SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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faute. Car pour les opinions qui font toutes micnes, ie ne les exeufe point comme nouuclles, d’autantque fi on en confidere bien les rajfons,ie m’aflure qu’on lestrouucra fi fimples,& fi con- V formes- • De La Méthode. 77 formes an fcns commun, quelles fembleront moins extrordinaires, & moins eftranges, qu’aucunes autres qu’on puilTcauoirfurmefmesfuiets. Eticne me vante point auffy d’eftre le premier Inuentcur d’aucunes, mais bien qucie ne les ay iamais receues, ny pource qu’elles auoict efte' dites par d’autres, ny pourccqu’elles ne l’auoiêt point efte'.mais feulemêt pourceq; Jp raifô me les a perfuade'es.

Que fi les artifans ne peuuent fi toft exccuter l’inuention qui eft expliquée en la Dioptrique, ie ne croy pas qu'on puifle dire pour cela quelle foit mauuaife: Car d’autant qu’il faut de l'adrefle & de l’habitude, pour faire, & pour aiufter, les machines que i’ay defcrites, fans qu’il y manque aucune circonftance, ie ne m’eftonnerois pas moins s’ils rencontroient du premier coup, que fiquelqu'vn pouuoit apprendre en vn iour a iouer do luth excellemment, par cela feul, qu'on luy auroit donne' de la tablature qui lêroit bonne. Et fi i’eferis en François, qui eft la langue de mon païs;p!utoft qu’en Latin, qui eft celle de mes Précepteurs; c’eft a.cauîe que i’efperc que ceux quinefe feruent que de leur railbn naturelle toute pure iugeront mieux de mes opinions, que ceux qui ne croyent qu’aux liures anciens: Et pour ceux quiioignent le bon fens auec l’eftude, Iefquels feuis ie fouhaite pour mes iuges, ils ne feront point ie m’afleure, fi partiaux pour le Latin, qu’ils refiifent d’entendre mes raifons poureeque ie les explique en langue vulgaire.

Au refteie ne veux point parler icy en particulier des progrès, que i’ay efperance de faire a l’auenir dans les iciences, Ny m’engager enuers le public d'aucune promené, que ie ne fois pas allure' d’accomplir: Mais ie diray 1 3 feule* I 78 Discours De La Méthode. feulement que i’ay refoIu,de n'employer le tems qui me rcfte à viure.à autre choie, qu'à tafcher d’acquérir quelque conrioiflance de la Nature, qui foit telle, qu’on en puifle tirer des réglés pourlaMedecine, plus aflurdcs que celles qu’onaeuësiufquesa prefent; Et que mon inclination mefloigne fi fort de toute forte d’autres dek feins, principalement de#ccux qui ne fçauroicnt eftre vtiles aux vns qu’en nuiiànt aux autres, que fi quelques occafionsmecontraignoient de m’y employer, ie ne croy point que ie fiifle capable d’y reuflir. De quoyie fais icy vne déclaration, que ie içay bien nepouuoir feruir a me rendre confidcrable dans le monde; mais aufly n’ayie aucunement enuie de l ettré: Et ie me tiendray toufiours plus obligé^ ceux, par la faueur defqucls ie iouirayfànsempefchementdemonloifir; que ieneferois a ceux qui m offriroient les plus honorables emplois de la terre.

K.'

I L A IPTRIQVE Difcours Premier LA LVMIERE.

