SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

French

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X iij.

Le Monde de Reüe’ Descartbs, fus, mais je n’ai pas encore occafion de vous les dire •, Et cependant vous pouvez imaginer, fi bon vous femble, ainfi que font la plûpart des* Do&es, qu’il y a quel* que premier mobile, qui roulant autour du Monde avec une vîtefîe incomprehenfible, eft l’origine & la fource de tous les autres mouvcmcns qui s’y rencontrent.

Or en fuite de cette considération, il y a moyen d’expliquer la caufe de tous les changcmens qui arrivent dans le monde, & de toutes les variétés qui paroiffent fur la Terre; mais je me contenterai ici de parler de celles qui fervent à jnon fujet.

La différence qui eft entre les corps durs & ceux qui font liquides, eft la première que je dcfire que vous remarquiez; & pour cet effet,penfez que chaque corps peut être divile en des parties extrêmement petites. ( Voyez, partie Ie. des Principes, art. z6. par. zo. * Ibid part, x.art^i^.pag..98. * Ioici part. $.art. ji. pag. ijé. & art. 87. pag. 218.* Lettre gj.

48 g. ) Je ne veux point déterminer û leur nombre eft infini ou non; niais du moins il eft certain qu’à l’égard de notre connoiffance, il eft indéfini, ÔC que nous pouvons fuppofer qu’il y en a plufieurs millions dans le moindre petit grain de fable, qui puifle être apperçu de nos yeux.

' ou Traite’ de ia Lumière. ’ 247 Et remarquez, que fi deux de ces petites parties s’entretouchent, fans être en action, pour s’éloigner l’une de l’autre, il eft beloin de quelque force pour les fcparer, fi peu que ce puifie être: Car étant une fois ainfi pofées, elles ne s’aviferoient jamais d’elle-mcmes de fe mettre autrement. ( Voysz. part. z. art. 37. pag. loi.) Remarquez aulîi qu’il faut deux fois autant de force pour en féparer deux, que pour en fépater une ÿ &C mille fois autant pour en féparer mille. De forte que s’il en faut féparer plufieurs millions tout à la fois, comme il faut peut-être faire pour rompre un fcul cheveu, ce n’eft pas mer-: veille, s’il faut une force aflez fenfible.

Au contraire, fi* deux ou plufieurs de ces petites parties fe touchent feulement en pa fiant, 8c lorsqu’elles font en a<ftion pour fe mouvoir, l’une d’un côté, l’autre de l’autre i il eft certain qu’il faudra moins de force pour les féparer, que fi elles étoient tout-à-fait fans mouvement-. Et même qu’il n’y en faudra point du tout, * fi le mouvement avec lequel elles fe peuvent féparer d’elles - mêmes, eft égal ou plus grand que celui avec lequel on les veut ïeparer. Or je ne trouve point d’autre différence entre les corps durs 8c les corps liquides, finon que les parties des uns peuvent être féparées d’enfcmble beau- ; xmj * /• 1 rr ; xmj * /• 1 rr 148 Le Monde ce Rene’ Descartes, coup plus aifément que celles des autres. De forte que pour compofer le corps le plus dur qui puifle être imaginé, je penîe qu’il lumt que toutes fes parties fe touchent, fans qu’il rcftc d’cfpace entre deux, ny qu’aucunes d’elles foient en a&ion pour fe mouvoir: ( Voyés part. z. des Principes art. 54. page. 118. Ibid 55. pag. 119. & 120. ) Car quelle colle ou quel ciment y pourroit-on imaginer outre cela pour les mieux faire tenir l’une à l’autre?

Je penfc aufli que c’eft afles pour compofer le corps le plus liquide qui fe puifle trouver, fi toutes fes plus petites f tardes fe remuent le plus diveriement ’une de l’autre & le plus vîte qu’il eft poflîble j enedre qu’avec cela elles ne laiffent pas de fe pouvoir toucher l’une l’autre de tous cotés, & fe ranger en aufli peu d’efpace, que fi elles étoient fans mouvement. Enfin je crois, que chaque corps approche plus ou moins de ces deux* extrémités, ielon que fes parties font plus ’ ou moins en adtion pour s’éloigner l’une de l’autre. Et toutes les expériences fur lefquelles je jette les yeux me confirment en cette opinion. ^ La flâme dont j’ai déjà dit que toutes les parties font perpétuellement agitées, elt non feulement liquide, mais aufli elle tend liquide la plupart des autres corpsi ou Traite* »e eà Lumière. 24$ Et remarquer que quand elle fond les métaux, elle n’agit pas avec une autre puiffance, que quand elle brûle du bois; Mais parce que les parties des métaux font à peu près toutes égales, elle ne les peut remuer l’une fans l’autre, &: ainfi elle en compofe des corps tous liquides: au lieu que les parties du bois font tellement inégales, qu’elle en peut féparer les plus petites Sc les rendre liquides, c’eft-àdire les faire voler en fumée, fans agiter ainfi les plus grofles.

