SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolégomènes (Muqaddimah), Volume I

French

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maître de l'empire, il peut se livrer à la passion qui entraîne les hommes vers la recherche des richesses, qui les porte à laisser des 1 Après le mot yi^ài\ t insérez *a*JLj.

monuments durables de leur existence et à se faire une haute re-P. 3i6. nommée. Il consacre ses efforts au soin de faire rentrer les impôts, de bien constater les revenus et les dépenses, de tenir compte de tous ses déboursés et d'employer son argent avec prévoyance. Il fait construire de vastes édifices, des bâtiments immenses, de grandes villes, des monuments énormes. Il comble de dons les chefs de tribu et les grands personnages étrangers qui viennent le complimenter, il enrichit ses parents et prodigue l'or et les honneurs à ses créatures et à ses serviteurs. Il a soin de faire la revue 1 de ses troupes et de leur donner régulièrement, chaque mois lunaire, une solde convenable. Aussi voit-on, aux jours de fête, les bons résultats de cette conduite: l'habillement du soldat, son équipement et ses armes, tout est en excellent état. Par la beauté de ses troupes, il excite l'admiration des nations amies et impose à celles qui ont pour lui des sentiments hostiles. Pendant cette phase, le chef de l'état exerce une autorité absolue et agit d'après ses propres inspirations; jusqu'alors il n'avait travaillé que pour la gloire commune et pour tracer un chemin que ses successeurs devaient suivre. La quatrième phase est une période de contentement et de repos. Le souverain se montre satisfait de la gloire que ses prédécesseurs lui ont transmise 2; il vit en paix avec les princes capables de l'égaler ou de rivaliser avec lui en puissance; il imite avec une attention scrupuleuse 3 la conduite de ses prédécesseurs, et, bien convaincu de la grande habileté qu'ils avaient déployée en travaillant pour la gloire de la nation, il croirait se perdre s'il cessait de suivre leur exemple. La cinquième phase amène le gaspillage et la prodigalité. Le souverain dépense en fêtes et en plaisirs les trésors amassés par ses prédécesseurs; il en distribue une partie à ses courtisans sous le titre d'honoraires, et il emploie le reste à maintenir l'éclat de ses réceptions et à s'entourer de faux amis et d'intrigants \ auxquels il 4 Littéral, «ce que ses prédécesseurs ^oJt désigne l'herbage qui pousse sur ont bâti. » du fumier; il a un bel aspect, mais il n'est 8 Littéral. « comme un soulier corres- bon à rien.

confie des charges qu'ils sont incapables de remplir et dans lesquelles p ils ne savent comment se conduire 1. Il froisse l'amour-propre des chefs de la nation; il offense les gens qui doivent leur fortune à la bonté de ses prédécesseurs, et en fait ainsi des ennemis qui n'attendent, pour le trahir, que le moment opportun. Il gâte l'esprit de l'armée en employant pour ses plaisirs l'argent qui devait servir à la solder; jamais il ne s'entretient avec ses soldats, jamais il ne les interroge sur leurs besoins. De celte manière, il détruit l'édifice fondé par ses prédécesseurs. Pendant cette phase, l'empire tombe en décadence et ressent les attaques d'une maladie qui doit l'emporter et qui n'admet aucun remède. Enfin la dynastie succombe d'une manière dont nous exposerons ailleurs les détails. Dieu est le meilleur des héritiers*.

La grandeur des monuments laissés par une dynastie est en rapport direct avec la puissance dont cette dynastie avait disposé lors de son établissement.

