SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolégomènes (Muqaddimah), Volume I

French

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Dans le sud de la partie occidentale de la troisième section, est située la Bohême 4, et, dans le nord, (le reste de la) Saxe. Dans la partie orientale on trouve, au midi, la contrée d'Onkeriya (Hongrie), et, au nord, celle de Boulouniya (Pologne). Ces deux pays sont séparés par la montagne de Bclouat (les monts Carpathes), qui, entrée dans la quatrième section, se dirige vers l'ouest en s'inclinant au nord, et se termine dans la Saxe, sur la limite de la moitié occidentale (de la troisième section).

Dans la quatrième section, du côté du sud, est le pays de Djethouliya (la Servie?), et au-dessous, vers le nord, le pays d'Er-Rouciya (la Russie). Ces contrées sont séparées par la montagne du Belouat, qui part du commencement de cette section du côté de l'ouest, pour 1 Lisez o o^jj, Normendïa. 4 Le texte imprimé et celui de nos 1 Lisez, avec les manuscrits, ^oJ^il. manuscrits portent **jfjJ ♦ Youanïa. Il faut 3 Lisez ojjjiî. Cette leçon est fournie lire, avec le manuscrit dldrîci, par le manuscrit D et par la carte d'Idrici. Bouamïa.

s'arrêter dans la moitié orientale de la même section. À l'orient du pays de Djethouliya, est celui de Djermaniya. Dans l'angle sud-est, on trouve le pays de Constantinople, dont la capitale est située près de l'endroit où le canal qui se détache de la mer Romaine va se dé- p - *4 charger dans la mer de Nîtoch (le Pont-Euxin). La portion sud-est de cette section est occupée par une partie de la mer de Nîtoch, qui reçoit ses eaux par ce canal. Dans l'angle formé par la mer et le canal est située la ville de Mesnat.

La partie méridionale de la cinquième section du sixième climat est occupée par la mer de Nîtoch, qui, en quittant le détroit, dans la quatrième section, s'étend directement vers l'est, traverse toute la cinquième section et une partie de la sixième. Sa longueur, depuis son point de départ, est de treize cents milles, et sa largeur de six cents. Derrière cette mer, dans la partie méridionale de la section, on voit une longue bande de terre qui s'étend d'occident en orient. Dans la partie occidentale de cette lisière se trouve la ville de Heracliya (Héraclée), située sur le bord de la mer de Nîtoch et sur les confins du territoire de Beïlecan, pays qui a sa place dans le cinquième climat. À l'orient est la contrée d'El-Laniya (les Alains), dont la capitale est Sinoboli (Sinopc), située sur le bord de la mer de Nîtoch. Au nord de cette mer, dans la partie occidentale de cette section, est le pays des Bordjan (les Bulgares), et, dans la partie orientale, la contrée des Russes. Tous ces pays sont situés sur la mer de Nîtoch. La Russie enveloppe le pays des Bulgares; elle le borne à l'est dans cette section du climat; au nord, dans la cinquième section du septième climat; à l'ouest, dans la quatrième section de ce climat-ci.

La partie occidentale de la sixième section renferme le reste de la mer de Nîtoch, qui vient de se détourner un peu vers le nord. Entre cette mer et la limite septentrionale de la section est situé le pays des Comaniya (les Comans). Le reste du territoire des Alains, qui occupe le bord méridional de la^cinquième section, se prolonge dans P. U celle-ci du midi vers le nord, en s'élargissant à mesure que le rivage de la mer fait le détour déjà indiqué. Dans la partie orientale de cette Prolégomènes. 2 1 section, immédiatement à Test du pays des Khazar, se trouve celui des Berthas. Dans l'angle nord-est de la section est le territoire des Bulgares, et dans l'angle méridional, la contrée des Belendjer. La montagne nommée Chîah-Koaîa 1 passe par là. Cette chaîne suit le détour que le rivage de la mer des Khazar fait dans la septième section de ce climat; puis elle s'éloigne de la mer pour se diriger vers l'ouest, traverse cette section de climat et entre dans la sixième section du cinquième climat; là elle va joindre les montagnes d'El-Abouab. À chaque côté de cette chaîne s'étendent les pays habités par les Khazar.

