rience; écoule avec silence et attention; parle à propos et en allant au but^; rends bonne justice aux plaideurs; dans le doule, abstienstoi; sois exigeant dans l'établissement des preuves; que la déférence et le désir d'obliger n'aient sur toi aucune influence, afin que ta conduite soit à l'abri du reproche. Procède avec précaution et lenteur; examine, attends, réfléchis, considère bien avant de prendre une décision et humilie-toi devant le Seigneur. Sois humain envers les administrés, soumis aux lois, et lent^ à répandre le sang; ne le verse pas sans raison, car il est d'un grand prix aux yeux de Dieu. 137...Passons à l'impôt foncier auquel les sujets sont soumis; Dieu l'a institué pour exalter l'islamisme, pour contribuer au bien et à la défense des musulmans, pour chagriner et aflliger leurs ennemis et ceux de la reHgion, pour humilier et avilir les incrédules tributaires^.
Fais-en la répartition avec justice, avec équité et d'une manière égale pour tous. Ne dispense personne de le payer; que le noble y soit obligé malgré sa noblesse, l'homme riche malgré ses richesses; que tes secrétaires Je payent ainsi que les ofBciers de ta maison et tes domestiques; mais n'impose pas aux hommes plus qu'ils ne peuvent supporter; ne les surcharge pas outre' mesure. Comme la perception de l'impôt doit toujours suivre son cours, oblige tout le monde à le payer; de cette manière, tu obtiendras l'approbation générale. Sache qu'en te nommant à la charge que tu remplis on a voulu que tu fusses un trésorier, un gardien et un pasteur de troupeau [raï). Voilà pourquoi on désigne par le terme raïa (troupeau, sujets) le peuple soumis à ton autorité. En effet, tu es le pasteur et le gardien de tes sujets. Ne prends donc rien d'eux, excepté le superflu, et dépense-le pour leur avantage, pour leur bien-être, et pour la correction de leurs mœurs. Donne-leur pour gouverneurs des administrateurs habiles, prudents, remplis d'expérience et de connaissances acquises par l'iisage ' Pour.>(A-Sl, je lis JiV«»l avec l'édition ' Lilléral. «ceux qui ont fait un pacle. » de Boulac. L'impôt foncier exigé des chrétiens et des * Pour s-vwj, lisez |j£v^' avecles ma- juifs est beaucoup plus fort que celui qu'on nusrrits C, D et l'édition de Boulac. fait paver aux musulmans.
des affaires, des hommes versés dans l'art du gouvernement et pleins d'abnégation. Assigne-leur des traitements convenables, cela est encore un des devoirs indispensables ' qui te sont imposés et qui t'obligent d'une manière spéciale; rien ne doit te le faire négliger ou t'en détourner. Si tu le remplis dignement, tu obtiendras de ton Seigneur de nouvelles faveurs; tu jouiras d'une belle renommée dans tous les pays que tu gouverneras et tu gagneras l'amour de tes peuples. Cela te donnera la force de faire du bien et répandra l'abondance sur ta ville; la culture de la terre se propagera tout autour de toi et d'amples moissons couvriront le sol de tes provinces; le produit de l'impôt augmentera beaucoup, les richesses abonderont chez toi et, par des P. dons d'argent tiré de ton trésor particulier, tu parviendras à t'assurer le dévouement de ton armée et l'amour du peuple. Cela fera louer ton administration et vanter ta justice, même par tes ennemis. Dans toutes tes entreprises fais-toi remarquer par ta justice, par la puissance de tes moyens d'action, par la force et le nombre de tes troupes. Vise à ce but plutôt qu'à tout autre et tu n'auras qu'à t'en louer, s'il plaît à Dieu.
» Place dans chacune des provinces qui composent ton gouvernement un homme de confiance qui te tienne au courant des actes de tes préfets et qui te fasse connaître, par des lettres, ce qu'ils font et comment ils se conduisent. De cette manière tu seras, pour ainsi dire, présent auprès de chaque préfet et spectateur de tous ses procédés. Si tu as l'intention de leur adresser un ordre, réfléchis d'abord sur les suites qu'il peut avoir, et s'il te semble qu'elles seront heureuses et utiles, "soit qu'il s'agisse de repousser un ennemi, soit de donner des conseils ou de prescrire des mesures administratives, expédie- le; dans le cas contraire, attends jusqu'à ce que tu aies considté des hommes prudents et instruits, puis tu prendras des mesures pour l'exécution de ton dessein. Il arrive quelquefois qu'un homme, ayant réfléchi sur une affaire dans laquelle il veut s'engager, l'exécute Prolégomènes. — ii 20 avec tout le succès qu'il espérait; ég;iré par ce résultat, il cède à l'amour- propre, agit sans prévoyance, manque son but et se perd.
