SigPhi · Emile Durkheim

De la division du travail social (1893)

French

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En effet, être une personne, c'est être une source autonome d'action. L'homme n'acquiert donc cette qualité que dans la mesure où il y a en lui quelque chose qui est à lui, à lui seul et qui l'individualise, où il est plus qu'une simple incarnation du tjpe générique de sa race et de son groupe. On dira que, en tout état de cause, il est doué de libre arbitre et que cela suffit à fonder sa personnalité. Mais, quoi qu'il en soit de cette liberté, objet de tant de discussions, ce n'est pas cet attribut métaphysique, impersonnel, invariable, qui peut servir de base unique à la personnalité concrète, empii'ique et variable des individus. Celle-ci ne saui-ait être constituée parle pouvoir tout abstr..it de choisir entre deux contraires; mais encore faut-il que celle faciillé s'exerce sur des fins el des mobiles qui soient propres à r.igenl. En d'aulres termes, il faut que les matériaux mêmes de sa conscience aient un caractère personnel. Or, nous avons vu dans le second livre de cet ouvrage que ce résultat se produit progressivement à mesure que la division du travail progresse elle-même. L'efi'acement du type segmentaire, en même temps qu'il nécessite une plus grande spécialisation, dégage partiellement la conscience individuelle du milieu organique qui la supporte comme du milieu social qui l'enveloppe et, par suite de celle double émancipation, l'individu devient davantage un facteur indépendant de sa propre conduite. La division du travail contribue elle-même à cet affrancliissement; car les natures individuelles, en se spécialisant, deviennent plus complexes et, par cela même, sont soustraites en partie à l'action collective el aux influences héréditaires qui ne peuvent guère s'exercer que sur les choses simples et générales.

C'est donc par suite d'une véritable illusion que l'on a pu croire parfois que la personnalité était plus entière tant que la division du travail n'y avait pas pénétré. Sans doute, à voir du dehors la diversité d'occupations qu'embrasse alors l'individu, il peut sembler qu'il se développe d'une manière plus libre et plus complète. Mais, en réalité, cette activité qu'il manifeste n'est pas sienne. C'est la société, c'est la race qui agissent en lui et par lui; il n'est que l'intermédiaire par lequel elles se réalisent. Sa liberté n'est qu'apparente et sa personnalité d'emprunt. Parce que la vie de ces sociétés est, à certains égards, moins régulière, on s'imagine que les talents originaux peuvent plus aisément se faire jour, qu'il est plus facile à chacun de suivre ses goûts propres, qu'une plus large place est laissée à la libre fantaisie. Mais c'est oublier que les sentiments personnels sont alors très rares. Si les mobiles qui gouvernent la conduite ne reviennent pas avec la même périodicité qu'aujourd'hui, ils ne laissent pas d'êli-e colleclifs, par consé(iuenl impersonnels, et il en est de môme des actions qu'ils inspirent. D'autre part, nous CONCLUSION. 4o5 avons montré plus haut comment Taclivité devient plus riche et plus intense à mesure qu'elle devient plus spéciale (').

Ainsi, les progrès de la personnalité individuelle et ceux de la division du liavail dépendent d'une seule et même cause. Il est donc impossihle de vouloir les uns sans vouloir lesaulres. Oi", nul ne conteste aujouid'liui le caraclère ohligaloire de la règle qui nous ordonne d'être, et d'être de plus en plus, une personne.

Une dernière considération va faire voir à quel point la division du travail est liée à toute notre vie morale.