Au sud de la septième section de ce climat est située la contrée qu'entoure le mont Gbîah après s'être éloigné de la mer de Taberistan, et qui consiste en une portion du pays des Khazar se prolongeant, vers l'ouest,. jusqu'à la limite de la section. A l'orient de cette contrée se trouve la partie de la mer de Tabcristan que cette montagne entoure du côté de l'orient et au nord. Au delà du Chîah, dans la partie nord-ouest de la section, s'étend le territoire des Berthas; dans la partie orientale de la même section est placée la contrée des Besguirt (les Bachkirs) et des Bedjnak (les Petchenègues), peuples appartenant à la race turque.

Toute la portion méridionale de la huitième section est occupée par le pays des Khoulkh, qui sont un peuple turc. Sa partie septentrionale, du côté de l'occident, renferme la Terre-Puante 2, et, du côté de l'orient, la contrée qui, dit-on, fut dévastée par Gog et Magog, avant que l'on* eût construit la barrière pour les contenir. C'est dans la Terre-Puante que l'itil (le Volga) prend sa source. Ce fleuve, un des iA3. plus grands du monde, traverse le pays des Turcs et décharge ses eaux dans la mer de Taberistan, dans la septième section du cinquième climat. Il a beaucoup de sinuosités: sorti d'une montagne de la Terre-Puante par trois sources, qui se réunissent pour former une seule rivière, l'itil coule vers l'occident, passe dans la septième 1 Ceci est une altération des mois persans Sîak Kouk (montagne noire). — 4 En arabe, El-Ard eUMontena.

section de ce climat, dont il atteint presque la limite (occidentale); puis il se tourne vers le nord, pénètre dans la septième section du septième climat, dont il isole l'angle situé entre le sud et l'ouest; ensuite il entre dans la sixième section du même climat et se dirige vers l'ouest; un peu plus loin, il fait un nouveau détour vers le midi, rentre dans la sixième section du sixième climat, et donne naissance à plusieurs branches qui coulent vers l'ouest et vont se jeter dans la mer de Nîtoch, sans quitter cette section. Le fleuve lui-même traverse un territoire situé vers le nord-est de la section, dans le pays des Bulgares; il entre dans la septième section du sixième climat, tourne vers le sud pour la troisième fois, pénètre dans le mont Chîah, traverse le pays des Khazar et entre dans la septième section du cinquième climat. C'est là qu'il décharge ses eaux dans la mer de Taberistan, ayant atteint la portion de cette section que la mer laisse à découvert, vers l'angle sud-ouest.

Dans la partie occidentale de la neuvième section se trouve le pays des Khefchakh ou Kefdjac (Kiptchac), nation turque, ainsi que la contrée des Terkech, autre peuple turc 1. Dans la partie orientale est situé le pays de Magog. Les deux contrées sont séparées par le Coucaïa, montagne qui entoure une partie de la terre, ainsi que nous l'avons déjà dit. Cette montagne commence près de la mer Environnante, dans la partie orientale du quatrième climat; elle suit le P. rivage de la mer jusqu'à l'extrémité septentrionale de ce climat; puis elle s'en éloigne dans la direction du nord-ouest, et entre dans la neuvième section du cinquième climat. Reprenant alors sa direction vers le nord, elle traverse du sud au nord, avec une inclinaison vers l'ouest, la section qui nous occupe ici. Là, au centre de cette chaîne, se trouve la barrière construite par Alexandre. Ensuite, conservant la même direction, le Coucaïa passe dans la neuvième section du septième climat, qu'il traverse en partant du sud. Ayant alors rencontré la mer Environnante au nord de la section, il en suit le rivage, puis se 1 Après le mot L*u_jI, supprimez les mois ^Mj* J^^>; ils ne se trouvent pas dans les manuscrits.

