SigPhi · Descartes

Le Monde (Traite de la Lumiere), avec Les Passions de l'Ame et La Geometrie

French

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LA fatisfaélion, qu’ont toujours ceux qui fuivent conftamment la vertu eft une habitude en leur ame, qui fe nom* me tranquillité & repos de confcience. Mais celle qu’on acquiert de nouveau, lorfqu’on a fraifchement fait quelque ac- ,.tion qu’on penfe bonne, eft une paftion, à fçavoir une efpece de joye, laquelle je crois être la plus, douce de toutes, pour ce que fa caufe ne dépend que de nous mêmes. Toutefois lorfqüc cette caufe n’eft pas jufte, c’eft-à-dire, lorfque les a&ions dont on tire beaucoup de fatisfaélion, ne font pas de grande importance ou même qu’elles font vicieufes, elle eft ridicule, éc ne fert qu'à produire un orgueil Senne arrogance impertinente. Ge qu’on peut particulièrement remarquer en ceux qui croyant être dévots font feulement bigots & fuperftitieux, c’eft-à-dire, qui fous ombtequ’ils vont fouventà l’Eglife, qu’ils récitent force prières, qu’ils portent les cheveux courts, qu’ils jeûnent, qu’ils donnent l aumone, penferrt être entieré-* ment parfaits, & s'imaginent qu'ils font fi grands amis de Dieu, qu’ils ne fçau*.

ît4 Des 'Passions i roicnt rien faire qui lui dcplaifê, Se que tout ce que leur 'dide leur païïîon eft un bon zele; bien quelle- leur dide quelquefois les plus grands crimes qui puiflent être commis pat des hommes, commode trahir des villes, de tuer des Princes ^ d’exterminer des peuples, entiers, pour cela, fcul qu’ils ne fuivent pas leurs opinions^ Article CXCI.

*■ | ‘ ***** * ç X E repentir eft diredement contraire L.j à la farisfkdion de foi-meme *, de c'eft une efpece de triftefl'e, qui vient de ce qu’on croit avoir fait quelque mauvaife adion -, & elle eft tres-amere, pour ce que facaufene vient que de nous. Ce qui n empêche pas néanmoins quelle ne foit fort utile, lorfqu’il eft vrai que. l’adion donf -nous nous repentons eft mauvaife, & quo nous en avons une connoiflànce certaine, pour ce qu’elle nous incite à mieux faire une autrefois. Mais il arrive fouvent, quo les efprits foibles fe repentent des choies qu’ils ont faites, fans lçavoir aflurémenc qu’elles foient mauvaife j ils fe le perfua-* dent feulement à caufe qu’ils le craignent^ de s’ils avoient fait le contraire, ils s’ert repentiroient en même façon: ce qui eft en DE L’AmÊ,I1L Pà'RTIE. 21 lf eux une impcrfe&ion digne de pitié. Et les remedes contre ce défaut-, font les mêmes qui fervent à qter l’irrcfolution.

Article CXCII.

De la faveur.

— 'j LA faveur eft proprement un defir de voir arriver du bien à quelqu’un, pour qui on a de la bonne volonté: mais je me lers ici de ce mot, pour lignifier cette volonté, entant qu’elle eft excitée en nous par quelque bonne aétion de celui pour qui nous l’avons. Car nous fommes naturellement portez à aimer ceux qui font des chofes que nouseftimons bonnes, en--core qu’il ne nous en revienne aucun bien. La faveur en cette lignification eft une efpece d’amour, non point de defir, encore que le defir de voir du bien à celui qu’on favorife, l’accompagne toujours^ Et elle eft ordinairement jointe à la pitié > à caufe que les difgraces que nous voyorr» arriver aux malheureux, font caufe que? nous faiions plus de reflexion fur leur mérités.

ntf Des Passions Article CXCIII.

De la reconnoijfance.

LA reconnoi fiance eft auflî une efpece d’amour, excitée en nous par quelque aétion de celui pour qui nous l’avons, ôc par laquelle nous croyons qu’il nous a fait quelque bien, ou du moins qu’il en a eu intention. Ainfi elle contient tout le même que la faveur, ôc cela de plus,qu’elle eft fondée fur une a&ion qui nous touche, ôc dont nous avons defir de nous revanchcr. C’eft pourquoi elle a beaucoup plus de force, principalement dans les âmes tant foitpeu nobles ôc genereufes.

Article CXCIV.

* Article CXCIV.

* De Vin gratitude.

