SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

French

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Parmi les soufis des temps postérieurs, ceux qui ont écrit le plus sur le Fatemide sont: Ibn el-Arebi el-Hatemi^ qui en parle dans ' Les nakths (syndics, chefs) chez les rafediles formaient probablement la même classe d'agents subalternes que l'on désignait par les noms de mokaser et de nakîb dans la religion des Druses. (Voyez {'Exposé de la religion des Druzes, par M. de Sacy, 1. 11, p. i 7 et page 386, où il identifie les naktbs avec les mokasers.)

^ Un vieux manteau déchiré et rapiécé. Le chef de la secte le porte, puis, après son décès, il le transmet à son successeur.

' Le système de prières et de pratiques religieuses des soufis et des divers ordres de derviches s'appelle la voie.

* La vie de Djoneïd se trouve dans le Biographictd Dictionary d'Ibn Khnilikan. vol. I, p. 338 de la traduction; celle d'El-Hacen el-Basri se trouve dans le même volume, p. 370.

son Ancâ Moghrib^ \ Ibn Cassi^ qui en fait mention dans son Kha'.â 'n-Nâleïn; Abd el-Hacc Ibn Sebaïn^ et son disciple Ibn Abi Ouatîl, dans son commentaire sur ce livre. Ce qu'ils en disent se compose presque entièrement d'énigmes et d'allégories, dont eux et leurs commentateurs donnent quelquefois l'explication. Selon Ibn Abi Ouatîl, leur doctrine, sur ce point, se résume ainsi: « C'est au moyen du propbétisme que la vérité et la bonne direction se manifestent à la suite de l'aveuglement et de l'erreur. Ensuite vient le khalifat, puis la royauté temporelle, qui dégénère en despotisme, en orgueil et en vanité. Or puisqu'on sait, par expérience, qu'il est dans les voies de Dieu de faire revenir toute chose à son point de départ, il faut que le propbétisme et la vérité revivent de nouveau par le moyen de la sainteté [ouélaïa); puis viendra (encore) un khalifat, puis le dedjel (mensonge, fausseté), qui remplacera la royauté et la souveraineté, p. 1 06. Ensuite l'infidélité reviendra à fétat où elle était avant le propbétisme. » Par ces paroles ils font allusion à ce qui arriva après la mission (de Mohammed): il y avait d'abord le propbétisme, puis * le khalifat, puis la royauté; trois degrés d'une même échelle. De même il y aura la sainteté spéciale au Fatémide qui doit faire revivre le propbétisme et la vérité; puis viendra le khalifat (ou lieutenance), qui la remplacera; puis le dedjel, c'est-à-dire la fausseté, que l'on désigne métaphoriquement par ['apparition du Deddjal (l'Antéchrist). Cela forme aussi une échelle de trois degrés qui correspond à la première.

Ensuite finfidélité reviendra à son premier état. « Puisque le khalifat, ' Hadji Khalifa indique le contenu de ' Voyez la première partie, page Say, cet ouvrage dans son Dictionnaire biblio- note 4graphique, t. IV.p. aCg.Selonce bibiiogra- ' Ibn Sebaïn, natif de Murcie, mourut phe, les deux mots dont se compose le en 669 ( 1270 de. F. C). Noire auteur parli' titre d' A nca Moghrib, cesl-à-dive le phénix, de ce célèbre docteur dans l'Histoire des doivent être précédés chacun de l'article Berbcrs, t. II,' p. 344 de ma traduction el; mais il se trompe, ainsi que nous le de cet ouvrage; voyez aussi l'article de voyons par le texte d'Ibn Khaldoun et par M. Amari dans I» Journal asiatique de fêles exemples cités dans le commentaire des vrier-mars 1 853. Séances de Harîri, p.-ir M. de Sacy, p. etf. * Pour ^ /, lisez ^.

