Et remarquez qu’entre les divers corps qui dotent ainfi dans l’eau, ceux qui font affez durs Sc allez malfifs, comme font ordinairement les batteaux, principalement les plus grands Si les plus chargez, ont toujours beaucoup plus de force qu’elle à continuer leur mouvement, encore même que ce foit d’elle feule qu’ils l’ayent receuc > Et qu’au contraire ceux qui lont fort légers, tels que peuvent cftre ces amas d’écume blanche qu’on voit doter le long des rivages en temps de tempefte,en ont moins. En forte que fi vous vousimaginez deux Rivières qui le joignent en quelque endroit l’une à l’autre, Si qui fe feparent derechef un peu après, avant que leurs eaux, qu’il faut luppoferfort calmes & d’une force ad'ez égale, mais avec cela fort rapides, ayent le loidr de fe mêler, les Batteaux ou autres corps ad'ez madifs Si pefans qui feront emportez par le cours de l’une, pourront facilement padèr en l’autre? au lieu que les plus légers s’en éloigneront, & feront rejettez par la force de cette eau vers les lieux où elle ed: le moins rapide.
Par exemple, fi ces deux Rivjercs font ABF, & C DG,[r. fig. III.] qui venant de deux cotez differens, fe rencontrent .vers E t puis de là fe détournent, A B vers Digitizad by C ou Trait h’ de la Lumière. 301 F, & CD vers G; Il eft certain que le bateau H, fuivant le cours de la Riviere A B, doit palTer par E, vers G, & réciproquement le bateau I vers F, fi ce n’eft qu’ils fe rencontrent tous deux au paflage en même temps, auquel cas le plus grand ôc le plus fort brifera l’autre: Et qu’au contraire l’écume „ les feuilles d’arbres 8c les plumes, les fétus & autres tels corps fort légers, qui peuvent floter vers A, doivent être pouflez par le cours de l’eau qui les contient, non pas vers E & vers G, mais vers B -, où il faup penfer que l’eau eft moins forte & moins rapide que vers E, puisqu'elle y prend fbn cours luivant une ligne qui eft moins approchante de la droite.
Et déplus, il faut confiderer que non feulement ces corps légers, mais aufli que d’autres plus pefans & plus malfifs, fe peuvent joindre en ferencontrant, & que tournoyant alors avec l’eau qui les entraîne, ils peuvent plufieurs enfemble compofer de groftes boules, telles que vous.voyez K, & L, dont les unes comme L, vont vers E, 8c les autres comme K, vont vers B, félon que chacune eft plus ou moins Solide, 8c compofée de parties plus ou moins groftes 8c maftives.
A l’exemple dequoy il eft aifé de comprcndre,qu’en quelque endroit que fe foient trouvées au corqmenceqjent les parties de $02 Le Monde de Renb’ Descartes, la Matière qui ne pouvoient prendre la forme du fécond Elément ny du premier, toutes les plus grofles & plus mamves d’entr’elles, ont du en peu de temps prendre leur cours vers la circonférence extérieure des Cieux qui les contenoient, 8c palier apres continuellement des uns de ces Cieux dans les autres, fans s’arrefter jamais beaucoup de temps de fuite dans le même Ciel: Et qu’au contraire toutes les moins malïives ont dû eftre poullées, chacunes vers le centre du Ciel qui les contenoit, par le cours de la matière de ce Ciel. Et que vû les figures que je leur ay attribuées, elles ont dû en fe rencontrant l’une l’autre, fe joindre plufieurs enfemble, 8c compofer de grofles boules, qui tournoyant dans les Cieux, y ont un mouvement temperé de tous ceux que pourroient avoir leurs parties eftant feparées; en forte que les unes fe vont rendre vers les circonférences de ces Cieux, 8c les autres vers leurs centres.
Et fçaehez que ce font celles qui fe vont ainfi ranger vers le centre de quelque Ciel, que nous devons prendre icy pour les Planettes, ( V. art. 140. part. 3. Princip. paç. 292. )&: celles qui paient au travers de divers Cieux, que nous devons prendre pour des Cometes.
Or premièrement touchant ces Cometes, ( V'. an. 127. pag. 16-J. princip. p. 3.) U ou Traite’ de la Lumière, joj faut remarquer qu’il y en doit avoir peu en ce nouveau Monde, à comparaifon du nombre desCieux: Car quand bien mefme il y en auroit eu beaucoup au commencement * elles auraient dû par fucceflîon de temps, en partant au travers de divers Cieux, fe heurter 8c fe brifer prefque toutes les unes les autres, ainfi que j’ay dit que font deux bateaux quand ils fe rencontrent j en forte qu’il n’y pourrait maintenant refter que les plus grades.
Il faut auflî remarquer que lors qu’elles partent ainfi d’un Ciel dans un autre, elles pouffent toujours devant foy quelque peu de la matière de celuy d’où elles fortent, - ( Ibid art. 1 27.; 8c en demeurent quelque temps enveloppées, jufqu’à ce qu’elles foient entrées aflez avant dans les limites de l’autre Ciel j où eftant, elles s’en dégagent enfin comme tout d’un coup, 8c fans y employer peut-eftre plus de temps que fait le Soleil à fe lever le matin fur noftre horifon: En forte qu’elles fe meuvent beaucoup plus lentement lors qu’elles tendent ainfi àfortir de quelque Ciel, qu’elles ne font un peu apres y eftre entrées.
