Car après cela ie n’aybefoin de dire autre chofe pour expliquer le mouuement du coeur, finon que lorfque lès concauitez ne font pas pleines de fang, il y en coule neceflairement de la vene caue dans la droite, 8c de 1 artere veneufe dans la gauche: D’autantqiic ces deux vai fléaux en font toufiours pleins, ôcque leurs ouuertures, qui regardent vers le coeur, ne peuuent alors eftre bouchées. Mais que fitoftqu’il eft entre' ainfi deux gouttes de fang, g vne jp Discours.
g vne jp Discours.
vnc en chacune de fcsconcauitez, Ces gouttes, qui ne pcuucnt eftrc que fort grofles, à caufe que les ouuertures paroù elles entrent font fort larges, &lcs vaifleaux d’eù elles vicnent fort pleins do fang, fe raréfient & fe dilatent,àcaufedc la chaleur qu’elles y trouuent, Au moyeu / de quoy, faifant enfler tout le coeur, elles pouflent & ferment les cinq petites portes,. qui font aux entrées des deux vaifleaux d’où elles vienent, empefehant ainfi qu’iL ne defoend e d’auantage de làug dans le coeur; Ht continuant a fe raréfier de plus- en plus, elles pouflent &* ouurent les fix autres petites portes, qui font aux entrées des deux autres vaifleaux par ou clics fortent, faifant enflerpar ce moyen toutes les branches de la vene arterieufe, &dela grande artere, qpafi au mefme in fiant que le coeur. Lequel incontinent apres fe defenfle, commefont aufly ces artères, à caufe que le fangquiycftentrés’y refroidi fi, & leurs fix petites portes fe referment, Sc les cinq de la vene cane & de l'arterc ven eu fefe r ouurêt, & donnent paflage a deux autres gouttes de làng, qui* font dcrechefenflcr le coeur & les arteres, tout de met* me que les precedentes. Et poureeque le firng, qui entreainfi dans le coeur, pafle par ces deux bourfes qu’on, nomme les oreilles, de là vient que leur mouucracnt eft contraire au ficn, & qu’elles fe.defenflent lorfqu’il s eutte*-Aurefteaffin que ceux qui ne connoiflent pas la forcedes demonftrat ions Mathématiques, & ne font pas accoutumez a diftinguer les vrayes raifons des vrayfemblables,ncfehafardentpasde uiercecy fans l’examiner, le lesveuxauertirquecemouucmentque ie vicn dexpliquer,fuit aufly neceflairement de la feule difpofition des- . orga-.
De La Méthode. yi organes qu’on peut voir a l’œil dans le coeur, & de la chaleu r qu’on y peutfentir aucc les doigts, &delanature du fang qu’on peut connoiftre par expérience, Que fait celuy d’vn horologe, de la force, de la fituation, & de la figure de fes contrepois & de fes roues.
Mais fi en demande comment le fang des venes ne s’efpuife point, en coulant ainfi continuellement dans le?
coeur, & comment les arteres n'en font point trop remplics,puifque tout celuy qui pafle par le coeur s'y va rendre* le n’ay pas befoin d’y refpondre autre choie, que ce qui a défia efté eferit par vn médecin d'Angleterre au- Cordn. quel il faut donner la louange d’auoir rompu la glace en cét endroit, & d’eftre le premier qui a enseigne, qu’il y a pluficurs petirs pacages aux extreraitez des arteres, par ou le làng qu’elles recoiuent da coeur entre dans les petites branches des venes, d'où il fe va rendre derechef vers le coeur. En forte que Ibn cours n’cft autre choie _■ qu’vne circulation perpétuelle. Ce qu’il prouue fort bien, par l’experience ordinaire des Chirurgiens, qui ayant lie' le bras médiocrement fort, au deflus de l’endroit où ils ouurentla vene, font que le làng en fort plus 'abondamment, que s'ils ne l’anoient point Hé: Et il arriueroit tout fe contraire, s’ilslelioientau delTous entre la main &l'ouuerturei oubien qu’ils le lialTenttresfortau delfus. Carileft manifefte que le lien médiocrement ferré, pouuantempefcher que le làng qui eft défia dans le bras ne retourne vers le coeur par les venes, n’empefche pas pour cela qu’il n’y en vicne touiours de nouueau par les arteres: A caufe qu elles font fituées au delTous des venes; Et que leurs peadx -eftant plus dures font, g 2 rnoinç pz Discours.