Après la flâme, îlft’y a rien de plu* liquide que l’air, & l’on peut Voir à l’œil que fes parties fe remuent leparément l’une de l’autre; Car fi vous daignez regarder ces petits corps qu’on nomme communément des atomes, &C qui paroiflent aux rayons du Soleil, vous les verrez, lors même qu’il n’y aura point de vent qui les 'agite, voltiger inceflamment çà &fà, en mille façons differentes. On peut aufïi é- Î trouver le femblable en toutes les liqueurs es plus groffieres, fi l’on en mêle de diverfes couleurs l’une parmi l’autre, afin de mieux diftinguer leurs mouvemens. Et enfin cela paroît très-clairement dans les eaux fortes, lorfquellcs remuent & féparent les parties de quelque métail.

Mais vous me pouriez demander en cet endroit-ci, pourquoi, fi c’eft le feul I 150 Le Monde de Rene’ Descartes, mouvement des parties de la flâme qui fait qu’elle brûle Sc qu’elle eft liquide, le mouvement des parties de l’air, qui le rend auflî extrêmement liquide, ne lui donne-t-il pas tout de même la pui /Tance de brûler -, mais au contraire, il fait que nos mains ne le peuvent prefque fentir. A quoy je répons. Qu’il ne faut pas feulement prendre garde à la virefl’edu mouvement, mais aufli à la grofTeur des parties j &c que ce font les plus petites, qui font les corps les plus liquides -, mais que ce font les plus greffes, qui ont le plus de force pour brûler, & généralement pour agir contre les autres corps.

Remarquez en pafTant, que je prens ici, & que je prendrai toûjours ci-après pour une feule partie, tout ce qui eft joint enfemble, & qui n’eft point en action pour fe- féparer i encore que celles Îiui ont tant foit peu de grofïcur, puifent aifément être divifées en beaucoup d’autres plus petites: Ainfî, un grain de fable, une pierre, un rocher, & toute la Terre même, pourra ci-après être prife pour une feule partie, entant que nous n’y confidererons qu’un mouvement tout fimple & tout égal.

Or entre les parties de l’air, s’il y en a de fort groffes, en comparaifon des autres, comme font ces atomes qui s’y ou Traite’ de xa Lumière. lfî voyent, elles fe remuent aufli fort lentement, 8c s’il y en a qui fe remuent plus vîte, elles font aufli plus petites. Mais entre les parties de la flâme, s’il y en a de plus petites que dans l’air, il y en a aufli de plus grofl’es, ou du moins il y en a un plus grand nombred ‘égales aux plusgrofles de celles de l’air, qui avec cela le remuent beaucoup plus vîte; ÔC ce ne font que ces dernieres qui ont lapuiflancede brûler.

Qu’il y en ait de plus petites, on le peut conjecturer de ce qu’elles pénétrent au, travers jde plulieurs corps dont les pores font lî étroits, que l’air même n’y peut entrer. Qu’il y en ait ou de plus grofles, ou d’aufli grofl’es en' plus grand nombre, on le voit clairement en ce que l’air feul ne fuflit pas pôur la nourrir. Qu’elles le remuent plus vîte, la vioîence de leur action nous le fait allez éprouver. Et enfin que ce foient les plus grofles de ces parties qui ont la pu i fiance de brûler, & non point les autres, il paroît ente que la flâme qui fort de l’eau de vie, ou des autres dorps fort fubtils, ne brûle prefque point, & qu’au contraire celle qui s’engendre dans les corps durs & pefansaeft fort ardente.

*j* Le Monde de Rene’ Descartes; CHAPITRE IV.* Duvuidc i Et et oh vient e/ue nos fens n’ap - perçoivent pas certains corps.

MA i s il faut examiner plus particulièrement pourquoy l’Air étant ur* * corps auiîî bien que les autres, ne peut pas aufli bien qu’eux être fenti -, &c par -même moyen nous délivrer d’une erreur, dont nous avons tous été préocupez dès notre enfance, lorfque nous avons cxn 3u’il n’y avoit point d’autres corps autour e nous, que ceux qui pouvoient être fentis: Et <ainfi que fi l’Air en étoit un, parce que nous le Tentions quelque peu, il ne devoit pas au moins être fi materiel ni fi folide que ceux que nous Tentions davantage.

Touchant quoy je défire premièrement, que vous remarquiez que tous les corps tant durs que liquides fimt faits d’une même matière, 8c qu’il eft impoflible de concevoir que les parties de cette matière compofent jamais un corps plus folide, ny qui occupe moins d’efpace qu’elles font, lorlque chacune d’elles eft touchée de tous côtés par les autres qui l’environnent } D’où il fuit, ce me femble, que s’il ou traite’ de ea Lumière. 25 j peut y avoir du vuide quelque part, ce doit plutôt être dans les corps durs que dans les liquides: Car il cft évident que les parties de ceux-ci Ce peuvent bien plut ailémcnt preiTer 8c agencer l’une contre l’autre, à caufe au’elles fe remuent, que ne font pas celles des autres, qui iont lans mouvement.

