1 Dans le texte arabe, il faut lire (iUi ^ fy&) Jt tî« Le droit de commander ne sort jamais de la tribu; il reste dans la famille qui s'appuie sur de nombreux partisans 1.
Chaque tribu, chaque branche de tribu, ne forme qu'un seul corps, parce que les membres dont elle se compose descendent d'un même ancêtre; mais elle renferme des groupes dont les individus tiennent plus fortement ensemble que ceux dont l'agrégation forme la tribu. Tels sont les proches parents, les familles individuelles et les frères nés du même père. Cette parenté intime rend leur attachement mutuel plus fort que celui des cousins germains et des cousins issus de germains. Unis à tous les autres membres de la tribu par la communauté d'origine, ils peuvent toujours compter sur leur protection ainsi que sur 1 Ce cbapilre manque dans l'édition et dans les manuscrits' de Paris, mais il se trouve dans l'édition de Boulac. Nasr el- Hourîni, le cheikh qui dirigea la publication de celte édition, nous apprend, par une note marginale, qu'il le trouva dans un manuscrit venu de Tunis. 11 fait observer, et avec raison, que ce ehapitre cadre parfaitement avec le commencement du ehapitre qui suit. J'ajoute que les raisonnements et le style du chapitre suffisent pour démontrer qulbn Khaldoun en est l'auteur. En voici le texte: le secours des individus appartenant à la même branche qu'eux. Il est vrai qu'ils reçoivent de ceux-ci un appui plus efficace que des premiers, parce qu'ils en sont plus rapprochés par les liens du sang. Le droit de commander (à toute la tribu) ne réside pas dans chacune des branches; il n'appartient qu'à une seule famille. Pour exercer le commandement, il faut être puissant; donc cette famille doit surpasser toutes les autres en force et en esprit de corps. Sans cela, elle ne saurait dominer sur elles ni faire respecter ses ordres. On voit de là que le commandement doit rester toujours dans la même famille; car, s'il passait dans une autre famille plus faible > il perdrait sa force. Le commandement peut se transporter d'une branche de la famille dominante à une autre, mais toujours à celle qui est la plus forte. Cela arrive par l'influence naturelle du pouvoir, ainsi que nous venons de le faire observer. En effet, la réunion des hommes en société et l'esprit de corps peuvent être regardés comme les éléments dont se compose le tempérament du corps politique. Dans un être quelconque, le tempérament sera mauvais si les éléments dont il se compose sont en équilibre; il faut qu'un des éléments prédomine afin que la constitution de l'être soit parfaite. Voilà pourquoi la puissance est une des conditions essentielles pour le maintien de l'esprit de corps. Donc le commandement ne sort jamais de la famille qui l'exerce, ainsi que nous l'avons énoncé.
Chez les peuples animés cFun même esprit de corps, le commandement ne saurait appartenir à un étranger.
Pour arriver au commandement, il faut être puissant; pour obtenir la puissance il faut l'appui d'un parti fort et bien uni; donc, pour maintenir son autorité, on a absolument besoin d'un corps dévoué au moyen duquel on puisse vaincre successivement tous les partis qui tenteraient de résister. Quand le chef est assez fort pour les dominer, ils font leur soumission et s'empressent de lui obéir. En principe général, l'étranger qui s'affilie à une tribu et qui en a pris le patronymique, n'obtiendra jamais la même sympathie, le même appui, que les mem-, / bres de cette tribu s'accordent les uns aux autres. 11 reste toujours ce qu'il était, un simple parasite, un nezif 1; tout au plus pourra-t-il P. a4o. compter sur la même protection qui se donne à des afïidcs et à des clients. Cela ne lui procure, en aucune façon, la puissance de se faire obéir. Supposons qu'un tel homme se soit parfaitement incorporé dans la tribu, qu'il ait réussi à faire oublier son origine, qu'il se soit assimilé en toute chose à ses protecteurs et qu'il ait adopté leur commun patronymique, cela lui permettra-t-il d'arriver au commandement? Avant de s'être attaché à la tribu (il ne le possédait pas), ni lui ni ses aïeux. Le commandement d'un peuple reste toujours dans. la famille qui s'en était assuré la possession, grâce à l'appui de ses partisans. Qu'un étranger s'introduise dans la tribu, il ne saurait faire oublier son origine; on se rappellera toujours qu'il avait été reçu en qualité d'affilié, et cela même suffirait pour l'exclure du commandement. Comment donc pourrait-t-il le transmettre à ses descendants, lui qui n'avait jamais cessé d'être un simple dépendant de la tribu? Gomment aurait-il pu acquérir ce commandement, héritage qui se transmet à ceux qui y ont droit, aux descendants de celui qui, le premier, s'en est emparé avec l'aide de ses amis?