Les monuments laissés par une dynastie doivent leur origine à la puissance dont cette dynastie disposait à l'époque de son établissement. Plus cette puissance fut grande, plus les monuments, tels que les édifices et les temples, sont vastes. Nous disons qu'il y a un rapport intime entre la grandeur des monuments et la puissance de la dynastie naissante. En effet, il faut, pour les achever, le concours d'une multitude d'ouvriers; il faut réunir beaucoup de monde pour aider aux travaux et pour les exécuter. Si l'empire a une vaste étendue et renferme beaucoup de provinces ayant une nombreuse population, on peut tirer de toutes les parties du pays une foule immense d'ouvriers. Alors on parvient à élever des bâtiments énormes. Songez aux constructions laissées par les Adites et les Thémoudites, et souvenez-vous de ce que le Coran en raconte. On voit encore debout (à Ctésiphon) le palais de Chosroës (Eïwan Kisra), qui offre une preuve frappante de la puissance des Perses. On sait que le khalife (Haroun) Er-Rechîd forma la résolution de l'abattre, et qu'après quelque hési- 1 Littéral. « ce qu'ils doivent prendre ou laisser. » — * Pour (j^'^yi I, lisez tation 1 il fit commencer le travail; il n'eut cependant pas assez de 18. moyens pour accomplir son projet. On connaît ce qui se passa à ce sujet entre lui et Yahya Ibn Khaled le Barmekide 2. Cet exemple nous montre qu'une dynastie est quelquefois capable de bâtir ee qu'une autre dynastie est incapable de renverser;. et, cependant, il est bien plus facile d'abattre que de construire. On voit par là quelle différence il y avait entre les deux empires. Voyez encore le Delat el-Ouélîd 3, à Damas, la mosquée fondée à Cordoue par les Oméiades et. le pont qui traverse la rivière de cette ville. Mentionnons encore l'aqueduc de Carthage, dont les arcades portent un conduit par lequel passait l'eau. Indiquons aussi les anciens monuments de Cherchel, en Mauritanie, et les pyramides d'Egypte, sans parler d'autres constructions qui se voient encore debout. Ces édifices montrent que les dynasties ne se ressemblent pas, les unes étant fortes et les autres faibles. Pour construire ces temples et ces monuments, les anciens employaient les secours de la mécanique et une loule d'ouvriers 4. On doit bien se garder d'adopter l'opinion du vulgaire, qui prétend que les hommes de ce temps-là avaient des corps et des membres beaucoup plus grands que les nôtres. Entre la taille des anciens et celle des modernes il y a bien moins de différence qu'entre les monuments laissés par les premiers et les édifices construits par les peuples de notre époque. La fausse idée que nous avons signalée a cependant donné naissance à bien des fables extravagantes: on a écrit, au sujet d'Ad, de Themoud, des Amalécites et des Cananéens 5, des histoires d'une fausseté insigne. Une des plus étranges est celle d'Og, fils d'Enae, l'un des Amalécites que les enfants d'Israël 6 com- 1 Pour:>l£&, lisez 2 Ibn Khaldoun raconte cette anecdote dans le quatrième chapitre de la quatrième section de cet ouvrage. (Voyez la seconde partie, p. 208 du texte arabe.)

3 Peut-être une des nefs (iOL belat) dont se composait la grande mosquée de Damas, bâtie par le khalife Oméiade El- Ouélîd. Selon notre auteur, les Arabes (bédouins) désignaient cette mosquée par le nom de Belat el-Oaélîd. (Voyez la seconde partie, p. 226 du texte arabe.)

6 Ce nom ne se trouve ni dans l'édition de Boulac, ni dans les manuscrits C et D.

battirent en Syrie. Selon ces conteurs, Og était si grand qu'il saisissait des poissons dans la mer et les tenait auprès 1 du soleil pour les faire cuire. Ils connaissaient aussi peu la nature des corps célestes que la constitution de l'espèce humaine, puisqu'ils croyaient que le soleil était chaud et que, plus on se rapprochait de cet astre, plus la cha- P. 3 19.

leur augmentait; ils ne savaient pas que la chaleur c'est la lumière, et que la lumière, dans le voisinage de la terre, est plus intense qu'ailleurs. Ce phénomène a pour cause la réflexion des rayons solaires, qui, ayant touché le sol, s'en retournent à l'encontre des autres rayons et ajoutent encore à leur chaleur. Lorsqu'on dépasse la limite jusqu'à laquelle les rayons réfléchis peuvent atteindre, on n'y trouve plus de chaleur; dans les régions parcourues par les nuages, il fait froid. Quant au soleil, il n'est ni chaud ni froid, c'est un corps simple, lumineux, sans tempérament distinctif. Selon les mêmes individus, Og, fils d'Enac, appartenait à la nation amalécite ou à la nation chananéenne, races qui devinrent la proie des Israélites lors de la conquête de la Syrie. Or la taille des Israélites était alors à peu près comme la nôtre; ce qui est démontré par les dimensions des portes de Jérusalem. On a bien pu abattre ces portes et les relever, mais on n'a jamais changé leur forme ni leur grandeur. Comment donc serait-il possible que la taille d'Og eût dépassé à un tel point celle de ses contemporains. L'erreur que nous signalons provient de l'étonncment que l'on ressent à l'aspect des monuments anciens. Ne sachant pas que les dynasties d'alors pouvaient réunir des ouvriers en foule et se servir de machines dans la construction des grands édifices, on attribua ce résultat aux forces énormes qu'une taille gigantesque avait, données aux anciens peuples; mais la chose est bien loin d'être ainsi.

