SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

French

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dans la carrière de la poésie. Bien au contraire, les peuples qui ont un idiome particulier, les Arabes barbarisanls \ par exemple, et les habitants des villes, composent encore des vers, en y faisant de leur mieux, et construisent l'édifice de leurs poëmes conformément au wénie du dialecte dont ils se servent. La race arabe qui nous est conlemporaine, et dont le langage s'est beaucoup écarlé de celui des Modérites, leurs prédécesseurs, parsuite de son mélange avec des éléments étrangers, ces Arabes composent encore aujourd'hui des vers sur tous les sujets que leurs prédécesseurs, les Arabes arabisés, avaient traités. Ils produisent des morceaux très-étendus, dans lesquels on reconnaît la marche et les pensées de l'ancienne poésie: on y retrouve la mention de la bien-aimée, l'éloge, l'élégie et la satire. On y voit aussi qu'ils savent ménager les transitions afin de passer d'un sujet à un autre, et qu'il leur arrive quelquefois d'entrer tout d'abord dans la matière dont ils veulent parler. Chacun de ces poëmes commence ordinairement par indiquer le nom de celui qui l'avait composé; l'auteur passe ensuite à l'éloge de sa maîtresse. Les Arabes du Maghreb donnent auxcacidas (ou poëmes) de ce genre le nom d'asmaïennes, en souvenir d'El-Asmaï, le grand rapporteur des anciennes poésies arabes.

Les Arabes de l'Orient les désignent par le terme bédawiya (bédouins), [ ou hauraniya ou caïsiya ] '^. On les chante quelquefois, après y avoir adapté des airs très-simples, mais nullement conformes à la théo- ' L'auleur, en suivanl une théorie préconçue, partage le peuple arabe en quatre grandes races. La première, qu'il désigne par le nom d'Arabes arabisants (c'est-n-dire les Arabes de race pure), se composait d'Amalékiles, d'Adites, de Tamoudites et d'autres (ribus descendues d'Arem et de Lud.fils de Cham. Celle race s'éteignit à une époque très-reculée. La seconde race, appelée Arabes arabisés, descendait de Himyer, fils de Saba. La troisième se composait des Arabes successeurs des Arabes, c'est-à-dire des descendants de Codaa, de Cahlan et d'Ismaïl. Ce furent eux qui fondèrent l'empire musulman. Les Arabes de la quatrième race, ayant laissé leur langue s'altérer par la suppression dune grande partie des inilexions grammaticales et par l'introduction d'éléments étrangers ou barbarismes, sont désignés dans cet ouvrage par le nom d'Arabes barbarisanls. Ce sont eux qui, de nos jours, habitent l'Arabie, la Syrie, l'Egypte et l'Afrique septentrionale.

' Le passage rais entre crochets ne se trouve que dans le manuscrit A et la trarie de l'art musical. Ils désignent les poèmes qui se chantent par le terme kaaraniens, mot dérivé de Hauran, qui est le nom d'une province située sur les frontières de l'Irac et de la Syrie, et dans laquelle les Arabes nomades ont continué à camper et à stationner jusqu'à ce jour. Il y a encore chez ces Arabes un genre de poëme qui est li-èsusilé et qui se coiupose de stances renfermant chacune quatre vers ^ dont le dernier diffère par la rime ^ des trois autres. La même rime se reproduit à la lin de chaque quatrième vers de la cacida (poëme). Ce genre de poëme ressemble aux morabbâ et aux mokhammès ^ dont on doit l'invention à des poëtes musulmans qui vécurent à une époque assez moderne. Dans les pièces dont nous parlons, les Arabes exprimaient leurs idées avec une netteté parfaite, et ont possédé depuis* des (poëtes) d'un grand talent.

Les savants des derniers siècles et la plupart de ceux qui, de nos jours, cultivent les sciences, et surtout celles qui se rattachent à la langue, méprisent le genre de poésie que ces Arabes ont adopté, et, quand on leur récite de ces pièces, ils les écoutent avec un dédain profond''. Ils s'imaginent qu'elles offensent le bon goût, parce qu'elles p. 36î.

duclion turque. Le mol haaraniyu signifie haiiranien (composé par les ArAbes de la province de Hauran en Syrie); par lu terme caisiyu, on désignait les poèmes composés par les Arabes de la tribu de Caïs, et ceux-ci se lenaienl ordinairement dans le tiauraii.

' Littéral. « formant quatre brandies. » ' Dans les morabbâ, ou quatrains, on ajoutait à chaque bémisliclie d'un ancien poëme trois hémistiches nouveaux, afin d'en développer la pensée ou de la modifier. Lo mokhammès, ou quintain, ressemblait au morabbâ, mais se couiposaitdecinq hémistiches.

* Les manuscrits portent (j.wiuilj avec la conjonction.