POur l’ingratitude, elle n’eft pas une paillon •> car la nature n’a mis en nous aucun mouvement des efprits qui l'excite; mais elle eft feulement un vice dirt&ement oppofé à la reconnoiftance, en tant que celle -ci eft toujours vcrtueufe Ôc l’un des principaux liens de la focicté humaine. G’eft pourquoi ce vice n’appartient qu’aux hommes brutaux, ôc fortement arrogans, . ' qui r I de l’Ame, TLI.Partie. 217 -qui pcnfcnt que toutes chofes leur font dues; ou aux ftupides, qui ne font aucune rericxion fur les biens faits qu’ils reçoivent, ou aux faibles &C abjets, qui fentant leur infirmité & leur befoin, recherchent baflemcnt le fecours des autres, & après qu’ils l’ont reçu, ils les haïflcnt ÿ pour ce que ri’ayant pas la volonté de leur rendre la pareille, ou defefpcrant de le pouvoir, & s’imaginant que tout le monde eft mercenaire comme eux, &c qu’on ne fait aucun bien qu’avec cfpcrance d’en être recompenfc, ils penfent les avoir trompez.

ftfouvenc meflee avec l’envie, ou avec la pitié, mais elle a neanmoins un' objet tout different. CaT on n’eft indigné que contre ceux qui qui font du bien ou du mal aux perfonnes qui n’en font pas dignes > mais on porte envie à ceux qui reçoivent ce bien, & on a pitié de ceux qui reçoivent ce mal. Il eft vrai que C*eft en quelque façon taire Artici? CXCV.

De l'indignatim.

'indignation eft une efpece de haine \ *i8- Des Passions du mal, que de pofl'eder un bien dont ou n’eft pas digne. Ce qui peut-être la caufe pourquoi Ariftote &c Tes fuivans, fuppo? Tant que l’envie eft toujours un vice, ont appelle du nom d’indignation celle qui p’eft pas viciçufe.

Articu CXCVI.

Tour quoi elle eft quelquefois jointe a la pitié ^ & quelquefois à la mo'cqùerie > C’Eft aufli en quelque façon recevoir du mal, que d’en faire; d’où vient que quelques-uns joignent à leur indignation la pitié, & quelques autres la mocT querie 5 ielon qu’ils font portez de bonne ou de mauvaife volonté, envers ceux aufquels ils voyent commettre des fautes. Et c’eft ainfi que le ris de Democrite, & les pleurs d’heraelitc, ont pju proj^der de papmc caufç.

^ R TICIE CXCVII, 1 Quelle eft fouvent accompagnée d'admiration y & n'eft pas incompatible avec U - j°ys r L'indignation eft fouvent auffi accompagnée d’admiration.Car nous ayons coûde l’Ame, III. Partie. iif tumc de fuppofer que routes choies feront faites, en la façon que nous jugeons qu’elles doivent être, c’eft-à-dire, en la taçon que nous cftimons bonne; c’eft pourquoi lorfqu’il en arrive autrement, cela nous furprend, & nous Padmirons. Elle n’eft pas incompatible aufii avec la joyc, bien qu’elle foit plus ordinairement jointe à la* triftelle.Car lorfque le mal dont nous fommes indignez ne nous peut nuire, & que.flous confidcrons que nous n’en voudrions pas faire de femblable, cela nous donne Quelque plaifir -, & c’cft peut-être l’une es caufes du ris, qui accompagne quel* quefois cette paflion..

Article CXCVIII, De fon ufage.

AU relie l’indignation fe remarque bien plus en ceux qui veulent paroître vertueux, qu’en ceux qui le font véritablement. Car bien que ceux qui aiment la vertu, ne puiflent voir fans quelque averlion les vices des autres, ils ne fe paffionnent que contre les plus grands SC extraordinaires. C’ell être difficile & chagrin que d’avoir beaucoup d’indignation pour des chofes de peu d’importance; c’eft etre injufte, que d’en avoir pour celles Tij i2o Des Passions qui ne font point blâmables -, & c’eA être impertinent & abfurd, de ne reftreindre pas cette paflîon aux actions des hommes, Sc de heftendre jufques aux œuvres de * Dieu, ou de la nature: ainfl que font ceux, qui n’étant jamais contens de leur condition ni de leur fortune, ofent trouver à redire en la conduite du monde, ôc aux fe-, «erets de la Providence.

(Article CXCIX, De ia colere, LA colere eft auilî une efpecc de haine ou d’averfîon, que nous avons contre * <ceux qui ont quelque mal, ou qu^ ont tar <ché de nuire, non pas indifféremment à qui que ce foit, mais particulièrement à nous. Ainft dîe contient tout le même que l’indignation, & cela de plus qu’elle •éft fondée fur une aCtion qui nous touche, &ç dont nous avons defir de nous venger. Car ce delir l’accompagne prefv que toujours, & elle eft directement oppofée à la reconnoiffance, comme l’indignation à la faveur. Mais elle eft incomparablement plus violente qùe ces trois autres paffions, à caufe que le defir de repoufler les chofes nuiftbles1, &c de fe venger, eft le plus prefl'ant de tous. Ç’çft le Digilize by 'Google / D É L’A M E, ÏII. P A RTIE 211 defir joint à l’amour qu’on a pour foimcme, qui fournit à la colere toute l’agitation du lang j que le courage 8c la hardiefle peuvent caulcr -, 8c la haine fait que c’cft principalement le fang. bilieux qui vient de la rate, 8c des petites veines du foye, qui reçoit cette agitation, 8c entre dans le cœur, ou, à caufe dç fon abondance, 8C de la nature] de la bile dont il clt mêlé, il 1 excite une chaleur plus âpre 8c plus ardente, que n’elt celle qui peut y être excitée par l’amour, ou par la joye* Article CC.

