SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

French

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peuvent être mifes en doute, je m dffurt qUà fi vous les rejprefentiez. en telle forte, qu elles vinffent a la connoijfance de ceux 3 k qui Dieu ayant donné le pouvoir de commander aux Peuples de la terre a aujfi donné la charge & le foin défaire tous leurs efforts pour avancer le bicnPublicJl n'y auroit aucun dieux (jui ne voulut contribuer k un dcfj'tin f manifejlement utile a tout le monde. Et lien que notre France, qui cft votre Patrie ^ foit un Etat fi puiffant, qu'il femble que vous pourriez, obtenir <P elle feule tout ce qui ejl requis k cet effet, toutefois a caufe que les autres Nations n'y ont pas moins d interet' qu'elle y je rnajfure que plufieurs feraient rttjfez. genereufes pour ne lui pas ceder cet office j & qu'il n'y en auroit aucune qui fut fi barbare que de ne vouloir point y avoir part.

• Mais fi tout ce que j'ai écrit ici ne fuffit pas y pour faire que vous changiez, d'humeur y je vous prie au moins de m'obliger tant, que de m'envoyer votre Traité des Pajfions y & de trouver bon que j'y ajoute fine Préfacé avec laquelle il foit imprimé: Je tâcherai de la faire en telle forte y qu'il n'y aura rjen que vous puijfiez. defaprouver, & qui ne foit fi conforme au fentiment de tous ceux qui ont de l'efprit & de la vertu qu'il n'y en aura aucun qui âpres l'avoir lue, ne participe au z.ele que fai pour l'ac- ( rotjfement des Sciences, & pour être y &c.

RÉPONS £ A LA 1ETTRE PRECEDENTE.

» M ONSIEUR j \ Parmi les injures 8c les reproches que je trouve en la grande Lettre que vous avez pris la’ peine de m’écrire, j’y remarque tant de chofes à mon avantage, que fl vous la fai fiez imprimer, ainfi que vous déclarez vouloir faite, j’aurois peur qu’on> ne s’imaginât qu’il y a plus d’intelligence entre nous qu’il n’y en a, 8c que je vous ai prié d’y mettre plufieurs chofes que la bienféance ne permettoir pas que je fi (lé moi-même fçavoirau public. C’efi pour'» quoi je ne m'arrêterai pas ici à y répondre de point en point: je vous dirai feulement deux raifons qui me femblent vous devoir empêcher de la publier.La première eft,que je n’ai aucune opinion que le defiein, que je juge que vous avez eu en l’écrivant, puific reuffir. La fécondé, que je ne fuis nullement del’humeur que vous vous imaginez; G iij.

G iij.

} w Report fc de M. Defeartet'.

eue je n’ai aucune indignation, ni aucun dégoût, qui m’ôte le défit de faire tout ce qui fera en mon pouvoir pour rendre fervice au Public, auquel je m’eftime très* obligé, de ce que les Ecrits que j'ai publiez ont été favorablement reçus de plu» lîeurs. Et que je ne vous ai ci -devant xefufé ce que j’avois écrit des Paflîons 9 qu’afin de n’être point obligé de le faird voir à quelques autres qui n’en euflent pas fait leur profit. Car d’autant que je ne l’avois compofé que pour être lu par une Princcfle, dont f’efprit eft tellement au deflus du commun, qu’elle conçoit fans aucune peine ce qui iemblc être le plus difficile à nos Doétcurs, je ne métois arrêté à y expliquer que ce que je penfois être nouveau. Et afin que vous ne aoutiea pas de mon dire, je vous promets de revoir cet Ecrit des Pallions,!& d’y adjou» ter ce que je jugerai être neccfiaire pour le rendre plus intelligible, 8c qu’après cela je vous l’envoirai pour en faire ce qu'il vous plaira. Car je luis, 8c c.

