SigPhi · Joseph de Maistre

Les Soirées de Saint-Pétersbourg

French

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préexistence pour mie foule d'explications intéressantes: je vous déclare néanmoins expressément que je ne prétends point adopter ce système comme une vérité; mais je dis, et voici ma régie de fausse position: Si j1ai pu, moi chétif mortel, trouver une solution nullement absurde qui rend assez bien raison d1un problème embarrassant, comment puisje douter que, si ce système n'est pas vrai, il y a une autre solution que j'ignore"1, et que Dieu a jugé à propos de refuser à notre curiosité? J'en dis autant de l'hypothèse ingénieuse de l'illustre Leibnitz, qu'il a établie sur le crime de Sextus Tarquin, et qu'il a développée avec tant de sagacité dans sa Théodicée; j'en dis autant de cent autres systèmes, et des vôtres en particulier, mon digne ami. Pourvu qu'on ne les regarde point comme des démonstrations, qu'on les propose modestement, et qu'on ne les propose que pour se tranquilliser l'esprit, comme je viens de vous le dire, et qu'ils ne mènent surtout ni à l'orgueil ni au mépris de l'autorité, il me semble que la critique doit se taire devant ces précautions. On tâtonne dans toutes les sciences: pourquoi la métaphysique, la plus obscure de toutes, serait-elle exceptée? J'en reviens cependant toujours à dire que, pour peu qu'on se livre trop à ces sortes de recherches transcendantes, on fait preuve au inoins d'une certaine inquiétude qui expose fort le mérite de la foi et de la docilité. Ne trouvez-vous pas qu'il y a déjà hien longtemps que nous sojnmes dans les nues? En sommes-nous devenus meilleurs? J'en doute un peu. Userait temps de redescendre sur terre. J'aime beaucoup, je vous l'avoue, les idées pratiques, et surtout ces analogies frappantes qui se trouvent entre les dogmes du Christianisme et ces doctrines universelles que le genre humain a toujours professées, sans qu'il soit possible de leur assigner aucune racine humaine. Après le voyage que nous venons d'exécuter à tire-d'aile dans les plus hautes régions de la métaphysique, je voudrais vous proposer quelque chose de moins sublime: parlons par exemple des indulgences.