D'IBN KHALDOÛN. 193 disaient-ils, a appartenu de droit auxCoreïchides, d'après une maxime fondée sur l'accord général, autorité que les ignorants ne sauraient affaiblir par leurs dénégations, il faut que l'imamat reste à celui d'entre les Corcïchides qui tient de plus près au Prophète. Si cette dignité se manifeste, ce sera la postérité d'Abd el-Mottaleb qui en sera revêtue; si elle demeure cachée, elle appartiendra à un de ceux qui font réellement partie de Yaal (la famille); or Yaal, ce sont ceux dont la famille ne restera pas cachée quand il (l'imam) paraîtra'. » Dans l'Ancâ Moghrib d'Ibn el-Arebi el-Hatemi, ce personnage est intitulé le sceau (khatem) des saints (ouéli). On le désigne aussi par le surnom de la brique d'argent, ce qui est une allusion à une tradition rapportée par El-Bokhari, dans le chapitre qui traite du sceau des prophètes. « Le Prophète, dit-ii, s'exprima ainsi: Je sais, à l'égard des prophètes mes prédécesseurs, comme l'homme qui bâtit une maison, et qui, pour l'achever, n'a qu'à poser en place une seule brique; moi je sais cette brique. » Ainsi donc, ils expliquent l'expression sceau des prophètes par la brique qui sert à compléter l'édifice. Le personnage ainsi nommé est le prophète qui a obtenu le don du prophélisme parfait. Ils rapportent les divers degrés de la sainteté à ceux du prophétisme, et ils donnent à celui qui possède la sainteté parfaite le titre de sceau des saints; voulant indiquer par là qu'il est parvenu^ au degré qui s'appelle la perfection (khatema) de la sainteté, de même que celui qui était le sceau des prophètes avait occupé^ le grade qui P. 167.

est la perfection du prophétisme. Et puisque, dans la tradition déjà rapportée, le législateur (inspiré) a représenté ce qui perfectionne le prophétisme comme la brique de la maison, et qu'il'y a une analogie parfaite entre les degrés du prophétisme et ceux de la sainteté, il doit y avoir dans celle-ci une brique unique qui corresponde à la brique du prophétisme": dans le prophétisme, la brique est d'or; elle est ' Celle phrase, fort obscure, paraît indi- maniisi rit D et l'édilion de Boulac.

querque l'imam se manifesterait dans une ' Je lis encore lyjL=>., an lieu deluL^.

autre famille que celle de Mohammed. ^ * Dans le texte arabe, cette pensée n'est Pour Ijjl^, je lis I*jL^, avec le pas exprimée avec assez de précision.