. Plus d'un chef de tribu et de parti a tenté de s'attribuer 2 une autre origine que la sienne, voulant rattacher sa généalogie à celle d'une famille qui s'était distinguée par sa bravoure, sa générosité ou par quelque autre qualité digne de renom. On se laisse entraîner à prendre un patronymique qui a de si grands attraits, puis on s'efforce de justifier ses prétentions et de démontrer qu'on appartient réellement à la famille dont on a pris le nom. C'est là un faux pas dont on n'apprécie pas toute la gravité; c'est porter atteinte à sa propre considération et à la noblesse de sa race. Encore de nos jours on voit de nombreux exemples de ces folles prétentions. Citons d'abord les Zenata, qui se donnent tous une origine arabe 3; puis les Aoulad-Rebab, surnommés les Hidjaziens, et qui forment une subdivision des 1 Voyez ci-dessus, page 274. 3 Voyez Histoire des Berbers, t. III, Beni-Amer, branche de la grande tribu de Zoghba 1; ils prétendent appartenir à la tribu des Chérîd, branche de celle des Soleïm. S'il faut les en croire, leur aïeul s'était introduit au milieu des Beni-Amer en qualité de menuisier, et fabriquait (pour leur usage) des p. a* i. bâts de chameau. Etant parvenu à s'incorporer dans la tribu v il finit par en devenir le chef, et ce fut alors qu'on lui donna le surnom <¥El-Hidjazi*. Les descendants d'Abd el-Caouï, fils d'El-Abbas, formant une famille (très-distinguée) de la tribu des ïoudjîn, prétendent remonter à El-Abbas, fils d'Abd el-Mottalib. Ayant confondu le nom de leur aïeul, El-Abbas, fils d'Atiya et père d'Abd el-Caouï, avec celui d'El-Abbas (l'oncle du Prophète), ils s'attribuent volontiers une. origine des plus illustres. On n'a cependant jamais entendu dire qu'aucun membre de la famille abbaeide soit entré en Mauritanie, pays qui, depuis l'avènement de cette dynastie, était resté sous la domination des descendants d'Ali, c'est-à-dire, des Idricides et des Fatemides, ennemis jurés de la famille d'El-Abbas. Par quel hasard un abbaeide aurait-il pu arriver chez un partisan des Alides? Voyez encore les Beni-Zîan, princes de la tribu des Abd el-Ouad (et souverains de Tlemcen). Sachant qu'un de leurs ancêtres se nommait El-Cacem, ils se donnent pour les descendants d'El-Cacem, l'Idricide.
Dans leur langage zénatien (berber) ils se désignaient par les mots Ait el-Cacem, ce qui équivalait à la dénomination arabe de fils d'El-Cacem. Ensuite ils prétendaient que ce Caeem était fils d'Idrîs, ou bien, fils de Mohammed et petit-fils d'Idrîs. Tout ce qu'il peut y avoir de vrai là-dedans se réduit à peu de chose: un prince nommé Gacem se serait enfui de ses états pour se réfugier chez les Abd-el-Ouadites; mais comment serait r il parvenu au commandement d'une tribu indépendante qui se tenait encore dans ses déserts? Le nom d'El-Cacem, qui a donné lieu à cette erreur, se présente très-soûvent 1 Lisez Juc-j dans, le texte arabe. On 1 Le mot hidjazi a, parmi ses diverses trouvera dans Y Histoire des Berbers une significations, celle de fabricant d'entraves notice de chaque tribu dont les noms sont de chameauxl mentionnés dans ce chapitre.
