Pour les autres effets de cette Lune, qui different quand elle eft pleine, de quand elle eft nouvelle, ils dépendent manifeftement - de fa lumière. Et pour les autres particularitez du flux 8c du reflux, [ V. princ.part. 4. art. $$. & S6- Pa£- î6°- & 3 1 - ] eDes dépendent en partie de ladiverfe fituation des côtes de la Mer, 8c en partie des vents qui régnent aux temps 8c aux lieux qu’on les obîerve. Enfin pour les autres mouvemens generaux, tant de la Terre 8c delà Lune, que des autres Aftres 8c des Cieux, où vous les pouvez aflez entendre de ce que j’ai dit, ou bien ils ne fervent pas à mon fujet, 8c ne fe faifant pas en même plan que ceux dont j’ai parlé, je ferois trop long à > _. _ les ou Traité de eà Lumière. 329 les décrire: Si bien qu’il ne me refte plus ici qu’à expliquer cette aélion des Cieux & des Aftpes que j’ai tantôt dit devoir être prife pour leur Lumière.
CHAPITRE XIII.
De la Lumière.
J’ Ay déjà dit plufleurs fois, que les corps qui tournent en rond tendent toûjoursà s’éloigner des centres des cercles qu’ils décrivent *Mais il faut ici que je détermine plus particulièrement vers quels cotez tendent les parties de la matière dont les Cieux Sc les A ft res font compofez.
Et pour cela il faut fçavoir que lors que je dis qu’un corps tend vers quelque côté, veux pas pour cela qu’on s’imagine qu’il aie en foy une penfée ou une volonté qui l’v porte, mais feulement qu’il eft difpolé à le mouvoir vers là -, foit que véritablement il s’y meuve, foit plutôt que quelqu’autre corps l’en empefehe -, Sc c’eft principalement en ce dernier fens que je me fers du mot de tendre, à caufe qu’il lemble lignifier quelque effort, & que tout effort préfupole delà refiftance.Or d’autant qu’il fe trouve fouvent diverfes caufes qui agifîant enfemble contre un meme corps empefehent 3 3 o Lê Monde de Rene’, Descartes; l’effet l’une de l’autre, ( V. ibid. art. 57. pag, 1 8 1. ) on peut félon diverfes confédérations dire qu’un même corps tend «vers divers cotez en même temps j Ainfi qu’il a tantôt été dit que les parties de la Terre tendent à s’éloigner de fon centre, en tant qu’elles font confédérées toutes feules; Sc qu’elles tendent au contraire à s’en approcher, en tant que l’on confédéré la force des parties du Ciel qui les y poulie j Sc derechef qu’elles tendent à s’en éloigner, fi on les confédéré comme oppofees à d’autres parties terreftres qui compofent des corps plus maffifs qu’elles ne font.
Ainfi par exemple, la pierre qui tourné dans une fronde fuivant le cercle A B, tend versC, lors qu’elle eft au point A, H on ne confédéré autre chofe que fon agitation toute feule; & elle tend circulairement d’ A vers B, fi on confédéré fon mouvement comme réglé Sc déterminé par la longueur de la corde qui la retient-, Sc enfin la même pierre tend vers E, fi fans confiderer la partie de fon agitation dont l’effet n’eft point çmpefché, on en oppofe l’autre partie à la refiflance que lui fait continuellement cette • fronde.
ou Traite’ de ia Lumière. 33 x fiv. I.] comme fi elle étoit compofée de deûx autres, qui fuffent, l’une de tourner fuivant le cercle A B, & l’autre de monter rout droit fuivant la ligne V X Y; Ôc ce en telle proportion, que fe trouvant à l’endroit de l.i fronde marquée V, lors que la fronde eft à l’endroit du cercle marqué A, elle fe deuft trouver par après à l’endroit marqué X, lors que la fronde feroit vers B, & à l’endroit marqué Y, lors qu’elle fcroic Vtrs F, & ainfi demeurer toujours en la ligne droite A CG. Puis fçachant que l’une des parties de fon inclination, à fçavoir celle qui la porte fuivant le cercle A B, n’eft nullement empefchée par cette fronde, ( V. ibid. art. 57. yag. 18 1.) vous verrez bien qu’elle ne trouve de refiftance que pour l’autre partie, à içavoir pour celle qui la feroit mouvoir fuivant la ligne D V X Y, fi elle n’étoit point empefchée; & par confisquent quelle ne tend, c’eft-à-dire qu’elle ne fait effort que pour s’éloigner directement du centre D. Et remarquez que félon cette confideration étant au point A elle tend fi véritablement vers E, qu’elle n’eft point du tout plus difpoféeà fe mouvoir vers H que vers I, bien qu’on pourroit aifément le perfuader le contraire, fi on manquoit à confiderer la différence qui eft entre le mouvement qu’elle a déjà, & l’inclination à fe mouvoir qui lui refte.