C'est un rêve depuis longtemps caressé par les hommes que d'arriver enfin à réaliser dans les faits l'idéal de la fraternité humaine. Les peuples appellent de leurs vœux un étal où la guerre ne serait plus la loi des rapports inlernalionaux, où les relations des sociétés entre elles seraient réglées pacifiquement comme le sont déjà celles des individus entre eux, où tous les hommes collaljoreraient à la même œuvre et vivraient de la même vie. Quoique ces aspirations soient en partie neutralisées par celles qui -ont pour ohjet la société particulière dont nous faisons partie, elles ne laissent pas d'être très vives et prennent de plus en plus de foi'ce. Or, elles ne peuvent être satisfaites que si tous les hommes forment une même société, soumise aux mêmes lois. Car, de même que les conflits privés ne peuvent être contenus que par l'action régulatrice de la société qui enveloppe les individus, les conflits inter-sociaux ne peuvent être contenus que par l'action régulatrice d'une société qui comprenne en son sein toutes les autres. La seule puissance qui puisse servir de modérateur à Tégoïsme individuel est celle du groupe; la seule qui puisse servir de modérateur à l'égoïsmedes groupes est celle d'un autre groupe qui les emhi-a>se.

(1) Voir plus haut, p. 30t et suiv. et p. 3U).

' A vrai dire, quand on a posé le problème en ces termes, il faut bien reconnaître que cet idéal n'est pas à la veille de se réaliser intégralement; car il y a trop de diversités intellectuelles et morales entre les difïérenls types sociaux qui coefiislentsur la terre pour qu'ils puissent fraterniser au sein d'une même société. Mais ce qui est possible, c'est que les sociétés de même espèce s'agrègent ensemble, et c'est bien dans ce sens que parait se diriger notre évolution. Déjà nous avons vu qu'au-dessus des peuples européens tend à se former, par un mouvement spontané, une société européenne qui a, dès à présent, quelque sentiment d'elle-même et un commencement d'organisation (^). Si la formation d'une société humaine unique est à jamais impossible, ce qui toutefois n'est pas démontré (-), du moins la formation de sociétés toujours plus vastes nous rapproche indéfiniment du but. Ces faits ne contredisent d'ailleurs en rien la définition que nous avons donnée de la moralité, car si nous tenons à l'humanité et si nous devons y tenir, c'est qu'elle est une société qui est en train de se réaliser de cette manière et dont nous sommes solidaires (^).

• Or, nous savons que des sociétés plus vastes ne peuvent se former sans que la division du travail se développe; car non seulement elles ne pourraient se maintenir en équilibre sans une spécialisation plus grande des fonctions, mais encore l'élévation du nombre des concurrents suffirait à produire mécaniquement ce résultat; et cela, d'autant plus que l'accroissement de volume ne va généralement pas sans un accroissement de densité. On peut donc formuler la proposition suivante: l'idéal de la frater- O lUen ne dit que la diversité intellecluelle et morale dos sociétés doive se inaintenir. L'expansion toujours plus grande des sociétés supérieures, d'où résulte l'absorption pu l'élimination des sociétés inoins avancées, tend, en tout cas, à la diminuer.

(^) Aussi les devoirs que nous avons envers elle ne primeiit-ils pas ceux qui nous lient à notre |)atrie.Car celle-ci est la seule société, actuellement réalisée, dont nous fassions partie; l'autre n'est i^uére qu'un desideratum dont la réalisation n'est même pas assurée.

nilé liiimaine no peut se réaliser que dans la mesure où la divi' siou du travail pi'ogresse. 11 faut choisir: ou renoncer à notre rêve, si nous nous refusons à circonscrii'e davantage notre activité, ou bien en poursuivre raccomplissement, mais à la condition que nous venons de marquer.

m m Mais si la division du travail produit la solidarité, ce n'est pas seulement parce qu'elle fait de chaque individu un échangiste, comme disent les économistes ('); c'est qu'elle crée entre les hommes tout un système de droits et de devoirs qui les lient les uns aux autres d'une manière durable. De même que les similitudes sociales donnent naissance à un droit et à une morale qui les protègent, la division du travail donne naissance à des règles qui assurent le concours pacifique et régulier des fonctions divisées. Si les économistes ont cru qu'elle engendrait une solidarité suffisante, de quelque manière qu'elle se fit, et si, par suite, ils ont soutenu que les sociétés liumaines pouvaient et devaient se résoudre en des associations purement économiques, c'est qu'ils ont cru qu'elle n'alTeclait que des intérêts individuels et temporaires. Par conséquent, pour estimer les intérêts en conllit et la manière dont ils doivent s'équilibrer, c'est-à-dire pour déterminer les conditions dans lesquelles rechange doit se faire, les individus seuls sont compétents; et comme ces intérêt.s sont dans un perpétuel devenir, il n'y a place pour aucune réglementation permanente. Mais une telle conception est de tous points inadéquate aux faits. La division du travail ne met pas en présence des individus, mais des fonctions sociales. Or, la société est intéressée au jeu de ces dernières: suivant qu'elles concouroiil (1) Le mot est de M. de Moliijari, La Morale économique, p. 248.

