Quant aux grandes mortalités, elles ont pour causes, i° la famine; 2° la fréquence des révoltes qui ont lieu pendant la désorganisation de l'empire, alors que des troubles éclatent à chaque moment et coûtent la vie à beaucoup de monde; 3° l'invasion des épidémies. Ces maladies ont ordinairement pour cause l'altération de l'atmosphère par des principes de corruption et par des vapeurs malignes provenant d'une population surabondante. Or, puisque l'air est la nourriture des esprits vitaux et qu'il est toujours en contact avec eux, s'il se gâte, P. 126. le mal se transmet à la constitution. Si l'altération est très-forte, f^yi, lisez f^yi^.
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elle produit une maladie de poumons qui est, en réalité, la peste, fléau dont les influences délétères agissent spécialement sur ces organes. Si l'altération n'est pas assez grave pour que la corruption prenne un giand développement, cela amène au moins beaucoup de fièvres et de maladies qui causent la mort en attaquant la constitution et le corps. La cause de cette corruption excessive et de ces vapeurs pernicieuses, c'est l'excès de la population dans les derniers temps de l'empire, excès qui provient de la douceur et des vertus du gouvernement dans la première période de son existence, et du soin qu'il mettait à protéger ses sujets et à ne pas les surcharger d'impôts. Cela est manifeste. Voilà pourquoi, dans les traités de philosophie, on trouve énoncé, en son lieu et place, que les contrées habitées doivent être coupées par des régions abandonnées et par des déserts, afin que fondulation de fatmosphère s'opère plus facilement; car ce. mouvement amène de fair pur et enlève au mauvais air les principes de corruption qu'il avait absorbés pendant son contact avec les êtres animés. C'est par la raison déjà indiquée que la mortalité est toujours plus forte dans les villes qui, comme le Caire, en Orient, et Fez, en Occident, possèdent une nombreuse population. Dieu fait ce qu'il veut.
La société ne saurait exister sans un gouvernement {sïaça) qui puisse y maintenir l'ordre.
Il est pour les hommes d'une nécessité absolue de se réunir en société, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois. La réunion des hommes en société est ce qu'on désigne par le terme omran (civilisation), matière dont nous traitons dans cet ouvrage. Les hommes, ayant adopté la vie sociale, ne peuvent se passer d'un modérateur ou magistrat à qui ils doivent avoir recours (dans leurs contestations). Dans certaines sociétés, fautorité du magistrat s'appuie sur une loi que Dieu a fait descendre du ciel et à laquelle on se soumet, dans la 127. croyance qu'on sera récompensé ou puni (selon sa conduite) à cet égard, croyance introduite par celui qui a fait connaître cette loi'. ' Je suis le texte des manuscrits G et D et de l'édition de Boulac. Ils portent: Dans d'autres sociétés, le magistrat agit d'après un système d'administration [siaça) basé sur la raison, et auquel les hommes se soumettent dans l'espoir d'obtenir une récompense de ce magistrat, quand il connaîtra leur bonne conduite. Le premier système est utile aux hommes dans ce monde et dans l'autre, parce que le législateur savait d'avance tout ce qu'il pourrait y avoir (pour eux) de résultats avantageux, et qu'il voulait assurer leur salut dans l'autre vie. Le second système ne leur procure des avantages que dans ce monde.
La sîaça (ou régime ) civique \ dont le lecteur a sans doute entendu parler, n'a rien de commun avec le régime que je viens de mentionner; car, selon les philosophes, tous les individus appartenant à cette société idéale doivent s'y conformer, non-seulement dans leur conduite, mais dans leur caractère, afin qu'ils puissent se passer tout à fait de magistrats. Une société d'hommes qui remplissent ces conditions s'appelle la cité parfaite, et le régime qui s'y observe porte le nom de siaça civique. On voit que, chez les philosophes, le terme sîaça n'indique pas le genre de régime que les hommes réunis en société adoptent sous l'influence de certaines lois faites dans l'intérêt général;-l'xm est bien différent de l'autre. Selon les mêmes philosophes, la Aily> Aj »L». (_5oJl «-vie c_>la»JU, et je lis AiUri au nominatif.