Ee ij Or vous devez penfer de chacune des {urties du fécond Elément qui compofent es Cieux,tout le même que de cette pierre;, c’eft à fçavoir que celles qui font par exemple vers E, ne tendcntde leur propre inclination que vers P; mais que la refiftance des autres parties du Ciel qui font au deflus d’elles, les fait tendre, c’eft-à-dire les difpofe à fe mouvoir fui vant le cercle ER. Et derechef, que cette refiftance, -oppofée à l’inclination qu’elles ont de continuer leÛr mouvement en lignedroite, les fait tendre, c’eft-à-dire, eft caufe qu’elles font effort pour fe mouvoir vers M; Et ainfi, jugeant de toutes les autres en même forte, vous voyez en quel fens on peut dire qu’elles tendent vers les lieux qui font dire&ement oppofez au centre du Ciel qu’elles compofent-Mais ce qu’il y a encore en elles à confiderer de plus qu’en une pierre qui tourne dans une fronde, c’eft qu’elles font continuellement pouflêes, [ V. Princ. j part. 3. art. 61. & 6z.pag. 18 S.& 1&7. ] tant par toutes celles de leurs femblables qui lont entre-elles & l’Aftre qui occupe le centre de leur Ciel, que même par la matière de cét Aftre, & qu’elles ne lefont aucunement par les autres. Par exemple', que celles qui font vers E, [ P'-fig- V I. } ne font point pouflêes par celles qui font vers M, ou vers T * ou vers R x ou vers K* ou vers H x mais, ou Traite* de la Lumière. 37 j feulement par toutes celles qui font entre les deux lignes A F, D G, &c enfemble par la matière du Soleil y Ce qui eft caufequ’eltes tendent non feulement vers M, mais auflî vers L % &c vers N, & generalement vers tous les points où peuventparv-enir les rayons, ou lignes droites, qui venant de quelque partie du Soleil paffent par le lieu où elfes font.
Mais afin que l’explication de tout ceci foit plus facile, [ V. Prirtc. part. 3. art. p. 1 8 5. ] je déliré que vous confideriez les parties du fécond Elément toutes feules, 8c comme fi tous les efpaces qui font occupez {>ar la matière du premier, tant celui où eft e Soleil, que les autres, étoient vuides., [ Ibid. an. 6 4. pag. 1 90. ] Même, à caufe qu’il n’y a point de meilleur moyen pour fçavoir fi un corps eft pouffe par quelques " autres, que de voir fi ces autres s’avancer oient actuellement vers le lieu où il eft pour le remplir en cas qu’il fut vuide, je defire auflî que vous vous imaginiez que les parties; du fécond Elément qui font versE en foient ôtées -y Et cela pofé, que vous regardiez en premier lieu, qu’aucunes de celles qui font au deflus du cercle TER, comme vers M * ne font point difpofées à remplir leur pla-* ce, d’autant qu’elles tendent tout au contraire à s’en éloigner; Puis auflî que celles: qui font en ce cercle * à f^avoir vers T x n’ f 334 Le Monde de Rene’ Descartes. lont point non plus dilpofées: car encore bien qu’elles fe meuvent véritablement de T vers G, fuivant le cours de tout le Ciel, toutesfois pource que celles qui font vers F, fe meuvent aufll avec pareille vitefle vers R, l’efpaceE, qu’il faut imaginer mobile comme elles, ne laifleroit pas de demeurer vuidc entre G & F, s’il n’en venoit d’autres d’ailleurs pour le remplir. Ecentroifiéme lieu *, que celles qui font au deflous de ce cercle, mais qui ne font pas comprifes entre les lignes ÂF,DG, comme celles qui. font vers H, & vers K,ne tendent aufll aucunement à s’avancer vers cét efpace E pour le remplir, encore que l’inclination qu’elles ont à s’éloigner du point S les y dilpofe en quelque forte j ainfl que la pefanteur d’une pierre la difpofe, non feulement à. defeendre tout droit en l’air libre, mais auffl à rouler de travers fur le penchant d’une montagne, en cas qu’elle ne puifle defeendre d’autre façon. [ V. princ.part. 3. art. 61. p 188.]
Or la raifon qui les empefehe de tendre vers cet efpace, eft que tous les mouvemens fe continuent autant qu’il eft poflible en ligne droite -, Sc par confequent que lors que la Nature a plufieurs voyes pour parvenir à un même effet, elle fuit toujours infailliblement la plus courte. Car fl les parties du fécond Elément qui font par exemou Traite’ de la Lumière. 33 ÿ pie vers K, s’avançoient vers E, toutes celles qui font plus proches qu’elles du Soleil, s’avanceroient auffi au même inftant vers le lieu qu’elles quitteraient, & ainfi. l’effet de leur mouvement ne fcroit autre, fi non que l’efpace E fe rempliroit, & qu’il y enauroit un autre d’égale grandeur en la circonférence A B CD, qui deviendroit vuide en même temps. Mais il eft manifefle que ce même effet peut fuivre beaucoup mieux, fî celles quf font entre les lignes A F, D G, s’avancent tout droit vers E *, & par confequent que lors qu’il n’y a rien qui en empefche celles-ci, les'autres n’y tendent peine du tout: Non plus qu’une pierre ne tend jamais à defeendre obliquement vers le centre de la terre, lors qu’elle y peut defeendre en ligne droite.
