de cette dynastie: l'iiisloire des Mérinides remplit presque tout le quatrième volume.) ' Ce mol est persan et signifie porte-armure, écuyer. En Egypte, sous les Mamlouks.les rf/an(iar remplissaient les mêmes fonctions que leurs confrères du Maghreb; ils étaient huissiers de la porte, valets de pied et bourreaux. (Voy. la Chrestomathie arabe de M. de Sacy, 2' édition, tome II, D'IBN KHALDOUN.. 17 qiiette usitée aux audiences données (par le sultan) dans la maison du commun^. Cette charge était, pour ainsi dire^, un vizirat (ministère) en petit.
Quant à l'autre dynastie zenatienne, celle des Béni Abd el-Ouad, on n'y trouve pas la moindre trace de ces emplois. 11 n'y avait pas même de charges spéciales, tant la civilisation rude et imparfaite de la vie nomade prédominait chez ce peuple. Quelquefois ils employaient le titre de hadjeb pour désigner l'intendant de la maison du souverain, ainsi que cela se pratiquait dans l'empire hafside. En certaines occasions ils augmentèrent les attributions de cet employé en lui donnant la comptabilité et le droit de parafer les pièces ofBcielles [sidjillat), ainsi que cela se pratiquait chez les Hafsides '. Ils, affectèrent d'imiter ce peuple parce que*, dans les premiers temps de leur empire, ils reconnaissaient la souveraineté de la dynastie hafside, dont ils avaient embrassé la cause.
En Espagne, celui qui, de nos jours, est chargé de la comptabilité privée du souverain et des finances s'appelle le ouckil^. Le vizir y exerce les fonctions ordinaires de son office; mais il se voit chargé quelquefois de la correspondance. Le sultan appose lui-même le parafe sur toutes les pièces officielles; car l'emploi d'écrivain du parafe, tel qu'il se trouve dans les autres empires, n'existe pas dans ce pays.
En Egypte, sous la dynastie turque'^, le titre de hadjeb se donne à un officier [hakem] pris dans la race qui a le pouvoir, c'est-à-dire, les Turcs: c'est lui qui, dans la ville, fait exécuter les jugements prononcés dans des contestations entre particuliers. Les hadjeb chez les Turcs sont en grand nombre. Cet office est subordonné à celui du naïb, dont P.
lin arabe «..-«LaJI ^\i. Les khalifes ici le terme sidjillat, qui signifie aussi déabbacides aussi avaient deux salles de ré- pêches et registres.
ception, l'une pour les grands et l'autre " Pour l./, lisez U.
pour le peuple. (Voir ci-après, p. 1 1 5.) ^ Oiiekîl ou oiikîl signifie mandataire.
^ PourylO, lisez l^liCi. " Pour ce paragraphe, j'ai adopté la "' Voy. ci-devant, p. i5. La compa- traduction donnée par M. de Sacy dans sa raison du texte arabe des deux passages Chrestomathie arabe, l. Il, p. 169; mais j'y fait voir en quel sens l'auteur a employé ai fait quelques changements.
rS. PROLÉGOMÈNES l'autorité s'étend sur les membres de la race dominante et sur le commun des sujets, sans aucune exception.
I^e naïb a quelquefois le droit de nommer à de certains offices et d'en destituer; il accorde ou confirme les pensions de peu de valeur, et ses ordres \ ainsi que ses ordonnances, sont exécutés comme ceux du souverain. 11 est, pour ainsi dire, le lieutenant général du sultan, tandis que les hadjeb ne remplacent le prince que pour l'exercice de la justice entre les différentes classes du peuple et entre les militaires, quand ces contestations sont portées devant eux, et pour forcer les réfractaires à se soumettre aux jugements prononcés contre eux. Leur rang est donc au-dessous de celui du naïb.