La transition est un peu brusque, Qu'appelez-vous brusque, mon cher ami? Elle n'est ni brusque ni insensible, car il n'y en a point. Jamais nous ne nous sommes égarés un instant, et maintenant encore nous ne changeons point de discours. N'avons-nous pas examiné en général la grande question des souffrances du juste dans ce monde, et u' avons-nous pas reconnu clairement que toutes les objections fondées sur cette prétendue injustice étaient des sophismes évidents? Cette première considération nous a conduits à celle de la réversibilité, qui est le grand mystère de l'univers. Je n'ai point refusé, M. le sénateur, de m'arrêter un instant avec vous sur le bord de cet abime où vous avez jeté un regard bien perçant. Si vous n'avez pas vu, on ne vous accusera pas au moins de n'avoir pas bien regardé. Mais en nous essayant sur ce grand sujet, nous nous sommes bien gardés de croire que ce mystère qui explique tout eût besoin lui-même d'être expliqué. C'est un fait, c'est une croyance aussi naturelle à l'homme que la vue ou la respiration; et celte croyance jette le plus grand jour sur les voies de la providence dans le gouvernement du monde moral. Maintenant, je vous fais apercevoir ce dogme universel dans la doctrine de l'Eglise sur un point qui excita tant de rumeur dans le XVI" siècle, et qui fut le premier prétexte de l'un des plus grands crimes que les hommes aient commis contre Dieu. Il n'y a cependant pas de père de famille protestant qui n'ait accordé des indulgences chez lui, qui n'ait pardonné à un enfant punissable par T intercession et par les mérites d'un autre enfant dont il a Heu d'être content. Il n'y a pas de souverain protestant qui n'ait signé cinquante indulgences pendant son règne, en accordant un emploi, en remettant ou commuant une peine, etc., par les mérites àes pères, des frères, des fils, des parents, ou des ancêtres. Ce principe est si général et si naturel qu'il se montre à tout moment dans les moindres actes de la justice humaine. Vous avez ri mille fois de la sotte balance qu'Homère a mise dans les mains de son Jupiter, apparemment pour le rendre ridicule. Le Christianisme nous montre bien une autre balance. D'un côté tous les crimes, de l'autre toutes les satisfactions; de ce côté, les bonnes œuvres de tous les hommes, le sang des martyrs, les sacrifices et les larmes de l'innocence s'accumulant sans relâche pour faire équilibre au mal qui, depuis l'origine des choses, verse dans l'autre bassin ses flots empoisonnés. 11 faut qu'à la fin 250 LES SOIKÛES 250 LES SOIKÛES le côlé du salut remporte, et pour accélérer cette œuvre universelle, dont l'attente/a/l gémir tous les êtres (1), il suffit que l'homme veuille. Non-seulement il jouit de ses propres mérites, mais les satisfactions étrangères lui sont imputées par la justice éternelle, pourvu qu'il Tait voulu et qu'il se soit rendu digne de cette réversibilité. Nos frères séparés nous ont contesté ce principe, comme si la rédemption qu'ils adorent avec nous était autre chose qu'une grande indulgence, accordée au genre humain par les mérites infinis de F innocence par excellence, volontairement immolée pour lui! Faites sur ce point une observation bien importante: l'homme qui est fils de la vérité est si bien fait pour la vérité, qu'il ne peut être trompé que par la vérité corrompue ou mal interprétée. Ils ont dit: V Homme-Dieu a pajé pour nous; donc nous n'avons pal besoin d'autres mérites; il fallait dire: Donc les mérites de F innocent peuvent servir au coupable. Comme la rédemption n'est qu'une grande indulgence, l'indulgence, à son tour, n'est qu'une rédemption diminuée. La disproportion est immense sans doute; mais le principe est le même, et l'analogie incontestable. L'indulgence générale n'est -elle pas vaine pour celui qui ne veut pas en profiter et qui l'annulle, quant à lui, par le mauvais sage qu'il fait de sa liberté? Il en est de même de la rédemption particulière. Et Ton dirait que Terreur s'était mise en garde d'avance contre cette analogie évidente, en contestant le mérite des bonnes œuvres personnelles; mais l'épouvantable grandeur de rhomme est telle, qu'il a le pouvoir de résister à Dieu et de repousser sa grâce: elle est telle, que le dominateur souverain, et le roi des vertus, ne le traite qu'AVEC respect (1). Il n'agit pour lui, qu'avec lui; il ne force point sa volonté (cette expression n'a même point de sens); il faut qu'elle acquiesce; il faut que, par une humble et courageuse coopération, l'homme s'approprie cette satisfaction, autrement elle lui demeurera étrangère. // doit prier sans doute comme s'il ne pouvait rien; mais il doit agir aussi comme s'il pouvait tout (2). Rien n'est accordé qu'à ses efforts, soit qu'il mérite par lui-même, soit qu'il s'approprie les œuvres d'un autre.

(I) Cummagnû rcverçnliâ. (Sap.XII, la.) ^2) Luuic Racine, préface du poème de la Grâce.

Vous voyez comment chaque dogme du Christianisme se rattache aux lois fondamentales du monde spirituel: il est tout aussi important d'observer qu'il n'en est pas un qui ne tende à purifier l'homme et à l'exalter.

Quel superbe tableau que celui de cette immense cité des esprits avec ses trois ordres toujours en rapport! le inonde qui combat présente une main au monde qui souffre et saisit de l'autre celle du monde qui triomphe. L'action de grâce, la prière, les satisfactions, les secours, les inspirations, la foi, l'espérance et l'amour, circulent de l'un à l'autre comme des fleuves bienfaisants. Rien n'est isolé, et les eprits, comme les lames d'un faisceau aimanté, jouissent de leurs propres forces et de celles de tous les autres.

Et quelle belle loi encore que celle qui a mis deux conditions indispensables à toute indulgence ou rédemption secondaire: mérite surabondant d'un côté, bonnes œuvres prescrites et pureté de conscience de l'autre! Sans l'œuvre méritoire, sans l'état de grâce, point de rémission par les mérites de l'innocence. Quelle noble émulation pour la vertu! quel avertissement et quel encouragement pour le coupable!

« Vous pensez, disait jadis l'apôtre des c<. Indes à ses néophytes, vous pensez à vos « frères qui souffrent dans un autre monde: ce vous avez la religieuse ambition de les souce lager; mais pensez d'abord à vous-mêmes: ce Dieu n'écoute point celui qui se présente à ce lui avec une conscience souillée; avant ce & entreprendre de soustraire des âmes aux ce peines du purgatoire, commencez par déce livrer les vôtres de V enfer (1). » Il n'y a pas de croyance plus noble et plus utile, et tout législateur devrait tâcher de l'établir chez lui, sans même s'informer si elle est fondée; mais je ne crois pas qu'il soit possible de montrer une seule opinion universellement utile qui ne soit pas vraie.

Les aveugles ou les rebelles peuvent donc contester tant qu'ils voudront le principe des indulgences: nous les laisserons dire, c'est celui de la réversibilité; c'est la foi de Pu ni vers.