Masoudi rapporte, sur l'autorité des philosophes (grecs), une opinion de cette nature; mais elle est sans fondement et tout à fait arbitraire. Ils disent qu'à l'époque de la création le corps de l'homme était, par sa nature, aussi vigoureux que parfait. Grâce à cette perfection, les hommes vivaient jusqu'à un âge très-avancé, et les corps 1 Pour J, lisez JL- Prolégomènes. 46 P. 3 20. jouissaient d'une grande force. Selon eux, la mort survient par suite de la désorganisation des forces naturelles; plus ces forces sont intenses, plus la vie se prolonge. Au commencement du monde, la durée de la vie était à son maximum et le corps humain était dans toute sa perfection. Ces avantages diminuèrent graduellement, avec la diminution de la matière constituante, et ils se trouvent à présent dans l'état d'amoindrissement que nous voyons. Cette diminution (disent-ils) doit continuer jusqu'à l'époque de la désorganisation générale et de la ruine de l'univers. On voit combien cette opinion est fantastique; elle n'a, pour se soutenir, aucune preuve tirée de la nature des choses, aucune démonstration fournie par le raisonnement. Nous pouvons examiner de nos yeux les habitations des anciens, les portes 1 (de leurs villes),- les rues qui passent auprès de leurs édifices, leurs temples, leurs maisons et lieux d'habitation, tels que les demeures que les Thémoudites s'étaient taillées dans le roc; nous y verrons des maisons assez petites et des portes très-étroites. Le Prophète luimême nous a fait savoir que ces excavations servaient de demeures aux Thémoudites. Il ordonna de jeter la pâte qu'on avait pétrie avec l'eau de cette localité, de ne pas employer cette eau, mais de la verser par terre. « N'entrez pas, dit-il, dans la demeure des gens qui se sont fait tort à eux-mêmes\ ou bien entrez-y en pleurant, afin de ne pas éprouver un malheur semblable à celui qui les a frappés. » Les observations qui précèdent s'appliquent également aux monuments du pays des Adites, de la Syrie, de l'Egypte et de toutes les contrées de la terre, depuis l'orient* jusqu'à l'occident. Ce que nous venons d'énoncer à ce sujet est l'exacte vérité.

On peut compter au nombre des souvenirs qui attestent la puissance des anciennes dynasties les descriptions des fêtes et des mariages. Voyez ce que nous venons de raconter au sujet de Bouran, du repas donné par El-Haddjadj 2 et de la munificence d'Ibn Dhi-Yezen 3. Une autre classe de souvenirs, ce sont les indications au sujet des 1 Pour j&fjjf, lisez 3 Un peu plus loin, l'auteur raconte * dons que les princes se plaisaient à prodiguer. La valeur de ces dons est en rapport direct avec la grandeur de l'empire; cela s'observe môme dans les empires qui approchent de leur décadence. Les sentiments généreux qui animent les princes se mesurent d'après la puissance de leurs royaumes et l'étendue de «leur domination. Ces nobles inspirations ne les abandonnent pas, jusqu'à ce que leur pouvoir soit renversé. Considérez, par exemple, la manière dont Ibn Dhi-Yezen traita la députation des Coréichides qui s'était rendue auprès de lui 1: il leur fit cadeau de plusieurs livres pesant d'or et p. 3.21. d argent; à chaque membre de la députation il donna dix jeunes esclaves et un sachet d'ambre gris; il décupla ce présent pour Abd el-Mottaleb. Et cependant le royaume de ce prince ne se composait alors que de la capitale du Yémen, et il subissait lui-même la domination de la Perse. Il se laissa porter à cet acte de générosité par sa noble disposition et par l'exemple de ses. ancêtres, les Tobba, qui possédaient un grand royaume et qui av-aient subjugué les habitants des deux Iracs, de l'Inde et du Maghreb. Les Sanhadja de Tlfrîkiya 2 se distinguèrent aussi par leur générosité: chaque fois qu'une députation composée de chefs zenatiens arrivait à leur cour, ils donnaient à chacun de ces émirs plusieurs charges d'argent, plusieurs paquets de vêtements et un grand nombre de bêtes de somme très-bien dressées.

