céos par une foule de facteurs accessoires et insaisis- sables. Laissons là les théories et ne considérons que la pratique. Dans la pratique scolaire, il reste évident que le lien unissant la capacité intellectuelle à la capa- cité physique est assez lâche, et que,d'un examen d'anthropométrie corporelle on ne peut rien conclure sur l'intelligence d'un écolier. Le diagnostic pédago- gique ne jteut pas. du moins dans l'état actuel de nos connaissances, utiliser ces données anatomiques et physiologiques.
Cependant, il est des cas où l'état physique d'un enfant permet de faire des conclusions relatives à son état mental. Jusqu'ici nous nous sommes mis au point de vue du diagnostic. Supposons maintenant «(ue nous sommes dans les conditions d'une autre hypothèse qui pour le moins jjrésente autant d'in- térêt pratique que la précédente. Nous avons appris, par des preuves certaines, qu'un enfant est réellement moins intelligent que la plupart de ses camarades; il a de la difliculté et de la lenteur à comprendre, sa mémoire est paresseuse, son attention se fatigue vite. D'aspect chétif. il a une taille et un.poids en retard de deux ans. une capacité respiratoire en retard de trois ans. et ainsi de suite. Dans ce cas, point de diagnostic à faire; on n'a pas à partir de l'état phy- sique pour conjecturer l'état intellectuel, puisque l'état intellectuel du sujet est aussi bien défini que son état physique. L'accord de ces deux états, qui )résentent un caractère commun de misère, ne peut pas être négligé. Il est légitime de rechercher si réelle- ment il existe entre les deux états un lien de causa- lité. Pour cela, on aura recours au médecin scolaire; celui-ci fera un examen des dents, du tube digestif, il recherchera les végétations de l'arrière-gorge, les signes d'anémie, les maladies organiques du cœur et- du poumon; et il sera en mesure de savoir si le soupçon qu'on a eu est confirmé par un examen 60 LES IDEES MODERNES SLR LES ENFANTS méthodique. On voit donc V[ue la pratique des men- surations corporelles scolaires ne doit point être rejetée; car si ces mensurations. ])rises en elles- mêmes et isolées du reste, ont peu de si^^^nificatiou pour le diagnostic de l'intelligence, elles servent beau- coup lorsqu'elles sont conllrmées par des observations d'un autre genre; leur principal avantage est d'éveiller l'attention du pédagogue sur un enfant suspect qui sans cet examen corporel aurait passé inaperçu.
L'examen et la mesure du développement j)hysique des enfants n'ont pas seulement un intérêt de péda- gogie; toutes ces questions, quand on les comprend bien, débordent les intérêts propres de l'école, et prennent une véritable importance sociale; car elles mettent en jeu l'avenir de notre race et l'organi- sation de notre société. Après avoir constaté que le peu de développement intellectuel de certains écoliers est une expression d'un petit développement phy- sique, on ne peut pas se contenter de décrire celte corrélation pour son bel intérêt philosophique; il ne sutfit pas d'aligner des chiffres, il faut savoir ce que ces chiffres nous révèlent, il faut surtout regarder un peu les enfants qui ont été mesurés.
Nous avons voulu, dans une école où nous faisons nos mesures anthropométriques, regarder attentive- ment quels sont les enfants qui offrent un retard d'au moins deux ans dans leurs mesures. Nous avons fait appeler devant nous tous ces retardés et pour mieux mettre en lumière leur déficience intellec- tuelle, pour mieux aiguiser notre pouvoir d'observa- tion, nous les avons comparés à des écoliers de même âge, dont le développement était rigoureusement normal. Nous ne connaissions ni les uns. ni les autres, nous ignorions même leurs âges, nous cher- chions à deviner quels étaient les chétifs. Le D"" Simon, notre fidèle collaborateur, nous assistait dans cet LE CORPS DE l'enfant 6t essai. Nous ne limes pas déshabiller les enfants; on se contenta de regarder leur tète et leur aspect général. Le tableau vivant que nous eûmes sous les yeux fut saisissant, à tel point que sur trente enfants, composés mi-partie de normaux, mi-partie de retar- dés, qui nous furent présentés les uns après les autres, sans qu'on nous apprit leur âge. nous ne nous sommes trompés que six fois; dans les vingt- quatre autres cas. nous avons reconnu les retardés. Ce qui nous guidait surtout, c'était la vue d'en- semble, l'attitude du corps, la coloration de la peau du visage, la forme et l'expression des traits. De tout cela se dégageait une impression indéfinissable de misère physiologique.