Pourquoi ceux quelle fait rougir, font moins à craindre, que ceux quelle fait pâlir* ET les lignes extérieurs de cette palïîoât lont differens, félon les divers temperamens des perfonnes, 8c la dîverfité des autres pallions, qui la compofent oit fe joignent à elle. Ainlî on en voit qui pâliflent, ou qui tremblent» lorfqu’ils te 7e mettent en colere; & on en voit d’aüftesqui rougiffent, ou même qui pleurent* Et on juge ordinairement que la colere de ceux qui pâliflenr eft plus à craindre, que n’eft fa colere de ceux qui rougiÂTenCi Dont la ration cil, que lorl'qu’oh ne veut,.

X iij ait Î)es Passions ou qu’on ne peut fe venger autrement que de mine ôc de paroles, on employé toute fa chaleur & toute fa force dès le commencement qu’on cil ému •, ce qui cltcaufc qu’on devient rouge j outre que quelquefois le regret &c la pitié qu’on a de foimeme, pour ce qu’on ne peut le venger d’autre façon, eft caufc qu’on pleure. Et au contraire ceux qui le rclervent & fc déterminent à une plus grande vengeance, deviennent trilles, de ce qu’ils penfent y être obligez par i’aétion qui les met en colere^Sc ils ontaufîi quelquefois de la crainte, des maux qui peuvent fuivre de la refolution qu’ils ont prife j ce qui les rend d’-abord pâlies, froids, Sc tremolans. Mais quand ifs viennent après à exécuter leur vengeance, ils fe rechauffent d’autant plus, qu’ils ont été plus froids au commencement *, ainfi qu’on voit que les fièvres qui commencent par le froid,ont coutume d’être les plus fortes.

Article CCI.

Qjfil y a deux fo'tes de colère, & que ceux qui ont le plus de bonté font les plus fujets à la. première.

CEci nous advertit qu’on peut diftinguer deux efpcces de colçre > l'uno qui cft fort prompte, 8c fe manifcfte fore à l’exterieur, mais neanmoins qui a petf d’effet, 8c petit facilement être appaifee j l’autre qui ne paroît pas tant à l’abord, mais qui ronge davantage le cœur 8c qui a des effets plus dangereux. Ceux qui ont beaucoup de bonté 8c beaucoup d’amour, font les plus fujets à la première. Car elle ne vient pas d’une profonde haine, mais d’une prompte averfion qui les furprend, à caufe qu’étant portez à imaginer, que toutes chofes doivent aller en la façon qu’ils jugent être la meilleure, fi - tôt ' qu’il en arrive autrement, ils admirent, 8c s’en offenfent fouvent, même fans que' la chofe les touche en leur particulier, à caufe qu’ayant beaucoup d’affeiftion, ils s’intereffent pour ceux qu’ils aiment, en, meme façon que pour eux-mêmes. Ainfî ce qui ne feroit qu’un fujet d’indignation pour un autre, cft pour eux un lujet de colere. Et pour ce que l’inclination qu’ils ont à aimer, fait qu’ils ont beaucoup de chaleur & beaucoup de fang dans le cœur, l’avcrfïon qui les furprend ne peut y poufler fi peu de bile, que cela ne caille d’abord une grande émotion dans ce fang. Mais cette émotion ne dure gueres *, à caufe que la force de la furprife ne continue pas, 8c que il - tôt qu’ils s’apperçoivent que le lujet qui les a fâchez ne les de- T iiij a.2.4 Des Passions •voit pas tant émouvoir, ils s’en repentenf; Articie CCH Que ce font les âmes faibles & baffes * qui f» laijfent le fins emportera l'autre^ L’Autre efpece cTe colere, en laquelle prédominé la haine St la triftefFe,n’eft pas n apparente d’abord, finon peut-être en ce qu’elle fait ^padir le vifage. Mais fa force elt augmentée peu à peu, par l’ agitation d’un ardent defir de fe venger exci* té dans le fang, lequel étant mêlé avec U bile qui eft pouflee vers le cœur, de la partie inferieure du foye & de la rate, y excite une chaleur fort âpre St fort piquante. Et comme ce font les ames'les plus genereufes qui ont le plus de reconnoiffance, ainfi ce font celles qui ont le plus d’orgiieil, St qui font les plus baffes St les. plus infirmes, qui fe laiflent le plus emporter à cette' elpece de colere, car les iniures paroiflent d’autant plus grandes, que ’orgiieil fait qu’on s’eftime davantage 8c auffi d’autant qu’oa eftime davantage les biens qu’elles otent, lefquels on eftime d’autant plus qu’on a l’ame plus foible Si plus baffe â à caufe qu’ils dépendent d’au-r trui.,.

