SigPhi · Flora Tristan

Pérégrinations d'une paria, tome I

French

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Arrivé à Lima, Althaus se présenta au chef du gouvernement, et, sans autre recommandation que sa bonne mine, ses allures martiales, il fut reçu avec distinction et employé selon ses désirs. Accoutumé aux proportions gigantesques des guerres de l'empire, Althaus n'aurait pu s'imaginer qu'on songeât à entrer en campagne avec une armée au dessous de cinquante mille hommes; aussi fut-il cruellement désenchanté quand on lui dit que le corps d'armée dont on lui confiait le commandement se composait de huit cents hommes! Lorsqu'il vit ces soldats péruviens mal équipés, sans aucune notion de tactique ni de discipline militaires, lâches et sans presque aucune des vertus du guerrier, le pauvre Althaus resta pétrifié, et-- 'miï 5 ip#*t Se moquer tïe lui. Le malheureux fut tenté d'abandonner l' Amérique et ^accourir aux cHampsjde la Grèee> où il avait appris quë là gii&rïm estait entre la eitoix et ^croissant* Je ne; sais sous laqueUo des deux bannières m on^ ta se^ildëili&àise ranger,v mais Althaus abhorre laao^-il^M^it l^aiieo&p s^ufifeptEdknft le vdpge qurlîb venait de faire, ^Iliu#ejis& distÉaçti^l sép^f Iç pàf& ffeH^£de fit craindre de n'arriver qifefl^^ de lat fin de la lutte. Il se résigna donc à rester au Pérou; et, réfléchissant que, dans ce pays nouveau, ses talents d'ingénieur pouvaient re* cevoir une grande variété d'emplois, il proposa au gouvernement de lever le plan topograpMMque du territoire, et de se charger de tous les travaux d'art qu'on jugerait convenable d entrer prendre. Sa proposition fut acceptée j il resta attaché à l'armée péruvienne en qualité de colonel du génie, fut nommé ingénieur et géographe en chef dé la république et chargé de l'exécution de la&earte du Pérou: on lui alloua 600 pias*-tres par mois ^àOADr fr^ i indépendaminei^l ide ses/fftais $e voyage* 11 eut deux aides de camp attachés à sa perspu^e corn chef du g^nie militaire> et deux aides-géographes poto les trâviaiux topographiques. Il y avait quatorze ans qiïMîil&usM suétait trouvé à toutes les affaires sans avoir jamais reçu dans aucune la plus légère blessure. En 4 825, il vint, à J^tèrde B^h^, ^ AWqpipa^ et alla loger Il^iàW fille dlTOeî^Dto^demotf pèré,^ eiéijjeidnt, amoureux, de Manuelay quiétàit orpheline. Althaus épousa ma cousine én A 826. Ils fNÉeat, qua^id jlétâi* au Péroïiy trois e»f%ti* Û$m fils êt nxîè filfëç < Althaus a fotitei llfc?éi$to qui Wfléfréfet l'homme: il les tient de sén ktâm dè ieil#tt^ e&tion: il a en même temps des défauts tjfii pâraissent irfeonciiiab^^ ses q&àlités <8t qu'ôâ doit attribuer au long exercice de sa profession. On acduse mon cousin d'être du* j où lt<i rëpï*ècfef Ja sërérité 4? cy^i^ëè y la iteè châtiments dont jl ênjrerk Sjés Soldats ët â6S subordonnés. 5e suisbienioiïï d'exéttàét p&-irfeils défaut^ n^àîs je fer#^ ^ëffi^rqt^^ têi^t^ai^ qu'il faudrait qu'un feétëiÉnf ^ ir^à^ iWto magne fût plus;q*téii»an^ viblent même^ ajairt d^lfëi^iF^^ l'entourent,?bbifc|>ère, beŒ£ép0iïx| Squdi(|ûe^ fciis un peu Très laborieux? R?^^ ches, 4fa4m et travaux de toute nature, une patience extrême. Il possède une rare intelligence, des connaissances profondes et presque ^I^ivejp^elle^. So$ esprit est sardonique à l'excès j % frarçchise, la bizarrerie de ses expressions, dépassent tout cq qu'on pourrait en dire. U se rît detpufo wit toi^oprsî h vMè pWsat% et saisit le ridicule des choses et des personnes ay$c tant de justesse, le manifeste ayeç tant de liberté, que les plus braves en frémissent. Althaus n'est pas aimé: il est trop sévère dans l'exercice de i^^Yfi^-et a li^i$sé trop d'^^ On le redoute tellement que souvent ^ d^r tourne <|f c^piu poiw Éviter m repcoiitre. AWi^ avait alors quar^nte^buit ans: $w pfc$* sjiqme ^st tout allemand, blond» &m Wfc fpFt j p'^t un bomme crtrre., infatigable, ponctuel à tous ses $«&q^ grande loyauté dans toutes ses relations. / w ï-m^MÂffM^ de met porter du motif de naon voyage, s'en reposant à cet îégard #w® feipgiie jm de la succession, Althaus, franc militaire, peu versé en matière d'intérêts, ayant affaire à un homme de la force de mon oncle, n'eut pas la meilleure part. Il fut lésé en tout; il se plaignait, entre autres choses, que toutes les bonnes terrés de Camana se trouvaient dans le lot de mon oncle, tandis que les mauvaises avaient été laissées pour les parts de Manuela et de la fille de ma cousine Carmen. * r De Camana, mon oncle s'était rendu à Islay pour y prendre les bains de mer. Il me fut évident qu'il àflfëdtàit, en différant, sous divers prétextes/ son retour à Aréqiiipâ dé Montrer ostensiblement qu'il nertie craignait pas. Dépuis trois nk)is, j'habitais sa maison, je l'attendais. Enfin^ il m'annonça son départ d' Islay, m'inyttant à venir à sa rencontre, si cela me convenait, jusqu'à sa maison de câtnjkgne^ où il comptait s'arrêter. * hj^iâlsdontc voir cet oncle sur lequel reposaient maintenant toutes mes espérances V l'homme, qui devait tout à mon père, soijt éduéation; son avaïîiéiofént V^*j^ïiti8têty1& sûèfcès* dans' le monde! <|uéllaccueïl MMi^il me i^ë? qt#Ie sensation épf ouverais-jë à sâ vlie? A cët|é ppsée mon cœur battait nesse, j'avais tant aimé cet oncle, que mon imagination me représentait comme un second père, j'avais tant souffert lorsque ma mère m'avait dit: « Votre oncle Pio vous a abandonnée, » que je ne pensais jamais à lui sans ressentir la plus vive émotion.