O u t b la conduite de noftre vie dépend de nos lêns, entre lcfquels celuy de la veüe eftant le plus vniuerfel & le plus noble, il n’y a point de doute, que les inuentions qui feruent a augmenter la puiflance, ncfoyent des plus vtiles qui puiflenteftre. Et ileft raalaifé d’en trouuer aucune qui l’augmente dauantage que celle de ces meroeilleufes lunettes, quin'eftanten vfiigequc depuis peu, nous ont défia decouuert de nouucaus aftres dans le ciel, & d’antres nouueaus obiets deffus la terre en plus grand nombre que ne font ceus, que nous y auions veus auparauant: en forte que portant noftre veüe beaucoup plus loin que u’auoit court urne d’aller l'imagination de nosperes, elles femblent nous avoir ouuertle chemin, pour parvenir a vne connoiflance de la Nature beaucoup plus grande & plus parfaite, qu’ils ne l'ont eue. Mais a la honte de nos fciences, cette inuention fi vtile - & fi admirable, n'a premièrement efté trouuée que par l’experience & la fortune. Il y a enuiron trente ans, qu’vn nommé laques Metius de la ville d’Alcmar en Hollande, homme qui n'aucit iamais eftudie' bien qu'il euft vn pere & vn frere qui ont fait profelîton des ’ A mathez LaDioptrïqhe mathematiqucs,mais qui prenoir particulièrement plaifir à faire des miroirs & verres brullans, en compolànt mefmc Niyuer aucc de la glace,ainfl que l'experience a monftré qu'ou en peut fairc; ayant à cote occafion plu- * } fleurs verres de diuerfès formes,s’auifa par bonheur de regarder au trauers dedeus, dont l'uneftoitvn peu plus efpais au milieu qu’aux extrémités, & l’autre au contraire beaucoup plus efpais aus extrémités qu’au milieu, & il les appliqua fl hcureulèment aus deux bouts d’un tuyau, que la première des lunettes, dont nous parlons, en fut compofée. Et c’eft feulement fur ce patron, que toutes les autres qu’on a veiies depuis, ont efté faites, fans que perfonuc encore, que ie fçache, ait fuffifanment déterminé les figures que ces verres doiuentauoir.

Car, bienqu’ily ait eu depuis quantité de bons elprits* qui ont fort cultiué cete matière, &ont trouuéà Ion occafion plufieurs choies en l'Optique qui valent mieux, que ce que nous en auoient IailTé les anciens, toutefois à caule que les inuentions vn peu malayfées u'arriuent pas à leur dernier degré de perfection du premiercoup,il eft encore demeuré alfés de difficultézen celle cy, pour me donner fujet d’en efcrire.Et d’autant que l’execution des chofes que ic diray, doit dépendre de l'induftrie des arti/àns,qui pour l’ordinaire n’ontpoint eftudié, ie tafeheray de me rendre intelligible à tout le monde, & de ne rien omettre nyfuppofer, qu’on doiueauoir appris des autres fciences. C’eft pourquoy ie cômenceray par l’explication de la lumière & de fes rayons, puis ayant fait vnebrieuedefeription des parties de l'œil, ie diray particulieremêt en quelle forte fe fait la vifion;& en fuite I Discours Premier. 3 ayant remarqué toutes les chofes qui font capables delà rendre plus parfaite, i’enfeigneray comment elles ypeuuent eftre adiouftées par les inueutions que ie deferiray..

Or n’ayant icy autre occafion de parler de la lumière, que pour expliquer comment fes rayons entrent dans l’oeil»& comment ils peuuent eftre détournes par les divers cors qu’ils rencontrer.iln'eft pas befoin que i’entreprene de dire au vray quelle eft fa nature, & ie croy qu'il fuffira que ie me ferue de deus ou trois comparaifbns, qui aydentalaconceuoirenla façon qui me femble la plus cômode, pour expliquer toutes celles de fes propriété'* » que l’experience nous fait connoiftre,& pour déduire en; fuite toutes 1a$ autres qui ne peuuent pas fi ayféraêt eftre remarquées, imitant en cecy les Aftronômes, qui, bienque leurs fuppofitions foyent prefque toutes fàufles ou incertaines, toutefois à caufe qu’elles fe rapportent à diuerfes obferuations qu’ils ont faites, ne laiflent pas d’en tirer plufieurs confequences très vrayes&tres aflureés.