Quant au vizir, sous la dynastie turque, il est chargé de la rentrée des impôts de tous genres, soit kharaxJj (contribution foncière), soit meks (douanes et octrois), soit capitation. Avec cet argent il subvient atix dépenses du gouvernement et paye les traitements lixes. Il nomme et destitue les employés commis à la perception des impôts, et les a tous sous ses ordres, quels que soient leurs grades. L'usage est que ce vizir soit pris parmi les Coptes qui dirigent les bureaux de la comptabilité et de la perception, parce que, de temps immémorial, ils ont été spécialement chargés de cette administration en Egypte. Quelquefois pourtant, quand les circonstances l'exigent, le sultan nomme à cet office une personne de la race dominante, un Turc de haut rang ''' ou un fds de Turc.
' A la place de ojy"!, le manuscrit C et huissiers. Ce n'est pas là le sens propie de l'édition de Boulac portent o»/»LI, leçon ce mot, tel qu'il est emplojé par les Arabes qui me semble préférable. de l'Occident. Dans les écrits d'Ibn Khal- * M. deSacy a hésité sur la signification doun, le terme t:»^^».^ se rencontre trèsdu mol c^'ïUwj. Il le rendit d'abord par souvent et signifie toujours les personnages les gens du, commun, puis il ajouta: «Je haut placés, les grands de l'empire. Il dit pense que ce mot est opposé ici à celui de ( p. 3 1, 1. 1 4 du t. 11 des Prolégomènes): ^/« iVoi! lies militaires. »(Voy. C/ires(omaMie, iJ.oJf (^ifU»s Ob'! «un des plus grands t. H, p. 169.) Dans le troisième volume personnages de l'Etat,» et, un peu plus du même ouvrage, p. 100, il se fonde loin (même page, 1. 17); Jl L^-aAj J qIT sur une glose d'El-Rharezmi pour lui al- (^^-^^ vj-T»<>-*-j-If cis-^La.^ «personne ne Iribuer la.signification de valets de pied ou pouvait remplir cette charge, excepté un Bureau des finances et des contributions.
La charge d'administrateur des finances est une de celles dont un gouvernement royal ne saurait se passer. Ce fonctionnaire dirige les divers services financiers et veille aux intérêts du gouvernement P. 16. en ce qui concerne les recettes et les dépenses; il tient la liste nominative des soldats dont se compose l'armée; il fixe la quantité de leurs rations et leur remet la paye aux époques' où elle devient due. Dans toutes ces opérations, il se guide d'après certains tableaux dressés par les chefs de ces services et par les intendants du domaine privé ^.
Ces tableaux se trouvent dans un livre renfermant tous les détails du service des recettes et dépenses, et contenant beaucoup de calculs que personne ne sait exécuter, excepté les employés les plus habiles de cette administration. Ce livre s'appelle le Divan (registre). On donne aussi ce nom au lieu où les agents (du trésor) et les percepteurs tiennent leurs séances. Voici comment on explique l'origine de ce mot: Chosroès (le roi de Perse), ayant vu un jour les commis du divan qui faisaient des calculs de tête et qui semblaient, chacun, se parler à soi-même, s'écria, en langue persane, divané! c'est-à-dire, « ils sont fous. » Depuis lors le nom de divané se donna au lieu où ces écrivains se tenaient, et, comme il devint d'un emploi trèsfréquent, on supprinrja la lettre finale pour alléger la prononciation. Ensuite ce terme lut employé pour désigner le livre qui traitait des services financiers et qui en renfermait les tableaux avec des modèles de calcul. Selon d'autres, divan signifie démon en persan: les conunis des principaux Almohades, un de leurs de Moder, par sa noblesse, par sa bragrands. » Citons encore l'auteur du die- vonre et par ses talents lilléraires. » (Mationnaire biographique intitulé ElHillet nuscril de la Société asiatique, fol. lia, es-ÉS'iy«r«, qui dit, en parlant d'un individu I. 3.)
nommé Amei- Ilm Amr: cJ■^L>^ |j-« yk' ' Lemol tj^l-jl, pluriel de yÇI, n'est l^.ilj iitS^j wys jj«Jjjû(lj wÂ-« Jj (/y»9 pas indiqué dans nos dictionnaires. «Hélait un des premiers de la Iribu de * LiUéral.«lesca/irem«/isdeladynaslic. » Coreïcl) en Espagne, et même de la tribu (Voy. ci-devani, p. i5.)
