SigPhi · Descartes

Discours de la methode (avec La Dioptrique, Les Meteores, La Geometrie)

French

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d'en chercher de plus rares & eftudices: Dont la raifon eft que ces plusjares trompent fouuent, lorfqu’on ne {çait pas encore les caufes desplus communesi & que les circonftanees dont elles dépendent font quafi toufiours fi particulières, & fi petit^Mu il cft très malayfé de les: remarquer. Mais l’ordre que i'ay tenu en cecy a elle tek Premièrement i’ay tafche'de trouucr en general les principes ou premières caufes de tout ce qui eft ou qui peut eftre dans le monde, fans rien confiderer pour cet efteéfc que Dieu feul qui l’a crée?, ny les tirer d'ailleurs que de certaines femencesde veritezqui font naturellement en nos ames. Apres cela i'ay examiné quels eftoient les premiers & plus ordinaires effets qu on pouuoit déduire decescaufes; Etilmefcmble que par là i’ay trouué des deux, des aftres,vne terre, & me fine fur la terre de l'eau, de l'air, du feu, des minéraux, & quelques autres telles choies, qui font les plus communes de toutes, & les plus fimples, & par confequent les plus ayfées a connoiftre, Puislorfquc i’ay voulu defeendre a celles qui eftoient plus particulières, il s’en cft tant prefenté a moy de diuerfès,que ic n’ay pas creu qu’il fuft poffiblc a l’efprit hu.

main de diftinguer les formes ou efpecçs de cors qui font furla terre, d’vne infinité" d'autres qui pourroienpy eftre fi c euft efté le vouloir de Dieu de les y mettre } Ny par confequent de les rapporter a noft re vfage, fi ce n’cft qu'on vienc au deuant des caufes par les cffecs, & qu’on feforuedeplufieurs expériences particulières. En fuite dequoy repaffant mon cfpric fur tous les obiets qui s’eftoient iamais prefenteza mes fens, i'ofe bien dire quç • je n'y ay remarqué aucune chofe que ie nepeuffe affeat com- De La Méthode. 6f commodément expliquer par les principes que i’auois trouuez: Mais il faut auflfy que i’auouë, que la puiflànce de la Nature eflrfi ample, & fi vafte, & que ces principes font fi Amples & fi generaux, que iene rematque quafi plus aucun effeét particulier, que d’abôrd ie ne connoifle qu’il peut en eftre'deduit en plufieurs diuerfes façons j. Et que ma plus grande difficulté' eft d’ordinaire de trouuer en laquelle de ces façons il en dépend, Car à cela ie ne fçay point d’autre expédient que de chercher derechef quelques expériences, qui foient telles, que leureuenementne foitpasle mefrne fic’eft en l’vne de ‘ces façons qù’on doit l’expliquer, que fi c’eft en l’autre.

Au refte i’en fuis maintenant là, que ie voy ce me fembleafTez bieudequelbiaizonfe doit prendre à faire la plus part de celles qui peuuent feruir a cet effedfc: Mais ie voy auflÿ qu’elles font telles & eh fi grand nombre, que ny mes mains, ny mon reuenu, bienque i’en eufle mille fois plus que ie n’en ay, ne fçauroient fuffire pour toutes: En forte que félon quei’auray déformais la commoditéd’en faire, plus ou moins, i’auancêray aufly plus ou moins en la connoiflance de la Nature. Ce que ie me prometois de faire cbnnôiftrc par le traité que i’auois eferit, & d'y monftrer fi clairement l vtilitc que le public en peut receuoir, que i'obligerois tous ceux qui défirent en general le bien des hommes, c’eftàdire, tous ceux quïfonteneffe& vertueux, & non point par faux femblant, ny foulement par opinion, tant a me communiquer celles qu'ils ont défia faites, qu’a m’ayderen lare-' cherche de celTes qui reftent a faire.