Comme vous voyez icy que la Comete qui prend fon cours fuivant fa ligne C D Q_ R, 2..] eftant déjà entrée aflez avant dans les limites du Ciel F G, lorsqu’elle eft au point C? demeure neanmoins encore eu- $04 Le Monde de Rene’ Descartes, yeloppée de la matière du Ciel F I, d’où elle vient, & n’en peut eftre entièrement délivrée, avant qu’elle foit environ le point D. Mais fi-toft qu’elle y eft parvenue, elle commence à Cuivre le cours du Ciel F G, ôc ainfi à fe mouvoir beaucoup plus vite qu’elle ne faifoit auparavant. Puis continuant Ton cours de là vers R, Ton rùouvcment doit Ce retarder derechef peu à peu, à mejfure qu’elle approche du point Q_ *, tant à caule de la refiftance du Ciel F G H, dans les limites duquel elle commence à entrer, qu’à caufequ’y ayantmoinsde diftance entre S & D, qu’entre S &, toute la matière du Ciel qui eft entre S & D, où la diftance eft moindre, s’y meut plus vite-, ( V. Lettre 13. Tome troisième p ag. 24a. & 249. ) ainfi que nous voyons que les rivières coulent toujours plus promptement aux lieux où leur lit eft plus eftroit reflerré, qu’en ceux où il eft plus large Sc eftendu.
Déplus, il faut remarquer que cette Comète ne doit paroiftre à ceux qui habitent vers le centre du Ciel F G, (T. Pan. 3. des Princip. art. 1 3 2. Pag. 275. ) que pendant le temps qu’elle employé à pafler depuis D jufques à Q_, ainfi que vous entendrez tantoft plus clairement, lors que je vous auray dit ce que e’eft que la Lumière; Et par même moyen vous connoîtrez que fon mouvement leur doit paroître beaucoup plus vî.
ou Traite’ de la Lumière. 305 te, (y.ibid. an. 129. pag. 270.) 8c fou corps beaucoup plus grand, 8C fa lumière beaucoup plus claire, au commencement du temps qu’ils la voyent, que vers la fin.
Et outre cela, fi vous confidcrez un peu curieufementen quelle forte la lumierequi peut venir d’elle le doit répandre 8c diilribuer de tous cotez dans le Ciel, vous pourrez bien auflfi entendre, qu’étant fort groffe, comme nous la devons fuppofer, il peut paroître certains rayons autour d’elle, qui s’y étendent quelquesfois en forme de chevelure de tous cotez, ( Ibid. an. 133. pag. 279.) 8c quelquesfois fe ramaflent en forme de queue d’un feul côté, félon les divers endroits où fe trouvent les yeux qui la regardent: En forte qu’il ne manque à cette Co* mete pas une de toutes les particularitez qui ont étéobfervées jufques ici en celles qu’on a vcucj dans le vray monde, du moins de celles qui doivent eftre tenues pour véritables. [ Ibid. art. 138.pag. 290.) Car fi quelques Hiftoricns, pour faire un prodige qui menace le croiiant des Turcs, nous racontent qu’en l’an 1450. la Lune a été éclipfée par uneComete qui paifoit au deflous, ou chofe femblablc; Et fi les Aftronomes calculant mal la quantité des refradtions des Cieux, laquelle ils ignorent, 8c la vitctTe du mouvement des Cometes, qui eft incertaine, ( y. Lettre 13.T me 3. pag. 240. } 3 o<f Le Monde de Rene’ DescArtes; leur attribuent allez de Parallaxe pour être placées auprès des Planètes, ou même au deftous,où quelques-uns les veulent tirer comme par force, nous ne fommes pas ob-, ligez de les croire.
CHAPITRE X.
'2)es Planètes en general *, & en particulier de la Terre } & de la Lune.
IL y a tout de même touchant les Planètes plufieurs chofes à remarquer; dont la première eft, qu’encore qu’elles tendent routes vers les centres des Cieux qui les contiennent, cen’eft pas à dire pour cela qu’elles puiflent jamais parvenir jufques au dedans de ces centres: car comme j’ay déjà dit. cy-devant, c’eft le Soleil & les autres Eftoil-- les fixes qui les occupent. Majs afin que je vous fafl’e entendre diftin&ement en quels endroits elles doivent s’arrêter, voyez par exemple celle qui eft marquée h, \V. fig. z.]
' ■ que je fuppofe luivre le cours de la matière du Ciel qui eft vers le cercle K j & confiderez que fi cette Planete avoit tant ioit peu plus de force à continuer Ton mouvement en ligne droite que n’ont les parties du fécond Elément qui l’environnent, au lieu de fuivre toujours ce cercle K 3 elle droit vers * Ibid, pag. 292. art. 140.) & ainfi elle s'éloignèrent plus qu’elle n’eft du centre S. Puis dautant que les parties du fécond Elément qui l’environneroient vers Y, Te meuvent plus vîte, Sc même font un peu plus petites, Ou du moins ne font point plus grofles que celles qui font vers K, elles lui donneroient encore plus de force pour paffer outre vers F j en forte qu’elle iroit jufques à la circonférence de ce Ciel, fans fe pouvoir arrêter en aucune place qui foit eru tre-deux; puis de là elle paUeroit facilement -dans un autre Ciel 5 [ F. art. 1 27. pag. i6-j. princ. part.?,.]& ainfi au lieu d’être une Planète, elle deviendroit une Comete.