tourne vers l'ouest et se prolonge jusqu'à la cinquième section du septième climat, où il rejoint encore cette mer. Au centre de la neuvième section du sixième climat se trouve 1 la barrière construite par Alexandre. C'est le Coran qui fournit sur ce sujet les seuls renseignements qui soient authentiques 2. Abd-Allah Ibn Khordadbeh raconte, dans son Traité de géographie 5, que le khalife Ei-Ouathec vit en songe que cette barrière était ouverte. Frappé d'effroi, il s'éveilla et fit partir l'interprète Selama, qui examina l'état du rempart et en rapporta une description. Mais c'est une longue histoire, qui est en dehors de notre sujet 4.

La dixième section de ce climat renferme le pays de Magog, qui se prolonge, sans interruption, jusqu'à l'endroit où celte section se termine. Là, elle est entourée, à l'est et au nord, par une partie de la mer Environnante qui s'étend en longueur du côté du nord et qui s'élargit à un certain degré du côté de l'est.

P. i45. LE SEPTIÈME CLIMAT.

Du côté du nord, la mer Environnante couvre la totalité de ce climat, jusqu'au milieu de la cinquième section, où cet océan rencontre le mont Coucaïa, qui entoure les pays de Gog et Magog. La première section de ce climat est occupée par la mer, ainsi que la seconde, à l'exception d'un terrain découvert qui forme la portion la plus considérable de l'Angleterre et qui est situé dans la deuxième section. Une autre portion, située dans la première section, se dirige, par un détour, vers le nord; le reste, ainsi qu'une partie de la mer qui l'entoure, est dans la seconde section du sixième climat, comme nous lavons indiqué. Entre cette île et le continent il y a un trajet de douze milles. Derrière l'Angleterre et 1 L'emploi du pronom jJ> « lui » pour signifier i7 est, il se trouve, est assez rare pour être remarqué.

* Voy. Coran, sourate xvin, vers. 90 et suiv.

3 Lisez LMyti!, avec un ghaïn.

4 On peut voir ce récit dans la Géographie d'Idrici, t. II, p. 4i6 et suivantes. C'est, sans doute, dans cet ouvrage que notre auteur l'a lu. • dans la partie septentrionale de la seconde section, on trouve le Rislanda 1, île qui s'étend en longueur de l'ouest à Test.

La troisième section de ce climat. est occupée parla mer, excepté vers le sud, où se trouve un territoire de forme allongée, qui s'élargit du côté de l'orient» Dans cette partie s'étend, sans interruption, la Folouniya (Pologne), pays qui occupe aussi la partie septentrionale de la troisième section du sixième climat, ainsi que nous l'avons dit. La partie occidentale du bras de mer qui tombe dans la troisième section du septième climat renferme une grande île de forme arrondie 2, qui communique, au sud, avec le continent, par un isthme qui aboutit à la Pologne. Au nord de ce bras de mer, l'île (ou presqu'île) de Bercagha 3 (la Norwége), s'étend en longueur, de l'ouest à l'est, en suivant la limite septentrionale de la section.

Toute la partie septentrionale de la quatrième section est occupée par la mer Environnante, depuis l'ouest jusqu'à l'est; la partie méri- P. dionale, restée à découvert, se compose, à partir de l'ouest, du pays qu'habitent lesFîmark 4, peuple turc; le côté oriental est formé par la contrée de Tabest 5 et par la terre de Reslanda 6, qui s'étend jusqu'à la limite de la section. Ce pays est toujours couvert de neige, et la population y est peu nombreuse; il confine à la Russie, dans la quatrième et la cinquième section du sixième climat.

Dans la cinquième section du septième climat, du côté de l'ouest, s'étend la Russie, qui se prolonge vers le nord jusqu'à la partie de la mer Environnante qui se rencontre avec le mont Coucaïa. Dans la portion orientale de cette section, on trouve le pays des Comans, qui, après avoir touché à la partie de la mer de Nîtoch située dans la 1 Sur la carte, l'île de Rislanda est placée au norddel'Ecosse (Scouciya), pays représenté par une petite péninsule. Comme Idrîci appelle l'Irlande Ghirlanda, la dénomination de Rislanda doit s'appliquer à l'Islande.

s Celte île, c'est le Danemark. Idrîci l'appelle jUX*J3, Darmecha.