J'espère, messieurs, que nous avons beaucoup ajouté, dans ces deux derniers entretiens, à la masse des idées que nous avions (1) Et sanè œquum est ut alienam ù parrjatorio animamliberatunts, priùs ab inferno liberet suam. Lettre de saint François Xavier à saint Ignace. Goa, 21 octobre 1542. (lnler episl. sancti Francisa Xaverii à Tursçllino etrossrviiw lalini versas. Wralislaviœ, 1734, iu-12, p. 1G.)

251 LES SOIRÉES, ETC.

rassemblées dans les premiers sur la grande question qui nous occupe. La pure raison nous a fourni des solutions capables seules de faire triompher la providence, si ton ose la juger (1). Mais le Christianisme est venu nous en présenter une nouvelle d'autant plus puissante qu'elle repose sus une idée universelle aussi ancienne qne le monde, et qui n'avait besoin que d'être rectifiée et sanctionnée par la révélation. Lors donc que le coupable nous demandera pourquoi Vinnocence souffre dans ce monde, nous ne manquerons pas de réponses, comme vous l'avez vu; mais nous pouvons en choisir une plus directe et plus touchante peut-être que toutes les autres. — Nous pouvons répondre: Elle souffre pour vous, si vous le voulez, (I) Uivincas cUmjudi caris. (Ps. L, G.)

FIN DU DIXIEME E>TRETIE?f.

NOTES DU DIXIÈME ENTRETIEN.

( Page 1 99. Ils ( /es saints Pères ) se plaignent que le crime ose faire servir à ses excès un signe saint et mystérieux. ) Il estimpossible de savoir quels textes l'interlocuteur avait eu en vue, ni même s'il s'en rappelait quelques-uns bien distinctement. Je ne puis citer sur ce point que deux passages; l'un de Clément d'Alexandrie, l'autre de saiut Jean-Clirysostôme. Le premier dit (Pedag., lib. III, ch. xi.): Qu'il n'y a rien de plus criminel que de faire servir au vice un signe mystique de sa nature.

Le second est moins laconique. « Il a été donné, dit-il, pour allumer «dans nous le feu de la charité, afin que de celte manière nous nous « aimions comme des frères, comme des pères et des enfants s'aiment «entre eux...Ainsi les âmes s'avancent l'une vers l'autre pour s'unir...«Mais je ne puis ajouter d'autres choses sur ce sujet...Vous m'entendez, « vous qui êtes admis aux mystères...Et vous, qui osez prononcer des « paroles outrageantes ou obscènes, songez quelle bouche vous profanez, « et tremblez...Quand l'apôtre disait aux Gdèles: Saluez-vous par le «saint baiser...c'était pour unir et confondre leurs âmes. » Per oscula inler se copulavit. ( D. Joan. Chrysost. in II, ad Cor. epist. comm. hom. xxx., interopp. cura Bern.de Montfaucon. Paris, mdccxxxii, On peut encore citer Pline le naturaliste. «Il y a, dit-il, je ne sais « quelle religion attachée à certaines parties du corps. Le revers de ta « main, par exemple, se présente au baiser...; mais si nous appliquons <( le baiser aux yeux, nous semblons pénétrer jusqu'à rame et la tou-« cher.»

256 note» lnest et aliit partibus qucedam religio: sicut dextra osculis aversa ap^ petitttr...hos (oculos) cùm osculamur, animum ipsum videmur attingere. ( C. Pliu. Sec. Hist. nat. curis Harduini. Paris, mdclxxxv; iu-4°» tora. II, §§ 54, 103, pages 547, 595. ) ( Note de Vediteur.)

II.

(Page 200. Dieu est le lieu des esprits comme l'espace est le lieu des corps.)

Recherche de la vérité, in-4°.

Au reste, ce système de la vision en Dieu est clairement exprimé par saint Thomas, qui aurait été, quatre siècles plus tard,Mallebranclie ou Bossuet, et peut-être l'un et l'autre. « Videntes Deum, omnia simul • vident in ipso: Ceux qui voient Dieu voient en même temps tout en « lui. » ( D. Tlwm. adversùs génies. Lib. III, cap. lix.) Puisqu'ils vivent dans le sein de celui qui remplit tout, qui contient tout et qui entend tout. ( Eccli. I, 7.) Saint Augustin s'en approche encore infiniment lorsqu'il appelle Dieu avec tant d'élégance et non moins de justesse, simjm cogitations hem; le centre générateur de mes pensées. ( Confess., liv. XHI, 11.) Le P. Berlliier a dit, en suivant les mêmes idées: Toutes « les créatures, l'ouvrage de vos mains, quoique très distinguées de « vous, puisqu'elles sont finies, sont toujours en vous, et vous êtes « toujours en elles. Le ciel et la terre ne vous contiennent pas, puisque « vous êtes infini; mais vous les contenez dans votre immensité. Vous « êtes le lieu de tout ce qui existe, et vous n'êtes que dans vous-même. » (Réflex. spirit., loin. III, pag. 28. ) Ce système est nécessairement vrai de quelque manière; quant aux conclusions qu'on en voudra tirer, ce n'est point ici le lieu de s'en ocuper.