Enfin confiderez que toutes les parties du fécond Elément qui font entre les lignes A F, DG, ( y-fig. VI.) doivent s’avancer enfemblevers cét efpace E, pour le remplir au même inftant qu’il eft Vuide. Car encore qu’il n’y ait que L’inclination qu’elles ont à s’éloigner du point S qui les y porte, & que cette inclination faffe que celles qui font entre les lignes B F, C G, tendent plus directement vers là, que celles qui relient entre les lignes AF, BF, &D G, CG, vous verrez neantmoins que ces dernieres ne laiflent pas d’étre aufti difpofées que les >' >' J 3 # Le Monde de Rene* Descartfs; autres à y aller, fi vous prenez garde à I’e£» fet qui doit fuivre de leur mouvement, qui n’cft autre finon, comme j’ai dit-tout maintenant, quel’efpace E fe remplifie, & qu’il y en ait un autre d’égale grandeur en la circonférence A B CD, qui devienne vuide en même temps. Car pour le changement de fituationqui leur arrive dans les autres lieux qu’elles remplifToient auparavant, ÔC qui en demeurent après encore jdeins, il n’eft aucunement confiderable, d’autant qu’elles doivent être- fuppofêes fi égales 8c h pareilles en tout les unes aux autres, qu’il n’importe de quelles parties chacun de ces fieux foit rempli. Remarquez neanmoins qu’on ne doit pas conclure de cccy qu’elles foient toutes égalés, mais feulement que les mouvemens dontleur inégalité peut être caufe, n’appartiennent point à l’àétkm dont nous parlons.
' Or il n’y a point de plus court moyen pour faire qu’unepartie del’efpace E feremplifiânt, celui par exemple qui efl vers D devienne vuide, que fi toutes les parties de “la matière qui fe trouvent en la ligne droite DG, DE, s’avancent ensemble vers E t Car s’il n’y avoit que celles qui font entre les lignes B F, CG, qui s’avançaffent les premières vers cet efpace E, elles en laifïeroient un autre au deflous d’elles vers V y dans lequel devroient venir celles qui font vers vers ou Traite’ de la Lumière. 337 vers D j en forte que le mêm® effet qui peut être produit par le mouvement de la matière qui eft en la ligne droite DG, ou D E, le ieroit par le mouvement de celle qui eft en la ligne courbe D V E -, ce qui eft contraire aux loix de la Nature.
Mais fi vous trouvez ici quelque difficulté à comprendre comment les parties du fécond Elément qui font entre les lignes A F, DG, ( Pr. fig. VII. ) peuvent s’avancer toutes enfemble vers E, fur ce qu’y ayan». plus de diftance entre A & D, qu’entre F G, l’efpace où elles doivent entrer pour s’avancer ainlî eft plus étroit que celui d’où elles doivent fortir -, Confidcrezque l’a&ion par laquelle elles tendent à s’éloigner du centre de leur Ciel, ne les oblige point à toucher celles de leurs voifines qui font à pareille diftance qu’elles de ce centre, mais feulement à toucher celles qui en font d’un degré plus éloignées. Ainfi que la pefanteur des petites boules 1. 2. 3. 4. 5. n’oblige point celles qui font marquées d’un même chiffre à s’entretoucher, mais feulement oblige celles qui font marquées 1. ou 10. à s’appuyer fur celles qui font marquées 2. ou 20. & celles-ci fur celles qui font marquées 3. ou 30. &c ainfi de luite: En forte que ces petites boules peuvent bien n’êtrc pas feulement' arrangées comme vous les voyez en cette feptiéme figure, mais aufli Ff jyS Le Mohm dje Rene’ Descartis,' comme elles font en la huit & neuvième, 6c en mille autres divctfes façons.
Puis confiderez que ces parties du fécond Elément fe remuant feparément les unes des autres, ( VIII. ) ainfi qu’il a été dit ci-dcfl'us qu'elles doivent faire, ne peuvent jamais être arrangées comme les boules de la feptiéme figure; 6c toutesfois qu’il n’y a que cette feule façon en laquelle la difficulté propoiée puifieavoir quelque lieu: Car on ne Içauroit fuppofçr fi peu d’inrervalic entre celles de les parties qui (ont à pareille diftancc du centre de leur Ciel, que cela ne fuffife pour concevoir que l’inclination qu’elles ont à s’éloigner de ce centre, doit faire avancer celles qui font entre les lignes A F, D G, toutes enfcmble vers l’efpace E, lors qu’il eli vuidej Ainfi que vous voyez en la neuvième figure, rapportée à la dixiéme, que la pclanreur des petites boules 40. JO. 8cc. les doit faire defeendre toutes enfemble vers l’clpace qu’occupe celle qui cft marquée 50, (i-tôt que celle-ci en peut fortir. ( V. princ.jtart. 3. art. 6 3. prfg. 1 8 9. ) Eti’on peut ici clairement appcrcevoir, comment celles de ces boules qui font marquées d’un même chiffre, fc rangent en un efpace plus étroit que n’cft celui d’où elles ferrent, à fçavoir en s’approchant l’une de l’autre. On peut aulîî appcrcevoir que les deux boules marquées 40. doivent delcenou Traite’ de la Lumière/ 339 dre un peu plus vîte, 8c s’approcher à pro- Jiortion un peu plus l’une ae l’autre, que es trois marquées 30. & ces trois, que les quatre marquées zo. 8c ainfi des autres.