Si vous mettez, par exemple, de la poudre en quelque valc, vous le feccliez, 8c frapez contre, pour faire qu’il y en entre davantage -, mais fi vous y verfez quelque liqueur, elle fq range incontinent d’cll.e-mêrne en auflî peu de lieu qu’on la peut mettre. fit meme iî vous confîderez fur ce lu jet quelques-unes des expériences dont les Philofophes ont accoutumé defe fervir pour montrer qu’il n’y a point de vuide en la Nature, vous connoîtrcz ai-r fement que tous ces efpaccs que le peuple effime vuides, & ou nous ne lentons que de l’air, font du moins auflî remplis, & remplis de la même matière, que ceux où nous fentons les autres corps.

Car dites-moi, je vous prie, quelle apparence y auroit-il que la Nature fît monter les corps les plus pelans, 8c rompre les plus durs, ainfi qu’on expérimente qu’elle fait en certaines machines, plutôt que de fouftrir qu’aucunes de leurs parties ceflent,#e s entretouchcr, ou de toucher à quel».

254 Le Monde de Rene' Descartes, ques autres corps? Sc qu’elle permît cependant que les parties de l’Air, qui font fi faciles a plier & à s’agencer de toutes maniérés, clemeurallent les unes auprès des autres, fans s’entretoucher de tous côtés, ou bien fans qu’il y eût quelqu’autre corps parmi elles auquel elles toucha lient? Pourroit-on bien croire que l’eau qui effc dans un puits, dût monter en haut contre fon inclination naturelle, afin feulement que le tuyau d’une pompe foit rempli, & penler que l’eau qui eft dans les nues ne dût point defcendre, pour achever de remplir les elpacesqui font ici bas, s’il y avoit tant foit peu de vuide entre les parties des corps qu'ils contiennent?

Mais vous me pourriez propofer ici une difficulté qui eft allez confiderable; c’eft à fçavoir que les parties qui compofent les corps liquides, ne peuvent pas, ce femblc, fe remuer inceliamment, comme j’ai dit qu’elles font, fi ce n’eft qu’il fe trouve de l’efpace vuide parmi elles, au moins dans les lieux d’où elles fortent à mefure ■qu’elles fc remuent. A quoi j’aurois de la peine à répondre, fi je n’avois reconnu par diverfes expériences, que tous les mouvemens qui le font au Monde font en quelque façon circulaires; c’eft -à- dire que quand un corps quitte fa place, il entre toujours en celle d’un autre? éc celui-ci frtgitTzedby frtgitTzedby ou TRAITE* DE IA L U^I 1ERE. 1 f f en celle d’un autre, & ainfi de fuite jufcjues au dernier, qui occupe au même inftant le lieu délaide par le premier -, en forte qu il ne fe trouve pas davantage de vuidc parmi eux, lorfqu’ilsfe remuent, que lorlqu ils font arrêtez. Et remarquez ici qu’if n’eft point pour cela necefl'aire, que toutes les parties des corps qui fe remuent enfcmble, foient exactement difpofées en rond comme un vrai cercle, ni même qu’elles foient de pareille grefleur & figu^ rc j car ces inégalités peuvent aifément êtrecompenfées par d’autres inégalités qui fetrouvetnten leur vîtefTe.

Or nous ne remarquons pas communément ces mouvemens circulaires quand lés corps fe remuent en l’air, parce que nous lbmmcs accoûtumez de ne concevoir l’air que comme un elpace vuidc. Mais voyeîc nager des poiiTons dans le badin d’une fontaine; s’ils ne s’approchent point trop pr'ès de- la fur-face -de l'eau, ils ne la feront nnar du tout branler, encore qu’ils pafr delfous àvèc une frcs-grandc vîtedo, • D’ou il paroît manifeftement que l’eau qu’ils pou dent devant eux, ne pouffe pas indifféremment toute l’eau du badin * mais feulement cèllê qui peut mieux fervir à -pafFaire = le 'cercle de lçur mouvement, - - I ri' A 4vr y ç •> 4 Vf A & .4- Le Mo^de de Rene' Descartes, Et cette expérience fuffit pour montrer combien ces mouvemens circulaires font niiez &c familiers à la Nature; mais j’en veux maintenant apporter une autre, pour montrer qu'il ne le fait jamais aucun mouvement qui ne foit circulaire. Lorfque le vin qui eft dans un tonneau ne coule point par l’ouverture qui eft au bas, à caule que le delltts eft tout fermé, c’eft parler improprement, que de dirc,ainfi que l’on fait d’ordinaire, que celafe fait, crainte du vuide. On fçait bien que ce vin n’a point d’elprit pour craindre quelque choie; Sc quand il en auroit, je ne içai pour quelle occafion il pourroit appréhender ce vuide, qui n’.eft en effet qu’une chi<* merc. Mais il faut dire plutôt: qu’il ne peutfortirdece tonneau, à caufe que le dehors eft tout auftî plein qu’il peut-être, & que la partie de l’air dont il occuperoic la place s’il defeendoit, n’en peut trouver d’autre où fe mettre en tout le rcfte de i’U*-.nivers, fi on ne fait une ouverture au*.deffus du tonneau, par laquelle eet air puiffe remonter eirculaircment en fa place.