donc d'argent dans la sainteté, vu que la différence entre ces deux grades est comme celle qui existe entre l'or et l'argent. Voilà pourquoi ils emploient le terme brique d'or pour designer le Prophète, et que, par les mots briijue d'argent, ils entendent parler Hu saint [ouéli), du Fatémide attendu; le premier étant le sceau des Prophètes, et le second le sceau des saints. Voici, selon Ibn Abi Ouatîl, ce qu'a dit Ibn el-Arebi: " L'imam attendu appartiendra' à la maison (du Prophète) et sera un des descendants de Fatéma. Son apparition aura lieu à une époque postérieure à l'hégire, et que je désignerai par ces trois lettres ^ O ^. « En employant ces lettres (dit Ibn Abi Ouatîl) il entendait qu'on les remplaçât par leurs valeurs numériques. Le kha (^), surmonté d'un point diacritique, représente 600; \efé (o), frère du caf{(i), indique 80, eiie djîm (2) avec le point en bas désigne 3. Cela fait 683 ans^, ce qui nous mène vers la lin du vu'^ siècle. Or, comme le Fatémide ne parut pas à l'expiration de cette période, un de leurs sectateurs dévoués prétendit que cela était la date de l'année dans laquelle il naquit, et que, par le mot apparition, il fallait entendre naissance. 11 ajouta que ce Fatémide se montrerait vers l'an 7 10, et qu'il serait l'imam dont l'apparition devait se faire du côté de l'Occident. Il dit aussi: « Puisqu'il doit naître l'an 683, s'il faut s'en rapporter à Ibn el-Arebi, il aura vingt-six ans lors de son apparition. « Il ajoute: « Et ces gens ont prétendu que la venue du Deddjal (l'Antéchrist) aura lieu l'an 7^3 du jour moltammédien; jour qui, selon eux, commencera à partir de celui de la mort du Prophète, et qui ne se p. 168. complétera qu'à l'expiration de mille ans. » Ibn Abi Ouatîl s'exprime ainsi dans son Commentaire sur le Klialâ 'n-JSâleïn: « Le ouéli attendu, le champion de la cause de Dieu, est celui que l'on désigne par les noms de Mohammed el-Mehdi et de sceau des saints. Il n'est pas un prophète, mais un saint [ouéli). C'est son esprit et son ami qui l'ont envoyé. Le Prophète a dit: Le savant est à son peuple ce qu'un prophète est à sa nation. Il a dit aussi: Les savants de mon peuple sont comme les prophèles des enfants d'Israël. On ne cessera d'annoncer la venue du Fatémide, depuis le commencement du jour mohammédien jusqu'à peu de temps avant l'an 5oo, qui est la moitié de ce jour. Les cheikhs ont continué à proclamer, avec un zèle toujours croissant, que l'heure de sa venue est proche, et que le temps de son apparition ne tardera pas à arriver. (Cette annonce s'est faite) sans interruption (depuis îa fm de la première moitié du jour mohammédien), jusqu'à notre époque. » Il dit ailleurs: « Selon El-Kindi', ce ouéli sera le même qui fera la prière du dohor^ à la tête du peuple; il renouvellera l'islamisme, déploiera sa justice, fera la conquête de la péninsule espagnole, et < s'avancera jusqu'à Rome. S'étant emparé de cette ville, il ira subjuguer l'Orient, se rendra maître de Constantinople et obtiendra l'empire de toute la terre. Les musulmans deviendront alors très-forts, fislamisme sera exalté, et la religion orthodoxe se manifestera avec éclat; car tout le temps qui sépare l'heure de la prière du dohor de celle de la prière de Yasr^ sera aussi un temps de prière. En effet, le Prophète a dit: L'intervalle entre ces deux (heures) «era an temps (de prière). El-Kindi a dit aussi: Les lettres de l'alphabet arabe, à l'exclusion de celles qui portent des points diacritiques, - — il s'agit ici des lettres isolées qui se voient en tète de plusieurs sourates du Coran, — ont pour valeur numérique le chiffre de 7^3, et (il y a de plus) sept (années) deddjaliennes*. Ensuite, Jésus descendra du ciel, à l'heure de la prière de l'a^r; la paix s'établira sur la terre, et la brebis marchera avec le loup. Les peuples non arabes, ayant été convertis à fislamisme par l'entremise de Jésus, formeront un royaume dont la durée sera de cent soixante ans, somme des valeurs numériques attribuées aux lettres (isolées du Coran) qui portent des points diacritiques, et qui sont le caf[(i), le ya [is] et le noun (y). Le règne P. lOg, ' C'est le célèbre pliilosQphe de ce nom.

■* La partie du jour qui est entre midi et une heure s'appellr le dolior.

' L'rtsr commence au moment où les ombres sont deux fois pins longues que les objets qui les projettent; il se termine au coucher du soleil.

' Cela veut probablemeiil dire: pendant lesquelles le Djeddjal ou Anlcclirisl régnera.

î5, de la justice, dans celle (période), sera de quarante ans. >< — «La parole du Prophète qui nous a été transmise, dit Ibn Abi Ouatîl, et qui esl conçue ainsi: // n'y a pas de Mehdi (de dirigé) excepté Jésus, cette parole signifie que personne ne sera aussi bien dirigé que Jésus. Selon quelques-uns, cette tradition doit s'entendre ainsi: Personne n'a parlé (étant enfant) au berceau [mehd)^, excepté Jésus; niais celle explication esl repoussée par plusieurs traditions, dont une est celle de Djoreïdj^. On lit dans le Sahih que le Prophète a dit: Celte autorité restera debout jusqu'à l'arrivée de l'heure (du jugement dernier), oh jusqu'à ce que douze khalifes aient gouverné les (musulmans), c'est-à-dire des khalifes coreïchides. Or ce qui a eu lieu montre qu'il y avait quatre de ces khalifes dans les premiers temps de fislamisme, et il y en aura d'autres vers sa fin. Le Prophète a dit: Le khalijat (durera) après moi trente (ans); ou, selon une autre version, trente et un; ou, selon une autre, trente-six. Donc il cessa d'exister sous El-Hacen (Gis d'Ali), et à fépoque où l'autorité de Moaouîa commençait. Aussi ce commencement d'autorité esl un khalifat, si Ton s'en lient à la signification primitive du mol*. Moaouia est donc le sixième de ces khalifes; Omar Ibn Abd el-Azîz en est le septième; les cinq autres seront des gens de la maison et de la postérité d'Ali. Cela trouve sa confirmation dans cette parole du Prophète (adressée à Ali): Ta en es le Zou 'l-Carneïn'^. Par le pronom en il voulait désigner le peuple (musulman). Cette tradition signifie: Tu es le khalife du premier (temps) de ce peuple, et ta postérité le sera dans le dernier (temps). Les personnes qui professent la doctrine du retour" se servent quel- ' Le mot hhalifa (khalife) dérive d'un verbe qui signifie suivre, succéder, remplacer.

