cer vers le cofté droit, en deux fois autant de temps, qu’elle en a mis à pafler depuis la ligne AC,iufques à H B, elle doit faire deux fois autant de chemin v.ers ce. mefme cofté, Et par confequenc arriuer h quelque point ’ de la ligne droite FE, au mefme inftant quelle arriue auflî à quelque poiut de la circonférence du cercle À F D. Ce qui feroitimpoffible, fi elle n'alloit vers I, d'autant que c’eft le leul point au deffous de la toile CB E,où. le cercle A F D, & laligne droite F E, s'entrecoupent.
Penfous maintenant que la baie qui vient d'A, vers D, rencontre au point B, non plus vne toile, mais de l’eau, dont la fiiperficie CBE luy oftc iuftement la moitiede fa viteffe ainfi que faifoit cette toile. Et le refte pofë comme deuant, ie dis que ceftet>ale doit paffer de B en ligne droite non vers D, mais vers I. Car premieremenr il eft certain, que la fuperficie de l'eau la doit détourner vers lit en mefine façon que la toile, vû qu'elle luy ofte tout autant de là force, & qu’elle luy eft oppofëe en mefme fens. Puis pour le refte du cors de l’eau qui remplift tdùc l'efpace qui eft depuis B iufques à I, encores qu’il luy refifte plus ou moins que ne faifoit Pair que nous y fuppofions auparauant, ce n'eft pas à dire pour cela qu’il doiue plus ou moins la détourner; car il ie peut ouurir pour . t » pour luy faire paflfage tout auffi facilement vers vn codé - que vers vn autre, au moins fi on fuppofe toufiours, comme nous faifons, quenylapefanteurou Iegerete'de** celte baie, nyfagroffeur, ny fa figura, ny aucune autre telle caufc eftïangere ne change fon cours. Et on peut icy remarquer, qu'elle eft d’autant plus detournee par la fu-' perficie de l'eau ou de la toile, qu'elle la rencontre plus obliquement, en forte que fi elle la rencontre à angles droits, comme lors quelle eft poufTée d* H, vers B, elle doitpafier outre en ligne droite vers G fans aucunement fe détourner. Mais fi elle eft poufTéé fuiuant vne ligne, comme A B, qui foitfi fort inclinée fur la fuperficie de l'eau ou de là toile CBE, que la ligne FE cftant tirée, comme tantoft, ne. coupe point le cercle A D, cetc baie ne doit aucunement fapene- , mais reiaillir de fa fuperficie B, vers l’air L,tout de mefnie que fi elle y auoit reucontr d’de la terre. Ce qu’on a quelque fois experimëtéauec regret,lors que fàifant tirer pour plaifir des pièces d’ Artillerie vers le fous d’vne riuiere, on a blcfle ceux quieftoyent de 1 autre codé fur le riuagc.
Mais faifons encore icy vne autre fuppofirion, &penfonsquela baie ayant efté premièrement pôufféed’A, vers B, eft pouffée derechef eftant au pqjnr B, par la raquette CBE, qui augmente la force de fon mouuemeut, par exemple, d'vu tiers, en forte qu’elle puifle * C 2 faire.
• 20 ' La Dio PT RI QUE • faire par après autauc de cheminen deux momens, quelle en faiioiceo trois auparauaoc. Ce qui fera le mefme •. effeéfc, que fi eble rencontroit au point B vn cors de telle nature,qu'elle pallàft au traners de fa fuperficie CBE, d'vn tiers plus. facilement que par lair. Et il fuit manifèftement de ce qui a efté défia demonftré', que fi Ion deferit le cercle AD comme deuant,& les lignes A C, H B, F E* en telle forte qu’il y ait d'vn tiers moins de diftance entre FE & H B, qu’entre H B & A C, le point I,ou la ligne droite F E,& la circulaire AD, s’entrecoupent, defignera le lieu vers lequel celle baie eftantau point B, le doit détourner.