Le 3 janvier, vers quatre heures de l'aprésr midi, je montai à cheval, accompagné de mon cher cousin Emmanuel, d'AUhaus, du bon M. Viollier, mes trois intimes, et suivie d'une foule d'autres personnes, venant plutôt pour satisfaire leur curiosité que par intérêt pour moi ou par prévenance pour don Pio de Tristan. Nous nous dirigeâmes vers la belle maison dé campagne que mon oncle appelle simplement sa chacra *: elle est située à une lieue et demie de là ville. Lorsque nous approchâmes de l'habitation, Emmanuel et Alth^is prirent lès devants polir m'annoncer. Peu après, je vis un cavalier venir: à toute bride y je m'écriai: voilà mon oncle! Je lançai mon cheval, et dans un instant je me trouvai auprès de lui. Ce que j'éprouvai alors, je ne Saurais qirïm^ 1 Ce mot n'est pas espagnol; on s'en sert au Pérou pour cosigner une maison des champs.

par le langage» Je pris & main, et la serrant avec amour, je lui dis: Oh! mon oncle, que j'ai besoin de votre affection!...Ma fîlîè^vbtis Favez tout entière. Je vous aime comme mon enfant: vous êtes ma sœur, car votre père m? a servi de père. Ah î ma chère nièce, que je suis heureux de vous voir, dp eontepapleEd^ qui me rappellent si fidèlement ceux de mon pauvre fr^re* C'est lui, lui, mon frère; mon cher Mariano, dans la personne de Florita» M- 11 m'attira vers lui, je penchai ma têt# sur sà poitriney au risque de me jeter à bas dé «ion cheval, et restai ainsi assez longtemps. Je me relevai baignée de larmes: étaifc*cé de jèie^ de douleur ou de souvenirs? je ne sais...; mes émotions furéht trop vives et trop confuses pour que je puisse en préciser la causée Cës mëssiëutfs nous avaient r^nte t j^ës^ufâi mes feïix^ trà~ vaillai à reprendre mm eàïme^ (St marchai m avant arec mon oncle sans parler; Eh éntbâfit dans la eoui*y 3#a tante j sine, puisqu'elle est sœur dg Mamiela, viïp â^i devas| dé ûsoL>hëi^ mais au fond duquel je démêlai une grande sécheresse d'ame. J'embrassai ses enfants, ses trois filles, Son garçon, et tous quatre finè;^W^t très froids* Quant à ma cousine Manuela, il n'en fut pas de même; elle se jeta dans mes bras> m'embrassa avec tendresse > et les yeux pleins de la i oies, U voi& jémue, me dit: Ah! ma copine, qu'il me tardait de vous connaît»! Depuis que j'ai appris votre existence / j® vous aime* j'admire votre courage et pleure sur vos chagrins, r— Nous restâmes prés de deux heures dans cette campagne. Je nie promenais dans le jardin avec mon oncle j je ne pouvais me lasser de leq tendre: il parle le français avec une pureté et une grâce charmantes. J'étais ravie de son esprit, son amabilité me fascinait.

Vers sept heures, nous nous mîmes en route pour Àréquipa. Mon oncle monta sur sa belle et fougueuse jument çhilienne. L'habileté, la grâce avec lesquelles il la conduisait dénotaient assez que son é(|j^ion équtf^re avait eu lieu en Andalousie. J'étais encore, Icètte fois, en tête de la. nombreuse, ca^^aâiè; njpà oncle, à ma droite, ne cessâ|tîife rarlntretenir de la manière la plus amicale, % H f, En arrivant à la maison, nous trouvâmes ma cousine Carmen occupée à faire les honneurs, dans le grand salon, aux nombreux visiteurs venus pour recevoir don Pio et sa famille.

cousine avait fait préparer un souper splendid'e: ma tante y invita les personnes présentes. Quelques unes acceptèrent; les autres demeurèrent à ? causer ou à fumer. Je restai longtemps avêe mon pactes sa conversation avait pour moi un attrait ipésistible. Il fallut cependant se retirer^ -jet, quoiqu'il fut tard, je ne le quittai qu? à regret y j*en étais enchantée et, jouissan t du bonhettr de me trouver auprès de lui, je n'osais réfléchir à ^ ^e que je devais en attendre, entièrement subjuguée parle charme qu'il avait répandu sur moi.

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