Au relie, je ne veux pas affurer pour cela qu’il n’y a point du tout de vuide eh .fa Nature j j’aurois peur que mon Discours ne devint trop long fi j’entreprenois d’expliquer ce qui en eft > &C lesexpçrfonT - Ctt ou Traité’ delà Lümihrï. 2^ ces dont j’ai parlé ne font point fuffifantes pour le prouver, quoi qu’elles le foient allés, pour perfuader que les efpaccs où nous ne Tentons rien font remplis de la même matière, &c contiennent autant pour le moins de cette matière, que ceux qui font occupez par les corps que nous Tentons. En forte que lorfqu’un vafe, par exemple, eft plein d’or ou de plomb, il ne contient pas pour cela plus de matière, que lorfque nous penions qu il Toit vuide: ce qui peut fembler bien étrange à plusieurs, dont la raifon ne s’étend pas plus loin que les doigts, Sc qui penfent qu’il n’y ait rien au Monde que ce qu’ils touchent. Mais quand vous aurez un peu conflderé ce qui fait que nous fentons un corps, ou que nous le fentons pas, je m’affure que vous ne trouverez en cela rien d’incroyable; Car vous connoîtrez évidemment,que tant s’en faut que toutes les chofes qui (ont au- -tour de nous puilTent être fenties, qu’au contraire ee font celles qui y font les plus ordinairement qui le peuvent être le moins, & que celles qui y font toû jours ne le peuvent être jamais.

La chaleur de notre cœur eft bien grande, mais nous ne la fentons pas, à caufe qu’elle cft ordinaire. La pefanteur de notre cops n’eft pas petire, mais elleme nous incommode point. Nous ne fentons pas même z 5 8 Le Monde de Renb’ Descartes celle de nos habits, parce que nous fommes accoutumez à les porter. Et la raifon de cecy eft aflez claire: Car il eft certain que nous fçaurions fentir aucun corps, s’il n’eft caufc de quelque changement dans les organes de nos fensi c’eft à dirp, s’il ne remue en quelque façon les petites parties de la matière dont ces organes font compofez. Ce 2euvent bien faire les objets qui ne fe ntent pas toujours, pourvu feulement qu’ils ayent allez de force •, Car s’ils y corrompent quelque chofc pendant qu’ils agiffent, cela fe peut reparer après par la nature lors qu'ils n’agiflent plus. Mais pour ceux qui nous touchent continuellement, s’ils ont jamais eu la puilTance de produire quelque changement en nos fens, &c de remuer quelques parties de leur matière, ils ont dû à fojee de les remuer, les feparer entièrement des autres dès le commencement de noftrc vie, &c ainft ils n’y peuvent avoir laifléque celles qui reûftcnttout à fait à leur aètion, & par le moyen defquclles ils ne peuvent en aucune façon être ientis. D'où vous voyez que ce n’eft pas merveille qu’il y ait plulieurs efpaces autour de nous où nous ne Tentons aucun corps, encore qu’il n’en contiennent pas moins que ceux où nous en Tentons le plus.

Mais il ne faut pas penler pour cela, que cet air groffier que nous attirons dans nos eu Traite’ De la L tr m i e r e. i ^ poulmons en rcfpirant, qui fc convertir en vent quand il cft agité, qui nous fcmble dur quand il eft enfermé dans un balon, 8c qui n’cft compofé que d’exhalaiions 8c de fumées, foit auflî folidc que l’eau ny que la terre. Il faut fuivre en ceci l'oppinion commune des Philofophes, lcfquels a (Turent tous qu’il cft plus rare. Et cccy Te connoît facilement par expérience: car les parties d’une goutte d’eau étant feparées l’une de l’autre par l’agitation de la chaleur, peuvent compofer beaucoup plus de cet air, que Tefpice où étoit l’eau n’en fçauroit contenir. D’où il fuit infailliblement qu’il y a grande quantité de petits intervales entre les parties dont il eft compofé •, car il n’y a pas moyen de concevoir autrement un corps rare. Mais parce que ces intervalles ne peuvent eftre vuides,ainfi que j’ai dit cy-defl’us, je conclus de tout cecy qu’il y a necefl ai rement quelques autres corps, un ou pluficurs, mêlez parmi cet air, lcfquels rempliflent auflî juftemenc qu’il eft poflïble les petits intervales qu’il laifle entre fes parties. Il ne refte plus maintenant qu’à confiderer quels peuvent être ees autres corps -, 8c après cela j’efpere qu’il ne fera pas mal-aifé de comprendre qu’elle peut être la nature de la Lumière.

Le Monde de R ene’ Descartes,' CHAPITRE V.

JD« nombre des Elemens & de leur qualité z..