régulièrement ou non, elle sera saine ou malade. Son existence en dépend donc, et d'autant plus étroitement qu'elles sont plus divisées. C'est pourquoi elle ne peut les laisser dans un état d'indétermination, et d'ailleurs elles se déterminent d'elles-mêmes. Ainsi se forment ces règles dont le nombre s'accroit à mesure que le travail se divise et dont l'absence rend la solidarité organique ou impossible ou imparfaite.

M;iis il ne suffit pas qu'il y ait des régies, il faut encore qu'elles soient justes et, pour cela, il est nécessaire que les conditions extérieures de la concurrence soient égales. Si, d'autre part, on se rappelle que la conscience collective se réduit de plus en plus au culte de l'individu, on verra que ce qui caractérise la morale des sociétés organisées, comparée à celle des sociétés segmentaires, c'est qu'elle a quelque chose de plus humain, partant, de plus rationnel. Elle ne suspend pas notre activité à des fins qui ne nous touchent pas directement; elle ne fait pas de nous les serviteurs de puissances idéales et d'une tout autre nature que la nôtre, qui suivent leurs voies propres sans se préoccuper des intérêts des hommes. Elle nous demande seulement d'être tendres pour nos semblables et d'être justes, de bien remplir noire lâche, de iravailler à ce que chacun soit appelé à la fonction qu'il peut le mieux remplir, et reçoive le juste prix de ses efforts. Les règles qui la constituent n'ont pas une force contraignante qui étouffe le libre examen; mais, parce qu'elles sont davantage faites pour nous et, dans un certain sens, par nous, nous sommes plus libres vis-à-vis d'elles. Nous voulons les comprendre, et nous craignons moins de les changer. Il faut se garder d'ailleurs de trouver insuffisant un tel idéal sous prétexte qu'il est trop terrestre et trop à noli-e porlée. Un idéal n'est pas plus élevé parce qu'il est plus transcendant, mais parce qu'il nous ménage de plus vastes perspeclives. Ce qui importe, ce n'est pas qu'il plane bien haut au-dessus de nous, au point de nous devenir étranger, mais c'est qu'il ouvre à notre aciivité une assez longue carrière, et il s'en faut (^uo celui-ci soit à la veille d'être réalisé. Nous ne CONCLL'SION.

senlons, que trop combien c'est une œuvre lal)orieuse que (l'édifier celle société où clini]iie individu aura la place qu'il méi'ite, sera récompensé comme il le mérite, où tout le monde, par suile, concourra spontanément au bien de tous et de chacun. De même, une morale n'est pas au-dessus d'une aulre parce qu'elle commande d'une manière plus sèche et plus autoritaire, parce qu'elle est plus soustraite à la réfiexion. Sans doute, il faut qu'elle nous attache à autre chose que nous-môme; mais il n'est pas nécessaire qu'elle nous enchaine jusqu'à nous immobiliser.