Mais i’ay eu depuis ce tems là d’autres raifons qui ^ ♦ i.m’ont 66 » Discours.

m'ont fait changer d’opinion, & penfer que ie deuois véritablement continuer d’eferire toutes les chofes que ieiugeroisde quelque importance, à mefùre que i’en découurirois la vérité, &y apporter le mefme foin que ü ieles vbulois faireîmprimer: Tant a ffind’auoir d'autant plus d’occafion de les bien examiner; Comme fous doute on regarde toufiours de plus près a ce qu’on croie deuoircftreveuparplufieurs, qu’a ce qu'on ne fait que pour foymcfme. Et fouuent les chofes, qui m’ont fomblé'vrayes lorfquei'ay commencé à les conceuoir,m’ont paru faufles Iorfque ie les ay voulu mettre fur le papier* Qu’affin de ne perdre aucune occafion de profiter au public fii’en fuis capable, & que fi mos eferits valent quelque chofe, ceux qui les auront après ma mortcnpuiff fentvfer, ainfi qu’il fera le plus à propos. Mais que ienc deuoisaucunemcnt confcntir qu’ils fuflfent publiez pendant ma vie, affin que ny les oppofitions & controuerfos aufqucllesilsforoicnt pcûteftre fuiets, ny mefme la réputation telle quelle qu’ils me pourroient acquérir, ne me donnaient aucune occafion de perdre le tems que i*ay defTeifl d’employer a m’inftruire. Car bienque il foie vrayque chafquehommeeftoblige'de procurer autant qu’il cft en luy le bien des autres, & que c'eft proprementnê valoirrien que de n’eftre vtile aperfonnc;Toutefoisileft vrayaufTyque noYfoins fe dokient eftendre plus loin que le tems prefenr, & qu'il eft bon d’omettre les chofes qui apporteroièut peuteftre quelque profit à ceux qui viucnt, Iorfque c’eft à deffein d'en faire d’autres qui en apportent d’auantage à nos neueux. Comme en effeét ieveux bien qu’on fçache, que le peu que iay? •, • ippris.

♦ De La Méthode. 6y appris iufques icy. n’eft prefque rien, à comparaifon de cequei’ignore’, &que ie-ne defclpere pas de pouuQir apprendre: Car c’eftquafi leraefrae 3c ceux qui détournent peu apen la vérité dans les fçiences, que de ceux •qui commenceant a deuenir riches ont moins de peine a faire de grandes acquittions, qu’ils n’ont eu auparauanc eftant plus pauures a en Élire de beaucoup moindres. Oubienonpeut les comparer aux chefs d’armée, dont les forces ont couftume de croiûre a proportion de leurs victoires, ^ qui ont befbin de plus de conduite pour fe maintenir apre's la perte d ’vne bataille, qu'ils n'gnt apresrauoirgaignee a prendre des villes & des provinces. *Ca?c’eft véritablement donner des batailles, que de tafehera vaincre toutes les diflScultez & les erreurs, qui nous çmpefehent deparuenira laconnoiflancede la veritéj &c'eft en perdre vnc, que de receuoir 'quelque faufle opinion, touchant y ne matjprc vn peu generale St importante: Il faut apres beaucoup.plus d adreflepourfe remettre au mefme eftat qu'on cftoit auparauant, qu’il ne faut a faire de grans progrès, Iorfqu’on a défia des principes qui font aflurez.’ Pour.moy fi i’ay cy deuant trouué quelques veritez dans les fçiences ( & i'efpere qqe les chofêsqui font contenues en ce volume feront iugerque i’cnaytrouué'quelques vnes) ic puis dire que ce ne font que des fuites & des depeudaneçs de cinq ou fix principales difficultezquei ay furraontées,& qqeic conte pout autant de batailles où i’ay eu l'heur de mon coite': Mefc n\eicnecraindray pas de dire que ie penfc nianoir plus befoin d’en gaigner que deux ou trois autres ferublables, pour venir entièrement a.bout.dc mes djelfeins; Et que i x mon - Discours*..

