SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

French

Page 10 of 19

174 Le Monde, de Rene‘ Descarris; renient connue, que vous ne fçauriezpas même feindre de l’ignorer. Car pour les qualités que j’y ay mifes, fi vous y avez pris garde, je les ay feulement fuppofées Telles que vous les pouviez imaginer. Ét pour la matière dont je l’ay compofé, il n’y a rien de plus fimple, ny de plus facile à connoître dans les créatures inanimées -, Et fon idée eft tellement comprife en toutes celles que noftre imagination peut former, qu’il faut neceflairement que vous la conceviez, ou que vous n’imaginiez jamais aucune choie.

Tontesfois parce que les Philolophes font fi fubtils, qu’ils fçavent trouver des difficultés dans les chofes qui femblent extrêmement claires aux autres hommes y 8c que Je fouvenir de leur matière première, qu’ils fçayent eftre a fiez mal-ailee à concevoir, lespourroit divertir de la connoiffance de Celle dont je parle, il faut que je leur dilcr en cét endroit, que lijene me trompe, route la difficulté qu’ils éprouvent en la leur, ne vient que de ce qu’ils la veulent diftinguer delà propre quantité, & de fon étendue extérieure, c’eft-à-dire de la propriété qu’elle a d’occuper de l’efpace. ( V. an. 8. & 9. Jerprmïip.part. 2. pag. 73 & 74. ) En quoy toutesfois je veux bien qu’ils croycnt avoir raifon, car je n’ay pas deflein de m’arreûer à les contredire: Mais ils ne ou Traite* de la Lumière. doivent pas auffi trouver eftrange, fi je ' fuppofe que la quantité de la matière que « j’ay décrite ne différé non plus de fa fubftance, que le nombre fait des chofes nombrées j & fî je conçois fon étendue, ou la propriété qu’elle a d’occuper de l’efpace, non point comme un accident, mais comme fa vraye forme & fon effence: car ils ne fçauroient nier qu’elle ne foit tres-facile à concevoir en cette forte. Et mon defTein n’cft pas d’expliquer comme eux les chofes Îiui font en effet dans le vray monde ÿ mais eulement d’en feindre un à plaifîf, dans lequel il n’y ait rien que les plus groffiers Efprits ne foient capables de concevoir, & qui puiffe toutefois être crée tout de même que je l’auray feint.

Si j’y mettois la moindre chofe qui fut obfcure, il fe pourroit faire que parmy cette obfcurité il y auroit quelque répugnance cachée dont je ne me ferois pas apperceu, & ainfi que fans y penfer jefuppoferois une chofe impofïïble; au lieu que pouvant di-■ llin&ement imaginer tout ce que j’y mets, il eft certain qu’encore qu’il n’y eût rien. de tel dans l’ancien monde, Dieu le peut t toutesfois créer dans un nouveau: Car il eft certain qu’il peut créer toutes les chofes que nous pouvons imaginer.

? Le Monde de Rene* Descàktes, •. /'. j •. - • i •. A CHAPITRE VIL r Des loix de la Nature do ce ttouveauf <• MAis jc ne veux pas différer plus loffstcmps à vous dire par quel moyen la Nature feule pourra démêler la confulîoir du Cahos dont j’ay parlé, & quelles fane les Loix que Dieu luy aimpofées^ ■ ■* Sçachez donc premièrement y que par 1& Nature je n’entens point iry quelque Déef-- fe, ou quelque autre forte de puillance imaginaire; Mais que jtr me fers de ce mot,, pour lignifier la Matière mefme } entant que jc l*confidere avec toutes les qualités que je luy ay attribuées,,c«nprifes toutes enfcmbleJ.&: fous cettecencfition que Dieu continu» de la confcrver en la mefme façonr qu’il l’a creée: Car de cela feul qu’il continue ainfi de k confetver, il fuir de necelS-. té-qa’il doit y avoir pluiieurs cftangemens i. entes parties, leftjuels ne pouvant cerne femble eftre.proprcment attribuez à l'action. de Dieu y parce qu’elle ne change- point, je les attribuëà la Nature;,ôc les réglés, foivant lefquelles fe font ces chajngemensyje’ les nomme les Loix de la Nature...Pour mieux entendre cecy, fouvenezv ou Traite’ de ta Lumière. 177 vous qu’entre les qualités de la matière, nous avons fuppofé que Tes parties avoient eu divers mouvemens dés le commencement qu’elles ont eftc créées -, &C outre cela qu’elles s’entretouchoicnt toutes de tous codez, fans qu’il y eût aucun vuide entre-deux;• D’où il fuit de neceflité, que dés-lors, en commençant à fe mouvoir, elles ont commencé auûl à changer & diverfifier leurs mouvemens par la rencontre l’une de l’autre: Et ainfi que fi Dieu lesconferve par après en la mefmc façon qu’il les a créées, il ne les conlervc pas au mefmc cftat; C’eftà-dire, que Dieu agifl'ant toujours de môme, &c par confequent ptodüifarjt toujours T le mefme effet en. fùbftance, il fe trouve. comme par accident plufieurs diverfités en cet effet. Et il ell: facile à croire, que Dieu, qui comme chacun doit Icavoir eft immuable, agit toujours de mefme façon. ( V. art. $6. part, t.princip.p. toi. J Maisfansm’engager plus avant dans ces confiderations Metaphy fiques^ je mettray ie>y deux ou trois des principales règles luivant lefquelles il f^ut penler que Dieu fait agir la Nature de ce nouveau Monde, &C qui fuffront comme je croy pour vous faire connoître tou» ™ tes les autres.