ïil.

(Page 205...Un seul homme nous a perdus par un seul acte.)

« Tous les hommes doivent donc croître ensemble pour ne faire «qu'un seul corps parle Christ, qui en est la tête. Car nous ne sommes DU DIXIÈME ENTRETIEN. Vôl « tous que les membres de ce corps unique qui se forme et AVd//?e'par « la charité, et ces membres reçoivent de leur chef l'esprit, la vie et « l'accroissement, par le moyen des jointures et des communications « qui les unissent, et suivant la mesure qui est propre à chacun d'eux,» Et cette grande unité est si fort le but de toute l'action divine par rapport à nous, « que celui qui accomplit tout en tous ne se trouvera lui-même accompli que lorsqu'elle sera accomplie. (Ibid. 1, 23.)

Et alors, c'est-à-dire à la fin des choses, Dieu sera tout en tous.

C'est ainsi que saint Paul commentait son maître; et Origène, commentant saint Paul à son tour, se demande ce que signifient ces paroles: Dieu sera tout en tous; et il répond: « Je crois qu'elles signi-« fient que Dieu sera aussi tout dans chucun, c'est-à-dire que chaque «substance intelligente, étant parfaitement purifiée, toutes ses pen-« sees seront Dieu; elle ne pourra voir et comprendre que Dieu; elle « possédera Dieu, et Dieu sera le principe et la mesure de tous les « mouvements de cette intelligence: ainsi Dieu sera tout en tous; car « la distinction du mal et du bien disparaîtra, puisque Dieu, en qui « le mal ne peut résider, sera tout en tous; ainsi la fin des choses nous « ramènera au point dont nous étions partis..., lorsque la mort et le « mal seront détruits; alors Dieu sera véritablement tout es tous. » {Origène, au livre des Principes, liv. III, ch. vi.)

IV.

(Page 208...Ce pain et ce vin mystiques, qui nous sont présentés à la table saiate, brisent le moi, et nous absorbent dans leur inconcevable unité.)

On pourrait citer plusieurs passages dans ce sens: un seul de saint Augustin peut suffire: « Mes frères, disait-il dans l'un de ses sermons, « si vous êtes le corps et les membres du Sauveur, c'est votre propre « mystère que vous recevez. Lorsqu'on prononce: Voilà le corps de J.-C, vous répondez: Amen: vous répondez ainsi à ce que vous êtes « ( ad id quod estis respondelis ), et cette réponse est une confession do «foi...Ecoulons l'Apôtre qui nous dit: Etant plusieurs, nous n» 258 KOTTS « sommes cependant qu'un seul pain et qu'un seul corps. (I. Cor., y, 17.) « Rappelez-vous que le pain ne se fait pas d'un seul grain, mais de « plusieurs. L'exorcisme, qui précède le baptême, tous broya sous la « meule: l'eau du baptême vous Cl fermenter; el lorsque vous reçûtes « le feu du Saint-Esprit, vous fûtes pour ainsi dire cuits parce feu...Il « en est de même du vin. Rappelez-vous, mes frères, comment on le « fait. Plusieurs grains pendent à la grappe; mais la liqueur exprimée « de ces grains est une confusion dans l'unité. Ainsi le Seigneur J.-C. « a consacré dans sa table le mystère de paix et de notre unité. »(Saint Augustin, Serm. inter opp. ult. edit. Ben. Paris, 1683; 14 vol. iu-fol., lom. V, part. i; 1103, col. p. 2,litt. d, e, f. ) V.

V.

( Page 210. Le monde est un système de choses invisibles, manifestées visiblement.')

E1S TO MH EK *AINOMENÛN TA BAEDOMENA TErONENAl.