mon aagen’eft point fi auancé, que félon le cours ordinaire cfela Nature, ie ne puifleencoreauoirafiez de Ioyfir pour cet effedt. Mais ie croy eftre d'autant plus obligé à ménager le tems qui me refte, que i'ay plus d’efperance de lcpouuoir bien employer Et i'aurois fans douteplufieursoccafions de le perdre, fiiepubliois lesfondemens de ma Phyfique. Car encore qu’ils fbient presque tous fi cuidens qu'il ne faut que les entendre pour les croire, & qu’il n'y en ait aucun dont ie ne penfè pouuoir donner des demonft rations j toutefois a caufè qu'il cft impoffiblc qu’ils (oient accordans auec routes les diucrfès/opinions des autres hommes, ie preuoy que ie ferais fouuent diuerti par les oppofitions qu’iK feraient naiftre. * On peut dire que ces oppofitions feraient vtilcs, tant affindemcfaircconnoiftrcmes fautes, qu affin que û iauois quclquexhofe de bon, les autres en eu fient par ce moyen plus d'intelligence, &, comme plufieurs pcuucnt plus voir qu'vn homme feul, que commenceant des maintenant asenferuir, ils m'aydaflent auflyde leurs ioûcntions. Mais encore qûeie me reconnoiffe extrêmement fuiet à faillir, fie que ie ne me fie quafi iamais aux premières penfëes qui me vienent, toutefois lexpericnccque i'ay dès obie&ions quon me peut faire m empefche d'en cfperer aucun profit: Car i’ay défia fouuent efprouué les iugemens, tant de ceux que i'ay tenus pour mes amis, que de quelques autres a qui iepen fois eftre indiffèrent, fie mefme auffy de quelques vus dont ie fçauois que la malignité' fie l enuietafcheroitaflcz a-découurir cequel affection cacher oit a mes amis; Mais il eft rare-» De La Méthode. 69 rarement arriuéqu'on m'ayt obieéte'quelque clïofè que ien’eulTe point du toutpreueuë, fi ce n’eft quelle fuit • fort éloignée de mon fuiet: En forte que ien'ay quafi iamais rencontre aucun Cenfeur de mes opinions, qui ne. me femblad on moins rigoureux, ou moins équitable quemoymefme. Et ie n!ay iamais remarqué non plus, que par le moyen des difputes qui fe pratiquent dans les Efcholes,on ait de'couuert arienne vérité qu’on ignorait auparauant. Car pendant que chafcuntafche de vain-1 cre, on s’exerce bien plus a faire valoir la vrayfemblance, qu’a peferles raifons de part 81 d'autre: Et ceux qui ont cité long tems bons auocats, ne font pas pour cela par après meilleurs iuges.

Pourl’vtilitéque les antres receucroient de la com- -municationde mes penfées, elle nepourroit aufly eftre fort grande, d’autantque ie ne les ay point encore conduites fi loin, qu’il ne foit befoin d’y aioufter beaucoup dechofes, aùant que de les appliquer a l’vfage. Et iç penlè ponuoir dire lâns vanité, que s’il y a quèlqu’vn qui en foit capable,cedorite(tte plutoft moy «qu'aucun autre: Noivpas qu’il ne puifle y auoir au monde plufieurs ‘efprits incomparablement meilleurs que le mien; mais poureequ’on ne fçauroit fi bien concenoir vne choie, &* la rendre fiene, lorfqu’on l’apprent de quelque autre,, quelorfqu’onliinuentefoymefme. Cequieftfi verita-‘bleen cete matière, que bienque i’aye Ibuuent expliqué quelques vnes de mes opinions a des perlbnncs de très ' bon efprir, & qui pendant que ie lenrparlois fcmbloient les entendre fort diftinétement, toutefois lors qu'ils les ont redites, i’ay remarqué qu’ils les ont changées prefii y. que / tf 7P D]l S C O U R S.