On a dit avec raison (') que la morale — et par là il faut entendre, non seulement les doctrines, mais les mœurs — traversait une crise redoutable. Ce qui précède peut nous aider à comprendre la nature et les causes de cet état maladif. Des changements pi'ofonds se sont produits, et en très peu de temps, dans la structui-e de nos sociétés; elles se sont affi-anchies du type segmentaire avec une rapidité et dans des proportions dont on ne trouve pas un aulre exemple dans l'histoire. Par suile, la morale qui correspond à ce type social a régressé, mais sans que l'autre se développât assez vite pour remplir le terrain que la première laissait vide dans nos consciences. Noire foi s'est troublée; la tradition a perdu de son empire; le jugement individuel s'est émancipé du jugement collectif. Mais, d'un autre côté, les fonctions qui se sont dissociées au cours de la tourmente n'ont pas eu le temps de s'ajuster les unes aux autres, la vie nouvelle qui s'est dégagée comme tout d'un coup n'a pas pu s'organiser complètement, et surtout ne s'est pas organisée de façon à satisfaire le besoin de justice qui s'est éveillé plus ardent dans nos cœurs. S'il en est ainsi, le remède au mal n'est pas de chercher à ressusciter quand même des traditions et des praliiiues qui, ne répondant plus aux conditions présentes de l'état social, ne pourraient vivre que d'une vie aililicielle et appai-ente. Ce (*) V. Bcaussirc, Les Principes de la itiorale, Iiilruduclion, qu'il faut, c'est faire cesser celte anomie, c'est trouver les moyens de faire concourir iiarmoniquement ces organes qui se lieurtenl encore en des raouvemenis discordants, c'est introduire dans leurs rapports plus de justice en atténuant de plus en plus ces inégalités extérieures qui sont la source du maK Notre malaise n'est donc pas, comme on semble parfois le croire, d'ordre intellectuel; il tient à des causes plus profondes. Nous ne soutirons pas parce que nous ne savons plus sur quelle notion théorique appuyer la morale que nous pratiquions jusqu'ici; mais parce que, dans certaines de ses parties, cette morale est irrémédiablement ébranlée et que celle qui nous est nécessaire est seulement en train de se former. Notre anxiété ne vient pas de ce que la critique des savants a ruiné l'explication traditionnelle qu'on nous donnait de nos devoirs et, par conséquent, ce n'est pas un nouveau système philosophique qui pourra jamais la dissiper; mais c'est que, certains de ces devoirs n'étant plus fondés dans la réalité des choses, il en est résulté un relâchement qui ne pourra prendre fin qu'à mesure qu'une discipline nouvelle s'établira et se consolidera. En un mot, notre premier devoir actuellement est de nous faire une morale. Une telle œuvre ne saurait s'improviser dans le silence du cabinet; elle ne peut s'élever que d'elle-même, peu à peu, sous la pression des causes internes qui la rendent nécessaire. Mais ce à quoi la réflexion peut et doit servir, c'est à marquer le but qu'il faut atteindre. C'est ce que nous avons essayé de faire.

TAliLE DES MATIERES Pages. Préface i-ix Développement de la division du travail social, généralité du phénomène. D'où le problème: Faut-il nous abandonner au mouvement ou y résister, ou question de la valeur morale de la division du travail 1 I. Méthode ordinaire pour résoudre la question: confrontation du fait à jugerav(?c une formule de la moralité. Impossibilité d'employer cette méthode, aucune des formules proposées n'exprimant la réalité morale. 4 II. S'il en est ainsi, c'est que la formule de la moralité ne peut être obtenue au début de la science, mais à mesure que la science progresse. 15 III. Nécessité de définir les faits moraux par leurs caractères externes. Ce critère consiste dans l'existence d'une sanction, plus spécialement d'une sanction répressive diffuse 22 IV. Complément de la définition précédente: Distinction des faits moraux en normaux et anormaux 'Si V. Application de ce critère à la division du travail. Résultats douteux. Nécessité d'une étude théorique de la division du travail. Divisions de l'ou vraGfe 38 LIVRE I LA FONCTION DE LA DIVISION DU TRAVAIL Mf^TIlODK POUIi DKTEIIMINER CETTE FONCTION Sens du mut fonction 40 I. La fonction de la division du tiavail n'est pas de produire la civilisation 50 462 TABLE DES MATIÈRES. ' +5, II. Cas où la fonction de la division da travail est de susciter des groupes qui, sans elle, n'existeraient pas. D'où l'hypothèse qu'elle joue le même rôle dans les sociétés supérieures, qu'elle est la source principale de leur coliésion 55 m. Pour vérifier cette hypothèse, il faut comparer la solidarité sociale qui a cette source aux autres espèces de solidarité et, par suite, les cfasser. Nécessité d'étudier la solidarité à travers le système des règles juridiques; autant il y a de classes de ces dernières, autant il y a de formes de solidarité. Classification des règles juridiques: règles à sanction répressive; règles à sanction restitutive C6 VjT SOLIDARITÉ MÉCANIQUK OU PAR SIMILITUDES I. Le lien de solidarité sociale auquel correspond le droit répressif est celui dont la rupture constitue le crime. On saura donc ce qu'est ce lien si l'on sait ce qu'est le crime essentiellement.