(Heb. XI, 5.) La Vulgale a traduit: Vt ex hivisibilibus visibilia fièrent. — Erasme dans sa traduction dédiée à Léon X: Ut ex bis quee non apparebant ea quœ videntur fièrent. ■ — Le Gros: Tout ce qzû est visible est forme d'une manière ténébreuse. — La Version de Mons: Tout ce qui est visible a été formé, n'y ayant rien auparavant que d'invisible. — Sacy comme la traduction de Mons. ( Il y travailla avec Arnaud, etc. — La traduction protestante d'Osterwald: De sorte que les choses qui se voient n'ont pas été faites des choses qui apparaissent.— Celle de David Martin, in-fol., Genève, 1707 (Rible Synodale): En sorte que les choses qui se voient n'ont point été faites de choses qui parussent. — La traduction anglaise, reçue par l'église anglicane: So tliat things wich are seen were not mode ofthings wich do appear. — La traduction esclavone, dont on ignore l'auteur, mais qui est fort ancienne, puisqu'on l'a attribuée, quoique faussement, à saint Jérôme: Vo ege ot neyavliaemichvidimym byti(ce qui revient absolument de la Vulgale). — LA traduction allemande de Luther: Dass alless was man î'iehel ans nient» worden ist.

Suiut Jean Clirysostùme a entendu ce texte comme la Vulgale, Joui DU DIXIÈME ENTRETIEN. 259 te sens est seulement un peu développé dans le di t'.ogue. 'E* pi 17 yxtvoiiiviuv rie, p\e*ô(Ji.£Vx yèyove» ( Chrys. Hom. XXII, in epist. ad Hebr. cap. «.)

VI.

(Page 212. Le physicien qui a fait l'expérience de Haies.)

Je crois devoir observer en passant, croyant la chose assez peu cou • nue, que cette fameuse expérience de Haies sur les plantes, qui n'enlèvent pas le moindre poids à la terre qui les nourrit, se trouve mot à mot dans le livre appelé: Actus Pétri, seu Recogniliones. Le fameux Whiston, qui faisait grand cas de ce livre, et qui l'a traduit du grec, a inséré le passage tout entier dans son livre intitulé: Âstronotnical principks 0/ religion. Lendon, 1725; in-S°, pag. 187. Sur ce livre des Récognitions, attribué à saint Clément, disciple de Saint Pierre, écrit dans le He siècle, et interpolé dans le nie, voy. Joh Millii Prolegomem inN. T. grœcutn; in-fol., pag. 1, n° 277, et l'ouvrage de Rufin, De adulteraticne libr. Origenis, inter opp. Orig. Baie, Episcopius, 1721 ton». I, pag. 77S; 2 vol. iu-fol.

VEL (Page 215. Les lois du monde sont les lois de Keppler, etc.)

Il est plus que probable que Keppler n'aurait jamais pensé à la fameuse régie qui l'immortalise, si elle n'était sortie comme d'elle-même de son système harmonique des cieux, fondé...sur je ne sais quelles perfections pythagoriques des nombres, des figures et consonnances; système mystérieux, dont il s'occupa dès sa première jeunesse jusqu'à la fin de ses jours, auquel il rapporta tous ses travaux, qui en fut l'âme, et qui nous a valu la plus grande partie de ses observations et de ses écrits. (Mairan, Disseil. sur la glace. Paris, 1749; in-12., prœf., vin.

(Page 216. On croyait, même après les découvertes de Galilée, que les verres caustiques devaient être concaves, etc., etc.)

La réunion des rayons du soleil augmente lachaieur, comme le [trouvent les verres brûlants, qui sont plus mimes dans le milieu que vers les bords, « à la différence des verres de lunettes, comme je le « crois. Pour s'en servir, on place d'abord le verre brûlant, autant que « je me le rappelle, entre le soleil et le corps qu'on veut enflammer; « ensuite on l'élève vers le soleil, ce qui rend l'angle du cône plus aigu; « mais je suis persuadé que, s'il avait d'abord été placé à la distance où « on le portait ensuite après l'avoir élevé, il n'aurait plus eu la même « force, et cependant l'angle n'aurait pas été moins aigu. »(lnqirisitio légitima de colore et frigore, tom. H, pag. 181.) Ailleurs il y revient, et il nous dit: « Que si l'on place d'abord un miroir ardent à la « distance, par exemple, d'une palme, il ne brûle point autant que « si, après l'avoir placé à une dislance moiudre de moitié, on le relirait « lentemeut et graduellement à la première distance. Le cône cependant « et la convergence sont les mêmes; mais c'est le mouvement qui aug-« mente la chaleur. » (Ibid. tom. VIII, Nov. org., lib. II, n° 28, pag. 101. ) Il n'y a rien au-delà. C'est dans ce genre le point culminant de l'ignorance.

IX.

IX.