dans la liste des descendants d'Idrîs. Les Beni-Zîan ont cru y reconnaître leur aïeul, mais une telle origine n'était pas nécessaire à leur gloire: ils devaient leur illustration et leur empire à la puissance de l'esprit de corps qui régnait dans leur tribu; se donner pour descendants d'Ali ou d'EI-Abbas ou de tout autre grand personnage ne leur aurait servi de rien. Ce furent les courtisans et les flatteurs de la dynastie Zîanide qui mirent en avant l'idée de cette filiation, et lui donnèrent une telle publicité qu'on aurait beaucoup de peine à en démontrer la fausseté. On m'a raconté que Yaghmoracen, fils de Zîan et fondateur de leur empire, repoussa cette prétention lorsqu'on là lui suggéra. «Non! disait- il en langue zena- P. 242. tienne, la seule qu'il parlât, non! je n'y crois pas. C'est à nos épées et non pas à une pareille origine que nous devons notre fortune et notre empire. Si nous descendons d'Idrîs, cela peut nous être avantageux dans l'autre vie; mais c'est Dieu que cela regarde. » Il tourna ensuite le dos au flatteur qui lui avait suggéré cette idée. Citons encore l'exemple des Beni-Saâd, famille qui donne des cbefs aux Beni-Yezîd, branche de la tribu des Zogbba: ils prétendent descendre d'Abou-Bekr le véridique (beau-père de Mohammed et premier khalife). Ajoutons à bette liste les Beni-Selama, chefs des Idlelten \ tribu toudjinide; ils veulent rattacher leur généalogie (berbère) à celle des (Arabes) Soleïm. Les Douaouida, chefs de la tribu des Rîah, prétendent descendre des Barmekides. On m'a dit qu'en Orient les Beni Mohenna, émirs de la tribu de Taï 2, s'attribuent une origine semblable. Nous pourrions citer encore, plusieurs exemples de ces inepties. Or, puisque ces familles exercent le suprême commandement dans leurs tribus, ce fait seul suffit pour renverser de pareilles prétentions, ainsi que nous l'avons énoncé; bien plus, il démontre que le sang de ces 1 Dans le texte imprimé le mot Idlelten riels berbers se formant en ten ou en tan, porte des points voyelles, bien qu'ils ne jamais en ton. On peut voir dans V Histoire soient pas indiqués dans les manuscrits: des Berbers une notice sur cette tribu, le domma placé sur le t de la syllabe ten 9 Voyez Y Histoire des Berbers, 1. 1, p. 12 doit se remplacer par unfeiha, les plu- et suiv.
familles est resté sans mélange et qu'elles surpassent toutes les autres 1 en esprit de corps. Le lecteur qui voudra bien peser ces observations ne se laissera pas induire en erreur. On ne doit pas ranger dans cette liste le Mehdi des Almohadcs, bien qu'il se soit donné pour un descendant d'Ali. Il n'appartenait pas à la famille qui commandait à sa tribu, les Hergha, mais il devint le chef de ce peuple après s'être illustré par son savoir et par son zèle pour la religion, et avoir rallié à sa cause toutes les branches de la grande tribu des Masmouda. 11 était d'ailleurs d'une famille qui tenait un rang moyen parmi les Hergha 2. Dieu connaît ce qui se cache et ce qui se montre.
Chez les familles qui sont animées d'un fort esprit de corps, la noblesse, et l'illustration ont une existence réelle et bien fondée; chez les autres, elles ne présentent que l'apparence et le semblant de la réalité.
Ce sont les belles qualités qui procurent la noblesse et l'illusp. 243. tration. Par le mot beït (maison, famille noble), nous entendons une famille qui compte au nombre de ses aïeux plusieurs hommes d'un rang élevé et d'une certaine célébrité. Avec de pareils ancêtres, on jouit d'une haute considération dans sa tribu 3, avantage qu'on doit au profond respect qu'on a su inspirer et aux nobles qualités par lesquelles on s'est distingué. L'homme naît et propage son espèce; aussi l'a-t-on assimilé à une mine (qui renferme et qui produit des choses précieuses). Notre saint Prophète a dit: « Les hommes sont des mines; ceux qui étaient les meilleurs avant l'islamisme, le sont sous l'islamisme; pourvu, toutefois, qu'ils comprennent (les vérités de la religion). » Nous employons le mot illustration 11 ' pour indiquer l'éclat qui entoure une extraction illustre. On a déjà vu que l'avantage réel d'une noble origine est de posséder une bande d'amis sur 1 Pour «vj'U*o^, lisez <0*La*2x. 4 En arabe hasb. Ce terme si-* Voyez ci-devant, page 55, et Y Histoire gnifie proprement considération, mais Ibn des Berbers, t. 11, page 161. Khaldoun l'emploie dans ce chapitre et 3 Littéral. « chez les gens revêtus de la dans plusieurs autres endroits de son oumême peau que soi, c'est-à-dire, chez les vrage comme l'équivalent de ckarf (nogens de la même race que soi. » blesse).