Les caractères essentiels du crime sont ceux qui se retrouvent les mêmes partout où il y a crime, quel que soit le type social. Or, les seu!s caractères communs à tous les crimes qui sont ou qui ont été reconnus „ n comme tels sont les suivants: 1" le crime froisse des sentiments qui se o*^ trouvent chez tous les individus normaux de la société considérée; 2" ces sentiments sont forts; S" ils sont définis. Le crime est donc l'acte qui froisse des états forts et définis de la conscience collective; sens, exact de cette proposition. — Examen du cas où le délit est créé ou du "V'^^ moins aggravé par un acte de l'organe gouvernemental. Réduction de ce cas à la définition précédente 73 II. Vérification de cette définition; si elle est exacte, elle doit rendre compte de tous les caractères de la peine. Détermination de ces caractères: 1" elle est une réaction passionnelle, d'intensité graduée; 2" cette réaction passionnelle émane de la société; réfutation de la théorie d'après laquelle la vengeance privée aurait été la forme primitive de la peine; 3" cette réaction s'exerce par l'intermédiaire d'un corps constitué. 91 III. Ces caractères peuvent être déduits de notre définition du crime: \° tout sentiment fort offensé détermine mécaniquement une réaction passionnelle; utilité de cette réaction pour le maintien du sentiment. Les sentiments cdlectifs, étant les plus forts qui soient, déterminent une réaction du même genre, d'autant plus énergique qu'ils sont plus intenses. Explication du caractère quasi religieux de l'expiation; 2" le caractère collectif de ces sentiments explique le caractère social de cette réaction; pourquoi il est utile qu'elle soit sociale; 3» l'intensité et surtout la nature définie de ces sentiments expliquent la formation do l'organe déterminé par lequel la réaction s'exerce 103 * TABLE l)i:S MATIÈIIES. 463 Pages. IV. Les règles que sanctionne le droit pénal expriment donc les similitudes sociales les plus essentielles; par conséquent, il correspond à la solidarité sociale qui dérive des ressemblances et varie comme elle. Nature de cette solidarité. On peut donc mesurer la part qu'elle a dans rinléi;ralion générale de la société d'après la fraction du système complet des régies juri ]i(iue3 que représente le droit pénul 112 CHAPITRE III (p. H8-141) LA SOUDARITK DTE A LA DIVISION DC TRAVAIL OU ORGANIQUE I. La nature de la sanction restitutive implique: l'> que les règles correspondantes expriment des états excentriques de la conscience commune ou qui lui sont étrangers; 2» que les lapports qu'elles déterminent ne lient qu'indirectement l'individu à la société. Ces n.pports sont positifs ou négatifs 118 II. Rapports négatifs dont les droits réels sont le type. Ils sont négatifs parce qu'ils lient la chose à la personne, non les personnes entre elles. — Réduction à ce type des rapports personnels qui s'établissent à l'occasion de l'exercice des droits réels ou à la suite du délit et du quasi-délit, — La solidarité qu'expriment les règles correspondantes, étant négative, n'a pas d'existence propre, mais n'e>t qu'un prolongement des formes positives de la solidarité sociale 123 III. Rapports positifs ou de coopération qui dérivent de la division du travail. Sont régis par un système défini de règles juridiques qu'on peut appeler le droit coopératif; vérification de cette proposition à propos des différentes parties du droit coopératif. Analogies entre la fonction de ce droit et celle du système nerveux 130 I\'. Conclusion: Deux sortes de solidarité positive, l'une qui dérive des similitudes, l'autre de la division du travail. Solidarité mécanique, solidarité organique. La première varie en raison inverse, la seconde en raison directe de la personnalité individuelle. A celle-là correspond le \ ^ droit répressif, à celle-ci le droit coopératif 138 CHAPITRE IV (p. li2-lo7) AUTRE PREUVE DE CE QUI PRÉCÈDE Si le résultat précédent est exact, le droit lépressif doit avoir d'autant plus la p épondérancesur le droit coopératif (juc les similitudes sociales sont plus étendues et la division du travail plus rudimentairo, et inversement. Or, c'est ce qui arrive 142 I. Plus les sociétés sont primitives, plus il y a de ressemblances entre les individus; ressemblances physiques; ressemblances psychiques.