3.
aO - PROLÉGOMÈNES de radininistralion, disent-ils, furent ainsi nommés à cause de leur promptitude à débrouiller les affaires les plus obscures et à rapprocher (les indications) éparses et dispersées. Plus tard le mot divan servit à désigner le lieu où ces employés tenaient leurs séances; puis il s'appliqua, par analogie, à la réunion des écrivains qui dressaient les dépêches et à l'endroit près de l'entrée du palais où ils se tenaient assis. Nous reviendrons là-dessus plus tard.
Dans l'administration des finances, il y a un inspeclevu' général qui surveille la marche de toutes les parties du service. Chaque branche du service a de plus son inspecteur particulier, de même que, dans certains empires, il y a un inspecteur de l'armée, un ins-P. 17. pecteur des apanages militaires, un inspecteur de la comptabilité et de la solde, etc. Au reste, cela dépend des usages de chaque royaume et des décisions prises par les chefs de l'Etat.
L'administration financière s'introduisit dans tous les empires aussitôt que les vainqueurs, ayant assuré leurs conquêtes, eurent commencé à veiller sur la marche du gouvernement, et à prendre des mesures pour l'établissement du bon ordre. Le premier qui l'introduisit dans l'empire musulman fut (le khalife) Omar, et cela, dit-on, pour la raison qu'Abou Horeïra' avait apporté de Bahreïn une somme d'argent tellement forte que l'on ne savait pas comment s'y prendre pour en faire le partage (aux musulmans). Cela fit souhaiter un moyen de tenir compte de ces sommes, d'enregistrer les payements de solde et de sauvegarder les droits (de l'Etat). Khaled Ibn el-Ouelid ^ recommanda l'établissement d'un divan, tel qu'il l'-avait vu fonctionner chez les princes de la Syrie, et Omar agréa ce conseil. Selon une autre tradition, les choses ne se passèrent pas ainsi: ce fut El-Hormozan ^ qui, voyant Omar expédier un corps de troupes sans en avoir dressé la liste nominative [divan], lui dit: « Si un soldat disparaît, comment s'aperce vra-t- on de son absence? Pour tout soldat qui s'absente, il y ' Un des Compagnons du Prophète. ^ Général persan qui avait été fait pri- ' Célèbre général dont on trouvera l'his- sonnier par les musulmans peu de temps toiredansl'EsîaideM.Caussin de Perceval. après la bataille deCadeciva.
a autant de lacunes ^ (dans la troupe). Il n'y a que les commis écrivains qui pourront y mettre ordre. Etablissez-donc un divan. » Omar demanda ce que ce mot désignait, et, quand il en eut compris la signification, il donna l'ordre à Akîl, fils d'Abou Taleb, à Makhrema, fils de Naufel, et à Djobeïr Ibn Motâem, d'en organiser un. Ces trois hommes, qui étaient du petit nombre des Coreïcbides sachant écrire, dressèrent le divan (la liste) de toutes les troupes musulmanes, par ordre de familles et de tribus. Ils commencèrent par les parents du Prophète, ensuite ils passèrent aux parents de ceux-ci, et ainsi de suite. Telle fut l'origine du divan de l'armée. Ez-Zohri ^ rapporte, sur l'autorité de Saîd Ibn el-Moseïyeb ^, que cela eut lieu dans le mois de moharrem de l'an 20 (décembre-janvier 64o-64i de Jésus-Christ).
