SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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Apres cela ie confideray en general ce qui elt requis a vne propofitioupour eftre vraye 8c certainei car puifqueievenois d'en trouuer vnc que ie fçauois eftre telle, ie penfay que ie deuois aufly fçauoir en quoy confifte cete certirude. Et ayant remarqué' qu’il n’y a rien du tout en cecy,ie penfe donc ie fuis, qui m'afiure que ie dis la vérité, finon que ie voy très clairement que pour penfor il faut eftre: le iugay que ie pouuois prendre pour reiglc generale, que les chofes que nous conceuons fort clairement & fort diftin<ftement font toutes vrayes j Mais qu’il- y a feulement quelque difficulté à bien, remarquer quelles font cellesque nous conceuons diftindtemenr. • En fuite de quoy faifant réflexion fur ce que ie doutois, 8c que par conlequent mon eftre n’eftoit pas tout parfait -t car ie voyois clairement que c eftoit vne plus gran- De La Méthode. 3j grande perfection de connoiftre que de douter: le m'auïfay de chercher d’où i’auois appris à penfer à quelque choie de plus parfait que ie n’eftoisj & ie connu cuidenraent que ce deuoit eftre de quelque nature qui fuft en effeCt plus parfaite. Pour ce qui eft des penfc'es que i’auois de plufieurs autres choies hors de moy, comme du ciel, de la terre, delà lumière, de4a chaleur, & de milles autres, ie n’eftois point tant en peine de fçauoir d’où elles verîoient à caulê que ne remarquant rien en elles qui me femblaft les rendre fuperieures à moy, ie pouuois croyre que fi elles eftoient vrayes, c’eftoient des dépendances de ma nature, entant qu’elle auoit quelque perfection; & fi elles ne l’eftoient pas, que ie les tenois du néant, c'eft a dire, qu'elles eftoient en moy poureeque i’auois du defaut. M^is ce ne pouuoit eftre le mefme de l’idee d'vn eftre plus parlait que le mien: Carde la tenir du néant t'eftoit choie manifèftement impolfible; Et poureequ’il n’y a pas moins de répugnance que le plus parfait foit vne fuite & vne dépendance du moins parfait, qu’jl y en a que de rien procède quelque chofe, ie ne la pouuois tenir noi) plus de moymefine; De façon qu’il reftoit qu’elle euftefte' mife en moy par vne nature qui fuft veritablemët plus parfaite que ie n'eftois, & mefme qui euft en foy toutes les perfections dont ie pouuois auoir quelque idée, c’eft a dire, pour m expliquer eh vn inot, qui fuft Dieu. A quoy i’adiouftay que puifq; ie connoiflois quelques perfections que ie n'auois point* ie n’eftois pas le feul eftre qui exiftaft (i'vferay s’il vour.plaift icy librement des mots de rElchole’) Mais qu’il falloir de neceffite qu’il yen euft quelque autre plus e z. par- + Discours. * parfait, duquel ic dependifle, & duquel i’eufle acquis toutceque i’auois: Car fi i'eufle eftéfeul & indépendant de tout autre, en forte que i'eufle eu de rnoymef* me touf ce peu que ie participois de l’eftre parfait* i’eufle pû auoir de moy par mefme raifon rout le furplus que ie connoiflois me manquer, & ainfi eftre moymefme infini, etcrne!, immuable, tout connoiflant, tout puiflant, & enfin auoir toutes les perfections que ie pouuois remarquer eftre en Dieu. Car fuiuant les raifonnemens que ie viens, de faire, pourconnoiftrela nature de Dieu autant que la miene en eftoit capable, ie n'auois qu'à confiderer de toutes les chofes dont ie trouuois en moy quelqj idée, fi c’eftoit perfection ou non de les pofleder, & i'efrois afluré qu'aucune de celles qui marquoient quelque imperfection n’eftoit en luy, mais que toutes les autres y eftoient. Comme ie voyois que le douref l’inconftance, la triftefle, & chofes forablables, n’ypouuoient eftre, vûque i’eufle eftc'moymefme bien ayfe d'en eftre exempt. Puis outre cela i’auois des idées de plufienrschofosfeDfibles & corporelles: car quoy que ie fuppo/âfle que ie refuois, & que tout ce que ie voyois ou imaginois eftoit faux, iene pouuois nier toutefois que les ide'es n’en fuflent veritablementen ma penfe'e: Mais poureeque i’auois défia connu eu moy très clairement que la nature intelligente eftdiftinCte de la corporelle, conliderant que toute compofition tclmoignc de la dépendance, & que la dépendance eft manifeftement vnv.