' Selon les philosophes, les gouvernements des diverses espèces peuvent se ranger dans deux catégories: la première est ce qu'ils appellent iiA^iUjl iiÀJ(>AI, la cité parfaite, l'étal parfait; ils désignaient la seconde par le terme wv-c *_»_jt>_t[ *i.i>UJf, lacité imparfaite. Dans l'état parfait, toutes les relations des citoyens seront fondées sur l'amour, et il n'y aura jamais de différends entre eux; donc ils n'auront pas besoin de souverain; ils s'y nourriront de la manière la plus convenable, aussi la médecine leur sera inutile; chaque individu aura la plus grande perfection dont l'homme est susceptible. Dans cette république modèle, tous penseront de la manière la plus juste; personne n'ignorera les coutumes et les lois; il n'y aura ni faute, ni plaisanterie, ni ruse. La cité imparfaite est celle où l'ignorance, le vice ou l'erreur prédominent. On la désigne aussi par les termes «J^L^l ii_v-)jw_t[ «la ville ignorante,» iiL.LiJ[ *ÀJi\iI «la ville corrompue, » *_JL«à_JI iUjtxti.1 la ville égarée.» {Nefaïs el-Fonowi, d'El-Ameli, cité par M. de Hammer dans son Encyclopœdisehe Uebersicht, p. 56i. — Régime (la solitaire, analysé par M. Munk dans ses Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 389.)
cité parfaite ne doit exister que bien rarement ou pas du tout, et s'ils la prennent pour sujet de leurs discussions, c'est uniquement comme une hypothèse et une simple supposition.
Le sptème de gouvernement [sîaça) fondé sur la raison s'applique de deux manières. Dans la première, on a d'abord en vue les intérêts du public, puis ceux du souverain, dont il faut soutenir la domination. Ce système philosophique fut celui des Perses; le khalifat ne le suivit pas. Dieu nous ayant dispensés de l'employer en nous donnant la loi musulmane. En effet, les maximes de cette loi suffisent pour le maintien du bien public et privé et pour la correction des mœurs; on y trouve aussi tous les principes qui s'observent dans l'administration d'un royaume temporel. Dans la seconde manière, p. 128. on veille d'abord aux intérêts du souverain, et l'on cherche à consolider son ' autorité en lui donnant la force de dominer sur tous; le ■ bien public n'y est que d'un intérêt secondaire. Tel est le système suivi par tous les autres souverains du monde, tant musulmans qu'infidèles; les premiers, il est vrai, l'appliquent en observant autant que possible les prescriptions de la loi divine. Chez les musulmans, c'est une collection de règlements fondés sur la loi de Dieu, d'ordonnances pour le maintien des bonnes mœurs, de lois exigées par la nature même de la société humaine, et de prescriptions concernant la force armée, appui dont on ne saurait se passer. (Pour rédiger ce recueil), on eut d'abord recours aux textes de la loi, et ensuite aux préceptes de morale donnés par les sages et aux règles administratives adoptées par les rois.
Un des traités les plus beaux et les plus complets qu'on ait composés sur ce sujet est la célèbre épitre adressée par Taher Ibn el-Hoceïn, général d'El-Mamoun ^, à. son fils Abd Allah Ibn Taher, que ce khalife venait de nommer au gouvernement de Racca (en Mésopotamie), du vieux Caire et de toutes les provinces situées entre ces deux villes. A cette occasion, Taher lui écrivit une lettre dans laquelle ' Pour *<^, lisez <J. — * Les mots My»UI jals manquent dansC, D et l'écUtion de Boulac.
il lui donna de bons avis et tous les conseils dont on peut avoir besoin quand on se charge d'une vice-royauté, et quand on tient à faire respecter son autorité. En lui rappelant les règles de conduite qu'il faut observer dans le monde, les maximes de morale et les principes d'administration civile et religieuse qu'il faut adopter, il lui recommanda de se distinguer par les vertus et les honorables sentiments qu'on exige également des princes et des gens du peuple.