Article CCIII.

la generoftè fert de remcde contrat fes excès, AU refte encore que cette paflïon foit utile, pour nous donner de la vigueur à repou fier le» injures, il n’y en a toutefois aucune, dont on doive éviter les> excès avec plus de foin, pour ce que troublant le jugement, ils font fouvenc conwmettre des fautes, dont on a par après du repentir, & même que quelquefois ils empêchent qu’on ne repouffc xî bien ces injures, qu’on pourroit faire, fi on avoit moins d’emotion. Mais comme il n’y a rien ■qui la rende plus excelfive que l’orgüeil, ainfi je crois que la generofitê elf le meilleur remede qu’on. puiflè trouver contre fes excès: pour ce que faifant qu’on efli-* me fort peu tous les biens qui peuvent être otez, & qu’au contraire on eftime beaucoup la liberté, & l’empire abfolu fur foimême, qu’on celle d’avoir,lorfqu’on peut être offenfé par quelqu’un, elle fait qu’on n’a que du mépris, ou tout au plus de l’indignation, pour les injures dont les autres ont çoûtumc de s’offenfçrè x l’A m e, III. Partie, ay d'humilité, &c défiance de foi-même. Car lorfqu’on s’eftime fi fort, qu’on ne fe peut imaginer d’être méprife par perfonne, on ne peut pas aifément être honteux.

Article CCVI.

De l'ufage de ces deux paffions.

OR la gloire 8c la honte ont même ufage, en ce qu’elles nous incitent à la vertu, l’une par l’efperancç, l’autre par la crainte, il eft feulement bel.oin d’inllruire fon jugement, touchant ce qui cil: véritablement digne de blâme ou de louange, afin de n’être pas honteux de bien faire, 8c ne tirçr point de vanité de fes vices, ainfi qu’il arrive à»plufieurs. Mais il n’eft pas bon de fe dépouiller entièrement de ces pallions, ainfi que faifoient autrefois les Cyniques. Car encore que le peuple juge tres-mal: toutefois à caule que nous ne pouvons vivre fins lui, 8c qu’il nous importe d’en être ellimez, nous devons fouvent fuivre fes opinions plutôt: que les nôtres, touchant l’extcrieur de nos actions.

Des Passions Article CG VII»- De l'impudence: L’Impudence ou l’effronterie, qui eff un mépris de honte, & fouvcnt auflï de gloire, n’eft pas une paflïon, pïmr ce qu’il n’y a en nous aucun mouvement particulier des efprits qui l’excite: mais c’dè un vice oppofé à la honte, &c auflï à la gloire,. entant que l’une Sc L’autre font Donnes, ainfi' que l’ingratitude eft oppofée à la recoitnoi (Tance 5 & la cruauté à fa pitié. Et la principale caufe de l’effronterie, vient de ce qu’on a reçu pluflcurs fois de grands affronts..Car il n’y a perfonne qui ne s’imagine étant jeune, que la loiiange eft un bien, & l’infamie un mal, beaucoup plus important à la vie qu’on ne trouve par expérience qu’ils font", lorfqu’ayant reçu quelques affronts flgnalez, on fe voit entièrement privé: d’honneur, &c méprifé par un chacun. C’eft pourquoi ceux-là deviennent effrontez, qui ne mefurant le bien &c le mal que par les comnoditez du corps, voyant qu’iLs en joüiflent après ces affronts tout auflîbien qu’auparavant, ou même quelquefois * beaucoup mieux, à caufe "qu’ils font déchargez de plu fleurs contraintes > aufquel- •de l’Ame, III. Partie. tes 4’horineur les obligeoit > & eue fi la perte des biens eft jointe à leur difgrace * il fe trouve des perfonnes charitables qui ipur donnent.

Artjcle CCY1IL Du dégoût.

LE dégoût eft une efpece de triftefie,' qui vient de la même caufe dont la joye eft venue auparavant. Car nous Tommes tellement compofez, qué la plûparc clés cholps dont nous joüiuons, -ne tonç bonnes à notre égard que pour un temps deviennent par apres incommodes. Ce qui paroît principalement au boire & au manger, qui ne font utiles que pendant que l’on a de l’appetit, & qui font nuifiT blés lorfqu’on n’en a plus: & pour ce qu’elles cefiént alors d’être agréables au goût, on a nommé Cette pampa dégoût.

An ti cle CCIX.

Du regret.

LE regret eft aufll une efpece de trifteffe, laquelle a une particulière amertume, en ce qu’elle eft toûjours jointe à quelque defefpoir,& à la mémoire du plais ijo Des Passions 1 fir que nous a donné la joüilïance. Car nous ne regrettons jamais que les biens dont nous avons joui, 8c qui font telle- „ ment perdus, que nous n’avons aucune ef-' perance de les recouvrer au temps & en la façon que nous les regrettons.

t * Article CC X.

De l'allegrejf r.