Et ce qu'il y a de plus attristant et de plus grave, c'est que cette misère physiologique est l'expression d'une misère sociale, c'est-à-dire d'une misère autre- ment profonde, qui tient à la constitution même de notre société. Ici nous ne présentons pas de recherches entièrement personnelles, qu'on pourrait à la rigueur mettre sur le compte d'un milieu très spécial. Les résultats que nous avons obtenus sont, malheureuse- ment, en harmonie complète avec ceux de tous les au- teurs qui ont travaillé dans les écoles ouvertes au peuple. Et ces. auteurs sont nombreux. Citons Burg- graeve, Niceforo, Mac Donald. Schuyten, etc. Tous ont vu, comme nous l'avons vu nous-mêmes, qu'une grande, très grande partie des enfants qui ont un dé- veloppement corporel au-dessous de leur âge sont des enfants dont les parents sont de condition [)auvre et même misérable.
Il est facile d'établir rapidement dans une école primaire une statistique des enfants les jdus pauvres, d'après la manière dont on les fait profiter de l'assis- tance. Cette assistance se traduit de deux manières, par une distribution de vêtements gratuits, et par une distribution de nourriture gratuite. Il est clair que ces G 62 LES IDEES MODERNES SUR LES ENFANTS distributions sont faites par le directeur de l'école après une enquête discrète sur la condition sociale des parents; on connaît donc quels sont les parents les moins fortunés, on peut même établir des désirés d'infortune, et pour tout dire, des classes sociales. Or. en cherchant comment les enfants avancés et retardés physiquement se distribuent dans cesclasscs sociales, nous trouvons que les retardés sont en majorité dans les classes qui ont besoin d'assistance, soit de nourriture, soit de vêtement, soit des deux à la fois; tandis que les réguliers et surtout les avancés physiquement appartiennent en majorité aux classes moins pauvres.
Voilà donc un fait bien démontré, malheureusement. Un bon noml)re des enfants de corps chétif qui fré- (fuentent nos écoles primaires publiques sont réduits à cet état, par suite de privations subies dans la famille, privations qui probablement portent à la fois sur la nourriture et sur l'hygiène. Et ce qu'il y a de plus grave encore, c'est que cette diminution de vigueur physique n'est pas un phénomène individuel, s'étant ])roduit seulement chez les enfants, et dont on pourrait amener la suppression par une assistance attentive; non, c'est bien réellement de la misère héréditaire, qui caractérise la famille pauvre, car ce n'est pas seulement l'enfant qui. lorsqu'on le mesure physiquement, se montre inférieur à la moyenne; la même infériorité existe chez son père et chez sa mère. Nous avons prié ceux-ci par circulaire de nous en- voyer leur mesure; nous avons adressé cette demande à tous les parents des écoliers; et les chiffres nom- breux qui nous ont été envoyés, et dont, naturelle- ment, nous ne pouvons attester que la valeur globale (car nous ignorons avec quel soin chaque parent a mesuré sa taille), nous montrent à l'évidence que déjà la taille des parents pauvres est légèrement au-dessous de la moyenne, tandis que celle des parents aisés J reste lép^èrement au-dessus. En etîet, il y a 54 °/o de pauvres au-dessous de la taille de 1 m. 60, et il y a seulement 47 °/o de parents aisés qui soient au- dessous. Les ditTérenees ne sont point élevées comme valeurs absolues, mais bien sii^mificatives comme <lirection.