«Dans toutes tes entreprises, agis avec résolution; dirige-les en personne et d'une manière vigoureuse, en comptant sur l'aide de Dieu et en te résignant à la volonté du Seigneur.
« Expédie régulièrement et de toi-même le travail de chaque jour, et ne le renvoie pas au lendemain; car d'autres affaires et de nouveaux événements peuvent alors se présenter et t'empècher de terminer ce que tu auras remis. Le jour qui vient de passer est perdu avec tout ce qu'on devait y faire; si tu as remis au lendemain ce qu'il fallait faire ce jour-là, tu auras devant toi une double besogne et tu en seras accablé au point de perdre courage. En expédiant régulièrement ton travail journalier, tu épargneras beaucoup de fatigue à ton *". iSg. corps et à ton esprit, et tu parviendras à organiser solidement l'administration de l'Etat que tu gouvernes.
« Jette les yeux sur les vieillards de bonne famille et choisis parmi eux ceux dont tu auras reconnu le caractère vertueux, l'amitié qu'ils te portent et les services qu'ils sont capables de te rendre par leurs conseils. Admets-les dans ton intimité et traite-les avec bonté. Visite les pauvres honteux qui sont dans le besoin; porte-leur des secours et améliore leur position, de sorte qu'ils ne ressentent plus les atteintes de la misère. Réserve à toi-même le soin* de veiller sur les indigents et les affligés; cherche ceux qui n'ont pas le moyen de faire parvenir leurs plaintes jusqu'à toi et ceux qui, étant dans la misère, ne peuvent pas faire valoir leurs justes réclamations à cause de leur indigence. Confie à des hommes de bien le devoir de prendre sur eux des renseignements'; qu'ils le fassent de la manière la plus secrète et qu'ils t'adressent des rapports sur la position de ces malheureux et sur leurs besoins; tu prendras ensuite les mesures nécessaires pour faire, avec l'aide de Dieu, un sort heureux à tous ces infortunés. Veille sur les affligés, et surtout sur les veuves et les orphelins; assigne-leur des * Pour «Àt 4.1 JJLJ, lisez tXc Jl-J.
pensions sur le trésor public. Imite en cela la bonté et la charité de l'Emir des croyants, que Dieu l'exalte! et procure-leur une existence plus douce; Dieu t'accordera en retour' sa bénédiction et une augmentation de richesses.
« Assigne aux aveugles des pensions payables par le trésor public; tu donneras les plus fortes à ceux qui savent par cœur le Coran en entier ou en grande partie. Elabhs des maisons de refuge pour les musulmans malades; installes-y des gardes pour les soigner et des médecins pour les traiter; laisse-les satisfaire toutes leurs envies, tant que cela n'entraîne pas à prodiguer l'argent public. En accordant aux hommes ce qui leur est dû et en satisfaisant leurs souhaits légitimes, on ne parvient pas à les contenter: jamais ils ne se résignent à rester tranquilles avant d'avoir exposé leurs besoins à ceux qui les administrent; ils espèrent toujours obtenir plus qu'on ne leur a donné, et se faire traiter avec encore plus de faveur qu'auparavant. Aussi les P. i4o. administrateurs, se voyant accablés de sollicitations qui détournent leur attention des affaires plus importantes, supportent quelquefois avec impatience le tracas et l'ennui qu'ils en éprouvent.
« L'homme qui veut être juste parce qu'il sait que cela lui sera avantageux dans cette vie et lui procurera une belle récompehse dans l'autre n'est pas à comparer avec celui qui se préoccupe uniquement de ce qui peut le rapprocher de Dieu et lui attirer la miséricorde divine; aussi je te recommande d'être d'un abord facile, de te faire voir^ à ceux qui viennent t'entretenir de leurs affaires et d'ordonner à tes gardes de ne pas les repousser. Reçois ces gens avec aménité et condescendance; adoucis le ton de ta voix en leur adressant la parole et en les interrogeant; écoute-les avec bienveillance et bonté', et, si tu leur accordes une gratilication, fais-le généreusement et de bonne volonté, afin d'acquérir le mérite d'une action vertueuse et d'obtenir ' Pour <u *J)I, lisez «j. dans le lexte. Ils manquent dans les ma- ^ Les mois Ai vyL sont de trop. Je les nuscrits C et D et dans l'édilion de Boulac regarde comme une glose du mot A[j, ^ Littéral, «tourne-loi vers eux avec ta qu'un copiste peu intelligent aura insérée générosité et ta bonté. » • ao.
la récompense qui lui est due. Ne gâte pas ia douceur des grâces que tu accordes, en faisant observer combien elles sont grandes; donne (simplement); cela te sera toujours profitable', s'il plaît à Dieu.
it Profite des leçons offertes par ce qui se passe sous tes yeux dans le monde et par l'histoire des souverains et des chefs qui ont vécu dans les temps anciens et chez les peuples maintenant éteints; puis, en tout ce qui te concerne, prends pour sauvegarde fobéissance envers Dieu, la résignation à ses volontés, la fidèle observance des prescriptions de sa loi, le zèle pour le maintien de la religion et le respect pour le livre révélé. Evite tout ce qui s'écarte de cela, tout ce qui s'y oppose et tout ce qui peut attirer sur toi la colère de Dieu.