ENfin ce que je nomme allegrcde, eft une efpecc de joye, en laquelle il y -a cela de particulier, que fa douceur eft augmentée par la fouvenance des maux qu’on. a foufferts, 8c defquels on fe fent allégé, en même façon que Ci on fe fcntoit déchargé de quelque pefant fardeau, qu’on eût long -temps porté fur fes épaules. Et je ne vois rien de fort remarquable en ces trois pallions, aufli ne les ai-je mifes ici, que pour fuivre l’ordre du dénombrement que j’ai fait ci-delfus. Mais il me femble que ce dénombrement a été utile, pouB taire voir que nous n’enobmettions aucune oui fut digne de quelque particulière con-» ûderatioiv {■ pE l’Ame, III. Partie. 23* ¥ Article CCXI.

Un remede general contre les pajfionsï ET maintenant que nous les connoiffons toutes, nous avons beaucoup moins de fujet de les craindre, que nous n’avions auparavant. Car nous voyons qu’elles font toutes bonnes de leur nature, & que noUs n'avons rien à éviter que leurs mauvais ufages, ou leurs excès, contre Iefquels les remedcs que j’ai -expliquez pourraient fufhre, fi chacun avoit allez de foin de les pratiquer. Mais pour ce que j’ai mis entre ces remedes la préméditation, & I’induftric par laquelle on peut corrie ger les défauts de fon naturel, en s’exer»» çant à feparer en foi les mouvemens du lang & des efprits, d’avec les penfées auf* quelles ils ont coutume d’être joints; J’advoiie qu’il y a peu de perfonnes qui fe foient allez préparez en cette façon, con-. -tre toutes fortes de rencontres; 8c que ces mouvements excitez dans le fang, par les objets des pallions, fuivent d’abord fi promptement des feules imprelfions, qui fe font dans le cerveau, & de la difpofîtion des organes, encore que l’ame n’y ' contribue en aucune façon, qu’il n’y a point de fagelle humaine qui foit capable.

-j fc$2 Des Passions de leur relifter, lorfqu’on n’y eft pas affe z préparé. Ainfi pluficurs ne fçauroient s’abftenir de rire étant chatouillez, encore qu’ils n’y prennent point de plailîr. Car l’impreflîon de la j oye & de la furprifc, qui les a fait rire autrefois pour même fujet, étant réveillée en leur fantailïe, fait que leur poulmon eft fubitement enflé malgré eux, par le fang que le cœur lui envoyé. Ainu ceux cjui font fort portez de leur naturel aux émotions de la joyc & de la pitié, ou de la peur, ou de la colère, ne peuvent s’empêcher de pâmer, ou de pleurer, ou de trembler, ou d’avoir le fang tout ému, en même façon que s’ils avoient la fievre, lorfquc leur fantaifie eft fortement touchée par l’objet de quelqu’une de ces pallions. Mais ce qu’cvn peut toujours faire en telle occalion, & que je penfe pouvoir mettre ici comme le remede le plus general, Sc le plus ailé à pratiquer contre tous les excez des paflîons, c’eft que lorfqu’on fe fent le lang ainli ému, on doit être averti, &c fe fouvenir que tout ce qui fe prefente à l’imagination, tend à tromper l’ame, & à lui faire paroître les raifons qui fervent à perfuader l’objet dcfapalîion } beaucoup plus fortes qu’elles ne font, & celles qui fervent à la difluader, beaucoup plus foi-JjIcs. Et lorfque la paillon ne periiudc que des des p e i/A me, III. Partie. 13' $‘ des choies, dont Inexécution fouifre quelque delai, il faut s’abftenir d’en porter lut l’heure aucun jugement, &: fe divertir par d’autre penfées, jufqu’à ce que le temps le repos ffit entièrement appaiié l’émotion qui cil dans le fang. Et enfin lorfqu’elle incite à des adions, touchant lclqucFIcs il eft ncceftaire qu’on prenne refolution fur le champ, il faut que la volonté fer porte principalement àconfidcrer & à fuivre les raifons qui font contraires à celles que la paflion reprefente, encore qu’elles parodient moins fortes. Comme Ioriqu’orï eft inopinément attaqué par quelque ennemi, l’occafton ne permet pas qu’on em-. ployé aucun temps à délibérer; mais ce qu’il me femble que ceux qui fonc accoutumez à faire reflexion fur leurs adons peuvent toujours, c’cft que lorfqu’ils fe fendront faifis de la peur, ils tâcheront i détourner leur penféc de la conftderation du danger, en le reprcfcntant les raifons pour lefquelles il y a beaucoup plus de fureté 8c plus d’honneur en la refiftance Îiu’cn la fuite 8c au contraire lorfqu’ils entiront que le défit de vengeance 8c la eolere les incite à courir inconfidcrémenc vers ceux qui les attaquent, ils fe fôuvicndront de penlèr, que c’eft imprudence de Ce perdre, quand on peut fans deshonneur fc fauver 3 8c que fi la partie cft fort ine- 134 Des Passions gale •, il vaut mieux faire une honnête retraite ou prendre quartier, que s’expofer brutalement à une mort certaine.

Article CCXII. _ Que c’efi d'elles feules qui dèpent tout le bien & le mal de cette vie.