Quant au bureau [divan) de la contribution foncière et des impôts, il resta, après la promulgation de l'islamisme, tel qu'il était auparavant. Dans les bureaux de l'Irâc, on employait la langue persane, p. 18. et dans celui de la Syrie, la langue grecque [roumiya); les écrivains étaient des sujets tributaires, appartenant à l'une ou à l'autre de ces nations. Lors de l'avènement d'Abd el-Melek Ibn Merouan, le khalifat était devenu un empire, et le peuple avait renoncé aux usages grossiers de la vie nomade pour s'entourer de tout l'éclat de la civilisation, qui se développe dans la vie sédentaire; les Arabes, sortis de leur étal d'ignorance primitive, s'étaient exercés dans l'art de l'écriture, de sorte que, parmi eux et parmi leurs affranchis, il se trouva de bons calligraphes et des calculateurs habiles. Pour cette raison, le khalife Abd el-Melek donna à Soleïman Ibn Saad, gouverneur de la province du Jourdain, l'ordre de faire traduire du grec en arabe le cadastre [divan)' de la Syrie. Cette tâche fut terminée dans l'espace Si notre auteur a rapporté ces paroles cipaux jurisconsultes du i" siècle de l'islaexactemenl, le mot J>-^[ doit être le inisnie, appartenait à la tribu de Coreïch.
pj-éléril de la quatrième forme du verbe Ilétaitnatif de Médine, vilieoù il mourut, Voyez la 1" partie, p. i 5, note. Comme traditionniste, il jouissait d'une Saîd Ibn el-Moseïyeb, un des prin- haute autorité.
sa PROLÉGOMÈNES (l'un an. Serhoun, secrétaire d'Abd el-Melek, dit alors aux écrivains grecs: « Cherchez votre vie au moyen de quelque autre art, car Dieu vient de vous enlever celui-ci. » Dans le bureau [divan] de l'Irâc le même changement eut lieu, El-Haddjadj ayant confié cette opération à son secrétaire Saieh Ibn Abd er-Rahman, qui écrivait non-seulement l'arabe, mais le persan. Saleh avait appris son art de Zadan Ferroukh, ancien secrétaire d'El-Haddjadj, et, quand Zadan fut tué dans la guerre avec Abd er-Rahman Ibn el-Achâth, il lui succéda dans le secrétariat. Ce fut alors qu'EI-Haddjadj lui donna l'ordre de traduire du persan en arabe le cadastre [divan] de l'Irâc. Ce changement se fit au grand mécontentement des écrivains persans. Abd el-Hamîd Ibn Yahya ' avait l'habitude de dire: ffOh! le brave homme que Saleh! quel service il a rendu aux écrivains arabes! » Sous les Abhacides, le divan fut rangé parmi les institutions soumises à la surveillance (du vizir); aussi les Barmekides, les fils de Sehel Ibn Noubakht et les autres vizirs de cette dynastie le comptaient au nombre de leurs attributions.
Quant aux règlements qui concernent le divan et qui sont fondés sur la loi divine, savoir: ceux qui se rapportent (à la solde) de l'ar-19. mée, aux recettes et dépenses du trésor public, à la distinction qu'il faut faire entre les pays soumis par capitulation ou de vive force, à la personne qui peut légalement nommer le directeur de ce divan, aux qualités requises dans le directeur et dans les commis, et aux principes qu'il faut observer dans l'établissement des comptes, tout cela est en dehors de notre sujet, et fait partie des matières que les livres intitulés El-Akkam es-Soltuniya doivent traiter-, et, en effet, cela se trouve rapporté dans ces ouvrages. Quant à nous, nous exa- ' L'alVranchi Abou Glialeb Abd el-Ha- desOméiades de l'Orient, fullué )'an i3a mîd, kuleb Irès-célèbre à cause de l'été- (730 de J. C). On trouvera dans le Dicgance de son style, était natif de Syrie. Il tionnaire biographique d'Ibn Kliallikan, fut attaché au service de Merouan Ibn Mo- I. II, p. 178 de ma traduction, un article hammed el-Djâdi en qualité de secrétaire Irès-inléressant sur ce kateb.
et mourut avec lui. Ce khalife, le dernier ' Voyez ci-devant, p 4.