* En caractères arabes, Il faut lire, avec Idrîci, Norlagha.

4 Le texte porte csl)L$J f Fimazek; dans Idrîci on lit c^L$i, Fimark.

8 Peut-être la ville de Tavasthus en Finlande.

6 La carte porte Leslanda. Ce nom paraît désigner l'Esthonie.

sixième section du sixième climat, vient se terminer, dans cette section, au lac de Tarmi, dont les eaux sont douces. Les montagnes situées au nord et au sud de ce lac lui envoient un grand nombre de rivières. Au nord-est de cette section et jusqu'à son extrémité s'étend le pays des Benariya 1, peuple turc.

La sixième section, du côté du sud-ouest, est entièrement occupée par le territoire des Comans. Au milieu de cette contrée, on trouve le lac de Ghanoun 2, dont les eaux sont douces. A l'orient du lac sont des montagnes qui lui envoient plusieurs rivières. Dans cette contrée, le froid est si intense. que le lac est constamment glacé, excepté durant quelques jours de l'été. A l'orient du pays des Comans s'étend le pays des Russes, qui part de l'angle nord- est de la cinquième section du sixième climat. Dans l'angle sud-est de la section qui nous 1A7. occupe, on trouve le reste de la Bolghar (Bulgarie), contrée qui commence dans la partie nord-est de la sixième section du sixième climat. Au milieu de cette partie du territoire bulgare, le fleuve Itel (Volga) fait son premier détour vers le midi, ainsi que nous l'avons dit. Sur la limite septentrionale de la sixième section, du côté du nord, la montagne de Coucaïa s'étend depuis l'occident jusqu'à l'orient.

Dans la septième section de ce climat, et dans sa. partie occidentale, on trouve le reste du pays des Petchenèges, peuple turc. Cette contrée commence dans la partie orientale de la section qui précède; elle traverse le sud-ouest de cette section (la.septième), puis elle remonte et pénètre dans le sixième climat. La partie orientale de cette section renferme le reste du pays des Bachkirs 3 et une partie de la Terre-Puante, région qui se prolonge vers l'est jusqu'à l'extrémité de la section. La limite septentrionale de cette section est formée par la montagne de Coucaïa, qui l'enferme d'occident en orient.

Dans la partie sud-ouest de la huitième section on retrouve la 1 Sur la carte d'Idrîci on lit Benariya, texte cTIbn Khaldoun porte Oj^y Oîoun.

mais, dans le lexle, le même auteur écrit 3 Dans les manuscrits, ce nom est ponc- Bolghar. tué de diverses manières. Les manuscrits 1: telle est la leçon d'Idrîci. Le d'Idrîci portent oj-^V, Basdjert.

Terre-Puante, qui s'y étend sans interruption, et dont la partie orientale renferme le Terrain-Creux!, qui forme une des merveilles du monde. C'est une énorme excavation qui présente une vaste largeur et une telle profondeur qu'il est impossible d'y descendre: on reconnaît qu elle est habitée parla fumée que l'on aperçoit pendant le jour, et par les feux qui, pendant la nuit; brillent et s'éteignent alternativement 2. Quelquefois on peut découvrir une rivière qui traverse cette terre du midi au nord. Dans la partie orientale de cette section est la contrée dévastée qui avoisine le rempart (de Gog et Magog). La limite septentrionale de cette section est formée par le Coucaïa, depuis l'occident jusqu'à l'orient. P. i48.