* Ôr on peut prendre aulfi le reuers de cette conclufion &dire que puis qucla baie qui vient d'A en ligne droite iulques à B.fedetourne eftant au point B, & prend Ion cours de là vers I, cela fignifie que la force ou facilité, dont elle entre dans le cors CBE I,cft à celîe.donc elle fortduçors A CBE, comme la diftance qui eft entre A C.& H B, à celle qui eft entre H B & Fl, c'cftà dire comme la ligne CB eft à B E.
En fin d’autaqt que ï’aéfcion de la lumière fuit encecy les inefmes loix que le mouuemeut de cette baie, il faut dire que lors que fes rayons paftent obliquement. j - -, *. d’vn V Discours Second.. ' a* d’vn cors tranfparant dans vn autre, qui les reçoit plus ou moifis facilement que le premier, ils s’y détournent 'entelleforte,qu’ilsfetrouuenttoufiours moins inclinés fur la.fuperficie de ces cors, du cofté où eft çeluy qui les reçoit le plus ayfement, quedu cofté où eft l’autre; ce iuftement à proportion de ce qu’il les reçoit plus ayfement que ne lait l’autre. Seulement faut-il prendre garde que cette inclination fe doit mcfurer par la quantité des lignes droites, comme CB ou AH, & E B ou IG, &femblables, comparées les vnes aux autres j non parcelle des angles, tels que font A B H, ou G B I» ny beaucoup moinsparcelledesfemblablesaP B I, qu’on nomme les angles de Refjaétion. Car la railbn ou proportion qui eft entre ces angles, varie à toutes les diuerfes inclinations des rayonsj au lieu que celle qui eft entre les lignes AH & I G ou femblables, demeure la mefme en toutes les refraétions qui font eau fées par les melmes çors. Comme par exemple, s’il palfe vu rayon dans ' l’air d’A,vers B, qui rencontrant au point B la fuperfiçje *i du verre C B R, fe détourne vers I dans ce verre -, & qu’il en viene vn autre de K •vers B, qui fe détourné vcrsLj&vn autre de P vers R, qui fe détourné uers S; il doit y auoir mefme proportion entre les C 3 lignes 22 ' «La DiOPTRÏQUE 1 G, mais non pas la mefme entré les angles KBM & LB N, ou P RQ & S RT, qu’entre ABH &IBG.
Si bien qne vous voyés maintenant en quelle forte’ fe doiuent mefurer les refradlionS; & encores que pourdeterminer leur quantiié;entant qu’elle dépend de la Nature particulière des cors où elles (e font, il fbit befoin d'en venir a l’experience, on ne laide pas de le pouuoir. faire a des certainement & ayfemeut, depuis qu’elles font ainfi toutes réduites fous vne mefme mefure rcar il fuffit de les examiner en vn feul rayon pour cognoiftre toutes celles qui le font en vne mefme fuperficie; & onpeut euiter toute erreur, fi on les examine outre cela en quelques autres. Comme fi nous voulons fçauoir la quantité' de celles qui fe font en la fuperficie C B R,qui fepare l’air A K P, du verre LIS; nous n'auons qu'à 1 îe/prouuer en celle du rayon A B I, en cherchant la proportion qui eft entre les lignes AH & IG. Puis fi nous craignons d’auoirfàilli en celle experien- • ce, il faut encores l’e/proùuer en quelques autres rayons, comme K B L, ou.P RS, & trouuant mefme proportion de KM aL N, & de P QJi ST, que, d’ A H à IG, nous n'aurôs plus aucune occafiô de douter de la vérité*.
