yr,- St enfin que le premier doit eftre bien plus limité en fàfiiperficie extérieure qu’en l’interieure;& le fécond tout au contraire. Ainfi qu'il fe voit par expérience. Mais afin que ceux qui fçaucntles Mathématiques puiftent connoiftre, fi le calcul que i’ay fait de ces rayons eft afifés iufte, il faut icy queie l’explique.

Soit AFD vne goutte d’ean, dont ie dinife le demi diamètre C D ou A B en autant de parties efgales que ie veux calculer de rayons, affin d’attribuer autant de lamiere aux vns qu’aux autres. Puis ie cdhfidere vn de ces rayons en particulier, par exemple E F, qui au lieu de pafler tout droit vers G, fe détourné vers K; & fe reflefehift de K vers N, & de là va vers foeil P: oubienfereflefehift eqpore vne fois de N versQ^ Se de là fe détourné vers l’œil R. Et ayant tire' Cia angles droits fur F K, ie connois de ce qui a efté dit en la Dioptrique, qu’A E ou H F, & CI, ont entre elles la proportion par laquelle la refra&ion de l'eau fe mefure. De • façon que fi H F contient 8000 parties, telles qu’AB en contient 1 0000, CI en contiendra environ de 59.84, k <. ■' pourcepourceque la Refra&ion de.reau eft tant foie peu plus grande que de trois a quatre, & pour le plus iuûement quei’aye pûla mefurer, elle eft comme de 187 a ajo. Ayant ainfi les deux lignes H F &CI, ie connois ayfo» ment les deux arcs, FG.qui eft de 73 degrés 6c 44 minutes, & F K qui eft de xotf. 30. Puis oftant le double de l'arc F K, de l’arc F G adioufté à 180 degrdz, i’ay 40, 44. pour la quantité de l’angle ONP, car ie iuppolc O N parallèle a E F. Et oftant ces 40. 44 d'F K,i’ay 4 6 pour l’angle S Q R, car ie pofe auffy S (^parallèle à E F- Et calculant en mefme façon tous les autfes rayons parallèles a EF, qui paflent par lesdiuifions du diamètre A B, ie compofe la table fuiuame. • ^ coaxs Huitiesme. 26$ ■!.. J * L BS M ETE OR ES 2<?4 (la ligne HF la ligne CI l’arc FG- Tare FK l’angle ONP .

Xts 7 4 •• rj, - la ligne HF la ligne CI l'arc FG ■***•; -1!.

%66 Les Meteores,* Etie voy icyque le plus grand angle O N P peut eftrc de 41 degrés 30 minutes, & le plus petit S O R de $u 54, a quoy-adiou liant ou oftant enuiron 17 minutes pour le demi diamètre du foleif, i'ay4i. 47 pour Ieplusgrand demi diamètre de l’arc en ciel intérieur, & yi. 37 pour le plus petit de l’exterieur.

Ilpftvray que l’eau eftant chaude, fa refra&ion eft tant foit peu moiudre, que lors qu’elle eft froide, cequi peut changer quelque choie en ce calcul. Toutefois cela ne fçauroit augmenter le demi diamètre del’arcenciel intérieur, que d’vn ou deux deg rés tout au plus, Sc lors, celuy de le xterieur fera de prefque deux fois autant plus petit. Ce qui eft digne d’eftre remarqué, pourcç* que par là on peut demôftrer que la refra&iô de Leau ne peut eftre gueres moindre, ny plus grande,qûe ie la fuppofç. Car pour peu qu’elle foft plus grande, elle rendroit le demi diamètre de l’arcenciel intérieur, moindre que 41 degrés, au lieu que parla creance commune on luy en donne 43; & lî on la fuppofe aftVs pètite pour faire qu’il foit véritablement de 47, on trouuera que celuy de rexterieure ne fera au Gy gueres plus que de 47, au lieu qu’il parcift a l'œil beaucoupplus-grâd queedapdefintericur. Et Maurolycus, qui eft rc croy le premier qui a déterminé l'vn de 4 y degrés-, détermine l’autre d enuiron jtf. Cequi monftre le peu de foy qu’on doit adioufteraux obferuations qui ne font- pas accompagnée de lavraye raifon. Aurefteien’ay pas eu de peine a connoiftrepourquoy le rouge eft en dehors en l’arcenciel intérieur, ny pourquoyil eft en dedans en l'extérieur- Çar la mefinecaufe pour laquelle c’eft vers F, plutoft .Discours Hditiesme- ity que vers H, qu’il paroift • au trauers du criftal M N * s s P, fait que fi, ayant l’oeil en la place du linge Manc \.. F G H, on regarde ce crisA J ftal, on y verra le rouge \ vers fa partie plus efpaifle V:» J MP, & le bleu vers N.