AU relie l’ame peut avoir fes plaifirsà part r Mais pour ceux qui lui font communs avec le corps, ils dépendent entièrement des pallions, en forte que les hommes qu’elles peuvent le plus émouvoir, font capables de goûter le plus de douceur en cette vie. Il eft vrai qu’ils y peuvent aulli trouver le plus d’amertume " lorfqu’ils ne les fçavent pas bien employer, 8c que la fortune leur elt contraire. Mais la fagefte eft principalement utile en ce point, qu’elle enfeigne à s’en rendre tellement maître, & à les ménager avec tant d’adreffe, que les maux qu’elles caufent font fort fupportables, 8c même qu’on, tire -dcla'joyedètous.

LE MONDE D E RENE DESCARTES» OU TRAITE DE L A ‘LUMIERE: CHAPITRE PREMIER.

De la différence qui e jt entre nos fentimens & les chofes qui les produisent.

E propofant de traiter ici de I;t Lumière, la première choie chofe dont je veux vous avertir, cft, qu’il peut y avoir de la différence entre le fentiment que nous en avons, c’eft-àdire, l’idée qui s’en forme en notre imagination par l’entremife <le nos yeux, & ce qui çft dans les objets y* £2nÈ y* £2nÈ a3<f Le Monde de Rene’ Descartes,' qui produit en nous ce fentiment, c’eft-àdire, ce qui eft dans la flàme ou dans le Soleil qui s’appelle du nom de Lumière. Ca-rencore que chacun fe perfuade communément que les idées que nous avons en notre penfée font entièrement fcmblables aux objets dont eljes procèdent, je ne vois point toutefois de raifon qui nous alluré que cela foit *, mais je remarque au contraire plusieurs expériences qui nous en doivent faire douter.

Vous fçavez bien que les paroles n’ayanc aucune reflemblance avec les chofes qu’elles lignifient ne îaifl’ent pas de nous les faire concevoir, 8c louvent même fans Ypte nous prenions garde au fon des mots, ni à leurs fyllabes ( Voyez, Part. 197. des Principes, partie 4. pag. 513.* Méditation 3e, tom. 1. art. 10. pag. xlij. * Dioptricjue Dtjcours 3e. pag. 33. ) en forte qu’il peut arriver qu’après avoir oüi un difeours dont nous aurons fort bien compris le fens,nous ourrons pas dire en quelle langue il *»râ été prononcé. Or fi des mots qui ne ^nifient rien que par l’inftitution des hommes, fulfifent pour nous faire concevoir des chofes avec lelquelles ils n’ont aucune rcllcmblance; pourquoi la nature ne pourra-t’clle pas aulïi avoir établi certain ligne qui nous falTe avoir le fentiment da h Lumière a bien que ce ligne n’ait rien Digitizec ogle Digitizec ogle ou traite’ de la Lumière. 257 en *foi qui loic femblable à ce fentiment? Ec n’elt-ce pas ainfi qu’elle a établi les ris 8c les larmes, pour nous faire lire la joye 8c la triftefle fur le vifage des hommes?

Mais vous direz, peut-être, que nos oreilles ne nous font véritablement fentir que le fon des paroles, ni nos yeux que la contenance de celui qui rit ou qui pleure, 8c que c’cft notre efprit, qui ayant retenu ce que lignifient ces paroles 8c cette contenance, nous le- reprefente en même-, temps. A cela je pourrais répondre que c’elt notre efprit tout de même, qui nous reprefente l’idée de la Lumière, toutes les fois que l’aétion qui la fignifie touche notre œil. Mais fans perdre le temps à diipu-' ter, j’aurai plutôt fait d’apporter un autre exemple.

Penlez-vous, lors même que nous ne prions pas garde à la lignification des paroles, 8c que nous oyons feulement leur fon, que l’idée de ce fon qui fe forme en notre penfée, foit quelque chofe de femblable à l’objet qui en eft la caufe? Un homme ouvre la bouche, remue la langue, poulie fon haleine, je ne vois rien c?i toutes ces actions qui ne foit fort different <je l’idée du fon qu’elles nous font imaginer. Et la plupart des Philofophes aflurent que le fon n’eft autre chofe qu’un *38 Le Monde de Rene’ Pescarté^,’ certain tremblement d’air qui vient frapper nos oreilles -, en forte que fi le fens de l’oiiie raportoit à notre penfée la vraye image de fon objet, il faudroit, au lieu de nous faire concevoir le fon, qu’il nous fît concevoir le mouvement des parties de l’air qui tremble pour lors contre nos oreilles. Mais parce que tout le monde ne voudra peut-être pas croire ce que difent les Philofophes, j’apporterai encore un autre exemple.