D’où vous voyez qu’il ne fe peut arrêter aucun Aftre en tout ce vafte elpace qui eft depuis le cercle K, jufques à la circonférence du Ciel F G G F, par où les Comètes prennent leur course [ F. art. 41. pag. 164. part, 3. princ. ] & outre cela qu’il faut de necefliteque les Planètes n’ayent point plus de force à continuer leur mouvement en ligne droite, que les parties du fécond Elément qui font vers K, lors qu’elles fe meuvent de même branle avec elles, & que tous -les dorps qui en ont plus font des CometeS.
Penfons donc maintenant que cette Planète h a moins de force que les parties du fécond Elément qui l’environnent; En forte . C c i j .308 Le Monde de Rene’ Descartes que celles qui la fuivent, & qui font placées un peu pfus bas qu’elle, puiiïcnt la détourner, &c faire qu’au lieu de fuivre le cercle K, clic defcende vers la Planete marquée if, oû étant, il fe peut faire qu’elle fe trouvera juftemcnt aufli forte que lcspar-^ tics du fécond Elément qui pour lors l’environneront: Dont la raifon eft, que ces parties du fécond Elément étant plus agitées que celles qui font vers K,[r. ibid. art.
8 i.pag. 2-11.* 84. prf£.2i4.+ 85. pag.116. ^ * 140. pag. 192. ] elles l’agiteront aulli davantage, & qu’étant avec cela plus petites, elles ne lui pourront pas tant refifter; auquel cas elle demeurera juftemcnt balancée au milieu d’elles, & y prendra fon cours en meme fens qu’elles font autour du Soleil, lans s’éloigner de lui plus ou moins unefois que l’autre, qu’autant qu’elles pourront.aulîis'en éloigner.
Mais li cette Planete étant vers T£, a en- V core moins de force à continuer fon mouvement en ligne droite, que la matière du • Ciel qu'elle y trouvera, elle fera poufléc par elle encore plus bas, vers la Planete marquée o*. & ainft de fuite, jufques à ce qu’enhn elle fe trouve environnée d’une matière qui n’ait ny plus ny moins de force qu’elle.
Et ainfi vous voyez qu’il peut y avoir diverfes Planètes, les limes plus Sc les autres 1 • Digitifed by Google ou Traite’ de la Lumière. 30$ moins éloignées du Soleil, telles que font ici h. If. o*. T. 9. $•, dont les plus baffes & moins mafflves peuvent atteindre jufques a fà fuperficie, mais dont les plus hautes ne paflent jamais au delà du cercle K; qui bien que très-grand à comparaifon de chaque Planete en particulier, eft neanmoins ff extrêmement petit à comparaifon de tout le Ciel F G G F, que comme j’ai déjà dit ci-devant, [ Au commencement du Chap. S.* art. 40. part. 3. desprincip. pag. 1 <> 3. * ibid. art. 8 5. pag. 2 1 6. ] il peut être confideré comme fon centre.
Que fi je ne vous ay pas encore aflez fait entendre la caufe qui peut faire que les parties du Ciel qui font au delà du cercle K, étant incomparablement plus petites que les Planètes, ne laifl’ent pas d’avoir plus de force qu’elles à continuer leur mouvement en ligne droite, conffderez que cette force ne dépend pas. feulement de la quantité de la matière qui eff: en chaque corps, [ V. an. 43. part, 2. des principes pag. 108. * ibid. part. 3. art. 120. 1 21. (ÿ* 122. pag. 257. & fuiv. ] mais aufli de l’étendue de fa fuperficie. Car encore que lors que deux corps fe meuvent également vîte, il foit vrai de -dire que fi l’un contient deux fois autant de matière que l’autre, il a auffi deux fois autant d’agitation, ce n’eft pas à dire pour cela qu’il ait deux fois autant de force à con* * * jio Le Monde de Rene’ Descartes; tinuer de fe mouvoir en ligne droite; mais il en aura juftement deux fois autant, li avec cela la fuperficie eft juftement deux fois aulfi étendue, à caufe qu’il rencontrera toujours deux fois autant d’autres corps qui lui feront refiftance -, &c il en aura beaucoup moins, fi fa fuperficie eft étendue beaucoup plus de deux fois.
Or vous fçavez que les parties du Ciel font à peu prés toutes rondes, & ainfi qu’elles ont celle de toutes les figures qui com- Î>rend le plus de matière fous une moindre iiperficie: [ V. art. 124. 125. & 1 16. part.
3. des prïncip.pag. t6i.& fniv. ] Et qu’au contraire les Planètes étant compofées de petites parties qui ont des figures fort irreguheres & étendues, ont beaucoup de fuperficie à raifon de la quantité de leur matière; en forte qu’elles peuvent en avoir plus que la plupart de ces parties du Ciçl; & toutesfois aulfi en avoir moins que quelques-unes des plus petites, & qui font les plus proches des centres: Car il faut fçavoir qu’entre deux boules toutes malfives, telles que font ces parties du Ciel, la plus petite a toujours plus de fuperficie à raifon de fa quantité, que la plus grolï'e.