' J'avoue que je partage l'opinion de.s savants musulmans au sujet de ces poèmes. On verra, par les échantillons que l'auteur va nous en donner et dont il a ramassé une grande partie chezles Arabes bédouins de l'Afrique septentrionale, que le style est Irès-incorrect et souvent très-obscur, que les règles de la grammaire et de la prosodie n'y sont pas respectées, et que le langage dans lequel ils sont écrits diffère beaucoup de l'ancien arabe et même de l'arabe vulgaire, tel qu'on le parle de nos jours. Les morceaux africains appartiennent au dialecte d'une tribu qui avait longtemps habité la province de Bahreîn en Arabie, et qui s'était toujours fait remarquer par la rudesse de ses mœurs et l'incorrection de son langage. Ces pièces sont dans une langue abâtardie et que les désinences grammaticales ne s'y emploient pas. Mais ce sentiment n'est provenu chez eux que de l'impuissance où ils se trouvaient d'apprécier le mérite de cette langue; s'ils avaient possédé la môme faculté de la comprendre qui existe chez les (Arabes bédouins), ils auraient trouvé dans leur propre goût et dans la disposition naturelle de leur esprit, — si toutefois ils avaient eu le goût sain et le jugement droit, — ils y auraient trouvé un fort témoignage en faveur de la capacité que cette langue possède pour exprimer des idées. Quant aux inflexions désinentielles, elles n'ont rien à faire avec l'expression exacte des idées, avec cet art de réalisation qui' consiste dans la correspondance de la parole avec la pensée '^ et avec les nuances qu'il faut exprimer'. Peu importe que le refâ'^ indique l'agent (ou le sujet) et que le nasb'^ désigne le patient (ou l'objet), ou vice versa; les circonstances accessoires oflTertcs par le discours suffisent pour lever toute incertitude à cet égard; le langage parlé maintenant nous en offre la preuve. D'ailleurs, les indications de ce genre sont purement conventionnelles et dépendent des usages adoptés par chaque peuple dans l'emploi de sa langue. Or, lorsqu'on a pu distinguer ce qui est de convention dans l'exercice d'une faculté, qu'on a vu clairement que les indications (offertes par cette faculté) sont exactes, et qu'on a reconnu que ces indications répondent aux intentions de celui qui parle et aux exigences du cas, alors (on peut le dire) la réalisation (de l'idée par la parole) s'est effectuée bien que les règles établies par les grammairiens ne soient pas observées. Quant n'essaye pas de rendre les mots 3^yl fj-» A-^9. Je crois, cependant, qu'ils signifient; ont cependant une certaine importance, puisqu'elles montrent qu'au v' siècle de l'hégire les formes de l'arabe vulgaire étaient déjà usitées chez les Arabes nomades: nous y trouvons elli mis pour elleJi, elleli, elledîn, etc. ândou pour andahoa, liya pour li, mecherla pour meclireta, etc.

' Pour Lfcjlj, lisez Uj|.

« correspondance qui provient des qualités qui existent dans celte langue. « ' Le refâ est la voyelle finale qui marque le cas nominatif dans les noms et l'aoriste du mode indicatif dans les verbes.

' he nasb désigne le cas accusatif des noms et le mode subjonctif de l'aoriste des verbes.

aux tournures reçues dans la poésie et aux divers genres de poèmes, tout cela se retrouve dans les productions de ces Arabes: rien n'y manque, excepté les voyelles qui marquent les cas et qui devraient se trouver à la fin des mots. En effet, la plupart des mots se terminent par une pause '; mais les indications fournies par les accessoires de la phrase suffisent, chez ces Arabes, pour faire distinguer l'agent du patient et le sujet de l'attribut, sans qu'on ait besoin de recourir à l'emploi de voyelles désinentielles.

Voici un de leurs poëmes: il est censé avoir été prononcé par le cherîf Ibn Hachem, et exprime la douleur que le cherîf éprouve en se voyant séparé d'El-Djazia, fille de Serhan^.

' C'est-à-dire: la consonne finale du mol ne prend pas de ces voyelles qui servent à indiqiierdes rapports grammaticaux.