1 La première eff, que chaque partie de la-jrnatiere en particulier, continue toujours d’ccrcçn im mefme çftat, pendant que U 1 7$ Le Monde de Rene* Descar. tes, rencontre des autres ne la contraint point de le changer. ( V. art. 57. part. 1. princip. p. 101.) C’eft-à-dire, que <ï elle a quelque grofleur, elle ne deviendra jamais plus petite, finon que les autres la divifenr: Si elle eft ronde ou quarrée, elle ne changera jamais cette figure, fans que les autres l’y contraignent: Si elle eft arreftée en quelque lieu, elle n’en partira jamais, que les autres ne l’en chaflent: Et fi elle a une fois commencé à le mouvoir, elle continuera toujours avec une égale force, julques à ce que les autres l’arreftent ou la retardent.

Il n’y a perfonnequi neeroye que cette meme Réglé s’obferve dans l’ancien Monde, touchant la grolîeur, la figure, le re« f)OS, & mille autres chofes femblables -, mais es Philofophes en ont excepté le Mouvement, qui eft pourtant la chofe que je defire le- plus expreflément y comprendre. Et ne {>enfez pas pour cela que j’aye deftein de es contredire, le mouvement dont ils parlent eft fi fort different de celuy que j’y conçoy, qu’il fe peut aifément faire, que ce qüieft vrayde l’un, ne le foit pas de l’autre.

Ils avouent eux-mcimes que la Nature du leur eft fort peu connue i Et pour la rendre en quelque façon intelligible, ils ne J f’ônt encore iceil expliquer plus clairement qu’en ces termes. Motus eft aEha-enûslirt potentia, prout in pontifia eft, lesquels fostr. • ou Traite’ de la Lumière. tjf pour moy fi obfcurs, que je fuis contraint de les laifler icy en leur langue, parce que je ne les fçaurois interpréter. ( Et en effet ces mots, le mouvement eft l’aéted’un Eftrc en puiflance, entant qu’il eft en puiflancc, ne font pas plus clairs, pour eftre François.) Mais au contraire, la Nature du Mouvement duquel j’entens icy parler eft fi facile à connoître, que les Geometres mêmes, qui entre tous les hommes fe font le plus eftudié à concevoir bien diftimftemçnt les chofes qu’ils ont eonfiderées, l’ont jugée {dus ftmple & plus intelligible que celle de curs fuperficies, & de leurs lignes; ainft qu’il paroit, en ce qu’ils ont expliqué la. ligne par le mouvement d’un point, & la fuperneie par celuy d’une ligne.

Les Pliilofopbesfuppofent aufli plufieurs mouvemens qu’ils penfent pouvoir eftre faits fans qu’aucun corps change de place, eomme ceux qu’ils appellent. Motus ad formant, motus ai caiorem, motus ad quantitatern, ( Mouvemenr à la forme, mouverhent à la chaleur, mouvement à la quantité, ) & mille autres; Et moy je n’en conçois aucun plus aile à concevoir que les lignes des Geometres, qui fait que les corps paflent.d’un lieu en un autre, & occupent fuccelïïvemcnt tous les efpaces qui font entre-deu ziP'. art. IX. part, i. principe i8o.Ee Monde de Rene’ Descartes, Outre cela, ils attribüent au moindre de ces mouvemens un Eftre beaucoup plusfolide 8c plus véritable qu’ils ne font au repos, lequel ils. difent n’en eftre que la privation; Et moy je conçois que le repos eft aufti bien une qualité qui doit eftre attribuée à la ma* tiere, pendant qu’elle demeure en une place, comme le mouvement en eft une qui luy eft attribuée, pendant qu’elle en change. ( V. art. l J. part. i. principe p. 88. * Ibid. art. 27. pag. 90. * Lettre 48. Tom. 2. pag. $39- & flliv. ) Enfin le mouvement dont ils parlent eft d’une Nature fi eftrange, qu’au lieu que toutes les autres chofes ont pour fin leur perfection, 8c ne tâchent qu’à fc confer-rver, il n’a point d’autre fin n’y d’autre but que le rcpos’i & contre toutes les Loîx de la Nature il tâche foy-mefme à fc détruire", Niais au contraire, celuy que je fuppofe fuie les mêmes Loix de la Nature que font gçneralcment toutes les difpofitions 8c toutes les qualitez qui fe trouvent en la matière j aufti bi.cn celles que les Dodtes appellent, jlfodos & entia rat ion is cum fundamento in re J ( Des modes 8c des eftres de raifon avec fondement dans la chofe, ) comme cjualitates reales, ( leurs qualitez réelles ) danslcfquelles je confefle ingenûment ne trouver pas plus de réalité que dans les autres.