Il vous eft bien fans doute arrivé quelque fois en marchât de nuit fans flambeau,par des lieux vn peu difficiles, qu’il falloir vous ayder d’vnbafton pour vous conduire, & vous aués pour lors pu remarquer, que vous fèntiés par i’entremife de ce bafton, les divers obie&s qui fè rencontroyent autour de vous, & mefrne que vous pour uiés diftinguer s’il y auoitdes arbres, ou des pierres, ou du fable, ou de l'eau, ou de l’herbe, ou de la boue, ou quelqu’autre chofcdeferablable. Il eft vray que cette forte de fentiment eft vn peu confufe & obfcure, en ceus, qui n'en ont pas vn long vfage: mais confiderés la A 2 en 4 La Dioptrioue en ceus, qui eftant nés aueugles, s'en font feruis toute leur vie, & vous l’y trouuerés fi parfaitte, & fi exaéte, qu'on pourroit quafi dire qu’ils voyent des mains,ou que leur bafton eft l’organe de quelque fixjefme lèns, qui leur a efté donné au defaut de la veuë. Et pour tirer vnc coraparaifon de cecy,ie defire que vous pcnfiés, que la lumière n’eft autre chofc dans les corps qu'on nomme lumineux, qu’vn certain mouuement, ou vne aélion fort promte, & fort viue, qui paflc vers nos yeux, par l'entremife de l'air & des autres corps tranfparens en mefine façon que le mouuement ou la refiftence des corps, que rencontre cet aueugle, pafle vers fà main, par l'entremife de fon ballon. Ce qui vous empefchera d'abord de trouuer eftraugg,, que celle lumière puifle eftendre les rayons en vninllant, depuis le foleiljufques à nous: car vous fçaués que l’aétion, donr on meut l’vn des bouts d'vn ballon, doit ainly pafler en vn inllant iufques à l'autre, & quelle y deuroic pafler en mefme forte,encores qu'il yauroitplusdediftance qu'il n’y en a depuis la terre iufques aux cieux.

Vous ne trouverés pas ellrauge non plus, que par Ion moyen nous puiffions voir toutes fortes de couleurs; Et melme vous croyrés peutellre que ces couleurs ne font autre choie dans les corps qu'on nomme colorés, que les diuerfes façons, dout ces corps la reçoyuent & la renuoyent contre nos yeux:fi vous confiderés que les différences, qu’vn aueugle remarque entre des arbres, des pieres, de l'eau, & chofeslêmbIabIes,parl’entremile de fon bafton, ne luyfembleut pas moindres, que nous font celles, qui font entre le rouge, le jaune, le vcrd, & tou- Discours Premier. jtes les autres couleurs; & toutefois que ces différences ne font autre chofe en tous ces corps, que les diuerfes façons de mouuoir, ou de refifter aux mouuemens de ce ballon. En fuite de quoy vous aurés occafion de iuger, qu’il n’eft pas befoin de fuppolèr qu'il pafle quelque choie de materiel, depuis les obieéls iufques à nos yeux, pour nous faire voir les couleurs & la lumière, nymefme qu’il y ayt rien en ces obie&s, qui foit femblable aux idées, ou aux fentimens que nous en auons: tout de melme qu'il ne fort rien des corps, quefent vn aueugle, qui doiue palier le long de fon ballon iufques à là maiu,& que la refillence ou le mouuement de ces corps, qui eft la feule caufo des lèntimens qu’il en a, n'ell rien, de femblable Üux idées qu’il en conçoit. Et par ce moyen vollre efpritfera deliuré de toutes ces petites images voltigeantes par l'air, nommées des efpccesintentionelles, qui trauaillent tant l’imaginatiou desPhilofophes.