* Pour \.^Xijs, lisez "-i-*J>^ avec les niss. C et D et i'tdition de Boulac. Zcu 'l-Carneïn signifie « le possesseur des deux cornes «.ou» des deux extrémités du monde. » Par ce surnom, on désigne ordinairement Alexandre le Grand.

' En arabe, (J^y Selon quelques mystiques, le monde reprendra son premier état quand une certaine période de temps sera écoulée, et tout ce qui s'y est déjà passé aura Heu de nouveau. (Voyez ci-devant, p. 192.)

quefois de celle Iradilion pour justifier leur opinion. Pour eux le premier (temps) ^ est celui qui sera indiqué par le fait que le soleil se lèvera du côté de l'occident. Le Prophète a dit aussi: Quand Kisrapérira, il n'y aura plus de Kisras, et quand Caïscr^ périra, il n'y aura plus de Caïsers. J'en jure par celui qui tient mon âme dans sa main! que tu dépenseras pour la cause de. Dieu les trésors de ces deux (rois). Or Omar Ibn el Khaltab dépensa les trésors de Kisra pour la cause de Dieu; el celui qui fera mourir Caïser et dépensera les trésors de ce roi pour la cause de Dieu sera le (Fatémide) attendu. Cela arrivera quand il prendra Conslanlinople. Quel excellent émir que cet émir! quelle excellente armée que cette armée! Telles fiu'ent les paroles du Prophète. El i> il (le Fatémide) (gouvernera pendant un bedâ (d'années). Ce mot bedâ signifie un nombre quelconque, depuis trois jusqu'à neuf, ou, selon d'autres, depuis trois jusqu'à dix. Dans d'autres versions de la même tradition on lit quarante et soixante et dix à la place de hedâ. Ce mot quarante indique le nombre d'années de son gouvernement, el de celui des quatre derniers khalifes de sa famille, lesquels maintiendront après lui l'autorité qu'il aura fondée. Que le.salut de Dieu soit sur eux tous! » Le même auteur dit ailleurs: « Les gens qui étudient les astres et les conjonctions (des planètes) ont déclaré que l'autorité du (Fatémide) et des membres de sa famille qui lui succéderont doit durer cent cinquante-neuf ans. Cela étant ainsi, le khalifat et la justice fleu riront pendant quarante ans, ou bien pendant soixante et dix; ensuite fétat des choses subira des altérations, et le khalifat deviendra une souveraineté temporelle*. » Dans un autre endroit, Ibn Ouatîl dit: « Jésus accomplira sa descente au moment de la prière de l'aiT, lorsque trois quarts du jour mohammédien se seront passés. " Il dit ailleurs: « Yacoub Ibn Ishac el-Kindi déclare, dans son Kitab el-Djefr^, livre qui fait mention des conjonctions (des planètes), quà l'époque où la (grande) conjonction viendra s'eifectuer dans le (signe ' C'est-à-dire, Chosroès, le roi de Perse.

' C'est-à-dire, César, roi des Grecs.

* Pour cjlL., lisez IjCU.

* Voyez le ctiapilrc suivant.