Jje fuppofe pour féconde Réglé, Que quand ©u Traite* de la Lumière. 2?i quand un corps en poufle un autre, il rie {çauroit luy donner aucun mouvement qu’il - n’en perde en mefme tems autant du lien, ny luy en ofter que le lien ne s’augmente d’autant. {V. art. 40. 41. & 42, princip. part. i. 10 6. 107. & 108.) Cette Réglé {'ointe avec la precedente fe rapporre fore >ien à toutes les expériences dans lelquelles nous voyons qu’un corps commence ou cefle de fe mouvoir, parce qu’il eft pouftfc ou ar refté par quelque autre. Car ayant fuppofé la precedente, nous fommes exempts de la peine où fe trouvent les Do<ftes y quand ils veulent rendre raifon de ce qu’une pierre continue de fe mouvoir quelque temps après eftre hors de la main de eduy qui l’a jettée: ( y. art. 38, part. 1.princip.p. 103.) car on nous doit plutoflr demander pourquoy elle ne continue pas toujours d)e fe mouvoir? Mais la raifon eft facile à rendre: Car qui eft-ce qui peut nier que l’air darts lequel elle fe remuë, ne luy fa(Te quelque reuftancr? On l’entend' fiffler lors qu’elle le divife, &c fl l’on remuë dedans on évan- J tail, ou quelque autre corps fort leger & fort eftendu, on pourra même fentir au poids de la main qu’il en empefehe le moument, bien loin de le continüer, ainfî que quelques-uns ont voulu dire. Mais fi l’on manque d’expliquer l’effet de fa refiftance fuiyant noftre féconde Réglé j & que l’on aJÎ2 Le"Monde de Rene‘ Descartes, penfe que plus un corps peut refifter, plus il foit capable d’arreftcr le mouvement des autres, ainfi que peut-eftre d’abord on fe pourroitperfuader, on aura derechef bien de la peine à rendre raifon, pourquoy le mouvement de cette pierre s’amortit plutoft en rencontrant un corps mol, & dont la refiftance eft médiocre, qu’il ne fait lors qu’elle en rencontre un plus dur, & qui luy refifte davantage? ( V. an. 40. pan. i.princip.p. io^. ) Comme auffi pourquoy fi-toft qu’elle a fait un peu d'effort contre ce dernier, clic retourne incontinent comme lut fes pas, plutoft que de s’arrefter ny d’ interrompre Ion mouvement pour fon fujet? Au lieu que fuppofant cette Réglé, il 11’y a point du tout encecy de difficulté: Car elle nous apprend que le mouvement d’un corps n’eft pas retardé par la rencontre d’un autre à proportion de ce que celuy-cy luy refifte, maisïeulcment à proportion de ce que fa refiftance en eft lurmontée, & qu’en luy obeïflanr, il reçoit en loy la force de fe mouvoir que l’autre quitte.

Or encore qu’en la plufpart des mouvemens que nous voyons dans le vray Monde, nous ne puiffions pas appercevoir que les corps qui commencent ou ceflent de fe mouvoir foient pouflez ou arreftez par quelques autres, nous n’avons pas pour cela oc-:çafi pn déjuger que ces deux Réglés n’iy ou Traite’ ra la Lumière. 285 foient pas exa&ement obfervées; Car il eft certain que ces corps peuvent fouvent recevoir leur agitation des deux Elemens de l’Air & du Feu, qui fe trouvent toujours parmy eux, fans y pouvoir eftre fentis, ainft qu’il a tantôt efté dit, ou même de l’Air plus groflïer, qui ne peut non plus eftre lenty; & qu’ils peuvent la transférer» tantôt à cet Air plus groflîer,,3c tantôt à toute la mafle delà Terre, en laquelle eftanc difperfée; elle ne peut aufli eftre apperceüe- Mais encore que tout ce que nos fens ont jamais expérimenté dans le vraiMonde» femblât manifeftement être contraire àcer qui eft contenu dans ces deux Réglés, la raifon qui me les a enfeignées me femble fi forte, que je ne laiflerois pas de croirer être obligé de les fuppofer dans le nouveau que je vous décris: car quel fondement plus ferme 3c plus folide pourroiton trouver pour établir une vérité, encore qu’on le voulût choifir à fouhait, que de prendre, la fermeté même, l’immutabilité qui eft en Dieu.