Et l’on peut aifément confirmer tout ceci par l'experience. Car poull'ant une grofl'e boule compofée de pluneurs branches d’arbres confulément jointes & entaflées l’une v - A J ou Traite’ de la Lumière. 311 fur l’autre, ainfi qu'il faut imaginer que font les parties de la matière dont les Planètes font compofées > il eft certain qu’elle ne pourra pas continuer fi loin fon mouvement, quand bien même elle feroit poulïêe Î>ar une force entièrement proportionnée à a grofieur, comme feroit une autre boule beaucoup plus petite & compoféedu même bois, mais qui feroit toute maffive 5 II eft certain aufli tout au contraire qu’on pour-» roit faire une autre boule du même bois &C toute maffive, mais qui feroit fi extrêmement petite, qu’elle auroit beaucoup moins de force à continuer fon mouvement que la première; Enfin il eft certain que cette première peut avoir plus ou moins de force à continuer fon mouvement, félon que les branches qui la compofent font plus ou moins groftes & preflees.
D’où vous voyez eomment diverfes Planètes peuvent être fufpenduës au dedans du cercle K, [P~. art. 147. pag. 298. part. 3. princip. ] à diverfes diftances du Soleil j & comment ce ne font pas Amplement celles qui paroiftent àl’extericur les plusgrofles, mais celles qui en leur intérieur font les plus folides ôc les plus maffives, qui en doivent être les plus éloignées.
Il faut remarquer après cela, que comme nous expérimentons que les batteaux qui fuivent le cours d’une riviere, ne fe qu Le Monde de Rene’ Descartes; meuvent jamais fi vîtc que l’eau qui les entraîne, ny même les plus grands d’entr’-eux fi vîre que les moindres *, ainfi encore que les Piànetes fuivent le cours de la matière du Ciel fans refiftancc, &fe meuvent de mefme branle avec elle, ce n’eft pas à dire pour cela qu’elles fe meuvent jamais du tout fi vîte: Et même l’inégalité de leur mouvement doit avoir quelque raport à celle qui fe trouve entre la grofleur de leur malfe & la petiteffe des parties du Ciel qui les environnent. Dont la raifon eft, que généralement parlant, plus un corps eft gros, [ V. art. 8 8. ibid. part. 3. pag. 121.] plus il lui eft facile de communiquer une partie de fon mouvement aux autres corps, & plus il eft difficile aux autres de lui communiquer quelque chofe du leur: Car encore que plusieurs petits corps, en s’accordant tous enfemble pour agir contre un plus gros, puiffent avoir autant de force que lui, toutesfois ils ne le peuvent jamais faire mouvoir fi vîte en tous fens comme ils fe meuvent } [y. ibid. art. 114- & *25. pag. 161. & Jitiv. ] à caufe que s’ils s’accordent en quelques-uns de leurs mouvemens, lefquels ils lui communiquent, ils different infailliblement en d’autres en même temps, lefquels ils ne lui peuvent communiquer.
Or il luit de ceci deux chofes, qui me fcmblent fort confidcrables j La première '■ eft j \.
ou traite’ de la Lumière. 31$ eft, que la matière du Ciel ne doit pas feulement faire tourner les Planètes autour dix Soleil, mais aufli autour de leur propre centre [ excepté lors qu’il y a quelque caufe particulière qui les en empefche J 8c enfuite qu’elle doit compofer de petits Cieux autour d’elles, qui fe meuvent en même fens que le plus grand. Et la fécondé eft, que s’il fc rencontre deux Planètes inégales en grofleur, [V'. part. 3. des princip. art. 14?. pag. 300. * Lettre 69. de Mr. Defcartet T orne x.pag. $66. ) maisdifpofées à prendre leur cours dans le Ciel à une même diftance du Soleil, en forte que l’une foit juftement d’autant plus maifive, que l’autre fera plus grofle, la plus petite de ces deux aianc un mouvement plus vîte que la plus grofle, devra fe joindre au petit Ciel qui fera autour de cette plus grofle, 8c tournoyer continuellement avec lui.
Car puifque les parties du Ciel qui fonC par exemple vers A, ( V. fig. I V. ) Te meuvent plus vite que la Plancte marquée T. qu’elles pouflent vers Z, il eft: évident qu’elles doivent être détournées par elle, 8c contraintes de prendre leur cours vers B; Je dis vers B, plutôt que vers D: Car aianc inclination à continuer leur mouvement en . ligne droite, [ V. art. 149. comme c y de ff us. J elles doivent plutôt aller vers le dehors du cercle A C Z N qu’elles décrivent, que vers Dd Dd Ît 1 4 Le Monde de R ene’ Descartes e centre S.Qrpalfantainfi d’A versB,elles obligent la Planete T de tourner avec elles autour de fon centre y & réciproquement cette Planete en tournant ainfî, leur donne occasion de prendre leur cours de B vers C, puis vers D, & vers A; & ainfi de former un Ciel particulier autour d’elle, avec lequel elle doit toujours après continuer à fe mouvoir de la partie qu’on nomme l’Occident, vers celle qu’on nomme l’Orient, non feulement autour du Soleil, maisaufli autour de fon propre centre.