« Prends connaissance des sommes d'argent recueillies par tes agents, et de celles qu'ils ont dépensées; empêche-les de s'en procurer par des voies illicites et de les dépenser avec prodigalité. Aie des conférences fréquentes avec les docteurs de la loi [aléina)\ prends leur avis et admets-les dans ta familiarité. Que ton désir soit toujours de te conformer aux prescriptions de la sonna, de les faire respecter et de te distinguer par les qualités les plus nobles et les plus belles.
«Parmi tes courtisans et tes intimes, distingue particulièrement ceux qui, en te voyant commettre une faute, ne craignent pas de t'en P. )4i. avertir secrètement, et de te faire apercevoir le mal de ta conduite. De tous tes amis et partisans, ceux-là sont les plus dévoués.
« Aux officiers de ta cour et à tes secrétaires assigne une heure fixe, chaque jour, pour qu'ils se présentent devant toi avec leurs dossiers, les résultats de leurs délibérations et les renseignements qu'ils ont pris sur les besoins du pays que tu gouvernes, et sur les affaires de tes provinces et de tes sujets. Prête une oreille attentive à ce qu'ils t'exposent, étudie les documents qu'ils te soumettent, en y appliquant tout ton esprit et toute ton intelligence; examine-les même plusieurs fois. Pèse les mesures que tu penses à prendre; prie ensuite Dieu de t'aider, et adopte celles qui sont conformes aux préceptes de ' liilléral. ■ sera un commerce profitable. » la justice et de la prudence. Si les mesures qu'on te propose ne répondent pas à ces conditions, agis avec une grande circonspection et demande de nouveaux renseignements. Ne reproche jamais à un sujet ou à un étranger les faveurs que tu lui as accordées; n'exige rien de personne, excepté la bonne foi, la droiture et le dévouement aux intérêts des musulmans; que ces qualités soient les seules qui attirent tes bienfaits.
« Comprends bien ce que je t'écris dans cette lettre; relis-la souvent, et prends-la pour règle de ta conduite. Dans toutes tes entreprises, invoque l'aide de Dieu, et résigne-toi à sa volonté; car il est toujours disposé à soutenir le bien et ceux qui le pratiquent. Dans toutes les actions, aie pour but principal de plaire à Dieu, de maintenir sa religion, d'exalter ceux qui la professent, de leur assurer une bonne position, de traiter avec justice tous tes subordonnés, soit musulmans, soit tributaires, et d'accroître leur bien être. Je prie Dieu de l'aider, de te guider et de l'avoir en sa sainte garde. Salut. » Les historiens rapportent que cet écrit, étant devenu public, excita l'admiration générale, et que El-Mamoun s'écria, après en avoir en-, tendu la lecture: « Abou 'Taïyeb (il désignait Taher par ce surnom), Abou 'Taïyeb n'y a rien omis de ce qui concerne le monde, la religion, la direction des affaires, la prévoyance qu'on doit avoir, l'art p. 142. administratif, le bien du royaume et celui des sujets. Il enseigne à faire respecter l'autorité du souverain, à se montrer obéissant aux khalifes et à consolider leur empire. Dans ces conseils tout se trouve; rien n'est omis. « Il fit alors expédier des copies de cette lettre à tous ses gouverneurs de province, afin qu'elle leur servît de guide et de • règle. C'est le meilleur traité sur cette matière que j'aie jamais rencontré, et Dieu inspire ceux de ses serviteurs qu'il veut.
Sur le Faleinide (qui doit paraître vers la fin du monde). — Diverses opinions qu'on professe à son sujet. — La vérité sur celte matière mise au jour.