Voici le texte de cet écrit, que nous empruntons à l'ouvrage de Taberi ': «Au nom du Dieu miséricordieux et clément! Vis toujours dans la crainte du Dieu unique, qui n'a aucun associé dans son pouvoir; humilie-toi devant sa puissance; observe sa loi; tâche de désarmer sa colère, et garde avec soin, jour et nuit, le troupeau qu'il t'a confié. En jouissant de la santé dont il t'a fait don, n'oublie jamais ce que tu vas devenir ^, et rappelle-toi que tu auras à comparaître devant lui pour répondre de tes actions. Remplis tous tes devoirs de manière à mériter du Tout-Puissant la faveur de sa protection et la grâce d'échapper à sa vengeance et à un châtiment terrible, au jour P. ug. de la résurrection. Dieu, que son nom soit glorifié! t'a traité avec bienveillance; mais il t'a imposé le devoir de la miséricorde envers celles de ses créatures qu'il a placées sous ta garde. Gouverne-les avec justice et n'oublie pas que Dieu a des droits sur elles, droits que tu as à faire valoir en infligeant les punitions déterminées par sa loi.
Protége-les dans leurs personnes et leurs biens; fais respecter l'honneur de leurs femmes; ne sois pas prompt à verser leur sang; veille à la sûreté de leurs routes et procure-leur la tranquillité. Dans toute ta conduite, aie soin de remplir les devoirs et les obligations qui te sont imposés par ta charge; car tu seras interrogé sur tes actes passés et futurs, et tu en recevras la juste rétribution. Dévoue à cette tâche tes pensées, ton intelligence et ton esprit naturel, sans t'en laisser détourner par aucune préoccupation; cela doit être pour toi une af- ' C'est probablement dans les Annales dans les manuscrits C et D, ni dans l'e'dique cette lettre doit se trouver. — Les tion de Boulac. mots Ijj» jt>, sont de trop; ils ne sont ni ' Pour^L», lisez^La.
, lU PROLÉGOMÈNES faire capitale; c'est la seule manière d'assurer tes véritables intérêts, et, de tous les moyens que Dieu t'a fournis, c'est le meilleur pour te guider. La première chose qui doit constamment engager ton attention et influencer tes actions, c'est l'exacte observance de ton devoir envers Dieu, en faisant régulièrement les cinq prières journalières et celle du vendredi à la tête de tous tes gens. Pour remplir ce devoir, aie toujours fait d'avance les ablutions prescrites par la sonna. Commence par méditer sur la grandeur de Dieu; récite les leçons coraniques d'une voix claire et distincte; fais les génuflexions, les prosternements et la pi'ofession de foi avec gravité et avec la sincère intention de plaire au Seigneur; encourages-y (par ton exemple) tes gens et tous ceux qui sont placés sous tes ordres, et corrige-les, s'il le faut; car la prière préserve du péché et des actes blâmables, ainsi que Dieu l'a dit (dans le Coran, sour. xxix, vers. 44); ensuite conforme-• toi aux pratiques [sonna) suivies par le Prophète de Dieu; lâche de former ton caractère sur le sien, et imite la conduite des hommes vertueux qu'il laissa après lui. Toutes les fois qu'il te surviendra une affaire, commence par demander avec humilité l'aide de Dieu et par t'en rapporter à sa volonté, et règle tous tes jugements d'après ce P. i3o. qu'il a révélé dans son livre, en fait d'ordres et de prohibitions, de choses licites et de choses défendues, et guide-toi ' d'après les indications fournies par les traditions relatives au Prophète. Engage-toi dans l'examen de cette affaire sans jamais perdre de vue les devoirs que Dieu t'a imposés; que la partialité ou la prévention ne t'écartent jamais de la justice, et ne te mènent pas à faire une distinction entre tes proches et ceux qui te sont étrangers. Respecte la science de la loi et les hommes qui s'en occupent, la religion et ceux qui en possèdent les doctrines, le livre de Dieu et ceux qui s'y conforment dans leurs actions; car la plus belle parure d'un homme c'est d'être savant dans les sciences religieuses, de les étudier avec passion, de pousser les autres à les apprendre, et d'en acquérir une connaissance qui puisse lui mériter la faveur du Très-Haut; car la religion est le guide qui mène vers le bien: elle nous l'ordonne et elle nous défend tout acte de désobéissance, tout pécbé mortel. Au moyen de la connaissance de la religion, l'bomme, secondé par la grâce divine, parvient à mieux connaître Dieu et à apprécier sa grandeur; aidé par elle, il atteindra le premier rang au jour de la résurrection. D'ailleurs, en montrant aux bonmies ton zèle pour la religion, tu les porteras à vénérer ta personne, à respecter ton autorité et à avoir confiance en toi et en ta justice. Dans tout ce que tu fais, ne t'écarte jamais des bornes de la modération; rien n'est si manifestement utile, si prompt à rassurer l'esprit, si avantageux de toutes les manières que cette vertu. La modération dirige vers la bonne voie; se trouver dans la bonne voie est une marque de la faveur divine; la faveur divine conduit au bonheur éternel et maintient (le cœur dans son attachement à) la religion et à la sonna, guides qui remettent les hommes dans la voie de la modération.