La partie méridionale de la neuvième section de ce climat est oc* cupée par la contrée des Khefchakh, autrement nommés Kebdjac (les Kiptchacs); la montagne de Coucaïa enveloppe ce pays, après s'être détournée du nord, près de la mer Environnante; elle traverse ensuite le milieu de la section en se dirigeant vers le sud-est, et entre dans la neuvième section du sixième climat, qu'elle traverse aussi. Là, au milieu de cette chaîne, se trouve le rempart de Gog et Magog. Dans la partie orientale de cette section, derrière le Coucaïa et auprès de la iner, est située la contrée de Magog; elle a peu de largeur, mais elle s'étend beaucoup en longueur. Elle enveloppe cette montagne du côté de l'orient et du nord.

La dixième section de ce climat est occupée tout entière par les eaux de la mer.

Ici se termine ce que j'avais à dire sur la géographie et sur les sept climats: Et, dans la création des cieax et de la terre, dans la vicissitude des naits et des jours, il y a des signes qui doivent frapper l'esprit de toutes les créatures*.

1 En arabe El-ard el-Makfoura. 3 Coran, sour. in, vers, 187, avec une * Voy. Géographie d'Idrtci, t. II, p. 438. légère modification.

TROISIÈME DISCOURS PRÉLIMINAIRE, Qui traite des climats soumis à une température moyenne; de ceux qui s'écartent des limites où cette température domine, et de l'influence exercée par l'atmosphère sur le teint des hommes et sur leur état en général.

Nous venons d'exposer que la portion habitable de la terre commence au milieu de l'espace que la mer a laissé à découvert et qui s'étend vers le nord; les contrées du midi éprouvent trop de chaleur, celles du nord t trop de froid, pour être habitables. Comme ces deux extrémités de la terre diffèrent complètement sous le rapport du chaud et du froid, les caractères qui les distinguent doivent se modifier graduellement jusqu'au milieu du monde habité, où ils atteignent leur terme moyen. Le quatrième climat est donc le plus tempéré; P. 149. le troisième et le cinquième, qui y confinent, jouissent à peu près d'une température moyenne. Dans le sixième et le second climat, qui avoisinent ceux-ci, la température s'éloigne considérablement du terme moyen; puis, dans le premier et le septième, elle s'en écarte bien davantage. Voilà pourquoi dans les sciences, les arts, les bâtiments, les vêtements, les vivres, les fruits, les animaux et tout ce qui §e produit dans les trois climats du milieu, il n'y a rien d'exagéré. On retrouve ce juste milieu dans les corps des hommes qui habitent ces régions, dans leur teint, dans leurs dispositions naturelles et dans tout ce qui les concerne. Ils observent la même modération dans leurs habitations, leurs vêtements, leurs aliments et leurs métiers. Us construisent de hautes maisons en pierre et les ornent avec art; ils rivalisent entre eux dans la fabrication d'instruments et d'ustensiles, et, par cette lutte, ils arrivent à la perfection. Chez eux on trouve les divers métaux, tels que l'or, l'argent, le fer, le cuivre, le plomb et l'étain. Dans leurs relations commerciales, ils font usage des deux métaux précieux. Dans toute leur conduite, ils évitent les extrêmes. Tels sont les habitants du Maghreb, de la Syrie, des deux Iracs, du Sind, de la Chine. Il en est de même des habitants de l'Espagne et des peuples voisins, tels que les Francs, les Galiciens et les gens qui vivent à côté ou au milieu d'eux, dans ces régions tempérées. De tous ces pays, l'Irac et la Syrie jouissent, par leur position centrale, du climat le plus heureux. Dans les climats situés en dehors de la zone tempérée, 4 tels que le premier, le second, le sixième et le septième, * l'état des hahitants s'écarte beaucoup du juste milieu; leurs maisons sont construites en roseaux • ou en terre; leurs aliments se composent de dorra 1 ou d'herbes; leurs vêtements sont formés de feuilles d'arbres, dont ils s'entourent P. i5o. le corps, ou bien de peaux; mais, pour la plupart, ils vont absolument nus. Les fruits de leurs contrées, ainsi que leurs assaisonnements, sont d'une nature étrange et extraordinaire, lis ne font aucun usage des deux métaux précieux comme moyens d'échange, mais ils y emploient le cuivre ou le fer, ou les peaux, auxquels ils assignent une valeur monétaire. En outre, leurs mœurs se rapprochent beaucoup de celles des animaux brutes: on raconte que la plupart des noirs qui occupent le premier climat demeurent dans des cavernes et des forêts marécageuses, se nourrissant d'herbes, vivant dans un sauvage isolement et se dévorant les uns les autres.