Or eft-il que ces deux Réglés rtiivept nianifeftement de cela feul que Dieu eft . jjpatyftble, ( V- art. 3 7. pan. 2. princip. p. loi. & fuiv.* ibid. p. 104. a^t. 3,9. ) Sc qu’agiflant toujours en même forte il produit toujours le même effet. Car fuppofauc qu’il a mis certaine quantité de mouve- J Aa ij 284 Le Monde de R ene’ Descartes, ment dans toure la matière en general des le premier inftant qu’il l’a créée, il faut avoiier qu’il y en confcrvc toujours autant, ou ne pas croire qu’il agifl’e toujours en même forte -, ( V. Lettre 3. tom. 2. p. 101. & t 03. * Lettre 53. tom. 1. p. 243. & fup- {)ofant avec cela que dès ce premier inftant es diverfes parties de la matière en qui ces mo.uvcmens fe font trouvez inégalement difj?erfez, ont commencé à les retenir, ou a les transférer de l’une à l’autre, ( V. Lettre 2 $. tom. 3. p. 449. ) félon qu’elles en ont pû avoir la force, il faut neceffairement penfer qu’il leur fait toujours continuer la même chofe. Et c’eft ce que contiennent ces deux Réglés.

J’ajourerai pour la troifiéme, Que lorfqu’un corps femeut, encore quefon mouvement fe farte le plus fouvent en ligne courbe, Sc qu’il ne s’en puirtê jamais faire aucun qui ne foit en quelque façon circulaire, ainfi qu’il a été dit ci-deffus, toutcsfoij chacune de fes parties en particulier tend toujours à continuer le fien en ligne droite. ( V.art. 59. pan. 2. Princip.p. 104. Et ainfi leur aélion, c’eft-à-dire l’in- • clination qu’elles ont à fe mouvoir, ell differente de leur mouvement.

Par exemple, fi l’on fait tourner une roue fur fon eftieu, encore que toutes fes parties aillent en rond, parce qu’étant Digitize ou Traite’ de la Lumière. 2$y jointes l’une à l’autre elles ne fçauroieiït aller autrement, toutesfois leur inclination eft d’aller droit; ainfi qu’il paraît •clairement fi par hazard quelqu'une fe détache des autres i car aufli-tôt qu’elle eft en liberté Ton mouvement celle d’être circulaire, &fe continue en ligne droite.

( V. art. 39. comme ci-dejfus, p. 205. ) De même, quand on fait tourner une pierre dans une fronde, non feulement elle va tout droit aufti-tôt qu’elle en eft fortie; mais de plus, pendant toutlê temps qu’elle y eft, elle prelTe le milieu de la fronde, 8c fait tendre la corde -, montrant évidemment par là qu’elle a toujours inclination d’aller cri droite ligne, 8c qu’elle ne va en rond que par contrainte.

Cette Réglé eft appuyée fur le même fondement que les deux autres, & ne dépend que de ce que Dieu conferve chaque chofe par une a&ion continué, &parconféquent qu’il ne la conferve point telle qu’elle peut avoir etc quelque temps auparavant, mais précifément telle qu’elle eft au même inftatit qu’il l’a conferve. ( Voy. art. 39. p. 104. ) Or eft-il,que detous les mouvemens il n’y a que le droit qui foit entièrement fimple, & dont toute la Nature foit comprifc en un inftant: car pour le concevoir,il fuffit depenfer qu’un corps eft en aftion pour fe mouvoir vers un cer.

z8£ Le Monde de Rene’ Descartes, tain côté, ce qui fe trouve en chacun des inftans qui peuvent être déterminez pendant le temps qu’il fe meut: au lieu que pour concevoir le mouvement circulaire, ou quelqu’autre que ce puifle être, il faut au moins confiderer deux de ces inftans, ou plutôt deux de Tes parties, & le rapport qui eft entr’elles. Mais afin que les Philofophes, ou plutôt les Sophiftes, ne prennent pas ici occafion d’exercer leurs fubtilitcs fuperfluës, remarquez que je ne dis pas pour cela que le mouvement droit fe puilfe faire en un inftant -, mais feulement que tout ce qui eft requis pour le produire, fe trouve dans les corps en chaque inftant qui puifie être déterminé pendant qu’ils le meuvent, &c non pas -tout ce qui eft requis pour produire le circulaire.