• _ Mais Discours Second. 2$ Mais peuteftre vous eftonnerés vous en faifant ces expériences, de trouuer que les* rayons de la lumière s’inclinent plus dans l'air, que dans l'eau, fur les fuperficies où fe fait leur refra&ion j & encores plus dans l’eau que dans le verre /tout au contraire d’vne baie qui s’incline davantage dans l'eau qqe dans l’air, & ne peut au -cunementpafler dans Je verre. Car parexemple,lî c'eft vne baie, qui eftant poufle'e dans l’air d’A,vers B, rencontre au point B la fuperficie de l’eau C B E, elle fe détournera de B vers V; & fi c’eft vn rayon, il ira tout au contraire de B, vers I. Ce que vous ceffe rés toutesfois de trouuer eftrange, fi vous vous fouuenes de la nature que ray attribue^ a la lumiere,quand i’ay dit qu’elle n'eftoit autre choie, qu’vn certain mouuement ou vue àâion receuë en vne matière tres-fubtile, qui remplift les pores des autres cors; & que vous confidederiës, que comme vnë baie perd d’avantage de lôn agitation, en donnant contre vn cors mou, que contre vn qui eft durj & qu’elle roule ipoiné ayfement fur vn tapis, que fur vne table toute nuë. ainfil’aâion decefte matière fubtile, peut beaucoup plus eftre empelchée par les parties de l’air, qui eftant comme molles & mal-ioiutes, ne luy font pas beaucoup de refiftance, que par celles de l’eau, qui luy en font d’auantage -r & encores plus par celles de l’eau, que par celles du verre, ou du criftaL . -. En En forte que d’autant que les petites parties d’vn cors tranfparânt font plus dures & plus fermes, d’autant laiffent elles pafler la lumière plus ayfoment, car cette lu; miere n’en doit pas chafler aucunes hors de leur places, ainfi qu'vne baie en doit chafler de celles de l’eau, pour trouuer paflage parmy elles. ' ' '. - Aurefte, Içachant ainfi lacaufe des refra&ions qui • fe font dans l’eau, &dans le verre, & communément en tous les autres cors tranfparans qui font autour de nous, on peut remarquer qu’elles y doiuenteftre toutes femblableS, quand les rayons fortent de ces cors, & Voycsia quand ils y entrent. Comme file rayon qui vient d’A, l alpage Cn vers B, fe détourné de B, vers I, en paifant de l’air dans le * verre, celuv qui reviendra d’ I, vers B, doit auifi fe détourner de Envers A. Toutesfois il fo peut bien trouuer d'autres cors, principalementdans le ciel, où les refrar étions procédant d’autres caufos, ne font pas ainfi réciproques. Et il fe peut aufly trouuer certains cas, aufquels les rayons fo doiuent courber, éneores qu’ils ne paflent que par vn foui cors tranfparant. ainfi que (e courbe fouuent le mouuement d'vne baie, pource qu'elle' eft détournée vers vn coflfo par fo pefonteur, & ver? vn autre par l’aétiqn dont on l’a pouflde; ou pour diverfes autres raifons. Car en.fin i’dfo dire que les trois coraparaifons, dont ie viens de me foruir, font fi propres, que toutes les particularités qui s’y peuuent remarquer, fe raportent à quelques autres qui fo trouuent > toutes fomblables ep la lumière: mâisien’ay tafehe' que -d'expliquer celles qui faifoient fo plus à mon fuiet. Et* ie ne vous veux plus faire icy confiderer autre chofe, fi- ‘Discours Second. sy non que les fuperficies des cors tranlparens qui font courbées, détournent les rayons qui paient par chacun • ^ de leurs poins, en mefine forte que feroient les fuperficies plattes, qu'on peut imaginer toucher ces cors aux raefmes poins. Comme par exemple, Jarefradtion de$ rayons A B, A C, A D, qui venans du flambeau A, tombent for la foperficie courbe <ie la boule de cri ftal B C D, doit eftre confidcrdc en mclme forte, que fi A B tomboit for la fupcrficie plate E B F, & A C for G C H, & À D fur I D K, &aiofi desautres. D’où vous voye's que ces rayons fcpcuuent aflembler, ou e fearter diû er fem ent, félon qu'ils tombent fur des fuperficies qui font courbées diuerfement. Et il cft temps que ic commence à.vous defcrirc,qu’elle eft la ftrudture del’ocil,afin de vous pouuoir faire entendre comment les rayons, qui entrent dedans, s'y dilpofcutpourcaufer lefontimcntdelâ veuë.