Mefme vous pourrés aylement décider la quellion, qui eft entre eux, touchant le lieu d’ou vient I’adlion qui caulè le fentiment de la veüe. car comme noftre aueugle peut fentir les corps qui font autourdeluy, nonfèulementparl’a&iondeces corps, lors qu’ils le meuuent contre fon ballon, mais aulTy par celle de fa main, lors qu’ils ne font que luy relifter: ainfy faut il auoiier, que les obieéts de la veüe peuuent ellre lentis, non feulement par lgmoyende l’a&ion, qui e liant en eux, tend vers les yeux; mais aufly par le moyen de celle, qui ellant dans les yeux, tend vers eux. Toutefois pour ce que celle aétiou n’eft autre chofe que la lumière, il faut remarquer qu’il n'y a que ceux qui peuuent voir pendant A 3 les 4$ La Dioptriq.uk les tenebres de la nuit,côme les chats» dans les yeux dç£ quels elle fe trouue: & que pour l'ordinaire des hommes» ils ne voyent que par l’aélion qui vient des obieéts; car l’expcriencc nous monfhe que ces obicdts doiuent dire lumineuxou illuminés pour eftre veus,& non point nos yeux pour les voir. Mais pour ce qu'il y a grade differece entre le baftondccetaueugle, & l’air ou les autres corps tranfparens, par l’entremife dcfquelsnous voyons; il faut que je me ferue encores icy d'vne autre comparaifon.

Voyés vne cuue au temps de vendange, toute pleine de raifins à demi foulés, & dans le fons de la quelle on ait faitvn trou ou deux, comme A & B, par ou le vin doux, qu'elle contient, puifle cou-'ler. Puis penfés que n'y ayant point de vuide en la Nature, ainfy que préfque tous les Philofophes auouënt, &neantmoins y ayant plufieurs pores en tous lescorpsque nous aperceuons au tour de nous, ainfy que l’experience peut môflrer fort clairement; île fl necef.

faire que ces pores foyent remplis de quelque matière fort fubtile & fort fluide, qui s'eftende fans interruption depuis les Aftres iufqties à nous. Or celle matière fubtile eftant comparée auec le vin de ccûe eu- Discours Premier.. j ue, & les parties moins fluides ou plus groflieres tant de l'air, que des autres cors tranfparens, auec les grappes de raifins qui font parmi: vous entendras facilement, que comme les parties de ce vin, qui /but par exemple vers C, teudent à defcendre en ligne droite par le trou A, au mefme inltanc qu’il eltouuert, & enfemblepar le trou B, & que celles qui fout vers D, & vers E, tendent aufly en mefme teins à defcendre par ces deux trous, lins qu’aucune de ces actions loitempefchéeparles autres, ny aufly par la refiftence des grappes qui font en celle cuue; non obllant que ces grappes, citant fouteniiesl'vne par l’autre, ne tendent point du tout à defcendre par ces trous A & B, comme le vin; St^ïnefnie qu’elles puiflent cependat eltre meiies en pluficurs antres façons, par ceux qui les foulent. Ainly toutes le s parties de la matière fubtile, que touche le collé du Soleil qui nous regarde, tendent en ligne droite vers nos yenx au mefme inftant qu'ils font ouuers, fans s'empefeher les vnes les autres, & mefme fans eltre empefehées pft les parties groflieres des cors tranlparês,qui font entre deux: foit que ces cors fe meuuent en d’autres façons, comme l’air, qui elt prefque toufieurs agite' par quelque vent s foit qu’ils foyent fans mouueraeut, comme peut eltre le verre ou le criltal. Et remarqué icy qu'il faut diltingucr entre le mouuem en r, & l'aCtion ou inclination à le mouuoir. Car on peut fort bien conceuoir que les parties du vin, qui font par exemple vers C, tendent vers B, &enfemble vers A, non obllant quelles ne puiflent actuellement fe mouuoir vers ces deus collés en mefme temps* & qu’elles tendent exacte- 8 La D i optai qjje adtement en ligne droite vers B & vers A, non obftant qu'elles ne fo puiflent mouuoir li exactement vers la en ligne droite, à caufe des grapes de raifins qui font entredeux: & ainfy penfànt que ce n'eft pas tant le mouuement, comme l'action des cors lumineus qu’il faut prendre pour leur lumière, vous deués iuger que les rayons de cette lumière ne font autre chofe, que les lignes, fuiuant lelquelles tend cette action. En forte qu’il ÿ a vne infinité de tels rayons qui vienent de tous les poins des cors lumineus, vers tous les poins de ceus qu’ils illuminent, ainfy que vous pouués imaginer vne infinité' de lignes droites ‘, fuiuant Iefquelles les allions qui vienent detouslespoinsdelafuperficiedu vin CJJ E, tendent vers A, & vne infinité' d’autres, fuiuant lesquelles, les avions qui vienent de ces mefmes poins, tendent aufly vers B. fans que les unesempefchent les autres.