defaut, ie iugeois de là, que ce ne pouuoit eftre vne perfection en Dieu d’eftrecompofédcces deux natures, & queparconfequcntilnci’eftoitpas* Mais qnes’ily auoit . y De La Méthode.

quelques cors dans le monde, oubien quelques intelligences ou autres natures qui ne fuflent point routes parfaites, leur cftredeuoit de pendre de fapuiflanceêntel- % le forte, quelles ne pouuoient fubfifter fans luy vti feul moment.

le voulu chercher après cela d’autres yeritez, & m'eftantpropoférobietdcsGeomctres, que ieconceuois comme vu cors continu, ou vn efpace indéfiniment • eftendu en lôgueur largeur & hauteur ou profondeur, diuifible en diuerfes parties,. qui pouuoient auoir diuerfes • figures, & grandeurs, & eftre meuësou tranfpofées en toutesfortes, car les Geometres fuppofent tout cela eu leur obiet, ie parcouru quelques vnes de leurs plus fini- /, pies demonftrations; Er ayant pris garde que cete grande certitude, que tour le monde leur attribue, n’eft fondée que fur ce qu’on les conçoit euidenment, fuiuant la reiglequeiay tantoft dite; le pris garde aufly qu’il ny auoitriendutouten elles qui m’afluraft de lexiftence de leur obiet: Car par exemple ie voyois bien* que fuppofantvn triangle il falloir que les trois angles fuflent efgaux à deux droits,maisie ne voyois rien pour cela qui m’aflurâft qu'il y euft au monde aucun triangle: Au heu que reuenant à examiner l’idee que i’auois d’vn Eftreparfaic,ietrouuois que lexiftence y eftoit comprife, en mefme façon qu'il eft compris en celle d'vn triangle que ces trois angles font efgaux à deux droits» « ou en celle d’vne Sphere que toutes fes parties font cfgaiement diftantes de fon centre, ou mefme encore plus euidenment. Et que par confèquent il eft pour le moins aufly certain, que Dieu, qui eft cet Eftre parfait, eft ou r; exifte, • ,f * ' * •.

cxifte, qu'aucune dcmonllration de Géométrie le fçauroiceftre.

# Mais co qrit fait qu’il y en a plufieurs qui fe perfuadent.

qu'ily'adeladifficultcàlcconnoiftrc, & mefmcauflyà connoiftrcccqucc'cft que leur amc, c’eft qu’ils n’efletient iamais Içurcfprit au delà des choies fenfibles, & qu’ils font tellement accouftumez à ne rien confiderer qu’en l'imaginant, qui eft vne façon de penfer particulierepour les choies materielles, que tout ce qui n'eft pas imaginable leur femblen ’eftr» pas intelligible. Ce qui eft aflfcz manifefte de ce que mefmc les Philofophcs ticnent pour maxime dans les Efcholes, qu'il n’y arien dans l’entendement qui n’ait prcmicremcntcftc' dans le fens, où toutefois il eft certain que les Idées de Dieu & de l’amc n’ont iamais efte", Et il me fcmblc que ceux qui veulent vfer de leur imagination pour les comprendre, font tout de raefmequefi pour ouïr les Ions, ou fentir les odeurs, ils le vouloientferuir de leurs yeux: Sinon qu’il y a encore cete différence, que le fens de la veuë ne nous allure pas moins de fa vérité de fesobiets, que font ceux de l’odorat ou de l’ouye^ au lieu que ny noftre imagination • ny nos fens ne nous fçauroient iamais alTurer d aucune choie, fi nüftrc entendement n’y interuient.