Déplus, (cachant que la Planete marquée^ eft difpofée à prendre fon cours fuivaxit le cercle N ACZ, auffi bien que celle qui eftmarquée T, & qu’elle doit le mouvoir plus vite, à caufp qu’elleeft plus petite, il eft ai fê à entendre, qu’en quelque endroit du Ciel qu’elle puilfe s’être trouvée au commencement, elle a dû en peu de temps s’aller rendre contre la fuperneie extérieure du petit Ciel A BC D, & que s’y çtant une fois jointe, elle doit toujours après fuivre fon cours autour de T, avec les parties du fécond Elément qui font vers çette fuperfîcie.
Car puifque nous fuppofons qu’elle aufoit iuftement autant de force que la matière de ce Ciel a tourner fuivant le cercle N AC Z, fi l’autre Planete n’y étoit point, il fgut pènfer qu’elle en a quelque peu plus à ov Traite’ de la Lumtere. 31? tourner fuivant le cercle A B C D, à caufe qu’il eft plus petit, & par confequent qu’elle s’éloigne toujours le plus qu’il eft poflïble du centre T *ainfi qu'une pierre étant agitée dans une fronde tend toûiours à s’éloigner du centre du cercle qu’elle décrit. [ P» art. ).part. 2. princip.p. 105. ] Ettoutesfois cette Planete étant vers A, n’ira pas pour cela s’écarter vers L, d’autant qu’elle entreroit en un endroit du Ciel dont la matière auroit la force de la repoufler vers le cercle N A C Z; & tout de même étant vers C, elle n’ira pas defeendre vers K, dautant qu’elle s’y trouveroit environnée d’une matière, qui lui donneroit la force de remonter vers ce même cercle N A C Z -, Elle n’ira Sas non plus de B vers Z, ni beaucoup moins e D vers N, dautant qu’elle n’y pourroic aller 11 facilement ni fi vite que vers C &C vers A * fi bien qu’elle doit demeurer comme attachée à la luperficiedu petit Ciel A B CD, & tourner continuellement avec elle autour de T;ce qui empefehe qu’il ne fe forme un autre petit Ciel autour d’elle, qui la faffe tourner derechef autour de fon centre.
Jen’adjoute point ici comment il fe peut rencontrer un plus grand nombre de Planètes jointes enfemble, ôc qui prennent leufc cours l’une autour de l’autre, comme celles que les nouveaux Aftronomcs ont oblérvées autour de Jupiter & de Saturne, car ' Ddij 3 \6 Le Monde de Rene’ Descartes; je n’ai pas entrepris de dire tout; 8c je n’ai parlé en particulier de ces deux, qu’afin de vous reprefenter la Terre que nous habitons, par celle qui eft marquée T, 8c la Lune qui tourne autour d’elle, par celle qui çft marquée (£.
CHAPITRE XL De la P e fumeur.
MAis je déliré maintenant que vous confidetiez quelle eft la pefanteur de cette Terre, c’cft-à-dire la force qui unie toutes fes parties, Sc qui fait qu’eues tendent toutes vers fon centre, chacunes plus ou moins félon qu’elles font plus ou moins groftes& folides; laquelle n’eft autre, 8c ne confifte qu'en ce que les parties du petit Ciel qui l’environne, tournant beaucoup plus vite que les liennes autour de fon centre, tendent auffi avec plus de force à s’en éloigner, & par confequent les y repouffent. { y? art, 22. & 23. 4. part, princip. pag. 3 1 g. & fuiv. * Lettre 25. Tome $.pag. 4 jo. * Ibid. Lettre 28. pag. 460. * Ibid, lettre $t.pag. 477. & 483. * Lettre 7. Tome 4- pag. 6%. & 69. ] Enquoy li vous trouvez quelque difficulté fur ce que j’ai tantôt dit que les corps les plus malilfs U les plus fo-.
oü Traite’ de la LumieRe. 3*7* lides, tels que j’ai fuppofé ceux des Comètes, s’alloient rendre vers les circonférences desCieux, &c qu’il n’y avoit que ceux qui l’étoient moins qui fuflent repouflez vers leurs centres \ comme s’il devoir fuivre delà, que ce fuflent feulement les parties de la T erre les moins folides qui pûflent être pouflees vers fon centre, & que les autres dûflent s’en éloigner remarquez que lors que j’ai dit que les corps les plus folides &C les plus maflifs tendoient à s’éloigner du centre de quelque Ciel, j’ai fuppofé qu’ils fe mouvoient déjà auparavant de même branle que la matière de ce Ciel. Car il cft certain que s’ils n’ont point encore commencé à fe mouvoir, ou s’ils fe meuvent, pourveu que ce foit moins vite qu’il n’eft rele centre autour duquel elle tourne: [ V. part. 3. princip. art. \ \<).& 1 zc- pag. 256". & fuiv. J Et même il cft certain que aautant qu’ils feront plus gros & plus folides, ils y feront pouflez avec plus de force & de vitcfl'e. Et toutesfoiscela n’empefche*pas que s’ils le font afléz pour compofer des Comètes, ils ne s’aillent rendre peu après vers les circonférences extérieures des Cieux ï [ ibid. art. 1 16. p. *64. & fuiv.] Dautant que l’agitation qu’ils auront acquifeen defeendant vers quelqu’un de leurs centres.
fuivre le cours de cette matière, : d’abord être chafles par elle vers D d ii j « 3 il Le Monde x>e Rene’ Dbscartes, leur donnera infailliblement la force de pafler outre, & de remonter vers fa circonférence.