4()4 TABLE DKS MAHÈKES.

rages. L'opinion contraire vient de ce qu'on a confondu les types collectifs (nationaux, provinciaux, etc.) et les types individuels. Les premiers s'elTacent en effet tandis que les autres se multiplient et deviennent plus prononcés. D'autre part, la division du travail, nulle à l'origine, va toujours en se développant 142 H. Or, à l'origine, tout le droit a un caractère ix^pressif. Le drgit des peuples primitifs. Le droit hébreu. Le droit hindou. Dévelojjpement du droit coopératif à Rome, dans les sociétés chrétiennes. Aujourd'hui,.

le rapport primitif est renversé. Que la prépondérance primitive du | / xy droit répressif n'est pas due à la grossièreté des mœurs.. jj 148 PRÉPONDÉRANCE PROGRESSIVE DE LA SOLIDARITÉ ORGANIQUE ET SES CONSÉQUENCES L La prépondérance actuelle du droit coopératif sur le droit répressif démontre que les liens sociaux qui dérivent de la division du travail sont actuellement plus nombreux que ceux qui dérivent des similitudes sociales. Comme cette prépondérance est plus marquée à mesure qu'on se rapproche des types sociaux supérieurs, c'est qu'elle n'est pas accidentelle, mais dépend de la nature de ces types. Non seulement ces liens sont plus nombreux, mais ils sont plus forls. Critère pour mesurer la force relative des liens sociaux. Application de ce critère 158 n. En même temps qu'ils sont moins forts, les liens qui dérivent des similitudes se relâchent à mesure que l'évolution sociale avance. En effet, la solidarité mécanique dépend de trois conditions: 1'^ étendue relative de la conscience collective et de la conscience individuelle; 2o intensité; 3" degré de détermination des états qui composent la première. Or, la première de ces conditions restant tout au plus constante, les deux autres régressent. Métiiode pour le prouver d'après les variations numériques des types criminologiques. Classification de ces derniers.. 163 IIL Régression et disparition progressive d'un grand nombre de ces types 168 IV. Ces pertes n'ont pas été compensées par d'autres acquisitions. Théorie contraire de Lombroso; réfutation. Le nombre des états forts et définis de la conscience commune a donc diminué 177 \^ Autre preuve. Les états de la conscience conmiune, particulièrement forts, prennent un caractère religieux; or, la religion embrasse une portion toujours moindre de la vie sociale. Autie preuve tirée de la diminution des proverbes, dictons, etc. La solidarité organique devient donc prépondérante 182 TARLK DES MATIÈRES. 405 CHAPITRE VI (p. 189-217) PRÉPONDÉRANCE PROGRESSIVE DE LA SOI.ID.vniTÉ ORGANIQUE ET SES CONSÉQUEN'CES ( Suite ) Pages.

I. Structures sociales corrcspomiant à ces deux sortes de solidarité. Type segmentaire; sa description; correspond à la solidarité mécanique.