En fuite ae quoy vous me direz peut-être, que comme il paroît en la dixiéme figure, que les deux boules 40. 40. après être tant loit peu defeenduës viennent à s’entretoucher ( ce qui eft caufe qu’elles s’arrêtent fans pouvoir defeendre plus bas ) tout de même les parties du fécond Elément qui doivent s’avancer vers E s’arrêteront, avant que d’avoir achevé de remplir tout l’cfpacç que nous y avons fuppofé.
Mais je répons à cela, qu’elles ne peuvent fi peu s’avancer vers là, que ce ne loit allez pour prouver parfaitement ce que j’ay dit •, ( fS. princ. part. 3. an. A3. pag. 189.) c’eft à fçavoir que tout l’efpace qui y eft, étant déjà plein de quelque corps, quel qu’il puif-£ê être, elles prelfent continuellement ce corps, & font effort contre lui comme pour le chalTer hors de fa place.
Puis outre cela je répons que leurs autres mouvemens qui continuent en elles pendant qu’elles s’avancent ainfi vers E, ne leur permettant pas de demeurer un fçul moment arrangées en même forte, les empefehent de s’entretoucher, ou biçn font qu’après s’être touchées elles fe feparent incontinent derechef, & ainfi ne laiflent pas Ffij T Ffij T 7.40 Le Monde de Rene’ Descartes, pour cela de s’avancer fans interruption vers l’cfpuce E, jufques à ce qu'il l'oit tout remply. De forte qu’on ne peut conclure de ceci autre choie, huon que la force dont elles tendent vers E, eft peut-être comme tremblante, & fc redouble Sc le relâche à diverfes petites fécond es, lelon qu’elles changent de lituation, ce qui femble être une propriété fort convenable à la lumière.
Or li vous avez entendu tout ceci fuffifamment, en luppofant les efpaces E, & S, ôc tous les petits angles qui font entre les parties du Ciel, comme vuides, vous l’entendrez encore mieux, en les fuppofant être remplis de la matière du premier Elément. Car les parties de ce premier Elément qui fc trouvent en l’efpace E, ne peuvent cmpelcher que celles du lecond, qui font entre les lignes AF, D G, ne s’avancent pour le remplir, tout de même que s’il étoit vuide i à caufc qu'étant extrêmement l'ubtiles, extrêmement agitées, elles font toujours aulli prêtes à fortiir des lieux où elles fc trouvent, que puid'e être aucun autre corps à y entrer. Et pour cette même raifçn, celles qui occupent les petits angles qui font encre les parties du Ciel, cedent leur place fans reliftançe à celles qui viennent de cet efpace E, & qui le vont rendre vers le point S. Je dis plutôt vers S, que vers aucun attire lipu, àfaulç que les autres corps, qgi ou Traite’ fi e la Iumterï.. 34* étant plus unis Sc plus gros ont plus de force, tendent tous à s’en éloigner.
Meme il faut remarquer qu’elles paffent d’E vers S entre les parties du fécond Elément qui vont d’S vers E, fans s’empefehet aucunement les unes les autres. Ainfî qué l’air qui eft enfermé dans l’horloge X Y Z, ( y-fig- XL ) monte de Z vers X au travers du labié Y, qui ne laiffe pas pour cela de defeendre cependant vers Z.
Enfin les parties de ce premier Elément qui fe trouvent en l’efpace A B C D, ( V. fig. V I. ) où elles compofcnt le corps du Soleil, y tournant en rond fort promptement autour du point S, tendent à s’en éloigner de tous cotez en ligne droite, fuivant ce que je viens d’expliquer; 8c par ce moyen toutes celles qui font en la ligne S D, pouffent enfemble la partie dû fécond Elément qui eft au point D \ & toutes celles qui font en la ligne S A, pouffent celle qui eft au point A, & ainfî des autres; En telle forte que cela fcul fuffiroit pour faire que toutes celles de ces parties du fécond Elément qui font entre les lignes AF, DG, s’avançaffent vers l’efpace E, encore qu’elles n’y euffent aucune inclination d’elles-mêmes.
Au refte, puis qu’elles doivent ainfî s’avancer vers cet efpace E, lors qu’il n’eft oc-. cupé que par la matière du premier Elément, il eft certain qu’elles tendent auflr à F f iij j 4 i I-E Monde de Reve’ Descartes, y aller, encore meme qu’il loir rempli d« quclqu’aurre corps; 8c par confequcnt qu’elles pouffent, 8c font effort contre ce corps, comme pour le chaffer hors de fa place. En forte que fi c’étoit l’œil d’un homme qui fuft au point E, il feroit pouffé a&uellement, tant par le Soleil, que par toute la matière du Ciel qui eft entre les lignes AF, DG.