D IBN KHALDOUN. 23 minerons cette matière sous le point de vue d'une simple institution conforme à la nature de la royauté.
Le divan tient une grande place dans l'organisation d'un gouvernement royal, ou, pour mieux dire, il est une des trois colonnes sur lesquelles ce gouvernement s'appuie. En effet, un royaume ne saurait se maintenir sans armée, sans argent et sans moyens de correspondre avec ceux qui se trouvent au loin. Le souverain a donc besoin de personnes capables de l'aider dans la direction des affaires d'épée, de plume et d'argent. Le chef du divan prend, pour cette raison, une grande part à l'administration du royaume. Tel lut le cas dans l'empire des Oméiades espagnols et dans les Etals de leurs successeurs, les Molouk et-lawaïf. Sous les Almohades, le chef du divan devait appartenir à la race dominante. 11 dirigeait avec une autorité absolue la perception de l'impôt, il réunissait les recettes dans une caisse centrale, et les faisait inscrire dans un registre; il revoyait les états de ses chefs de service et de ses percepteurs, et les rendait exécutoires à des époques déterminées et pour des sommes dont le montant était spécifié. On le désignait par le titre de saheh elachghal. Quelquefois, dans les localités éloignées (de la capitale), les chefs de service étaient pris en dehors de la classe des Almohades, pourvu qu'ils fussent capables de bien remplir l'emploi.
Quand les Hafsides eurent établi leur domination en Ifrîkiya et que la grande émigration des musulmans espagnols ' eut jeté dans ce pays une foule de familles distinguées, il se trouva, parmi ces réfugiés, plusieurs individus qui avaient rempli en Espagne les fonctions d'administrateur des finances. Tels furent les Béni Said, seigneurs d'El-Calâ (château fort), des environs de Grenade 2, et appelés ordinai- Ferdinand III, roi de Castille, s'em- savanU les plu» illustres de l'Espagne paspara de Séville l'an 646 de l'iiégire (i248 sèrenl dans le Maghreb el en Ifrîkiya. La deJ.C). Pendant cette campagne, il avait plupart d'entre eux se rendirent à Tunis enlevé aux musulmans un grand nombre pour se mettre sous la protection du goude forteresses et porté la dévastation dans verncment hafside. (Voy. Hist. des Berh. toute celte partie du pays. Au.«si les chefs I. Il, p. 822, 382.) des principales familles musulmanes el les ' Le célèbre géographe Ibn Saîd ap- 24 prolegomb:nes rement les Béni Abi 'l-HoceïnK Le gouvernement africain, lem' ayant trouvé de grands talents administratifs, les plaça dans les mêmes emplois financiers qu'ils avaient remplis en Espagne. Ils exercèrent ces P. 20. charges alternativement avec des fonctionnaires almohades. Plus tard, l'administration des finances échappa à ceux-ci pour tomber entre les mains des employés de la comptabilité et de la correspondance.
L'office de hadjeb ayant ensuite acquis ime grande importance, la personne qui le remplissait eut la direction absolue de toutes les affaires de l'empire. Depuis lors l'administration des finances a perdu de sa considération, et son chef, devenu un subordonné du hadjeb, se trouve placé au niveau des percepteurs ordinaires et dépouillé de l'influence qu'il avait exercée autrefois dans le gouvernement de l'empire.
Sous la dynastie des Mérinides la comptabifité de l'impôt foncier^ et celle de la solde militaire se trouvent réunies entre les mains d'un seul administrateur. Tous les comptes publics passent par ses bureaux pour être soumis à son examen et recevoir son approbation; mais ses décisions doivent être contrôlées par le sultan ou par le vizir. Sa signature est nécessaire pour la validité des comptes fournis par les payeurs militaires et par les percepteurs de l'impôt foncier.
Telles sont les bases sur lesquelles on a établi les charges et les emplois administratifs dans un Etat gouverné par un sultan. Les personnes qui remplissent de tels offices tiennent un rang très -élevé, car chacune d'elles a la direction générale (de son administration) et l'honneur de s'entretenir directement avec le souverain.