C'est ainsi qu'en employant des instruments aussi modestes qu'une toise et une balance, et eu faisant <les opérations qui semblent bien élémentaires, presque inutiles, l'éducateur se trouve conduit devant les pro- blèmes sociaux les plus angoissants de notre époque. Ces problèmes, ce n'est pas à lui de les résoudre; ils dépassent l'école et la pédairogie. Mais il doit les signaler avec insistance aux pouvoirs publics, et dans la proportion oîi il détient une parcelle des fonctions d'assistance, si développées chez nous, il doit s'appli- quer à ce que les secours dont il dispose aillent aux enfants qui en ont le plus besoin. Non seulement des (MKjuètes sur les milieux, sur les |)arents, mais encore des mensurations attentives du développement corpo- rel devraient être faites dans toutes les écoles, et les résultats de ces mensurations, après contrôle, devraient être utilisés puisqu'ils constituent une véritable mesure de la misère sociale. Je demanderais à ce que ces résultats fussent groupés dans un office central, où l'on aurait une vue d'ensemble sur les écoles, et (»ii l'on chercherait à proportionner à la misère de la )Opulation de chaque école la quantité de secours en vêtements et en nourriture qu'on lui accorde. Ainsi, le service des cantines gratuites, (jui dépend actuellement de conditions accidentelles et toutes locales, <levrait être entièrement revisé sur les bases que nous indiquons, de manière que les aliments gratuits fussent flistribués en plus grande abondance dans les écoles les plus pauvres. Nous ne demandons pas de nou- veaux crédits, mais une distribution plus rationnelle <le ceux qui existent déjà.
6i LES IDEES MODERNES SUR LES ENFANTS C'est eu iaisant prévaloir ces idées de contrôle scien- tifique, c'est en guidant ainsi la répartition générale des secours, que l'éducateur contribuera, pour une grande part, à introduire le bon sens, la précision et la justice dans les œuvres d'humanité.
Voilà ce (ju'on peut dire sur la manière dont il faut diriger les actes d'assistance. Mais la question est encore plus étendue, et le mal est encore plus pro- fond que ce que nous avons laissé supposer. Les classes pauvres et misérables ne présentent pas seu- lement des signes de dégénérescence physique. Leur dégénérescence physique s'accompagne de dégéné- rescence intellectuelle et morale. Ce ne sont pas seulement des vues théoriques, ce sont malheureu- sement des laits, des laits indéniables; nous les avons recueillis non seulement à Paris, mais dans des villes de province, et jusqu'au milieu des populations agri- coles. Partout, les enfants de parents pauvres et misérables sont moins intelligents que les autres; ce qui l'atteste, c'est d'abord qu'en général ils sont plus souvent en retard dans leurs études; ils ont à onze ans. par exemple, l'instruction à laquelle les fds de familles plus aisées atteignent dès neuf et dix ans; autre ])reuve. ils arrivent en moins grand nombre au cerlilicat d'études, cet examen dont il ne faut pas médire, car il est une mesure de niveau intellectuel. Dans une petite école de campagne, on a fait une petite enquête, sur ma demande, et on a trouvé qu( tous les enfants de milieux aisés avaient eu leur! certificat, tandis que ceux des milieux de misère nej l'avaient obtenu que dans la proportion infiniment faible de un sur quatre. Voilà pour l'intelligence. Cel n'est pas tout; les sentiments moraux ont subi une déchéance parallèle. Ne parlons point des sentiments| moraux des jeunes enfants, car à l'école ou n'a guère l'occasion de les observer; mais prenons surtout ei LE CORPS DE l'enfant 65 considération ceux des parents. Les père et mère ont un devoir essentiel à remplir vis-à-vis de leurs en- fants: leur donner des soins matériels, veiller à leur propreté, à leur nourriture, à leur hygiène et leur imposer l'ordre. le soin, la régularité; puis viennent les soins intellectuels: se rendre compte de la manière dont les devoirs sont faits et les leçons sont sues; et enfin, les leçons morales, inculquées surtout par l'exemple, les bons conseils, les récompenses justi- fiées, et les punitions sans excès ni faiblesse. A ce triple point de vue, matériel, intellectuel et moral, les parents de condition pauvre et misérable se montrent nettement inférieurs aux parents de milieux plus aisés. Un instituteur de province. M. Limosin. bien placé pour les eonnaitre. m'a renseigné à ce sujet au moyen d'une statistique attentive, qui ne peut laisser aucun doute, tant les conclusions en sont éloquentes; et tous les directeurs d'écoles parisiennes auxquels j'ai montré ces conclusions m'ont assuré sans hésiter que leur expérience personnelle leur permettait d'y sous- crire.