la sympathie et l'appui desquels on peut compter, Une famille qui s'est fait respecter et craindre par son union et par son esprit de corps, et qui se. compose d'individus appartenant à une race dont le sang est pur et la réputation intacte, se place par cette confraternité de sentiments, dans une position très-avantageuse et obtient de grands succès. Si, avec cela, elle compte au nombre de ses aïeux plusieurs personnages illustres, elle exerce encore plus d'influence. Ainsi l'illustration, et la noblesse n'existent que dans les familles puissantes et unies. Une famille est plus ou moins 1 considérée,. selon la force ou la faiblesse de son esprit de corps; c'est en se faisant respecter quelle arrive à l'illustration. Dans les villes, les habitants vivent chacun de son côté et ne possèdent qu'une noblesse de convention, bien qu'ils s'imaginent le contraire et qu'ils essayent de donner à leurs prétentions une teinte de probabilité. Là l'homme respectable est celui dont les aïeux étaient des gens de bien, qui fréquente les hommes vertueux et qui recherche, autant que possible, la paix et la tranquillité. Cela diffère beaucoup de l'esprit de corps qui se développe dans les familles vraiment nobles et descendues d'illustres aïeux. C'est par une espèce de métaphore qu'on reconnaît pour noble une famille établie dans une ville et qui aurait eu dans sa généalogie une série d'ancêtres habitués à suivre les sentiers de la vertu. Ce n'est pas une telle noblesse qui donne une considération réellè. Une famille arrive au premier degré de l'illustration au moyen de son esprit de corps et des belles qualités dont elle a fait preuve; mais, aussitôt qu'elle laisse P. 244.
étouffer ses sentiments généreux par les habitudes de la vie sédentaire, elle perd sa considération. Etablie dans une ville, elle se mêle aux gens du peuple, tout en conservant l'idée que la noblesse lui reste encore. Elle s'imagine être au niveau de ces maisons illustres dont tous les membres se soutiennent mutuellement, animés, comme ils le sont, d'un même esprit de corps; mais elle n'y a aucun droit, parce que l'esprit de corps lui manque tout à fait. Beaucoup de citadins qui ont passé leur enfance sous latente, soit avec les Arabes, soit avec 1 Pour ojLâxjj, lisez is^Uj^.
Prolégomènes. 36 282 -PROLÉGOMÈNES des peuplades d'une autres trace écoutent volontiers les suggestions de Tâitiour- propre " et se figurent^ qu'ils sont -nobles.- C'est surtout chez les Israélites que ce sentiment est très-enraciné.^Ils appartiennent à là famille la 'plus illustre de la terre, et comptent parmi leurs aïeux tous les prophètes et tous les apôtres, à partir. d'Abraham jusqu'à Moïse, le fondateur de leur loi. L'esprit de corps avait été très-vif chez eux,: et l'empire leur était échu- en partage, selon la promesse de Dieu. Plus tard; ils, perdirent tout; déchus de leur>ràng, abreuvés d'humiliations, ils subirent la sentence que Dieu avait portée contre eux; exilés de leur pays, ils sont restés, depuis des siècles, dans la servitude et dans l'oubli des bienfaits* (dont le seigneur les avait* comblés). Ils 5 ne cessent, cependant; d'avoir la plus haute opinion de la noblesse attachée à leur race. On leur entend dire: « Un tel descend d'Aaron; c celui- ci est de la postérité de Josué; celui-là tire son Origine de Caleb;'cet autre appartient à:1a tribu de Juda; » et cela après avoir éperdu leur esprit de corps: et vécu dans la dégradation pendant de longs siècles. Ces folles prétentions à la noblesse existent, non-seulement chez les juifs, mais chez un grand nombre de citadins appartenant à d'autres races et dont les familles n'ont plus le moindre esprit de corps: r?.<> un *;.jr ^ ^'Relevons ici une erreur d'Abou'l-Ouélîd Ibn Rochd (Averroès).
Dans le traité de Rhétorique, qui fait partie du commentaire moyen qu'il composa sur la 'science. première 2, il parle de l'illustration et 1 Ou bien: «dans la servitude et dans non, par Averroès. (Voyez Averroès de l'infidélité.» M. Renan, p. 82'de la seconde édition.)