Comme, par exemple, fi une pierre fe meut dans une fronde. ( V. Princ. P. z. Art. 39. p. 105. )fuivantlc cercle marqué A B [ V. fig. I. ] & que vous la confidericz précilément telle qu’elle eft à l’inftant qu’elle arrive au point A, vous trouvez bien qu’elle eft en a&ion pour fe mouvoir, car elle ne s’y arrête pas, &: pour fe mouvoir vers un certain côté, à fçavoir vers C, car c’eft vers là que fon aétion eft déterminée en cet inftantjmais vous n’y fçauriez rien trouver qui fafle que fon mouveou Traite’ de la Lumière. *87 vement foit circulaire. Si bien que fuppofant qu’elle commence pour lors à fortir de la fronde, 5c que Dieu continue de la conferver telle qu’elle eft en ce moment, il eft çercain qu’il ne la conlêrvcra point avec l’inclination d'aller circulairement fuivantla ligne A B, mais avec celle d’aller tout droit vers le point C.

Donc fuivant cette Réglé, il faut dire . que Dieu leul eft l’auteur de tous les mouvemens qui font au monde, entant qu’ils font, Sc entant qu’ils font droits j mais que ce font les diverfes dilpofitions de la matière qui les rendent irréguliers & courbez; ainfî que les Theolpgiens nous apprennent que Dieu eft auflî l’auteur de.-toutes nos actions., entant qu’elles font,. & entant qu’elles ont quelque bonté i mais que ce font les diverfes difpofitions de nos volontez qui les peuvent rendre vicieufes.

Je pourrois mettre encore ici plufieurs réglés, pour déterminer en particulier quand & comment & de combien le mouvement de chaque corps peut-être détourné j &c augmenté ou diminué, par la rencontre des autres. ( V. princ. P. 1. an. 45. p. 110. ) ce qui comprend fommairement tous les effets de la Nature. Mais je me -contenterai de vous avertir, qu’outre les trois loix que j’ai expliquées, je n’en veu,x ’J Le Mokdë de Rene’ Descartes, point fuppofcr d’autres, que «Telles qui firivent infailliblement de ces Veritez éternelles fur lefquels les Mathématiciens ont ac^ coutume d’appuyer leurs plus certaines 8c plus évidentes demonftrations;ces veritez, dis-je, fuivant Iefquelles Dieu même nous a en feigne qu’il avoit difpofé toutes chofes en nombre, en poids, 8c en mefure; 8c dont la connoiflance eft (î naturelle à nos âmes, que nous ne fçaurions ne les pas juger infaillibles, torique nous les concevons dilrinétement; ni douter que fi Dieu avoit créé plufieurs Mondes, elles ne fulTent en tous auffi véritables qu’en celui-ci. De forte que ceux «pi fçauront fuffifamment examiner les confequences de ces vérités & de nos réglés, pourront connoîtrc les effets par leurs caufes -, & pour m’expliquer en termes de l’Ecole-, pourront avoir «les dcrmonfîrations- a Priori, de tout ce qui peut - être produit en ce nouveau Monde.

Et afin qu’il n’y ait point d’exception qui en empêche, nous ajouterons, s’il vous plaît, a nos fuppofitions, que Dieu n’y fera jamais aucun miracle, & que les intelligences, ou les ames raifonnabfcs que nous y pourrons fuppofcr ci-après, n’y rroubleront en aucune façon le cours ordinaire de la Nature. Enfuitcdequoi neanmoins je ne vous promets pas de mettre ici ou Traite’ de la Lumière. 189 ici des demonilrations cxa&es de toutes les chofes que je dirai; ce fera allés que je vous ouvre le chemin par lecjuel vous les pourrez trouver de vous - meme, quand vous prendrez la peine de les chercher. La plupart des efprits fe dégoûtent lorfqu’on leur rend les chofes trop faciles. Et pour faire ici un tableau qui vous agrée, il ell: befoinquej’y employé de l’ombre aulE bien que des couleurs. Si bien que je me contenterai de pourfuivre la defeription que j’ai commencée, comme n’ayant autre deflein que de vous raconter une fable.

CHAPITRE VIII.

De la formation du Soleil & des Etoiles de ce nouveau Monde.

QLJelque inégalité & confufion que nous puiflîons fuppofer que Dieu ait mife au commencement entre les parties de la matière, il faut fuivant les loix qu’il a compofées à la Nature, que par après elles fe foient réduites prefque toutes à une groflcur & à un mouvement médiocre, & ainfi qu’elles ayent pris la forme du fécond Elément, telle que je l’ai cideffus expliquée. ( V. Art. 47. & Part. 3. jrrinc. p. vji.& fuiv. ) Car pour confidc- Le Monde de Rene’ Descartes rcr ccrtc matière en l’état qu’elle auroit pu .erre avant que Dieu eût commencé de la mouvoir, on la doit imaginer comme le corps le plus dur le plus folide qui fois au monde. Et comme on ne fçauroit pouffer aucune partie d’un tel corps, fans pouffer aulîl ou tirer par meme moyen toutes les autres aînll faut-il penfer que l’action ou la force de fe mouvoir & de fe divifer qui aura été mife d’abord en quelques-unes de fes parties, s’eft épanduë & diftribuée en toutes les autres au même inllant, auffi également qu’il fe pouvoit.