Au refte ces rayons doiuent bien eftre ainfy toufiours imaginés exactement drois, lorsqu'ils ne paftent que par vn foui cors tranlparent, qui eft^>ar tout efgalà foymefme: mais lors qu'ils rencontrent quelques autres cors, ils font fujets à eftre détournés par eux, ou amortis, en mefme façon que l'eft le mouuement d’vne balle, ou d’vne pierre iettée dans l’air, par ceux qu'ellerencon-- tre. Car il eft bien ayfè à croire que l’adlion ou inclination à fo mouuoir, que i'ay dit deuoir eftre prifepour la lumière, doit fuiure en cecy les mefmes loys que le mouuement. Et afin que i’explique cette troifielme comparaifon tout au long, confidere’s que les corps, qui peuuent ainfy eftre rencontrés par vne balle qui pafle dans l’air, font ou mous,ou durs, ou liquides; & que s'ils * '■ U • - 4ont font mous, ils arreftct & amortiflent tout à fait Ion mouuement: comme lors quelle donne%contre des toiles, ou du fable, ou de la boue* au lieu que s’ils font durs, ils la renuoyent d’vn autre coite' làns l’arrefter; & ce eu plufieurs diuerfes façons: Car ou leur fuperficie eft toute ofgale & vnie, ou rabotteufe & inegalej & derechef eftant efgale, elle eft ou platte, ou courbée: Se eftant inégalé, ou fon inégalité' ne conlifte, qu’en ce qu'elle eft compofëe de plufieurs parties diuerfement courbées, dont chacune eft en foy alfés vnie j ou bien elle confiftc outre cela, en ce qu’elle a plufieurs diuers angles ou pointes, ou des parties plus dures l’vne que l'autre, ou qui fc meuuent, & ce auec des variétés qui peuuent eftre imaginées en mille fortes. Et il faut remarquer que la baie, outre fon mouuement fimple & ordinaire, qui la porte d’vn lieu en l’autre, en peut encores auoir vn deuxiefme, qui la fait tourner autour de fon centre, & quelavitefTcde ceftuy cy peut auoir plufieurs diuerfes proportions auec celle de l'autre.Or quand plufieurs baies venant d’vn mefine cofte', rencontrent vn cors, dont la fuperficie eft toute vnie & efgale, elles fe reflefchiffent efgalement, & en mefme ordre, en forte que fi cette fuperficie eft toute plate, elles gardent entre elles la mefme diftance, apres l’auoir rencontrée, qu elles auoyent auparauant. & fi elle eft courbée en dedans, ou en dehors, elles s’approchent, ou s’efloignêt en mefme ordre les vnes des autres, plus ou moins,à raifon de celle courbure. Comme vous voyés icy les baies AB C, qui, apres avoir rencontre' les fuperficies des cors D E F, fe reflelchillènt vers G H I. Et fi ces baies B rencon- 10 La Dioptriqjie rencontrent vne fuperficie inefgale, comme L,ou M, elles le reflefchiflent versdiuers colles, chafcune félon la fituatiô de l'endroit de celle fuperficie qu’elle touche. Et elles ne changent rien que cela en la façon de leur mouuement, lors que foninefgahté ne confiite qu'en ce quefes parties font courbées diuerlèment. Mais elle peut aulfy confifter en plufieurs autres chofes & faire parce moyen que fi ces baies n’ont eu auparauant qu'vn fimple mouuement droit, elles en perdent vne partie,& en acquerent au lieu vn circulaire, qui peut auoir diuerfe proportion auec ce qu’elles retienent du droit,felon que