Enfin s’il y a encore des hommes, qui ne foient pas affezperfuadezdel’cxiftenccdeDieu & delcur ame, par les raifons quci’ay apportées, le veux bien qu’ils fçaehent que toutes les autres chofcs, dont ils le penlent peuteftre plusaflurez, comme d’auoir vn cors, & qu’il yades aftrcs, & vne terre, & chofcs fcmblablcs, font moins certaines: Car encore qu’on ait vne affurance morale de * • „ - CCS N Db La Méthode. 39 ces chofês, qui eft telle, qu’il femble qu’à moins que d’eftreextrauagant ou tien peut douter -, "foutefois au£, fy a moins que d’eftre déraisonnable, lorfqu’il eft queftion d’vne certitude metaphyfique, on ne peut nier,que ce ne foit aflcs de fuiet pour n en «lire pas entièrement allure", que d auoir pris garde quon peut en mefine façon, s imaginer eftantpndormi qu'on a vu autre- cors, & qu on voit d autres aftres, & vne autre terre, fans qu’il en foit rien. Card oùlçait on que les penfées qui viencnt en fonge font plutoft fauffes que les autres, vuque fouuent elles ne font pas moins viues & expreffes? Et que les meilleurs Efprits y eftudient tant qu’il leur plaira, ie necroy pas qu'ils puiflent donner aucune raifon qui (bit fijffifantcpourofter ce doute,- s’ils ne prefuppofent l e*-rftencç de Dieu. Car premièrement cela mefmc que i'ay tantoft pri> pour vne rcigle, à fçauoir que les chofcs que nous conceuons très elairemeut & très diftinâement font toutes vrayes, n*eft aflliré qu'a caufè que Dieu eft ou exifte’, & qu’il eft vn eftre parfait, •& que font ce qui eft en nous vient de luy: D’où il fuit que nos idées ou no-, tions, eftant des chofes reelles, & qui vienët de Dieu,en tout ce en quoy elles font claires & diftin&es, ne peuuent en cek eftre que vrayes. En forte que û nous en. auons aflez fouuent qui contienent de la fàufletc', ce ne peut eftre que de celles, qui ont quelque chofe deconfus & obfcur, à caufe qu'en cela elles participent duneant: c'eft a dire,qu 'elles ne font en nous ainfi confufes qu'a caufe que nous ne fommes pas tousparfaits. Ét il eft euident qu’il n’y a pas moins de répugnance que la faufletef ®u l’iinperfe&ion procédé de Dieu entant que telle,qu'il yen 4© Discours.

y en a que la vérité ou la perfe&ion procédé du néant. Mais fi nonsne fçauions point que tout ce qui eft en nous de reel, & de vray, vient d’vn eftre parfait & iufini, pour claires &diftin<ftes quefuflent nos idees, nous n'aurions aucune raifori qui nous afturaft, qu elles eufient la pèrfe<ftion d’eftre vray es.

Or après que la cdnnoiflançp de Dieu & de l’ame nous a aiufi rendu certains de cete réglé, il eft bien ayfé à connoiftre que les refueries que nous imaginons eftanc endormis, ne doiuent aucunement nous faire douter de la veritèdes penfées que nous auons eftant efcieillcz. Car s’il arriuoitmefine en dormant qu’on euft quelque idee fort diftinde, comme par exemple qu’vn Geometre inuentaft quelque nouuelle demonftration, fon fommeil nel’empefcheroit pas d’eftre vraye: Et pour l’erreur la plus ordinaire de nos fonges, qui confifte en ce qu ils # nous reprefentent diuers obiets en mefme façon que font nosfens extérieurs, n'importe pas qu’elle nous donne occafion de nous deffier de la vérité de telles idées, à caufe quelles peuuent aufly nous tromper aflez fouuenc fans que nous dormions: comme lorfque ceux qui ont la # iaunifle voyenttoutde couleur iaune; ou que les aftres ou autres cors fort efloignez nous paroiffent beaucoup plus petits qu’ils 11e font. Carenfin, foit que nous vciU. lions, foit que nous dormions, nons ne nous deuomia-. mais laifler perfuadèr qu’a l'euidence de noftre radon. Et il eft a remarquer que ie dis, de noftre radon, & non point, de noftre imagination ny de nos fens. Comme encore que nous voyons le foleil très clairement, nous ne ■deuons^>as inger pour cela qo’il ne (oit que de lagran- J > De La Méthode. 41 deur que nousle voyons; Et nous pouuons bien imaginer diftinètemêt vne tefte de lion entée fur le cors d’vne c heure, fans qu’il faille conclure pour kcela qu'il y ait au monde vneChimere: Car la raifon ne nous diète point que ce que nous voyons ou imaginons ainfi Toit véritable. Mais elle nous diète bien que toutes nos idées ou notions doiuent auoir quelque fondement de vérité, car ilneferoitpas poffible que Dieu quilelt tout parfait & tout véritable les euft mifes en nous fans cela; Et pourcequenosraifonnemensne font iamais fi euidens ny H entiers pendant le lommeil que pendant la veille, bienque quelquefois nos imaginations foient alors autant ou plus viucs ôrtxprefTes, elle nous diète aufly que nos pensées ne pouuant eftre toutes vrayes, à caufe quenous ne fommespastous-parfaits, ce quelles ont de -vérité doit infalliblement fc rencontrer en celles que nous auons eftantefueillez,plutoft qu'en nos fonges.