170.

du) Taureau et au commencement de #='; » — l'auteur veut désigner l'an 6g8 de l'hégire; — « à celte époque, le Messie descendra (du ciel) et régnera sur la terre pendant un certain temps. Nous savons par une tradition que Jésus descendra auprès du minaret blanc qui est à l'est de Damas. Il viendra revêtu de deux mehrouda, c'està-dire de deux robes jaunes, teintes. avec du safran et de l'argile rouge. 11 appuiera ses mains sur les ailes de deux anges; il portera une boucle de cheveux qu'on croirait sortir de Dîmas^ (tant il sera noir); quand il baissera la tête, il en laissera couler des gouttes (d'eau); quand il la lèvera, il en fera tomber des grains semblables à des perles, et il aura plusieurs tachés de rousseur sur la figure. Selon P 171. une autre tradition, il aura le corps carré, et son teint tirera sur le blanc et le rouge. Une autre tradition nous apprend qu'il se mariera en El-Gharb (fOccident), qui est le deloii 'l-badîa^. Cette tradition signifie qu'il épousera une femme de ce pays, et qu'elle enfantera. Sa mort, dit-on, aura lieu à l'expiration de quarante années. Par une autre tradition, nous apprenons "que Jésus mourra à Médine et sera enterré à côté d'Omar Ibn el-Khattab. Dans une autre tradition il est dit qu'Abou Bekr et Omar ressusciteront entre deux pi'ophètes*. >« — «Les chîïles, dit Ibn Abi Ouatîl, prétendent qu'il (le Fatémide) est le Messie, le Messie des Messies, appartenant à la famille de Mohammed, et quelques-uns d'entre eux lui appliquent la tradition: // n'y a pas d'autre Mehdi que Jésus, en disant que cela signifie: Il n'y aura pas de Mehdi excepté celui qui sera, pour la loi de Mohammed, ce que Jésus a été pour la loi mosaïque; il la suivra et n'en abrogera rien. Ils racontent beaucoup d'autres histoires du même genre, pour faire connaître l'heure (de sa venue), sa personne, et le lieu (où il paraîtra). » Comme le temps s'est écoulé sans qu'il y ait eu le moindre ' Dans le système de nuiiiéralion cm- ' C'est-à dire, le seau da désert. Je ne ployé par les Maghrébins, ces deux lettres sais ce que cela peut signifier, désignent le nombre 98. ' Ces deux prophètes seront Jésus et ' Dîmas éluit le nom d'un cachot très- Mohammed. On sait que les tombes d'Aobscur dans la ville de Ouacet. On dit que bou Bekr et d'Omar sont situées à côté de El-Haddjadj y enfermait ses prisonniers. celle de Mohammed.

indice de tout cela, les soufis n'eurent d'autre ressource que d'adopter une nouvelle opinion, dérobée (par eux) à une autre secte, ainsi que nos lecteurs le verront plus loin. Cette opinion est basée sur des suppositions étymologiques, sur des cboses purement imaginaires, et sur des indications fournies par l'astrologie judiciaire.

Ce fut dans de telles rêveries que les anciens soufis et ceux des derniers temps ont passé leur vie. Quant à ceux de notre époque, la plupart d'entre eux annoncent' l'apparition d'un bomme qui renouvellera les ordonnances de la rebgion et les prescriptions de la vérité, lis s'attendent à le voir paraître prochainement. Les un^ disent qu'il sera de la postérité de Fatéma, et d'autres parlent de lui très-longuement. Nous avons entendu dire cela dans une compagnie dont le doyen était Abou Yacoub el-Badici (natif de Vêlez de Ghomara et) le plus grand des oaélis (saints) du Maghreb. 11 vivait au commencement de ce viu^ siècle. J'appris ces choses de son petit-fils, Abou Zekeriya Yahya, qui les tenait de son père, Abou Mohammed Abd Allah, P. 172. qui les avait reçues du sien, le oaéli Abou Yacoub^ que nous venons de nommer. Voilà tout ce que nous avons lu et entendu relativement aux opinions de ces soufis. Quant aux renseignements que les tradilionnistes ont fournis au sujet du Mehdi, nous avons fait notre possible pour les rassembler, afin de les donner tous.