« Dans tous tes intérêts mondains, suis cette voie par préférence, et travaille sans relâche à mériter le bonheur de la vie future -en faisant une provision de bonnes œuvres, en te formant à des habitudes louables, et en posant ainsi des jalons pour la direction de ta conduite. On doit faire des efforts sans fin pour se perfectionner en vertu, quand on désire se conciher la bienveillance de Dieu, et tenir compagnie aux saints dans la demeure de la faveur divine. Sache aussi que, dans les affaires de ce monde, la modération mène aux grandeurs et empêche de commettre bien des fautes. Pour conserver ta vie et ton rang, pour être heureux dans toutes tes entreprises, la P. modération est le meilleur moyen que tu puisses employer. Prends-la donc pour compagnon et pour guide, afin de pouvoir réussir dans tes affaires, accroître ta considération, et contribuer au bien être de tes amis et de tes administrés. Si tu mets ta confiance en Dieu, tu trouveras tes subordonnés faciles à gouverner; si tu fais de chacun de tes actes un titre de recommandation auprès de lui, tu jouiras longtemps de sa faveur.
Prolégomènes. — ii. 19 " N'admets pas des soupçons défavorables touchant les hommes à qui tu as confié des emplois: avant de soupçonner, prends des informations, car c'est un crime que de soupçonner les innocents et d'avoir, à leur égard, une opinion désavantageuse. Ce sera pour toi un devoir que déjuger favorablement de tous ceux qui t'entourent, et de chasser les idées fâcheuses que tu peux concevoir à leur sujet. Cela t'aidera à les rendre dévoués et obéissants^. Ne souffre pas que Satan, l'ennemi de Dieu, trouve dans ta conduite le moindre défaut dont il puisse profiter; une simple négligence de ta part suffii'ait pour lui donner l'occasion de l'inspirer des méfiances qui te rempliraient d'inquiétude et troubleraient le bonheur de ta vie. Sache qu'avec la confiance dans les autres on a la force et la tranquillité; aidé par elle, tu pourras terminer heureusement toutes les affaires que tu entreprendras et porter tes administrés à t'aimer et à le bien servir. La bonne opinion que lu auras de ton entourage et la clémence que lu montreras envers les subordonnés ne doivent cependant pas l'empêcher de bien examiner les affaires, de l'occuper de la conduite de tes officiers, et d'avoir soin du peuple en corrigeant ses mœurs et en le formant à ■* la vertu. Je dirai même qu'avant tout lu dois faire attention à la conduite de tes employés et travailler pour le bien de tes administrés en l'informant de leurs besoins et en allégeant leurs fardeaux. C'est là le meilleur moyen de faire fleurir la religion et de donner une nouvelle vie aux prescriptions de la sonna. Agis en tout cela avec une conviction sincère; puis, rentré en loi-même, travaille à corriger ton âme, ainsi que doit le faire quiconque s'attend à être interrogé au P. i32. sujet de ses actions, et à être récompensé ou puni, selon qu'il a bien ou mal fait; car Dieu, ayant posé la religion comme im rempart pour protéger les hommes et pour les exalter, élève celui qui la respecte et le porte au faite des grandeurs. Suis donc, à l'égard de ceux que tu gouvernes et administres, le sentier de la religion, la voie la plus droite^; applique les peines fixées par Dieu, mais en les réglant d'après la position et la culpabilité de l'individu. Ne discontinue pas cette pratique; n'y mets pas d'insouciance et ne porte aucun retard à la punition des coupables; ta négligence, à cet égard, afFaiblirait la confiance que tu peux avoir en toi-même. Acquitte-toi de ce devoir en te conformant strictement aux préceptes reçus et basés sur la sonna; aussi dois-lu éviter d'innover et de suivre des présomptions; de cette manière tu maintiendras ta réputation de piété et ton caractère d'homme vertueux. Observe fidèlement