'" On sait qu'au milieu du v" siècle de l'hégire El-Mostancer, le khalife fatémide qui régnait au Caire, envoya plusieurs tribus arabes contre EI-Moezz Ibn Badîs, son lieutenant en Ifrikiya, lequel s'était mis en révolte contre lui. Ces Arabes comptaient alors parmi leurs chefs Hacen Ibn Serhan, Bedr Ibn Serhan, Fadl Ibn Nahed, Madi Ibn Mocreb, Dîab Ibn Ghanem, Tholeïdjen Ibn Abès, Zeid el-Addjadj Ibn Fadel, etc. Les poëmes que notre auteur va donner font mention de quelques-uns de ces chefs. Pour les délails de cette invasion, voyez VHisioire des Berbers, t. I, p. 28 et suiv. Voici ce que notre auteur y dit (p. 4i) au sujet du cherîf Ibn Hachem et de ces poëmes: « On conserve chez les Arabes hilaliens des récits fort curieux relativement à leur entrée en Ifrîkiya. Ainsi ils prétendent que le cherîf Ibn Hachem, prince du Hidjaz, et appelé, selon eux, Chokr Ibn Abi '1-Fotouh, contracta une alliance avec leur chef, Hacen Ibn Serhan, dont il épousa la sœur, El-Djazia, et que de ce mariage naquit un &ls appelé Mohammed. » « Des querelles et des dissensions s' étant ensuite élevées entre le cherîf et les membres de la tribu, ceux-ci prirent la résolution de passer en Afrique; mais, d'abord, ils usèrent derusealinde pouvoir emmener la femme du cherîf D'après leurs conseils, elle demanda à son mari la permission d'aller visiter ses parents. Il y donna son consentement et l'accompagna jusqu'au lieu où la tribu était campée. On partit alors, emmenant le cherîf et son épouse, avec l'intention apparente de le conduire à un endroit où l'on se livrerait, le lendemain, au plaisir de la chasse, et de revenir au lieu du campement aussitôt que les tentes y seraient dressées de nouveau. Tant qu'ils se trouvaient sur le territoire du cherîf, ils lui cachaient leur véritable projet; mais, lorsqu'ils eurent atteint les terres situées hors de la juridiction de ce chef, ils le renvoyèrent à la Mecque, le cœur rempli de douleur en se vovant enlever la personne qu'il aimait tant. Sa femme continua à ressentir pour lui un amour égal à celui qui le tourmentait, et Le poêle y parle du dépai't de cette femme pour le Maghreb avec sa famille: 'Le chérif Bou'l-Hîdja Ben Hachein ' a dit au sujet de son cœur qui, CQvalii P. 363. (par la douleur), se plaignait de son inforlune; il s'empresse de faire savoir par où son esprit est passé en poursuivant un jeune Bédouin qui a tourmenté elle mourut enfin, victime de sa passion. Encore aujourd'hui.dans la tribu de Hilal, on raconte an sujet de ces deux amants des histoires à faire oublier celles de Caïs et de Kotheiyer. On rapporte aussi nn grand nombre de vers attribués au cberîf et à sa femme. Bien que ces morceaux ne manquent pas de régularilé et de cadence, ainsi que de tournures, soit naturelles, soit artistiques, on y remarque des interpolations, des altérations et des passages controuvés. Les règles de la syntaxe désinentielle y sont tout à fait négligées; mais nous avons dit dans nos Prolégomènes que l'absence des inflexions granimalicales n'influe nullement sur la juste expression de la pensée. 11 est vrai que les gens instruits, habitants des villes, n'aiment pas à entendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales y manquent; un tel défaut, selon leur idée, est radicalement subversif de la précision et de la clarté; mais je ne suis pas de leur avis. Ces poèmes, avons-nous dit, renferment des interpolations nombreuses, et, dans l'absence de preuves qui pourraient montrer qu'ils nous ont été transmis fidèlement, on ne doit y mettre aucune confiance. 11 en serait bien autrement si nous avions la certitude de leur authenticité et l'assurance que la tradition orale les eût conservés dans leur intégrité primitive: alors on y trouverait des passages propres à confirmer l'histoire des guerres de celte tribu avec les Zenala, a déterminer les noms de ses chefs et à établir bien des circonstances qui la regardent. Quant à nous, 11 nous e.st impossible d'admettre que le texte de ces poèmes se soit conservé intact: nous pensons même que tout esprit cultivé y reconnaîtra facilement des passages interpolés. Quoi qu'il en soit, les membres de la tribu de Hilal s'accordent, depuis plusieurs générations, à regarder comme vraie l'histoire du cherîf et d'El-Djay.ia; et quiconque serait assez hardi pour en contester l'authenticité, ou même exprimer des doutes, s'exposerait à être traité de fou et d'ignorant, tant cette tradition est générale chez eux. » ' Ce morceau est d'un style très-barbare; aussi les copistes ne le comprenaient-ils pas, et ils ont, en le transcrivant, altéré le texte presque partout. L'édition de Paris nous fournit un grand nombre de variantes, bien qu'elle ne reproduise pas toutes celles qui se trouvent dans les manuscrits C et D. La traduction turque offre un texte qui ne s'accorde pas toujours avec celui de l'édition de Paris, et donne aussi en marge une série de nouvelles variantes. Le texte de l'édition de Boulac a été retouché par un copiste qui, évidemment, n'entendait rien aux vers qu'il avait sous les yeux. Malgré l'extrême difficulté de ce morceau, dont presque chaque mot est douteux, je crois en avoir saisi le sens dans la plupart des cas. J'en donne ici la transcription en caractères romains afin de faire sentir la valeur et la position des (son cœur) d^jh liop affligé '. (Il annonce) combien son ùme s'est plaiule (du malhejur) «lui la frappa dans ia matinée des adieux; puisse Dieu faire périr celui qui en connaissait le secret! Elle sent comme si un bourreau la blessait jusque dans l'intérieur, avec un couteau^ indien, fait d'acier pur. Elle est devenue comme une brebis entre les mains d'un laveur dont ia violence, pendant qu'il serre les lanières qui rallacheiit, cause (des douleurs) semblables k celles que font les épines de l'acacia; des entraves doubles lui serrent les jandjes ainsi que la tête, placée entre elles, et, pendant qu'il la frotte, il la retient par le bout du licou'. Mes larmes se mirent à couler en abondance comme si un (homme Nfttiat [o-^-t i] minni Baglidad liaUa feltîrlia. Ou nada *l-monadi bi *r-rahîl oua cticddedon Oua ârrcdj àrilia ûta mstâîrlia. 5eddan leba 'I-an ya Diab ben GhaDcm!