LEs Philofophes aflurent qu’il y a au defius des nuées un certain air beaucoup plus fubtii que le nôtre, & qui n’eft pas compofé des vapeurs de la Terre comme luy, mais qui fait un Elément à part. Ils difent auffi qu’au defl’us de cet air il y a encore un autre corps beaucoup plus fubtii, qu’ils appellent l’Elément du feu. Ils ajoutent de plus, que ces deux Elemens font mêlez avec l’eau, & la terre en la compofition de tous les corps inferieurs. Si bien que je ne ferai que fuivre leur opinion, fi je dis que cet air plus fubtii & cet Elément du feu remplirent les intervales qui font entre les parties de l’air greffier que nous refpirons *, en forte que ces corps entre-laflez 1 un dans l’autre, compolent une ma fie qui eft auffi folide qu’aucun corps le fçauroit être.

Mais afin que je puiflfe mieux vous faire entendre ma penfée fur ce fujet, & que vous ne penfiez pas que je veuille vous obliger à croire tout ce que les Philofophes nous difent des Elemens, il faut que je vous les décrive à ma mode.

. Digiti^ed by Google.

/ Je conçois le premier, qa’on peur nommer l’Element de Feu » comme une liqueur la plus fubtile & la plus pénétrante qui foie au monde. Et enfuite de ce qui a été dit cy-delTus touchant la nature des corps liquides, je m’imagine que Tes parties font beaucoup plus petites, & fe remuent beaucoup plus vite, qu’aucunes de Celles des autres corps. Ou plûtoft, afin de n’eftrc pas contraint d’admettre aucun vuide en la nature, je ne luy attribue point de parties qui ayent aucune grofleur ny figure déterminée -, mais je me perfuade que l’impetuofité de Ton mouvement efi: (uffifante pour faire qu’il foitdivifé entoures façons & en tous iens par la rencontre des autres corps Sc que fes parties changent de figure à tous momens pour s’accommoder à celle des lieux où elles entrent ( y. part. 3. des P ri ne. slrt. j a. pag. 176. & fui v. ) En forte qu'il n’y a jamais depaffage fi étroit ny d’angle fi petit, entre les parties de autres corps, où celles de cet Elément ne penetrept fans aucune difficulté, & qu’elles ne rempliffent exa&ement.

Pour le fécond, qu’on peut prendre pour l’element de l’Air, je le conçois bien aulfi comme une liqueur très - fubtile en le comparant avec le troifiéme •, mais pour le comparer avec le premier, U efl befoin d’attribuer quelque gvofièur ôc quelque figure à z6i Le Monde de Rene’ Descartes, chacune de Tes parties, Sc de les imaginer à peu prés toutes rondes &£ jointes enfemble, ainfi que des grains de fable & de pouflîerc. Enforte qu’elles ne fe peuvent fi bien agencer: ny tellement prefïer l’une contre l’autre, qu’il ne demeure toujours aurour d’elles pluficurs petits intervales, dans lefquels il eft bien plus aifé au premier Elément de fe glifler, que non pas à elles de changer de figure tout exprès pour les remplir ( V. part.3. des Principes art.

5 z. pag. ij6. & fuiv. ) Et ainfi je me perfuade que ce fécond Elément ne peut être fi pur en aucun endroit du monde, qu’il n’y ait toujours avec lui quelque peu de de la matière du premier.

Après ces deux Elemens je n’en re- Îois plus qu’un troifiéme, à fçavoir ceuy de la Terre, duquel je juge que les parties font d’autant plus grolTes & fe remuent d’autant moins vite à comparaifon de celles du fécond, que font cellescy àcomparaifon de celles ctu premier. Et mefme je croy que c’eft aflez de le concevoir comme une ou plufieursgrofles maffcs, dont les parties n’ont que fort peu ou point du tout de mouvement qui leur fafle changer de fituat ion à l’égard l’une de l’autre. Que fi vous trouvez eftrange que pour • expliquer ces Elemens, je ne me ferve point des qualitez qu’on nomme Chaleur 3 F roi* \ \ ou Traite’ de la Lumière, afij deur. Humidité, &c Séchercfl’e, ainlî que font les Philolophes, je vous diray que ces qualitez me femblent avoir elles- melmes bcfoin d’explication j & que fi je ne me trompe, non feulement ces quatre qualitez, mais aufiî toutes les autres, 8c melme toutes les formes des corps inanimez, peuvent eftre expliquées, fans qu’il foit befoin de fuppofer pour cét effet aucune autre chofc en leur matière, que le mouvement, la gro fleur, la figure, & l’arrangement de les parties. En fuite de quoy je vous pourray facilement faire entendre pourquoy je ne reçois point d’autres Elcmens que les ' trois que j’ay décrits; Car la différence qui doit eftre entre-eux 8c les autres corps que les Philofophes appellent mixtes, ou mêlez 5c compofez, confifte, en ce que les formes de ces corps mêlez contiennent toujours en foy quelques qualitez qui fe contrarient Sc qui le nuifent, ou du moins qui ne tendent point à la confervation l’une de l’autre *, Au lieu que les formes des Elemens doivent eftre fimples, & n’avoir aucunes qualitez qui ne s’accordent enfemble fi parfaitement, que chacune tende à la confervation de toutes les autres.