' Mais afin que vous entendiez ceci plus clairement, confiderez la Terre E F GH, [. V. fig. V. ] avec l’eau i. z. 3. 4, & l’air 5. 6. j. 8. qui comme jevous dirai ci-aprés, ne font compofez que de quelques-unes des moins folides de fes parties, & font une même mafl’e avec elle. Puis confiderez aufli la matière du Ciel, qui remplit non feulement tout l’cfpace qui eft entre les cercles A. B. C. D. & 5. 6. 7. 8. mais encore tous les petits intervalles qui font au deflous entre les parties de l’Air, de l’Eau, & de la Terre. Et penfez que ce Ciel & cette Terre tournant enfemble autour du centre T, toutes leurs parties tendent à s’en éloigner, mais beaucoup plus fort celles du Ciel que celles delà Terre, a caufe-.qu’elles font beaucoup {dus agitées j Et même aufli entre celles de a Terre, les plus agitées vers le même côté que celles du Ciel, tendent plus à s’en éloigner que les autres. En forte que fi tout l’cfpace qui eft au delà du cercle A. B. C. D. ctoit vuide, c’eft - à - dire, n’étoit rempli que d’une matière qui ne pût refifter aux actions des autres corps, ny produire aucun effet confiderable \_V. Princip. part. 3. art. 60. p. 185. * Ibid', part. 4. art. zi. p. 3 Z5. ] [car c’eft ainfi qu’il faut prendre le ou Traite’ de ia Lumière. $19 nom de vüide ] toutes les parties du Ciel qui font dans le cercle A. B.C. D. en fortiroient les premières, puis celles de l’Air & de l’Eau les fuivroient, & enfin aufli celles delà Terre, chacune d’autant plus promptement qu’elle fe trouveroit moins attachée au refte de fa mafle; En même façon qu’une {)ierre fort hors de la fronde en laquelle ele eft agitée, fi -tôt qu’on lui lafche la ‘corde, & que la pouffiere que l'on jette fur une piroiiete pendant qu’elle tourne, s’en écarte tout auîfi-tôt de tous cotez.
Puis confiderez que n’y aiant point ainlt aucun efpace au delà du cercle A. B. C. IX qui foit vuide, ni où les parties du Ciel contenues aff dedans de ce cercle JmifTent aller, fi ce n’eft qu’au même infiant il en rentre d’autres en leur place, qui leur foient toutes femblables, les parties de la Terre, ne peuvent auflî s’éloigner plus qu’elles ne font du centre T, fi ce n’eft qu’il en defeende en leur place de celles du Ciel, ou d’autres terreftres, tout autant qu’il en faut pour la remplir -, [ V. printip. part. 4. art.
1 3. p. 3 17. ] ni réciproquement s’en approcher, qu’il n’en monte tout autant d’autres en leur place. En lorte qu’elles font toutes oppofées les unes aux autres, chacunes à celles qui doivent entrer en leur place, en. cas qu’elles montent, & de même à celles qui doivent y entrer en cas qu’elles defeen- * Ddiiij ----- ----- •j io ie Monde de Rene’ Descartes,' dent, ainfi que les deux cotez d’une balance le font l’un à l’autre; C’eft-à-dire que comme l’un des cotez de la balance ne peut fehaufter ni fe baiffer, que l’autre ne fafle au même inftant tout le contraire, & que toujours le plus pefant emporte l’autre •, ainfi la pierre R, par exemple, eft tellement oppoféeà la quantité d’air [ juftcment égale à fà^rolfeur] qui eft au deflus d’elle, & dont elle devroit occuper la place en cas qu’elle s’éloignât davantage du centre T, qu’il faudroit neceflairement que cet air defcenditàmefure qu’elle monteroit •, Et de même auflî elle eft tellement oppofée à une autre pareille quantité d’air qui eft au deffous d’elle, & dont elle doit occuper la place en cas qu’elle s’approche de ce centre, qu’il eft befoin qu’elle defeende lors que cet air monte.
Or il eft évident que cette pierre conte-, nant en foy beaucoup plus de la matière de la Terre, & en recompenfe en contenant d’autant moins de celle du Ciel qu’une quantité d’air d’égale étendue, & même fes parties terreftres étant moins agitées par la matière du Cielque'celle de cet air, elle ne doit pas avoir la force de monter au deffus dç lui i mais bien lui au contraire doit avoir la force de la faire defeendre au deffousrf/^. Princ.part. ^.art.zi.pag. 327.] En forte qu’il fe trouve leger étant comparé ou Traitb’ de la Lumière. 521 avec elle j au lieu qu’étant comparé avec la matière du Ciel toute pure, il eft pefant. Et ainfi vous voyez que chaque partie des corps terreftres eft preflée vert T > non pas indifféremment par toute la matière qui l’environne, mais feulement par une quantité de cette matière juftement égale à fa grofleur, qui étant au deftous peut prendre fa place en cas qu’elle defcende. Ce qui eft caufe qu’entre les parties d’un même corps, qu’on nomme Homogène, comme entre celles de l’air ou de l ’eau, les plus baflesnefont point notablement plus preflees que les plus hautes j [ V* Lettre 3 2. Tome 3. pag. 477. ] & qu’un homme étant au deftous d’une eau fort profonde, ne la fent point davantage pefer fur fon dos que s’il nageoit tout au defius.
