sujet intéressant, qu'il avait beaucoup médité. C'était son opinion bien connue: « Que le « sang répandu sur le Calvaire n'avait pas « été seulement utile aux hommes, mais « aux anges, aux astres, et à tous les êtres « créés (1); ce qui ne paraîtra pas surprecc nant à celui qui se rappellera ce que saint ce Paul a dit: Qu'il a plu à Dieu de réconcc ciller toutes choses par celui qui est le ce principe de la vie, et le premier-né entre ce les morts, ajant pacifié par le sang qu'il ce a répandu sur la croix, tant ce qui est en ce la terre que ce qui est au ciel (2). *> Et si toutes les créatures gémissent (3), suivant la profonde doctrine du même apôtre, pour- (1) Sequitur placitum aliud Orirjenis de morte Christinonhominibus solam utiliy sed angelis etiam et sideribus ac rébus creatis quibitscumque. ( P.D. Huetti Origen.,lib. u, cap. h, quœst. 5, n°20. — Orig. opp.
(2) Coloss. 1, 20. Eqhes. 1, 10. — Paley, dans ses Horœ Paulinœ ( London, 1790, in-8°, p. 212.), observe que ces deux textes sont très remarquables, vu que cette réunion des choses divines et humaines est un sentiment très singulier et qu'on ne trouvera point ailleurs que dans ces deux épilres: A very singular sentiment and found no where else but in thèse two epislles. Si ce mot ailleitrs se rapporte aux épitres canoniques, l'assertion n'est pas exacte, puisque ce sentiment très singulier se retrouve expressément dans l'épîlre aux Hébreux, IX, 25. Si le mot a toute sa latitude, oh voit que Paley s'est trompé encore davantage.
quoi ne devaient-elles pas êlre toutes consolées? Le grand et saint adversaire d'Origène nous atteste qu'au commencement du Ve siècle de l'Eglise, c'était encore une opinion reçue que la rédemption appartenait an ciel autant qiCà la terre (1), et saint Chrysoslôme ne doutait pas que le même sacrifice, continué jusqu'à la fin des temps, et célébré chaque jour par les ministres légitimes, n'opérât de même pour tout V univers (2).
C'est dans cette immense latitude qu'Origène envisageait l'effet du grand sacrifice. « Mais que cette théorie, dit-il, tienne à des « mystères célestes, c'est ce que l'apôtre « nous déclare lui-même lorsqu'il nous dit: et Qu'il était nécessaire que ce qui n 'était que ce figure des choses célestes, fût purifié par ce le sang des animaux; mais que les céles- (1) Crux Salvatoris nonsoh'imea qnce in terra, sed eliam ea qwr. in ccelis crant pacasse peiuubentur, ( D. Uieron. Epiit. LIX, ad Avitum, (2) Nous sacrifions pour le bien de la terre, de la mer et de tout l'univers. (Saint Chrpost. Ilom. LXX, in Joh.) El saint François de Sales ayant dit « que Jésus-Christ avait souffert principalement pour les « hommes, et en partie pour les anges; » on voit (sans examiner précisément ceqtiïl a voulu d're) qu'il nebornatt point l'effet delà rédemption au\ limites de notre planète: ( Vi»y. les Lettres de saint l'rancois ce ci tes mêmes le fussent par des victimes plus a excellentes que les premières (1). Conn templez l'expiation de tout le monde, c'estcc à-dire des régions célestes, terrestres et « inférieures, et voyez de combien de victimes elles avaient besoin!...Mais V agneau seul a pu ôter les péchés de tout le monde Au reste quoique Origène ait été un grand auteur, un grand homme, et l'un des plus sublimes théologiens (3) qui aient jamais illustré l'Eglise, je n'entends pas cependant défendre chaque ligne de ses écrits; c'est assez pour moi de chanter avec l'Eglise romaine: Et la terre, et la mer, et les astres eux-mêmes, Tous les êtres enfin sont lavés par ce sang (4).
Sur quoi je ne puis assez m'étonner des scrupules étranges de certains théologiens qui se refusent à l'hypothèse de la pluralité des mondes, de peur quelle n'ébranle le (2) Orig. Eom. XXIX, in Kum, (r>) Bossuet, Prcf. sur l'explication de FApoc., num. xwn, xxi%.