tes engagements; si tu promets une faveur, tiens ta parole; reçois (les solliciteurs) avec bonté, ou bien renvoie-les poliment; ferme les yeux sur les défauts de les administrés ^ Garde ta langue des paroles fausses et mensongères; aie en horreur la délation, car,«en accueillant des mensonges ou en osant les faire, tu nuiras aux résultats, tant immédiats qu'éloignés, de tout ce que tu entreprendras; l'iniquité a pour commencement le mensonge et s'accomplit parla duplicité et la délation. D'ailleurs, le délateur n'est jamais sincère; celui qui écoute des dénonciations perd la confiance de ses amis, et celui qui se laisse influencer^ par des délations ne réussit en rien. Fais que la probité et la véracité soient d'obligation pour tout le monde; soutiens les nobles dans leurs justes droits, sois bienfaisant envers les faibles et respecte les liens du sang; agis ainsi avec le désir de plaire à Dieu, de faire triompher sa cause, de mériter ses récompenses et de jouir du bonheur dans la vie future. Ne t'abandonne pas à tes mauvaises passions et à la tyrannie; détournes-en tes pensées et montre à tes sujets que, sur ce point ^, lu es sans reproche. Adoucis pour eux ton administration, en la tempérant par la justice; gouverne-les en soutenant le bon droit et en te guidant par ces connaissances qui mènent vers le sentier de la bonne direction. Au * premier mouvement de colère, demeure maître de toi-même et tâche toujours d'agir avec dignité et prudence; dans tout P. i33.
avec les manuscrits C, D et l'éd. de Boulac. les manuscrits C et D et l'édition de * Pour Lg**JiJ, je lis i.gi>.<Ja.I avec le Boulac.
manuscril D. ' Pour ^c^, lisez jUc.
'9ce que tu entreprends, ne te laisse pas égarer par la précipitation ni parla présomption. Ne dis jamais, «Puisque je commande en sou-« verain, je puis faire ce qui me plaît; » car cela fausserait promptement ton bon jugement et affaiblirait ta confiance en Dieu, l'être unique, celui qui n'a point d'associé. Sers-le avec un dévouement sincère, avec une ferme conviction, et sache que le royaume est à Dieu; il le donne à qui il veut, il l'ôte à qui il veut. Rien ne change plus promptement que la bienveillance de Dieu, rien ne frappe plus rapidement que sa vengeance lorsqu'il veut châtier les hommes puissants, les ingrats qui occupent une haute position dans l'Etat et qui, méconnaissant les faveurs du Seigneur, jouissent orgueilleusement des biens qu'il leur a départis dans sa bonté. Détourne ton âme de l'avarice, et, si tu veux amasser des trésors, que ce soient ceux de la vertu, de la piété, de la justice, des efforts pour augmenter le bonheur de tes sujets et rendre la prospérité à leur pays, des recherches faites en vue de bien connaître leur condition, et des soins que tu auras mis à ne pas verser leur sang et à secourir les affligés. Sache que les richesses qu'on amasse dans son trésor ne fructifient pas; elles croissent, au contraire, et augmentent quand on les emploie pour le bien des sujets, pour leur payer ce qui leur est légalement dû et pour alléger leurs cliarges. Voilà comment s'établit la prospérité publique; voilà ce qui fait le plus bel ornement d'un gouverneur; avec un tel chef ^ on peut compter sur des jours de bonheur; voilà ce qui amène des temps heureux pendant lesquels sa gloire et sa puissance sont assurées. Le trésor que tu dois estimer le plus, c'est le pouvoir de répandre de l'argent pour le bien de f islamisme et des musulmans. Distribues-en à ceux d'entre les amis du Chef des croyants envers lesquels tu as des obligations, et fais-en une juste part à tes administrés. Cherche tout ce qui peut contribuer à leur bien-être et à leurs moyens de subsistance: tu en auras tout le mérite; tu obtiendras de Dieu une augmentation de richesses, et tu auras plus de faci- ' Après <_>L»3, insérez aj.