La chronique dlbn er-Rekîk renferme, à ce sujet, une foule d'anecdotes. N'oublions pas comment les Barmékides prodiguaient les cadeaux et les gratifications. S'ils se chargeaient de soulager un pauvre, ils ne se contentaient pas de' lui offrir de quoi le soutenir pendant la moitié d'une journée ou une journée entière; ils lui donnaient une propriété, une place dans l'administration ou les moyens de vivre dans l'aisance pendant le reste de ses jours. On trouve dans les livres un grand nombre de traits de générosité par lesquels les Barmékides 1 Voyez l'histoire de Madi - Karib Saïf gouvernèrent la Mauritanie orientale au Ibn Dlii-Yezen, dans V Essai de M. Caussin nom des Fatémides, khalifes qui régnaient de Perceval, t. I, p.i54 et suiv. alors en Egypte., s C'est-à-dire, les princes Zîrides qui s'étaient illustrés. La valeur de ces dons était en rapport avec la splendeur de l'empire. À cette liste nous pouvons ajouter 1 Djouher l'Esclavon, secrétaire d'état et chef de l'armée fatémide: lorsqu'il quitta Cairouan pour faire la conquête de l'Egypte, il emporta avec lui mille charges d'or et d'argent. Or rien de semblable ne pourrait arriver sous une de nos dynasties modernes. Un état 2 écrit de la main d'Ahmed Ibn Mohammed Ibn Abd el-Hamîd, renferme l'indication de toutes les redevances que les provinces de l'empire envoyaient au trésor public, à Baghdad, sous le règne d'El-Mamoun; je l'ai extraite de l'ouvrage intitulé Djirab ed-Doula (Ressources* de ï Empire), et je la reproduis ici.

Redevances des provinces de l'Empire.

Le Souad, 27,780,000 dirhems 4; de plus, en contributions diverses, 1 4,800,000 dirhems; 200 manteaux de Nedjran; 2^0 livres de terre sigillée (bol d'Arménie).

Kesker, 1 1,600,000 dirhems.

Les districts du Tigre, 20,800,000 dirhems.

Ahouaz, 26,000 dirhems 6; 3o,ooo livres de sucre.

1 Pour ît\£>j, je lis lô^J. L'édition de Boulac et les manuscrits C et D portent * Dans le Livre de l'impôt, composé par Codama, le mot JUx porte la signification que je lui attribue ici.

4 En arabe, pour désigner un million, on écrit ^\ (mille mille); pour désigner mille millions, on écrirait ^1 i jS\ cjJL Pour empêcher le copiste de se tromper, soit en ajontant, soit en supprimant un ^iî, on écrit, s'il s'agit de mille, le mot ïyA (c'est-à-dire mie fois); s'il s'agit d'un million, on ajoute, après les deux ^>il, le mot <jS-*y*i ou qUàj, ou bien encore *)>"^ (c'est-à-dire, double, répété deux fois). Après les trois <^)\i on met les mots c^>t^» cz^o (trois fois).

5 Cet article est omis dans l'édition de Paris, mais il se trouve dans celle de Boulac et dans les manuscrits C et D. En voici le texte: ci^î (^j^*-) <jJt C*V fp * Le mot iyA indique qu'il n'y a ici qu'un seul (J>i\\ il faut donc supprimer le second, qui, du reste, ne se trouve ni dans l'édition de Boulac, ni dans les manuscrits G et D.

Le Fars, 27,000,000 dirhems; 3o,ooo flacons d'eau de rose; 20,000 livres de raisins secs noirs.