Or il faut fçavoir que les hommes de ce nouveau Monde feront de telle nature, que lors que leurs yeux feront pouffez en cette façon, ils en auront un fentiment tout femblahle à celui que nous avons de la Lumière, ainfi que je dirai ci-après plus amplement..
CHAPITRE XIV.
( Des Propriété*, de U Lumière.
MAis je me veux arrêterencore nn peu en cét endroit à expliquer les Proprietez de l’a&ion dont leurs yeux peuvent ainfi être pouflez. Car elles fe rapportent toutes fi parfaitement à celles que nous remarquons en la Lumière, que lorsque vous les aurez confiderées, je m’affûre que vous avoiierez comme moi, qu’il n’eft pas befoin d’imaginer dans les Affres ni dans les Digitized OU T R AtTt' DE LA LuMiERE. 343 Cicux d’autre qualité que cette a&ion, qui s’appelle du nom de Lumière.
Les principales proprietez de la Lnrmere font 1. qu’elles s’étend en rond de tous cotez autour des corps qu’on nomme Lumineux. 1. Et à toute forte de diftance. 3. Et en un inftant. 4. Et pour l’ordinaire en Ii^ gnes droites, qui doivent être prifes pour les rayons de la Lumière- j. Et que plusieurs de ces rayons venant de divers points, peuvenç s’aflembler en un même point. 6. Oii venant d'un même point, peuvent s’aller rendre en divers points. 7. Où venant de divers points, & allant vers divers points, peuvent pafter par un même point, fans s’empefener les uns les autres. 8. Et qu’ils peuvent auffi* quelquefois s’empefeher leà uns les autres, à fçavoir quand leur force eft fort inégale, & que celle des uns eft beaucoup plus grande que celle des autres. 9. Et enfin qu’ils peuvent être détournez par reflexion. 10. ou par refra&ion. 11. Et 3ue leur force peut être augmentée, 1 x. ou iminuée, par les diverfes difpofitions ou quaîitez de la Matière qui les reçoit. Voilà les principales quaîitez qu’on obfcrve en la Lumière, qui conviennent toutes à cette aélion, ainfi que vous allez voir.
1. Que cette aétion fe doive étendre de tous cotez autour des corps Lumineux, la raifon en cft évidente, à eaufe que c’cft du F f iiij 344 Le Monde dï Rene’ Descartes mouvement circulaire de leurs parties qu’elle procédé.
2. Il cft évident aufll qu’elle peut s’étendre à toute forte de diftance: Car par exem- λle, fuppofant que les parties du Ciel qui e trouvent entre AF, & DG, font déjà d’elles-mêmes difpofées à s’avancer vers E, comme nous avons dit qu’elles font, on ne f>eut pas douter non plus que la force dont e Soleil poufle celles qui font vers A B C D, ne fe doive aufll étendre jufques à E, encore même qu’il y eût plus cle diftance des unes aux autres, qu’il n’y en a depuis les plus hautes Etoiles du Firmament jufques à nous.
3. Et fçaehant que les parties du fécond Elément qui font entre AF, & D G, fe touchent & preflent toutes l’une l’autre au • tant qu’il eft poflible, on ne peut pas aufll douter que l’adtion, dont les premières font pouflees, ne doive paffer en un inftant jufques aux dernières Tout de même que celle dont on poufle l’un des bouts d’un bâton, pafle julques à l’autre bout au memè inftant -, ( V. Dioptrique Difcoars upag.f.) ou plutôt, afin que vous ne fafliez point de difficulté fur ce que ces parties ne font point attachées l’une à l’autre ainfi que le font celles d’un bâton, tout de même qu’en la neuvième figure la petite boule marquée 50. defeendant vers 6, les autres marquées 1 o.defcendent aufll vers là au meme inftant- «s - ou le Traite’ de la Lumière. 345 4. Quant à ce qui eft des lignes fuivanc lefquelles fe communique cette a&ion, & qui font proprement les rayons de la Lumière, il faut remarquer qu’elles different des parties du fécond Elément par l’entremife defquelles cette même aCtion fe communi- 3ue; Sc qu’elles ne font rien de materiel ans le milieu par où elles paflent, mais qu'elles defignent feulement en quel feus, éc fuivant quelle détermination le corps Lumineux agit contre celui qu’il illumine > Sc ainfi qu’on ne doit pas laiffer de les concevoir exactement droites, encore que les parties du fécond Elément qui fervent à tranfmettre cette aCtion, ou la Lumière, ne puiffent prefque jamais être fi directement pofées l’une fur l’autre, qu’elles composent des lignes toutes droites. Tout de même que vous pouvez aifément concevoir que la main A ( F.fig. XII.) pouffe le corps E fuivant la ligne droite A E, encore <^u’eile ne le' pouffe que par l’entremife du bâton BCD, qui eft tortu. Et tout de même auffi que la boule marquée 1, ( V. fig. XIII. ) pouffe celle qui eft marquée 7, par l’entremife des deux marquées 5.5. aufîl directement que par l’entremife des autres z. 3. 4. 6.