Or je ne fçaurois trouver aucunes formes au monde qui foient telles, excepté les trois (^ue j’ay décrites. Car celle que j’ay attribuée au premier Elément, confiûc, en z<f4 Le Monde de Rene’ Descartes/ ce que fes parties fe remuent fi extrêmement vifte, 8c font fi petites, qu’il n’y a point d'autres corps capables de les arrefter; 8c qu’outre cela elles ne requièrent aucune grofleur, ny figure, ny fituation determt* nées. Celle du lécond, confifte, en ce que fes parties ont un mouvement & une groffeur fi médiocre, que s’il fe trouve plusieurs caufcs au Monde qui pu i fient augmenter leur mouvement 8c diminuer leur grofleur, il s’en trouve juftement autant d’autres qui peuvent faire tout le contraire y En forte qu’elles demeurent toujours comme en balance en cette même médiocrité. Et celle du troifiéme confifte, en ce que fes parties font fi grofles, ou tellement jointes enfembles,qu’elles ont la force de refifter toujours aux mouvemens des autres corps.

Examinez tant qu’il vous plaira toutes les formes que les divers mouvemens, les diverfes figures & grofleurs, 8c le different arrangement des parties de la matière peuvent donner aux corps mêlez, & jem’aflure que vous n’en trouverez aucune, qui n’ait en foy des qualités qui tendent à faire qu’elle fe change, & en fe changeant qu’elle fe reduife à quelqu’une de celles des Elemens.

Comme par exemple, la flâme, dont la forme demande d’avoir des parties qui fe Remuent trcs-vîte, & qui avec cela ayent quelque r1 Digitiied by ouTraite’ delà Lumière, itf.j. quelque groflçur, ainfi qu’il a elle dit cydeflus, ne peut pas eftre long-temps fans fe corrompre: Car, ou la groflçur de les f>arties leur donnant la force d’agir contre es autres corps fera caufe de la diminution de leur mouvement, ou la violence de leur agitation les faifant rompre en fç heurtant contre les corps qu’elles rencontrent, fera caufe de la perte de leur groflçur $ 8c ainfî elles pourront peu à peu te réduire à la fptme du troifiémc Elément, ou à celle du fécond, 8c mefme aufli quelques-unes à celle du premier. Et par là vous pouvez connoiftre la différence qui eft entre cette flâme, ou le feu commun qui eft: parmy nous, 8c l’Element du Feu que j'ay décrit. Et vous devez lçavoir aufli que les Elemcns de l’Air 8c de la Terre, c’cft-à-dirc le fécond 8C troifiéme Elément, ne font point femblables non plus à cét air groflïer que nous refpirons, ny à cette Terre fur laquelle nous marchons; mais que généralement tous les corps qui parodient autour de nous, font mêlez ou compofcz, 8c fujets à corruption; Et toutesfois il ne faut pas pour cela penfer que les Elemcns n’ayent aucuns lieux dans le monde qui leur foient particulièrement deftinez, 8c où ils puiflent perpétuellement fc conferver en leur piyreté naturelle. Mais au contraire, puifque chaque partie» de la matière tend toujours àfe réduire $ z66 Le Monde de Rene4 Descartes. quelques-unes de leurs formes, & qu’y eftant une fois réduite elle ne tend jamais à la quitter; quand bien même Dieu n'auroit crée au commencement que des corps mêlez, neanmoins depuis le temps que le monde eft, tous ces corps auroient eu le loifir de quitter leurs formes, & de prendre celles des Elemens. De forte que maintenant il y a'grande apparence, que tous les corps qui font allez grands pour eftre comptez entre les plus notables parties de l’Univers, n’ont chacun la forme que de l’un des Elemens toute fimple; 6c qu'il ne peut y avoir de corps mêlez ailleurs que fur les fupcrficies de ces grands porps; Mais là il faut de neceC-, fîtéq u'ily en ail. Car les Elemens eftant de nature fort contraire, il ne fe peutiaireque dêuxd’entr'cux s’entretouchent, fans qu’ils ^giflent contre les fuperficies l’jun de l’aucre, & donnent ainfi à la matière qui y eft, Jès diyerfes formes de ces corps mêlez.

A propos dequoy, fi nous confiderons généralement tous les corps dont l’Univers ,eft compole, nous n'en trouverons que de trois fortes qui puifient eftre appeliez grands, Sc comptez entre fes principales parties, c’eft à fçavoir le Soleil 6c les Etoiles fixes pour la première, lys Cieux pour la fécondé,, Schc Terre avec les Planètes & les Çomctes pour la trdifiéme. ( V. p#rt.

1 ïf Principes an. jr. pag, 178. ) C’çft pour* ou Traite* de laLuwierb. ï$f' quoy nous avons grande ratfon dte; penfec'- - Sue le Soleil & les Etoilles fixes n’ontpoine J 'autre forme que celle du premier Elément toute pure; les Cieux celle du fecond;& la Terre, avec les Planètes ÔC les Cometes, celle du troisième*, Je joints les Planètes & les Cometes avec la Terre ( V. part. 3. des Principes; art. 30. pag. 134. & audejfns art. 1 pag. 141.* pag. 1 7 8. art. 51. de la 3. partie des principes. ) Car voyant qu’elles refiftent comme elle à la Lumière, & qu’elles font réfléchir fes rayons, jen’y trouve point de differettce. Je jointtfâuflt le Soleil avec les Etoiles fixes, & leur attribue une nature toute contraire a celle de la Terre. Car la feule a&ion de leur lumière me fait a fier connoift re que leurs corps font d'une matière fort fubtilçi & fort agitée.