la fuperficie du cors quelles rencontrent peut eftrediuerfement dilpofee. Ce que ceux qui iouenta la paume elprouuent alTcs, lors que leur baie rencontre de faux quareaux, ou bien qu’ils la touchent en biaifant de leur raquette, ce qu'ils nôment, ce mefemblccoupperou frifer. En fin confidcre's que fi vne baie qui fc meut rencontre obliquement la fuperficie d’vn cors liquide,par lequel elle pui fie paffer plus ou moins facilcmcnt,que par celuyd’ou elle fort, elle fc détourne & change Ion cours IX Discours Premier, en y entrant: corne par exemple, fi citant en l’air au point A on la pouffevers B, elle va bien en ligne droite depuis A iufqucs à B, fîcen’cft qucfâpefanteur ou quclqu’ autre caufe particulière l’cncmpefche, mais cftant au point B ou ic fuppofe qu’elle rencontre lafuperficie de l’eau CBEellefc decourne& prend Ton cours vers I, allât dcrechefen ligne droite depuis B iufqucsa T,ainfy qu’il eftayfcà vérifier par l’cxpcricnce. Or ilfautpenfcrenmcfuic façou, qu’il y a des cors qui cftant rencontres par les rayons de la lumière les amortiffent, & leur oftent toute leur force, a fçauoir ceux qu’on nôme noirs.les quels n’ont point d’autre couleur que Ici tenebres. Et qu’il y en a d’autres qui les font reflefehir, les vns au mcfmc ordre qu’ils les reçoiuent; a fçauoir ceux qui ayant leur fupcrficie toute polie peuucnt feruirde miroirs tant plats que courbés, & les autres confufement vers plufieurs coftes. Et que derechef entre ceux cy les vns font reflefehir ces rayons fans aporter aucun autre changemêt en leur a<ftion;a fçauoir ceux qu’on nomme blancs: & les autres y aportent auec cela vn changement femblable a celuy que reçoit le mouuement d’une balle quand on lafrizej a fçauoir ceux qui font rouges, ou iannes,ou bleus, ou de quelq; autre telle couleur. Car ie penfe pouuoir déterminer en quoy B z con- 12 La Dioptrique confifte la Nature de chacune de ces couleurs, & le faire voir par expérience; mais cela palTe les bornes de monfuiet. Et il me fuffit icy de vous auertir, que les rayons, qui tombent fur les cors qui font coloras, & non polis, fe reflcfchiflent ordinairement de tous coftds, encores mefme qu’ils ne vienent que d’vn feul coite'. Comme encore que ceux qui tombent fur la fuperficie du cors blanc A B, ne vienent c, que du flambeau C, ils ne laiffent pas de fe reflefchirtelle-B ment de tous colles, qu’en quelque lieu qu’on pôle l’œil, comme par exemple vers D, il s’en trouue toufiours plulieurs venans de chafque endroit de celle fuperficie A B,qui tendent vers luy. Et melmefil’onfuppofe ce cors fort délie comme vn papier ou vne toile,en forte que le iour palTe au trauers,encores que l’œil foit d’autre coite' que le flambeau, comme vcrsE, ilnelairrapasde fe reflefehir vers luy quelques rayons de chacune des parties de ce cors. En fin confideres que les rayons le détournent aulTy, enmcfinc façon qu’il a elte'ditd’vne baie, quand ils rencontrent obliquement la fuperficie d’vn cors tranlparant, par lequel ils pénétrent plus ou moins facilement, que par celuy-<Toù ils vienent, & cette façon de le de'coumcrs’apelleen eux Refradbon.