/ «* I/èdition de Boulac porte oU^* Le passage du commentaire d'Averroès dont Ibn Khaldoun s'Qccupe>dans ce paragraphe se rapportait probablement à ces paroles de la rhétorique d'Arislote, (1. 1; c. 5); làià hè evyéveta 'fy ânàvàpcov # àirà yvviwt&v, x. t. A.« Un particulier est noble par les hommes 01^ par les femmes, quand il descend légitimement des uns et des autres et que ses premiers auteurs se sont fait connaître par leur vertu, leurs JjJf;i,dansj les manuscrits, on Ijt c^vu J^ft |J_juJL,Cette;dernière leçon est k bonne; il s'agit de l'ensemble complet des traités dont se compose l'Organon d'Aristote, ainsi que du traité de la Logique, science à laquelle il rattache.la Rhétorique et la Poétique. Dans la bibliothèque de Florence se trouve un exemplaire du commentaire moyen (taîkhîs) sur l'Orga- D'IBN KHALDQUN. 283 D'IBN KHALDQUN. 283 dit qu'une famille noble est celle qui est établie depuis longtemps dans une ville; mais;la vérité que nous venons d'exposer.luira échappée Je Ivoudrais savoir iqueLavantage une famille peut retirer de la Ion- p. 245, gueur de son séjour dans une ville, si: elle?ne" possède pas cet esprit; dè corps qui lui assure le respect et l'obéissance? L'auteur dont nous parlons,a sans doute fait consister l'illustration d'une^ maison dans île, nombre de ses aïeux. J'ajouterai que d'art oratoire 1 sert uniquement à: convaincre: les hommes; qu'on veut gagner à son opinion y c'est-à--dire; les personnes qui ont le pouvoir, en main? et xpieles gens pour lesquels on n'a aucune considération 'ne petivent exercer la moindre, influence sur les autres; on: ne, cherche même pas îà exercer de. l'influence 6 sur eux. Tels sont des citadins, habitués à la vie des villes, rll est vrai qu'Ibn Rochd avait passé sa jeunesse dans une ville- et? au milieu d'un peuplé qui ne conservait plus le moindre esprit de corps, et qui n'emeonnaissait ni la nature ni les effets. Aussi cet écrivain s'en> est tenu à l'opinion, commune, en. ce qui regarde. la noblesse des fa-; milles et la considération qui -leur est due;.il admet, comme règle générale, que ces avantages dépendent' du nombre d'aïeux dont se compose: la généalogie d'une maison; et il ne fait aucune attention à la nature! de l'esprit de corps ni à l'influence (qu'il exerce sur les hommes. Au reste, Dieu sait tout;v - / Si les clients et les créatures d'une famille participent à sa noblesse et à sa considération, ils ne doivent pas cet avantage à leur origine, mais à la réputation de leur patron. Nous venons défaire observer que la noblesse réelle et bien fondée richesses / ou par quelque autre des choses. Il me semble qu'il doit y avoir une lacune que les hommes. honorent, et quand leur de plusieurs-lignes. Dans la traduction famille compte un grand nombre de per- arabe delà Rhétorique» sur laquelle Aver: sbnnages illustres, hommes et femmes, roêY travaillait, le mot evyêveta était prôjeùnes ' gens et vieillards. « (Traduction bablëment rendu par o^^sa. (cmisidéràtion).
