, Le monde formé des (quatre) éléments et ce* qu'il renferme sont sujets à la corruption tant dan^leur- essence que: dans leurs? accidents 2; aussi les choses et les êtrôs des diverses classes, tels que les f minéraux, les' plantes et tous les animaux, y compris l'homme, changent et se corrompent h vue d'œil. Il en- est de* même à l'égard des phénomènes que le monde offre à notre observation. Gela se voit P. 2^8. surtout chez l'homme: les sciences, ainsi que les arts et, toutes les choses de cette nature, naissent pour disparaître. La noblesse: et l'illustration, simples accidents de la" vie humaine, subissent inévitablement le même sort. Parmi les hommes, on nen trouve pas un seul dont la noblesse' retnontéi à travers une série' non interrompue d'ancêtres, jusqu? à-Adam. Exceptons toutefois notre saint Prophète, qui avait reçu cette distinction cômme une marque d'honneur et afin qud la véritable noblesse fût conservée- dans le monde 3. L'état qui précède celui de la noblesse pèut se désigner par le terme d'exclusion; cela veut dire; être placé eh dehors dû commandement et des honneurs, et être privé <d'égards et de considération. Nous entendons par là que l'existence de la noblesse et de l'illustration est précédée de sa nonexistènee, ainsi que cela a lieu pour tout ce qui a un* commencement..
La noblesse parviènt: à son terme en passant par quatre générations successives, ainsi que rious'allons l'expliquer. L'homme qui a fondé la gloire de sa famille sait bien par quels moyens il y est parvenu; 1 Avant le mot ^j^Jl % insérez ' et...*.?c>Aal ^ ifj -oUa. ^ Of si-Le mot signifie; terme ou plus haut gnifient, chez Ibn Khaldoun, tant en ceci degré, et achèvement ou fin. L'auteur n'a qu'en cela, ou non-seulement en ceci, mais pas toujours distingué ces deux significa- en cela» Dans la page 367 du texte arabe, tions; aussi, dans les chapitres suivants, vers la fin, se trouve encore un exemple empioie-t-il les. termes; *jU et v de cet emploi "assez singulier des mois tantôt dans le sens de compléter, achever, $j ^ >ï et tantôt dans celui de finir, s'éteindre. De 5 A la place de iUàyîJl, les russ. A. C là résulte que ses raisonnements portent et l'édition de Boulac portent *sj^*J\ y *le quelquefois à faux...secret qui était en /ai;» La leçon de l'é- 2 Les expressions \ôf K y> ûfj Iji^o >ï, dition de Paris est certainement la bonne.
aussi conserve-t-il toujours intactes les qualités qui lui ont procuré l'illustration et qui la maintiennent;Son fils v auquel il remet le; pouvoir, a, déjà appris de lui comment il doit se conduire; mais il rie } le sait pas d'une manière complète;, celui qui entend raconter un. fait ne le comprend pas aussi bien que le témoin oculaire. Le petit-fils succède au commandement et se, borne à marcher sur les traces de son prédécesseur et à le prendre pour modèle unique; mais il ne fait pas les choses aussi bien que lui; le simple imitateur reste toujours au-dessous de celui qui travaille, sérieusement. L'arrière petit-fils succède à son tour et s'arrête tout à fait dans la voie suivie par ses aïeux; il ne conserve plus rien de ces nobles qualités qui avaient servi à fonder l'illustration de là famille; il osemêmé les mépriser, et il s'imagine que ses. aïeux s'étaient élevés à la gloiresans se donner la moindre peine et sans faire le. moindre effort. Se figurant que, par le seul fait de.leur naissance, ils avaient possédé la puissance de tout temps.et de toute nécessité, il se laisse tromper par le respect qu'on lui témoigne, et ne veut pas concevoir que sa famille. soit arrivée* au pouvoir, pa^ son esprit de corps et par ses nobles qualités., Ne sachant pas quelle est l'origine de la grandeur, dç ses. aïeux,, il en méconnaît les véritables causes,; et croit que le pouvoir leur.était venu, par droit de naissance;. aussi se met T il.bien- au-dessus 1 des.guerriers dont l'es- P. 249. prit de, corps.soutient encore la dynastie. Habitué^ dès son enfance, à leur donner des ordres, il deipeure convaincu de sa supériorité et il ne se doute pas que leur obéissance, ait eu ppuricause les grandes qualités au: moyen desquelles ses, prédécesseurs avaient dompté tous le$ esprits et gagné tous les cœurs. Ses troupes,, indisposées parole * peu de considération qu'il leur, montre y, commencent par lui manquer de respect; ensuite elles lui témoigent du mépris; puis elles le remplacent par un nouveau chef, pris dans une autre branche de la même famille. Elles montrent par là que la famille dominante impose toujours par son esprit de corps 2, fait que nous avons déjà signalé; 1 Pour lisez IjjaK — * Pour, lisez, >AXa^ojJ.