(i) Terra, pontus, nslra, muntlus, Hoc lavaniur sanguine ( flumîne. ) 'J/jnne des Ltmdts du dimanche de la l'awivn. ) dogme de la rédemption (1); c'est-à-dire que, suivant eux, nous devons croire que l'homme voyageant dans l'espace sur sa triste planète, misérablement gênée entre Mars etFenus (2), est le seul être intelligent du système, et que les autres planètes ne sont que des globes sans vie et sans beauté (3) que le Créateur a lancés dans l'espace pour s'amuser apparemment comme un joueur de boules. Non, jamais une pensée plus mesquine ne s'est présentée à l'esprit humain! Démocrite disait jadis dans une conversation célèbre: O mon cher ami! gardez-vous bien de rapetisser bassement dans votre esprit la nature, qui est si grande (4). Nous serions bien inexcusables si nous ne profitions pas de cet avis, nous qui vivons au sein de la lumière, et qui pouvons contempler à sa clarté (i)Onen trouvera un exemple remarquable dans les notes dont l'illustre cardinal Gerdil crut devoir honorer le dernier poé'me de son collègue, le cardinal de Bernis.
(») Nam Venerem Martemqueinter nature locavît. Et niniiùm, ah 1 miseroc, snatiis conclusit iniqui».
(Boscoiritc/t, De Sol. et luit, defett. lib. t.)
(3) Inaneset vacuœ, (Gen. I, 2.)
(4)M>î&*;xâ>? «5 erxïps v.x:xr.i'X<>r>ln<vi:î *\ov<St\v n}v fitatv iovax-q. ( Voy. la lettre d'Hippocrate a uamagete; Hipp. opp. t. H., |>. 918-19. (II ne s'agi l point 'ici de l'authenticité de ces lettres.)
la suprême intelligence, à la place de ce vain fantôme de nature. Ne rapetissons pas misérablement l'Etre infini en posant des bornes ridicules à sa puissance et à son amour.
Y a-t-il quelque chose de plus certain que cette proposition: tout a été /ait par et pour V intelligence! Un système planétaire peut-il être autre chose qu'un système d'intelligences, et chaque planète en particulier peutelle être autre chose que le séjour d'une de ces familles? Qu'y a-t-il donc de commun entre la matière et Dieu? la poussière le connaît-elle (1)? Si les habitants des autres planètes ne sont pas coupables ainsi que nous, ils n'ont pas besoin du même remède; et si, au contraire, le même remède leur est nécessaire, ces théologiens dont je parlais tout à l'heure ont-ils donc peur que la vertu du sacrifice qui nous a sauvés ne puisse s'élever jusqu'à la lune? Le coup d'œil d'Origène est bien plus pénétrant et plus compréhensif ', lorsqu'il dit: E autel était à Jérusalem, mais le sang de la victime baigna V univers (2).
Il ne se croit point permis cependant de (i) Numquid confilebilur tibipulvis? 'Ps. XXIX, 10.) (2) Orig.,Hom. I, in Levit. n°5.
publier tout ce qu'il savait sur ce point: « Pour parler, dit-il, de cette victime de la « loi de grâce offerte par Jésus-Christ, et ce pour faire comprendre une vérité qui passe ce fintelligence humaine, il ne faudrait rien ce moins qu'un homme parfait, exercé à juce ger le bien et le mal, et qui fût en droit de ce dire par un pur mouvement de la vérité: ce Nous prêchons la sagesse aux parfaits (1). ce Celui dont saint Jean a dit: Voila T agneau ce de Dieu qui été les péchés du monde...ce a servi d'expiation, selon certaines lois ce mystérieuses de l'univers, ayant bien voulu ce se soumettre à la mort en vertu de l'ace mour qu'il a pour les hommes, et nous ce racheter un jour par son sang des mains ce de celui qui nous avaient séduits, et auce quel nous nous étions vendus par le pé- De cette rédemption générale, opérée par le grand sacrifice, Origène passe à ces rédemptions particulières qu'on pourrait appeler diminuées, mais qui tiennent toujours au même principe, ce D'autres victimes, dit-il, SUlt LES SACRIFICES. 31!')