Maintenant on doit bien se pénétrer de cette vérité, qu'aucune tentative faite dans le but de fonder vme religion ou un empire ne réussira, à moins qu'un parti très-fort n'entreprenne de l'appuyer et ne continue à renverser toute opposition, jusqu'à ce que Dieu veuille bien accomplir sa volonté. Nous avons déjà établi ce principe par des preuves tirées de la nature des choses, et nous l'avons soumis à la considération du lecteur. La force du parti fatémide, du parti des Alides, et même de la tribu de Goreïch en entier, est anéantie dans tous les pays. D'autres peuples ont paru dont la puissaace a dominé celle des Coreïchides. De ceux-ci il ne reste qu'uge fraction exerçant quelque auloiilé. Elle se compose d'Alides, descendants de Hacen, de Hoceïn et de Djàfer^ qui se trouvent encore dans le Hidjaz, entre la Mecque, Yanbô et Médine, et qui vivent répandus dans cette contrée, dont ils se sont rendus les maîtres. Ils forment des tribus nomades, ayant chacune son territoire particulier, son gouvernement propre et ses opinions à elle. Cette population est de quelques milliers d'individus, tout au plus. S'il est vrai que le Mehdi doive paraître, il ne saura faire prévaloir son autorité à moins d'appartenir à ces peuples par le sang, et de mettre d'accord tous les cœurs, avec l'aide de Dieu, atin de les entraîner après lui. Mais cela ne peut se faire que par la coopération de Dieu. S'il obtient un parti suffisant, il pourra ensuite faire prévaloir ses doctrines et y rallier les autres peuples. Si le Fatémide, parent de ces Alides, ne procède pas^ de cette manière, et s'il essaye de propager sa doctrine chez un peuple et dans un pays quelconques, sans avoir un parti pour le soutenir et des forces pour le faire respecter, s'il compte uniquement sur sa simple qualité de descendant du Prophète pour y parvenir, il ne réussira pas. C'est une tâche impossible^, ainsi que nous l'avons démontré par des preuves irréfragables.

Quant à l'opinion du vulgaire, des gens du peuple auxquels la raison manque pour les guider et l'instruction pour les éclairer, ils attendent l'apparition du Fatémide dans les temps les moins opportuns et dans les lieux les moins convenables*; et cela, parce qu'ils ajoutent foi à tous les bruits qu'on a répandus à ce sujet, et qu'ils ignorent la vérité en ce qui touche ce personnage, vérité que nous venons d'exposer. Us s'attendent ordinairement à le voir paraître dans quelque province éloignée, dans quelque localité sur l'.extrême limite du pays habité, telle que le Zab^ en Ifrîkiya, et le Sous, dans le Maghreb. On voit beaucoup de gens, d'une intelligence bornée, qui se rendent ' Je pense qu'il s'agit de Djafer es-Sa- ' Littéral. « hors d'analogie et hors de dec, le sixième imam. place. » ' Pour ijXiu, lisez;j^r. au sud du mont Auras.

à un ribal^ situé à Massa^, dans le Sous. Ils y vont avec l'inlenliou d'y rester jusqu'à ce qu'ils rencontrent ce personnage, s'imaginant qu'il doit paraître dans ce ribat, et qu'on y fera son inauguration. Ils ont choisi cet endroit parce qu'il est dans le voisinage du pays dfs Guedala^, un des peuples voilés, et qu'ils s'imaginent que (le Faténii(le) appartiendra à cette race, ou ])ien parce qu'ils'* pensent que ces nomades se chargeront de soutenir sa cause. Ce sont là des suppositions que rien ne justifie, excepté l'aspect extraordinaire des peuples (voilés). On admet de telles opinions, parce qu'on n'a jamais eu des connaissances certaines touchant la force de cette tribu; on ne sait si elle est nombreuse ou non, si elle est faible ou forte. (Mais cela leur a semblé devoir être ainsi) parce que les Guedala habitent un pays lointain, où l'autorité d'un gouvernement établi ne saurait se faire sentir, situé, comme il est, tout à fait en dehors de la frontière de l'empire. Ce qui les confirme dans leur opinion, c'est que le Fatémide ne portera pas le joug de la soumission, qu'il ne subira fautorité d'aucun empire, ni les décisions d'un gouvernement quelconque, et que la force armée n'aura aucune prise sur lui. Voilà tout ce qu'ils savent à ce sujet. Plusieurs individus, à l'intelligence bornée, se sont rendus à ce ribat avec l'intention de tromper le peuple et de se poser en fondateurs d'une nouvelle doctrine, projet qui sourit^ aux esprits ambitieux quand ils cèdent à l'inspiration du démon ou de leur propre folie. Aussi ces tentatives leur coûtent-elles très-souvent la vie.