Icferoisbienayfede pourfuiure, & défaire voiriéy Cinquitoutelachaifnedes autres veritez que iay déduites de efme ces premières: Mais a caufe que pour cet effeèt, il ferait Part*e* maintenant befoin que ie parlafle de plufieurs queftions, qui font en controuerfo entre les doètes, auec lefquels ie ne defire point me brouiller, ie croy qu'il feraroieux que ie m’en abftiene; & que ie die feulement en general quelleselles font, affin de laifler iuger aux plus fages, s'il ferait vtile que le public en fuit plus particulièrement informé. le fuis toujours demeuré ferme en la refolution que i’auois prifè, de ne fuppofer aucun autre principe, queceluy dont ie vien de me feruir pour demonhrerl’exiftence de Dieu & de l’ame, &de ne receuoîr f aucune 4» Discours aucune chofe pour vraye, qui ne me fcmblaft plus claire & plus certaine que n'auoient fait auparauant les demonftrationsdesGeometresrEtneantmoins i’ofe dire,, que non feulement iay trouue' moyen de me fatisfaire en peu de tems, touchant toutes les principales didicultez dont on a couftume de traiter en la Philofophiej. Mais aufTy que i’ay remarque" certaines loix, que Dieu a tellement eltablies en la nature, & dont il a imprime de telles notions en nos âmes, qu’aprés y auoir fait afTez de réflexion* nous ne fçaurions douter quelles ne foient exactement obferuées, en tout ce qui eft ou qui fe fait dans le monde. Puis en conflderant la fuite de ces loix, il me fèmble auoir defcouuert plulieurs verltez plus vtiles & plus importantes, que tout ceque i’auois appris auparauant, ou mefme efperdd’apprendre.