De tout temps, les musulmans ont entretenu l'opinion que, vers la consommation des siècles, doit nécessairement paraître un homme de la famille du Prophète, afin de soutenir la religion et de faire triompher la justice. Emmenant à sa suite les vrais croyants, il se rendra maître des royaumes musulmans et s'intitulera El-l\hhdi (le dirigé)'. Alors viendra Ed-Deddjal (l'Antéchrist), et auront lieu les événements qui doivent signaler l'approche de la dernière heure (du monde), événements indiqués dans les recueils de traditions authentiques. Après la venue du Deddjal, Jésus descendra (du ciel) et le tuera, ou bien (selon une autre opinion) il descendra avec le (Mehdi) pour aider à tuer le Deddjal, et, en faisant sa prière, il ■ aura le Mehdi pour imam (chef de la prière). A ce sujet, les musulmans citent l'autorité de certaines traditions reproduites ^ par les imams (ou docteurs en cette matière), mais dont l'authenticité a été contestée. On essaye de corroborer ces traditions au moyen de cer- . tains renseignements (qu'on a recueillis ailleurs). Les soufis des derniers temps ont un système particulier en ce qui regarde le Fatemide, et une manière à eux de démontrer (qu'il viendra); quelquefois aussi ils appuient leurs arguments sur les révélations extatiques qui servent de base à leur doctrine.
Nous allons citer les traditions qu'on a recueillies à ce sujet; nous p. 143. indiquerons les objections qu'on y a faites, et nous ferons connaître sur quelle autorité on s'appuie pour nier leur authenticité. Ensuite • nous rapporterons la doctrine des soufis, et leurs opinions sur ce ' Voyez ce que j'ai dit, au sujet de ce sous le mot fy^)- La quatrième forme chapitre, dans l'introduction de la pie- du verbe a la même signification. Il se mière partie, p. CXI. dit aussi de traditions qu'on a recueil- ' Le verbe srj^. à la seconde forme, lies et publiées pour la première fois, signifie extraire et se dit des traditions On peut rendre ce mot par reproduire, extraites d'un livre. (Voy. Haddji Khalifa publier.
point. De cette manière nous espérons mettre le lecteur à même de reconnaître la vérité.
Nous disons donc que plusieurs imams ont publié des traditions relatives au Mehdi, et que, dans le nombre, se trouvaient Termidi', AbouDawoud^ El-Bezzar^, Ibn Madja", El-Hakem^Tabe^ani^ et Abou Yala el-Mauceli^ Ils font remonter ces traditions jusqu'aux Compagnons du Prophète, tels que Ali, Ibn Abbas, Ibn Omar, Talha, Ibn Masoud, Abou Horeïra, Anes, Abou Saïd el-Khodri, 0mm Habîba, 0mm Selma, Thauban, Corra Ibn Aîas, Ali 'i-Hilali et Abd-AUali Ibn el-Hareth ibn Djozi. La validité des îsnaJs* joints à ces traditions a été contestée par quelques docteurs, ainsi que nous l'indiquerons. Les personnes qui s'occupent de l'étude des traditions savent, du reste, ' Abou DawoudSoieïman, auteur d'un des premiers recueils de traditions, mourut à Basra l'an 276 (889 de J. C.)
' Abou Bekr Ahmed Ibn Haroun el- Bezzar, auteur d'un grand mosned, ou recueil de traditions authentiques, était un natif de Basra. Il mourut à Ramla, l'an 292 (904-905 de J. C). Un autre docteur, le célèbre lecteur Khalef, portait aussi le surnom d'El-Bezzar. (Voy. la 1" partie, p. 69, note 2, et p. à-]-], note.)
* Mohammed Ibn Yezîdibn Madja, auteur d'un des six Sahîlis ou grands recueils de traditions authenliquos, était originaire deCazouîn. Il mourut l'an 278 de l'hégire (887 de J. C.), à l'âge de près de cent ans.
" Abou '1-Cacem Soleïman et-Taberani, natif de Tiberias, composa un Modjem, ou dictionnaire alphabétique de traditionnistcs, dont il publia trois rédactions, une grande, une petite et une moyenne. 11 mourut à Ispalian, l'an 36o (971 de J. C).
' Abou Yala Ahmed et-Temîmi el-Mauceli, natif de Mosul, publia un Mosned, ou collection de traditions authentiques. Il mourut l'an 807 (919-920 de J. C).
' Les recueils de traditions nous font connaître les opinions de Mohammed sur divers points du dogme, du droit et de l'histoire; elles nous apprennent aussi la manière dont il se conduisait dansles pratiques ordinaires de la vie. Les docteurs musulmans y attachèrent la plus grande importance et s'en servirent pour développer et compléter les doctrines exposées dans le Coran. Parmi ces recueils, il y en a six qui jouissent d'une très-haute autorité et qu'on désigne par le litre de Sahili (au-Ihenlique). Ils eurent pour auteurs El-Bokhari,Moslem, Termidi, Abou Dawoud, Neçaï et Ibn Madja. Les renseignements qu'ils renferment proviennent des Compagnons de Mohammed. La personne qui enseignait une de ces traditions à une autre avait toujours soin de lui faire savoir par quelle voie ce renseignement était parvenu jusqu'à lui; aussi il se forma graduellement en tête de chaque tradition une espèce d'introduction renfermant les que Yimprobation précède la justification^, et que, si l'on découvre qu'un des hommes nommés dans ïisnad d'une tradition a été taxé de négligence, ou de mauvaise mémoire, ou d'inexactitude, ou de faiblesse (comme autorité), ou de manque de jugement, cela affecte l'authenticité de la tradition et nuit à sa valeur.