Il en est de même des Esclavons. Celte barbarie de mœurs tient à ce que ces peuples, vivant dans des pays très- éloignés de la région tempérée, deviennent, par constitution et par caractère, semblables à des bêtes féroces; et, plus leurs habitudes se rapprochent de celles des animaux, plus ils perdent les qualités distinetives de l'humanité. H en est de même sous le rapport des principes religieux: ils ignorent ce que c'est que la mission d'un prophète ôt n'obéissent à aucune loi, à l'exception, toutefois, d'un bien petit nombre d'entre eux, qui demeurent dans le voisinage des pays tempérés. Tels sont les Abyssins qui habitent non loin du Yémen. Ils professaient la religion chrétienne avant la naissance de l'islamisme, et ils l'ont conservée jusqu'à nos jours; tels sont aussi les habitants de Melli, de Gogo et de Tekrour: ils occupent un pays voisin du Maghreb, et suivent aujourd'hui l'islamisme, qu'ils ont embrassé, dit-on, dans le 1 Le dorra (hoîcus sorghum) est une espèce de mil.

Prolégomènes. 2 2 septième siècle de l'hégire; tels sont encore les peuples chrétiens qui habitent dans les contrées du nord et qui appartiennent à la race des Esclavons, à celle des Francs, ou à celle des Turcs. Quant aux autres nations qui occupent ces climats reculés, tant ceux du nord que ceux du midi, elles ne connaissent aucune religion, ne possèdent p. i5i. aucune instruction, et, dans tout ce qui les concerne, elles ressemblent plus à des bêtes qu'à des hommes. Et Dieu crée ce que vous ne savez pas. (Coran, sour. xvi, vers. 8.)

On ne saurait opposer à ce que je viens de dire que le Yémen, le Hadramaout, les Ahcaf, les contrées duHidjaz, le Yemama et la partie de la péninsule arabique qui les avoisine, se trouvent situés dans le premier et le second climat. La presqu'île des Arabes est environnée de trois côtés par la, mer, ainsi que nous l'avons dit, de sorte que l'humidité de cet élément a influé sur celle de l'air et amoindri la sécheresse extrême qui est produite par la chaleur. L'humidité de la mer a donc établi dans ce pays une espèce de température moyenne.

Quelques généalogistes n'ayant aucune connaissance de l'histoire naturelle ont prétendu que les Nègres, race descendue de Ham (Cham), fils de Noé, reçurent pour caractère distinctif la noirceur de la peau, par suite de la malédiction dont leur ancêtre fut frappé par son père, et qui aurait eu pour résultat l'altération du teint de Cham et l'asservissement de sa postérité. Mais la malédiction de Noé contre son fils Cham se trouve rapportée dans le Pentateuque, et il n'y est fait aucune mention de la couleur noire. Noé déclare uniquement que les descendants de Cham seront -esclaves des enfants de ses frères. L'opinion de ceux qui ont donné à Cham ce teint noir montre le peu d'attention qu'ils faisaient à la nature du chaud et du froid, et à l'influence que ces qualités exercent sur l'atmosphère et sur les animaux qui naissent dans ce milieu. Si cette couleur est générale pour les habitants du premier et du second climat, cela tient à la combinaison de l'air avec la chaleur excessive qui règne au Midi. En effet, le soleil passe au zénith, dans cette région, deux fois chaque année, et à des intervalles assez courts; il garde même la position verticale dans presque toutes les saisons, d'où résultent une lumière très-vive et une chaleur qui ne discontinue pas. Cet excès de chaleur a donné un teint noir à la peau des peuples qui habitent de ce côté.