5. 6. Vous pouvez aufli ailcment concevoir comment plufîeurs de ces rayons venant de divers points, s’affemblent en un même point, où venant d’un même point.
$4* Le Monde de Rene’ Descar. te»,' i*e vont rendre en divers points, fans s’empefeher, ni dépendre les uns des autres.
( V. Dtcpts. Dtfc. i./>•*£• io. ) Comme vous voyez en la fixicrae figure qu’il en vient Elufieurs des points A B C D, qui s'aliénaient au point E, & qu’il en vient plufieurs du feul point D, qui s’étendent l’un vers E, l’autre vers K, & ainfi vers une infinité d’autres lieux j Tout de même que les di-% verfes forces donr on tire les cordes 1.2.3. 4. j. ( V. fîg. XIV. ) s’aflemblent toutes en la poulie, éc que la refiftance de cette poulie s’étend à toutes les diverfes mains qui tirent ces cordes.
7. Mais pour concevoir comment plufieurs de ccs rayons venant de divers ooints, 8c allant vers divers points, peuvent pafier par un même point, fans s’empefeher les uns les autres, comme en cette fixiéme figure, les deux rayons AN,&Dl, p fient pr le point E, il faut confiderer que chacune des parties du fécond Elément cft capable de recevoir plufieurs divers mouvernens en même temp; En forte que celle qui eft par exemple au point E, peut tout enfemb le être pôufi’ée vers L, par I’a&ion qui vient de l’endroit du Soleil marqué D, çC en même temps vers N, par celle qui vient de l’endroit marqué A. Ce que vous entendrez encore mieux, fi vous confiderez qu’on peut pouffer l’air en même temps K L, bien que ces tuyaux foient tellement unis au point N, que tout l’air qui paffe par le milieu de chacun d’eux, doit necefîairementpaflêr auflipar le milieu des deux autres.
8. Et cette même comparaifon peut fervir à expliquer comment une forte Lumie-Ee empelche l’effet de celles qui font plus foibles: Car fi l’on pouffe l'air beaucoup plus fort par F, que par H, ni par K, il ne tendra point du tout vers I, ni vers L, mais feulement vers G.
<). 10. Pour la reflexion Scia refraétion,’ je les ay déjà ailleurs fuffifamment expliquées. Toutesfois parce que je me fuis fervi ' pour lors de l’exemple du mouvement d’une baie, au lieu de parler des rayons de la Lumière, afin de rendre par ce moyen mon difeours plus intelligible, ilmerefte encore ici à vous faire confiderer, que l’aétion ou l’inclination à fe mouvoir, qui eft tranfmife d’un lieu en un autre, par le moyen de plufieurs corps qui s’entretouchent, & qui fe trouvent lans interruption en tout l’efpace qui eft entre deux, fuir exactement la même voye, par où cette même adtion pourroit faire mouvoir le premier de ces corps, fi les autres n’étoient point en fon chemin j. fans qu’il y ait aucune autre différence, fi- $48 Le Monde de Rene’ Descartès, non qu’il faudroit du temps à ce corps pour fe mouvoir, au lieu que l’attion qui eft en lui peut par rentremife de ceux qui le touchent s’étendre jufqucs à toutes fortes de diftances en un inflant. D’où il fuit que comme une baie fc réfléchit quand elle donne contre la muraille d’un jeu de paume, & qu’elle fouffre refraétion quand elle entre obliquement dans de l’eau, ou qu’elle en fort, de même aufli quand les rayons de la Lumière rencontrent un corps qu1 ne leur permet pas de palier outre, ils doivent fe réfléchir; f V. Dioptncjut Difc. i-pœg. *6.) & quand ils entrent obliquement en quelque lieu par où ils peuvent s'étendre plus ou moins aifément que par celui d’où ils fortent, ils doivent aufli au point de ce changement fe détourner & fouffrir refraâion.
ii. ii. Enfin la force de la Lumière eft non feulement plus ou moins grande en chaque lieu, félon la quantité des rayons qui s’y alfemblent, {V. Dioptr. Difc. i. pag. 10. ) mais elle peut aufli être augmentée ou diminuée par les diverfes difpolîtions des corps qui fe trouvent aux lieux par où elle pafle j Ainfi que la vitelïe d’une baleou d’une pierre qu’on poulie dans l’air, peutêtre augmentée par les vents qui foufflent vers le même côté qu’elle fe meut, & diminuée par leurs contraires.
ou Traite’ de la Lumière. $49 CHAPITRE XV.
Que la face du Ciel de ce nouveau Monde dojt paraître a fes Habit an s toute fembLible a celle du Notre.