que toufiours en telle forte que ie ne les pounois plus • auouër pour mienes. A Poccafion de quoy ie fuis bieu ayfe de priericy nos neueux, de ne croire iamais que les choies qu'on leur diraviencntdemoy, lorfquéie nè.Ies dUray point inoymefmc diuulguces: Et ic ne m’eftonoe. aucunement des extrauagances qu’on attribue a tousccs anciens Philofophes dont nous n’auons point les eferits, ny ne iuge pas pour cela qufe leurs pen&es ayent efte fort deraifonuables, veu qu’ils eftoieut des meilleurs cfprits de leurs temsi Mais feulement qu’on nous les a mal rapportées. Comme on voit aulTy que prefqut iamais il ri*eft arriué'qu’aucun de leurs fedateurs les ait furpaflez: Etiem’aflureque les plus paffionnez, de- ceux qui fuiuent maintenant Ariftbte/fecroyroienthureux, s’ils auoient autant de connoiflance de la Nature qu’il en a eu, encore mefme que Cfffuft a condition qu'ils n'en autoient iamais dauantage. Ils font comme le lierre, qui ne tend point a monter plus haut que les arbres qui le fou-. tieneût, & mcfme fouuent qui redefeend après qu’il cft paruenu iufques a leur faille *: Car il me femble aufly.que ceux la redefoendent, ccft a dire, fe rendent en quelque façon moins Içauans que s’ils s abftenoient *d’eftudicr,lefquels non contcns de fçauoir tout ce qui eft intelligiblement expliqué dans leur Autbeur; veulent ■outrécelay trouuer la folution de plulfeurs difficultcz.

dont il ne dit rien,-•& aufquelles.il n’a peuteftre iamais* penfe'. Toutefois leur façon de philofopher efl fort commode, pour ceux qui n’ont que des efprits fort médiocres: car l obfcuritc des diftîndions, & des principes dont ils fe feruent, eft caufe qu’ils peuûent parler de t(?utes.

De La Méthode.

■eschofes aufly hardiment que s'ils les fçauoient,&fou-[tenir tout ce qu'ils en difent contre les plus fubtils & les plus habiles, fans qu’on ait moyen de les'conuaincre: En quoy ils me femblent pareils a vn aueugle, qui pour fe battre fans defàuantage contre vn qui voit, l’auroit fait venir dans le fonds de quelque caue fort obfcure: Etie puis dire que ceux cy ont intereft que ie m’ahftiene depublier les principes de la Philofophie dont ie me fors, car eftans très fimples & très cuidens, comme ils font, ie ferois quafi le melme en les publiant, que fi ifouurols quelques feneftres, & faifoi? entrer du iour dans cete ca^ ue où ils font dtffcendus pour le battre. Mais mefme les meilleurs écrits n’ont pas occafion de fouhaiter de les connoiftre: cars 'ils veulent fçauoir parler de toutes cho-* fès, & acquérir la réputation d’eftre do&es, ils y paruiendront plus ayfement en fe contentant de la vrayfemblance, qui peut eftretrouuée fans grande peine en toutes fortes de matières; qu’en cherchant la vérité, qui ne fe découure que peu a peu en quelques vues, • Scqui lorfqu'ileft queftionde parler des autres oblige a confeffer franchement qu’on les ignore. Que s’ils préfèrent la connoiflance de quetque peu de veritez à la vanité dé paroiftre n’ignorer tien, comme fans douté elle eft bien préférable, & qu’ils vueilleot fuiurevn defTein fèmblableau micb, ils n’ont pas befoin pourcelaquc ie lèuf die -<rien d’auantage que ce que i’ay défia dit en ce difeours.

Cars’ils font capables de pafier. plus outre que ie n’ay ' fait, ils le feront aufly a plus forte raifon,de trouuer d’eux mefmes tout ce que ie penfe auoir trouué: D’autant que tfayaot ï amais-rien cxamiuéque par ordre, il eft certain, que.- 7* 'Discours.

que ce qui me refte encore a de'couurir eft de foy pins difficile &plus cache, que cequei’ay pû cy deuant rencontrer, & ils auroicnt bien moins de plaifir a l’apprendre de moy que d'eux mefmes: Outre que l’habitude, qu’ilsacquerront; en cherchant premièrement des chofes faciles, &paflantpeuapeupardegreza d'autres plus difficiles; leur feruira plus, que toutes mes inflru&ions ne fçauroient faire. Comme pour moÿie me perfuade, que fi on m'éuft enfeigné dés n\a ieunefle toutes les ve_ -ritez dont i’ay cherche’ depuis les demonftrations,& que ic n’eufle eu aucune peine a les apprendre, ie n'en aurois peuteftre iamais feeu aucunes autres, & du moinsque jamais ie n’aurois acquis l’habitude, & la facilite que ie * penfë auoir, d'cntrouuer toufiours de nouueltes, à mefure que ic m'applique à les chercher. Et en vn mot s'il y a au monde quelque ouurage, qui ne puifle cftrc fi bien acheuc'par aucun autre, que parle mefme qui l’a commencé, c’eft celuy auquel ie trauaille.