jMLoNSIEUR; Il y a fi long-tems que vous rd avez fait attendre votre Traité des Pafiions, que ja commence a ne le plus efiperer > & a m'imaginer que vous ne me Paviez promis que pour m'empêcher de publier la Lettre que je vous avois ci-devant écrite. Car fiai fujet de croira que vous feriez fâché qu'on vous otât l'excufe que vous prenez pour ne point achever votre Phyfique: & mon dejfein était de vous Fêter par cette Lettre d'autant que les rai fions que fi y avois déduites font telles s qu'il ne me femble pas qu'elles pnijfent être lues cF aucune perfinne qui ait tant foitpcu C honneur & la vertu en recommandation f qu'elles ne F incitent â defirer comme moi t que vous obteniez du Public ce qui efi requis pour les expériences que vous dites vous être nsceffiaires: & j'efperoir qu'elle tomberoit aifement entre les mains de quelques-uns qui auraient le pouvoir de rendre Ciiij lf » Ciiij lf » «ji Lettre II. à M. Defcarttt. te defir efficace, foit a caufe c/u'ils ont elle r accès auprès de ceux qui difpofent de» liens du Public, foit a caufe qu'ils en difpofent eux-mêmes. Ainfi je me promettoi » défaire en forte que vous auriez, malgré vous de r exercice. Car je fçais que* vous avez* tant de cœur, que vous ne vaudriez, pat manquer de rendre avec ufure ce qui vous feroit donné en cette façon, & que cela vous feroit entièrement) quitter la negligenev dont je ne puis a prefent m'abfienir de veuf accitfer, bien que je fois, &c.

Digitizedby Google REPONSE.

« A IA SECONDE LETTRE. M ONSIEUR Je fuis fort innocent de l’artifice, dorît vous voulez croire que j’ai ufé * pour empêcher que la grande Lettre que vous m’aviez écrite l’an pafl’é ne foit publiée. Je n’ai eu aucun befoin d’en ufer. Car outre crue je né crois nullement qu’elle pût produire l’effet que vous prétendez, je ne fuis pas fi enclin à l’oifî^eté, que la crainte du travail auquel je ferois obligé pour examiner plufieurs expériences, fi i’avois reçû du Public la commodité de les faire, puifl'e prévaloir au defîr que j’ai de m’inftrüire, & de mettre par écrit quelque chofë qui foit utile aux autres hommes. Je ne puis pas fi bien. m’exeufer de la négligence dont vous me blâmez. Car j’a voue que j’ai été plus longtems à revoir ce petit Traité que je n’a-r 34 Re’ponfe à la fécondé Lettre. vois été ci-devant à le comjx>fer; & qu<!' neanmoins je n’y ai ajouté que peu de chofes, 8c n’ai rien changé au diicours, lequel eft fi lynple 8c lî bref, qu’il fera eonnoître que mon deflein n’a pas été d’expliquer les pallions en Orateur, ni même en Philolophe moral, mais feulement en Philicien. Ainli je prévois que ce Traité n’aura pas meilleure fortune que mes autres Ecrits; 8c bien que fon titre convie peut être davantage de perfonnes à le lire, il n’y aura neanmoins que ceux qui prendront la peine de l’examiner avec loin, aufquels il puifle fatisfaire. Tel qu’il «lt, je le mets entre vos mains » ôce.

JfJEgmont, lt 14 cPAqhî i^4S* LES PASSIONS DE L’AME, PREMIERE PARTIE, DES PASSIONS EN GENERAL: & par occafion de toute la nature de l'homme.

Article Premier.

J Que ce qui efl Pajfion an regard d'un fujet^ efi toujours Attion à quelqu' autre égard.

L n’y a rien en quoi paroilTc mieux combien les Sciences que nous avons des Anciens, lo ne défe&ueufes, qu’en ce qu’ils ont écrit des Pallions,. Car bien que ce foit une matière dont la connoi fiance a toujours été fort recher-» Des Passions chée; Sc qu’elle ne femble pas être des plus difficiles, à caufe que chacun les Tentant en Toi-même, on n’a point beToin d’emprunter d’ailleurs aucune obTervatiort pour en découvrir la nature •, toutefois ce 3ue les Anciens en ont enTeigné eft li peu e choTe s pour la plupart il peu croyable j que je ne puis avoir aüdune cfperanV ce d’approcher de la vérité, qu’en m’éloignant des chemins Qu’ils ont Tuivis. C’eft pourquoi je Terai obligé d’écrire ici en même façon, que fi je traitois d’une matière que jamais-perfonne avant moi n’eûc touchée. Ët pour commencer, je confîdere que tout ce qui Te fait, ou qui arrive de nouveau, cfl gcnetalement appellé par les PhiloTophes une Paffion au regard du fujet auquel il arrive, & une A&ion au regard de celui qui fait qu’il arrive. En forte que bien que l’agent & le patient' foient louvent fort differens, l’A&ion ÔC la Paffion ne lai dent pas d’être toujours une même chofe, qui a ces deux noms à raifon des deux divers Tu jets auiquels otf h peut rapporter.

rsc- 3?