de M. Bonafous.) — Nous avons d'Avers Quoi 'qu'il- en soit, la. réfutation d'Ibn roès- une paraphrase de la rhétorique, Khaldoun s'adresse tout autant à Arislotc traduite en latin et imprimée dans l'édi- qu'au commentateur arabe. / m/} tion dos Juntes, tome II;-mais il n'y a 1 C'est-à-dire, la Rhétorique, à laquelle rien qui réponde à ee passage d'Aristote. le passage d'Averroès se rapporte. * n'appartient qu'aux grandes maisons dont les membres sont animés de l'esprit de corps. Une famille qui admet des étrangers dans son sein, qui affranchit ses esclaves et favorise ses clients, s'en fait des partisans dévoués. Ils s'assimilent, par leurs sentiments et leurs habitudes 1, aux membres de cette famille; ils participent à leur esprit de p. 2 46. corps, qui devient alors, pour ainsi dire, le leur, et qui les rend comme des enfants de la maison. Aussi notre saint Prophète a-t-il dit: «Le client dune famille. est un membre de cette famille; qu'il soit client par affranchissement, ou par adoption, ou par un engagement solennel, ce droit lui appartient. » Quand on s'incorpore dans une autre famille, la noblesse de celle dans laquelle on est né ne compte pour rien 2, car les intérêts de la famille dans laquelle on entre diffèrent de ceux de la famille dont on est originaire. Ainsi l'étranger qui s'est affilié à une tribu oublie les liens de parenté et les sentiments qui l'avaient attaché à la sienne, et il devient effectivement un membre de la maison qui a voulu l'accueillir. Si le client ou le protégé compte plusieurs générations d'ancêtres attachés à cette maison, il participe à la noblesse de son patron, mais jamais au même degré que les membres-nés de la famille. Tel est le cas avec les clients et les serviteurs de toutes les familles souveraines; ils doivent leur noblesse à leur état de clients, aux emplois qu'ils remplissent auprès du prince et au nombre de leurs aïeux qui ont été au service 3 de cette maison. Voyez, par exemple, les Turcs qui étaient au service des Abbacides; voyez encore leurs devanciers, les Barmekides et les Beni-Noubakht (familles viziriennes) 4. Attachés à une maison illustre, ils arrivèrent aux honneurs, à une considération réelle et à la gloire, parce qu'ils tenaient intimement à la dynastie régnante par les liens de la clientèle. Djafer le Barmckide, fils de Yahya Ibn Khaled, parvint au plus haut degré de la noblesse et de l'illustration, non pas à cause de son origine persane, mais parce qu'il était client du khalife (Haroun) er-Rechîd. C'est 1 Littéral, «ils se revêtent de la même * Pour ^^j, lisez peau queux. • < * <» 4 Pour o-^, lisez c>jÇy>. (Voy. ^ ci- 1 Pour çilj, lisez £*Uj. devant, p. 65.)
ainsi que, dans toutes les familles princières, les clients et les domestiques obtiennent la noblesse et la considération. S'ils appartiennent, par leur naissance, à une famille étrangère, ils s'empressent d'oublier leur origine 1, de la répudier 2, et de ne faire aucun cas ni de l'ancienneté de leur maison, ni de sa noblesse. Ce qu'ils apprécient, P.
c'est l'espèce de parenté que l'état de client ou de protégé établit entre eux et leur nouvelle famille; ils savent que la parenté est l'élément essentiel de l'esprit de corps, et que les grandes maisons doivent à cet esprit leur consistance et leur illustration. Aussi la noblesse et la considération se communiquent du patron au client; l'édifice (de gloire) que le •patron s'est érigé devient le leur. Une origine illustre ne sert de rien aux clients d'une maison souveraine; c'est à leur condition de clients, ou de protégés, ou d'élèves de la famille, qu'ils doivent tous leurs honneurs. Par leur origine 3 ils auraient pu jouir (dans leur pays) des avantages qui résultent de l'esprit de corps et de l'exercice du pouvoir; mais si cet esprit vient à s'éteindre, et s'ils entrent dans une autre famille en qualité de clients 4 ou de protégés, c'est de leur nouvelle famille qu'ils tirent leurs avantages, parce qu'elle a conservé son esprit de corps, tandis que l'ancienne a perdu le sien. Ces observations peuvent s'appliquer aux Barmekides: on sait qu'ils appartenaient à une famille persane chargée de l'intendance d'un des temples où l'on adorait le feu. Lorsqu'ils furent entrés dans la clientèle des Abbacides, personne né tenait compte de leur noble origine, mais on leur témoignait la plus haute considération parce qu'ils étaient clients et protégés de la famille du khalife. (Nous venons d'indiquer quelle est la véritable noblesse); toute autre n'est qu'une vaine illusion capable d'égarer les esprits mal réglés. D'ailleurs les faits sont là pour montrer que nous avons raison. Le plus noble d'entre vous aux yeux du Seigneur est celui gui le craint le plus. {Coran, sour. xlix, vers. i3.)
1 Pour lisez «amm.I, 3 Pour lisez «u^, 1 Pour JlL, lisez c*-^. 4 Pour •Jfj, lisez PROLÉGOMÈNES.
La noblesse atteint son point culminant 1 dans quatre générations.