II eft vray que pour ce qui eft des expériences qui peuuent y fèruir, vn homme feul ne fçauroit fuffire a les fai. rc toutes: Mais il n'y fçauroit aulTy employer vtilement d’autres mains que les ficnes.finon celles des artifàns, ou telles gens qu’il pourrait payer, & a qui-l’efperahce du gain, qui eft vn moyen très efficace, ferait faire exactement toutes les chofês qu’il leur preferiroit. Car pour les volontaires, qui par curiofite' ou defir d’apprendre s’offriraient peuteftre de luy ayder, outre qu’ils ont pour l’ordinaire plus de promelfesque d’eflfed:, & qu'ils ne font que de belles propoficions dont aucune iamais ne reüfiltjlis voudraient infalliblcment cftre payez par l'explication.

De La Méthode. 7$ plication de quelques difficultez, ou du moins par des complimens& des entretiens inutiles, qui ne luy fçanroieut coufter fi peu de Ion tems qu#il n y perdift.Et pour les expériences que les autres ont défia faite s, quand bien mcfme ils les luy voudroient communiquer, ceque ceux qui les nomment des fecrets neferoient iamais,elIesfont pour la plus part composes de tant de circonftances, ou d'ingrediensfuperflus, qu’il luy feroit très malayfé d’en déchiffrer la vérité: Outre qu’il les trouueroit prefque toutes fi mal expliquées, ou mefme fi faufles,à caufe que ceux qui les ont faites fe font efforcez de les faire paroiftre conformes a leurs principes, que s’il y en auoit quelques vncs qui luy ferniflenr, elles ne pourroient derechef valoir le tems qu’il luy faudroit employer a les choifir.

De façon que s'il y auoit au monde quelqu’un, qu’on feeuft affurement eftre capable de trouuer les plus grandes chofes, & les plus rtiles au public qui puiffent eftre, & <jue pour cete caufe les autres hommes s’efforçaffent par tous moyens de l’ayder a venir a bout de fes deffeins: le ne voy pas qu’ils peuffent autre chofe pour luy, finon fournir aux frais des expériences dont il auroit befoin, & du relie empefeher que fon loifir né luy fuft ofté'par l'importunitédeperfonne. M ais outre que ie ne prcfiime pas tant de moymefme, que de vouloir rien promettre d’extrordinairej ny ne me repais point de penfees fi vaines, que de m’imaginer que le public fe doiue beaucoup interefler en mes deffeins: le n'ay pas auffy l’ame fi baffe, que ie voutuffe accepter de qui que ce fuft aucune faueur, qu'on pufteroyre que ie n’aurois pas méritée.

Toutes ces confiderations iointes enfemble furent 4 caufe 74 Discours eau fe il y a trois ans que ie ne voulu point diuulguer le traité qaei’auois entre les mains; Etmefme que iepris refolutiou de n’en faire voir aucun autre pendant ma vie, qui fuft fi general, ny duquel on pûft entendre les fondemensdemaPhyfique:Maisilya eu depuis derechef deux autres raifons, qui m’ont oblige a mettre icy quelques edais particuliers; & a rendre au public quelque compte de mes actions, & de mes dedans. La première eft, que fi i’y manquois,plufieurs,qui ont feeu l’intention que i'auois eue cy deuant de faire imprimer quelques eferits, pourraient s imaginer que les caufes pour lefi.