Que pour concoure les Pa/fions de Famé ± il faut diftinguer fes fonctions d'avec celles du corps.

Uis auilî je confidere que nous ne re« X marquons point qu’il y ait aucun fujee qui agifle plus immédiatement contre nôtre ame, que le corps auquel elle eftjoiate; & que par confequcnt nous devons penfer que ce qui eft en elle une Paillon, cft communément en lui une Adion; enforte qu’il n*y a point de meilleur chemin pour venir à la connoijïançe de nos Parlions, que d’examiner la différence qui eft enrre le corps, afin de connoîtrc au- 3uel des deux on doit attribuer chacun® es fondions qui font en nous.

A rticle III.

\ \ \ Quelle réglé on doit fuivre pour cet effet.

A Quoi on ne trouvera pas grande difficulté fi on prend garde que touc ce que nous expérimentons être en nous, & que nous voyons auifi pouvoir être en des corps tout-à-fait inanimez, ne doit çtre attribué qu’à notre; corps j éc au con-^ 'Hn üâ I Twiv'I -i '** • * 9Î Dis V ASSIOMS traire, que tout ce qui eft en nous, 8c que nous ne concevons en aucune façon pouvoir appartenir à un corps, doit être attrU fcué à notre ame.

Articie IV, Que ta chaleur & le mouvement des metn,- 1res procèdent du corps » lespenfées de Varne, AInfi à caufe que nous ne concevons point que le corps penfe en aucune façon, nous avons raifon de croire que • toutes fortes de penfées qui font en nous, appartiennent a l’arae; 8c à caufe que nous ne doutons point qu’il n*y ait des Corps inanimez, qui fe peuvent mouvoir en autant ou plus de diyerfes façons que les nôtres, & qui ont autant ou plus de chaleur ( ce que i’experience fait voir en la flame, qui feule a beaucoup plus de chaleur 8c de mouvement qu’aucun de nos meriabreS ) nous devons croire que toute la chaleur 8c tous les mouvemens qui font en nous, en tant qu’ils ne dépendent point de la penfée, n’appartienlient qu’au corps.

't' 'Que c'e/l erreur de croire que Famé donne le mouvement & U chaleur au corps.

’ A U moyen de quoi nous éviterons untf jTjl erreur très-confiderable, en laquelle pluiieurs font tombez, en forte que j’eftiine qu’elle eft la première caufe qui a empêché qu’on n’ait pu bien expliquer jufques ici les pallions, & les autres chofes qui appartiennent à l’ame. Elle confifte en ce •que voyant que tous les corps morts font privez de chaleur, Sc enfuite de mouvement, on s’eft imaginé que c’étoitl’ablence de l’ame qui faifoit ceiTer ces mouvemens & cette chaleur -, Sc ainfi on a crû fans raifon, que notre chaleur naturelle & tous les mouvemens de nos corps dépenxient de l’ame: au lieuqu’on dévoie penfer au contraire que l’ame ne s’abfente lorsqu’on meurt, qu’à caufe que cette chaleur * ceife, & que les organes qui fervent i mouvoir le corps fe corrompent.

I>æs Passions Article VI.

Quelle djjfcrence il y a entre un corps vivant & un corps mon.

A Fin donc que nous évitions cette erreur, confiderons que la mort n’arrive jamais par la faute de l’atne, mais feulement parce que quelqu’une des principales parties du corps /e corrompt j Sc ju-, geonsque le corps d’un homme vivant différé autant de celui d’un homme mort, que fait une montre, ou autre automate { c’eft-à-dire, autre machine qui fe meut de foi-même ) lorfqu’elle eft montée, & qu’elle a en foi le principe corporel des mouvemens pour leiqucls elle eft inftituée, avec tout ce qui eft requis pour fon atftion, & la même montre ou autre machine, lorf- Îu’elle eft rompue, 5c que le principe de on mouvement celle d’agir.

Article VIL jBrieve explication des parties du corps, & de quelques-unes de fes fondions.