Il cil; vrai que cette égalité n’a pu totalement être parfaite. Car premièrement, à caille qu'il n’y a point du tout de vuidc en ce Monde, il a été impoflîble que toutes les parties de la Matière fe ioient mues en ligne droite; mais étant égales à peu près, & pouvant prcfque aullî facilement être détournées les unes que les autres, elles ont du s’accorder toutes enfemble à quelques mouvemens circulaires. Et toute-fois, à caufe que nous fuppofons que Diçu les a mues d abord,divcrfcmcnt, nous ne devons jpas penfer qu’elles fe foient toutes accordées à tourner autour d’un fcul centre, mais au tour de plufjçurs differens., tk que nous pouvons imaginer diverfement fituez les uns a l’égard des autres. ( r. art. 46, Part. 3, Pr/nç, p,< 16?. drfujv, ou Traite’ de la Lumière. 191 Ènfuite dcquoi l’on peut conclure qu’elles ont dû naturellement être moins agitées, ou plus petites j ou l’un Se l’autre enfemble, vers les lieux les plus proches de ces centres, que vers les plus éloignez.

( V. art. Si. & fitiv. part. 3. Princ. p. 11 z. & fuiv. ) car ayant toutes inclination à continuer leur mouvement en ligne droite, il cft certain que ce font les plus fortes, c’eft-à-dirc, les plus groiïbs entre celles qui étoient également agitées, Se les plus agitées, entre celles qui étoient également grolfes, qui ont dû décrire les plus grands cercles, comme étant les plus approchans de la ligne droite. Et pour la matière contenue entre trois ou pluficurs de ces cercles, elle a pû d’abord fe trouver beaucoup moins divifée Se moins agitée que toute l’autre. Et qui plus cft 3 dautant que nous fuppofons que Dieu a mis au commencement toute forte d’inégalité entre les parties de cette matière, nous devons penfer qu’il y en a eu pour lors de toutes fortes de grofleurs Se figures, Se de difpofées à fc mouvoir, ou ne fe mouvoir pas, en toutes façons Se en tous fens. ( V. art. 8 z • & fuiv. comme ci-dejfus.

Mais cela n’empêche pas que par après elles ne fe foient rendues prefque toutes ak fez égales, principalement celles qui font demeurées à pareille diftance des centres 13 b iL - - - j 29 2 Le Monde de Rene’ Desc artes, autour delquels elles tournoyoient: car ne le pouvant mouvoir les unes fans les autres j il a fallu que lps plus agitées cornruuniqua fient de -leur mouvement à celles qui l’etoient moins, 5c que les plus grofles Iç rompirent 5c fc divifaflent, afin de pouvoir palier par les memes lieux que celles qui les preccdoient, -ou bien qu’eiles morttp. fient plus haut: 5c ainfi elles fc font ar^ rangées en peu de temps toutes par ordre j en telle loi te que chacune s’eft trouvée plus ou moins éloignée du centre au tour duquel elle a pris fon cours, félon qu’elle a été plus ou.moins grofi'e 5c agitée à comparuilon des autres. Et même, ( V. art. 82. Cf fuiv. corme ci-deffus ) d’autant que la grotïcur répugné toûjours à, la virefi'e du mouvement, on doit penfer que les plus éloignées de chaque centre ont été celles qui étant un peu plus petites que les plus proches ont été avec cela de beaucoup plus agitées.

Tout de même, pour leurs figures, encore que nous fuppofions qu’il y en ait eu au commencement de toutes lb.rres, 5c qu’elles ayent eu pour la plupart plulîeurs angles 5c plufieurs cotez, ainli que les pièces qui s’éclatent d’une pierre quand on la rompt, il eft certain que par après en fe remuant 5c le heurtant les unes contre les ÉUUrgs > elles ont: du rompre peu à peu les -•-■OrgîTizea by ou Traite’ dï la Lumière, petites pointes de leurs angles, 8c émou d er les quartes de leurs cotez, jufcfues à ce qu’elles fe foient renduës à peu pfes foutes rondes; ainfi que font les grains de fable 8c les caillouXjlorfqu’ils roulent avec l’eau d’une rivière. ( V. art. 48. Part. $. prive, pag. 17 3. c T 174.) Si bien qu’il ne peut y avoir'maintenant aucünc notable difrcrcijce entre celles qui font allez voifines, ni même auili entre celles qui font fort éloignées, finon en ce qu’elles peuvent fc mouvoir un peu plus vite, & être un peu plus petites ou plus grolfes l’une que l’autre * 8c ceci n’empêche pas qu’on ne leur puilFe attribuer à toutes la même forme.