Sous l'empire des Turcs (Mamiouks), l'administration des finances forme plusieurs services distincts. L'officier appelé nadher el-djeïch (inspecteur militaire) est chargé du bureau de la solde; celui que l'on désigne par le titre de vizir administre le revenu public, et, en parlc-nait à cette famille. Selon M. de ' Pour l'histoire des Béni Abi '1-Hoceïn Gayangos, leur château, qui s'appelait on peut consulter l'Histoire des Berbers, aussi Calât Yahsob, se nomme aujour- t. II, p. 869 et suiv. d'hui Alcala la Real. (Voy. sa traduction * Pour ^y^, lisez p-î^^- sa qualité de directeur général des contributions, il lient le premier rang parmi les administrateurs des finances. Le gouvernement turc a partagé la direction générale des finances en plusieurs services, parce que l'empire, ayant pris une grande étendue, fournissait des revenus et des contributions dans une telle abondance qu'un seul homme, quelque capable qu'il fût, n'aurait jamais eu la force de soutenir le poids d'une si vaste administration. Le personnage appelé le vizir a la direction générale (de tous ces services); mais il n'en est pas moins le lieutenant d'un des affranchis du sultan, d'un homme ayant une grande influence politique, et tenant un haut rang parmi les chefs militaires. Dans tous ses actes, le vizir doit seconder les vues de son P. 21 supérieur, et s'appliquer avec le plus grand zèle à lui obéir. Ce personnage, qui a le titre d'oslad ed-dar (intendant du palais), est toujours un des plus puissants émirs de l'armée.
Au-dessous de la charge exercée par le vizir, il y en a plusieurs avitres, tant de finance que de comptabilité, qui ont été instituées pour des administrations spéciales. Tel est, par exemple, le imdher el-kliass (l'intendant du domaine privé), qui s'occupe des affaires concernant le trésor privé, telles que les apanages du sultan et la part qui lui revient du produit de l'impôt foncier et des contributions, part qui est en dehors de celle qui appartient à la communauté musulmane '. Il agit sous la direction de Yostad cddar. Si le vizir appartient lui-même à l'armée, il ne dépend pas de Yostad ed-dar. L'intendant du domaine est placé aussi sous les ordres du khazen-dar (trésorier), mamlouk chargé du trésor privé, et appelé ainsi parce qu'il est obligé, par la nature de son office, de s'occuper particulièrement des revenus privés du sultan.
Ces indications^ suffiront pour faire connaître le caractère de cette charge, telle quelle existe dans l'empire des Turcs de l'Orient; nous avons déjà indique les attributions qui la distinguent dans les royaumes de l'Occident.
' Les mois oJàjJ ijof sonl de trop. Us ' Pour ^•»<-o, lisez (j^o, avec les manese trouvent ni dans les manuscrits C et nuscrits C et D, et l'édition de Boulac. D, ni dans l'édition de Boulac.
Prolégomènes. 4 Le bureau (divan) de la correspondance et du secrétariat.
Cette administration n'est pas absolument nécessaire dans un gouvernement royal, plusieurs empires ayant pu s'en passer tout à fait. Telles furent les dynasties sous lesquelles les habitudes de la vie nomade se maintinrent longtemps, sans que la vie sédentaire les eût corrigées par l'influence de la civilisation (qui lui est propre), et sans que la culture des arts eût pris racine dans le pays. Sous l'empire musulman (l'emploi de) la langue arabe (dans l'administration) et la nécessité (où se trouvaient les chefs) d'exprimer leurs ordres avec netteté et précision rendirent indispensable une institution de ce genre, puisque en général on indique mieux par écrit que de vive 22. voix ce qu'on a besoin de faire connaître. Dans les premiers temps, chaque émir prenait pour secrétaire un de ses parents qui tenait un haut rang dans la tribu. C'est ce que firent les (premiers) khalifes, ainsi que les chefs qui, en Syrie' et en Irâc, commandèrent les (armées composées de) Compagnons (du Prophète). (On choisissait le secrétaire parmi les siens) parcp qu'on pouvait compter sur sa fidélité et sa discrétion; mais, lorsque la langue se fut altérée et (que l'acquisition d'un style correct) fut devenue un art, on prit pour secrétaire quiconque savait bien rédiger.