quelles ie m'en abfticns feraient plus a mon defauantage quelles ne font. Carbienqueien’ayraepas la gloire par excès j ou mefme, fi ie lofe dire,que ie la haïfle, en tant qué ie la iuge contraire au repos, lequel i’eftirae fur toutes chofes: Toutefois audyien’ayiamaistafchéde cacher mesa&ions comme des crimes, ny n’ay vfe de beaucoup de précautions pour eftre inconnu • tant à caufe que i’eude creu me faire tortj qu’à caufe que cela m'auroit donne' quelque efpece d'inquietude, qui euft derechef elle contraire au parfait repos d’elprit que ie cherche. Etpourcequem’eftant touliours ainfi tenu indifferent entre le foin d’eftre connu ou ne l’eltre pas,ie n’ay pu empefeher que ie n’acquide quelque forte de réputation, i’ay penfe' que ie deuois faire mon mieux pour m'exempter au moins de l'auoirmauuaifeX’autre raifon qui.m’a oblige' a eferire cecy, eft que voyât tous les iours de plus en plus le retardement que foudre le dedein que i:ay dem’inftruire, àcaufe d’vue infinité d'experiences donti aybefoiu, & qu'il eft impodibleque ie face fans...' l’aydo De La Méthode» 75 i’ayde d’autruy, Bienque ie ne m^flatte pas tant que d'efpercrque le public prene grande part en mes interefts. Toutefois ie ne veux pasauffy me défaillir tant a moymefme, que de donner fuiet a ceux qui me furuiuront de me reprocher quelque iour, que i'euffe pu leur laffler plufieurs chofès beaucoup meilleures que ie n'auray fait, fi ien’eufle point trop neglige'de leur faire entendre en quoy ilspouuoient contribuer a mes dcfleins.

Et i’aypenfé qu’il m'eftoit ayfé de choifir quelques matières, qui fans eftre fuictes a beaucoup de controuerfes, ny m'obliger a déclarer d'auantage de mes principes queienedefire,nelairroientpasde faire voir aflez clairement ce que ie puis, ou ne puis pas, dans les fciences. Enquoyienefçaurois dire fi i’ay reuffi, &: ie ne veux* point preuenir les iugemes de perfonne, en parlant moymefmedemesefcrits: Mais ie feraybien ayfe qu’on les examine, & affin qu'on en ait d'autant plus d’occafion.ie fiipplie tous ceux qui auront quelques obieétions a y faire de prendre la peine de les enuoyer a mon libraire, par lequel en eftânt auerti, ie tafeheray d'y ioindre ma refponfe en mefmc tems, & par ce moyen les le&enrs, voyant enfemble l’vn & lautre, iugeront d'autant plus ayfementdcla vérité Carie ne promets pas d’y faire jamais de longues refponfès, mais feulement d’auouër mes fautes fort franchement, fi ie les counois; oubien lue ne les puis aperceuoir, dedire Amplement ce que ie croyray eftre requis, pour la defence des chdlfes que i’ay eferites, fànsyadioufter l’expücation d’aucune nouuelle matière, affin de no me pas engager fans fin de lvne en l'autre» # ^ a Que j6 Discours.

Que fi quelques vnês de celles dont i'ay pari d'au commenceraét de la Dioptrique & des Meteores,chocquent d’abord, a caufe que ie les nomme des fuppofirions, & que ie ne femble pas auoir enuie de les prouuer, Qu o ait la patience de lire le tout aucc attention, & i’elpere qu’on s’en trouuera fathfait: Car il me femble que les raifonss’y entrefuiuent en telle forte, que comme les dernieresfontdemonftrées, par les premières qui font leurs cauleS] ces premières le font réciproquement, par les dernieres qui font leurs effets. Et on ne doit pas ima-, ginerqneie commette en- cecy la faute que les Logiciens nomment vn cercle; car l’expericnce rendant la plus part de ces effets très certains, les caufes dont ie les •déduits ne feruent pas tant à les prouuer qu’à les expliquer; mais tout au contraire ce font elles qui font prounées par eux. Et ie ne les ay nommées des fuppofitions, qu'affin qu’on fçache que ie penfe les pouuoir déduire de ces premières veritez que i’ay cy deffus expliquées; Mais que i’ay voulu expreffement ne le pas faire, pour empefeher que certains efprits, qui s’imaginent qu’ils fçauenc en vn iour tout ce qu’vn autre a penfe' en vingt années, fi toft qu'il leur en a feulement dit deux ou trois mots, 6ù qui font d’autant plus, fuicts à faillir, & moins capables de la vérité, qu’ils font plus penetrans & plus vifs, Ne puiffent de là prendre occafion, de baftir quelque Philofophie #trauagante fur ce qu’ils croyront eftre mes principes, & quon m’emttribue la