Si l'on nous objecte que des imputations défavorables ont atteint également certains hommes cités comme autorités dans les deux Sahihs, nous répondrons que les docteurs en traditions reconnaissent unanimement l'exactitude de ce qu'El-Bokhari ^ et Moslem ' ont rapporté dans ces recueils, et que le peuple musulman a toujours été d'accord pour accepter ces ouvrages et pour régler sa conduite sur les indications qu'ils renferment. Or l'accord général est ce qu'il y a de plus efficace pour le maintien et la défense (d'un principe). Sous ce point de vue, aucun autre ouvrage ne peut être mis en ligne avec les deux Sahîlis, et cependant nous savons, d'après ce qu'on a rapporté \ que les isnads de ces deux recueils ont donné lieu à des observations critiques de la part des docteurs versés dans la science des traditions. Uh- Abou Bekr Ibn Abi Kheïthema ^ a traité ce sujet à fond, si nous devons en juger d'après (les passages) que Soheïli'* rapporte sur noms des individus qui se l'élaient successivement transmise. Cette introduction s'appelle isnad (appui) et fait une partie intégrante de la tradition. C'est en étudiant l'histoire des personnages nommés dans les isnads et en faisant des reclierclies sur leurs caractères, que les docteurs parvenaient à apprécier le degré de confiance qu'on pouvait accorder à chacun d'eux et à distinguer les traditions bien appuyées, les traditions saines et authentiques, de celles que certains tradilionnistes avaient forgées. Ce travail critique s'appelait justification et improbalion.
' Voy. première partie, p. 18, note.
' Ibid. Introduction, p. xxi, note 5.
' Abou Bekr Ahmed Ibn Abi Kheïthema, auteur d'une histoire des traditionnisles et Iraditionniste lui-même, mourut l'an 279 (SgadeJ. C). ' ' Abou '1-Caceni Abd er-Rahman el- Khathàmi [^jjtXèi) es-Soheïli, natif de Malaga, en Espagne, mourut à Maroc l'an 58i (ii85 de.1. C). Ce célèbre docteur composa plusieurs ouvrages dont on trouvera les titres dans Ibn Kballikan et dans Haddji Khalifa.
l'autorité de ce docteur, dans la compilation qui renferme toutes les traditions relatives au Mehdi. Il dit: Une de ces traditions^ est remarquable par le caractère imique de son isnad. Abou Bekr el-lskaf* l'a donnée dans son ouvrage intitulé Fewaïd el-Akhbar (renseignements utiles), en disant que Malek Ibn Anes' la tenait de Mohammed Ibn el-Monkeder*, qui l'avait reçue de Djaber^ La voici: « Le Prophète de Dieu a dit: Quiconque est incrédule à l'égard du Mehdi est un infidèle; cjuiconque est incrédule à l'égard du Deddjal est un infidèle. » Autant que je me le rappelle, il a dit la même chose au sujet du lever du soleil, qui doit se faire du côté de l'occident. La singularité de tout cela saute aux yeux". Dieu sait si la voie par laquelle on fait remonter cette tradition jusqu'à Malek est bonne ou mauvaise; mais une chose certaine, c'est que, aiq^rès des docteurs, El-Iskaf est ' La longup notice qui suit, et qui va jusqu'au paragraphe sur les Soufis, renferme non-seulement d s passages tirés de l'ouvrage d'Ibn Abi Kheïthema, mais aussi des observations ajoutées par Soheïli. Je pense même qu'Ibn Rlialdoun y a intercalé plusieurs remarques. Les passages empruntés au premier de ces écrivains peuvent quelquefois se reconnaître, Sohcïli ayant eu la précaution de les terminer par le mot t/iXJÎ « fil). «Les copistes ont malheureusement négligé de reproduire toutes ces indications, et noire auteur luimême n'a pas eu soin de nous avertir quand il y ajoute quelque chose de son propre fonds. Le texte, étant dans cet état, rend presque impossible toute lentative qu'on voudrait faire pour distinguer ce qui appartient à chacun des trois auteurs. Pour exécuter celte lâche, il faudrait posséder l'ouvrage de Sohcïli et celui d'Ibn Abi Klioïîhema.
" Je ne trouve aucun renseignement sur Abou Bekr el-Iskaf. Son ouvrage, le Fewaïd Piolé"onièues. — II.
el-Akhbar, est demeuré inconnu à Haddji Khalifa, l'auteur du grand Dictionnaire bibliographique.