mais l'individu qu elles choisissent est celui dont le caractère leur convient le plus. Dès lors la branche favorisée de la famille prospère rapidement, pendant que l'autre se flétrit et perd tout son éclat 1. Cela arrive dans toutes les dynasties, dans les familles qui gouvernent des tribus, dans celles dont les chefs occupent de grands commandements et chez tous les peuples dont l'esprit de corps est bien prononcé. Quant aux familles établies dans les villes, elles tombent dans la décadence et leurs familles collatérales les remplacent. Si Dieu voulait, il vous ferait disparaître et amènerait (pour vous remplacer) une nouvelle génération; pour lui 9 cela ne serait aucunement difficile. (Coran, sour. iv, La thèse que la noblesse d'une famille demeure pendant quatre générations est généralement vraie; quoique des maisons soient tombées en décadence et aient disparu, avant d'avoir eu des rejetons du quatrième degré; d'autres en ont du cinquième ou du sixième degré, mais elles sont déjà en décadence et sur le point de s'éteindre. On a posé la condition de quatre générations, parce que ce nombre comprend le fondateur, le conservateur, l'imitateur et le destructeur, et qu'en effet il ne saurait être moindre. Dans les éloges et les panégyriques, on trouve encore ce nombre de quatre employé pour désigner le plus haut degré de la noblesse d'une famille: notre saint Prophète a dit: « Le noble, fils de noble, fils de noble, fils de noble, c'est Joseph, fils de Jacob, fils d'Isaac, fils d'Abraham.» Cette parole indique clairement que Joseph avait atteint au point le plus élevé 2. de la noblesse. Dans le Pentateuque se trouve un passage qui signifie: « Moi, ton Seigneur, je suis puissant 3 et jaloux; je me venge des péchés des pères en punissant les enfants jusqu'à la troisième et la 1 Littéral, t l'édifice de sa maison (c'est- dans la version des Septante, dans la traà-dire de sa gloire) s'écroule. » duction arabe de Saadias, dans la traduc- * Pour JÏ ^L, lisez *jUJ( ^Aj. tion arabe d'Alexandrie, dans la traduction 3 Pour lisez ^U*. L'équivalent araoe du Pentateuque publiée par Erpede ce mot ne se trouve pas dans le texte nius,etdans trois autres traductions arabes hébraïque du verset cité par Ibn Khaldoun. ^oni on trouve des' exemplaires dans la Il manque aussi dans le texte samaritain, Bibliothèque impériale. Il n'y a que la quatrième génération l. » Cela démontre aussi que, dans la généalogie d'une famille, quatre générations suffisent pour en achever la noblesse et la considération. Nous lisons dans le chapitre du Kitab el-Aghani où se trouve l'histoire d'Owaïf el-Caouafi 2, que Kisra (Nouschirwan) demanda à Noman (son phylarque arabe) si, parmi les tribus arabes, il y en avait qui surpassassent les autres en illustration? Cet officier ayant répondu affirmativement, le roi voulut savoir en quoi consistait cette illustration. Noman lui répondit en ces termes: « La tribu est déjà noble qui a eu successivement pour chefs le père, le fds et le petit-fils; si le commandement passe ensuite à l'arrièrepetit-fils, rien ne manque à l'illustration de cette tribu. » Or c'était de sa propre tribu et de sa propre famille qu'il voulait parler. Le roi, ayant ordonné des recherches, apprit que les seules familles jouissant de cet avantage étaient celle de Hodèïfa Ibn Bedr el-Fezari, de la tribu de Caïs; celle de Hadjeb Jbn Zorara, de la tribu de Temîm; celle de Dou '1-Djeddeïn, famille cheïbanide, et celle d'El-Achâth Ibn Caïs, de la tribu de Kinda. Kisra fit venir ces chefs, avec tous ceux qui en dépendaient, et chargea une assemblée déjuges d'apprécier leurs droits. Hodeïfa s'y présenta d'abord; El-Achâth vint ensuite, vu sa parenté avec Noman; après lui on introduisit successivement Bestam Ibn Caïs le Cheïbanide, Hadjeb Ibn Zerara'et Caïs Ibn Acem. Tous ces chefs prononcèrent des discours d'un style très-élégant, et le roi déclara que chacun d'eux était un véritable seigneur, digne de la position qu'il occupait. L'illustration de ces familles devint proverbiale parmi les Arabes, et ne le céda qu'à celle des Beni-Hachem 3.