lité à faire rentrer les impôts et à recueillir l'argent fourni par les p. iS/i sujets et par le pays que tu administres. Le peuple, se voyant entouré de ta justice et de ta bienveillance, sera plus soumis à ton autorité et plus résigné à tes volontés. Efforce-toi d'exécuter ce que je t'ai prescrit sur ce chapitre et sols toujours dans une crainte profonde devant (le Seigneur). De tout l'argent qu'on acquiert, rien n'est durable', excepté celui que l'on dépense dans la voie de Dieu^. Sache apprécier, récompenser même, la reconnaissance de ceux à qui tu as rendu des services, et prends bien garde que le monde et ses vanités ne te fassent oublier les terreurs du jour du jugement et ne l'amènent à te relâcher dans l'accomplissement de tes devoirs. Le relâchement entraîne la négligence, et la négligence est une cause de perdition. Travaille uniquement pour le service et pour l'amour^ de Dieu, dans l'espoir d'une ample récompense; car Dieu a déjà versé sur toi ses faveurs dans ce monde et il a montré envers toi une grande bienveillance. Que la reconnaissance pour ses bonlés soit ta protection et ton appui, afin qu'il ajoute encore aux grâces et aux biens dont il t'a comblé! Dieu donne aux hommes reconnaissants des récompenses proportionnées au degré de leur gratitude; il rétribue les hommes vertueux selon leurs actions; mais il exige strictement ce qui lui est dû pour les bienfaits qu'il leur accorde et pour la faveur qu'il leur montre. Ne regarde pas le péché comme une chose peu grave; n'encourage pas les gens envieux; n'aie aucune indulgence pour les hommes corrompus; n'admets pas des iniidèles dans ta société; ne caresse pas tes ennemis; ne crois pas aux délateurs; ne te lie pas aux traîtres; ne prends pas des débauchés pour amis; ne suis pas les gens égarés; ne loue pas les hypocrites; ne méprise personne; ne repousse pas les pauvres qui te demandent des secours; ne favorise pas les gens frivoles; n'aie aucune considération pour les bouffons; ne romps ' Je crois qu'il faut lire L» (jU, à la porte i^i^, leçon qui ne donne pas un sens place de Uj^. raisonnable.
^ Le mot «JL^ me paraît être de trop; ' Après J^^jC, insérez «-J^ avec l'édile manuscrit C l'omet; l'édition de Bouiac lion de Boulac et les manuscrits C, D.
pas tes engagements; ne crains pas les fanfarons; ne te mets pas en colère; ne cède pas à l'orgueil; ne marche pas en te pavanant; n'approuve pas les actions des sots; ne néglige pas de travailler pour la vie future; ne passe pas tes journées à gronder; ne ferme pas les yeux sur la conduite des hommes injustes, soit par ménagement, soit par crainte de leur puissance; ne cherche pas à obtenir dans ce monde-ci p. i35. la récompense qui t'attend dans l'autre.