L’attouchement efi celui de tous nos lèns que l’on eftime le moins trompeur &C le plus alluré -, de forte que fi je vous montre que l’attouchement même nous fait concevoir plufieurs idées qui ne reflémblent en aucune façon aux objets qui les produifent, je ne penfe pas que vous deviez trouver étrange fi je dis que la vue Î>eut faire le femblable. Or il n’y a peronne qui ne fçache que les idées du chatouillement & de la douleur qui fe forment en notre penfée à l’occafion des corps de dehors qui nous touchent, n’ont aucune reflemblance avec eux. On paffe doucement une plume fur les levres d'un enfant 'qui s’dftdort, & il fent qu’on le chatoüille, penfez-vous que l’idée du cha-r touillement qu’il conçoit refiemble à quelque chofe de ce qui eft en cette plume? Un Gendarme revient d'une mêlçe j pendant- ’ / Digitized ou Traite’ de la Lumière. 23:9 ' la chaleur du combat il autoit pu être bieffé fans s’en apperccvoir j mais maintenant 3u’il commence à fe refroidir il lent de la ouleur, il croit être blelIé,on appelle •. un Chirurgien, on ôte fes armes, on le vifite, &on trouve enfin que ce qu’il fentoit n’étoit autre chofc qu’une boucle ou i. une courroye qui s’étant engagée fous fes armes le prefloit $c l’incommodoit. Sifon attouchement, en lui faifant fentir cette courroye, en eût imprimé l’image en fa penfée, il n’auroit pas eu befoin d’un Chirurgien pour l’avertir de ce qu’il fentoir.

Or je ne vois point de raifon qui nous oblige à croire, que ce qui cft dans les objets d’où nous vient le fentiment de la Lumière, foit plus fcmblable à ce fentiment, que les allions d’une plume &c d’une courroye le font au chatouillement & à la douleur. Et toutesfois je n’ai point apporté ces exemples pour vous faire croire abfolumentque cette Lumière efl: autre dans les objets que dans nos yeux, mais feulement afin que vous en doutiez; & que vous gardant d’être préoccupé du contraire, vous puifiïez maintenant mieux examiner avec moi ce qui en eû.

Z4° Le Monde de Rene’ Descartes CHAPITRE II.

En quoi conjijh la Chaleur & ta Lumière du feu.

JE ne connois au moncTe que deux forte?

de corps dans lefqucls la Lumière fo trouve, à fçavoir les Aftres, & la Flâme. ou le Feu. Et paree que les Aftres font fans, doute plus éloigner de la connoiflance des hommes, que n’eft le feu ou la flâme, je tâcherai premièrement d’expliquer ce que je remarque touchant la flâme.

Lorfqu’elle brûle du bois", ou quelqu’autre femblable matiere:,ncms pouvons voir â d’œil qu’elle remuëles petites parties de ce bois, & les fepare l’une de l’autre, transformant ainfl les plus fubtiles en feu,en air,'êè en fumée, & laiflant les plus groflSeres pour tes cendres. Qu’un autre donc imagine s’il veut en ce bois la forme du feu,. la qualité de la chaleur, Scl’adrion qui le brûle, comme des chofes toutes diverfes, pour tnoi qui crains de me tromper lî j’y fuppofe quelque chofc de plus quexe que' je vois neceuairement y devoir être, je me contente1 d’y concevoir le mouvement de' fes parties. Car mettez-y du feu, mettezy de la chaleur, & faites qu’il brûle tant qull .. * qull .. * ou Traite’ de la Lumière. *41 qu’il vous plaira, fi vous ne fuppofcz point avec cela qu’il y ait aucune de les parties qui fe remuë,ni qui fe détache de les voifines,jc ne me fçaurois imaginer qu’il reçoive aucune alteration ny changement. Etau contraire, ôtez-en le feu, ôtez-en la chaleur, empêchez qu’il ne brûle, pour veu feulement que vous m’accordiez qu’il y a quelque puiflance qui remue violemment les plus fubtiles de les parties, & qui les fépare des plus groflîeres, je trouve cjuc celafeul pourra faire en lui tous, les memes changemens qu’on expérimente quand il brûle.

Or d’autant qu’il ne me femble pas poffible de concevoir qu’un corps en puiffe re-. muer un autre, fi ce n’eft en fe remuant aulli foi-même -, je conclus de ceci, que le corps de la flâme qui agit contre le bois, eft compolé de petites parties qui fe remuent ieparément l’une de l’autre d’un mouvement très-prompt & très-violent, &c qui fe remuant en cette forte, pouffent & remuent avec foi les parties des corps quelles touchent, ÔCqui ne leur font point trop de réfiftance. Je dis que fes parties fe remuent féparément l’une de l’autre: car encore que fouvent elles s’accordent &..çonfpircnt plufieurs enfemble pour faite un même effet, nous voions toutesfois que.chacune d’elle agit en fon particulier contre les corps qu’elles touchent. Je dis aufU X X *4* Le Monde de Rene’ Descartes, que leur mouvement eft très - prompt & très-violent: car étant fi petites que la vue lie nous les fçauroit faire diftinguer, elles n’auroient pas tant de force qu’elles ont pour agir contre les autres corps, fi la promptitude de leur mouvement ne recom. penfoit le defaut de leur grandeur.