Mais poureeque iay tafehe d’en expliquer les principales dans vn traite, que quelquesconfiderationsm’empefehent de publier,ie ne les fçaurois mieux faire connoiflre, qu’en difant icy fommairement ce qu'il contient. Iay eu deflein d’y comprendre tout ce que ie peufois fçauoirauant quedc l’efcrire, touchant la nature des chofes materielles: Mais tout de mefme que les peintres, ne pouuant efgalement bien reprefenter dansvn tableur plat toutes les diuerfes faces d’vn cors folide, en choififjfent vne des principales qu’ils mettent feule vers le iour, & ombrageant les autres, ne les font paroiftre, qu'antant qu’on les peut voir en laregardant: Aiufi craignant de ne pouuoir mettre en mon difeours tout ceque i’auois eu la penfee, i’entrepris feulement d’y expofer bien amplement ce que ie conccuois de la lumière -y Puis a fon occa- De La Méthode. 43 lion d'y adioufter quelque chofe du foleil & des Eftoiles fixes, à caufe qu'elle eu procédé prefq; toute., des deux, a caufe qu'ils la tranfraettent, des Pianetes>des Comètes, & de la terre, à caufe qu’elles la font reflefchir,& en particulier de tous les cors qui font fur la terre,à caufe qu'ils font ou colorez, ou tranfparens, ou lumineux, & enfin de l’homme, à caufe qu'il en ef$ le fpeétateur. Mefme pour ombrager vn peu toutes ces choies, &pouuoirdire plus librement ce que i’eniugeois, fans eftre obligé de future ny de réfuter les opinions qui font receucs entre lesdodtes, ieme refolu de laifler tout ce monde icy a leurs difputes, & de parler feulement de ce qui arriueroit dans vn nouueau, fi Dieu creoit maintenant quelquè part dans les efpaces imaginaires affez de matière pour ' le compofer, & qu’il agitait diuerfement & fans ordre les diuerfes parties de cete matière, en forte qu'il en compofàft vn Chaos auffy confus que les Poètes en puiflent feindre. Et que par apres il ne fift autre çhofe que prefter fon concours ordinaire a la Nature, & la laifTer agir fuiuant les loix qu’il a eftablies. Âinfi premièrement ie deferiuis cete matière, & tafehay de la reprefenter telle qu’il ny a rien au monde, ce me fcmble, de plus clair ny plus intelligible, excepté cequi a tantoft efté dit de Dieu & de l’ame: Car mefme ie fuppofay exprelfement, qu’il n'y auoit en elle aucune de ce s formes ou qualitez dont on difputedans les Efcholes, ny generalement aucune -chofe, dont la connoifTance ne fuit fi naturelle a nos âmes, qu’on ne puft pas mefme feindre de l’ignorer. De plus ie fis voir quelles eftoient les loix de la Nature; Et.

fans appuier mes raifons fur aucun autre principe que for /a les 44 Discours les perfeâionsinfinies de Dieu, ie tafchay à demouftrer toutes celles dont on euft pu auoir quelque doute, Et à faire voir quelles font telles, qu'encore que Dieu auroit créé plufîeurs mondes, il n’y enfçauroit auoir aucun où elles, manquaient d’eftre obferuees. Apres cela ie moa^ ftray comment la plus grand part de la matière de ce Chaos deuoic,en fuite de ces loix, fe difpofer & s’arrengerd'vne certaine façon qui larendoit femblable a nos cicux: Comment cependant quelques vnes de Tes parties deuoient compofer vne Terre, & quelques vnes des Planètes, & des Cometes, & quelques autres vn Soleil, & des Eftoilcs fixes: Et icy m'efteudant fur le fuiet de la lumière, i’expliquay bien au long quelle eftoit celle qui fe deuoit trouuer dans le Solçil 6c les Eftoiles, Et comment de là elle trauerfoit en vn inftant les imraeufes ' efpaces des deux. Et comment elle fe rcflefchiflbitdes Planètes & des Cometes vers la Terre, l’y adiouftay auffy plufîeurs chofes touchant la fubftauce, la fituation, lesmouuemens, & toutes les diuerfesqualitezde ces cicux & de ces aftres } 'En forte que ie penfbis en dire affez pourfàire connoiftre, qu’il ne fe remarque rien co ceux de ce monde, qui nedcuft, ou du moins qui ne pûft, paroiftre toutfemblable en ceux du monde que ie deferiuois. De là ie vins à parler particulièrement de la Terre: Comment, encore que i ’eufTe exprefTementfuppofe', que Dieu n’auoit mis aucune peûnteur en la matière dont elle eftoit compofee, toutes fes parties ne laif.