teint w pvV: -f ^ poureeque le rayon ^ j de rouge qui va vers F, v, *6 foleil la plus auancee vers * U MP:Et ccte mefme caufe fait aufly que le centre des . fequent leur plus efpaifle partie, eftant en dehors au refpeâ des poins colorés qui forment l’arcencicl intérieur, le rouge y doit paroiftre en dehors; & qu’eftant en dedans au refped de ceux qui forment l'exterieur, le rouge y doit aufly paroiftre en dedans.

Ainfi ie croy qu’il ne refte plus aucune difficulté' en cete matière, fi ce n’eft peuteftre touchant les irrégularités qui s’y rencontrent. Comme lorfque* l’arc n’eft pas exaâemcnt rond, ou que Concentre n'eftpas en la ligne droite qui pafle par i’œil& le foleil. ce qui peut arrioer fi les vens changent la figure des gouttes de pluie, car elles ne fçguroient perdre fi peu de leur rondeur, que cela ne face vne notable différence en l'angle, fous lequel les couleurs doiuent paroiftre. On a vû aufly quelquefois, a ce qu'on ma dit, vn arc-en-ciel tellement rennerfë que tes cornes eftoienttournecsvers en hanlt, comme eft icy reprefenré' F F. Ceque ie ne fçaurois iuger êftre arriiic que par la reflexion des rayons du foleil donnans fat. Peau de la mer, ou de quelque lac. Comme fi vénans de la partie du ciel S S, ils tombent fur l’eau D A E x & delà fe reflefchiflent vers la pluie C F, l’œil fl verra Parc F F, 4ont le centre eft au point C, en forte que C B eftant prolongé iufques à A, & A S paflknt par le centre du foleil, les angles S A D & B A E foient e/gaitx, & que l’an-' gie C B F foit d’enuimn 42.degrc& Toutefois il eft auflv requis a cet effe<ft, qu’il n’y ait point du tout de vent qui trouble la face de l'eau vers E, & peuteftre auec cela qu'ily ait quelque nue, comme G, qui empefehe que la lum iere du foleil allant enligne droite vers la pluie n'efface pelle que cete eau E y enuoye.«d’où vient qu’il n’arnue que rarement. Outre cela l’œil peuteftre en telle * 4 • ' fitua- Discours Huîtïesme. *éy fituation, au refpeâ du Soléil & de la pluie, qu'on verra la partie inferieure qui acheue le cercle de l’arcenciel, * ians voir la fuperieure: &auffi qu'çu la prendra pour vu arc ronuerfé: nonobftant qu'on ne la verra pas vers le ciel, mais vers l'eau, ou vers la terre. ’.• 4 Onm’adit aufly auoirvû quelque fois vu ’troifiefmc arc-en-ciel au deiïus des deux ordinaires^mais qui eftoit beaucoup plus foible,' & enuiron autant efloigné du fécond que le fécond du premier. Ceque ie ne iuge pas pouuoir èftre arriuc',fi ce n'eft qu'il y ait eu des grains de grefle, fort ronds, & fort trànfparens, méfiés parmi la pluie, dans lefquels la refraâion eftant notablement plus grande que dans l’eau, I*arc-en-cîel extérieur aura dcu y eflre beaucoup pîds grand,1 & ainfi paroiftre au defTus de l’autre. Et pour l’interiéur qui par mefme railôn aura deu eftreplus petit que l'intérieur de la pliiie, il fe peut faire qu’il n*anra point efté remarqué, a Caufe du grand luftre de cetuycy: oubien que leurs extrémités s 'eftant jointes on ne les au racontés tous deux que pour vn. mais pour vn dont les couleurs auront eft c autre- \ ment difpofecs qu’a l’ordinaire..