AYant ainfi expliqué la Nature & les Proprietez de l’adlion que j’ai prile pour la Lumière, il faut auili que j’explique comment par fon moyen les Habitnns de la Planete que j’ai fuppoléc pour la Terre, peuvent voir la face de leur Ciel toute femblableà celle du nôtre.
Premièrement, il n’y a point de doute qu’ils ne doivent voir le corps marqué S (>. fig. IV.) tout plein de Lumière, & fcmblable à notre Soleil 3 ( V.princip. pan. $.art. 130.pag. 272. & 275.) veu que ce corps envoyé des rayons de tous les points de la fuperficie vers leurs yeux: Et parce qu’il eft beaucoup plus proche d’eux que les Etoiles, il leur doit paroître beaucoup plus grand. Ileft vrai que les parties du petit Ciel A BC D, qui tourne autour de la T erre, font quelque refiftance aces rayons^ mais. parce que toutes celles du grand Ciel qui font depuis S. jufques à D, les fortifient, celles qui lont depuis D juiques à T, n’étant à.comparailpmqu’en petit nombre, ne < 350 Le Monde de Rene’ Descartes, leur peuvent ôter que peu de leur force: Et même toute l’aCtion des parties du grand Ciel F G G F, ne luffit pas pour empefeher que les rayons de plufieurs Etoiles fixes ne parviennent jufques à la Terre, du cote qu’elle n’eft point éclairée par le Soleil.
Car il faut fçavoir que les grands Cieux, c’eft-à-dire ceux qui ont une Etoile fixe ou le Soleil pour leur centre, quoi que peutêtre allez inégaux en grandeur, doivent être toûjours exactement d’égale force ( V. fritte, part. 3. art. 114.p. 248. ) En forte que toute la matière qui elt par exemple en la ligne S B, ( V. fig. II. ) doit tendre aufli fort vers £, que celle qui elt en la ligne (B, tend vers S: Car s’ils n’avoient entr’eux cette égalité, ils fc détruiroient infailliblement dans peu de temps, ou du moins fie changeaient jufques à ce qu’ils l’cuffent acquile.
Or puis que toute la force du rayon S B par exemple, n’eft que juitement égale à celle du rayon t B, il elt manifefte que celle du rayon T B, qui eft moindre, ne peut empefeher la force du rayon s B de s’étendre jufques à T. Et tout de même il eft évident que l’Etoile A peut étendre fes rayons jufques à la terre T \ d’autant que la matière du Ciel qui eft depuis A jufques à 2, leur ayde plus, que celle qui eft depuis 4. jufques à X ne lpur refifte; avec cela que ( ( ou Traite’ de la Lumière. 351 celle qui eft depuis 3. jufques à 4, ne leur ayde pas moins, que leur refifte celle qui eft depuis 3. jufques à 2. Et ainfi, jugeant des autres à proportion, vous pouvez entendre que ces Etoiles ne doivent pas paroître moins ccnfufément arrangées, ni moindres en nombre, ni moins inégales cntr’clles, que font celles que nous voyons dans le vrai Monde.
Mais il faut encore que vous confideriez, touchant leur arrangement, qu’elles ne peuvent quafi jamais paroître dans le vrai lieu où elles font. ( V. princip.part. 3. art. 13 1. petg. 274. ) Car par exemple, celle qui eft marquée «, paroît comme fi elle étoit en la ligne droit TB, & l’autre marquée A, comme Ci elle étoit en la ligne droité T 4 3 dont la raifon eft « que les Cieux étant inégaux en grandeur /tes fuperficies qui les feparent, ne fe trouvent quafi jamais tellement difpofées, que les rayons qui partent au travers, pour aller de ces Etoiles vers la Terre, les rencontrent à angles droits: Et lors qu’ils les rencontrent obliquement, il eft certain, fuivant ce qui aéré démontré en la Dioptrique, qu’ils doivent s’y courber, & louffrir beaucoup de refraétion, d’autant qu’ils partent beaucoup plus aifément par l’un des cotez de cette fuperficie, que par l’autre. Et il faut fuppofer ces lignes T B, T 4, 6c femblables, fi extrême* 4 — » 4 — » Le Monde de Rene’ Descartes, ment longues, à comparaifon du diamètre du cercle que la Terre décrit autour du Soleil, qu’en quelque endroit de ce cercle qu’elle Te trouve, les hommes qu’elle foûtient voyent toujours les Etoiles comme fixes, &c attachées aux mêmes endroits du Firmament -, c’cft-à-dire, pour ufer des Termes des Aftronomes, qu’ils ne peuvent remarquer en elles dcparalaxcs.
Conlîdcrcz auili, touchant le nombre de ces Etoiles, ( V. princ. pan. 3. an. 1 3 1. p. 274. ) que Couvent une même peut paroître en divers lieux, à caufe des diverles fuperfîcics qui détournent Ces rayons vers la Terre 3 Comme ici celle qui cft marquée A, paroît en la ligne T 4, par le moyen du rayon A 2 4 T, 8c enfemblc en la ligne T/, par le moyen du rayon A 6 fT -, ainfi que Ce multiplient les objets qu’on regarde au travers des verres ou autres corps tranfparens qui font taillez à plufieurs faces.