Vulgate qui le donné. Cela me fait croire deïfa Ibn Bedr el-Fezari. On lui donna le qu'Ibn Khaldoun avait entre les mains sobriquet d' Owaïf el-CaouaJi, c'est-à-dire, une traduction arabe du Pentateuque faite le petit Aàuf aux rimes, parce qu'il s'était sur le texte même de la Vulgale. vanté, dans un de ses poèmes, de bien 1 Exode, xx, 5. trouver les rimes. Il était contemporain 8 Aouf, fils de Moaouîa, fils de Hisn, du célèbre El-Haddjadj.
appartenait à une des plus nobles familles 5 La famille dont Mohammed faisait de l'Arabie, puisqu'il comptait au nombre partie. Hachem était son bisaïeul, de ses aïeux un chef très-renommé, Kho- Prolégoraènes. 37 ■1 On ajouta à cette liste les Beni-Diyan, famille qui formait une branche de la grande tribu yéménite dont l'aïeul était d'El-Hareth 1 Ibn Kâb. De toutes ces indications il résulte que quatre générations achèvent la noblesse d'une famille. Au reste, Dieu le sait!
i. Les tribus à demi sauvages sont plus capables d'effectuer des conquêtes que* les autres peuples.
Puisque la vie du désert inspire le courage, ainsi que nous l'avons dit dans notre troisième discours préliminaire 3, les peuples à demi sauvages doivent être plus braves que les autres. En effet, ils possèdent tous les moyens qu'il faut employer lorsqu'il s'agit de faire des conquêtes et de dépouiller les autres peuples. Le caractère de chaque tribu (nomade) varie cependant avec le temps. Quand ces tribus s'établissent dans les territoires fertiles des hauts plateaux et qu'elles s'habituent 4 à l'abondance et au bien-être que ces contrées leur offrent, alors leur courage s'affaiblît autant que leur férocité et la grossièreté de mœurs qu'ils avaient contractée dans le désert. Comparez les animaux sauvages avec les animaux domestiques 5; voyez comment les bœufs sauvages et les onagres perdent leur caractère farouche et violent lorsqu'ils se sont accoutumés à la société des hommes et à une nourriture abondante. Ce changement se manifeste jusque dans leur allure et dans leur pelage. Les peuples sauvages changent également de caractère lorsqu'ils sont apprivoisés par un état de civilisation plus avancé. Cela est dans la disposition et dans la nature de l'homme; il se laisse plier à tout par la puissance de l'habitude.
Les conquêtes ne s'effectuent que par l'audace et la bravoure; donc tout peuple habitué à la vie nomade et à la rudesse de mœurs qui se contracte dans le désert pourra vaincre facilement un autre peuple plus civilisé, bien que celui-ci soit aussi nombreux que lui et aussi 1 Pour, lisez O)^.
2 Pour <j^ t lisez 3 Cette indication n'est pas exacte; l'auteur a, sans doute, voulu renvoyer au v e chapitre de la seconde section, p. a63 de ce volume.
4 Pour [jXLsjj, lisez fort par l'esprit de corps. Voyez ce qui est arrivé aux tribus (arabes) descendues de Moder, lorsqu'elles eurent affaire aux Himyarites et aux Kehlanites 1, peuples qui étaient parvenus, avant elles, à fonder des royaumes et à vivre dans l'abondance. Voyez comment elles domptèrent les Rebîah, établis sur les riches plateaux de Hrac: restées dans leurs déserts, pendant que les Rebîah et d'autres peuples étaient allés jouir de l'aisance dans ces régions fortunées, elles les attaquèrent P. a5a. plus tard avec une vigueur que la vie nomade seule pouvait communiquer 2, et les dépouillèrent de toutes leurs possessions. La même chose arriva aux Beni-Taî, aux Beni-Àmer Ibn Sâsâa et, plus tard, aux Beni-Soleïm Ibn Mansour. Lors du départ des Modérites et des tribus du Yémen, ils se tinrent dans leurs déserts et n'eurent aucune part aux avantages temporels que ces peuples "avaient acquis (par leurs conquêtes). La vie du désert leur conserva l'esprit de corps et les garantit contre l'influence débilitante du luxe; aussi devinrentils plus puissants que les Modérites et leur enlevèrent-ils l'autorité 3. Toute tribu arabe qui jouit du bien-être et de l'aisance à l'exclusion des autres tribus subit le même sort. Que les deux partis soient égaux par le nombre et par la force, celui qui est plus habitué à la vie nomade 4 remportera la victoire. Cela est dans les voies de Dieu envers ses créatures.