moins ayféesa preflcr- Et auffy qnc le fang qui vient du coeur tend auec plus de force a pafler par elles vers la main, qu'il ne fait a retourner de là vers le coeur par les venes;Et puifque ce fang fort du bras par l’ouuerture qui eft enl’vnedes venes, il doit ncceflairement y auoir quelques paflagesau deflous du lien, c’efta dire, vers les extremitezdu bras, par où il y puifle venir des arteres. Il prouue aufly fort bien ce qu’il dit du cours du fang, par certaines petites peaux, qui font tellement difpofées en diuers lieux le long des venes, qu'elles ne luy permetent point d’y pafler du milieu du cors vers les extremitez, mais feulement de retourner des extremitez vers le coeurj Et de plus parl’experieneequi monftre,quetout celuy qui eft dans le cors en peut fortir en fort peu de tems par vne feule artere lorfqu’elle eft coupée, encore mefîne qu'elle fuit eftroitement liée fort proche da coeur, & coupée entre luy & le lié. En forte qu’on n'euft aucun fuiet d'imaginer que le fàng qui en fortiroit vint d'ailleurs.
Maisily a plu fleurs autres chofêsqui tefmoignent que lavrayecau/e de ce mouuemcnt du fang eft celle que iay dite* Comme premièrement la différence, qu'oq re-* marque entre celuy qui fort des venes & celuy qui fore des arteres, ne peut procéder que de ce qu’eftant raréfié',. & comme diftüé, en paffant par le coeur, il eft plus fubtil & plus vif & plus chaud incontinent apres en eftre + fotti, c’efta dire, eftant dans les arteres, qu’il n’eft vn peu deuant que d’y entrer, c’eft a dire,eftant dans les venes: Et fi on y prend garde, on trouucra que cete différence ne paroift bien que vers le coeur, & non point tant aux*.
De La Méthode.
aux lienx qui en font les plus efloignez. Puis la dureté des peaux, dont la vene arterieufe & la grande artere font compofées, monftre aflez, que le fang bat contre elles auec plus de force que contre les venes. Et pourquoy la concauittf" gauche du coeur & la grande artere, feraient elles plus amples & plus larges, que laconcauité droite & la vene arterieufe t Si ce n’eftoit que le fang de l’artere ucneufe, n’ayant efté que dans les poumon», depuis qu’il a paifc par le coeur, eft plus fubtil, &ferarefie plus fort & plus ayfement, que celuy qui vient immédiatement de la vene caue. Et qu’eftce que les médecins peuuent dcuiner en taftant le pouls, s'ils ne fçauent,, que félon que le fang change de nature, il peut eftrc raréfié par la chaleur du coeur plus ou moins fort, & plus ou moins vifte qu’auparauant. Et fi on examine com- • ment cete chaleur fe communique aux antres membres, ne faut il pas auouër que c’eft par le moyen cfif fang, qui paflant par le coeur s’y refchauffe, & fe refpand ’ de là partout le cors: D’où vient que fi on ofte le fang do: quelque partie, on en ofte par mefme moyen la chaleur; Et encore que le coeur fuft aufly ardent qu’vn fer embrafé, ilnefuffiroitpas pour refchauffer les pieds & les mains tant qu’il fait, s’il n'y enuoyoit continuellement denouueaufàng. Puis aufly on connoift delà, que le vray vfage de la refpiration, eft d’apporter aflez d’air frais dans le poumon, pour faire que le fang, qui y vientde la concauité droite du coenr, où il a efté raréfié' & comme changéen vapeurs, s'y efpaiflïfle, & conuertifle en fang derechef, auant que de retomber dans la gauche; fans quoy il ne pourrait eftre propre a lëruir de noug y, riture riture au feu qui y eft. Ce qui fc confirme parce quon void que les animaux qui n'ont point: de poumons, n’ont aufly qu vne feule concauiré dans le coeur j Et que les enfans, qui n’en pêuuent vfer pendant qu'ils fout renfermez au ventre de leurs meres, ont vne ouucrture par où il coule du fang de la vene caue en la concauitc' gauche du coeur, Et vn conduit par où il en vient de la vene arterieulè en la grande artere, fans pafler par le poumon-’ Puisla co&ion comment fe ferait elle en l’eftomac? fi le coeur n’y enuoyoit de la chaleur par les arteres, & auec cela quelques vnes des plus coulantes parties du fang qui aydeut a difloudre les viandes qu ’on y a mifes. E t l’aâion qui conuertiû le lue de ces viandes en fang/n’eft elle pas ayfee a connoiitre, fi on confidere qu’il fe diftile, en paflant & repaflant par le coeur, peuteftre plus de cent ou deux centfois en chafque iour. Et qu’at on be/ôin d’autre chofe pour expliquer la nutrition, & la produdtion des diuerlès humeurs qui font dans le cors, linon de dire que la force, dofit le fang en fe raréfiant paflè du coeur vers Iesextremitez des arteres, fait que quelques vnes de lès parties s’areftent entre celles des membres ou elles fe trouuent, &c y prenent la place de quelques autres quelles enchalTenti Et que félon la fituation, ou la figure, ou lapetitelTe des pores quelles rencontrent les vnes fc vont rendre en certains lieux plutoft que les autres; En mefine Jtàçon que chafcunpeutauoirvûdiuers cribles, qui eftantdiuerfemênt percez feruent a feparer diuers grains les vns des autres. Et enfin ce qu'il y a de plus remarquable en toutcecy, c’ell la génération.des elprits animaux, qui font comme vn vent tresfiibtil.