Et cecy me fait fouuenir d'vne inuention pour taire paroiftre des lignes dans le ciel, qui pourroient caufètr grande admiration a ceux qui en ignoreroient les rai-Ibns.'Tefuppofc qnevousfçaue's défia la façon de faire voir l'arc* e»c ici par le moyen d'vne fontaine. Comme fi l’eau qui fort par les petits trou/s A B C, fautât aflfés haut, s’efpand eu l’air de tous coftés vers R, & que le foleil Ibit vers Z, en forte que Z E M eftât ligne droite l’angfj MER puiflo eftre d?enuiron degrés, l’œil E ne man-’>v. Lf? qœra querapas de voir l’iris vers R, tout femblable à celuy qui paroift dans le ciel. A quoy il faut maintenent adioufter qu’if y a des huiles, des eaux de vie, & d'autres liqueurs, dans lefquelles la refra&ion fe faiq notablement plus grande ou plus petite qu’en l’eau commune, & qui ne font pas pour cela moins claires & tranfparentes. En forte qu'on pourrait difpofer par ordre plufieurs fontaines; dans lefquelles y ayant diuerfcs de ces liqueurs, on y verroit par leur moyen toute vne grande partie du ciel pleine des. couleurs de l'iris: a fçauoir en faifânt que les liqueurs, dont la refradhon feroit la plus grande, fuflent les plus proches des fpe dateurs,- & qu'elles ne s’efleuaflent point fi hault, qu'elles empefchafient la veuë de celles qui feroient derrière. Puis a caufe que fermant vne partie des troux ABC onpeu^fâire difparoiftrc telle partie de l'iris R R qu’on veut, fans ofier les: autres, il eftayfé a entendre que tout demefine,ouurant & fermant a propos les troux de ces diuerfês fontaines, on pourra faire que ce qui paroiftra colorë ait lafiguf Di scours Ha i txesmb. *71 re d'vne croix, ou d'vne colomoe, oa de quelque autre telle chofe, qui donne fuiet d'admiration. Mais i'auoue qu'il y faudroit de l'adrefTe & de la defpenfe, affi n de pro-* portion ncr ces fontaines, & faire que les liqueurs y fau- • raflent fi hault, que ces figures peuflent eftre yeuës de fort loin par tout vn peuple, fans que l'artifice s’en do* couurift.