^ L'imam Malek Ibn Anes, fondateur d'une des quatre écoles orthodoxes de jurisprudence musulmane, enseignait le droit et les traditions à Médine. Il mourut dans cette ville l'an 17g (795 de J. C. ). C'est par erreur que, dans la 1" partie, page Sa, j'ai placé la mort de Malek en l'an i"]"].
* Abou Bekr Mohammed Ibn ei-Monkeder, membre de la tribu des Coreîch, se distingua pai' sa connaissance du texte coranique et des traditions. Parmi ses disciples, il compta l'imam Malek, Chôba, Thauri, etc. Il mourut l'an i3i (748-749 deJ.C).
^ Djaber Ibn Abd Allah, un des Compagnons de Mohammed, a transmis un grand nombre de Iradilions. Il mourut à Médine, l'an 78 (692-69.3 de J. C).
' C'est-à-dire, on ne connaît pas d'autre isnad composé de la même manière.
suspect (comme autorité) et à la réputation d'un inventeur (de traditions)'.
Termidi et Abou Dawoud ont reproduit (au sujet du Mehdi) une tradition qu'ils font remonter jusqu'à Ibn Masoud^. Ils déclarent la tenir d'Acem Ibn Abi 'n-Nedjoud^ l'un des sept lecteurs'^, qui disait l'avoir reçue de Zirr Ibn Hobeïch ^, auquel elle aurait été communiquée par Abd-Allah Ibn Masoud. «J'ai entendu, dit celui-ci, le Prophète prononcer ces paroles: Quand même le monde n'aurait qu'an jour à exister'^, certes, Dieu prolongerait ce jour jusqu'à ce qu'y ressuscitât un homme à moi, ou an membre de ma famille, dont le nom sera le même que le mien, et dont le père portera te même nom que mon père. » Voilà le texte d'Abou Dawoud, qui le donne sans y ajouter d'observation. Or il a dit, dans sa célèbre épître^: « Ce qu' (Abou Dawoud) a inséré dans son livre, sans y ajouter aucune observation, est (à ses yeux) irréprochable. I' Termidi rapporte la même tradition sous cette forme: Le monde ne s'en ira pas jusqu'à ce qu'un homme de ma famille règne sur ' Je lis f-^)- ' Abd Allah Ibn Masoud, célèbre tradiliunnisle el un des Compagnons de Moliauiraed, mourut à Koufa l'an 32 de l'hégire (652-3 de J. C).
' Abou Bekr Acem Ibn Abi 'n-Nedjoud, alTranchi de!a tribu de Djedîma, était très-versé dans la connaissance du texte coranique. Il moiirul à Koufa, l'an 127 (744-745 de J.C).
' Dans le premier siècle de l'islamisme, le texte du Coran s'écrivait sans pointsvoyelles et sans points diacritiques. Pour le lire correctement, il fallait l'avoir appris par cœur et bien connaître les diverses leçons reçues dans les écoles de Basra, de Koufa et autres lieux. On distinguait par le titre de lecteurs ceux qui possédaient ce talent. Les sept principaux lecteurs sont El-Kisaï, Acem, Abou Anir, Yacoub, Nafê, Hamza et Ibn Kethîr. On trouvera, vers la lin de ce volume, un chapitre sur les leçons coraniques.
^ Dans le texte arabe, supprimez le mot 3t. — Zirr Ibn Hobeïch reçut des traditions d'Omar, d'Olhman, d'Ali, d'Ibn Masoud et de plusieurs autres Compagnons de Mohammed. Il mourut l'an 82 (701 de J. C), à l'âge de cent vingt ans.
' Je n'essaye pas de rendre les mots Jli istXJU, qui se trouvent dans lous les manuscrits. Ils peuvent signifier insaper addidil, ou bien dixil Zaïda. Un traditionniste assez célèbre portait ce nom. Dans l'édition de Boulac ces deux mots si erabarrassanis ne se trouvent pas.
' Je no sois s'il s'agit ici d'Ibn Abi Klieïthema ou de Solieïli. Peut-être est-ce do celui-ci, qui, en effet, composa une épîlre assez célèbre, dans laquelle il traite de l'Antéchrist et du Mehdi. En ce cas, la phrase est d'Ibn Khaldoun.