foient pas de tendre exactement vers fon centre: Corn-, ment y ayant de l’eau & de l’air fur fa fuperficie,la difpofition des cicux & des aftres, principalement delà Lune, r...y dev De La Méthode..* 4f ydeuoitcaufervnflus & reflus, qui fuft femblable en toutes fes circonftances à celuy qui fe remarque dan» nos mers ^ Et outre cela vn certain cours tant de l'eau, que de l’air, du leuant vers le couchant, tel qu'on le remarque aufl(y entre les Tropiques: Comment les montaignes.les mers, les fontaines, &lesriuiercs pouuoient naturellement s’y former; Et les métaux y venir dans les mines-, Et les plantes y croiftre dans les campaignes; Et généralement tous les cors qu'on nomme meflez ou compofez s’y engendrer: Et entre autres choies à caufe qu’aprés les aftrcs ie ne counois rien au monde que le feu qui produife de la lumière ie m’eftudiay a faire entendre bien clairement tout ce qui appartient à fa nature, comment il fe fait, comment il fe nourrit, comment il n'a quelquefois que de la chaleur fans lumière, & quelquefois que de la lumière fans chaleur, comment.il peut introduire diuerfes couleurs en diuers cors, & diuerfês autresqualitez, comment il en fond quelques vns, &en durcift d’autres, comment il les peutconfumer prefque tous, on conuertirén cendres & en fumée; Et enfin comment de ces cendres par la feule violence de fon a$ion il forme du verre: Car ccte tranfmutation de cen- • dres en verre me fêmblant eftre aufly admirable qu'au» cune autre qui fe face en la nature, ie pris particulièrement plaifir a la deferire.

Toutefois ie ne voulois pas inférer de toutes ceschofes, que ce monde ait eftécreéen la façon que ie propofois: Car il eft bien plus vrayfemblable que dés le commencement Dieu l’a rendu tel qu’il deuoit eftre. Mais il eft certain, & c’eft vne opinion communément rcceuë fi entre 45 Discours.

entre les Théologiens, que T aôion par laquelle maintenant il le conferue, eft toute la raefme que celle par laquelle il l’a créé’: De façon qu’encore qu'il ne Juy auroit point donntf au commencement d’autre forme que celle du Chaos, pourvû qu’ayant eftabli les loix dç la Nature, il luy prêtait Ion concours pour agir ainfi qu’elle a de couftume, onpeutcroyre, (ans faire tort au miracle de la création, que par cela feul toutes les chofes qui font purement materielles auroient pû auec le tetas s'y rendre telles que nous les voyons a prefent: Et leur nature eft bien plus ayféé a conceuoir lorfqu'on les voit naiftre peu a peu en ccte forte, que Iorfqu’on ne lesconfidere que toutesfaites.

De la defeription des cors inanimez & des plantes, ie pafTayacelledes anijnaux, & particulièrement a celle des hommes. Mais poureequeie n’en auois pas encore affez de connoi (Tance pour en parlerdu mefmc ftyle que durefte, c’eftadire, en demonftrant les effets par les caufès, &faifant voir de quelles fèmences, & en quelle fàçonla Nature les doit produire, le me contentay de fùppofêr, que Dieu formait le cors d’vn homme, entièrement femblable a Tvn des noftres, tant en la figure extérieure de fes membres,* qu’en la conformation intérieure de lès organes, fans le corn pofer d’autre matière quede celle que i’auoisdefcrite, & fans mettre en luy au commencement aucune ame raifonnable, ny aucune autre chofe pour y fêruir d’ame végétante ou fenfitiue. Sinon qu’il excitaft en fbn coeur vn de ces feux fans lu-, miere que i’auois défia expliquez, & que iç ncconceuois point d’autre nature que eduy quiechaufe le foin.

De La Méthode. 47 De La Méthode. 47 ' iorfqu'on Ta renferme auant qu’il fuit fec, ou qui fait bouillir les vins nouueaux, iorfqu’on les laide enuer fur la ripe. Cat examinant les fondions, qui pouuoient en fuite de cela eltre en ce cors, i’y trouuois exactement toutes celles, qui peuuenteftre en nous fans que nous y penfions, ny par confequcnt que noltre aine, c'cft à dire, cetc partie diltinCte du cors dont il a cite' dit cy deflus que la nature n elt que de penfer, y contribue, Et qui font toutes les mefmes en quoy on peut dire que les animaux fans raifon nous relcmblent: Sans que iÿ en pûfle pour cela trouuer aucune, de celles qui, eftant dépendantes delapenfée, font les feules qui nous apartienent entant qu’hommes -r Au lieu que ie les y trouuois toutes par après, ayant fuppofe? que Dieu créait vne ame raifonnable, & qu’il la ioignrlt a ce cors en certaine façon que ie dc'criuois. •< Mais aifin qu'on puiflê voir en quelle forte i’y traitois cetc matière, ie veux mettre icy l’explication du mou* nement du coeur & des arteres, qui eltant le premier & le plus general qu’on obier ue dans les animaux, on iugera facilement de luy ce qu on doit penler de tous les au. très. Etaffin qu’on ait moinsdedifficulrè a entendre cequci’endiray, ie voudrais que ceux qui ne font point verlèz en l’Anatomie priflent la peine, auant que de lire xecy, de faire couper deuant eux le coeur de quelque grand animal qui ait des poumons, car il elt en tous allez fcmblabie a celuy de l'homme - Et qu’ils le fiflent montrer les deux chambres ou concauitez qui y (ont, Premièrement celle qui elt dans Ion eolte' droit, a laquelle refpondcnt deux tuyaux fort larges; A fçauoir la veue caue.