Ses formes diverses 189 II. Type organisé; ses caractères; correspond à la solidarité organique. Antagonisme de ces deux types; le second ne se développe qu'à mesure que le premier s'ell'ace. Toutefois, le type segmentaire ne disparait pas complètement. Formes de plus en plus etfacées qu'il prend 19" III. Analogie entre ce développement des types sociaux et celui des types organiques dans le règne animal 208 IV. La loi précédente ne doit pas être confondue avec la théorie de M. Spencer sur les sociétés militaires et les sociétés industrielles. L'absorption originelle de l'individu dans la société ne vient pas d'une trop forte centralisation militaire, mais plutôt de l'absence de toute centralisation. L'organisation centialiste, commencement d'individuation. Conséquences de ce qui précède; 1« règle de méthode; 2° l'égoïsme n'est pas le point de départ de l'humanité 210 CHAPITRE YII (p. 218-251) SOLIDARITÉ ORGANIQUE ET SOLIDARITÉ CONTRACTUELLE I. Distinction de la solidarité organique et de la solidarité industrielle de M. Spencer. Celle-ci serait exclusivement contractuelle; elle serait libre de toute réglementation. Caractère instable d'une telle solidarité. Insuffisance des preuves par illustration données par M. Spencer. Ce qui manifeste l'étendue de l'action sociale, c'est l'étendue de l'appareil juridique; or, elle devient toujours plus grande 218 II. Il est vrai que les relations contractuelles se développent; mais les relations non contractuelles se développent en même temps. V'érification de ce fait à propos des fonctions sociales diffuses: 1» le droit domestique devient plus étendu et plus complexe; or, en principe, il n'est pas contractuel. De plus, la place restreinte qu'y a le contrat privé devient toujours plus petite: mariage, adoption, abdication des droits et des devoirs de famille; 2" plus le contrat prend de place, plus il est réglementé. Cette réglementation implique une action sociale positive. Nécessité de celte réglementation. Discussion des analogies biologiques sur lesquelles s'appuie M. Spencer 225 go 466 TABLE DKS MATIÈRES.

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III. Vérification du même fait à propos des fonctions cérébro-spinales de l'organisme social (fonctions administratives et gouvernementales). Le droit administratif et constitutionnel, qui n'a rien de contractuel, se développe de plus en plus. Discussion des faits sur lesquels M. Spencer appuie l'opinion contraire. Nécessité de ce développement par suite de l'effacement du type segmentaire et des progrès du type organisé. Les analogies biologiques contredisent la théorie de M. Spencer 239 IV. Conclusions du premier livre: la vie morale et sociale dérive d'une double source; variations inverses de ces deux courants 247 LIVRE II LES CAUSES ET LES CONDITIONS LES PROGRÉS DE LA DIVISION DU TRAVAIL ET CEUX DU BONHEUR D'après les économistes, la division du travail a pour cause le besoin d'accroître notre bonheur. Cela suppose qu'en fait nous devenons plus heureux. Rien n'est moins certain 255 I. A chaque moment de l'histoire, le bonheur que nous sommes capables de goûter est limité. Si la division du travail n'avait pas d'autres causes, elle se serait donc vite arrêtée, une fois atteinte la limite du bonheur. Cette limite recule, il est vrai, à mesure que l'homme se transforme. Mais ces transformations, à supposer qu'elles nous rendent plus heureux, ne se sont pas produites en vue de ce résultat; car, pendant longtemps, elles sont douloureuses sans compensation 257 II Ont-elles d'ailleurs ce résultat? Le bonheur, c'est l'état de santé; or, la santé ne s'accroît pas à mesure que les espèces s'élèvent. Comparaison du sauvage et du civilisé. Contentement du premier. Multiplication des suicides avec la civilisation; ce qu'elle prouve. Conséquences importantes au point de vue de la méthode en sociologie 2G5 III. Le progrès viendrait-il do l'ennui que causent les plaisirs devenus habituels? Ne pas confondre la variété, qui est un élément essentiel du plaisir, avec la nouveauté, qui est secondaire. Caractère pathologique du besoin de nouveauté quand il est trop vif 276 TABLE Di:S MATIÈRES. 467 CHAPITRE II (p. 282-312) LES CAUSES rages.