Ala vcddin Modî beu Mogrcb sîrha. Oua gai lehom Uacen ben Scrban: Gharribou Ousogou 'n-nedjwâ en kan ana boua ghafirha. Ou irkos oua îndcti [ 1! (>^ } binba [bî]-l-Tbaïdj Oua bi-lebinin [(JVi-^ W] '" iohdjezou [!.•.y] [fi maghîrba Gfaaderni Zian es-semîli ben Abès, Oua ma kan yerda zîn Hemir oua mirba. Gbaderui oub zâma scdiltl ou sabbi, Ou ana liya ma m' dergeti ma nedirba.^ Ou rdjâ igout Icbom Celai ben Hachcm: Nedjîr el-bla oua [* v)U.J I] '1-âtcba ma nedjîrlia! Haram âliya bab Bagbdad oua ardba, Dalthcl oua la àoued, rekbi [^.^vS)] uerErha. Teseddef roulii an belad Bea Hacbem Ala 's-chîms aou nzcl cl-gada min bedjîrba! Oua batet nîran el-adbari couadcb, ' Littéral. « qui lord, ou comprime, ce qui en avait été comprimé. » ' Le mot michrcta ( îLhy^), ou, selon la prononcialioQ vulgaire, mechertaoxi emcherta, signifie «un bistouri;» le ouaou linal du moljXi3y4i.rf; représente le pronom afTixc de la troisième personne ma.sculine.

■' Le texte des deux derniers vers n'est pas bien certain; aussi la traduction eslcllc très-liasardée.

voyelles qui ne sont pas exprimées dans le texte, et j'y ai intercalé les variantes que j'ai cru devoir adopler. Bien que celle pièce ne se laisse pas scander d'après les règles ordinaires, on verra que chaque vers se compose de trois pieds de quatre syllabes; dans les deux premiers pieds, toutes les syllabes sont ordinairement longues; dans le dernier pied, l'antépénullième syllabe est brève, et la première syllabe est quelquefois supprimée. Au reste, je crois que la pièce n'est pas authentique: Gai Bou'I-Hidja [UolJI jjt JU] 'i<berif ben [ Hachcm àl Elti tcra kebdo cbckat miu zefîrba; Ifezz bl-eilam ain marrât [cijy*] khalro [o ^L^ J Irid gtiolam cl-bedo ilwi asîrba, Ou m* da cliekat er-rouli memma tcra leha Gtiadal oudaya [ ^ I i. ], tcllef Allah khebirha! Tehe:,s an gattaân, madi dhemîrha, Bi mchertelo hindawi [aI^Nà*] sati dekîrha; Ou adet kema khowara li yeddi ghacèl, Ala methcl chouk ct-Talh ânfo licirha. Yedjabedouha 'tsnîn ou et frà binhom , [ djerîrha.

Ou djal dcmouài darefat [cJ'^)l^], kéanha Mozoun tedji mterakeba min scbîrba. Tesobb min el-guîâni min djanb es-Sefa Aïounaoua lemban [^L^Jl el-berk fi gha/irba. Uad el-gbena mctta tesabU âtoua [8^^].