Mais s’il vous femble que la matière du Ciel faifant ainfi defcendre la pierre R vers T, [ V. fig. V. ] au deftous de l’air qui l’environne, la doive aulfi faire aller vers 6, ou vers 7, c’eft-à-dire vers l’Occident ou vers l’Orient, plus vite que cet air, en forte qu’elle nedefcend* pas tout droit & à plomb, ainfi que font les corps pefans fur la vraye Terre •, Confiderez premièrement» que toutes les parties terreftres comprifes dans le cercle y. 6.7 8. étant preflees vers T, par la matière du Ciel, en la façon que je viens d’expliquer, & aiant avec cela des.
y;-- - ~ - ■ l-f. * 9 ii ie Monde de René’ Descartes figures fort irregulictes & diverfes, fe doivent joindre & accrocher les unes aux autres, & ainfi ne compofer qu’une malle, qui eft emportée toute enriere par le cours du Ciel A B C D j en telle forte que pendant qu’elle tourne, celles de fes parties qui font par exemple vers 6, demeurent toûjours visa-vis de celles qui font vers z, & vers F, fans s’en écarter notablement ni çà ni là, qu’autant que les vents ou les autres caufes particulières les y contraignent.
Et de plus remarquez que ce petit Ciel ABCD, tourne beaucoup plus vite que cette Terre -, mais que celles de fes parties qui font engagées dans les pores des corps terreftres, ne peuvent pas tourner notablement plus vîte que ces corps autour du centre T, encore qu’elles fe meuvent beaucoup plus vîte en divers autres fens, feion ladif— pofition de ces pores.
Puis afin que vous fçachiez qu’encore que la matière du Ciel fafle approcher la pierre R de ce centre, à caufe qu’elle tend avec plus de force qu’elle à s’en éloigner, elle ne doit pas tout#le même la contraindre de reculer vers l’Occident, bien qu’elle tende auffi avec plus de force qu’elle, à aller vers l’Orient -, Confiderez que cette matière du Ciel tend à s’éloigner du centre T, parce qu’elle tend à continuer fon mouvement en ligne droite, mais qu’elle ne tend,, ou Traite’ dé la Lumière. ' 313 de l’Occident vers l’Orient, que fimplement parce qu’elle tend à le continuer de même vitefle, 8c qu’il lui eft d’ailleurs indiffèrent de fe trouver vers 6., ou vers 7.
Or il eft évident qu’elle fe meut quelque peu plus en ligne droite, pendant qu’elle tait defcendre la pierre R vers T, qu’elle ne feroit en la lailiant vers R; mais elle ne pourroit pas fe mouvoir fi vîte vers l’O-, rient, fi elle la faifoit reculer vers l’Occident f que fi elle la laifle en la place, ou même que fi elle la poufle devant foy.
Et toutesfois, afin que vous fçaehiez aut fi qu’encore que cette matière du Ciel ait plus de force a fa:re defcendre cette pierre & vers T, qu’à y faire defcendre l’air qui l’environne, elle ne doitpas tout de même en avoir plus à la poufler devant foy de l’Occident vers i’Orient, ny par confequent la faire mouvoir plus vite que l’air en ce fens là j confiderez qu’il y a juftement autant de cette matière du Ciel qui agit centre elle pour la faire defcendre vers T, & qui y employé toute fa force, qu’il en entre de celle de la Terre en la compofition de fon corps \ & que d’autant qu’il y en entre beaucoup davantage qu’en une quantité d’air de pareille étendue, elle doit être preffée beaucoup plus fort vers T, que n’cft cet air: Mais què pour la faire tourner vers l’Orient, c’eft toute la matière du Ciel con- 3 24 Monde de Rene' Descartes tenue dans le cercle R, qui agit contre elle, & conjointement contre toutes les parties terreftres de l’air contenu en ce même cercle: En forte que n’y en ayant point davantage qui agifle contre elle que contre cet air, elje ne doit point tourner plus vite que lui en cefens là.
Et vous pouvez entendre de ceci, que les raifons dont fe fervent plufieurs Philofophes pour refuter le mouvement de la vraye Terre, n’ont point de force contre cêlui de la Terre que je vous décris. Comme lors ^ qu’ils dilent que fi la Terre femouvoit, les corps pefans ne devroient pas defeendre à plomb vers fon centre, mais plûtôt s’en écarter çà & là vers le Ciel j Et que les canons pointez vers l’Occident, devroient porter beaucoup plus loin qu’étant pointez vers l’Orient-, Et que l’on devroit toujours fentir en l’air de grands vents, & oüir de grands bruits, & chofes femblables, qui n’ont lieu qu’en cas qu’on fuppofe qu’elle n’efi: pas emportée par le cours du Ciel quf l’environne, mais qu’elle eft mue par quelqu’autre force, & en quelqu’autre fens que ce Ciel* ou Traite’ de la Lumière. 3 if CHAPITRE XII.
Du flux & du reflux de la Mer.