De La Méthode. ^ ou plutoft comme vneflame très pure St très viue, qui montant continuellement en grande abondance du coeur dans le cerueau, le va rendre dç là par les nerfs dans les mufcles, & donne le mouuement a tous les membres: Sans qu’il faille imaginer d’autre caufe, qui face que les parties dufaug, qui eftant les plus agitées St les plus pénétrantes font les plus propres a compofer ces efprits, fo vont rendre plutoft vers le cerueau qûe vers ailleurs; Sinon que les arteres, qui les y portent, font celles qui vienent du coeur le plus en ligne droite de toutes; Et qiîe félon les réglés des Mechaniques; qui font les mefmes que celles de la nature, lorfque plufieurs chofes tendent enfcmble a fo mouuoir vers vn mefmecoftd où il n’y a pas aflez de place pour toutes, ainlï que les parties du fang qui fortent de la concauité' gauche du coeur tendent vers le cerueau, les plus foibies & moins agitées en’doiuent eftre détournées par les plus fortes, qui par ce moyen s’y vont rendre foules» I’auois explique allez particulièrement toutes ces chofosdans le traite'que i’auois eu cy deuant deffein de publier. Et en fuite i’y auoismonftré, quelle doit eftre la fabrique des nerfs & des mufcles du cors humain, pour faire que les efprits animaux, eftant dedans, ayent la force de mouuoir fo s membres: Ainfi qu’on voit que les telles, vn peu après eftre coupcës, feremuent encore, & mordent la terre, nonobftant qu’elles ne foient plus auimées; Quels changemens fo doiuent faire dans le cerueau pour caufer la veille, & le fommeil St les fonges. Comment la lumière, les fons, les odeurs, les goûts, la chaleur, & toutes les autres quahtez des obiets extérieurs • ' % 4 v ■ Dis co ors rieurs y pciiucnt imprimer diuerfes idées, par l'entreniife des fens-, Comment la faim, la foif, & les autres pallions inferieures, ypcuuentaufTy enuoyerlesleur; Ce cjui doityeftrepris pour le fens commun, où ces idëes font receuësj pour la mémoire qui les conferuc; & pour la fantaifie, qui les peut diuerfemenr changer, en compoferdenouue!lcs,& parmefme moyen, diftribuant les efpris animaux dans les mufcles, faire mouuoir les membres de ce cors, en autant de diuerfes fa çon s, & autant a propos des obiets qui fe prefentent à fes fens, & des paCfions intérieures qui font en luy, que les noftres fepuit fent mouuoirfans que la volontd les conduite. Ce qui ne fcrablera nullement effrange, à ceux qui fçaehant combien de diuers automates, ou machines mouuantes, l’induftrie des hommes peut faire, fans y employer que fort peu de pièces, à comparaifon de la grande multitude des os, des mufcles, des nerfs, des artères, desvenes, & de toutes les autres parties, qui font dans le cors de chafque animal, Confidereront ce cors comme vne machinc,qui ayant efté faite des mains de Dieu, eft incomparablement mieux ordonnée, & a en foy des mouuemens plus admirables, qu’aucune de celles quipeuuent eftreinuentees par les hommes. Et ie m'eftois icy particulièrement arcft<f à faire voir, que s’il y auoit de telles machines, qui euflent les organes & la figure extérieure d’vn linge, ou de quelque autre animal fans raiion nous n aurions aucun ' moyen pour reconnoiftre, quelles ne feroient pas en tout de mefme nature que ces animaux: Au lieu que s’il y en auoit qui eofleut la refèrablauce de nos cors, & imitaflent autant nos actions que moralem ent il ferait pof- De La Méthode. j7 fible, nous aurions toujours deux moyens très certains,* pour reconnoiftre qu’elles ne feraient point pour cela de vrais hommes. Dont le premier eft que iamais elles ne pourraient vfer- de paroles, ny d’autres fignes en les compolânt, comme nous faifons pour déclarer autf autres nos penfe'cs. Car ou peut bien conccuoir, qu’vne machi* ne (bit tellement faite qu’elle profère des paroles, Si mc£* me quelle en proféré quelques vnes à-propos des aérions corporelles qui cauferont quelque changement