c< se rapprochent de celle-là...je veux parce 1er îles généreux martyrs qui ont aussi « donné leur sang: mais où est le sage pour ce comprendre ces merveilles; et qui a de ce l'intelligence pour les pénétrer (1)? Il faut ce des recherches profondes pour se former ce une idée, même très imparfaite, de la loi « en vertu de laquelle ces sortes de victimes ce purifient ceux pour qui elles sont offercc tes (2)...Un vain simulacre de cruaulé « voudrait s'attacher à l'Etre auquel on les ce offre pour le salut des hommes; mais un ce esprit élevé et vigoureux sait repousser les ce objections qu'on élève contre la Providence ce, sans exposer néanmoins les derniers ce secrets (3): car les jugements de Dieu sont « bien profonds; il est bien difficile de les ce expliquer; et nombre d'àmes faibles y ont ce trouvé une occasion de chute: mais enfin (2) Les martyrs administrent la rémission des péchés; leur martyre, ù l'exemple de celui de Jésus-Christ, est un baptême où les péchés de plusieurs sont expiés; et nous pouvo)js en quelque sorte être rachetés par le sang précieux des martyrs comme par le sang précieux de Jésus-Christ. (Bossuet, Médit, pour le temps du jubilé, cinquième point i d'après ce même Origène dans l'Exhortation au martyre.)
« comme il passe pour constant parmi les « nations qu'un grand nombre d'hommes se « sont livrés volontairement à la mort pour « le salut commun, dans les cas, par exem- « pie, d'épidémies pestilentielles (1), et que « l'efficacité de ces dévouements a été recon- « nue sur la foi même des Ecritures par ce « fidèle Clément, à qui saint Paul a rendu « un si beau témoignage ( Phil., IV, 13.), « il faut que celui qui serait tenté de blas- « phémer des mystères qui passent la portée c< ordinaire de l'esprit humain, se détermine « à reconnaître dans les martyrs quelque « chose de différemment semblable..., » ce Celui qui tue...un animal venimeux...ce a bien mérité sans doute de tous ceux auxce quels cette bête aurait pu nuire si elle n'ace vait pas été tuée...; croyons qu'il arrive ce quelque chose de semblable par la mort ce des très saints martyrs..., qu'elle détruit ce des puissances malfaisantes..., et qu'elle ce procure à un grand nombre d'hommes des (1) Si l'on parcourt l'échelle de l'esprit humain, depuis Origène jusqu'à La Fontaine, on verra combien ces idées sont naturelles à l'homme.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accident» On fait (ie pareils dévouements.
( Animaux malades dt la ftilt.)
SUR LES SACRIFICES. 40!
« secours merveilleux, en vertu d'une cer- « taine force qui ne peut être nommée (1).»
Les deux rédemptions ne diffèrent donc point en nature, mais seulement en excellence et en résultats, suivant le mérite et la puissance des agens. Je rappellerai à cet égard, ce qui a été dit dans les Entretiens, au sujet de l'intelligence divine et de l'intelligence humaine. Elles ne peuvent différer que comme des figures semblables qui sont toujours telles, quelles que s oient leurs différences de dimension.
Contemplons en finissant la plus belle des analogies. L'homme coupable ne pouvait être absous que par le sang des victimes: ce sang étant donc le lien de la réconciliation, Terreur antique s'était imaginé que les dieux accouraient partout où le sang coulait sur les autels (2); ce que nos premiers docteurs mêmes ne refusaient point de croire en croyant à leur tour que les anges accouraient partout où coulait le véritable sang de la véritable victime (3).
(1) Orig., ubisup.
(2) Porphyr., de Abst., lib. Il, dans la Dém. dvang. de Leland, \om. I, ch. v, § 7. (Saint August. de Civil. Dei, X, il. Orig., adv.t Cels. lib. III.)
(3) Clirysost., Ilom. ///, in Ep. ad Ephes., orat. de \ai. Chr. f Par une suite des mêmes idées sur la nature et l'efficacité des sacrifices, les anciens voyaient encore quelque chose de mystérieux dans la communion du corps et du sang des victimes. Elle emportait, suivant eux, le complément du sacrifice et celui de l'unité religieuse; en sorte que, pendant longtemps, les Chrétiens refusèrent de goûter aux viandes immolées, de peur de communier (1).
Mais cette idée universelle de la communion par le sang, quoique viciée dans son application, était néanmoins juste et prophétique dans sa racine, tout comme celle dont elle dérivait.
Il est entré dans les incompréhensibles desseins de l'amour tout-puissant de perpétuer jusqu'à la fin du monde, et par des moyens bien au-dessus de notre faible intelligence, ce même sacrifice, matériellement offert une seule fois pour le salut du genre humain. La chair ayant séparé l'homme du ciel, Dieu Iîom. 7/7, de Incomp. Nat. Dei. — Perpél. de la foi, etc., in-4°, 1. 1, îv. II, chap. vu, n° 1. Tous ces docteurs ont parié de la réalité du sacrifice, mais nul d'eux plus réellement que saint Augustin lorsqu'il dit-. queleJuif, converti au ChristianHne> buvait lemémesang qu'il cwi'.l versé (sur le Calvaire). Aug. Sert i. LXXVII.