(Page 216. Jamais on ne découvrira rien dans ce profond mystère delà nature qu'en suivant les idées de Gilbert et d'autres du même genre. ) Non-seulement je n'ai pas la, mais je n'ai pu me procurer le livre de Guillaume Gilbert, dont Bacon parle si souvent (Commentarii de mag-'lele.) Je pub cependant y suppléer d'une manière suffisante pour mon objet, en citant le passage suivant de la physique de Gassendi, abrégée par Bernier, in-12, tom. I, ch. xvi, pag. 170-171: « Jesuis « persuadé que la terre...n'est autre chose qu'un grand aimant, et « que l'aimant...n'est autre chose qu'une petite terre qui provient « de la véritable et légitime substance de la terre. Si, après avoir ob-« serve qu'un rejeton qu'on a planté pousse des racines, qu'il germe, « qu'il jelle des branches, etc., on ne fait aucune difficulté d'assurer « que ce rejeton a été retranché de l'olivier (par exemple) ou de la vé-« rilable substance de l'olivier; de même aussi, aprrs avoir mis un ai-« maul en équilibre et ayant observé que uon-seulemenl il a despôtu DIXIÈ3IE ENTRETIEN. §61 Vies, un axe, un équalcur, des parallèles, des méridiens et toutes les * autres choses qu'à le corps même de la terre; mais aussi qu'il ap-« porte une conformation avec la terre même, en tournant ses pôles « vers les pôles de la terre et ses autres parties vers les parties sem-« blables de la terre, pourquoi ne peut-on pas assurer que l'aimant a « été retranché de la terre ou de la véritable substance de la terre! » X.

( Page 217. Lisez, si vous voulez, les médecins irréligieux, comme savants ou comme écrivains, mais ne les appelez jamais auprès de voire lit.)

Je trouva dans mes papiers l'observation suivante qui vient fort \ l'appui de cette thèse. Je la tirai jadis d'uu précis anonyme sur le docteur Cheyne, médecin anglais, inséré dans le 20e vol. du Magasin européen, pour l'année 1791, novembre, pag. 556.

« Il faut le dire à la gloire des professeurs en médecine, les plus « grands inventeurs dans cette scienceet les praticiens les plus célèbres « ne furent pas moins renommés par leur piété que par l'étendue de «leurs connaissances; et véritablement on ne doit point s'étonner que « des hommes appelés par leur profession à scruter les secrets les plus « cachés de la nature, soient les hommes les plus pénétrés de la sa-« gesse et de la bonté de son auteur...Celte science a peut-être pro-«duit en Angleterre une plus grande constellation d'hommes fameux' « parle génie, l'esprit et la science, qu'aucune autre branche de nos' « connaissances. » Citons encore l'illustre Morgagni. II répétait souvent que ses connaissances en médecine et en anatomie avaient mis sa foi à Cabri même de la tentation. Il s'écriait un jour: Oh! si je pouvais aimer ce grand Dieu comme je le connais.' (Voy. Elogio deldoiton- Giamballista Morgagni, l.femeridi diRoma, 13 giitgno 1772, n° 24.)

XI.

(Page 218. Ils manièrent avec une dextérilé merveilleuse, et (]u*on ne saurait trop admirer, tes instruments remis entre leurs mains, mais ces instruments furent inventés, etc., etc.)

262 sotks Le mot de siècle tic doit point être pris ic! au pied Je la lettre; car l'ère moderne de l'invention, dans les sciences mathématiques, s'étend depuis le triumvirat de Cavalieri, du P. Grégoire de saint Vincent et de Vielle, à la fin du XVfe siècle, jusqu'à Jacques et Jean Bernouilli, au commencement du XVIIIe; et il est très vrai que cette époque fut celle de la foi et des factions religieuses. Un homme de ce dernier siècle, qui parait n'avoir eu aucun égal pour la variété et l'étendue des connaissances et deu talents dégagés de tout alliage nuisible, le P. Boscowich, croyait eu 1755, non-seulement qu'on ne pouvait rien opposer alors aux géants de l'époque qui venait de finir, mais que toutes les sciences étaient sur le point de rétrograder, et il le prouvait par une jolie courbe. (Voy. Rog. Jos. Boscowich S. J. Valicinium quoddam geometricum, in Supplem. ad Bened. Stay, philos, récent, versibus traditam. Romce, Palearini, 1755; in-8° tom. I, pag. 408.) 11 ne m'appartient point de prononcer sur ces Récréations mathématiques; mais je crois qu'en général, et en tenant compte de quelques exceptions qui peuvent aisément être ramenées à la règle, retraite alliance du génie religieux et du génie itiventeur demeurera toujours démontrée pouT tout bon esprit.

XII.

XII.

(Page 237. Ces atomes étaient faits comme des cages dont les barreaux, etc.)