DE LA COVLEYR DES NVES, Et dos cercles ou couronnes qu'onvoit quelquefois autour des aftrcs. * . • * À Puis ce que i'ay dit de la nature des couleurs, ie -^•ne croy pas auoir beaucoup de chofes a adioufter touchant celles qu'on voit dans les nues. Car première* ment pour ce qui eft de leur blànchenr 6c de leur obfcu-,. ritd ou noirceur, elle ne procédé que de ce quelles font plus ou moins exppf&s a la lumière des aftres, ou a l'ombre, tant d'elles mcfmes, que deleurvoyfines. Et il y a feulement icy deux chofes a remarquer. Dont l'vne eft «jue les fûperficies des cors tranfparens font reflefehir vne partie des rayons qui vienent vers elles, ainfi que i'ay ’ diteydeflus. cequi eft eanfe que la lumière peut mieux penetrer au trauers de trois picques d’eau, qu'elle ne fait autrauers dVnpcu d’efeume, qui n’eft toutefois autre choie que de l’eau, mais en laquelle il y a plufieurs fuperficies dont la première faÜàot reflefehir vne partie de cete lumière, & la fécondé vne autre partie* & aiflfi de * fuite, il n’en reftebientoft plus du toutou prefque plus qui paffe outre. Et c*fcft aiofi que ny le verre pilé, ny la neige, ny les nues lorfquclles font vn peu elpaiffes, ne pèuucnteftretranfparentes. L'autre chofc qu'il y aicÿ a remarquer, eft, qu’encore que l'a&ion des cors lumineux ne (bit que de poufler en ligne droite la matière fiibnle qui touche nos yeux, toutefois le taouyement ordinaire des petites parties de cete matiere,au moins de celles qui font en l’air autour de nous, eft de rouller. en mefme façon qu'vne baie roulle eftant a terre, encore qu’on ne lait pouffee qu'en ligne droite. Et c# font proprement les cors qui Jes font rouller en cete forte qu'on nomme blancs. Comme fontffans doute, tous ceux qui ne manquent d’eftre tranfparens qu'a caufo de la multitude de leurs fuperficies. Tels que font Pëfcume,Ie ver- f re pilé, la neige, &lesnnës. En faite dequoy on peut' entendre pourquoÿ le ciel, eftant fort pnr & defehargé de tous nuages, paroift bleu, pourvft qu’on fçaehequé. de lny mefme il ne rend aucune clarté', & qu’il paroiftroit extrêmement noir, s’il ny auoit point du tout d’exÜalai-, fonsny de vapeurs aùdeffus de nous, mais qu’il y ea a toufiours plus ou moins qui font reflefehir quelques rayons vers nos yeux, c'cft a dire qui repouffebt vejs nous les petitesparties de la matière lubtile que lefoleil ou les autres aftresont pouffé' contre elles-- 8t lôrfque ce? vapenrs fontenâffé's grand nombre, la matjere fubrilé eftant repouffée vers nous par les premières* en rencon-, tre d’autres après qui font rouller & tournoyer fes pénates parties, auant quelles pararcnehta dbos/ Cfequi fait • «lors Discours Neufiesmi. 27$ dors paroiftre le ciel blauc; Au lieu que fi elle n’en rencontre allés pour faire ainli tournoyer fes parties, il ne doit paroiftre que bleu, fuiuant cequi a elle tantoft dit de la nature de lacoulcur bleue. Et c’eft la mefme caufe qui fait auflfy que l'eau delà mer, aux endroics où elle eft fort pure & fort profonde, femble eftre bleue, car il ne fe reflefehift de là fuperficie que peu de rayons, & aucun de ceux qui la pénétrent ne reuient. De pjus on peut icy entendrepourquoylouuent, quand le Ibleilfe couche ou le leue, toutlecofte'du ciel vers lequel il eft paroilt rouge: cequi arriue lorfqu’ilny a point tant de nues, ou plutoft de brouillas, entre luy & nous, que fa lumière ne puifle les trauerfer;mais quelle ne les trauerfe pas fi aylèment tout contre la terre, qu’vn peu plus hault; ny fi ayfêmeut vn peu plus hault, que beaucoup plus hault: car il eft euident que cete lumière, fouffrànt refraélion dan» ces brouillas, détermine les parties de la matière fubtile qui latranfmettent, a tournoyer en mefme fens, que fcroit vnc boule qui viendroit du mefme colle en roullant fur terre, de façon que le tournoyement des plus bafies eft toufiours augmenté par l'aâion de celles qui lôht plus hautes, a caufe quelle eft fuppofeeplu* forte que la leur, & vous fçaués que cela fuffift pour faire paroiftre la couleur rouge, laquelle fe reftefchilTant apre's dans les nues, fe peut eftendre de tous collés dans le ciel. Et il eft a remarquer que cete couleur paroiflànt le matin prelagedes vensou de lapluie, à caule quelle tefinoigne, qu'y ayant peu de nues vers l'Orient, le folcil pourra efleuer beaucoup de vapeurs auant le midy, & que les brouillas qui la font paroiftre commencent a monter- Au M m lieu 274 Les MeteoresI lieu que le foir elle tefraoigne le beautems ] a caufe que ny ayant que peu ou point de nues vers le couchant, les vens Orientaux doiuentregner, & les brouillas deftendent pendant la nuit.