Seulement en faut-il excepter quelquesunes j qui ayant été dès le commencement - beaucoup plus greffes que les autres, n’ont pû fi facilement fe divifer, eu qui ayant eu des figures fort irrégulières 8c empêchantes, fc font plutôt jointes plufieurs enfemble, que de le rompre pour s’arrondir; 8c ainfi elles ont retenu la forme du troifiéme Elément, 8c ont fervi à compo* fer les Planctes 8c les Cometes, comme je vous dirai ci-après.

De plus, il cft befoin de remarquer que la Matière qui eft fortic d’autour des parties du fécond Elément, à mefure qu’elles ont rompu 8c émouffé les petites pointes de leurs angles pour s’arrondir, ( V* art.

B b iij tt?4 Le Monde de Rene Descartes; 49. & $o.part. 3. Princ. p. 174. & 175. J a dû necefïaircment acquérir un mouvement beaucoup plus vite que le leur, 8c enfemble une facilité à fc divifer 8c à changer à tous momcns de figure, pour s’accommoder à celles des lieux où elle fe trouvoit -, 8c ainfi qu’elle a pris la forme du premier Elément ( V. art. 4. Princ. an. 49. pag. 174. & ibid. an. %-j.pag. 219. & J ’hîv. ) Je dis qu’elle a dû acquérir, un mouvement beaucoup plus vite que le leur -, ( V. an. 51. part. 3. Princ. p. 176. ) 8c la raifon en eft évidente: car devant fortir de côté, 8c par des paftages fort étroits, hors des pctits'efpaces qui étoient entr’elles, à mefure qu’elles s’alloient rencontrer de Iront l’une l’autre, elle avoit beaucoup plus de chemin qu’elles, à faire en mêmetemps.

Il eft auffi befoin de remarquer, que ce qui fe trouve de ce premier Elément de plus qu’il n’en faut pour remplir les petits intervalles que les parties du fécond, qui font rondes, laiftent neceffairement autour d’elles, fe doit retirer vers les centres autour defquels elles tournent, à caufc qu’elles occupent tous les autres lieux plus éloignez; ( V. an. 54. 3. pan. Princ. p. 180. * ibid. art. €\. p. 18 6". ) Et que là il.doit compofer des corps ronds, parfaite- MK OÜ f R A I TE* DE LA LvMIEAê. ment liquides 8c fubtils, lefquels tournant fans celle beaucoup plus vîte, 8C en même fens que les parties du fécond Elément qui les environne, ont la force d'augmenter l’agitation de celles dont ils font lesplus procbes •, 8C même de les poufler toutes de tous cotez, en tirant du centre vers la circonférence j ( Ibid. pag. 185, article 60. * Art. y 6. pag. iof. & zoé'Jainlî qu’elles le pouffent aulfi les unes les autres; 8c ce par une a&ion qu’il faudra tantôt que j’explique le plus exactement que je pourray. Car je vous avertis ici par avance, que c’eft cette. aCtion que nousjprendrons pour la Lumière; comme aulîi que nous prendrons ces corps ronds compofez de la Matière du premier Elément toute pure, l’un pour le Soleil, 8c les autres pour les Eftoilles fixes du nouveau Monde que je vous décris; Sc la Matière du fécond Elément qui tourne autour d’eux, pour les Cicux.

Imaginez - vous: par exemple, que les points, S. E. t. A. [ Fi fig. II.] font les centres dont je vous parle j 8c que toute la Matière comprife en l’efpace F. G. G. F. ( y. art. 5 3. part. $.princip. p. 178. ) eft un Ciel qui tourne autour du Soleil marqué S j 8c que toute celle de l’efpace H. G. G. H. en eft un autre qui tourne autour de l’Etoille marquée «. 8c ainfi des autres; En forte qu’il y a autant de divers Cieux, com- B b iiij Le Monde de Rene’ Descartes me il y a d’Etoilles, & comme leur nombre eft indéfiny, celui des Cieux l’eft de même; &que le Firmament n’efl: autre chofe que la fuperficie fans épai fleur qui fepare tous ces Cieux les uns des autres.