Gomment donc expliquer une telle déchéance des classes pauvres? S'il s'agissait de cas isolés et peu francs, on aurait la tentation de recourir à de petites explications. On remarquerait par exemple que plu- sieurs pères très pauvres sont très occupés pendant la journée, reviennent le soir chez eux très surmenés, et n'ont pas le temps de veiller sur le travail de leurs enfants; plusieurs aussi ne se rendent pas encore bien compte de l'utilité de l'instruction. D'autres raisons pourraient être invoquées. Nous ne croyons pas à leur généralité. La déchéance sociale en présence de laquelle nous nous trouvons est trop importante pour s'expliquer par des causes aussi petites, elle nous parait être plutôt une conséquence de la déchéance physique. Tout se tient dans l'orga- nisme; si la partie physique subit une régression, 6.
66 LES IDEES MODERNES SUR LES ENFANTS la partie mentale doit subir à la lonirue une régres- sion analogue. Or. c'est par suite d'un abaissement du niveau j)hysique que l'individu montre moins d'in- telligence, moins d'attention, moins de mémoire, et surtout qu'il réfléchit moins, qu'il sacrifie constam- ment demain à aujourd'hui, qu'il satisfait sans mesure des besoins immédiats, cède à la suggestion du jilai- sir, de l'exemple, de l'alcool, et gaspille en un jour ou deux le gain d'une semaine. La véritable déll- nition morale du miséreux ce n'est pas: un être qui manque d'argent; c'est: un être qui est incapable d'épargner. Et tous ces etTets mentaux de la déchéance physique sont les conséquences naturelles du défaut d'hygiène et d'alimentation; elles en sont les elTets et en même temps, mais d'une manière accessoire, les causes; car la mauvaise hygiène et la mauvaise ali- mentation sont encore aggravées par le défaut de réflexion et le manque d'esprit de conduite. En vérité, le système des castes, que la Révolution de 1889 a abolies, existe encore; elles ne sont ])lus reconnues ni sanctionnées par la loi. mais elles subsistent en fait, attestées par l'amoindrissement jihysique. intel- lectuel et moral des êtres les plus misérables.
III LA MESURE DU DEVELOPPEMENT PHYSIQUE Après ces considérations générales, parlons un pei de technique. Nous avons montré, par tout ce quipré-] cède, l'intérêt que présente l'appréciation de l'éta^ physique d'un enfant. Voyons comment on peut faire cette appréciation. Comme ceci n'est pas un traité ni unj guide, comme nous cherchons simplement à exposai quelques idées nouvelles, qui nous sont suggérées pa^ notre expérience, nous laisserons de côté une parti« LE LOlîPS DE L ENFAM' 0 1 de cet examen, qui n'est pas de la compétence de l'éducateur, et pour laquelle il a besoin du concours d'un médecin intelligent; c'est la partie proprement médicale, consistant dans la recherche d'un état pathologique défmi. comme la tuberculose, la scro- fule, l'anémie, l'épilepsie. etc.. sans compter, bien entendu, les atîections aiguës. Nous ne jjarlerons ici que des procédés à mettre en usage ])our Caire de V anthropologie scolaire.