Dans les deux climats septentrionaux, le septième et le sixième, qui correspondent au premier et au second, les habitants ont tous le P. i5a. teint blanc, parce que l'air s'est mélangé avec le froid extrême qui règne du côté du nord. Dans cette région, le soleil reste presque toujours auprès de l'horizon visuel; jamais il ne s'élève jusqu'au zénith; il ne s'en approche même pas. Gela fait que, dans toutes les saisons, la chaleur est très-faible et le froid très-intense, d'où résulte que le teint des habitants est blanc et tire même sur le blafard. Le froid excessif y produit encore d'autres effets: les yeux deviennent bleus, la peau montre des taches de rousseur et les cheveux deviennent roux.

Les trois climats intermédiaires, je veux dire le troisième, le quatrième et le cinquième, jouissent à un haut degré de cette température moyenne qui est formée par le juste mélange du froid et du chaud. Le quatrième est le plus favorisé sous ce rapport, attendu qu'il occupe la position intermédiaire, ainsi que nous l'avons dit; aussi voit-on, dans les mœurs des habitants et dans la constitution de leur corps, cet équilibre parfait qui résulte du caractère de leur atmosphère. Le cinquième et le troisième climat, qui sont contigus au quatrième, se rangent immédiatement après celui-ci sous le rapport de ces avantages; s'ils n'ont pas, comme le quatrième climat, une position parfaitement centrale; si l'un incline vers le sud, où règne la chaleur, et l'autre vers le nord, où domine le froid, ces écarts ne sont pas portés à un extrême.

Quant aux quatre climats qui restent, ils s'éloignent beaucoup du juste milieu, ainsi que le physique et le moral de leurs habitants. Le premier climat et le second offrent, pour caractères, la chaleur et la couleur noire; le sixième et le septième, le froid et la couleur blanche. On a donné les noms d'Abyssin, de Zendj et de Soudan (noirs) aux peuples du midi, qui habitent le premier et le second climat, et Ion a employé ces dénominations indifféremment pour désigner tout peuple dont le teint est altéré par un mélange de noir. Il est cependant certain que le nom à' Abyssin doit s'appliquer spécialement au peuple qui demeure vis-à-vis la Mecque et le Yémen, et que celui de Zendj appartient exclusivement à ceux qui habitent en face de la mer Indienne., Ils n'ont pas reçu ces noms parce qu'ils auraient P. i53. tiré leur origine d'un homme de couleur noire, que ce fût Cham ou tout autre; car nous voyons que des nègres, habitants du midi, s'étant établis dans le quatrième climat, qui jouit d'une température moyenne, et dans le septième, où tout tend à la couleur blanche, laissent une postérité qui, dans la suite des temps, acquiert un teint blanc. D'un au Ire côté, lorsque des hommes du nord ou du quatrième climat vont habiter le midi, la peau de leurs descendants devient noire. Gela prouve que la couleur du teint dépend du tempérament de l'air. Ibn-Sina (Avicenne), dans son traité de médecine écrit en vers (et connu sous le nom d'Ardjouza), s'exprime ainsi: Chez les Zendj règne une chaleur qui a changé leurs corps 1, En sorte que leur peau s'est revêtue de noir. Les Esclavons ont acquis 2 une couleur blanche, En sorte que leur peau est devenue lisse.

Les peuples du nord n'ont pas reçu des noms qui aient rapport à la teinte de. leur peau; car le blanc, qui était la couleur des hommes dont le langage a fourni ces dénominations, ne constituait pas un caractère assez remarquable pour attirer l'attention quand il s'agissait de créer des noms propres. On regardait le blanc comme parfaitement convenable et f on y était habitué. Nous remarquons que les peuples du nord sont désignés par une grande variété de noms: tels sont les Turcs, les Esclavons, les Togharghar 3, les Khazar,. les coup dans la transcription de ce nom, et jusqu'à présent on n'est pas parvenu à le rétablir. 11 servait à désigner un peuple turc qui occupait les pays situés entre le Khoraçan et la Chine.