Je n’ajoûtc point de quel côté chacune fe _ remue:Car li vousconfiderez qiiela puilfance de fe mouvoir, & celle qui détermine de quel côté le mouvement le doit faire, font deux choies routes diverles, & qui peuvent être l’une lans l’autre ( ainfi que, ^’alexpliquc au difeours fécond de laDiOptrique, page i<f. Sc i'uiv.' •) vous jugerci ailément que chacune fe remue en la façon, qui lui eft rendue moins difficile par la ^ifpofition des corps qui l’environnent \ que dans la même flâine il peut y avoir ides parties qui aillent en haut, d’autres en bas,i tout droit •&; en rond, &C vie tous ratez jrfara que ceb change tien de fa nature j En iortc que fi vous les voyez tendre en hauT prelque toutes, il ne faut pas penler que ce foit pour autre faifon,■ unon parce que les autres xtorpjoqui tes rcuirhent'lc crotrvient epref» . qiùe1 tcûjojuti1 ’difpolcz a leur fiire plus de tcfiftiirieçdexous les autres ectibs,!j:.- ru; «Mais après avoir rcconmifquc leipdn* Üc» de la flâme fe remuent endette fort?, * ou Traite’ de la Lumière. 24J ôc qu’il luftit de concevoir Tes mouvemens, pour comprendre comment elle a la puiflance de conlumer le bois, ôc dè brûler-, examinons, je vous prie, fi le même ne fuffiroit point aufll, pour nous faire comprendre comment elle nous échaufFe, ôc comment elle nous éclaire î Car fi cela fe trouve, il ne fera pas nécefl'aire qu’il y ait en elle aucune autre qualité, ôc nous pourrons dire que c’eft ce mouvement feul, qui félon les differens effets qu’il produit, s’appelle tantôt Chaleur, 5c tantôt Lumière.

Or pour ce qui eft de la Chaleur, le fentiment que nous en avons, peut, ce me femble, être pris pour une cfpece de douleur, quand il eft violent, ôc quelquefois pour une efpece de chatouillement, quand il eft modéré. Et comme nous avons déjà dit qu’îl n’y a rien hors de notre penléc, qui foit femblable aux idées, que nous concevons du chatouillement ôc de la douleur; nous pouvons bien croire aufll qu’il n’y a rien qui foit femblable à celle que nous concevons de la Chaleur •, mais que tout ce qui peut re* muer diverfement les petites parties de nos mains, ou de quelqu’autre endroit de notre corps, peut exciter en nous ce fen* timent: Même plufieurs expériences fa* yotifent cçttç opinion>car en fe frottant *44 Le Monde de Rene’ Descartes, feulement lps mains, on les échauffe j & tout autre corps peut aufli être.échauff é, fans être mis auprès du -feu, pourveu feulement qu il foit agité & ébranlé, en tel* Je fortç que plufieurs de les petites parties fe remuent, {k puift'ent remuer avpc loi celles de nos mains.

Pour ce qui eft de la -Lumière, on peut bien aufli concevoir que le même mouvez ment qui eft dans la flâme, fufiit pour nous la faire fentir. Mais parce que c’eft en ce-r çi que confifte la principale partie de mon deflein, je yeux tâcher de l’expliquer au long, ôç reprendre mon difeours de plus haut,.

CHAPITRE III, pe la pureté j & delà Liquidité, - -; •:i i JE^confidere qu’il y a une infinité de divers mouvemens qui durent perper tucllemenr dans le Moqde. Et après avoir remarqué les plus grands, qui font les jours, les mois, & les années, je prens garde que les vapeurs de la Terre ne cefT lent point de monter vçrs les nuées Sç. d’en defeendre; quç l’air eft toujours pgité par les vents, que la mer n’eft ja* ruais en repps, que les fontaines Çç les oü Traite* de la Lu^terê. 14$ rivicres coulent fans celle, que les ç>lus fermes bâtimens tombent enfin en décadence, que les plantes 8c les Animaux ne font que croître ou fe corrompre, bref, qu’il n’y a rien en aucun lieu qui rie fe change. D’où je connois évidemment que ce n’cft pas dans la flâme feule qu’il y a quantité de petites parties qui necefient point de fe mouvoir; mais qu’il y en a auflî dans tous les autres corps, encore que leurs aétions ne foient pas fi violentes, 8c qu’à caufe • de leur petitefle elles ne puiflent être apperçûës par aucun de nos fens.

Je ne m’arrête pas à chercher la caufe de leurs mouvemens: car il me fuffit de penfer qu’elles ont commencé à fe moirivoir, auffi-tôt que le Monde a Commencé d’être ( Voyez, les articles $6. & 37. de la fécondé partie des Principes, pag. 101. & fuiv. ) Et cela étant, je trouve par mes railons qu’il cft impoffible que leurs mouvemens ceflent jamais, ny même qu’ils changent autrement que de fujet. C’cftà-dire que la vertu ou la puiflance de fe mouvoir foi- même, qui fe rencontre dans un corps, peut bien palier toute ou partie dans un autre, 8c ainfi n’être plus dans lo premier, mais qu’elle ne peut pas n’être plus du tout dans le Monde. Mes raifons, dis-je, me fatisfont allez là def- X iij.