L'esprit de corps aboutît à l'acquisition de la souveraineté.
Nous avons déjà dit qu'au moyen de l'esprit de corps les hommes peuvent se protéger mutuellement, repousser leurs ennemis, venger leurs injures et accomplir les projets vers lesquels ils dirigent leurs efforts réunis. Chaque société d'hommes, avons-nous dit, a besoin d'un chef pour y maintenir l'ordre et pour empêcher les uns d'atta- 1 II s'agit de la conquête du Yémen par attachés au parti des Carmats; puis en Maules tribus modérites, Fan Xi de l'hégire. ritanie. Dans YHistoire des Berbers, 1. 1 de * Littéral. ■ la vie nomade avait aiguisé la traduction, l'auteur a consacré plusieurs leur tranchant pour conquérir, * chapitres à ces trihus.
s D'abord en Arabie, où ils s'étaient 4 Je lis (jjL^cU.
quer les autres. La nécessité d'un tel modérateur résulte de la nature même de l'espèce humaine. Ce chef doit avoir un fort parti qui le soutienne, autrement il n'aurait pas la force de maîtriser les esprits.
La domination qu'il exerce, c'est la souveraineté \ autorité bien supérieure à celle d'un chef de tribu, puisque celui-ci ne possède qu'une puissance morale: il peut entraîner les siens, mais il n'a pas le pouvoir de les contraindre à exécuter ses ordres. Le souverain domine sur ses sujets et les oblige à respecter ses volontés par la force dont 253. il dispose. Si le chef d'un peuple réussit à se faire obéir quand il donne des ordres, il entre dans la voie de la domination et de l'emploi de la contrainte, voie qu'il ne quitte plus, tant le pouvoir a d'attraits pour les âmes. Afin d'arriver à son but, il s'appuie sur le même corps de dépendants à l'aide duquel il s'était assuré l'obéissance de son peuple. La souveraineté est donc le terme auquel aboutit l'esprit de corps. Dans une tribu composée de plusieurs 1 grandes familles, ayant chacune ses intérêts particuliers, il faut qu'une d'elles Temporte^sur toutes les autres par son esprit de corps et les réunisse en un seul faisceau. Alors la tribu elle-même ne forme qu'un seul parti. Sans cela la désunion se met dans la communauté, et de là résultent des contestations et des querelles intestines: Si Dieu ne contenait 2 pas les hommes les ans par les autres, certes la terre serait perdue. (Coran, sour. n, vers. 262.) Un peuple que son chef est parvenu à dompter en se servant de l'influence du parti qui le soutient, ce peuple se laisse porter, par un mouvement naturel, à dominer sur les gens qui lui sont étrangers et qui ont aussi leur esprit de corps. Si le peuple qu'il veut attaquer lui est égal en force et en moyens de résistance, ils demeurent rivaux et antagonistes l'un de l'autre, et chacun 3 reste maître de son territoire. Cela a lieu pour toutes les tribus et pour tous les peuples du monde. La tribu qui parvient à en dompter une autre ou à s'en faire obéir, l'absorbe dans son sein et augmente ainsi ses propres forces. Alors elle vise à un but plus élevé et, dans sa car- 1 Variante: tëyxk». — * Le Coran porte mais Nafê, un des célèbres lecteurs du Coran, lisait çU^, comme Ta fait notre auteur. — 3 Pour lisez Uftu.
rière de conquêtes et de domination, elle arrive à un degré de puissance qui le met en état de lutter contre la dynastie régnante. Si cette dynastie commence à tomber en décadence et ne peut plus compter sur le dévouement des chefs du parti qui la soutient, elle succombe dans la lutte et abandonne au vainqueur la possession de l'empire. Si cette tribu, après avoir acquis toute sa force, se trouve en face d'une dynastie qui ne ressent pas encore les atteintes de la caducité et qui a besoin de s'appuyer sur des gens qui ont de l'esprit de corps, elle entre au service de cette famille et l'aide dans p. toutes ses entreprises. Alors se forme, au-dessous du pouvoir souverain, un nouveau pouvoir. Voyez, par exemple, les troupes turques qui.