Déplus confiderez touchant leur grandeur, qu’encore qu’elles doivent paroître beaucoup plus petites qu’elles ne font à caufc de leur extrême éloignement-, 8c même qu’il y en ait la plus grande partie, qui pour cette raifon ne doivent point paroître du tout -, 8c d’autres qui ne paroiflent qu’entant que les rayons -de pluficurs joints enfemble rendent les parties du Firmament par où.ils pa fient un peu plus bLmches, 8c fcmblablcs Digitized ou Traite’ delà Lumière. 35$ femblables à certaines Etoiles que les Agronomes appellent Nubileufes, ou à cette grande ceinture de notre Ciel, que les Poètes feignent être blanchie du lait de Junon: Toutefois, pour celles qui font les moins éloignées, il fuffit de les fuppofer environ égales à notre Soleil, pour juger qu’elles peuvent paroître auffi grandes que font les plus grandes de notre Monde.
Car outre que generalement tous les corps qui envoyent de plus forts rayons contre les yeux des regardans, que ne font ceux qui les environnent, paroilïent aufii plus grands qu’eux à proportion •, Sc par confequent que ces Etoiles doivent toujours fembler plus grandes que les parties de leurs Cicux égales a elles, éc qui les avoifinent, ainlî que j’expliquerai ci-après, les fuperficies FG, GG, GF, fig. 1 1. ) & femblables, où fe font les réfractions de leurs rayons, peuvent être courbées de telle façon, qu’elles augmentent beaucoup leur grandeur j & même étant leulement toutes plates elles l’augmentent.
Outre cela il cft fort vrai-femblable que ces fupcrficies étant en une matière très fluide, üc qui ne celle jamais de fe mouvoir doivent branler & ondoyer toujours quelque peu -, &: par confequent que les Etoiles qu’on voit au travers, doivent paroître étincelantes & comme tremblantes, ainli Gg j 54 Le Monde de Rene’ Descârtis; que font les nôtres, ÔC même à caufe de leur tremblement un peu plus grofles; ainfi que fait l’image de- la Lune, au fond d’un lac dont lafurface n’eft pas fort troublée ni agitée, mais feulement un peu crefpée par le fouffle de quelque vent.
Et enfin il ie peut faire que par fuceeflîon de temps ces fupcrficiesfe changent un peu» ou même aufli que quelques-unes fc courbent allez notablement en peu de temps, quand cene feroit qu’à l’occafion d’une Comète qui s’en approche, Sc par ce moyen que plufieurs Etoiles femblent après un long-temps être un peu changées de place fans l'être de grandeur, ou un peu changées de grandeur fans l’être de place; 8c même que quelques-unes commencent affez fubitement à paroître ou à difparoître, ainfi qu’on la vu arriver dans le vray Monde.
- Pour les Planètes 8c les Comètes qtti forte dans le même Ciel que le Soleil, içaehant que les parties du troifiéme Elément dont elles font compoféès, font fi greffes, ou tellement jointesfpiuficurs enlemble, qu'elles peuvent réfifter àf’aètion delà Lumière, d eft'aiféà érttendre qu’elles doivent patoîtte par le moyen des rayons que le Soleil envoyé vers elles, & qui fe reflcchifTent de là vers la Terre 5 ainfi que les objets opâ^ qites ou obfcutsqui font dans une cham&ei ou Traite’ de la Lumière. 3$$ y peuvent être vus par le moyen des rayons que le flambeau qui y éclaire, envoyé vers eux j & qui retournent de là vers les yeuk des regardants. Et avec cela les rayons du Soleil ont un avantage fort remarquable pardciïusceux d’ttn flambeau; qui conflftè en ce que leur force leconfervc,ou même s’augmente de plus en plus, à.melure qu’ils s’éloignent du Soleil, jufqucs à ce qu’ils foient parvenus à la fuperfiçic extérieure de fon Ciel, à caufc que toute la matière de ce Ciel tend vers là: au lieu que les rayons d’un flambeau s’affoiblilTent en s’éloignant, à railon de la grandeur des fuperficies fpheriques qu’ils illuminent, & même encore quelque peu plus, à caufe de la reflftanCg de l’air par où ils pafl'ent. D’où vient que les objets qui font proches de ce flambeau, en font notablement plus éclairez que ceux qui en font loin; &que les plus baltes Planètes ne font pas à même proportion plus éclairées par le Soleil que les plus hautes » ni même que les Cometes, qui en font fans comparailon plus éloignées.
Or l’experience nous montre qucle fe mblable arrive auffi dans le vrai Mondé 5 Et toutefois je ne croi pas qu’il foit poflïbl'e d’en rendre raifon, fl on fuppofe que la Lumière y foit autre chofe dans les objets, qu’une adiônou difpofltion telle que je l’ai expliquée. Je dis Une adion ou difpofltion: Gg;J 3 1 6 Le Monde de Rene’ Descartes,