Sous les Abbacides, cet emploi était très-honorable; le secrétaire expédiait les décrets du souverain sans être contrôlé par personne, et il apposait sa signature au bas de ces pièces, ainsi que le cachet du sultan. Ce cachet était un sceau sur lequel on avait gravé le nom du souverain ou son titre distinctif; le secrétaire l'humectait d'abord avec de l'argile rouge appelée terre à cacheter, qu'il avait délayée ' dans de l'eau; ayant ensuite plié et fermé la dépêche, il la cachetait sur le ph où les deux bords se réunissaient.
Plus tard, les pièces officielles se rédigeaient au nom du sultan, et le secrétaire inscrivait en tête, ou bien^ à la fin, selon sa volonté, ' Pour ciftM, lisez tjfiv». — ^ Pour \j^\j, lisez t/^' jf les mots qu'il avait adoptés pour en former son parafe. Ce fonctionnaire tenait d'abord un haut rang dans l'Etat; mais il finit par être placé sous le contrôle d'un des hauts dignitaires de l'empire ou sous les ordres d'un vizir. Dès lors le parafe du secrétaire perdit sa valeur, et un autre, qui s'apposait à côté, indiquait que cet employé agissait sous la direction d'un chef. Il écrivait néanmoins son parafe habituel; mais c'était le parafe du chef qui validait la pièce. Il en fut de même dans les derniers temps de l'empire hafside, quand la place de hadjeb eut acquis toute son importance, et que ce fonctionnaire exerça l'autorité administrative, autorité qu'il tint d'abord par délégation, et ensuite par usurpation. Sous cette dynastie, le parafe du secrétaire n'avait aucune valeur, bien qu'il s'apposât sur toutes les pièces officielles, selon l'ancien usage. Pour être vali.de, il devait être accompagné d'une formule d'approbation adoptée par le hadjeb et inscrite par lui sur le document. Aussi le secrétaire dut toujours prendre les ordres du hadjeb avant d'apposer le parafe qu'il avait lui- P. jS. même l'habitude d'employer. Toutes les fois que le sultan se trouvait hors de tutelle et en possession de l'autorité suprême, il mettait sur les pièces officielles son propre parafe, et ordonnait au secrétaire d'y apposer le sien.
Parmi les emplois du secrétariat on distingue celui de la iaoukiâ. Voici ce que c'est: chaque fois que le sultan tient une séance publique afin d'écouter les réclamations et rendre justice aux plaignants, un secrétaire reste assis devant lui pour inscrire, dans un style concis et clair, sur chaque placet qu'on présente au souverain, la décision prononcée par celui-ci. La pièce munie de la iaoukiâ est expédiée (dans la forme ordinaire), ou bien le secrétaire transcrit une copie de la décision sur le double du placet que le pétitionnaire doit toujours avoir entre les mains. Pour bien rédiger ces décisions, il faut que le secrétaire ait le talent d'exprimer ses idées d'une manière élégante et précise. Djâfer Ibn Yahya (leBarmekide) remplissait ces fonctions auprès d'Er-Rechîd; il inscrivait les décisions sur les placets et les passait à ceux qui les avaient présentés. Les Iaoukiâ écrites par lui 4.
étaient très-recherchées parles amateurs du beau style, parce qu'elles oflraieut des exemples de toutes les manières d'exprimer une pensée avec précision. On rapporte même que ces taoukiâ se vendaient chacune au prix d'une pièce d'or. Voilà ce qui se pratiquait dans les empires d'autrefois.