en fçs <#ganes: Comme fi on la touche en quelque endroit, qu’elle demande ce qu’on luy veut dire } fi en vn autre, qu’elle crie qu’on luy fait qui x & choies fèmblables!; Mais non pas qu’elle les arrange diuerfement, pour reft pondre au fens-de tout ce qui lè dira en fa prefcnce, ainlt que les hommes les plus hebetez peuuent faire. Et le fécond eft, que bienqu'elles fifièntplufieurs chofes, aufly bien,oupeuteftre mieux, qu’autun de nous, elles manqueraient infalliblement en quelques autres, par Iek quelles on dccouuriroit quelles n'agiroient pas par connoi fiance, mais feulement parla difpofition de leurs organes: Car au lieu que la raifon cft vn infiniment vniuerfel, qui peut feruir en toutes fortes de rencontres, ces organes ont befoin de quelque particulière difpofition pour chafque adrion particuIiere;d’où vient qu'il cft moralement impoffible, qu'il y enaitaflTézde diuersen vne mfchine, pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie, de mefrae façon quenoftre raifon nous fait agir. Or par ces deux mefmcs moyens, on peut auflTy connoiitre ladifrerençe, qui eft entreles hommes & les belles. Çarç’eft vne chofe bien remarquable » qu'il ny a point ^ d’hom- Discours.
xi’homraes fi hebetez & fi ftupides, fins en excepter mefme les incenfez, qu'ils ne fbient capables d’arrenger enfemblediuerfes paroles, &d'en compofervndifcours par lequel ils facent entendre leurs penfées ► Et qu’au contraire, ilnya point d'autre animal, tant parfait & tât heureufemêt ne'qu'il puiffe eftre, qui face le fembla^ ble. Cequin’arriuepasde ce qu'ils ont faute d'organes* caron voit que les pies & les perroquets peuuent proférer des paroles ainfi que nous, & toutefois ne peuuent parler ainfi que nous, c'eft a dire, en tefmoignant qu^ s ' penfènt ce qu'ils difènt: Au lieu que les hommes, qui* eftans nezTours & mucts,font priuezdes organes qui feruent aux autres pour parler;autant ou plus que les bettes* ont couftumed’inuenter d’eux mefmes quelque s figues, par lefquels ils fe font entendre a ceux qui eftans ordinal* rement auec eux ont loyfir d’apprendre leur langue. Et cecy ne tefmoigne pa& feulement que les bettes ont moins de raifon que les hommes, mais qu’elles n’en ont point du tout: Car on yoit qu’il n’en fiut que fort peu pour fçauoir parler, & d’autant qu’on remarque de l’in- -efgalité entre les animaux d’vne mefme efpcce, aufly bien qu’entre les hommes, & que les v ns font plus ayfèz a drefler que les autres, iln’eftpas croyable qu’vn finge -ou vn perroquet, qui feroit des plus parfaits de fon efpe--ce, n’e'galaftencela vn enfant des plus ftupides, ou du • moins vn enfant qui auroitle ccrueau troublé, fi lAi* ame n’eftoit d’vne nature du tout differente de la noftre. Et on ne doit pas confondre les paroles, auec les raouuemês naturels,qui tefmoignêt les paffions,.& peuuêteftrc imitez par des machines aufly bien que par les animaux: nY De La Méthode- 59 nypenfer, comme quelques Anciem,quc les beftes parlent, bienque nous n’entendions pas leur langage: car s’ileftoit vray, puifqu’clles ont plufieurs organes qui le rapportent aux noftres, elles pourraient auflybîénfe faije entendre a nous, qii’a leurs femblables. C’cft aufïy vne chofe fort remarquable, que bien qu'il y ait plufieurs animaux qui tefmoignent plus d'induftrie que nous en quelques vnes de leurs aâions, on voit toutefois que les mefmes n‘en tefmoignent point du tout en beaucoup d’autres: De façon que ce qu’ils font mieux que nous, ne prouue pas qu’ils ont de l'efprit, car a ce conte ils en auraient plus qu'aucun de nous, 6c feraient mieux en toute autre chofe- Mais plutoft qu'ils n’en ont point, 6c que c’cft la Nature qui agift en eux félon la difpofition de leurs organes: Ainfi qu’on voit qu’vn horologc,qui n’eft cotnpofè que de roues & de reflors, peut conter les heures, & mefùrer le teins, plus iuftement que nous auec toute noftre prudence.