Le Kerman, 4,200,000 dirhems; 5oo. pièces d'étoffe du Yémen; 20,000 livres de dattes; 1,000 livres de cumin. - Le Mekran, 4oo,ooo dirhems.

Le Sind et les pays voisins; 11,600,000 dirhems 1; i5o livres de bois d'aloès indien.

Le Sidjistan, 4>ooo,ooo dirhems; 3oo pièces d'étoffe de soie rayée 2 de diverses couleurs; 20,000 livres de sucre raffiné.

LeKhoraçan, 28,000,000 dirhems; 1,000 3 lingots d'argent: 4, 000 bêtes de somme; j,ooo esclaves; 27,000 tuniques 4; 3, 000 livres de P. 323. myrobolans (fruit médicinal).

Le Djordjan, 12,000,000 dirhems; 1,000 pièces de soie., Goumis, i,5oo,ooo dirhems; 1,000 lingots d'argent.

Le Taberistan, Rouïan etNihaouend, 6,3 00,000 dirhems; 600 tapis de Taberistan 5; 200 habits; 5oo tuniques (thoub); 3oo serviettes; 3 00 tasses d'argent.

Reï, 12,000,000 dirhems; 20,000 livres de miel.

Hamadan, 11,800,000 dirhems; 1,000 livres de confitures de grenades; 12,000 livres de miel.

La région située entre Basra et Koufa, 10,700,000 dirhems.

Masébédan et Reban 6, 4, 000, 000 dirhems.

Ghehrezour, 6,000,000 dirhems.

Mosul et ses dépendances, 24,000,000 dirhems; 20,000 livres de miel blanc.

La Mésopotamie et les districts de l'Euphrate qui en dépendent, 34,ooo,ooo dirhems.

ajoutent ici Boulac portent ^^aJJI, leçon qui me pa- 1 En arabe, attabi ^Ijcc- C'est l'espèce raît plus conforme à la grammaire, de taffetas qui s'appelle en français tabis. 6 Variante fc)L>yt, ^)^t>Jt. Le traduc- 3 Variante: 2,000. teur turc a lu ^LT^Jf.

4 Variante çUit (effets, étoffes).

El-Keredj, 3oo,ooo dirhems. ml Guilan, 5,ooo,ooo dirhems; 1,000 esclaves; 12,000 outres de P. 324. miel, 10 faucons; 20 habits. " L'Arménie, 1 3, 000, 000 dirhems; 20 tapis (de l'espèce nommée) mahfoura 1; 58o livres de recom 2; 10,000 livres de maïh sourmahi*; .1 0,000 livres de petits poissons en saumure 4; 200 mulets; 3o faucons. Kinnisrîn, £20,000 5 dinars; 1,000 charges de raisins secs. -'Damas, £20,000 dinars. L'Ordonn (territoire du Jourdain), 96,000 dinars, La Palestine*, 3 10,000 dinars; 3oo,ooo livres d'huile. L'Egypte, 2,920,000 dinars, r < Barca, 1,000,000 dirhems. < % L'Ifrîkiya, i3, 000,000 dirhems; 120 tapis, >. Le Yémen, 370,000 dinars, sans compter les étoffes. Le Hidjaz, 3oo,ooo dinars 6. ^ > En ce qui regarde l'Espagne, nous dirons, sur l'autorité des historiens de ce pays les plus dignes de foi, qu'à la mort 7 d'En-Nacer Abd er-Rahman, le huitième souverain de la dynastie oméiade, celui qui prit le titre de khalife, on trouva dans les chambres où il renfermait ses trésors cinq millions de dinars 8, et que cet amas d'or pesait cinq 1 Mahfoura signifie creuse. Ce terme, employé en parlant d'un tapis, peut signi: fier couvert de desseins en relief.

Variante [zocom). Ce mot- ci paraît être une alétration de (zoccoum) et signifier pâte de beurre et de dattes*.

3 La signification dé l'adjectif relatif sourmahi m'est inconnue, ainsi que celle du mot maïh et de la variante ^L**-U (mesaïk).

4 Je lis gpaiî; les variantes sont > ^JaJl, Le traducteur turc a omis cet article et le précédent.

5 { Variante: 4oo,ooo. .* Les manuscrits et l'édition de Boulac portent ici c^Xif (fin). Comme cette liste est incomplète, j'en donnerai dans le Journal asiatique de 1862 une autre beaucoup plus détaillée.