Déjà, sans procédé d'aucune sorte, un œil exercé saperçoit si un enfant est robuste ou non. Une bou- che au dessin énergique a une toute autre signification que des lèvres molles, vaguement dessinées et tom- bantes. Une chair au modelé défini et comme sculpté est plus saine qu'une chair fiasque. La coloration surtout est imi^ortante; elle est formée par le mélange de deux tons élémentaires, l'un rouge, l'autre jaune, dont la valeur et la proportion doivent être telles que le visage paraisse coloré, et ne le soit pas plus en jaune qu'en rouge, mais d'une manière équivalente; le teint blanc^ par défaut de ces deux colorations, ou l'exagération d'un seul des deux tons, est une dévia- tion de l'état normal. J'attirerai encore l'attention sur l'expression de force ou de faiblesse que donne l'atti- tude du corps. Pendant le repos, une personne fatiguée se trahit par deux sortes d'attitudes: des attitudes ligamenteuses, c'est-à-dire telles que pour garder la position, on ne recourt pas aux muscles, mais aux ligaments; ou bien des attitudes dans les- quelles on recherche inconsciemment un appui; par exemple, on s'accote à un mur. on s'accoude à une table, on se renverse sur le dossier d'un fauteuil. La recherche de l'appui est évidemment le signe d'une faiblesse physique, car toutes les fois qu'on est appuyé, on éprouve un soulagement, en raison du poids que l'on fait supporter à l'appui et dont on débarrasse son corps. Ainsi, je suppose qu'on soit 68 LES IDEES MODERNES SLR LES ENFANTS assis sur une chaise, et que la chaise soit placée sur une bascule; si on vient à s'appuyer avec les deux coudes sur une table posée devant la balance. celle-<;i accusera aussitôt une diminution de poids, qui peut être considérable, de 10 kilos par exemple, pour citer un chitTre qui fixe les idées. C'est autant de moins à supporter pour les muscles dorso-lombaires.
Les instruments permettant une mesure du dévelop- peiîient corporel sont la toise, pour la taille; la balance, pour le poids; le compas d'épaisseur, pour la largeur d'épaules; le dynamomètre, pour la force musculaire; le spiromètre, pour la capacité vitale. Donc cinq ins- truments en tout. Ils suffisent, et si on sait s'en, servir, on peut faire avec eux des constatations extrê4| mement utiles.
Nous ne nous attarderons pas à présenter des des- criptions sur l'emploi de la toise et de la balance; ce sont là des détails ({u"on trouvera dans tous les ouvrages spéciaux.
Un mot. en passant, sur le procédé qui rend compte des dimensions de la poitrine.
Nous conseillons de rejeter la mesure de la circon- férence de la poitrine au ruban gradué, parce que l'opération comporte des erreurs qui sont énormes, relativement aux variations individuelles et à l'accrois- sement annuel du périmètre thoracique; on s'en aper- çoit bien, du reste, si on s'avise de se contrôler soi- ^\ même, en prenant deux fois la même mesure sur la même poitrine; on sera étonné de la grandeur des écarts qui sépare ces deux mesures.
Nous proposons de se préoccuper d'une autre dimension thoracique. c'est la largeur des épaules, '\ ou diamètre bi-acromial. compté entre les repères osseux fournis par les deux acromions. Pas plus que le périmètre thoracique, il est important de le dire, le diamètre bi-acromial ne donne une idée de l'ampli- tude respiratoire; mais il exprime le développement LE CORPS DE l'enfant 69 du corps on largeur et il complète, par conséquent, très heureusement la donnée fournie par la taille, qui ex- prime la croissance en hauteur.
A ces explorations anatomiques. nous ajoutons habi- tuellement une mesure de la force musculaire, en employant le classique dynamomètre; c'est une ellipse d'acier qu'on place dans l'intérieur de la main et qu'on presse avec les doigts et la paume -, un cadran intérieur indique en kilogrammes le chiffre de la pression et mesure ainsi la force maximum dépensée par les muscles fléchisseurs de l'avant-bras.
C'est, bien entendu, une mesure toute locale de la force musculaire, qui ne nous apprend rien sur l'énergie des autres muscles, par exemple, sur les masses musculaires du tronc et des jambes; cepen- dant, tel qu'il est, le chiffre de pression manuelle au dynamomètre est précieux et bien plus significatif que l'ancien procédé clinique, qui consistait à dire à un malade: « Serrez-moi la main >> et à apprécier som- mairement la force dépensée dans le serrement de main. La principale critique qu'on puisse adresser au dynamomètre est d'enregistrer une sorte d'explosion de la force, et non l'apport continu d'une épreuve de fond. Évidemment, c'est dommage. Dans toutes les circonstances de la vie, c'est plutôt de fond qu'on a besoin; la force physique, comme la volonté et les autres qualités morales, se révèle surtout par la con- tinuité de la lutte contre un obstacle qui dure; tandis qu'un effort éphémère, si intense qu'il soit, a beau- coup moins de valeur, il renseigne beaucoup moins exactement sur la quantité de force dont un sujet dis- pose et aussi sur sa disposition à se fatiguer.