3 En caractères arabes, jèjiiail. Ailleurs ce nom est écrit jLyi-xJ\, El-Toghazgkaz. Les manuscrits varient beaui Alains, une foule de nations franques, les Yadjoudj (Gog), les Madjoudj (Magog), qui forment tous des peuples distincts et très-nombreux.

Quant aux habitants des climats du centre, on trouve chez eux un caractère de mesure et de convenance qui se montre dans leur physique et leur moral, dans leur conduite et dans toutes les circonstances qui se rattachent naturellement à leur civilisation 1, c'est-à-dire les moyens de vivre, les habitations, les arts, les sciences, les hauts commandements et l'empire. Ce sont eux qui ont reçu des prophètes; c'est chez eux que se trouvent la royauté 2, des dynasties, des lois, p. 154. des sciences, des villes, des capitales; des édifices, des plantations, des beaux-arts et tout* ce qui dépend d'un état d'existence bien réglé. Les peuples qui ont habité ces climats, et dont nous connaissons l'histoire, sont les Arabes, les Romains, les Perses, les Israélites, les Grecs, la population du Sind et celle de la Chine.

Les généalogistes, ayant observé que chacune de ces races se distinguait par son aspect et par d'autres signes particuliers, ont supposé qu'elles devaient ces traits caractéristiques à leur origine. Aussi ontils regardé comme les descendants de Cham tous les habitants du sud qui ont la peau noire; et, ne sachant comment expliquer la couleur de ces peuples, ils se sont attachés à propager une tradition qui ne supporte pas l'examen. Ils ont déclaré aussi que la totalité ou la plupart des habitants du nord descendent de Yafeth (Japhet), et ils ont reconnu pour les descendants de Sem presque tous les peuples bien organisés, cest-à-dire ceux qui habitent les climats du milieu, qui cultivent les sciences et les arts et qui ont une religion, des lois, un gouvernement régulier et un souverain. Cette opinion est conforme à la vérité dans ce qui regarde les origines des races, mais elle ne doit pas être admise sans restriction; c'est le simple énoncé d'un fait, mais elle ne prouve pas que les peuples du midi aient reçu le nom de Noirs ou d'Abyssi ns parce qu'ils descendaient de Cham le noir. Ces écrivains ont été induits en erreur par une fausse idée; ils 1 Pour ^UcsiU, lisez jUc^U. — 1 Pour JUUt, lisez <4U(.

ont cru que chaque peuple doit à son origine les caractères qui le distinguent. Mais cela n'est pas toujours exact: car, bien que certains peuples et certaines races se distinguent assez parleur origine, comme les Arabes, les Israélites et les Perses, il y en a d'autres, tels que les Zendj, les Abyssins, les Esclavons et les Nègres que l'on reconnaît aux traits de leur figure et aux contrées qu'ils habitent. D'autres peuples se distinguent, non-seulement par leur origine, mais par certains usages et par des signes caractéristiques: tels sont les Arabes. La distinction peut encore se faire en examinant l'état de chaque peuple, P. 1 55. son caractère et les qualités qui lui sont propres. C'est donc une faute que d'énoncer, d'une manière générale, que le peuple de tel endroit, soit au nord, soit au midi, descend de tel ou tel personnage, parce que Ton aura remarqué chez ce peuple les traits, la couleur, la tournure d'esprit ou les signes particuliers qui se retrouvaient dans cet individu. On tombe dans des erreurs de ce genre parce qu'on n'a pas fait attention à la nature des êtres et des pays; car tous ces caractères changent dans la suite des générations et ne sauraient demeurer invariables. Telle est la règle suivie par Dieu à V égard de 1 ses créatures; et tu ne trouveras aucun moyen de changer la règle de Dieu. [Coran, sour. xxxin, vers. 62.)

QUATRIÈME DISCOURS PRÉLIMINAIRE, Qui traite de l'influence exercée par l'air sur le caractère des hommes.