POur rendre cela plus intelligible, j’expliquerai ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps eft compoicc.

de VA me, I. Partie. 41 eompofée, il 11’y a perfonne qui ne fçache déjà qu’il y a en nous un cœur, un cerveau, un cftomach, des ntufcles, des nerfs, des artères, des veines, 8c chofes femblablcs. Gn fçait aufiîque les viandes qu’on mange defeendent dans I’cftomach & dans les boyaux, d’où leur fuc, coulant dans le foye, 8c dans toutes les veines, fe mcle avec le fang qu’elles contiennent, 8c par ce moyen en augmente la quantité. Ceux 3ui ont tant loit peu oui parler de la Meecine, fçavcnt outre cela, comment le cœur eft compolé, & comment tout le fang des veines peut facilement couler de la veine cave en l'on côté droit, 8c dc-là palier dans le poulmon, par le vaifi'eau qu’on nomme la veine arterieufe, puis retourner du poulmon dans le côté gauche du cœur, p tr le vaifleau nommé l’artere veneufe, 8c enfin palier de-là dans la grande artere, dont les branches fe répandent far tout le corps. Même tous ceux que l’autorité des Anciens n’a point entièrement aveuglez, 8c qui ont voulu ouvrir les yeux pour examiner l’opinion d’Hervæus touchant la circulation du fang, ne doutent point que toutes les veines 8c les ar-' teres du corps ne foient comme des ruifféaux, par ou le fang coule fans celle fortpromptement, en prenant fon cours delà cavité droite du cœur par la veine arterieu- D • V 4i Des P a ssions le, dont les branches font épacfes à tout le poulmon,& jointes à celle de l’artere vcncufe, par laquelle il pâlie du poulmon dans le côté gauche du cœur, puisdc-làil va dans la grande artère dont les branches éparfes par tout le relie du corps font jointes aux branches de la veine, qui portent derechef le même fang en la cavité droite du cœur: En forte que ces deux cavitez Ton t comme dcséclufes, par chacune defquclles pâlie toutlefang, à chaque tour qu’il fait dans le corps. De plus on fçaic que tous les mouvemens des membres dépendent des mufclcs j & que ces friufcleJ lont oppofez les uns aux autres en telle forte, quelorlque l’un d’eux s’accourcit, il tire vers foi la partie du corps à laquelle il efl attaché, ce qui fait allonger au même temps le mufcle qui lui cil oppofé: Puis s’il arrive en un autre temps que ce dernier s’accourci fie, il fait que le premier le rallonge, &il retire vers foi la partie a laquelle ils font attachez. Enfin on fçaic que tous ces mouvemens des mufclcs, comme aulfi tous les lens, dépendent des nerfs, ui font comme de petits filets, ou comme c petits tuyaux qui viennent tous du cerveau, & contiennent, ainfi que lui, un certain air ou vent très-lubtil, qu’on nomme les elprits animaux.

Digiüzecyjy -Google Article VIII.

Quel ejl le principe de toutes ces fondions'.

MAis on ne fçaitpascomffiunémenteït quelle façon ces efprits animaux &C ccs nerfs contribuent aux mouvemens &C aux fens,ni quel eft le principe corporel qui les fait agir ï c’cft pourquoi, encore Sue j’en aye déjà touché quelque chofe en 'autres écrits, je ne laiilerai pas de dire. ici fuccintement, que pendant que nous vivons il y a une chaleur continuelle en notre coeur, qui eft une efpece de feu que le fang des veines y entretient, & que ce feu eft le principecorporel detousl es raour veinens de nos membres, Article IX.

Comment fe fait le mouvement du cœur.

S On premier effet eft, qu’il dilate le' fang dont les cavitez du cœur font remplies } ce qui eft caufe que ce fang ayant beloin d’occupçr un plus grana lieu, pâlie avec impetuofitc de la cavité droite - dans la veine arterieufe, Sc de la gauche dans la grande artere. Puis cette cfilation ecllant> il entre incontinent de nouveau Pij 44 Des Passions; fang de la veine cave en la cavité droite du cœur Sc de l’artcre vcncufc en la gauche: car il y a des petites peaux aux entrées de ces quatre vaifleaux, tellement difpofécs qu’elles font que le fang ne peut entrer dans le cœur que par les deux derniers, ni en fortir que par les deux autres. Le nouveau fang entré dans le cœur, y cil: incontinent après raréfié en même façon qucle précèdent. Et c’eft en cela feul que conhfte le pouls ou battement du cœur & des arteres j en forte que ce battement fc réïterc autant de fois qu’il entre de nouveau fang dans le cœur. C’eft aufli cela feul qui donne au fang fon mouvement, fait qu’il coule fans celfc très-vîrecn toutes les arteres Sc les veines *, au moyen dequoi il porte la chaleur qu’il acquiert dans le cœur, à toutes les autres parties du corps, & il leur fert de nourriture.