I. Les progrès de la division du travail uiit pour causes: l» l'eflacement du type segmentaire, c'est-à-dire l'accroissement de la densité morale de la société, symbolisé par l'accroissement de la densité matérielle; principales formes de cette dernière; 2» l'accroissement du volume des sociétés, pourvu qu'il soit accompagné d'un accroissement de densité 2H2 II. Théorie de M. Spancer, d'après laquelle l'accroissement de volume n'agirait qu'en multipliant les différences individuelles. Réfutation 290 III. L'accroissement de volume et de densité détermine mécaniquement les progrès de la division du travail on renforçant l'intensité de la lutle pour la vie. Comment se forme le besoin de produits plus abondants et de meilleure qualité; c'est un résultat do la cause qui nécessite la spécialisation, non la cause de cette dei'nière 2Ji IV. La division du travail ne se produit donc qu'au sein de sociétés constituées. Erreur de ceux qui font de la division du travail et de la coopération le fait fondamental de la vie sociale. Application de cette proposition à la division internationale du travail. Cas de mutualisme.. 305 . LES FACTEURS SECONDAIRES — INDÉTERMINATION PROGRESSIVE DE LA CONSCIENCE COLLECTIVE La division du travail ne peut progresser que si la variabilité individuelle s'a(;croit, et celle-ci ne s'accroît que si la conscience commune régresse. La réalité de cette régression a été établie. Quelles en sont les causes? 313 I. Comme le milieu social s'étend, la conscience collective s'éloigne de plus en plus des clioses concrètes et, par suite, devient plus abstraite. Faits à l'appui: transcendance de l'idée de Dieu; caractère plus rationnel du droit, de la morale, de la civilisation en général. Cette indétermination laisse plus de place à la variabilité individuelle 318 IL L'effacement du type segmentaire, en détachant l'individu de son milieu natal, le soustrait à l'action des anciens et diminue ainsi l'autorité de la tradition 322 III. Par suite de l'effacement du type segn:eitaire, la société, enveloppant de moins près l'individu, peut moins bien contenii- les tend'Uices divergente' 330 IV. Pourquoi l'organe social ne peut pas à ce point de vue jouer le rôle de segment 335 468 TABLE DES MATIÈRES.

CHAPITRE IV (p. 338-366) LES FACTEURS SECONDAIRES (suitej — L'HÉRÉDITÉ Pages- L'hérédité est un obstacle aux progrès de la division du travail; faits qui démontrent qu'elle devient un facteur moindre de la distribution des fonctions. D'où cela vient-il? 338 I. L'hérédité perd de son empire parce qu'il se constitue des modes d'activité de plus en plus importants qui ne sont pas héréditairement transmissibles. Preuves: 1° il ne se forme pas de races nouvelles; 2° l'hérédité ne transmet bien que les aptitudes générales et simples; or, les activités deviennent plus complexes en devenant plus spéciales. Le legs héréditaire devient aussi un facteur moindre de notre développement parce qu'il faut y ajouter davantage 343 IL Le legs héréditaire devient plus indéterminé. Preuves: l» l'instinct régresse des espèces animales inférieures aux espèces plus élevées, de l'animal à l'homme. Il y a donc lieu de croire que la régiession continue dans le règne humain. C'est ce que prouvent les progrès ininterrompus de l'intelligence, laquelle varie en raison inverse de l'instinct; 2" non seulement il ne se forme pas de races nouvelles, mais les races anciennes s'effacent; 3" recherches de M. Galton. Ce qui se transmet régulièrement, c'est le type moyen. Or, le type moyen devient toujours plus indéterminé par suite du développement des différences individuelles 358 CONSÉQUENCES DE CE QUI PRÉCÈDE I. Caractère plus souple de la division du travail social comparée à la division du travail physiologique. La cause en est que la fonction devient plus indépendante de l'organe. Dans quel sens cette indépendance est une marque de supériorité 367 II. La théorie mccaniste de la division du travail implique que la civilisation est le produit de causes nécessaires, non un but qui par soimême attire l'activité. Mais, tout en étant un effet, elle devient une fin, un idéal. De quelle manière. Il n'y a même pus de raison de supposer que cet idéal prenne jamais une forme immuable, que le progrès ait un terme. Discussion de la théorie contraire de M. Spencer 375