'Jfc La Dioptriqjie * DE LO’EIL.
cDifcours cTroifiefme.
S I l eftoit poffible de couper l’œil par la moitié, fi»s qucleshqueurs dont il eft rempli s’efcoulaffenc, ni qu’aucune de Tes parties changeait de place, & que le plan de la fedtion paflaft iuftement par le milieu de la prunelle, il paroiftroit tel qu’il eft reprefepté en celte figure. AB C B, eft vne peau alTés dure & efpaifle, qui compofe comme vn vâze rond dans lequel toutes lès parties intérieures font con- * tenues. DEF, eft vne autre peau plus deliée, qui eft tendue ainfi qu’vne tapiflerie au dedans de la precedente. Z H, eft le nerf nomme optique, qui eft corapolè d’vn grand nom* bre de petits filets, dont les extrémités s’eftendent en tout l’efpace G H I, où fe méfiant auec vne infinité' de petites veines & arterçs, elles compofentvnefpecedechaircxtremcment tendre & délicate, laquelle eft comme vne troifiefrae peau, qui couure tout le fons de la fécondé. K L M, lont trois fortes de glaires du humeurs fort tranfparentes, qui remplit fent tout l’efpace contenu au dedans de ces peaux, & ont chacune la figure, en laquelle vous la. voyes icy repre- . Tentée.
. a* * VTi S COQ RS T ROI SI ES ME. 27 tentée. Et l’experience monftre, que celle du milieu L, qu'on nomme l’humeur criftaline, caufe à peu près mefme refra&ion que le verre ou lecriftal; & que les deux autres K & M la caufènt vnpeu moindre, environ côme l’eau cômune, en forte que les rayons de la lumière, paffent plus facilement par celle de milieu, que par les deux • autres- & encores plus facilement par ces deux, que par l’air. En la première peau, la partie B G B eft tranfparëte, & vn peu plus voûtée que le refte B A B. En lafecondc,la luperficie intérieure de la partie EF, qui regarde le fons de l’œil, eft toute noire & obfcure; &elle a au milieu, vn petit troli rond F F, qui eft ce qu'on nomme la prunelle, &qui paroift fi noir au milieu de l’œil, quand. on le regarde par dehors. Ce trou n'eft pas taufiours de mefme grandeur, & la partie EF de la peau en laquelle. il eft, nageant librement dans l’humeur K, qui eft fort liquide, fèmble eftre comme vn petit mulcle, qui te pcût eftrecir & eflargir à mefurc qu'on regarde des objets * plus ou moins proches, ou plus ou moins efclairés, ou qu’on les veut voir plus ou moins diftindteraent. Et vous pourrés-voir facilement l'experience de tout cecy en l'œil d’vn enfant, car fi vous luy faites regarder fixement vnobiet proche, vous verrés que fa prunelle deuiendra vnpeu plus petite, que fi vous luy en faites regarder vn plus cfloigné', qui ne foit point auec cela plus efclaircf Et derechef qu’encores qu'il regarde tou fiours le mefme obier, ill’aura beaucoup plus petite, eftant eh vnc chambre fort claire r que fi en fermant la plus part des feneftres on la rend fort obfcure.. Et en-fin que demeurant au mefme iour, & regardant le mefme obiet, *. D a s'il s’il tafche d’en diftinguer les moindres parties, là prunelle fera plus petite, que s'il ne le confidere que tout entier, & fans attention. Et notés que ce mouuement doit eftre appelé volontaire, non-obftant qu'il foit ordinairement ignore" de ceux quiicfont.ctfrii ne laifle pas •. pour cela d'eftre dépendant, & de future de la volonté7 qu'ils ont de bien voir; ainfi que les mouuemens des le -ures & de la langue qui feruct à prononcer les paroles, fe nomment volontaires, à caufc qu’ils fuiuentde la volon-• te'qu’onàde parler, nonobltant qu’on ignore fouuent.quels ilsdoiucnteftreponrferuira la prononciation de chaque lettre. EN, EN, font plufieurs' petits filets noirs, qui embraflent tout autour l'humeur marquée L, 8c ^ qui naiflans auffi de la fécondé peau,en l’endroit ou la troificfme fe termine, fêmblent autant de petits tendons, par le moyen defquels cette hu- # meur L deuenant tantoft plus vouçée, tantoft plus platte, felon l’intention qu’on a de regarder des obiers proches, ou cfloigne's, change vn peu toute la figure du cors de l’œil. Et vous pouuc's cognoiftre ce mouuement par expérience, car fi lors que vous regarde^ fixement vne tour ouvnemontaigneunpeuefloignéc, onprcfcnte vnliuredeuant vos yeux, vous n'y pourrés voir di ftin&eincnt aucune lettre, iufques à ce que leur figure foit vn peu changée. Enfin O O, /ont fix oti ■ kf* . ‘<*V ■ t Discours Troisiesme. • 29.
Icptmufcies attachés à l’œil par dehors, qui le peuueut mouuoir de tous colles, & mefme auffi, peut cftrc, en le preflant ou retiraoc,ayder à changer là figure. Ielaifle à deflein plufieurs autres pafricularites qui fe remarquent en celle matière, & dont les Anatomiftes groflîflènt leurs Iiurcs-, car ie croyquc celles que i'ay mifes icy, fofiîront pour expliquer tout ce qui fert à mon fuiet, & que les autres que i'y pourrois adioufter, n'aydant en rien voftre intelligence, ne teroyent que diuertir voftrc attention.
DES SENS EN GENERAL.* • "XT A is il faut que ie vous' die maintenant quelque ^^chofe de la Nature des fens en general, afin de pouuoir d’autant plus ayfcment expliquer en particulier ccluy de la veuë. On fçait défia a fies que c’dt l’dme qui lent, & non le cors: car ap. voit que lors cpi’ellc cft diuertiepar vnc extafc ou/ort.c contemplation, tout le cors demeure lànsfcntiment, encores qu’il y ait diuers obiedts qui le touchent. Et on fçait que ce n’eftpas proprement, entant qu 'elle elt dans les membres qui leruent d’organes aux fens extérieurs, qu’elle, fent, mais entant quelleeftdanslecêrueau, où elle exerce cette faculté qu’ils apellent le fens commun j car ou voit des blefiures & maladies qui n’offenfant que le cerucau leul, empelchentgeneralementtous les fens, encores que le relie du cors ne laifie point pour cela d’eitre anime. En D 3 fia 3o T'a Dioptrioue fin on fçairque c’eft par l'entre mife des Nerfs, que les imprc/fions que font les obiets dans les membres extérieurs, paruienët iufques a l’ame dans le cerueau: car on voitdiuersaccidens, quine nuifant à rien qu'à quelque Nerf, oftent le fentiment de toutes les parties du cors, où ce Nerf enuoye ces branches, fans rien diminuer dfc celuy des autres. Mais pour fçauoir plus particulière* ment en quelle forte l'ame demeurant dans le cerueau, peut ainfi par l'entremife des Nerfs, reêeuoir les impréflîons des obiets qui font au dehors, il faut diftinguer trois chofes en ces Nerfs; à fçauoir premièrement les 9 peaux qui les enuelopent, &• qui prenant leur origine de cellesquienuelopent le cerueau, font comme de petits tuyaux diuife's en plufieurs branches, qui fèvfent efpandre ça & là par tous les membres, en mefmc façon que les venes & les arteres. Puis leur fubftance intérieure, qui s’eftend en forme de petits filets tout le long de ces tuyaux, depuis le cerueau, d'où elle prend fon origine,iufques aux extrémités des autres membres, oùelle s’attache; *en forte qu'on peut imaginer en chacun de ces petits tuyaux, plufieurs de ces petits filets independans les vns des autres. Puis enfin les efprits animaux, qui font comme Vn air ouvn vent tres-fubtil, qui venant des chambres ou concauitcs, qui font danslecer-\ieau, s’efcoule par ces mefmes tuyaux dans les mufcles.
Or les Anatomiltes & Médecins auoiicnt aff<&, que ces trois chofes fe trouuent dans les Nerfs; mais il ne me lembie point qu'aucun d'eux en ait encores bien diftingue les vfages. Car voyant que les Nerfs ne feruenppas feulement à donner le fentiment aux mefnbres, mais auffi Discours Quatrie sm b. jr aufîî à les mouuoir, & qu'il y a quelque fois des paralyfics, qui oftent le mouuement, fans ofter pour cela le fentiment; tantoft ils ont dit, qu'il y auoit deux fortes de Nerfs, dont les vns ne feruoyent que pour les feus, & les autres que pour les raouuemens; & tantoft que la facultédefentir,eftoit dans les peaux ou membranes, 8c que celle de mouuoir, eftoit dans la fubftance intérieure des Nerfs» qui font ebofes fort répugnantes a rexperience & a la raifon. Car qui a iammais pu remarquer aucun Nerf, qui feruift au mouuement, (ans feruir auffi à quel-.
quefens? Et comment, fi c’eftoitdes peaux que le fen* timent defpendift, les diuerfos-impreffions des obiets pou rroyent elles par le moyen de cespeaux parueniriuk ques au cerueau > Afin donc d’euicer ces difficultés, il faut penfer que ce font les efprits, qui coulauspar les Nerfs dans les Mufcles, &les enflans plus ou moins, tantoftlesvns, taûtoft les autres, félonies diuerfes façons quele cerueau les diftribue, caufent le •mouuement de tous les membres: & que ce font les petits filets, donc la fubftance intérieure de ces Nerfs eft compofe'e, qui feruent aus fens. Et d'autant que ie n’ay point icy befoin de parler des mouuemens, ie defire feulement que vous concernés, que ces petits filets eftans enfermés, comme i’aydit, en des tuyaux qui font toufiours enflés & tenus ouuers par les efprits qu'ils contienent, ne fe preffent ny empefehent aucunement les vns les autres, & font efténdus depuis le cerueau iufques aux extrémités de tous les membres qui font capables de quelque fentiment, en telle forte que pour peu qu'on touche & face mouuoir. • l'endroit de ces mêbres, où quelqu’vn d’eux eft attaché.
3*. La Di opt r i que on fait aulfi mouuoir au mefme inftant l'endroit du cerneau d’où il vient, ainfi que tirant l’vn des bouts d’.vne corde qui eft toute tendue, on fait mouuoir au mefme jnftant l’autre bout* Car fçaehant que ces filets font, ainfi enfermés en des-tuyaux, que les efprits tienenttoufiours vn peu enfles & entre ouucrts, il eft ayfe à entendre qu’encores qu’ils fulTent beaucoup plus déliés, que ceux que filent les vers à loye, & plus foibles, que ceux des araignées, ils ne lairroyent pas de fe pouuoir eften-. dre, depuis la tefte iufques aux membres les plus efloignés, fans eftre en aucun hafiird de fe rompre, ny que les diuerlès fituations de ces membres empefehaflent leurs mouuemens. Il faut outre cela prendre garde à ne pas fuppofer, que pour fentir, l’ame ait befoin de contempler quelques images qui lovent enuoyées pas les obie&s iufques au cerueau, ainfi que font communément nos Philolophes; ou du moins il faut conceuoir la nature de ces images tout autrement qu’ils ne font. Car d'autant qu’ils neconfiderent en elles autre choie» finon.
qu’elles doiuent auoir de là refèmbknce auec les obie<fts qu’elles reprefentent, il leur eft impolïible de nous monftrer, comment elles peuuent eftre formées par ces obieâs, & receues par les organes des fens extérieurs, & tranlmilès par les Nerfs iufques an cerueau. Et ils n’ont eu aucune raifon de les fuppofer, finon que voyant que noftre pènfée peut facilement eftre excite'e par vn tableau, à conceuoir l’obie&qui y eft peint, il leur aïèmblc' qu’elle deuoit l’eftre en mefme façon, à conceuoir ceux qui touchent nos fens, par quelques petits tableaux qui s’en formaflent en noftre * * tefte.
Discours Quatriesme. 3$ telle. au lieu que nous deuons confiderer, qu’ilyaplufieurs autres chofes que des images, qui peuuent exciter noftre penfee; comme par exemple, les lignes & les paroles, qui ne refemblent en aucune façon aux choies quelles lignifient. Et fi pour ne nous elloigner que le moins qu’il eft polîible des opinions défia receues, nous aymons mieux auoüer,que les obiets que nous Tentons, enuoyent véritablement leurs images iufques au dedans de noftre cerueau: il faut an moins que nous remarquions, qu’il n’y a aucunes images, qui doiuent en tout refembler aux obiets qu’elles reprefentent, car autrement il n’y auroit point de diftin&ion entre l’obief & Ion image: mais qu’il fuffift qu’elles leur refemblent en peu de chofes; & fouucnt mefine que leur perfection dépend de ce quelles ne leur refemblent pas tant qu’elles pourroyent faire. Comme vous voyés que les tailledouces n’eftant faites que d’vn peu d’encre pofceçà & là fur du papier, nous reprefentent des forets, des villes, des hommes, & mefme des batailles, & des tempelies, bien que d’vne infinite'de diuerfes qualités quelles nous font conceuoir en ces obiets, il n’y en ait aucune que la figure feule, dont elles ayent proprement la refemblance. &encoreseft-ce vne refemblance fort imparfaite, vu que fur vne fuperficie toute plate, elles nous reprefentent des cors diuerfement releue’s & enfonces. & que mefme, fuiuant les réglés de la perfpedliue, fouuent elles reprefentent mieux des cercles, par des ouales, que par d’autres cercles; & des quarrés par lozangesque par autres quarres, & ainfi de toutes les autres figures, en forte que fouueut pour eftre plus E par- 34 La Dioptriqjje parfaites en qualité d’images., & reprefenter mieux vn obieél, elles doiuent ne luy pas refembler. Or il faut que nous penfions tout le mefme des images qui fe forment ennoftrecerueau, & que nous remarquions, qu'il eft feulement queftion de fçauoir, comment elles peuuent donner moyen a lame, de fentir toutes les diuerfes qualités des obiets aufquels elles fe raportent", & non point, comment elles ont enfoy leur refemblance. Comme lors que l’Aueugle, dont nous auons parlé cydeflus, touche quelques cors de Ibn ballon, il eft certain que ces corsn’enuoyent autre choie iufques à luy, linon que faifantmouuoirdiuerlèmentfon ballon, félon les diuerfes qualités qui font en eux, ils meuuent par mefme moyen les nerfs de fa main, & en fuite les endroits de fon ç^rueau d’où vienent ces nerfs; ce qui donne occalion à fon ame, de fentir tout autant de diucrlès qualités èn ces cors, qu’il le trouue de variétés dans les mouuemens, qui font caufés par eux en lôn cerueau.
DES Discours Cinqjiiesme. • îî * DES IMAGES QVI SE ' FORMENT SUR LE FONDS DE L'OEIL.
Vous voyés doncaffés que pour fentir, l’ame n'a pas befoinde contempler aucunes images, quifoyent femblables aux chofes qu elle fent.mais cela n'empefche pas qu'il ne Toit vray, que les obiets que nous regardons, en impriment d’affés parfaites dans lefonds de nos yeux; ainfi que quelques vns ont défia tres-ingenieufemenc explique"', par la côparaifon de celles qui paroiflent dans vne chambre, lors que l'ayant toute fermée, referue' vn feul trou, & ayant mis au deuant de ce trou vn verre en formede lentille, on eftend derrière, à certaine diftance, vn linge blanc, fur qui la lumière, qui vient des obiets. de dehors, forme ces images. Car ils difent que cette chambre reprefente l’œil* ce trou, la prunelle • ce verre, l'humeur criftaline, ou pluftoft toutes celles des parties de l'œil qui caufènt quelque refra&ion • & ce linge, la peau intérieure, qui eft compofée des extrémités dii nerf optique.