Article X.

Comment tes efprits animaux font produits dans le cerveau MAis ce qu’il y a ici de plus con/îdcrable, c’eft que toutes les plus vives & les plus fubriles parties du fang, que la chaleur a raréfié dans le cœur, entrcni lans ceflc en grande quantité dans d e v’A me, I. Partie. 4^ les cavitez du cerveau. Et la railbli qui fait qu’elles y vont plutôt -qu’en- aucun autre lieu, eft que tout le fang qui fort du cœur par la grande artere, prend fon cours en ligne droite vers ce lieu-la, &c que n’y pouvant pas tout entrer, à caufc qu’il n’y a que des partages fort étroits, celles de fes parties qui lônt les plus agitées & les plus lubtilcs y partent leules, pendant que le refte fc répand en tous les autres endroits du corps. Or ces parties du fang très-fubtiles compofent les cfprits animaux. Etoiles n’ont befoin à cet effet de recevoir aucun autre changement dans le cerveau, finon 3u’ellcs y font feparées des autres parties u lang moins fubtilus. Car ce que je nomme ici des elprits, ne font que des corps, & ils n’ont point d’autre propriété, finon que ce font des tforps très-petits, & qui fe meuvent très-vrte, ainfi que les parties de la fiâme qui fort d’un flambeau; En forte qu’ils ne s’arrêtent en aucun lieu j & qu’à mefure qu’il en entre quelques-uns dans les cavitez du cerveau, il en fort auflï quelques autres par les porcs qui font en fa fubftancc, lelquels pores les conduifent dans les nerfs, & de-là dans les mufcles, au moyen de quoi ils meuvent les corps en toutes les diverfes façons qu’il peut être meu.

«fesses?-.- Des Passions Article XI.

Comment fe font les mouvement des mufclesr CAr la feule caufe de tous les mouvemens des membres, eft que quelquesmufcles s’accourciflenr, & que leurs oppofez s’allongent, ainfi qu’il a déjà été dit. Et la feule caufe qui fait qu’un mufcle s’accourcit plutôt que fon oppofé, eft qu’il vient tantfoit peu plus d’elprit du cerveau vers lui que vers l’autre. Non pas que les efprits qui viennent immédiatement du cerveau luffifent feuls pour mouvoir ces mufcles, mais ils déterminent les autres cfprits qui font déjà dans ces deux mufcles a fortir tous fort promptement de lTun d’eux &c pafler dans l’autre: au moyen de quoi celui d’où ils lortent, devient plus long Sc plus lâche > & celui dans lequel ils entrent, étant promptement enflé par eux, s’accourcit, Sc dre le membre auquel il eft attaché. Ce qui eft facile à concevoir, pourvu que l’on l'çache qu’il n’y a que fort peu d’efprits animaux qui viennent continuellement du cerveau vers chaque mufcle, mais qu’il y en a toujours quantité d’autres enfermez dans le même mufcle, qui s’y meuvent très-vîte, quelquefois en tonr3 d h l’A mh, I. Partie. 47 noyant feulement dans le lieu où ils font à Içavoir lorfqù’ils ne trouvent point de partages ouverts pour en fortir, & quelquefois en coulant dans le mufcle oppolé, & d’autant qu’il y a de petites ouvertures en chacun de ces mufclès, par où ces efprits peuvent couler de l'un dans l’autre, 6c qui font tellement difpofces, que lorsque les cfprits qui viennent du cerveau vers l’un cf’cux, ont tant foit peu plus de force que ceux qui vont vers l’autre, ils ouvrent toutes les entrées par où les efprits de l’autre mufcle peuvent palTer en celuici, & ferment en même temps toutes celles par où les cfprits de celui - ci peuvent palier en l’autre: au moyen de quoi tous les efprits contenus auparavant en ces deux mufclcs, s’alTcmblcnr en l’un d’eux fort promptement, 6c ainrt l’enflent 6c l’accourciflcnt, pendant que l’autre s’alongc 6c fe relâche.

Article XII.