« Cet excès de la longueur des barreaux sur la largeur doit être ex-« primé, au moins, parle nombre 10 élevé à la 27e puissance. Quant « àla largeur, elle est constamment la même, sans exception quelcon-« que, et plus petite qu'un pouce d'une quantité qui est 10 élevée à « la 13e puissance. » Ici il n'y a ni plus, ni moins, ni à peu près; le compte est rond.

XIII.

(Pag. 238...Que l'antiquité s'est accordée à reconnaître dans les oiseaux quelque chose de divin, etc. ) Aristophane, dans sa comédie des Oiseaux, fait allusion à cette tradition antique: DO DIXIÈME ENTRETIEN. 263 Ev«(5rr«uaf5 yèvos ^iJiérepov, xaî ■nfpôrov Àv^y»y«y if f>5*. IT/îtJrfi/jov S' où* ^v ysvo? «.5-<xv«r<ï>v...ille verà »lat us niistns chao et caliginoio. In tarlaro Ingénie, EJiJit nostruiu genus, et prïmum eduxit in lucem: Nequ« enim deorum genus ante crnt...XIV.

( Pa;re 239...Si au lieu do lire Lucrèce qu'il reçut à treize ans des mains d'un père assassin, etc.)

Ibid. pag. 25. Il appelle quelque part Lucrèce son maître dans la physique. Il ne doute pas d'avoir trouvé la solution du plus grand problème que les physiciens se soient jamais proposé, et que la plupart d'entre eux avaient toujours regardé, ou comme absolument insoluble en soi, ou comme inaccessible à l'esprit humain, pag.244. Cependant il se garde î>ien de se livrer à l'orgueil: // n'a eu de plus que les autres hommes que le bonheur d'avoir été mené, encore écolier, à la bonne source, et ity avoir puisé. (Page 150.) Et pour faire honneur à son maître, il dit en annonçant la mort d'un Ecossais de ses amis: Que le pauvre homme s'en est allé quo non nata jacënt. (Page 290.) Personne au moins ne saurai* lui disputer le mérite de la clarté.

XV.

(Page 240. Li?ez, par exemple, les vies et les procès de canonisation de saint François Xavier, de saint Philippe de Néri, de sainte Thérèse, etc., etc.)

Je crus devoir chercher et placer ici la narration où sainte Thérèse décrit cet étal extraordinaire: «Dans la ravissement, dit-elle, on ne peut presque jamais y résis-« ter...Il arrive souvent sans que nous y pensions..., avec une impétuosité si prompte et si forte, que nous voyons et sentons tout d'un «coup élever la nuée dans laquelle ce divin aigle nous cache sous « l'ombre de ses ailes...Je résistais quelquefois un peu, mais je me « trouvais après si lasse et si fatigu ', qu'il me semblait que j'avais le 264 NOTES DU DIXIÈME ENTRETIEN.

« corps tout brisé...C'est un combat qu'on entreprendrait contre un « très puissant géant...En d'autres temps, il m'était impossible deré-« sister à un mouvement si violent: Je me sentais enlever l'âme et la it lite et ensuite tout le corps, en sorte qu'il ne touchait plus à la terre. k Une chose aussi extraordinaire m'étant arrivée un jour que j'étais à « genoux au chœur, au milieu de toutes les religieuses, prête à com-« munier, j'usai du droit que me donnait ma qualité de supérieure pour « leur défendre d'en parler. Une autre fois, etc.»

(OEuvres et vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même et par Tordre de ses supérieurs. Traduction d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1680; in-fol., cap. XX, pag.104.) Voy. encore les Vies des Saints, trad. de l'anglais de Butler; 12 voJ. in-8°. — Viedesaint Thomas, tom; n,pag. 572. — De saint Philippe de Néri, tom. IV, noteD, pag. 541, seqq. — Vie deiaint François Xavier, par leP.Bouhours, in-12, tom. H, pag. 572. — Preiiche di Francesco Masotti, délia cotnpagnia di Gesii. Venczia, 1 769 » ONZIEME ENTRETIEN.

Quoique vous n'aimiez pas trop les voyages dans les nues, mon cher comte, j'aurais envie cependant de vous y transporter de nouveau. Vous me coupâtes la parole l'autre lour en me comparant à un homme plongé dans Veau qui demande à boire. C'est fort bien dit, je vous assure; mais votre épigramme laisse subsister tous mes doutes. L'homme semble de nos jours ne pouvoir plus respirer dans le cercle antique des facultés humaines. Il veut les franchir; il s'agite comme un aigle indigné contre les barreaux de sa cage. Voyez ce quil tente dans les sciences naturelles! Voyez encore cette nouvelle alliance qu'il a opérée et qu'il avance avec tant de succès entre les théories physiques et les arts; qu'il force d'enfanter des 266 LES S01KÉES 266 LES S01KÉES prodiges pour servir les sciences! comment voudriez-vous que cet esprit général du siècle ne s'étendit pas jusqu'aux questions de Tordre spirituel? et pourquoi ne lui serait-il pas permis de s'exercer sur l'objet le plus important pour l'homme, pourvu qu'il sache se tenir dans les bornes d'une sage et respectueuse modération?