les Arabes; son nom sera le même que le mien. Il la donne aussi avec cette variante: Jusqu'à ce qu'un homme de ma famille administre. H ajoute: « Ce sont là deux traditions bonnes et authentiques. » Une autre fois il la rapporte sur l'autorité d'Acem, lequel la faisait remonter p. jusqu'à AbouHoreïra^ sans la porter plus haut. Selon le Hakeni, la même tradition a été enseignée par (Sofyan) Thauri^, Chôba^ Zaïda*, et d'autres imams du peuple musulman, lesquels la tenaient d'Acem. Il ajoute: « Toutes les traditions qu'Acem fait remontera Zirr, et de celui-ci à Abd-Allah (Ibn Masoud) immédiatement, sont saines^. C'est ce que j'ai constaté par des preuves tirées de ce que nous connaissons de la vie d'Acem, qui était réellement un des grands imamS du peuple musulman^. » Ahmed Ibn HanbeP a dit cependant, au sujet d'Acem: « C'était un homme de bien, lecteur assidu du Coran, vertueux et digne de foi, mais El-Aamech^ avait une meilleure mémoire que lui. » Chôha lui préférait El-Aamech, comme étant untraditionniste plus exact ^, et El-Eïdjli ^^ hésitait à admettre les traditions ' Abd cr-Raliman Ibn Sakiir ed-Dausi, surnommé Abon Uoreîra « l'homme au petit chai, » était un aveugle que Mohammed avait pris sous sa protection. Il emlMassa l'islamisme 1 an y (628-629 de J. C), et mourut àMédineen Sy (676-677 de J C). On lient de lui un très-grand nombre de traditions.
' Sofyan Ibn Saîd Thauri, personnage aussi célèbre par la.sainteté de sa vie que par sa connaissance des traditions, mourut à Basra, l'an 161 (777-778 de J. C).
' Abou Bi.stam Chôba Ibn el-Haddjadj, client de la tribu d'Azd, se distingua par sa piété, sa douceur, son savoir tt sa profonde connaissance des traditions. Il mouriil l'an 160 (776 de J. C).
' Abou 's-Salt Zaïda Ibn Codaraa, membre de' la tribu de ïhakîf et natif de Koufa, tenait un haut rang parmi les tradilionnisle» 11 mourut l'an 161 (777-778 de J.G.).
^ Je donnerai, dans les notes du dernier chapilre de cetle partie, l'explication des termes lechniques saine, faible, passable, etc. qui s'emploient dans la science des tradilions.
'' Ici on trouve dans le texte le mot (^XJI, c'est-.i-dire, lin de l'extrait.
' Ahmed Ibn Hanbel, fondateur d'une des quatre écoles lie jurisprudence orthodoxes, mourut à Baghdad l'an a4i (855 de J. C). Il s était illustré par son savoir et par sa piété.
* Soleïman Ibn Mihran el-Aamech, imam et Iraditionniste, mourut l'an i48 (765 de J. C).
' Littéral « pour la constatation des tradilions. » '" Le Iraditionniste Ahmed Ibn Abd Allah el-EïdjIi, originaire de Koufa, alla se lixer à Tripoli de Barbarie. Sa mort eut lieu l'an q6i (874-875 de J. C).
i/,5.
qu'Acern disait tenir de Zirr et d'Abou Ouaïl S laissant ainsi voir qu'il regardait comme faible la valeur des traditions qu'Acern avait données d'après ces deux personnages. « Acem, dit Moliammed Ibn Saad^, était digne de foi; bien qu'il fît souvent des erreurs en rapportant des traditions. » Selon Yacoub Ibn Sofyan', il y avait de l'incorrection dans ce qu'il rapportait. Abd er-Rahman, fils d'Abou Hatem*, s'exprime ainsi: « Je fis observer à mon père qu'Abou Zerâa^ avait déclaré qu'Acern était digne de foi; mais il me répondit: « Ce n'esl pas là son « caractère®. » Ibn Oleïya^ disait en parlant de lui: « Tous les Acems ont la mémoire mauvaise. » — « Pour moi, dit Abou Hatem*, je le regarde comme véridique, et j'accepte ses traditions comme saines; mais, avec cela, il n'était pas le hafedh (qu'il nous fallait). » En-Neçaï' a varié d'avis au sujet d'Acem. Selon Ibn Hirach '", il y avait à ' Abou Ouaïl Cliakîk Ibn Seluia, iia(if de Koufa, recueillit plusieurs tradilions de la bouche des principaux Compagnons de Mohammed. Il mourut l'an 79 (698-699 de J. C).
* Mohammed Ibn Saad, surnommé le kateb, ou secrétaire, lYEl-Oualcedi, et auteur de plusieurs ouvrages sur les traditions et les tradilionnistes, mourut à Baghdad l'an aSo de l'hégire (8/i4-8/i5 de. J, C).
' Le traditionnisie Abou Yourof Yacoub Ibn Sofyan el-Farsi mourut l'an a88 {901 de J. C).
* Voyei ci-après, page lyS, note 6.