- le ne m'arefte point a parler plus particulièrement des autres couleurs qu’on voit dans les nues, car ie croy que les caufes en font toutes affés comprifes en ceque iay dit. mais il paroift quelquefois certains cercles autour des aftres, dont ie ne dois pas omettre l’explication. Ils font femblables a l’arc-en-ciel en ce qu’ils font ronds,on pref. que rons, & enuironnent toufiours le foleil ou quelque autre aftre: cequi monftre qu’ils font caufés par quelque reflexion ou refradtion dont les angles font a peu près tous efgaux. Comme aufly en ce qu’ils font colorés: ce qui monftrequ’il yade larefra&ion, &de l’ombre qui •limite la lumière qui les produift. Mais ils different en ceque l’arc-en-ciel ne fe voit iamais, que lors qu’il pleut a&uellement au lieu vers lequel on le voit, bienque fouuentilne pleuue pas au lieu où eft le fpedfcateur 5 Et eux ne fe voyent iamais où il pleut. Ce qui monftre qn’ils ne font pas caufés par la refradtion qui fe fait en des gouttes d’eau ou en de la grefle, mais par celle qui fe fait en ces petites eftoiles de glace tranfparentes, dont il a efte'parle'cydeffus. Car on ne fçauroit imaginer dans les nues aucune autre caufe qui foit capable d’vn tel effedt. & fi ou ne voit iamais tomber de telles eftoiles que lorfqu’il fait froid, la raifon nous affure qu’il ne laiffe pas de s’en former en toutes faifons-. Mefme a caufe qu'il eft befoin de quelque chaleur, pourfaireqne de blanches qu’elles font au commencement elles deuienent tranfparentes, ainfi Discours Neufiesme. 27J ainfi qu'il eft requis a cet efFe<ft, il eft vray femblable que l'eftéy eft plus propre quel’hyuer. Et encore que la plus part de celles qui tombent, paroiflent a l’œil extrêmement plates &vnies, il eft certain neanmoins quelles (but toutes quelque peu plus efpaifles au milieu qu'aux extrémités, ainfi qu’il fe voit aufly a l’œil en quelques vnes, & félon quelles le font plus ou moins, elles font paroiftre ces cercles plus ou moins grands: car il y en a fans doute de plufieurs grandeurs; & fi ceux qu’on a le plus fouuent obferucs ont eu leur diamètre d'enuiron 47 degrés, ainfi que quelques vns ont efcrit,ie veux croyre que les parcelles de glace, qui lescaufent de cete grandeur, outlaconuexité qui leur eft la plus ordinaire, & qui eft peuteftre aufly la plus grande qu’elles' ayent couftumc d’acquérir lànsacheuer entièrement de fe fondre. Soit parexempleABClefoleil, D l’œil, EFG plufieurs petites parcelles de glace traufparentes, arrengées cofte a cofte les vnes des autres; ainfi qu’elles font en le formant; & dont la conuexité eft telle, que le rayon venant par exemple du point A fur l’extremité de celle qui eft marquée G, &s du point C fur l’extremite’ de celle qui eft marquée F, retourne vers D; & qu’il en vient vers D plufieurs autres de ceux qui trauerfenr les autres parce!-les de glace qui font vers E, mais non point aucun de ceux qui trauerfent celles qui font au delà du cercle GG: Il eft manifefte qu’outre que les rayons A D, C D, & femblables, qui pafleut enligne droite, font paroiftre le foleil de fa grandeur accouftumeé,les autres qui fouffrent refra&ion vers E E.doiuent rendre toute l’aire comprife dans le cercle FF afles brillante, & faire que fa cirçonfe-Ç..V * Mm 2 rencè rence entre les cercles FF, & G G, foit comme vue couronne peinte des couleurs de l'arc- en- ciel: Et mefme que le rouge y doit eftre en dedans vers F * & le bleu en dehors vers G, tout de mefme qu’on a couftume de l’obferuer. Et s’il y a deux on plusieurs rangs de parcelles de glace l’vne fur l’autre j pourvû que cela n’enipefche point que les. rayons du foleil ne les traperfent, ceux de ces rayons qui en trauerferont deux par leurs bords. Ce courbans pref. que deux fois autant que les autres, produiront encore vn autre cercle colord, beaucoup plus grand en circuir, mais moins apparent que le premier; en forte qu’on verra pour lors deux couronnes l'vne dans l'autre, & dont,1’interieure fera la mieux'peinte. Comme il a aufly cftd quelquefois obferuc'. Outre cela vous voyds bien ^ourquoy ces couronnes n’ont pas couftume de feformer autour *74 Les Meteorbs.

tour des affres quifont fort bas vers l’horizon, car les rayons rencontrent alors trop obliquement les parcelles de glace pour les trauerfer; Et pourquoy leurs couleurs ne font pas fi viues que les fienes. car elles font caufdes par des refraétions beaucoup moindres; Et pourquoy elles paroifTent plus ordinairement que luy autour de la lune, & mefmefc remarquent aufly quelquefois autour des efloiles, a fçauoir lorfque les parcelles de glace interposes n'eftant que fort peu conuexes les rendent fort petites; car d’autant quelles ne dépendent point de tant de réflexions- & refradtions que l’arc-en-ciel, la lumière qui les caufc n'a pas befoin d’eftre fi forte. Mais fouuent elles ne paroifTent que blanches, non point tant par faute de lumière, que poureeque la nratiere où elles fe forment n'eft pas entièrement tranfparente.