ProléRomtnes. — m.

les faisait monter en tournant de ses mains une roue hydraulique. Le répil donné (à mes veux) répare promptement leur épuisement, et l'humidité qui s'y amasse 1'. 364. forme des nuages épais qui augmentent (le torrent de larmes). (D'autres torrents) descendent, en coulant de source, à travers la plaine qui touche au flanc d'Es-Sefa \ et, au milieu de cette abondance d'eau, (se voit) la lueur des éclairs. Ce chant sera (pour toi) une consolation, quand tu seras épris d'amour. Baghdad -, jusqu'aux pauvres, gémit sur mon sort. Le crieur annonça le départ, on lia (les bagages), et le (chameau) disponible se tenait auprès de celui qui l'avait emprunté'. Empêche-les de partir maintenant, ô Dîab Ibn Ghanem! c'est entre les mains du Madi Ibn Mocreb (qu'on a remis la direction de) la marche. Hacen Ibn Serhan leur dit: Allez vers le couchant, poussez devant vous les troupeaux; c'est moi qui les protège. Et il piqua en avant, parmi les (animaux), criant aux moutons et aux taureaux, (mais) sans les écarter des champs verdoyants*. Zian le généreux, fils d'Abès ^, m'a laissé; l'éclat et les riches appro- P. 365. visionnements de Himyer*' ne lui suffisaient pas. Il m'a laissé, lui qui se disait mon ami et mon compagnon; et je n'ai plus maintenant de bouclier que je puisse opposer (à mes ennemis). Belal Ibn Hachem revint en leur disant: Nous pouvons vivre dans le voisinage de la misère; mais, dans un pays de soif, nous ne le pouvons pas; la porte de Baghdad et son territoire nous sont défendus; je n'y entrerai pas, je n'y retournerai pas, et ma monture.s'en éloignera. Mon àmc renonce au pays d'Ibn Hachem, à cause (de l'ardeur) du soleil; (si j'y restais) la chalear du midi ferait descendre (sur moi) la mort. Pendant la nuit, les feux allumés par les jeunes fdles (de la tribu) jetaient des étincelles, et celui qui était le captif de leurs (charmes) excitait son chameau sur la route de Loud à Khordjan ''.

Le poëme qui suit fut composé par (un autre de) ces Arabes sur ' Es-Sel'e est 1r nom d'un endroit de la montagne appelée Abou Cobaîs et située près de la Mecque.

' On sait que les Arabes avaient beaucoup de noms pour désigner la ville de la Mecque. Ces vers montrent, il me semble, que Baghdad était un de ces noms.

^ Peut-être devons-nous lire l^vJvc à la place de Lgj^lc, e( traduire ainsi: • Et les prêteurs dans la tribu importunaient les emprunteurs. » * Ces derniers vers ont été traduits par conjecture.

° Ce personnage se nommait aussi Tholeïdjen et appartenait à la Irlbnde Hirayer. (Voy. YHisl. des Berhcrs, vol. I, p. 38 de ma traduction.)

° Dans l'usage vulgaire, le mot v-^y?" [Himycr] se prononce Ilenitr.

' Kliordjan est le nom d'un défdé près de Médine. La position de Loud est inconnue au traducteur.

la mort d'Abou Soda el-Ifreni, émir zenatien ', qui leur avait opposé une vive résistance- en Ifrîkiya et dans le Zab-'. Celte pièce élégiaque est conçue dans un ton purement ironique ': Soda ail beau visage^ partira le malin avec la caravane en se lamentant et dira: O toi qui demandes où est le tombeau de Khalifa le Zenatien", en voici P- 366. l'indication; ne sois pas lent à la saisir'. Je le vois en amont de la rivière Zan', et au-dessus de lui s'élève un couvent eïraouien ' d'une construction élevée. Je le vois là où le bas-fonds s'éloigne'" de la route qui conduit aux collines de sable; la rivière est à sa droite et le bois de roseaux en indique (l'emplacement). Oh! que mon cœur soufTre à cause de Khalîfa le Zenatien^', rejeton de la postérité des hommes généreux! 11 est mort sous les coups du héros des batailles, Diab Ibn Ghanem, et de ses blessures coule le sang ainsi que l'feau) sort de la bouche d'une outre. 0 toi (qui es devenue) notre voisine, sache que Khalîfa le Zenatien Lisez crits.

C^) La-«, avec tous les manus- ^ La province du Zab.se composait du Hodna, pays dont la ville principale est maintenant Bon Saada, et du Zîban (pi. de Zab), pays dont la capitale est Biskera.

' Ce poënie est du mètre taouil, mais on y remarque plnsieurs irrégularités. Le premier pied se compose quelquefois de deux syllabes longues. Les voyelles linales ne s'y emploient pas toujours, et le dernier pied do chaque second hémistiche est mokeiyed.

'' Variante ^^si iiUwS Jyi-i', c'est-à-dire • les jeunes filles de la tribu disent.» Le mot L^.^U>j se trouve dans tous les manuscrits, mais la signification m'est inconnue.

' « Lors de l'invasion des Arabes hilaliens, dit notre auteur dans son Histoire des Berbers (t. III, p. 271), Tlemcen obéissait à un souverain zenatien, appartenant à la famille des Béni Yala et nommé Bakhii. 11 eut pour vizir et général un Ifrénide appelé Abou Soda Khalîfa. (Dans la traduction, le mot Ibn est à supprimer. ) Cet officier.sortait assez souvent pour combattre les Athbedj et les Zoghba (branches de la tribu de Hilal),et, en ces occasions, il rassemblait sous son drapeau toutes les tribus zcnatiennes du Maghreb central qui reconnaissaient l'autorité des Béni Yala. Dans un de ces conflits, lequel eut lieu postérieurement à l'an /i5o (iof)8de J.C.), Abou Soda perdit la vie. » ' Littéral.'» et ne sois pas bête. ■ L'adjectif Ji;vA* appartient à la langue vulgaire, mais on le remplace ordinairement par Jy<^, mot dérivé de la même racine et signifiant » fou, sot. » ' Les manuscrits portent (jL [ran), mais on ne connaît en Algérie aucune vallée ou rivière de ce nom. Il y en a, au contraire, plusieurs qui portent le nom de zan, mot qui désigne une espèce de chêne.

" Ce vers, s'il est authentique, montre que l'ordre des derviches Eïçaoua est trèsancien en Algérie.

" Je lis jl6J.

" Je lis 3"y*' • avec le traducteur turc. La leçon 0 lo-^^est bonne.

Sa.

est mort. Ne pars pas à moins que tu ne veuilles partir; hier, nous vous avons embrassée ' trente fois; seize fois par jour est bien peu.

Voici une des pièces dans lesquelles ils racontent comment ils partirent pour le Maghreb et enlevèrent ce pays aux Zenata-: p. 367. Quel excellent ami j'ai perdu en Ibn Hachcm! Mais combien d'hommes avant moi ont perdu leurs meilleurs amis! Entre lui et moi la fierté (fit naître une discussion), et il me confondit par des raisonnements dont la justesse ne m'échappa pas. Je demeurai (interdit) comme si j'avais bu d'un vin pur et généreux, vin qui laisse sans force celui qu'il a renversé'. (J'étais) comme une femme à cheveux gris qui, le cœur paralysé*, se meurt dans un pays étranger, repoussée de sa tribu ^; réduite à la misère'' par un temps de malheur, elle se trouve au milieu d'Arabes grossiers qui ne font aucune attention à leur hôte. Voilà'' comment j'étais par suite de mon déshonneur**; je me plaignais de (la douleur qu'éprouvait) mon cœur, et je disais hautement ce qui l'avait rendu malade '. Alors je donnai à mes gens l'ordre du départ, et ceux qui avaient chargé les chameaux renforcèrent les liens de nos bagages i**. Pendant sept jours nos troupeaux restèrent privés (d'eau), et (nos) Bédouins ne dressèrent pas leurs lentes ' Je lis jj^^-s^Ljjavecletraducteurturc, et tilui*^, avec tous les manuscrits. Ce dernier mot signifie « nous vous avons imposé un fardeau, » mais il est employé ici dans un sens obscène.

' Voy. VHist. des Berb. t. I, p. 37. La pièce qui suit est du mètre ^aouii; presque tous les mois prennent les voyellgs finales, comme dans la poésie régulière. Je dois faire observer que dans l'édition de Boulac, dan» la traduction turque et dan.i les manuscrits C et D, ce morceau est placé immédiatement après celui qui commence par les mots cjoLc \o^.

' Pour Ul ^^, lisez L» Lgs.

' La bonne leçon paraît être ijyyâj>.

' Je lis U...i>/«- ' Pour eUjJ, lisez iAiôS?

' L'auteur se sert ici d'une expression (|ui ne s'emploie ordinairement qu'en parlant des chevaux dont les sabots sont usés à force de marcher. Traduite à la lettre, elle signifie ici: « propter attrilionem (ungularum) quae me dedecoravit. 11 ' Je lis avec la traduction turque et l'édition de Boulac: LjjU i>aXj (^^=1.;; '" Je lis Ly,, avec l'édition de Boulac et la fraducliou turque. Pour L^À^, lisez L<_L..^. Le mot.ifi>i signifie « palefrenier, celuiqui sangle un cheval ou un chameau. » LiLsk désigne les tapis ouatés qui se placent entre la selle et le dos de l'animal. — En essayant de rétablir cl de traduire ces textes, appartenant à un langage tout à fait barbare, j'ai dû très-souvent me guider d'après de simples conjectures.

D'IBN KHALDOCN.

D'IBN KHALDOCN.

pour s'y reposer '. On passa le jour sur les cimes de collines dont les unes étaient I'. 368. en face des autres -.

Voici un morceau dans lequel on fait parler le cherîf pour raconter la dispute qui eut lieu entre lui et Madi Ibn Mocreb: Madi le despote commença en me disant: Ghokr'! nous ne sommes pas contents de toi*. Allons, Chokr! cesse tes reproches et retourne dans leNedjd*"; celui-là seul a vécu ([ui est demeuré dans son propre pays. Tu t'es éloigné de nous, 6 Choir! pour te rapprocher d'étrangers, et!u es devenu l'ami de ces Arabes qui s'habillent de [belles) étoffes. (Quant à nous) nous subissons ce que la providence nous a destiné, de même que l'amorce du briquet subit (l'influence de) la rosée''. Bien que les plantes épineuses prospèrent dans votre pays, (nous avons) ici des femmes arabes dont nous n'avons pas augmenté le nombre des enfants''.

Le poëmequi suit futconnposé parSoltan Ibn ModalTer Ibn Yahya*, membre de la tribu des Douaouida', branche de la tribu (arabe) des Rîali. Ce chef le prononça '" pendant qu'il était retenu dans la prison ' Pour (jij.ofi, lisez ^j^yj^^el remplacez Uu Jçj pa ' Je lis C53U-' > niol dérivé de la racine ijy. Je passe l'hémisliclie suivant, dontje ne puis pas rétablir le texte. Outre les variantes indiquées dans l'édition de Paris, on lit dans la traduction turque yM- JJjj L^_La_«ïJ (_j^LàAJt (ï j,et dans l'édition de Boulac Lj_Lc^ ijÀ.a^\ ^ïjS ydl jj-àJ- ' Les vrais noms du cherîf Ibn Hachem furent Chokr Ibn Abi 'l-Folouh.

'' Cet héniisliche offre un exemple de l'emploi de la lettre chvi pour corroborer la négalion, comme cela se fait dans la langue vulgaire; exemple: ma nehabboach "je ne le veux pas. » ° Ici le texte est incertain.

' Ce vers paraît signifier que le pays de Chokr produit en abondance les planter qui forment la meilleure nourriture des chameaux, mais qu'il n'est pas favorable à la santé des jeunes enfants. Cela est vrai du territoire de la Mecque. Dans l'édition de Paris, il faut lire,^^àlaplacede|j^J, qui est une faute d'impression. L'édition de Boul^ et la traduction turque donnent ce vers sous la forme suivante: i::>jl^^jl (jilwJa, c'est-à-dire « si la (ille de leur seigneur était dans leur pays » Le reste du vers m'est inexplicable.

' La notice de cette tribu se trouve dans le premier volume de l'Histoire des Berbers.

'" Les manuscrits C et D et l'édition de Boulac portent l^yij.

P. 369. d'El-Mehdiya, où le prince almohade, Abou Zekeriya Ibn Abi Hafs, souverain de rilnkyia, l'avait fait enfermer': (Le poêle) dit, quand l'apparition des ténèbres vient le soulager-: Que le sommeil soit défendu^ aux paupières de mes yeux! Qui viendra au secours d'un cœur qui est devenu le compagnon inséparable de la douleur et du chagrin? Qui soulagera une âme qui est folle d'amour et dont la maladie me tourmente depuis longtemps. (Je suis épris) d'une femme du Hidjaz, d'une Bédouine, d'une Arabe, qui montre de l'inimitié* pour un amant passionné^, et qu'il nepeut espérer de rencontrer. Elle aime avec passion la vie du désert et ne peut s'habituer aux villes; (aucun lieu ne lui plaît), excepté le pays des sables que l'on traverse si difficilement, et où les tentes reçoivent des pluies dont les averses continuent tout l'hiver. Voilà ce qui l'a séduite"; voilà ce qu'elle désire (revoir). Là, les terres humectées par la pluie fournissent aux puissantes chamelles qui s'y promènent librement un herbage convenable. (Ces prairies) charment les yeux'' quand elles ont reçu une suite d'averses provenant des nuages qui passent pen-P. 370. dant la nuit. Pourquoi ces nuages répandent-ils des larmes d'eau? Pourquoi ces sources abondantes où s'amasse* une eau toujours douce lancent-elles des éclairs"? (La campagne) est comme une fiancée habillée de vêtements éclatants, et les fleurs de la camomille ^^ lui servent de ceinture i'. (C'est) un désert, une plaine, un vaste espace, un lieu d'égarement, un pays où les autruches courent au milieu des troupeaux qu'on y fait paître. (Les femmes de la tribu) ont ' Ce poëme est du mètre taouîl, et doit 86 scander en tenant compte des voyelles qui maïquenl les inflexions grammaticales. Il y a cependant quelques mots qui ne prennent pas la voyelle finale et des pieds dont les formes sont plus ou moins irrégulières. Les règles de la syntaxe n'y sont pas toujours observées.

' Littéral, «et dans la manifestation des ténèbres (est) l'éloignement de ea faiblesse (■u*.). » ' Dans cette pièce, le nom est quelquefois mis à l'accusatif avec Ictenouîn, quand il devait être au nominatif. Ici, U'va. est mis pour f\y^.