Pour remplir une place de cette importance il fallait nécessairement une personne appartenant à une des classes élevées de la société, un homme grave et honorable, doué d'un grand savoir et du talent de bien exprimer ses idées. En effet, un secrétaire est tenu de se montrer versé dans les principes de toutes les sciences, vu que ce sont des matières dont il est souvent question dans les réunions qui ont lieu chez le sultan et aux audiences qu'il tient pour l'administration de la justice. Le secrétaire, étant obligé par son emploi de fréquenter la société du prince, doit aussi se distinguer par un grand savoir-vivre et par des manières agréables. Ajoutons que, pour rédiger des lettres et exposer en bon ordre les choses qu'on e.st chargé de communiquer par écrit, on doit connaître parfaitement tous les secrets du beau langage.
Dans quelques empires, la charge de secrétaire se confiait à un P. 2/1. homme d'épée. Cela tenait à la nature même de ces empires; la simplicité de la vie nomade y prédominait encore et éloignait (les esprits) de la culture des sciences. Le sultan réservait aux membres de son entourage tous les emplois, toutes les charges, tant d'épée que de finance et de plume. Mais on peut fort bien remphr un emploi d'épée sans avoir reçu de féducation, tandis qu'on est obligé d'étudier si l'on veut se faire attacher à l'administration des finances ou au secrétariat. Dans l'une, la connaissance de l'art de calculer est indispensable, et, dans l'autre, celle des secrets du beau style. Ces gouvernements furent par conséquent obligés de confier les emplois financiers et les places du secrétariat à des individus appartenant à la classe de la population qui avait fait des études; mais on plaçait ces employés sous le contrôle de chefs attachés à la maison du sultan, de sorte qu'ils ne pouvaient rien faire sans leur autorisation. Il en est encore ainsi dans l'empire fondé en Orient par les Turcs (Maniloiiks): le saheb el-inchâ (rédacteur en chef) est à la tête du secrétariat; mais il est placé sous les ordres d'un émir appartenant à l'entourage du prince et nommé le devi(/ar (porte-écritoire). Cet officier jouit de toute la confiance du souverain, qui se repose sur lui de presque tous les soins de l'administration. Quant au sakeb el-inchd, le sultan s'en rapporte à lui pour tout ce qui concerne la rédaction (des pièces officielles) en style élégant et correct.
Les qualités qu'un souverain exige dans un secrétaire, quand il est obligé d'en choisir un en dehors de la classe dominante, sont très-nombreuses. Le kaleb Abd el-Hamîd ' en a donné un très-bon sommaire dans une épître qu'il adressa aux écrivains (secrétaires) et que nous reproduisons ici: <^ Après avoir ofTert nos louanges à Dieu, nous le prions de vous avoir en sa sainte garde, vous, membres de la profession de l'écriture! Puisse-t-il vous entourer de sa grâce et vous diriger vers le bien! Dieu, que son nom soit glorifié et exalté! a placé le reste des hommes au-dessous de ses prophètes et de ses apôtres, et, bien qu'ils soient tous égaux devant lui, il les a rangés par classes au-dessous des rois, que l'on doit honorer. Il les a dirigés P. 25.
vers la pratique des divers arts, vers les moyens qui servent à leur assurer la subsistance et l'entretien. Quant à vous, écrivains, il vous a établis dans la plus noble des positions: vous êtes littérateurs, gens d'honneur, remplis de savoir et d'instruction; c'est vous qui faites l'ornement du klialifat; c'est par vous et par votre prudence que se maintient la prospérité de l'empire. Dieu veuille que, par votre dévouement, l'administration du prince soit toujours avantageuse au peuple et que le pays soit toujours couvert de moissons et rempli d'habitants! Le gouvernement ne saurait se passer de votre concours, car c'est chez vous seuls qu'il trouve des personnes capables de lui rendre de véritables services; aussi vous êtes, à l'égard du souverain, les oreilles avec lesquelles il entend, les yeux avec lesquels