(1) Car tous ceux qui parlicip nia une même, victime sont un même SUlt LES SACRIFICES. 403 s'était revêtu cle la chair pour s'unir â l'homme par ce qui l'en séparait: mais c'était encore trop peu pour une immense bonté attaquant une immense dégradation. Celte chair divinisée et perpétuellement immolée est présentée à l'homme sous la forme extérieure de sa nourriture privilégiée: et celui qui refusera d'en manger ne vivra point (1). Comme la parole, qui n'est dans Tordre matériel qu'une suite d'ondulations circulaires excitées dans l'air, et semblables dans tous les plans imaginables à celles que nous apercevons sur la surface de l'eau frappée dans un point; comme cette parole, dis-je, arrive cependant dans toute sa mystérieuse intégrité, à toute oreille touchée dans tout point du fluide agité, de même l'essence corporelle (2) de celui qui s'appelle parole, rayonnant du centre de la toute-puissance, qui est partout, entre tout entière dans chaque bouche, et se multiplie à l'infini sans se diviser. Plus rapide que l'éclair, plus actif que la foudre, le sang théandrique pénètre les entrailles coupables pour (2) 2fi/t* v-yto-j rt. (Orig. adv. Cels., lib. V11I, n° 53, cité dans la Perpéi. de la foi, in-4", lom. II, liv. VII, ch. i.)
en dévorer les souillures (1). Il arrive jusqu'aux confins inconnus de ces deux puissances iiréconciliablement unies (2) où les élans du cœur (3) heurtent l'intelligence et la troublent. Par une véritable affinité divine, il s'empare des éléments de l'homme et les transforme sans les détruire. ce On a droit de « s'étonner, sans doute, que l'homme puisse « s'élever jusqu'à Dieu: mais voici bien un ce autre prodige! c'est Dieu qui descend jusce qu'à l'homme. Ce n'est point assez: pour ce appartenir de plus près à sa créature chéce rie, il entre dans t homme, et tout juste ce est un temple habité par la Divinité (4). » C'est une merveille inconcevable, sans doute, mais en même temps infiniment plausible, qui satisfait la raison en l'écrasant. Il n'y a (1) Adliœreai visceribusmeis...tttin me non rémanent scelerum macula. (Liturgie de la messe.)
(2) Usquc ad divisioncm animœ et spiri/ûs. ( Hebr. IV, 12.)
(3) Intcntiones cordis. (Ibid.)
(4) Miraris homines ad Deos ire P Deus ad homines venit; imb ( qued pvoprins est) in homines venit. (Son., Epist. LXX1V. /u unoquoqncviroritm boncrum. (quis decs incebtcm est) habitat Deus. (Id., Epist. XL1.)
Beau mouvement de l'instinct humain, qui cherchait ce que la foi possède!
IMTUS CHRISTOS INEST ET INOBSERVABLE Nl'SIEN.
(Vida, Hi/mn. in F.uchar.) QUIS DEUS CERTUM EST.
SUR LES SACRIFICES. 40 y pas dans tout le monde spirituel une plus magnifique analogie, une proportion plus frappante d'intentions et de moyens, d'effet et de cause, de mal et de remède. Il n'y a rien qui démontre d'une manière plus digne de Dieu ce que le genre humain a toujours confessé, même avant qu'on le lui eût appris: sa dégradation radicale, la réversibilité des mérites de l'innocence payant pour le coupable, et LE SALUT PAR LE SANG.
flN DU SECOND ET DEBNJER VCLUSIK, TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS LE SECOND VOLUME.
Septième entretien P(tg. 1 Notes du septième entretien 81 Huitième entretien 89 Notes du huitième entretien 134 Neuvième entretien!57 Notes du neuvième entretien 181 Dixième entretien 189 Notes du dixième entretien 2oG Onzième entretien. 265 Notes du onzième entretien 305 ÉCLAIRCISSEMENT SUR LES SACRIFICES.
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tï& m. i & r BT M3 Maistre, Joseph Marie Les soirées de Saint- Pétersbourg ta*î PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY >t%lM