Comment les objets de dehors agiffent contre les organes des fens.

IL relie encore ici à fçavoir les caufes?

qui font que les efprits ne coulent pas toujours du cerveau dans les mufclcs en même façon j 6c. qu’il en vient quelquefois 4*8 Des Passions, plus vers les uns que vers les autres. Cat outre l’adfion de l’amequi véritablement eft en nous l’une de ces caufes, ainfî que je dirai ci-après, il y en a encore deux autres, qui ne dépendent que du corps, lesquelles il eft befoin de remarquer. La première confifte en la diverfite des mouvemens, qui font excitez' dans les organes des Sens par leurs objets, laquelle j’ai dée ja explique allez amplement en la Dioptrique; mais afin que ceux qui verront cet écrit, n’ayent pas befoin d’en avoir là d’autres, je répéterai ici qu’il y a trois chofes à confidcrcr dans les nerfs; à fçavoir leur moelle ou lubftancc intérieure, qui S’étend en forme de petits filets depuis le cerveau, d'eù elle prend Son origine, juiques aux extremitez des autres membres aufquellcs ces fi lers font attachez; puis les peaux qui les environnent, &qui étant contiguës avec celles qui envelopenc le cerveau, compofent de petits tuyaux dans lcfqüels ces petits filets font enfermez -, puis enfin les efprits animaux, qui éteins portez par ces mêmes tuyaux depuis le cerveau juiques aux mufcles, font caufe que ces filets y demeurent entièrement libres, & étendus, en telle forte que la moindre chofe qui meut la partie du corps où l’extrémité de quelqu’un d’eux eft attachée, fait mouvoir par même moyen la partie Oigitîzed by GdOÿk partie du cerveau d’où il vient: en même Façon que lorfqu’on tire un des bouts d’une corde on fait mouvoir l’autre.

Article XIII.

Que cette attion des objets de dehors peut conduire diverfement les efprits dans les nmfcles.

ET j’ai expliqué en la Dioptrique; comment tous les objets de vue ne le communiquent à nous que par cela feul qu’ils meuvent localement, par l’entremifc des corps tranfparents qui font entre eux &c nous, les petits filets des nerfs optiques, qui font au fonds de nos yeux, Sc enfuite les endroits du cerveau d’où viennent ces nerfs -, qu’ils les meuvent, dis-je,.en autant de diverfes façons qu’ils nous font voir de diverfitez dans les chofes; Ec que ce ne font pas immédiatement les moti--vemens qui:fe font en l’ceil j mais ceux: qui fe font dans le cerveau,-qui reprefentent à l’ame ces objets. A l’exemple dequoi il eft aife de concevoir que les fons, les odeurs, les faveurs, la chaleur, la douleur, la faim, la foif, & generalemenc tous les objets, tant de nos autres fens extérieurs, que de nos appétits intérieurs excitent aufii quelque mouvement en nos .jo Des Passions .jo Des Passions nerfs, qui pall'c par leur moyen jufqu’avî cerveau. Et outre que ces divers mouvemens du cerveau font avoir à notre ame * divers fentimens, ils peuvent aufli faire fans elle, que les efprits prennent leurs cours vers certains mul'cles., plutôt que vers d’autres, &c ainfi qu’ils meuvent nos membres. Ce que je prouverai feulement ici par un exemple. Si quelqu’un avance promptement fa main contre nos yeux, comme pour nous frapper, quoique nous fçaehions qu’il eft notre ami, qu’il ne fait cela que par jeu, & qu’il fe gardera bien de nous faire aucun mal, nous avons toutefois de la peine à nous empêcher de les fermer: ce qui montre que ce n’elt point par l’entremile de notre ame qu’ils fe ferment, puifque c’eft contre notre volonté, laquelle eft (a feule ou du moins fa principale aétion -, mais c’eft à caufeque la machine de notre corps eft tellement compofée, que le mouvement de cette main vers nos yeux, excite un autre mouvement en notre cerveau, qui conduit les efprits animaux dans les mufclcs qui. font abaiffet les paupières.

bi l’Ame, I. Partie.' jr. Article XIV.

i Que -la diverfîtc qui e fl entre les efprits peut aujfi diverf fier leur cours.