Pour les Cieux, d’autant qu’ils ne peu» vent eftre apperceus par nos lens', je penlc avoir raifon de leur attribuer une nature moyenne, entre celle des corps lumineux dont nous Tentons l’a&ion, & celle des * corps durs & pefans dont nous Tentons la tefiftance. ^sin^r -Enfiti nous n'appercevons pointde corps > mêler en aucune autre lieu que futTafuper-: fièie delà Terre 3 6c fi nous confidercfns q&e^ tout l’efpace qui les contient, fçavoir touf cciuy qui eû depuis les nuées les plus haut Zij i<?$, Le Monde de R-ene’ Descartes., tes, jufques au* fofl'es les plus profondes que l'avarice des ihomrae^ ait jamais creu-, lees pour -en tirer les métaux, eft extrêmement petit à comparailon de la Terre fk des irqmenlesérendues du Ciel, nous pourrons facilement nous imaginer que ces corps mêle^ ne font tous en femblç que comme une écorce qui eft engendrée au -deflus de la Terre j par l’agitation & le mélangé de là matière du Ciel qui l’environne.

Et ainlï nous aurons occasion de penfer que ce n’eft pas feulement dans l’Air que nous refpirons, mais auflî dans tous les autres corps composez, jufques aux pierres les plus dures.- Sc aux métaux les plus pefans, qti’il y a des parties de l’Elément de l’Air raclées avec celles de, la Terre, & par confciq uent aulft dçs parties de l’Element dii feu, parce qu’il s’en trouve toujours dans les poresde celuy de l’Air,;: Mais il faut remarquer, qu’encore qu’il y -ait des parties de ces trois EUmens mélées l’une avec l’autre en to.ü'6 ces corps >11 r»’y a toutefois à proprement parler, que celles qui à caulp de leur grolfeut pu de la difficulté qu’elles ont*à le mouvoir peuvent eftre, reportées au çroüïéme > qm compofent ous ceux que iiohs voyons autour do nou$ *: Car -les -parties de deux autres Elçtticns fort? ftv fübtiles-, qu’elles nç peuvent eftre;ap--, paceuçs par no^ fpns. «Et l’on peut fe rep.retized by Google ou le Traite’ de la Lumtêr^. ity fentcr rous ces corps ainfi que des éponges, dans- lefquelles encore qu’il y ait quantité' de pores, ou petits trous., qui font; toujours pleins d’air ou d’ean, ou de quelqu’autte' Femblable liqueur, on ne juge pas toutefois que ces liqueurs entrent en la composition del’éponge# p->;. ’ Il me refte icy encore beaucoup d’autres chofes à expliquer, & je ferois même bien aife d’y ajouter quelques raifons pour rendre mes opinions plus vray-femblablcs: - Mais afin que la longueur de ce difeouts- ; vous Toit moins, ermuyeufe, j’en veux envelopper une partie dans l’invention d’une fable, au travers de laquelle j’efpcre que fa vérité nelaiflcrapas deparoiftre fuffifamment,&: qu’elle ne fera pas moins agréable -T à voir > que fi: je l’expofois toute nu«L CHAPITRE VU • •. * i. ~,; • , • r J ’ Defcrhtton d’un nouveau Monde; & des qualités de la matière dont ilejlcotnpofi.

•‘.T) Emettez donc pourvu» pende- temps:à - A voft-re penfée de for tir hors dé Ce MoA- ' de, pour en venir voir un aurretout nouveau, que je feray naiftre en: Ta prefen’Ce dans les efpaces imaginaires. Les Philofophes-nous-efifent que ces efpaces font infinis; • 'Z iij.

—T- *270 Le Monde de Rêne’ Descartes, & ils doivent bien en eftre crus, puifque ce font eux-mefmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empefehe & ne nous embarafle point, ne tâchons pas d’allerjufques au bout } Entrons-y feulement fi avant, que nous publions perdre de veuë toutes les créatures que Dieu fift il y a cinq ou fix mille ans; Et après nous eftre arreftez là en quelque lieu déterminé, fuppofons que Dieu crée de nouveau tout autour de nous tant de matière, que de quelque coftéquenoftre imagination fepuifte eftendre, elle n’y ^pperçoive plus aucun lieu qui foit vuide.