« Consulte souvent les docteurs de la loi; agis avec prudence; prends l'avis des hommes d'expérience, des gens doués d'intelligence, de jugement et de sagesse. N'admets pas dans tes conseils des individus qui mènent une vie molle ou qui se font remarquer par leur avarice; ne les écoute pas, car leurs avis font plus de mal que de bien: quand tu travailles pour le bonheur du peuple, rien ne te nuira si promptement que l'avarice. Si tu es avide d'argent, tu en prendras beaucoup et tu en donneras peu, ce qui t'empêchera, le plus souvent, de réussir dans tes affaires, car tu ne pourras compter sur l'amour de tes subordonnés qu'autant que tu ne touches pas à leur argent et que tu ne les opprimes pas.
« Traite toujours avec bonté ceux d'entre tes serviteurs dont tu connais le dévouement; accorde-leur des faveurs et des dons, et évite l'avarice. Ce fut l'avidité ^ qui porta l'homme au premier acte de désobéissance envers son Seigneur, et l'homme désobéissant aura pour station l'ignominie. Aussi Dieu a-l-il dit: Celai qui se lient en garde contre son avarice sera heureux [Coran, sour. lxiv, vers. 16).
« Efface '^ la voie de la tyrannie par la droiture; quand tu enlèves du butin à l'ennemi, donne aux musulmans une partie de ce qui t'en revient et sois assuré que la libéralité est une des plus belles qualités^ de l'homme. Qu'elle devienne pour toi une seconde nature*; ' L'auleur emploie ici le même mot pour Paris et dans tous nos manuscrits, on reexprimer l'idée d'atarice et celle d'avidilé. trouve ici l'expression ejface la voie de la ' Littéral, t aplanis. » tyrannie, etc. Je la supprime comme inu-' Liitéral. « aciions. » tile et parce qu'elle manque dans l'édition ' Dans le texte arabe de l'édition de de Bouiac.
sois généreux par plaisir et par système. Passe tes soldats en revue selon l'ordre dans lequel leurs noms se trouvent inscrits sur les registres' et les matricules; paye-leur une bonne solde et pourvois amplement à leur subsistance, afin que, Dieu aidant, ils se tirent de la pauvreté, qu'ils deviennent pour toi un fort appui et qu'ils soient portés à te servir de grand cœur et à soutenir tes intérêts avec plus d'empressement, plus de dévouement que jamais. Pour un bomme revêtu d'une autorité presque royale, le bonbeur doit consister à se p. i36. montrer miséricordieux envers les troupes et les sujets, en les faisant jouir de sa justice, de sa protection, de son équité, de sa soUicitude, de sa sympathie, de sa bonté et de sa libéralité, « Renonce aux habitudes blâmables de ce monde en pensant à l'excellence de l'autre ^; agis toujours d'après ce principe et tu trouveras le salut, le succès et le bonheur. Sache que l'exercice de la justice est la chose ^ la plus importante aux yeux de Dieu; c'est la balance au moyen de laquelle il règle les différends qui ont lieu entre les hommes. En tenant cette balance avec intelligence et avec équité, tu remettras les affaires de tes sujets en bon étal, tu maintiendras la sûreté des grandes roules, tu soulageras les opprimés *, tu feras rentrer chacun dans ses droits, tu assureras à tous les moyens d'existence, et tu leur feras respecter le devoir de l'obéissance. Quand la justice est bien administrée. Dieu accorde la prospérité et le bonheur, la religion fleurit, l'influence de la loi révélée et de la sonna reprend son cours. Sois zélé pour la cause de Dieu; crains de lui rendre moins que ce qui lui est dû; inflige les peines prescrites par Dieu, lïiais sans rien précipiter; fais-le sans répugnance et sans hésitation; dompte la colère et réprime ta violence; profite de l'expé- Pour AXt\.i, lis. ÂÀjjlj.>. Les manus- Je regarde le mot <_>U (porte) comme sycrits C, D, et i'édilion de Boulac donnent nonyme de jl^ (maison, demeure), la bonne leçon. ' Pour '^, lisez *^'.
' Littéral, «fais cesser ce qui est blâ- * Les mots ii» ^jjC ne se trouvent ni mable dans une des deux portes en réflé- dans les manuscrits C et D, ni dans l'échissanl a lexcellence de l'autre porte. » dition de Boulac.