L’autre caufe qui fcrt à conduire diverfement les efprits animaux dans les mufcles, eft l’inégale agitation de ces ef- }>rits, & la diverfité de leurs parties. Car orfque quelques-unes de leurs parties font plus grofles & plus agitées que les autres, elles palTent plus avant en ligne droite dans les cavitez & dans les pores du cerveau, 8c par ce moyen font conduites en d’autres mufcles qu’elles ne feroient, fi elles avoient moins de force.

Article XV.

y Quelles font les caufe s de leur diverf té.

ET cette inégalité peut procéder des diverfes matières dont ils font compofez, comme on voit en ceux qui ont bû Beaucoup de vin, que les vapeurs de ce vin entrant promptement dans le fang, montent du cœur au cerveau, ou elle le convettiffent en efprits, qui étant plus forts 8c plus abondans que ceux qui y font d’ordinaire, font capables de mouvoir le corps en plu-.

Jtl Des Passions,' fleurs étranges façons. Cette inégalité des efprits, peut auflî procéder des diverlcs difpofitions du cœur, du foye, dcl’cftomach, de la rate, 8c de toutes les autres parties qui contribuent à leur production. Car il faut principalement ici remarquer certains petits nerfs inferez dans la baze du cœur qui fervent à élargir 8c étrécir les entrées de fes concavitez •, au moyen de quoi le fangs’y dilatant plus ou moins fort, produit des efprits diverfement dif- λGlez. Il faut auflî remarquer que bien que e fang qui entre dans le cœur, y vienne de rous les autres endroits du corps, il arrive fourent neanmoins, qu’il y cft davantage pou lie de quelques parties que des autres, à caufe que les nerfs 8c les mufcles qui répondent à ces parties-là, le preflent ou l’agitent davantage; Et que lclon la diverfitedes parties dclqucls il vient le plus, il fc dilate diverfement dans le cœur, 8c enfuite produit des efprits qui ont des qualitcz differentes. Ainfi, par exemple, celui qui vient de la partie inferieure du foye où eft le fiel, fc dilate d’autre façon dans le cœur, que celui qui vient de la rate -, 8c celui-ci autrement uc celui qui vient des veines des bras ou es jambes; 8c enfin celui-ci tout autrement que lefuedes viandes, lorfqu’étant nou-> veUcment forti de l’eftomac 8c des boyaux, V a \ de l’Ame, I. Partie yj .il palTe promptement par le foye jufgués au cœur.

Article XVI.

Comment tous les membres peuvent être mhs par les objets des fens & parles efprits t fans Pay de de Tante.

ENfin il faut remarquer que la machine de notre corps cft tellement cornpoiée, que tous les ehangemens qui arrivent au mouvement des efprits, peuvent faire qu’ils ouvreht quelques pores du cerveau plus que les autres y &c réciproque -ment»que lorfque quelqu’un de ces pores eft tant foit peu plus ou moins ouvert que de coutume, par l’a&ion des nerfs qui fervent au fens, cela change quelque choie au mouvement des efprits, & fait qu’ils font conduits dans les mufcles qui fervent à mouvoir lecorp, en la façon qu’il elt ordinairement mua l’ôccafion d’une telle action. En forte que tous les mouvemens que nous faifons fans que notre volonté y contribue, ( comme il arrive fouvent que nous refpirons, que nous marchons, que nous mangeons, ôc enfin que nous faifons toutes les allions qui nous font communes avec les bêtes ) ne dépendent que delà conformation de nos membres, & du cours E ii) 54 * Des Pas si oms que les efprits excitez par la chaleur du cœur fuivent naturellement dans le cerveau, dans les nerfs & dans les mufcles. En même façon que le mouvement d'une montre eft produit par la feule force de fon refl’ort& la figure de fes roues.

Article XVII.

Quelles font les fondions de famé. ■ t • 4 APrès avoir ainfi confideré toutes les fondions qui appartiennent au corps feul } il eft aifé de connoître qu’il ne refte rien en nous que nous devions attribuer à notre ame, finon nos penlees, lefqjBelles font principafcment de deux genres, à fçavoirles unes font les adions de l’ame, les autres font fes paflicnsJ Celles que je nomme, fes ad ions, font toutes nos volontez, à caufe quenous expérimentons qu’elles viennent diredement de notre ame, & l'emblent ne dépendre que d’elle -, comme aucontraircon peut généralement nommer fes pallions, toutes les fortes de perceptions ou connoillanccs qui fe trouvent en nous, à caufe que fouventee n’eft pas notre arrie qui les fait telles qu’elles font, &que toûjourselle les reçoit des chofcs qui font rc>* prefentccs par elles.