Premièrement, M. le chevalier, je ne croirais point être trop exigeant si je demandais que l'esprit humain, libre sur tous les autres sujets, un seul excepté, se défendît sur celuilà toute recherche téméraire. En second lieu, cette modération dont vous me parlez, et qui est une si belle chose en spéculation, est réellement impossible dans la pratique: du moins elle est si rare, qu'elle doit passer pour impossible. Or, vous m'avouerez que, lorsqu'une certaine recherche n'est pas nécessaire, et qu'elle est capable de produire des maux infinis, c'est un devoir de s'en abstenir. C'est ce qui m'a rendu toujours suspects et même odieux, je vous l'avoue, tous les élans spirituels des illuminés, et j'aimerais mieux mille fois...

Vous avez donc décidément peur des illuminés, mon cher ami! Mais je ne crois pas, à mon tour, être trop exigeant si je demande humblement que les mots soient définis, et qu'on ait enfin l'extrême bonté de nous dire ce que c'est qu'un illuminé, afin qu'on sache de qui et de quoi Ton parle, ce qui ne laisse pas que d'être utile dans une discussion. On donne ce nom d'illuminés à ces hommes coupables, qui osèrent de nos jours concevoir et même organiser en Allemagne, par la plus criminelle association, l'affreux projet d'éteindre en Europe le Christianisme et la souveraineté. On donne ce même nom au disciple vertueux de saint Martin, qui ne professe pas seulement le Christianisme, mais qui ne travaille qu'à s'élever aux plus sublimes hauteurs de cette loi divine. Vous m'avouerez, messieurs, qu'il n'est jamais arrivé aux hommes de tomber dans une plus grande confusion d'idées. Je vous confesse même que je ne puis entendre de sang- froid, dans le monde, des étourdis de l'un et de l'autre sexe crier à Yilluminisme, au moindre mot qui passe leur intelligence, avec une légèreté et une ignorance qui pousseraient à bout la patience la plus exercée. Mais vous, mon cher ami le Romain, vous, si grand défenseur de l'autorité, parlez-moi franchement. Pouvezvous lire l'Ecriture sainte sans être obligé d'y reconnaître une foule de passages qui oppriment votre intelligence, et qui l'invitent à se livrer aux tentatives d'une sage exégèse? N'est-ce pas à vous comme aux autres qu'il a été dit: scrutez les écritures. Dites-moi, je vous prie, en conscience, comprenez-vous le premier chapitre de la Genèse? Comprenez-vous l'Apocalypse et le Cantique des Cantiques? L'Ecclésiaste ne vous cause-t-il aucune peine? Quand vous lisez dans la Genèse qu'au moment où nos premiers parents s'aperçurent de leur nudité, Dieu leur fit des habits de peau, entendez-vous cela au pied de la lettre? Croyez-vous que la Toute-Puissance se soit employée à tuer des animaux, à les écorcher, à taner leurs peaux, à créer enfin du fil et des aiguilles pour terminer ces nouvelles tuniques? Croyez-vous que les coupables révoltés de Babel aient réellement entrepris, pour se mettre l'esprit en repos, d'élever une tour dont la girouette atteignît la lune seulement (je dis peu, comme vous voyez! ); et lorsque les étoiles tomberont sur la terre, ne serez-vous point empêché pour les placer? Mais puisqu'il est question du ciel et des étoiles, que dites-vous de la manière dont ce mot de ciel est souvent employé par les écrivains sacrés! Lorsque vous lisez que Dieu a créé le ciel et la terre; que le ciel est pour lui, mais qu'il a donné la terre aux enfants des hommes; que le Sauveur est monté au ciel et qiùil est descendu aux enfers, etc., comment entendez-vous ces expressions? Et quand vous lisez que le Fils est assis à la droite du Père, et que saint Etienne en mourant le vit dans cette situation, votre esprit n'éprouve-t-il pas un certain malaise, et je ne sais quel désir que d'autres paroles se fussent présentées à l'écrivain sacré? Mille expressions de ce genre vous prouveront qu'il a plu à Dieu, tantôt de laisser parler l'homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher, sous des formes en apparence simples et quelquefois grossières. de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux: or, dans les deux suppositions, quel mal y a-t-il donc à creuser ces abîmes de la grâce et de la bonté divine,