OR après vous avoir ainfi expliqué la pefanteur des parties de cette Terre, qui eft caufée par l’a&ion de la matière du Ciel qui eft en Tes pores, il faut maintenant que je vous parle d’un certain mouvement de toute la mafle, qui eft caufé par la prefence de la Lune, comme aulïi de quelques particular itez qui en dépendent.
Pour cét effet conliderez la Lune par exemple vers B, [ V. fig> V. ] où vous pouvez la fuppofer comme immobile, à comparaifon de la viteffe dont fe meut la matière du Ciel qui eft fous elle *, & conliderez que cette matière du Ciel ayant moins d’cfpace entre o. & 6. pour y pafler, qu’elle n’en auroit entre B. & 6., [V. Princ. part. 4. art. 49. pag. 355.* Lettre 13.Tom. 3. pag. 242. & 248.* Lettre 14. ibid. Tom. 3. pag. 280. & fuiv. ] ( li la Lune n’occupoit point Pefpace qui eft entre o. & B, ) & par confcquent s’y devant mouvoir un peu plus vite, elle ne peut manquer d’avoir la force de polifter quelque peu toute la Terre vers D, en forte que Ion centre T s’éloigne, comme vous voyez quelque peu du point Le Monde de Rene’ Descartes, M, qui eft le centre dupetit Ciel A B C D: Car il n’y a rien que le leul cours de la ma- „ tiere de ce Ciel qui la foûtienne au lieu où elle eft. Et parce que l’air 5. 6. 7. 8. & l’eau 1. z. 3. 4. qui environnent cette Terre, font des corps liquides, il eft évident que la même force qui la prefle en cette façon, les doit auffi faire bailler vers T, non feulement du côté 6. z, mais aufli de fon oppofé 8. 4: & en recompenfe les faire haufler aux endroits 5.1. & 7. 3; Enforte que la fuperficiede la Terre EF GH demeurant ronde, àcaufe qu’eile eft dure, celle de l’eau 1. z.3. 4. & celle de l’air 5. S. 7. 8. qui font liquides, fe doivent former en ovale.
Puis confidcrezque la Terre tournant cependant autour de fon centre, [ V. Prive, fart. 4. art. 50.pag. 3 J7- ] & par cç moyen ' faifant les jours, -qu’on peut divifer en Z4. * heures, comme ies noftres, celui de fes cotez F, qui eft maintenant vis-à-vis de la Lune, & fur lequelpour cette raifon l’eau 2. eft moins haute, le doit trouver dans fix heures vis-à-vis du Ciel marqué C, où cette eau fera plus haute, & dans 12. heures vis-à-vis de l’endroit du Ciel marqué D, où l’eau derechef fera plusbafle. En forte que la Mer qui eft reprefentée par cette eau r.
2. 3.4. doit avoir Ion flux & fon reflux autour de cette Terre de fix heures en fix heures, comme elle a autour de celle que nous habitons.
ou Traite’ de la Lumière. 3 17 Confiderez aufli que pendant que cette Terre tourne d’E par F vers G, [r. Princ.
1 part.4. art. $$.& 54. pdç. 3 59. j^o.Jc’eftà-dire de l’Occident par le Midy, vers l’Orient, l’enflure de l’eau & de l’air qui demeure vers 1. & 5. & vers 3. & 7. pafle de 1 fa partie Orientale vers l’Occidentale, y failant un flux fans reflux, tout Semblable à celui qui félon le rapport de nos Pilotes rend la navigation beaucoup plus facile dans nos mers de 1 Orient vers l'Occident, que de l’Occident vers l’Orient. Et pour ne rien oublier en cét endroit, ajoutons que la Lune fait en chaque mois le même tour que la terre fait en chaque jour, [y.prineip. part. 4. art. 50. pag. 357.] & ainfi qu’elle fait avancer peu à peu vers l’Orient les points 1. 1. 3.4, qui marquent les plus hautes & les plus baffes marees > en forte Sue ce s marées ne changent pas precifément e fix heures en fix heures, mais qu elles retardent d’environ la cinquième partie d’une heure à chaque fois, ainfi que font aufli celles de nos mers.
Confiderez outre cela que le petit Ciel A B C D [ V. fig. V. ] n’eft pas exactement rond j mais qu’il s’étend avec un peu plus de liberté vers A & vers C, & s’y meut à proportion plus lentement que vers B, & vers D, où il ne peut pas fi âilément rompre le cours de là matière de l’autre Ciel qui d by Google 3*8 Le Monde de Rene’ Descartes, le contient j [ V princ.part. 4. art. j 1.pagy 458. ] Enforte que la Lune qui demeure toujours comme attachée à fa fuperficie extérieure, fe doit mouvoir un peu plus vîte, & s’écarter moins de fa route, 8c enfuite être caufe que les flux & les reflux de la Mer foient beaucoup plus grands, lors qu’elle eft vers B, où elle eft pleine, 8c vers D, où elle eft nouvelle, que lors qu’elle eft vers A, 8c vers C, où elle n’eft qu’à demi pleine -, qui font des particularitez que les Aftronomcs obfervent aufli toutes fcmblables en la vraye Lune, bien qu’ils n’en puilfent peut-être pas fi facilement rendre raifon par les hypothefes dont ils fe fervent.