Article XVIII.

De la volonté.- DErechef nos volontez font de deutf fortes: car les unes font des actionsde 1 ’ame, qui fe tertninenr en l’ame même, comme lorlque nous voulons aimer Dieu r ou generalement appliquer notre penfée à quelque objet qui n’eft point matériel. Les autres fontdes adlions qui fe terminent en ïiotre corps, comme lors que de cela feul que nous avons la volonté de nous promener, il fuit que nos jambes fe- remuent Sc que nous marchons.

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XI '■; *.*v ■ Os perceptions font aufli de deux fortes, & les unes ont l’ame pour caufe, les autres le corps. Celles qui onc l’ame pour caufe font les perceptions de nos volontez, & de toutes les imaginations ou autres pen fées qui en dépendent. Car il eft certain que nous ne fçaurions vouloir aucune chofe, que nous n’àppercevions par même moyen que nous la voulons. Et bien qu’au regard de notre amc } ce foit une E iiij; 'i* Dï$' Passions action de vouloir quelque chofe, on peur dire quec’eft a.uffi en elle une paftondappercevoir qu’elle veut. Toutefois à caufe que cette perception & ce.tte volonté ne lont en effet qu’une^ même chofe, la dénomination fe fait toujours par ce qui eft lè plus noble j & ainfî on n’a point coutume delà nommer une paffion,.mais feulement une adtion.

Des imaginations & autres f en fée s qui font formées par l'ame.

■. tv S -,.. i LOrfque notre ame.s’applique à imagi* nei quelque choie qui n’eft point, comme à le. reprefentcr un Palais enchanté ou une chimere; &aufll lorfqu’elle s’applique à conftdçrcr quelque, chofe qui eft feulement intelligible, & non point imaginable, par exemple, à coniîderer fàjjrdpre nature, les perceptions qu’elle a de ces choies dépendent principalement de la volonté qui fait qu’elle les apperçoit: C’eft pourquoi on a coutume de les coniîderer comme des a&ions, plutôt que comme des paillons.. •...i -,;, * Digilized by •.. '! Article XXI.

fies imaginations qui n ont four caufe que le corps.

ENtre les perceptions qui font caufées par le corps -, la plupart dépendent des nerfs: mais il y en a aufli quelques-unes qui n’en dépendent point, &c qu’on nomme des imaginations, ainli que celles dont je viens de parler, defquelles neanmoins elles different en ce que notre volonté ne s’em- • ployé point à les former, ce qui fait qu’elles ne peuvent être mifes au nombre des a&ions de l’ame -, & elles ne procèdent que de ce que les efprits étant diverfement agitez, & rencontrant les traces de diverfes imprelïions qui ont précédé dans le cerveau, ils y prennent leurs cours fortuitement par certains pores, plutôt que par d’autres. Telles font les Ululions de nos fonges, Sc aufli les rêveries que nous avons Couvent étant éveillez, torique notre penfée erre nonchalamment, fans s’appliquer arien de foi-même. Or encore que. quelques-unes de ces imaginations loicnt des Î (allions de l’amc, en prenant ce mot en à plus propre & plus parfaite lignification j & qu’elles puilïèntêtre toutes ainfi nommées, û on le prend en une lignification jg Des pAssions plus generale: toutefois pource qu’elles n’ont pas une caufe fi notable Se fi déterminée, que les perceptions quel’ame reçoit par l’entremife des nerfs, & qu’elles lemblent n’en être que l’ombre & la peinture j avant que nous les publions bien diftingucr, il faut confiderer la différence qui eft entre ces autres.., i Article XXII.

•. ‘ ■ ■ ' 1 De la différence qui eft entre les autres perceptions.- T'Outes les perceptions que je n’ai pa£- encore expliquées viennent à l’ame par l’entremife des nerfs, & il y a entrer elles cette différence, que nous les rapportons les unes aux objets de dehors qui frap^ pentnosfens, les autres à notre ame...• t Des perceptions que nous rapportons au# objets qui font hors de nous.- C Elles que nous rapportons à des chofes qui font hors de nous, à fçavoir aux objets de nos fens, font caufées ( au moins, lorfquc notre opinion n’eft point faillie ) par ces objets, qui excitant quel- %