Je me rappelle, à ce propos, quelques observations bien instructives que j'ai faites, il y a une dizaine d'années, sur une pelouse sportive, avec la collabora- tion d'une équipe de jeunes gens qui jouaient avec acharnement au foot-ball. Je leur fis serrer des dvna- 70 LES IDÉES MODERXES SLR LES EX'FANTS momètres à deux reprises: d'abord, avant la partie, puis, quelques heures après, quand ils m'arrivèrent suant, barrasses de fatigue et bien déprimés. Je leur fis donner chaque fois une série de pressions. Ce qui me frappa le plus, ce jour-là, c'est que les premiers chiffres de pression qu'ils me donnèrent avant la partie, et après, étaient à peu près équiva- lents; mais leur expression de i)hysionomie était bien différente; au début, quands ils n'étaient pas encore fatigués, leur figure restait calme pendant l'effort; après la partie, ils faisaient toutes sortes de grimaces.de cris et de contorsions en serrant le dyna- momètre, comme si cette gesticulation exag('i-ée leur était nécessaire pour produire le même travail (pfavant. Quoique fatigués, ils donnaient donc le même travail que reposés; mais ils le donnaient autrement. Ce travail leur coûtait un plus grand effort, et c'est là, dans cette manifestation d'un eifort. devenu néces- saire, que se révélait curieusement la fatigue pro- duite par le jeu de foot-ball.
Il est tout indiqué, lorsqu'on veut faire une épreuve de fond, de demander aux élèves, non pas une pres- sion unique au dynamomètre, mais plusieurs pressions en série. On a préconisé d'autres instruments, alin de mesurer le travail musculaire dont un individu est capable jusqu'au moment de réj)uisemeut ou plutôt jusqu'au moment de la fatigue très grande qui inhibe le travail (car l'épuisement véritable ne se i)roduit jamais); le plus connu de ces instruments est dû à l'ingéniosité du physiologiste italien Mosso. qui l'a baptisé: un ergographe. Il est excellent, mais c'est un instrument compliqué de laboratoire, qui ne peut guère servir couramment dans les écoles, à cause de son volume encombrant, du temps très long qui est nécessaire pour le mettre en fonctionnement et des causes d'erreurs qu'il comporte, si on ne le surveille pas avec une extrême attention.
I LE CORPS DE l'eXFAM 7i Je préfère résolument le dynamomètre, quand on veut, par une exploration rapide, faire le diagnostic des forces d'un individu. Si l'on dispose d'un peu de temps et qu'on veuille faire une étude approfondie, c'est à un instrument d'un tout autre ordre, au spiro- mètre, qu'il faut donner la préférence.
Le spiromètre est un composé de flacons, de poids ou de ressorts qui fait connaître la capacité respira- toire d'une personne, c'est-à-dire la plus grande quan- tité d'air qu'on puisse faire sortir volontairement de ses poumons, après une inspiration très forte. Beau- coup d'observations, toutes concordantes, ont démon- tré que la capacité respiratoire est la meilleure donnée que nous ayons sur la force de résistance ou capacité vitale d'un individu. Bien respirer est le signe le plus sûr qu'on est capable, non seulement de donner un gros etïort. mais de prolonger cet effort et de four- nir, par consécjuent, un travail musculaire de quantité considérable. Or. bien respirer, c'est ventiler large- ment ses ])ounions; la quantité de litres d'air qu'on fait passer à chaque respiration par son organe respi- ratoire mesure cette fonction. Ceux qui sont physique- ment forts se reconnaissent à un petit signe, qui échappe au vulgaire, mais que les physiologistes con- naissent bien; il n'y a qu'à les regarder respirer naturellement; leurs actes respiratoires sont peu nom- breux et très profonds; ils respirent lentement, mais ils vont à fond dans leur souffle. C'est aussi le type de respiration des écoliers qui ont subi un entraîne- ment physique rationnel, et qui sont en forme. Les non entraînés, les débiles du corps respirent, au contraire, par coups pressés et superficiels.