I’auois dcfcrit après cela l ame raifonnable, 6c fait voir qu’elle ne peut aucunement eftre tirce de la puiflance de de la matière, ainfi que les autres chofes dont i'auois parlé, mais qu elle doit expreffemcnt eftre creée; Et comment il ne fuffit pas, quelle foit logée dans le cors humain ainfi qu’vn pilote en fon nauire, finon peuteftre pour mouuoirfes^membresj Mais qu’il eft befoin quelle (bit iointe, 6c vnic plus eftroitcment auec luy,pour auoir outre cela des fentimens, & des appétits femblables aux noftres, & ainfi compofer vn vray homme. Au refte ic mefuisicy vnpeu eftendufurle fuietde l’ame, à caufê qu’il eft des plus importans: Car après l’erreur de ceux if* h 2 qui Sixi- ©fme partie.
i:• Discours.
qui nient Dieu, laquelle ie penfe auoir cy deflus aflez réfutée, il n'y en a point qui efloigneplutoft les efprits foibles du droit chemin de la vertu, que d'imaginer que lamé des belles Toit de mefme nature que la noilre, & que par confequent nous n’auonsrien à craindre, ny à efperer, après cete vie, non plus que les moufches &Ies fourmis: Au lieu que lorfqu'on fçail combien elles different, on comprent beaucoup mieux les raifons,qui prouuent que la noftre ell d'vne nature entièrement indépendante du cors, & par confequent quelle neft point fuiette à mourir auec luy: puis d’autant qu’on ne voit point d’autres caulès qui la deftruifent, on eft naturellement porte'àiuger de là qu'elle ell immortelle.
Or il y a maintenant trois ans que i’ellois paruenuala fin du taire qui contient toutes ces choies, & que ie commencois à le reuoir affin de le mettreentre les mains d’vn imprimeur, Lorfque i’apprisque des perfonnes à qui ie deferej & dont l authorité ne peut gueres moins fur mes avions, que ma propre raifon.fur mes penfées, auoient defapprouué vne opinion de Phyfique publiée Vnpeuauparauant par quelque autre, de laquelle ie ne veux pas dire que ie fulTe, mais bien que ie n’y auoisrieo remarque^auantleur cenlure,que ie puffe imaginer ellre prejudiciable ny ala religion ny a l’cftat, uy par conlêquentquim coilempcfchè de l’eferire, fi la raifon me l’euft pcrfuadeè; Et que cela me fit craindre qu'il ne s’en trouuaft tout de mefme quelqu Vne entre les mienes, en laquelle ie me fufle me'pris: nonobllant le grand foin que Uay toufiours eu, de n’en point receuoir de nouuelles en macreance,.donc icn'euffe.de$demonff rations très ccr- ► L U taines- ► L U taines- De La Méthode. » taines.&dc n’en point efcrire,qui puflcnt tourner an defauantage de perfonne. Ce qui a efteTuffi fant pour m’obliger a changer la refolution que i'auois eue de les publier. Car encore que les raifons, pour lefquelles ie I’auois prifeauparauant, fuflent très fort^ mon inclination, qui m’a toufiours fait haïr le mefticr de faire des liures, m’en fit incontinent trouuer aflez d’autres pour m'en cxcufer. Et ces raifons de part & d'autre font telles, que non feulement i’ay icy quelque intereft de les dire, mais peuteftre aufly que le public en a de les fçanoir.