$8 Discours.

cauê, qui eft le principal recepracle du fang, & comme *le tronc de l’arbre donc toutes les autres venes du cors font les branches; Et la vene arterieufe, qui a elle' ainfi anal nommée pourceque c’eften effe& vne artere, laquelle prenant Ton origine du coeur, lèdiuifo, après eu ettrefortie, en plufieurs branches qui le vont refpandre partout dans les poumons. Puis celle qui eft dans Ion cofté gauche, a laquelle relpondcnt eu mefme façon deux tuyaux, qui font» autant ou plus larges que les preccdens; A fçauoir l'artere veneufe, qui a eftéauflyma! nommée àcaulc qu’elle n'eft autre chofe qu’vnevene, laquelle vient des poumons,.où elle eft diuifee en placeurs branches, entrelacées auec celles de la vene arscrieufe, & celles de ce conduit qu’on nomme le iifflec par où entre l’air de la refpiration; Et la grande artere, qui fortant du coeur enuoye les branches par tout le cors, 'le voudrais aufly qu'on leur montrait foigneulement les -onze petites peaux, qui comme autant de petites portes ouurent & ferment les quatre ouuertures qui font en ■ces deux concauitez: A fçauoir, trois a l’entrée de la vene caue,oùeHes font tellement difpofées, qu’elles ne peuuent aucunement empefoher que le fang quelle contient ne coule dans le coucauite' droite du coeur, & toutefois empefohent exacte ment qn’il n’eu puifle fortir; Trois al’entrée de la vene arterieufe, qui ellant dilpofées toutau contraire, permetent bien au lâng, qui clfc -dansceteconcauité, de palTer dans les poumons, mais non pas aceluyquieft dans les poumons d'y retourner; Etainlî deux autres a l’entrée de 1 artere veneufe, qni iailTeot couler le fang des poumons vers la concaukcf gauche De La Méthode. 49 gauche du coeur, mais s'oppofent a Ton retour Et trois a l’entrée de la grande artere, qui luy permetent de foftir du coeur, mais l’empefchent d’y retourner. Etiln'cft point belbin de chercher d’autre railbn du nombre de ces peaux, finon que Touuerture de l’artere veneufe, eftant en ouale a caufe du lieu ou elle fe rencontre, peut eftre commodément fermée auec deux, aulieu que les autres, eftant rondes, le peuuent mieux eftre auec trois. Déplus ic voudrais qu’on leur fift confiderer, que la grande artere & la venc arterieufe font d’vne compofition beaucoup plus dure & plus ferme, que ne font l’artere veneufe & la vene caue; Et que ces deux dernieres s’eflargiflentauant que d'entrer dans le coeur, 8c y font comme deux bourfes, nommées les oreilles du coeur, qui font compofe'es d'vne chair femblable à la ficnejEtqu’ii y a toufiours plus de chaleur dans le coeur, qu’en aucun autre endroit du cors; Et enfin que cetc chaleur eft capable de faire, que s’il entre quelque goutte de fang en fesconcauitez, elle s’enfle prorateinent 5c fe dilate, ainfi que font generalement toutes les liqueurs, lorfqu'on les laifle tomber goutte à goutte eu quelque vaifleau qui eft fort chaud.