7 Dans les manuscrits C, D, et l'édition de Boulac, Sjï est remplacé par t>L^ » ctlesmots 'ôlijJt tXÀc sont supprimés. Cela ne change rien au sens du passage.? > 8 L'édition de Boulac et un de nos manuscrits portent (^-Jt ^J-J\ cJ^l *— c^t^» *)y& ftà** c'est-à-dire, cinq mille millions de dinars.

cents quintaux. J'ai lu dans une histoire de (Haroun) Er-Rechîd que, sous le règne de celui-ci, une somme de sept mille cinq cents quintaux d'or monnayé entra, tous les ans, au trésor public, [Passons à l'empire Fatémide h J'ai lu dans l'ouvrage historique (et P. biographique) d'Ibn Khallikan, à l'article où il parle d'El-Afdel, fils d'Amîr el-Djoïouch Bedr el-Djemali 2, chef qui avait tenu les khalifes (fatémides) en tutelle, qu'après son assassinat on trouva dans son trésor six cents millions de dinars 3, deux cent cinquante boisseaux de dirhems, sans compter les pierres fines, les perles, les étoffes, les effets, les selles. et les litières, qui étaient en quantité immense. Quant aux empires de nos jours, le plus puissant est celui des Turcs, en Egypte. Il était dans toute sa force pendant le règne d'En-Nacer Mohammed, fils de Calaoun. Lorsque ce prince fut monté sur le trône, les émirs Bibars (El-Djachneguîr) et Selar le tinrent eh tutelle. Bibars le déposa ensuite, s'empara du trône et prit Selar pour lieutenant, mais En-Naccr parvint à lui enlever le pouvoir. Quelque temps après, ce prince s'empara des trésors de Selar, qui était tombé en disgrâce 4. J'ai vu l'inventaire de ses richesses. et j'en ai extrait les articles suivants: Quatre livres et demie de rubis indiens 5 et de rubis balais; Trois cents gros diamants et œils-de-chat; Deux livres de pierres fines de diverses espèces, pour monter en bagues; „ 1 Ce paragraphe et le suivant manquent dans les ms. C, D, et dans l'édition de Boulac; mais ils se trouvent dans le ms. A. Ils sont évidemment d'Ibn Klialdoun.

1 Jbn Khaldoun a donné, parmégarde, le titre <TAm(r el-Djoïouch à El-Afdel; ce fut son père Bedr qui le porta. Dans la traduction, j'ai corrigé celte erreur. (Voy. ma traduction d'ïbn Khallikan, vol. I, 3 Cela ferait six mille millions de francs. Avant de reproduire ce chiffre énorme, notre auteur aurait bien dû se rappeler les principes de critique qu'il avait posés lui-même dans la première section de son ouvrage.

4 Voyez de Guignes, Histoire des Huns, 5 Le texte porte brahmaniens.

Mille cent cinquante perles de forme ronde et de clivcrs poids, depuis un grain jusqu'à un mithcal 1; Un million quatre cent mille dinars en or monnayé; Un jet d'eau jaillissant d'un bassin fondu en or; Une quantité innombrable de bourses remplies d'or; on les avait trouvées dans une cachette ménagée entre deux murs; Deux millions soixante et onze mille dirhems; Quatre quintaux d'objets de bijouterie. 326. « La quantité d'étoffes, d'effets", de harnais, de chevaux et de mulets, était dans la même proportion, ainsi que le produit des domaines, les troupeaux, les mamlouks, les filles esclaves et les immeubles.