étaient au service de -la dynastie abbacida; voyez les Sanhadja et les Zenata 1, qui luttèrent contre les Ketama (principaux soutiens de la dynastie fatemide); voyez encore les Beni-Hamdan (souverains d'Alep), qui combattirent également les rois chutes, c'est-à-dire les Alides (Fatemides de l'Egypte) et les Abbacides 2 (de Baghdad), Tout cela démontre que l'action de l'esprit de corps aboutit à la conquête d'un empire. La tribu chez laquelle ce sentiment domine s'empare de l'autorité souveraine, soit par la voie de la conquête, soit en se mettant au service de la dynastie régnante. Cela dépend de l'état des choses à cette époque. Si une tribu, devenue forte, trouve des obstacles qui l'empêchent d'arriver à son but, ce'qui peut avoir lieu, ainsi que nous allons l'indiquer, elle doit rester dans la position qu'elle occupait, et attendre jusqu'à ce que Dieu veuille accomplir ses volontés. ' * «h.
1 Les Zîndes ou Badicides, famille sanhadjienne à laquelle les Fatemides avaient confié le gouvernement de l'Ifrikiyâ, finirent par se rendre indépendants. Mouça Ibn Abi'l-Afîâ, émir des Miknêça, tribu zenatienne, fut nommé gouverneur de Fez et du Maghreb occidental par les Fatemides; mais, quelques années plus tard, il embrassa le parti des Oméiades espagnols. Les Beni-Khazer, famille d'une autre tribu zenatienne, les Maghraoua, se révoltèrent aussi contre les Fatemides.
a J'ai déjà expliqué (page 38, note a) pourquoi Ibn Khaldouna rangé les Abbacides parmi les Chiites.
Une tribu qui se livre aux jouissances du luxe se crée des obstacles qui l'erapêcbent Une tribu qui s'est acquis une certaine puissance par son esprit de corps parvient toujours à un degré d'aisance qui correspond au progrès de son autorité. S'étant placée au niveau des peuples qui vivent dans l'aisance, elle jouit comme eux des commodités de la vie; elle entre au service de l'empire, et, plus elle devient puissante, plus elle se procure de jouissances matérielles. Si la dynastie régnante est assez forte pour ôter à ces gens l'espoir de lui arracher le pouvoir où d'y participer, ils se résignent à en subir l'autorité, se contentant des faveurs que le gouvernement leur accorde et d'une certaine portion des impôts qu'il veut bien leur concéder. Dès lors ils ne conservent plus la moindre pensée de lutter contre la dynastie ou de chercher des moyens pour la renverser. Leur seule préoccupation est de se maintenir dans l'aisance, de gagner de l'argent et de me-P. a55. ner une vie agréable et tranquille à l'ombre de la dynastie. Ils affectent alors les allures de la grandeur, se bâtissant des palais et s'habillant des étoffes les plus riches, dont ils font une grande provision 1. À mesure qu'ils voient augmenter leurs richesses et leur bien-être, ils recherchent le luxe avec plus d'ardeur et se livrent plus volontiers aux jouissances que la fortune amène à sa suite. De cette manière ils perdent les habitudes austères de la vie nomade; ils ne conservent plus ni l'esprit de tribu, ni la bravoure qui les distinguait autrefois; ils ne pensent qu'à jouir des biens dont Dieu les a comblés. Leurs enfants et leurs petits-enfants grandissent au sein de l'opulence. Trop fiers pour se servir eux-mêmes et pour s'occuper de leurs propres affaires, ils dédaignent tout travail qui pourrait entretenir chez eux l'esprit de tribu. Cet état de nonchalance devient pour eux une seconde nature, qui se transmet à la nouvelle génération, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'esprit de corps s'éteigne chez eux et annonce ainsi leur ruine. Plus ils s'abandonnent aux habitudes du luxe, plus ' Avantle motjU£L^t, insérez la conjonction y ils se voient éloignés de la puissance souveraine et plus ils se rapprochent de leur perte. En effet, le luxe et ses jouissances amortissent complètement cet esprit de corps qui conduit à la souveraineté; la tribu qui la perdu n'a plus la force d'attaquer ses voisins; elle ne sait pas même se défendre ni protéger ses amis; aussi devient-elle la proie de quelque autre peuple. Tout cela démontre que le luxe, s'étant introduit dans une tribu, l'empêchera de fonder un empire. Dieu accorde la souveraineté à qui il veut (Coran, sour. h, vers. 248.)