DE Discours Second.

JJ DE LA REFRACTION *D ifcours Second.

T*\* A u t a n T que nous aurons befoin cy apres de fça--*~>'uoir exa&emcnt la quantite'de cette rcfra&ion, &c qu'elle peut afles commodément eftre entendue par la com parai fon, dont ie viens de me feruir, ie croy qu’il eft a propos, que ie tafehe icy tout d’vn train de l’expliquer, & que ie parle premièrement de la reflexion, afin d’en rendre l’intelligence d’autant plusayfée. Penfons donc, qu'vnc baie cftant pouflced’A vers B, rencontre au point B, la fuperficie de la terre CBE, qui l’empefehant de pafler outre, eft caufe qu’elle fe détourné; & voyons vers quelcofté.Mais afin de ne nous embarafler point en desnouuelles difficultés, fuppofons que la terre eft parfaitement platte & dure, & que la balle va toufiours d’efgale vitefle, tant en defeendant, qu’en remontant, fans nous enquérir en aucune façon de la puiflance, qui continue de la mouuoir, apres qu’elle n’eft plus touchée de la raquette, nyconfiderer aucuneffe&defa pefanteur, ny de fa grofleur, ny de fa figure. Car il n’eft pas icy queftion d'y regarder de fi près, & il n’y a aucune B 3 de i4 La Dioptrioue de ces choies qui ait lieu eu l’adliou de la lumière a la quelle cecy le doit rapporter. Seulement faut il remarquer, que la puiffance, telle qu’elle foit, qui fait côtinuer le mouuemêt de celle balle, ell differente de celle, qui la détermine a fe mouuoir plulloft vers vn coltc',que vers vn autre, ainfy qu ’il ell tre's ayfe" a cognoillre de ce que c’ell la force dont elle a efte' poulfce par la raquette, de qui dépend fou mouuement, & que celle mefme force l'auroit pu faire mouuoir vers tout autre colle', aulïy facilement que vers B,au lieu que c’eft la fituation de celle raquette qui la détermine a tendre vers B, & qui auroit pû l’y déterminer en mefme façon, encores qu’vne autre force l’auroit meue. Ce qui monllre défia qu’il n’elt pas impoffible que celte balle foit de'tournee parla rencontre de la terre, Sounly que la détermination quelle auoita tendre vers 13 foit changée, fans qu’il y ait rien pour cela de change' en la force de Ion mouuement, puis que ce font deux choies diverlçs: & par confequent qu’on ne doit pas imaginer qu’il foit neceflaire quelle s’arelle quelque moment au point B auant que de retourner vers F, ainly que font plufieursde nos Philolbphesjcarfifon mouuement elloit vue foix interrompu par cet arrelt, il ne fetrouueroit aucune caufe,qui lefift par apre's recommencer. De plus il faut remarquer, que la détermination a le mouuoir vers quelque colle', peut aufly bien que le mouuement, & generalement que toute autre forte de quantité ellre diuifee en toutes les parties, defquelles on peut imaginer quelle ellcompof<le.

& qu’on peut ayfement imaginer que celle de la balle qui le meut d’ A vers B ell compofife de.deux autres, dont Discours Second. 17 dont l’vne la fait delcendre de la ligne A F. vers la ligne CE, & l'autre en mefme temps la fait aller de la gauche A C, vers la droite F E, en forte que ces deux iointes enfemble la conduifent iufques à B fuiuant la ligne droite A ^ B. Et en fuite il eft ayfe à entendre, que la rencontre de la terre ne peut empefeher que l'vnedeces deux déterminations, & non point l’autre en aucune façon. Car elle doit bien empefeher celle qui faifoit defeendre la balle d’A F vers C E,à caufe qu elle occupe tout l’efpace qui eft audeflous de CE, mais pourquoy empefeheroit elle l’autre, qui la faifoit auancer vers la main droite, vil qu’elle ne luy eft aucunement oppofee en ce fens-la? Pour trouuer donc mftement vers quel cofte' cefte balle doit retourner, deferiuons vn cercle ducentre B, qui pafle par le point A, & difons quen autant de temps qu elle aura mis à fe mouuoir depuis A iufques à B.elle doitinfalliblement retourner depuis B iufquesàquelq;poiatdela circonférence de ce cercle.d’autât que tous les points qui font aulTy diftans de ceft uy cy B,qu*en eft A,fe trouuent en celle circonference,& que nous fuppofons le mouuemët de celle balle eftre toujours efgalemêt ville. Puis à fin de fçauoir prdeifement au quel de tous les points de cefte circonférence elle doit retourner, tirons trois lignes droites AC, i< La Dioptrique A C,H B.&F E perpendiculaires fur C E,&en telle forte, qu’il n’y ait ni plus ni moins de diftancc entre A C, & H B, qu’entre H B, & F E: & difons, qu’en autant de temps, que la baie a mis à s’auancer vers le colle' droft, depuis A, l’vndes poinsdelaligne A C,iufques à B l’vn de ceux de la ligne H B, elle doit aufly s’auancer depuis la ligne H B, iufques à quelque point de la ligne F E. car tous les poins de celle ligne F E.font autant elloignds de H B en ce fens là,l’vn comme l’autre, & autant que ceux de la ligne AC, & elle ell aufly autant de*termince à s’auancer vers ce cofte/' là, qu’elle a elle auparauant. Or ell il, qu’elle ne peut arriuer en mefme tems en quelque point de la ligne F E, & enfemble à quelque point de la circonférence du cercle A F D, fi ce n’eft au point D, ou au point F>d’autant qu’il n’y a que ces deux, où elles s’entrecoupent l’vne l’autre j fi bien que la terre l’empefchant de palTer vers D, il faut conclure quelle doit aller infalliblementvers F. Etainfivous voye's facilement, comment le fait la reflexion, àfçauoirlèlon vn angle toufiours efgal à celuy qu’on nomme l’angle cfincidëce. Corne fi vn rayon, venant du point A, tombe au poiut B fur la fuperficie du miroir plat C B E, il fe reflefchift vers F. en forte que l’angle de la réflexion FBE, n’eltneplus ne moins grand que celuy de l’incidence ABC.

Venons maintenant à la Refradlion. Et premièrement fuppolbnsqu’vnebalepoufleed’A vers B, rencontre au point B,nô plus la fuperficie de la terre, mais vne toile C B E, quiioit fi foible & deliée que celle baie ait la force de la rompre & de pafler tout au trauers,cn perdant feulement line partie de la vitefle, àfçauoir, par.exemple,la moitié'.

• Discours Second. J7 moitié/ Or cela pofé, à fiu de fçauoir quel chemin elle doit fuiure,confiderons derechef, que fou mouuemcnt ^ différé emieremcc ■ de là determina- «BÎiyv. tion à Te mouuoir * pluftoft vers vu co- Nv i fté <3ue vers vn hjI ymia autre, d’oû il fuît , née fcparéinent.

^ Etconfideronsauffy que des deux parties, dont on peut imaginer que celte détermination eft compofée, il n’y a que celle qui faifoit tendre la baie de haut pn bas, qui puiffe eftre châgée en quelque façon par la rencontre de la toilej & que pour celle qui la faifoit tendre vers la main droite, elle doit toulîours demeurer la mefme qu’elle a elle', à caule que cette toile ne luy eft ancimemctoppofée en çeléns^ là. Puis ayant defcrit du centre fi le cercle A F D, & tiré à angles droits fur CBE les trois lignes droites’A C, H B, F E,en telle forte qu’il y ait deui fois autant de diftance entre FE & H B, q n’entre H B & AC, nous verrons que celle baie doit tendre vers le point I. Car puis quelle perd.la moitié de là viteffe, en trauerlànt la toile CBE, elle doit employer deux foi s autant de tems à pafler au deffous, depuis B, iufques à quelque- pointée la circonférence du cercle A F D, quelle a fait au delfiis à venir depuis A,iulques à B: Et puis qu’elle ne perd rien du tout delà détermination qu’elle auoit à s’auan- F • B E » * C cer * « j8 LÂDioptriqjie