Bien que la mer ne foit pas infinie, ceux - qui font au milieu fur quelque vabTeau, peuvent eftendreleur veuece femble àl’innny -, & toutesfoisil y a encore de l’eau au delà de ce qu’ils voyent j Ainfi encore que 'noftre imagination femblè fe pouvoir eftendre à l’infiny,.& que cette nouvelle matière ne foit pas fuppofee eftre infinie, nous pouvons bien toutesfois fuppofer, qu’elle remplit des efpaces beaucoup plus grands que tous ceux que nous aurons imaginé. Et mef-;ipe, afin qu’il n’y ait rien en tout cecy où vous publiez trouver à redire, ne permettons pas à noftre imagination des’eftendre fi loin qu’elle pourroit j mais retenons-la toute à deflein dans un efpace déterminé, -.. qui ne foit pas plus grand, par exemple, oû Traite’ de 1à Lumière. 17* que la diftancc qui eft depuis la Terre jufques aux: principales étoiles du Firmament Et fuppolons que la matière que Üieu aura Créée s'eftend bien loin au delà de tous cqftez, jufques aune diftance indéfinie. Car il y a bien plus d’apparence, & nous avons bien mieux le pouvoir,. de preferire des bornes àl’a&ionde noftrepenfée, que non pas aux œuvres deDieu. ( V~ oyez. fart. J. des principes art. 1. i. & 3- p*g. *34- & fHtv- ) Or puifque nous prenons la liberté de feindre cette matière à noftre fantaifie,.aptribuons luy, s’il vous plaift, une nature en laquelle il n’y ait rien du tout que chacun ne puifie connoiftre aufll parfaitement qu’il eft pofllble. Et pour cét effet, fuppofons exprefiemenr qu’elle n’a point la forme de la Terre, ny du Feu, ny de l’Air, ny aucune autre plus particulière, comme du bois, d’une pierre, ou d’un métal non plus que les qualitez d’eltrc chaude ou froide, lèche ou humide, legere ou pelante, ou d’avoir quelque goût, ou odeur, ou fon, ou couleur, ou lumière, ou autre l'emblable, en la nature de laquelle on puifie dire qu’il y ait quelque choie qui ne loit pas c^i--demment connu de tout le monde. ( Jr.part, 1. des principes art. 4. pag. 6 8. & art. ii. pajr. 75.)

Èt ne penlons pas aulfi d’aurte collé qu’elle foit cette matière première des Çhiiofo- Z iiij Le Monde de Rene’ Descartes, phcs, qu'on a fi bien dépouillée de routes îcs formes & qualitez, qu’il n’y eft rien demeuré de reftc qui puill’e eftre clairement "entendu: Mais cOncevons-la comme un Vray corps parfaitement folide, qui remplit egalement toutes les longueurs, largeurs, & profondeurs de ce grand efpace au milieu duquel nous avons arrefté noftre pcnfée ( Vnyèsart. 19. part. 1. principes pag.

51 3. & 84. ) en forte que chacune de fes parties occupe toujours une partie de cet cipa-" ce tellement proportionnée à fa grandeur, ' Qu’elle n’en içauroit remplir une plus grane, ni fe relTerrer en une moindre, ny fouf-J frit que pendant qu’elle y demeure, quelqu’autre y rtouve place.

~ Ajoutons à cela que cette matière peut « dftre divifée en toutes les parties & félon toutes les figures que nous pouvons imaginer; ( V. art. impart, z. principes pag. 8£.

' & 87. ) &c que chacune de lès parties eft capable de recevoir en foy tous les mouve- » mens que nous pouvons auflî concevoir. Et fuppofons de plus queDieu la divife véritablement en plufieurs telles parties, ( F. art.

' 46. part. 3. principes. p. 170. ) les unes plus grolfes, les autres plus petites j les unes d’une figure, les aurres d’une autre, telles qu’il nous plaira de les feindre; non pas qu’il les fepare pour cela l’une de l’autre en "forte qu’il y ait quelque vuidc entre deux 3 ou Traits’ de la Lumière. '273 mais penfons que toute la diftinétion.qu’il y met, confiftedans la diverfité des moiivemens qu’il leur donne * faifant que dés le premier inftant qu’elles font créées, les unes commencent à le mouvoir d’un cofté, les autres d’un autre; les unes plus vîte, les autres plus lentement (ou même fi vous voulez point du tout ) & qu’elles continuent par après leur mouvement fuivant lesloix ordinaires delà Nature. Car Dieu à fimervcilleufementeftabli ces.Loix, qu’encure que nous fuppofions qu’il ne crée rien de plus que ce que j’ay dit: & même qu’il ne mette en ce cy aucun ordre ny proportion, mais qu’il en compofe un cahos le p^s confus Sc le plus embrouillé que les Poètes puiflent décrire, ( V. art. 47. part. principes pag.vji. & 172. * Difcoursde UmethodeTom. t.pag. 54.*) elles font fuffifantes pour faire que les parties de ce cahos Ce démêlent d’eUes-mêmes, & fe difpolent en fi bon ordre, qu’elles auront la forme d’un Monde très- parfait, & dans lequel on pourra voir non feulement de la Lumière» mais aullî routes les autres choies, tant Seneralcs que particulières, qui paroiflent ans ce vray monde.

' Mais avant que j’explique cecy plus au long, arreftez-vous encoreun peu à confiderer ce cahos, & remarquez qu’il ne contient aucune chofe qui ne vous ioit fi par tal-