Une tribu qui a vécu dans l'avilissement et dans la servitude est incapable de fonder un ■ empire.
empire.
L'avilissement et la servitude brisent l'énergie d'une tribu et son esprit de corps. Cet état de dégradation indique même que, chez elle, cet esprit n'existe plus. Ne pouvant sortir de son avilissement, elle n'a plus le courage de se défendre; aussi, à plus forte raison, P. $56. est- elle incapable de résister à ses ennemis ou de les attaquer. Voyez la lâcheté montrée, par les Israélites quand le saint prophète Moïse les appela à la conquête de la Syrie et leur annonça que le Seigneur avait écrit d'avance le succès de leurs armes; ils lui répondirent: C'est un peuple de géants qui habite ce pays, et nous n'y entrerons pas jusqu'à ce qu'il en sorte. (Coran, sour. v, vers. 2 5 et suivant.) Ils voulaient dire: « Jusqu'à ce que Dieu les en fasse sortir par un coup de sa puissance et sans que nous soyons obligés d'y contribuer; ce sera là un de tes grands miracles, ô Moïse! » Plus il les implora, plus ils s'obstinèrent dans leur désobéissance: « Va-t'en, lui dirent-ils, toi et ton Seigneur, et combattez (pour nous). » (Coran, sour. v, vers. 2 7.) Pour s'exprimer de la. sorte, ces gens-là ont dû bien sentir leur propre faiblesse et reconnaître qu'ils étaient incapables d'attaquer un ennemi ou de lui résister. C'est ce que le passage du Coran nous donne à entendre, ainsi que les explications traditionnelles que les commentateurs ont recueillies. Cette lâcheté était le résultat de la vie de servitude que ce peuple avait menée pendant des siècles; il était resté assez longtemps sous la domination des Egyptiens pour perdre complètement tout esprit de corps. D'ailleurs il ne croyait pas sincèrement à sa religion: lorsque Moïse annonça aux Juifs que la Syrie devait leur appartenir, ainsi que le royaume des Amalécites, dont la capitale se nommait Jéricho; que ce peuple leur serait livré comme une proie d'après Tordre de Dieu, ils reculèrent devant l'entreprise, étant intimement convaincus qu'après avoir passé leur vie dans les humiliations, ils seraient incapables d'attaquer un ennemi.
Ils osèrent même se moquer des paroles de leur prophète et résister à ses ordres; aussi Dieu leur infligea la peine de ï égarement y c'est-àdire qu'il les fît rester pendant quarante ans dans le désert qui sépare l'Egypte de la Syrie (voyez le Coran, sour. v, vers. 29). Il leur fut impossible, pendant ce temps, de se retirer dans une ville ou de s'arrêter dans un lieu habité, parce qu'ils avaient d'un côté le pouvoir des Amalécites en Syrie, et de l'autre celui des Coptes de l'Egypte, et qu'ils étaient, selon leur propre déclaration, incapables de les combattre. Les versets que nous venons de citer ont une portée P. 267. qui est facile à comprendre: la peine de l'égarement avait pour but d'anéantir toute la population qui s'était soustraite à l'oppression et aux humiliations dont on l'avait abreuvée dans la terre d'Egypte, population sans énergie, qui s'était résignée à la dégradation et qui avait perdu le sentiment de l'indépendance. Pour.remplacer cette génération, il en fallait une autre, élevée dans le désert, qui n'eut jamais subi des humiliations et qui ignorât la domination d'une dynastie étrangère et la puissance du despotisme* Par cette disposition de la Providence, un nouvel esprit de corps naquit chez les Israélites et les mit à même d'attaquer et de vaincre. Tout cela fait voir que, pour laisser éteindre une génération et la remplacer par une autre, il faut au moins une période de quarante ans. Gloire à l'Etre savant et sage! Ce que nous venons d'exposer fournit une preuve évidente de l'extrême importance qu'il faut attacher à l'esprit de corps: