M céphalalgie, ni vertiges, ni étourdissements. L'intelli- gence est conservée, la mémoire bonne. Le sommeil, chez elle, est moins court que chez la plupart des malades de son espèce. Il serait même bon si elle n'était souvent réveillée par des douleurs dans les talons: « çà me pique et on dirait de l'eau qui coule dans l'intérieur du talon. » Elle se plaint d'une sen- sation constante de chaleur et ne garde qu'un drap sur elle, même pendant l'hiver.
Nous avons indiqué l'état des forces mesurées au dynamo- mètre à la page 174 et celui de la température à la page 178, nous n'y reviendrons donc pas.
1 875. Juillet.— Lu faiblesse est allée en augmentant. L'attitude générale est la même; toutefois, la tète et le tronc s'inclinent de plus en plus en avant et, en outre, il s'est produit une sorte d'inclinaison latérale qui fait que la moitié droite du corps précède, dans la marche, la moitié gauche.
392 APPENDICE.
392 APPENDICE.
Maintenant les lèvres sont presque toujours accolées l'une à l'autre, la supérieure est ramassée, plissée; quelquefois, au dire de la malade, elles seraient roides toutes les deux. Les arcades dentaires ne sont pas pressées l'une contre l'autre. Il semblerait que la malade rapproche les lèvres pour diminuer le tremblement du menton; malgré cette précaution, les lèvres sont animées de petits mouvements qui rappellent, selon la comparaison de la malade, les mouvements des lèvres du lapin. Même dans la bouche, la langue tremble; allongée, elle tremble davantage.
Le tremblement de la tête se compose de secousses antéro- postérieures, quelquefois latérales, d'une amplitude très-cir- conscrite. Ainsi que cela a été dit dans le cours de la Leçon, ces oscillations sont communiquées à la tête par le tronc. Quand la malade est assise, les jambes tremblent, les pieds frappent de petits coups rapides sur le parquet. En résumé, le trem- blement a fait des progrès à la tête et aux membres infé- rieurs, mais n'a guère changé aux membres supérieurs. No- tons aussi que le besoin de déplacement, qui était peu accusé en 1874 et ne se faisait sentir que durant le jour, est plus marqué aujourd'hui et tourmente la malade non-seulement pendant la journée, mais encore pendant le séjour au lit. — Le sommeil est moins long qu'autrefois. — La malade se promène encore dans la salle et dans la cour de l'infir- merie.
1 877. Juillet. — La maladie s'est notablement aggravée de- puis deux ans. — 1? attitude générale de Gav...s'est modi- iiée en ce sens que l'inclinaison de la tête sur l'épaule gauche s'est accusée davantage ainsi que la torsion et Yinclinaison du corps à droite. Les traits de la face sont comme figés; les pau- pières sont à demi-ouvertes, le regard fixe. Les lèvres, actuel- lement, sont écartées d'un demi centimètre, tremblantes, et laissent voir la langue qui est sans cesse en mouvement. Le cou est très-rigide; les muscles trapèze, sterno-mastoïdien gau- ches sont fortement contractures. Toutefois la malade peut tourner la face vers la droite.
Les bras y toujours disposés en anse, sont rigides dans toutes leurs jointures; la rigidité est plus marquée dans les coudes et plus à droite qu'à gauche. — Les phalangettes des 3e et 4e doigts ont une tendance à se porter dans l'extension. La malade parvient, mais avec une grande lenteur, à porter l'une et l'autre de ses mains à la face.
Les membres inférieurs ne présentent qu'une légère roideur; PARALYSIE AGITANTE. 393 elle prédomine dans les articulations tibio-tarsiennes. Le tremblement est moins intense aux jambes qu'aux bras. En effet, il y a des instants où les pieds reposent tranquillement sur le parquet.
Depuis un an, Gav.. est incapable de marcher seule; depuis un mois, elle ne peut, même aidée, aller à la salle de bains; on est obligé de l'y porter sur un brancard. — La propulsion et la rétropulsion paraissent avoir disparu; mais il est diffi- cile d'affirmer le fait, au moins pour la rétropulsion, la ma- lade se retenant ou s'affaissant dès qu'on la tire un peu par sa jupe.
Gav.. ne mange plus seule; son sommeil est meilleur: elle s'endort avec quelque peine, mais une fois endormie elle ne se réveille qu'au bout de 5 à 6 heures. La sensationde chaleur, le besoin de déplacement, — sauf la nuit pour celui-ci — sont toujours aussi accusés qu'autrefois. — Douleurs dans les join- tures, qu'elle compare à des piqûres, plus intenses dans les coudes, au niveau de la région occipitale, à la partie posté- rieure du cou et dans les reins: c'est à ces dernières que la malade attribue l'incurvation du tronc. — Les douleurs vi- ves, qu'elle éprouvait en 4 875 dans les talons, ont disparu.
Les fonctions circulatoire, respiratoire, digestives, excepté une constipation opiniâtre, s'accomplissent régulièrement. — La température paraît augmenter; la température moyenne de 3 jours a été le matin de 37°,6; le soir de 38°, 1. (13.)
391 APPENDICE.
IL Du tremblement dans la maladie de Parkinson.
[Paralysie agitante.)
M. Charcot a consacré une bonne partie de sa leçon du 19 novembre 1816 à la paralysie agitante en insistant tou- te ibis plus particulièrement sur différents points de l'histoire de cette maladie.
Tout d'abord, M. Charcot s'est attaché à montrer que la dénomination de paralysie agitante est impropre. Il est, en effet, singulier de donner le nom de paralysie à une af- fection dans laquelle, pendant longtemps, la force muscu- laire est conservée. Le mot « paralysie » outre qu'il n'est pas justifié, a encore l'inconvénient d'inquiéter les malades, de les conduire à s'imaginer qu'ils sont sous le coup d'une lésion organique grave et menaçant l'intégrité des facultés intellectuelles.
Le qualificatif ce agitante » ajouté au mot «paralysie » n'est pas non plus absolument exact — au moins appliqué à certaines formes, cependant très-accusées, bien que le tremblement y fasse défaut, et dont le diagnostic peut être rigoureusement établi.
Ces considérations ont amené M. Charcot à proposer d'appeler cette affection: maladie de Parkinson, du nom du médecin anglais qui, le premier, en 1817, a sérieusement attiré l'attention sur elle.
On sait que M. Charcot s'est efforcé de séparer nette- ment la paralysie agitante d'une autre maladie, très-intéres- sante, elle aussi, la sclérose en plaques. On connaît la des- cription minutieuse qu'il en a tracée et dont chaque année ses auditeurs, par l'examen direct des malades, peuvent vérifier l'exactitude. Néanmoins, la conviction n'est pas faite, paraît-il, dans tous les esprits et, en particulier, on a contesté les assertions de M. Charcot relatives aux carac- tères du tremblement de la tête.
D'après M. Charcot, le tremblement de la maladie de Par- kinson débute le plus souvent par l'un des membres et se MALADIE DE PARKINSON. 395 généralise ensuite peu à peu «tout en respectant cepen- dant la tête (1). » A un autre endroit de ses; Leçons, M. Charcot répète que, dans la règle, la tête et le cou restent indemnes. (Loc. cil.
Plus loin, enfin, lorsqu'il compare le tremblement dans la sclérose en plaques et dans la paralysie agitante, M. Charcot s'exprime ainsi à ce sujet à propos de deux femmes atteintes de paralysie agitante* « Vous observerez, en outre, que chez elles la tète ne prend pas part au tremblement ou si (die parait agitée par des oscillations, celles-ci lui sont évidemment communi- quées; il s'agit là d'une transmission des secousses dont les membres et le torse sont le siège. L'absence du tremble- ment de la tète me parait être un fait à peu près général dans la paralysie agitante. » (Loc. cit., p. 203.)
L'opinion de M. Charcot, on le voit, est exprimée d'une façon formelle. Quelques médecins ont contesté la réalité de ce fait et ont avancé que « les oscillai ions rhythmiques, dans certains cas de paralysie agitante, portent égale- ment sur V extrémité eëplialique.» (Voir Mour. méd.,mai). Il faut donc répéter que, dans la paralysie agitante, les mouvements qui animent quelquefois la tète lui sont com- muniqués par le tronc. M. Charcot compare ce phénomène de transmission à celui qu'éprouve le cavalier qui subit les mouvements que lui communique sa monture.
Pour prouver que cette explication est vraie, M. Charcot a eu l'idée défaire disposer sur la tète de ses malades, et perpendiculairement au iront, une baguette terminée par un plumet: chacun des assistants a pu constater chez plusieurs sujets atteints de maladie de Parkinson que, quand les malades sont libres, le plumet est sans cesse en mouvement. Mais si, à l'aide d'un artifice quelconque, par exemple en élevant fortement le tronc et les bras, on arrête les mouvements des membres supérieurs, on suspend du même coup celui de la tête et les plumets deviennent im- mobiles. Il ressort de là bien évidemment que l'opinion formulée par M. Charcot est rigoureusement exacte et que, dans la règle, la tète ne tremble pas, du moins par elle- même.
(l) Leçons sur les maladies du système nerveux, lre édition, p. 145 396 APPENDICE.
Un autre point sur lequel M. Charcot a beaucoup insisté, c'est que le tremblement ne constitue pas un symptôme nécessaire de la maladie de Parkinson. Il est, en effet, une forme de cette maladie, forme fruste par excellence, pour employer les expressions mêmes de M. Charcot, clans laquelle le tremblement est si léger qu'il passe inaperçu des malades, ou n'apparaît qu'au bout de trois ou quatre ans, ou même fait complètement défaut.
Déjà dans la première édition de ses Leçons, M. Charcot a parlé de cette forme fruste. Il a rapporté sommairement l'histoire d'un malade de sa clientèle privée, et nous avons consigné dans une note l'observation d'une malade de son service, à la Salpétrière, nommée Guill..., et chez laquelle le tremblement n'avait paru que quatre ans après le début du mal. M. Charcot a rappelé ces faits et, de plus, il en a cité deux autres dont voici le résumé.
Observation I. — Habitation humide; chagrins. — Névralgie frontale^). — Faiblesse du pouce de la main gauche, puis de la main droite. — Lenteur de la démarche. — Attitude géné- rale. — Aspect de la physionomie. — Propulsion. — Besoin de déplacement. — Sensation de chaleur. — Circonscription du tremblement qui a passé inaperçu du malade. — Caractères de l'écriture. (Obs. de M. Charcot.)
M. R..,, associé d'une grande maison de tapisserie à Paris, âgé de 47 ans, s'est présenté dans mon cabinet en décembre 1 868. Il m'a raconté que durant de longues années, il a demeuré habituellement, pendant toute la durée du jour, dans un bu- reau humide. Mais il insiste surtout, parmi les causes qui, dans son opinion, ont dû contribuer à développer la maladie dont il souffre, sur les grands tracas qu'il n'a cessé d'éprou- ver depuis qu'il est associé.
Il y a 4 ans, M. R...a souffert pendant 2 ou 3 mois d'une douleur de tète très-vive, siégeant sur le front du côté gau- che et à la racine du nez du même côté. Les douleurs, reve- nant par paroxysmes, s'accompagnaient souvent d'une rou- geur intense de l'œil gauche. Elles se sont terminées, comme il le raconte, par un rhume de cerveau, occupant la narine gauche. Auparavant, il y a 12 ou 15 ans, il avait éprouvé, à plusieurs reprises, des douleurs articulaires, qui n'ont jamais été assez intenses, toutefois, pour constituer une véritable maladie.
C'est peu de temps après la cessation de la névralgie fron- M.VT.ADÏE DE ARKINSON: TREMBLEMENT. 397 taie (?) que la maladie actuelle aurait débuté. Le premier symptôme observé parait avoir été ce que M. R...appelle une faiblesse du pouce de la main gauche. Il s'en est aperçu en jouant aux cartes. Il éprouvait une certaine difficulté à tenir son jeu de cette main,; peu à peu la main, puis l'avant-bras, et le membre tout entier enfin sont devenus faibles. Jamais il n'a existé dans ces parties de fourmillements, d'engourdis- sements, de douleurs d'aucun genre. Il n'y a jamais existé non plus, le malade l'assure du moins, la moindre trace de trem- blement. La main droite s'est prise plus tard de la même fa- çon; alors M. R...a commencé à ne plus pouvoir écrire que lentement, péniblement. Bien que l'écriture soit restée régu- lière, les caractères tracés sont tellement petits, qu'il faut s'armer d'une loupe pour les lire distinctement. Les membres inférieurs se sont affaiblis en dernier lieu.
Lors de l'entrée du malade dans mon cabinet, j'ai été frappé immédiatement de la lenteur de sa démarche et, en général, de tous ses mouvements. Son attitude et sa physionomie pré- sentaient également quelque chose de tout à fait caractéris- tique. Il se tient, marche et s'assied tout d'une pièce; on le dirait empoté, soudé dans toutes les articulations. La tête est légèrement inclinée en avant; il lui est impossible de la tourner vivement soit à droite, soit à gauche. Le regard est fixe, les traits sans mobilité: Ils expriment, à un certain de- gré, la stupeur et la tristesse. M. R...ne peut qu'à grand"peine faire une grimace. Le visage offre une pâleur singulière; on le dirait recouvert d'un masque. — Le débit est particulière- ment lent: chaque parole coûte un effort, la moindre conver- sation produit de la fatigue. Du reste, pas traces d'embarras dans l'articulation des mots.
M. R...marche le corps incliné en avant; il progresse à pe- tits pas; les membres inférieurs, et les supérieurs, eux aussi, sont rigides, demi-fléchis. Il ressent parfois une certaine ten- dance à la propulsion, c'est-à-dire qu'il se voit obligé de mar- cher plus vite qu'il ne le voudrait.
Il éprouve un incessant besoin de changer de place; quand il est assis il désire se lever et, à peine levé, il voudrait s'as- seoir. En un mot, comme il dit: il ne se trouve bien nulle part. Gela est surtout marqué la nuit, au lit: les membres ont à peine pris une attitude qui parait favorable au repos qu'il la faut changer, en raison du sentiment de fatigue dou- loureux dont ils deviennent bientôt le siège.
D'ailleurs, à part cette sensation de fatigue, de pesanteur qui existe dans les membres pour ainsi dire d'une façon per- 398 APPENDICE.
manente à un certain degré, on ne constate chez M. R...au- cun trouble de la sensibilité: pas d'anesthésie, pas d'hyper- esthésie, seulement de temps à autre, principalement la nuit, un sentiment de chaleur qui le porte à se découvrir. Il s'est produit, depuis quelques mois, un amaigrissement général assez prononcé, mais on n'observe aucune trace d'atrophie partielle. Aucun désordre à noter, du reste, dans la santé gé- nérale.
Pendant le temps que j'examinais M. R..., je m'aperçus que, par instants, sa main gauche, abandonnée sur le genou correspondant, était agitée par un léger tremblement. Je le lui fis observer. Il en parut fort étonné, et m'assura, une fois déplus, qu'il n'avait jamais remarqué dans aucune partie de son corps la moindre trace de tremblement. « Toute ma maladie, ajouta-t-il, me parait consister en ce que ma volonté, d'ailleurs, aussi ferme que par le passé, n'est plus écoutée par les muscles qui ne répondent que lentement et tardive- ment. » Je me suis assuré que la main gauche était la seule partie qui présentait le tremblement en question. Je priai M. R...de prendre la plume de la main droite et d'écrire quelques mots. Il traça lentement, mais d'une main ferme, des caractères ré- guliers, tellement fins à la vérité que, ainsi que je l'ai dit plus haut, on peut à peine les déchiffrer à l'œil nu.
Les mains ne présentent pas de déformation permanente; mais les doigts prennent facilement et sans que le malade en ait conscience, l'attitude particulière qu'ils offrent lorsqu'on tient une plume à écrire.
A une époque où, chez M. R..., tous les autres caractères assignés par M. Charcot à la paralysie agitante étaient présents et avaient acquis une intensité déjà considérable, seul le tremblement — que quelques auteurs tendent à considérer comme un trait essentiel à la maladie, était pour le moins à peine accusé puisqu'il avait échappé au malade lui-même. De plus, il était de date récente et la maladie existait — avec tous ses autres symptômes, depuis quatre années à l'époque où le tremblement a été pour la première ibis remarqué. Le second fait n'est pas moins démonstratif.
MALADIE DE PARKINSON! TREMBLEMENT. 309 Observation IL — Rhumatisme articulaire aigu. — Malaises. — Douleurs et raideurs musculaires. — Bave. — Attitude générale. — Lenteur delà démarche. — Latéropulsion. — As- pect de la physionomie. — Ecriture normale. — Absence com- plète de tremblement. (Obs. communiquée par M. Gharcot.)
Mme G..., âgée de 40 ans environ, est attachée à un établis- sement hydrotkérapique bien connu, à titre de professeur de gymnastique.
Elle a subi, il y a 20 ans, une attaque de rhumatisme articu- laire aigu; un peu plus tard une fièvre typhoïde qui parait avoir été assez grave; en dernier lieu une pneumonie.
Peu de temps après la guerre, elle commença à ressentir certains malaises indéfinissables; elle était moins alerte, elle se sentait raide, incapable d'exécuter des mouvements ra- pides et par conséquent fort gênée dans ses exercices. Un jour, en montant une échelle, elle ressentit dans la jambe gauche une douleur vive avec crispation des orteils. Ces cram- pes douloureuses se reproduisent encore aujourd'hui dans le même membre de temps à autre. Des douleurs sourdes, ac- compagnées de raideur musculaire, se sont fait sentir alors et se font sentir encore actuellement à la nuque, dans les reins, quelquefois aux épaules.
Il y a 6 mois, la malade a remarqué qu'une grande quantité de salive s'écoulait involontairement de sa bouche. Le phé- nomène s'est modifié depuis quelques semaines sous l'influen- ce d'un traitement approprié. (Hyoscyamine: 4 ou 5 milligr. par jour en pilules.)
Aujourd'hui, l'attitude de Mme G...est particulièrement raide et pour ainsi dire empesée. La démarche est lente et pénible; le départ est surtout difficile et précédé d'un temps d'hésitation. Il n'y a pas de tendance à la propulsion ou à la rétropulsion; mais de temps en temps, Mme G...se sent invin- ciblement entraînée vers le côté gauche.
Au repos, comme pendant la marche, la tète reste immo- bile, légèrement fléchie. Les traits sont inertes, les yeux fixes, la bouche serrée. Les paroles s'échappent lentement, faiblement articulées et avec un timbre légèrement na- sonné.
Les deux bras, pendant le long du corps, sont un peu ri- gides dans la demi-flexion. Les doigts des mains sont légère- ment fléchis, les poignets un peu étendus; la volonté peut mo- difier ces attitudes, mais non sans effort.
400 APPENDICE.
Il n'existe pas la moindre trace de tremblement, même aux mains. La malade peut écrire encore d'une écriture très-fine, mais très-lisible et dont les caractères ne paraissent nulle- ment tremblés, même quand on les examine à l'aide d'une loupe. Ces caractères sont tracés lentement, péniblement, et il a fallu en ma présence plus d'un quart d'heure pour écrire une dizaine de mots.
Bien qu'il n'y ait pas, comme on voit, à proprement parler de tremblement des mains, il y a lieu de remarquer qu'à l'oc- casion de certains actes, comme celui de prendre un mou- choir dans la poche, les doigts sont quelquefois agités de quel- ques secousses rhythmées, d'ailleurs très-fugitives.
A part le tremblement qui manque complètement, nous retrouvons chez Mme G...tous les symptômes principaux de la maladie de Parkinson. L'aspect général de cette dame, plus peut-être encore que celui de M. R..., nous rend compte d'une singulière erreur de diagnostic qui est quel- quefois commise. En raison de l'attitude empesée des ma- lades, de la gêne des mouvements devenus d'une lenteur extrême; en raison de l'immobilité des traits qui font res- sembler la figure à un masque en cire et imprime un cer- tain cachet d'hébétude à la physionomie; en raison aussi de l'écoulement involontaire de la salive et de l'embarras de la parole, on a pu croire plusieurs fois, en pareille cir- constance, qu'il s'agissait d'un ramollissement du cerveau, principalement lorsque la rigidité s'était montrée surtout prononcée sur les membres d'un côté. Il y a là une erreur qu'il importe de relever; c'est le cas de relever aussi que les facultés intellectuelles, dans la maladie de Parkinson, sont intactes. M. Gharcot ne manque aucune occasion de signaler cette intégrité de l'intelligence qui persiste le plus ordinairement jusqu'à la fin. (B.)
MALADIE DE PARKINSON. 40 1 III.
Caractères de l'écriture des malades atteints de maladie de Parkinson.
Au spécimen reproduit dans le cours de la Leçon V (p. 167), nous ajouterons ies deux suivants empruntés à la collection de M. Cliarcot. L'écriture des malades diminue souvent de grandeur [Fig. 27) et parfois paraît normale au premier abord. Mais si, comme le recommande M. Charcot, on l'examiue à la loupe, on s'aperçoit aisément que les traits sont tremblés, particularité qui ne frappait pas à l'examen pratiqué à l'œil nu.
Les mêmes caractères se retrouvent aussi lorsque l'écri- ture n'est pas encore rapetissée (Fig. 28). En présence d'un f cas de maladie de Parkinson au début et sur le diagnostic duquel on aurait quelque doute, il sera donc utile d'exa- miner l'écriture à la loupe. B.
402 APPENDICE.
IV.
Sclérose en plaques disséminées: Cas fruste de la forme spinale; — possibilité delà guérison.
Dans l'une de ses conférences cliniques de l'an dernier à la Salpétrière, M. Charcot a fait voir à ses auditeurs une malade atteinte de sclérose en plaques disséminées et, pro- fitant de cette occasion, il leur a rappelé de nouveau les lé- sions anatomiques et les symptômes morbides qui caracté- risent cette affection. Il a insisté ensuite sur deux points encore peu connus: l'existence de cas particuliers, frus- tes, comme il les appelle, et la possibilité de la guérison de la sclérose en plaques. Nous allons donner ici un résumé des observations sur lesquelles il s'est appuyé.
Fisch...M. A., est âgée actuellement de 24 ans. A l'âge de 8 ans, elle éprouva une douleur vive, avec impossibilité de. mouvoir les membres inférieurs. Elle fut confinée au lit pen- dant six mois. Quand elle recommença à marcher, elle avait le pied droit roide. Sept mois plus tard, roideur du membre inférieur gauche qui l'oblige de nouveau à rester couchée pendant plusieurs mois.
En 1873, étant à la Salpétrière, elle a une série & attaques épilepti formes, avec écume à la bouche. Consécutivement, les membres supérieurs deviennent roides et on note un em- barras de la parole, la vue s'affaiblit; quand la malade rit, la bouche demeure entr'ouverte. Dans le courant de la même année, on observa une aggravation du côté des membres infé- rieurs qui furent pris de trépidation spontanée et, à un moment, il survint du tremblement de la main droite dans les mouvements volontaires.
En 1874, les symptômes sont les mêmes, sauf rembarras de la parole qui est plus prononcé.
Aujourd'hui (décembre 1876), on constate les symptômes suivants: Rigidité des membres inférieurs dans l'extension; — trépidation spontanée et provoquée; — rigidité et parésie des membres supérieurs, prédominant dans le membre su- SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES. 403 rieur droit; — absence debout tremblement dans les mouve- ments volontaires. La sensibilité est conservée. — La parole est un peu gênée, mais, sous ce rapport, il y a une notable amélioration relativement à ce qui existait il y a deux ans. — Il n'y a pas de tremblement de la tète ni de nystagmus. En un mot, on remarque chez cette malade une amélioration con- sidérable des symptômes céphaliques.
Cette malade nous offre donc un cas de sclérose en pla- ques fruste dans la forme spinale. Elle nous montre aussi que la sclérose en plaques peut, parfois, subir des temps d'arrêts considérables dans son évolution. Chez la malade, dont nous allons parler maintenant et dont l'observation a été communiquée à M. Charcot par le docteur E. "Wilson, l'amélioration a été plus accusée et a porté non-seulement sur quelques symptômes, comme dans le cas précédent, mpis sur tous les symptômes.
A. S., âgée de 9 ans (1876), a été prise, à 5 ans, de vertige et de diplopie et quelques jours après de strabisme de l'œil gauche. Ce dernier symptôme a bientôt disparu. Un mois après le début, on voit survenir, du jour au lendemain, du tremblement des membres inférieurs. A 7 ans, l'enfant mar- chait comme une personne ivre. Puis, la tète et les membres supérieurs sont envahis. La malade est incapable de se tenir debout, on observe le tremblement spécial des mains à l'oc- casion des mouvements. Quand on veut la lever, le corps entier est agité de secousses rhylhmiques tellement violentes que l'on est obligé de la recoucher. La parole est lente, les mots sont scandés, il y a du nystagmus.
Trois ans après le début (fin 1875), la diplopie et l'embarras de la parole ont cessé. Le tremblement des mains a diminué. La malade peut s'asseoir sur son lit.
Actuellement (fin 1876), l'amélioration est encore beaucoup plus sensible. La malade commence à écrire un peu; elle voit beaucoup mieux, peut se tenir debout, marcher seule et même faire une promenade d'un mille et cela pour ainsi dire sans tremblement. Celui-ci reparait encore quelquefois quand la malade est émotionnée.
Cette observation vient justifier les réserves émises par M. Charcot (p. 210), en ce qui concerne le pronostic de la 40 i APPENDICE.
sclérose en plaques. L'explication estplus difficile à donner. Toutefois, la résistance que les cylindres axiles opposent à l'envahissement de la J^siom même aux périodes avan- cées de la maladie, résistance que M. Charcot a cru pou- voir invoquer pour rendre compte de la lenteur avec la- quelle les symptômes parëtiques progressent, permettrait peut-être aussi d'expliquer cette possibilité du retour des fonctions. (B.)
PANSE DE SAINT-GUY.
V.
Représentation d'après nature de la danse de Saint Guy (Chorea Germanorum), par P. Breughel. — Esquisse de Bubens.
Dans une de ses dernières conférences à la Salpétrière, M. Charcot a fait passer sous les yeux de ses auditeurs la copie d'un dessin du xvi° siècle, lequel, évidemment pris sur nature, représente un épisode d'une de ces processions dansantes (Si)ringprocessionen), qui, à cette époque, avaient lieu chaque année àEchternach, petite ville située entre Trêves et' Luxembourg, autour delà tombe de Saint- Willibrod. On sait que ces processions ont été à juste titre considérées comme une émanation et un des derniers ves- tiges de la fameuse danse de Saint-Guy [Chorea G ermano- rum) qui, à plusieurs reprises, a régné sous forme pandé- mique, dans les provinces du Rhin, pendant le cours des xiv° et xve siècles (1).
Le dessin en question (Fig. W) nous fait pour ainsi dire as- sister à une danse de Saint-Guy (2), en quelque sorte atté- nuée; mais il est facile, à première vue. d'y reconnaître que l'hystérie et l'hystéro-épilepsie jouaient là, comme elles l'ont fait très-certainement dans les épidémies proprement dites, un rôle prédominant; c'est un simple croquis, mais c'est, on le voit, un croquis fort instructif pour le médecin. Il est de (1) Voir à ce sujet: J.-F. G. Hecker. Die grossen Volhkrankheiten des Mil- telalters. Berlin, 186'j, p. 143. — H. Haeser. Geschichte der Epid»,ni$che>i Krankheiten. Iéna, 1855, p. 171. — Wicke. Versuch einer Monographie des grossen Vcitstanzes im Mitlelalier. Leipzig, 18ï4. — Voir aussi: Zierrsseu. Handbuch, 12e Ld., 2 haelite, art. Chorea, p. 393.
(2) Nous rappellerons que la Danse de Saiit-Griaj, St-Veits Tanz, s'ap- pelle encore St-Modesti Taux, Saltus Viii, Sl-Johannistanz, Choreoma>iia, Orchestromania, Epilepsia saïtatoritty Corhea Magna, seu Germanorum. Eïïq est, comme on sait, absolument et foncièrement distincte de la maladie qu'on appelle aujourd'hui la chorée {chorea minor. chorée de Sgdenham, choree vulgaire.)
APPENDICE.
la main de ce P. Breughel (1), qu'on a quelquefois sur- nommé le peintre des paysans, parce qu'il s'attachait surtout à représenter les scènes populaires ou encore Wiesen Breughel, Breughel le drôle. L'original fait partie de la (l) Né^vers 1530, mort dans les premières années du xvu° siècle.
i DANSE DE SAINT-GUY. 407 galerie de l'archiduc Albert, à Vienne. On en trouve une reproduction dans l'intéressant ouvrage de M. P. Lacroix (Vie militaire et religieuse au Moyen-Age et à V époque de la Renaissance. Paris, 1873, art. Pèlerinages, p. 433). Une série de femmes, soutenues chacune par deux hom- mes et précédées par des joueurs de cornemuse, qui souf- flent à pleins poumons dans leurs instruments, se dirigent en dansant, sur une seule file, vers une chapelle qu'on aperçoit dans le lointain et où se trouvent sans doute dépo- sés les restes du saint. Ce sont des gens du commun, car leur mise est à peu près celle des paysans qui figurent dans les tableaux de Téniers et de Brauwer.
L'ordre de la procession se trouve de temps en temps troublé; plusieurs des pèlerines, en effet, en proie aux tour- ments d'attaques dont le caractère ne peut être méconnu, gesticulent, se contorsionnentetse débattent sous l'étreinte de leurs compagnons; ceux-ci — et c'est là peut-être leur principale fonction — font tous leurs efforts pour les con- tenir et les empêcher de tomber à terre. La scène est, on le voit, fort animée; elle devait être aussi fort bruyante, car quelques-unes des énergumènes semblent crier à tue-tête. Sur le second plan se voit un ruisseau où des serviteurs empressés vont puiser à l'aide d'écuelles. L'eau qui y coule est douée peut-être de propriétés curatives; en tout cas elle pouvait servir à étancher la soif dont souffraient certaine- ment les principaux acteurs. Certains épisodes que l'ar- tiste, en homme discret, a relégués dans les parties les moins en vue de son tableau, font reconnaître jusqu'à l'é- vidence que la lubricité n'était pas toujours, tant s'en faut, bannie de ces assemblées.