le n’ayiamaisfait beaucoup d'eftat des choies qui ve^ . noient de mon efprit, & pendant que ie n’ay receuilly d’autres fruits de la méthode dont ie me fers, finon qne ie me fuis fotisfait touchant quelques difÇculrez qui appartienent aux fciences fpeculatiues,oubien quei’aytafché de régler mes meurs par les raifons qu'elle m’enfeignoit, ien’ay point creu cftre oblige' d’en rien eferire. Car pour ce qui touche les meurs, chacun abonde fi fort <enfonfens, qu'il fepowrroit trouuer autant de-reformateurs que de teftes, s'il eftoit permis à d'autresqu’à ceux que Dieu a eftabhs pour fouuerains fer fes peuples, oubien aufquels il a donne' aflez de grâce & de zelc pour eftre prqphetes, d’entreprendre d’y rien changer; Et bienque mes Ipcculatious me pleuflent fort, i’ay creu "que les autres en auoient aufly, quileur plaifoient peuteftre d’auantage. Mais fitoft que i’ay eu -acquis quel-' ques notions generales touchant la Phyfique, & que commençant a les efprouuer en diuerfes difficultez. particulières, i’ay remarqué iufques où elles peuuent con* . h 5 j du ire,, % 6t • Discours duire, ôc combien elles different des principes dont cm s’eft ferui iufques apreftnt, I’ay creu que ie ne pouuois les tenir cachées, fans pecher grandement contre la loy jqui nous oblige à procurer autant qu'il eft en nous le bien generale tous les hommes: Car elles m’ont fait voir qu’il eirpoffible de paruenir a des connoiflances qui foieut fort vtiles a la vie; Ht qu'au lieu de cete Philoibphiefpcculatiuequ’onenfeignedans les efcholes,'On en peut trouuer vne pratique, par laquèlle connoiflant la force & les aérions du feu, de l’eau, de l’air, des aftres, des deux, & de tous les autres cors qui nous enuironnent, aufly diftindement que nous connoiflons les diuers métiers de nos artifâns,nous Ie$ pourrions employer en mefme façon a tous les vfages aufquels ils font propres, Scainfinops rendre comme maiftres & pofîèfleurs de la Nature. Ce qui n’eft pas feulement a defirer pour Pinuention d’vne infinité d’artifices, qui feroient qu’on. iouiroit fans aucune peine des fruits de la terre, & de toutes les commoditez qui s’y trouuent: Mais principalement aufly pour la conferuation dte la famé, laquelle eft iàns doute le premier bien, & le fondement de tous les. autres biens de cete vie: Car mefme l'efprit dépend fi fort du tempérament, & de la dilpofition des organes du cors, que s’il eft poffible de trouuer quelque moyen, qui rende communément les hommes plusfages, &plus habiles qu'ils n’ont eftéiufqnes icy, ic croy que e’eft dans' la Medecine qu'on doit le chercher. Il eft vray que celle qui eft maintenant en vfàge contient peu de chofes dont l vtilité foi t fi remarquable: Mais fans que i’aye aucun defTein de la mefprifer, le m’affure qu’il n’y a per-•: fonne.
De La Méthode. 6 $ Tonne, mefrae de ceux qui en font profeflîon, qni n’auouë que tout ce qu’on y fçait n’eft prefque rien, à comparaifon de ce qui relie à y fçauoir; Et qu'on fe pourroit exemterd’vne infinité dè maladies, tant du cors que de refprit, & mefme aufly pe^ptre del’affoibliflcmentde lavieillefle, fi on auoit aflez de connoiflance de leurs caufes, &dc tous les remcdes.dont la Nature nous a pourueus. Or ayant deflein d'employer toute ma vie a la recherche d’vne fcience fi neceflaire, & ayant rencontre' vn chemin qui me femble tel qu’on doit infalli--blemeut la trouuer en le fuiuant, fi ce n’eft qu’on en foit empefché.ouparlabrieuetéde la vie, ou par le defaut des expériences, le iugeois qu’il n'y auoit point de meilleur remede contre ces deux empefehemens, que de * communiquer fidellement au public tout le peu que i’aurois trouué', & de conuierles bons elprits à talcher de * palier plus outre, en contribuant, chafcun félon fon inclination & fon pouuoir, aux expériences qu’il faudroit faire, & communiquant aufly au public toutes les chofes > qu'ils apprendraient, aflfin que les derniers commen- -çeant où les precedcns auraient acheue', & âinfi ioignanc les vies & les trauaux de plufieurs, nous allaffions tous erifemble beaucoupplus loin, que chafcun en particulier •* nefçauroit faire.
Mefme ie remarquois touchant le se xperiences, qu’elles font d'au tant plus neceflaires, qu'on eft plus auanccf: en connoiflance. Car pour Iç commencement, il vaut mieux ne fe féru ir que decelfos qui fe prefootent d'elles mefines a nos feus, & que nous ne ^aurions ignorer pourvûque nous y facions tant foit.pcu de réflexion, quea ea i 6 4 Discours