Ensuite les Beni-Merîn fondèrent un royaume dans le Maghreb el-Acsa (le Maroc actuel). J'ai trouvé dans la bibliothèque 2 de ces princes un document écrit de la main du grand trésorier, Hassoun Ibn el~Bouac, qui nous apprend qu'à la mort du sultan Abou-Saîd le trésor impérial renfermait plus de sept cents quintaux de dinars d'or, et que le reste de sa propriété personnelle était dans la même proportion. Son fils et successeur, le sultan 3 Abou'l-Hacen était encore plus riche. Lorsqu'il s'empara de TIemcen, il trouva dans le trésor d'Abou-Tacbefïn l'Abd el-Ouadite, souverain de cette ville, plus de trois cents quintaux d'or en lingots et d'or monnayé, sans compter les autres objets de prix qui y étaient en quantité. Passons aux Almohades 4 (Hafsides), souverains de l'Ifrîkiya. (Abou-Yahya) Abou Bekr, prince que j'ai eu l'occasion de rencontrer, et qui était le neuvième sultan 5 de cette dynastie, ayant disgracié son général en chef 6, Mohammed Ibn el-Hakim 7, lui enleva quarante quintaux de dinars 1 Un mithcal pèse environ une drachme et demie. 3 On trésor.

a Pour (jUaJL)[jisez (jLLO. N'ayant pas le moyen de contrôler le texte de ces deux paragraphes, je le corrige par conjecture.

Pour ^jj^if, lisez (jjjo^lf 5 Lisez le douzième.

8 Je supprime ici les mots et Vatabek de ses armées, dont les équivalents se trouvent dans le texte arabe. Atabek signifie tuteur du prince. L'auteur ne donne jamais ce titre à Ibn el-Hakîm dans Y Histoire des Derbers.

7 Ce général fut mis à mort Tan 7^4 d'or et un boisseau de perles fines et de pierreries; au pillage de son hôtel, on emporta une quantité énorme de tapis et d'effets. Je me trouvais en Égypte sous le règne du sultan El-Mélek ed-Dhaher Barcouc. Ce prince ayant destitué son majordome, Ternir Mahmoud, le fit mettre à la torture afin de lui arracher ses richesses. L'officier chargé de cette opération m'assura qu'il avait tiré du prisonnier la somme d'un million six cent mille 1 dinars, et qu'il s'était emparé d'une très-grande quantité d'étoffes, de harnais, de troupeaux, de produits agricoles, de chevaux et de mulets.]

Cela se comprend 2 lorsqu'on sait apprécier la différence des rap- P. ports qui existent entre les empires 3 (en ce qui regarde leur grandeur et leur puissance). L'homme qui nierait la possibilité d'un fait parce qu'il n'en a pas été témoin oculaire, ou parce que rien de semblable ne serait arrivé de son temps, cet homme serait incapable de reconnaître les choses possibles. La plupart des personnages haut placés s'empressent de regarder comme fausses toutes les anecdotes de ce genre que l'on raconte au sujet des anciennes dynasties. Ils ont cependant tort, car la nature de la civilisation et de tout ce qui existe éprouve des variations. Celui qui comprend seulement les plus simples de ces phénomènes, ou même ceux qui sont d'un ordre moyen, ne saurait saisir ceux d'un ordre plus élevé. Examinons ce qu'on raconte des Abbacides, des Oméiades et des Fatémides; comparons les faits dont la réalité n'admet aucun doute avec ce que nous observons dans les dynasties qui existent de nos jours et qui sont bien moins considérables que celles-là; nous reconnaîtrons que la différence entre les empires dépend de leur puissance primitive et de la population de leurs provinces. Donc les monuments d'un empire sont toujours en rapport avec sa puissance primitive, ainsi que nous ( 1 343-1 344 de J. G.). ( Voy. Y Histoire des * Ce que l'auteur dit ici se rapporte aux Berbers, t. III et IV de la trad. française.) indications qui précèdent les paragraphes 1 Dans l'édition de Paris nous lisons: mis entre parenthèses.

i$yo jbçO j^il. Le mot ïy* indique 3 Pour jU-wô, lisez u^j, et remplacez Prolégomènes. k 7 lavons dit. Nous ne devons pas regarder comme fausses toutes ces anecdotes, car, le plus souvent, elles concernent des faits tellement manifestes et notoires que nous sommes obligés de les accueillir, et, dans certains cas, elles se rangent parmi les récits les mieux connus et les plus authentiques. Nous voyons encore de nos yeux les monuments que ces dynasties ont laissés. Etudiez l'histoire des empires, observez s'ils étaient puissants ou faibles, grands ou petits; rapprochez ensuite ces notions de l'anecdote assez curieuse que nous allons raconter (et jugez si nous avons raison).