Je lis ijjltxc, mol que je traduis par conjecture.

' Pour L^, lisez <h-J^, avec tous les manuscrits, el prononcez oulhan.

" Le mot L^ se présente deux fois dans ce vers, à la place de L^j. C'est une licence lout à fait vulgaire, dont les poëraes en bon arabe n'oflrenl aucun exemple.

' Littéral. « excitent du désir dans les yeux»^;)A*]| ^JJ^ ^^.

' Lisez L^-«l*:>..

' Je ils oi^^'. Les manuscrits oFfrent plusieurs autres variantes.

'° Les poêles arabes parlent des fleurs de la camomille là où ceux de l'Europe mentionneraient le lis ou la pâquerette blanche.

" Je hs L^ljr^- pour boisson le lait pur des chamelles enlevées à l'enncini, et pour nourriture la chair des daims. Pour les proléger, elles n'ont pas besoin de portes ni de combats dont la mêlée fait blanchir d'effroi les cheveux des guerriers. Que Dieu arrose de ses pluies ce vallon si bien boisé'! qu'il y fasse tomber averse sur averse, ot qu'il rende la vie aux ossements^ décharnés que ce sol (recouvre)! Pour récompenser ces lieux ( du bonheur qu'ils m'ont procuré), je leur offre mon amour. Oh! que je voudrais retrouver les jours que j'ai passés entre ces collines de sable, ainsi que les nuits où je portais sur les bras l'arc de la jeunesse et où aucune flèche ne manquait le but quand je me tenais debout (pour la lancer). Dans le temps de ma jeunesse, mon cheval était toujours prêt, la selle sur le dos; il s'élançait vivement en avant^ pendant que sa bride était dans ma main*. Combien de belles dont les charmes m'ont empêché de dormir, et qui, en souriant, mon- P. 371.

traient des dents bien rangées et d'un éclat dont je n'ai pas vu le pareil dans le monde. Combien de filles aux seins arrondis, à la taille flexible ^, aux paupières bordées de noir, aux bras ornés de tatouages! Dans ma passion pour elles, je frappai de ma main'' sur (mon cœur) abattu, et leurs champs humides n'ont pas oublié les pluies (de larmes) dont je les arrosai'. (lis n'ont pas oublié) le feu ardent que le bois de l'amour entretenait dans mon sein, et dont l'eau (de mes larmes) ne pouvait éteindre la flamme. O toi qui m'as fait la promesse (d'accueillir mon amour), jusqu'à quand'* ma vie doit-elle se passer dans une demeure (la prison) où l'obscurité fait de moi un aveugle? Cependant j'ai vu le soleil s'éclipser pour une courte période et tomber en défaillance; mais ensuite les nuages qui le couvraient se dissipaient". Puisse le bonheur approcher de nous, pennons et bannières déployés! puissent les drapeaux avancer en flottant au gré du vent, et soutenus par l'aide de Dieu! Ne vois-je pas s'élever devant mes yeux l'aspect de mes guerriers qui vont se mettre en route? (Je me vois avec eux) la lance sur l'épaule, et je marche à la tête de la colonne! (Ils sont là) dans la plaine'" de Ghîath el-Ferc, au-dessus de Chames, pays qui, de toutes les contrées que Dieu a créées, renferme les collines que j'aime le plus. P. 872. (Ils se dirigent) vers,1e lieu de halte, à El-Djâferiya, près du bord de la région ' L'édition de IJoulac et la traduction le dialecte vulgaire, le pronom possessif turque porteutyssil, leçon quej'ai adoptée. delà première personne.

*.le lis U..«U». " Cet hémistiche doit se lire ainsi: LjI ■' Je lis (^s.9 et iiL.-». vjvi^ jî 'à^ cSc-JI ij^\ ^.

* Lisez ijc^ et prononcez bîdl. ' J'adopte la leçon lyj.

^ Pour jLw^^.0, lisez ïLâ-.^.»- '" 11 faut lire '^y^, forme vulgaire de ' Pour ^^^, lisez ^■Ç. '*^>='; au reste, rhéniistiche doit se lire 4i« sablonneuse; (ils vont) stationner dans ce lieu qui avait pour moi tant de charmes. Nous y trouverons les nobles chefs deHiial Ibn Amer, et la salutation que m'offrira celte tribu éloignera' de moi le chagrin et la soif qui m'altère. Voilà que ces chefs dont la bravoure est devenue proverbiale, tant en Occident qu'en Orient, attaquent l'ennemi et le mettent proniptement en déroute. Salut à eux et à toutes les personnes qu'ils abritent sous leurs lentes^! Que ce salut dure tant que les colombes roucouleront dans (le bois de) Fîna'I Mais laissons cela! ne regrettons plus le passé; dans ce monde, rien ne dure pour personne'*.