' Deux tradilionnistes presque contemporains portèrent le surnom d'Abou Zeràa. L'un, nommé Obeïd Allah Ibn Abd el-Kerînier-Razi, enseigna des traditions à Moslem, Termidi, Neçaï et Ibn Madja, et mourut à Reï, l'an aU (8;'8-859 de J. C). L'autre, nommé Abd er-Rahman Ibn Amr ed-Dimichki, natifde Damas, rapporta des traditions sur l'autorité d'Ahmed Ibn Hanbel, et mourut en ayS (889-890 de J. C).
Rouh Ibn Zinbàa, l'un des disciples des Compagnons de Mohamme 1, portait aussi le surnom d'Abou Zerâa. Il mourut l'an 83 (70a de J. C).
' L'imam Ismaïl Ibn Ibrahim, surnommé Ibn Oleïya, Iraditionniste et législe d'une grande autorité, mourut à Baghdad vers l'an igS (808-809 de.1. C).
' Abou Hiitrm Mohammed Ibnldrîser- Razi, un des plus grands tradilionnistes de son siècle, mourut à Reï l'an a75 (888 889 de J. C). Abou Dawoud, Neçaï, Ibn Madja el plusieurs autres docteurs d'un haut mérite, ont donné des Iraditions sur son aulorité.
' Ahmed Ibn Choaib Ibn Alien-Neraï, auteur d'un des six grands recueils de traditions, passa une grande partie de sa vie au Caire. Il mourut à la Mecque l'an 3o3 (916 de J. C).
'° 11 faut peut-être lire Ibn Khirach, surnom d'un Iraditionniste qui mourut l'an a83 (896897 deJ. C).
reprendre dans ce qu'Aceni rapportait. Abou Djâfer el-Akîli^ dé^ clare qu'une mauvaise mémoire était tout ce qu Acem possédait. « Dans ce qu'il savait par cœur,dit Darakotni-, il y avait à reprendre. » Yahya Ibn el-Caltan' disait: « Je n'ai jamais rencontré une personne nommée Acem qui n'eût pas une mauvaise mémoire. » Il racontait aussi qu'il avait entendu Chôba dire ces paroles: « Acem Ibn Abi 'n-Nedjoud nous récita des traditions, mais en moi-même j'eus de la méfiance*. » Dehebi^ disait de lui: «D'un talent solide comme lecteur coranique, il ne l'est pas tout à fait comme traditionniste; bien que P. l'iti. véridique, il est sujet à se méprendre. Ses traditions sont passables. » Si l'on objecte à tout cela que les deu\ cheïkhs (El-Bokhari et Moslem) ont cité des traditions fournies par lui, nous répondrons qu'ils ne les donnent pas uniquement sur son autorité, mais sur celle d'un autre traditionniste jointe à la sienne.
Abou Dawoud a publié sur le même sujet une tradition qui remonte de Fitr Ibn Khalifa", — ce dernier nom doit s'écrire avec un f, — à El-Cacem Ibn Abi Bezza*, de lui à Abou Tofaïl", et de ' Abou Djâfer Moliaoïmed Ibn Atnr el- ^ L'imam Cliems ed-Dîti Mohammed Akîli (ou el-Ocaïli), auteur du Kitab el- Ibn Ahmed ed-Deliebi, auteur des /dnnaZef Doa/2, ouvrage qui, à en juger par son litre, de l'islamisme, AuMîzan el-Eïtidal« balance traitait de Iraditiounistcs dont l'autorité de l'équité,» et de plusieurs autres ouétail faible, composa aussi plusieurs autres vrages, est regardé comme le dernier traités. Il mourut l'an 822 (gS^deJ. C). membre de la longue série des grands ' Le célèbre hafedh Ali Ibn Omar ed- Iraditionnistes, dont il fut, du reste, un Darakotni, natif de Baghdad, était profon- des plus savants. Il mourut à Damas, dément versé dans les traditions et dans en 7/18 f i3/i8 deJ.C). Dans son A/izan, il les sciences coraniques. Il mourut en 385 entreprit d'estimei- à sa juste valeur l'aulo- (996 de J. C). ritédcs principaux tradilionnistes. Ses An- L'imam Yahya Ibn Saîd Ibn e!-Cal- /jafe sont riches en articles nécrologiques, tan, natif de Basra, se distingua par sa ° Fitr Ibn Klialîfa paraît avoir vécu au piété et par l'étendue du ses connaissances commencement du ni' siècle de l'hégire, dans les traditions. Sa mort eu lieu eu 198 ' Dans l'écriture arabe, cette lettre se (8i3 de J. C). L'imam Ibn Adi, dont le confond très-souvent avec le k guttural, nom se rencontre plus loin, portait aussi ' Variantes: Bcrra, Morra. Ce personle.surnom d'Ibn el-Catlan. nage m'est inconnu.
' Littéral. « il y avait dans mon âme co ' Amer Ibn Ouathela Abou 't-Tofaïl, un