Penfez aufli que les parties du fécond Elément qui font vers F. ou vers G. font plus agitées que celles qui font vers K, ou vers L } ( V. art. 82. & 83. part. $. princip.j>ag. i ix. & fuiv. ) en forte que leur vitefle diminue peu à peu, depuis la circonférence extérieure de chaque Ciel, jufques à un certain endroit, comme par exemple jufques à la Sphere K, K, autour du Soleil, 8c jufques à la Sphere L, L, autour de l’Etoile, «; puis qu’elle augmente de là peu à peu jufques aux centres de ces Cieux, à caufe de l’agitation des Aftres qui s’y trouvent. ( V. art. 84. ïbid. pag. 214. ) En forte que pendant que les parties du fécond Elément qui font vers K, ont le loifir d’y décrire un cercle entier autour du Soleil, celles qui font vers T, que je fuppofeen eftrc dix fois plus proches, n’ont pas feulement le loifir d’y en décrire dix, ainfi qu’elles feraient fi elles ne fe mouvoient qu’egalement vite, mais peut-être plus de trente. Et derechef, celles qui font vers F, ou vers G, que je fuppofe en être deux ou trois mille fois plus éloignées, en peuvent peut-être décrire plus cle foixante. D'où vous pourrez entendre tanou Traite’ de ea Lumière.' 297 tôt, que les Planètes qui font les plus hautes, le doivent mouvoir plus lentement que celles qui font plus baffes, ou plus proches du Soleil; & tout enfemble plus lentement que les Comètes, qui en font toutesfois plus éloignées.

Pour la groffeur de chacune des parties du fécond Elément, on peut penfer qu’elle eft égale en toutes celles qui font depuis la circonférence extérieure du Ciel F G G F, jufque au cercle K K; ( V. art. 84. pan. 3, pag. 2^4.) ou meme que les plus hautes d’entr’elles font quelque peu plus petites que les plus baffes, pourveu qu’on ne fuppdlfe point la différence de leur groffeur, plus grande à proportion que celle de leur viteffe, Mais il faut penfer au contraire, (V. art. îi.pag. 11 1. & $4. pag. 2 15.) que depuis le cercle K jufques au Soleil, ce font les plus baffes qui font les plus petites, & même que la différence de leur groffeur eft plus grande, ou du moins aum grande à proportion, que celle de leur viteffe: Car autrement ces plus baffes étant les plus fortes, à caufe de leur agitation, elles iroient occuper la place des plus hautes. ( V. an. %$.ibid. pag. 21 6.)

Enfin remarquez, que vû la façon donf j’ai dit que le Soleil & les autres Etoiles fixes fe formoient, leurs corps peuvent être jfi petits à l’égard des Cieux qui les contiens 1?8 Le Monde de Rene’ Descartes, nent, que même tous les cercles K K, LL, & femblables, qui marquent jufques où leur agitation fait avancer le cours de la matière du fécond Elément, ne feront confiderables, à comparaifon de ces Cieux, que comme des points qui marquent leur centre v ( V.art. 40. ibid. pag. 16$. & 164. * Ibid, art. 85. pag. 116.) Ainfi que les nouveaux Agronomes ne confiderent quafi que comme un point toute la Sphere de Saturne, à comparaifon du Firmament.

CHAPITRE IX. m A » iDe r Origine, & du cours des Planètes & des Cometes en general; & en particulier des Cometes.

OR afin que je comfnence à vous parle» des Planètes & des Cometes, confiderez que vû la diverfité des parties de la Matière que j’ay fuppofée, bien que la plufpart d’entr’ellcs, enfe froiffant Sc divifant {>ar la rencontre l’une de l’autre, ayent pris a forme du premier ou du fécond Elément, il ne laifie pas neantmoins de s’en eftre encore trouve de deux fortes, qui ont dû retenir la forme du troifiéme? Sçavoir celles dont les figures ont efté fi étendues <k fi empefehantes, que lors qu’elles fe font rencv Traite* dc ia L u mie ri. 299 contrées l’une l’autre, il leur a efté plus aifé de Te joindre plufieurs enfemble, 8c par ce moyen de devenir grofles, que de fe rompre 8c s’amoindrir } Et celles qui ayant efté dés le commencement les plus grofles 8c les plus maflives de toutes, ont bien pû rompre 8c froifler les autres en les heurtant, mais non pas réciproquement en eftre briiées 8c froifées.

Or Toit que vous vous imaginiez que ces deux fortes de parties ayent efté d’abord fort agitées, ou même fort peu, ou point du tout, il eft certain que par après, elles ont dû fe mouvoir de même branle que la Matière du Ciel qui les contenoit: Car fl d’abord elles fé font mues plus vite que cet' fe Matière, n’ayant pû manquer delà pouffer en la rencontrant en leur chemin, elles ont dû en peu de temps luy transférer une partie de leur agitation *, Et fi au contraire elles n’ont eu en elles-mêmes aucune incli* nation à fe mouvoir, neantmoins eftant en* vironnées de toutes parts de cette matière du Ciel, elles ont dû neceffairement fuivre fon cours; Ainfi que nous voyons tous les jours que les batteaux, 8c les autres divers corps qui fl otent dans l’eau, aufli bien les {dus grands 8c les plusmaffifs que ceux qui e font moins, fuivent le cours de l’eau dans laquelle ils font, quand il n’y a rien d’ailleurs qui les en empêche. ( V. art. 61. Par.

3 oo Le Monde de Rene’ Descartes, 2. Principes pag. 128.* Part. 3. princip. art.

149- )