Mais vous en pourres eftre encores plus certain, li prenant l’oeil d’vn homme fraifehement mort, ou au defaut, celuyd’vn bœuf, ou de quelqu'autre gros animal, vous coupes dextrement vers le fonds les trois peaux qui l'enuelopent, en forte qu’vne grande partie de l’humeur M.qui y eft, demeure decouuerte, fans qu'il • E 2 yait t5 La Dioptriq.ue n. « \ \K .••î /? /: •' / \ y y •: \ \ X /:; V X^X y y ait rien d’elle pour cela qui fe rcfpendc. puis l’ayant recouuerte de quelque cors blanc, qui fait fi délié, que le iour parte au trauers, comme par exemple d’vn morceau de papier ou de la coquille d’vn oeuf, R S T, que vous mettics cet oeil dans le trou d’vne feneftre fait exprès, comme Z, en forte qu’il ait le deuant, B CD, tourné vers quelque lieu où il y ait diuers obiets, comme V X Y, efclairés parlefoleil; & le derrière où eft le cors blanc, RS T, vers le dedans de la chambre, P, où vous fèrés, & en laquelle il ne doit entrer aucune lumiere,que celle qui pourra penetrer au trauers de cet oeil, dont vous fçaués que toutes les parties, depuis C iufquei à S, font tranfparentes. Car cela fait, fi vous regardés fur ce cors blanc R S T, vous y verre's non peut-eftre fans admiration, & plaifir, vne peinture, qui reprefentera fort naïuement en pcrfpe&iue tous les obiets, qui feront au dehors vers V X Y. au moins fi vous faites en forte que cet ceil retiene fa figure naturelle, proportionnée a la diftance de ces obiers: car pour peu que vous le preflîésplusou moins -que de raifon, cefte peiuture en deniendra moins diftinéte. Et il eft à remarquer, qu'on doit le prefler vn peu d'auantage, & rendre fa figure vn peu plus longue, lors que les obiets font fort proches, que lors qu'ils font plus efloignes. Mais il eft befoin que i'explique icy plus au long, comment fe forme cefte peinture, car ie pourray par mefme moyen vous faire entendre plufieurs chofcs qui apartienent a la vifion.
Confiderés donc premièrement, que de chafque point des obiets VXY,il entre en cet œil autant de E } rayons.
rayons, qui penetrentjufques au cors blanc R S T, que l'ouuerture de la prunelle FF. en peut comprendre, & que fuiuant ce qui 3 efté dit icy deflus, tant de la nature de la refradtion, que de celle des trois humeurs K, L, M, tous ceux de ces rayons, qui vienent d’vn mefine point, fe courbent en trauerfant les trois fuperficies BCD, 1 2 j, & 4y <5, en la façon qui eft requife pour fe raflembler derechef enuiron vers vn mefme point. Et il faut remarquer, qu’afin que la peinture, dont il eft icy queftion, foit la plus parfaite qu’il eft poffible,Ies figures de ces trois fuperficies doiuent eftre telles, que tous les rayons, qui vienent de l’ra des points des obiets, fe raflemblent exactement en l'vn des points du cors blanc R S T. Comme vous voyés icy que ceux du point X, s’alTemblent au point S; en fuite dequoy ceux qui vienent du point V, s’affèmblent auffi à peu prés au point R; & ceux du point Y, au point T. Et que réciproquement, il ne viene aucun rayon vers S, que du point X;nyquafi aucun vers R, que du'point V; ny vers T, que du point Y, &ainfî des autres. Or cela pofé, fi vous vous fouuenes de ce qui a efté dit cydeflus, de la lumière & des couleurs en general, & en particulier des cors blancs, il vous fera facile à entendre, qu’eftant enfermé dans la chambre P, & iectant vos yeux fur le cors blanc R S T, vous y deués voir la refémblance des obiets VXY.