SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

French

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Ahou Amr ed-Dani (habitant de Dénia) ', qui parut vers cette époque, parvint comme lecteur au premier rang. Ce fut à lui qu'on fit remonter les connaissances que l'on possédait dans cette science, et ce fut à son système de récitation que l'on fit aboutir les isnads des leçons qu'on enseignait. Les nombreux ouvrages qu'il composa sur cette matière devinrent des autorités auxquelles les lecteurs se rapportaient avec confiance et qui firent négliger les anciens traités sur le même sujet. On étudia surtout son ouvrage intitidé Teïcir^.

Dans une des générations suivantes parut Abou'I-Cacem Ibn Ferro^ es-Chatebi (natif de Xativa). Ce docteur, ayant entrepris d'arranger et d'abréger le recueil d'Abou Amr, mit en vers tous les renseignements que celui-ci avait consignés dans ses écrits. Comme il visait à surnommé /fen ^6i.4mer. Les affranchis et ' Cet ouvrage, dont le titre signifie clients qui l'avaient soutenu, lui et ses fils, «simplification ou aplanissement, » a eu formaient un parti très-puissant dans les plusieurs commentaires, dont on trouvera derniers temps de la dynastie oméiade. l'indication dans le Dictionnaire bibliogra- Modjahed fut client d'Abd er-Rahman, phique de Haddji-Klialifa.

fils d'El-Mansour. ' Ibn Ferro naquit à Xativa, l'an i iltk ' Abou Amr Othman, originaire de de J. C. Il se rendit en Egypte l'an 1176- Cordoue et domicilié à Dénia, naquit l'an 1 177, et mourut au Caire, l'an 1 igà- Son 371 de l'hégire (981-982 de J. C.j.Il com- autorité comme traditionniste et lecteur est posa, sur les leçons coraniques, plusieurs du plus grand poids chez les docteurs ouvrages, dont le plus célèbre, le Mocnê musulmans. On trouvera une notice de ce («ÀJLlI), nous est connu par une savante savant, dans le Dictionnaire biographique notice, insérée par M. de Sacy dans le d'Ibn Khallikan, vol. II, p. Zigg de la tratovaeVUlàes Notices et Extraits. Abou Arar duction anglaise. Le mot espagnol^erro la concision, il désigna, par des lettres de i'alphabet employées d'à- P. 390. près un système régulier, les noms des lecteurs (qu'il avait à citer), et il rédigea son ouvrage en vers afin qu'on pût le retenir plus facilement dans la mémoire '. Toute la science se trouve renfermée dans cet excellent traité. On se mit à l'apprendre par cœur et h l'enseigner aux enfants '^ dans les écoles, et cet usage se maintint (longtemps) dans les grandes villes de la Mauritanie et de l'Andalousie.

On ajoute quelquefois à l'étude des leçons celle de l'écriture, c'està-dire, l'orthographe^ employée dans la transcription du Coran. La raison en est que plusieurs mots de ce livre sont orthographiés contrairement à l'usage établi et aux règles. Ainsi, par exemple, on trouve le mot ^ajI» écrit avec un i ( a) de trop*, les mots Aij*?ili)* et Iyt»3jli)j'', écrits avec un a (!) de trop, et un oua (j) de trop dans l'expression (^jv^UàJl jl^=- ^. On remarque aussi que l'a est tantôt supprimé dans certains mots et tantôt conservé, et que le / est quelquefois représenté par un ^^ allongé quand il devait avoir la forme du t lié (s), lettre qui ressemble à l'A (s). Nous avons indiqué la cause ^de ces irrégularités dans notre chapitre sur l'écriture*, et, comme elles sont contraires aux règles et aux principes fondamentaux de l'orthographe, on s'est cru obligé d'en faire l'énumération et d'en parler dans les livre? qui traitent des sciences.

Quand ces écrits furent parvenus dans les contrées de l'Occident, Abou" Amr ed-Dani en prit connaissance et composa sur la même matière plusieurs traités, dont le mieux connu est celui qui porle ' Le iriûme syslèmc a été employé dans que noire auteur emploie le mot kilaha, quelques exemplaires du Coran. (Voy. la lanlôt avec le sens d'écriture et lantôt avec Noticed'un manuscrit arabe de l'Alcoran que celui d orthographe. M. deSacy inséra dans lelome IX des No- * Sour. li, verset It-j.

tices et Extraits, p. 91 et suivantes.) ' Sour. xxvii, verset ai.

^ Je lis ^jtcUjU avec l'édition de Bou- ' Sour. ix, verset à"]- lac. ' Sour. Lix, verset 17.

' On verra par la suite que le terme * Voyez ci-devant, p. 398.

(_>.j,>- est employé ici pour désigner les ' Pour ^^j lisez ^(. Les manuscrits C mots du Coran et non pas les lettres écrites. et D el l'édition de Boulac offrent la bonne .l'ni déjà fait observer, ci-devanl, p. Sçjy, leçon.

Ï5« PROLÉGOMÈNES le titre (ÏEl-Mocnê. Cet ouvrage fut bien accueilli par le public et devint pour lui une autorité décisive. Mis en vers par Abou '1-Cacem (Ibn Ferro) de Xativa, il forme un poëme qui est très-connu et dont la rime a pour base la lettre r. On s'empressa d'apprendre cette pièce par cœur.

Il survint ensuite une très-grande diversité dans les manières d'écrire certains mots et groupes de lettres autres que ceux dont nous avons parlé. Ces variantes furent signalées dans les écrits d'Abou P. 391. Dawoud Soleïman Ibn Nedjah, affranchi de Modjahed et célèbre' comme rapporteur des doctrines enseignées par son professeur^ Abou Amr ed-Dani, et comme répétiteur des livres composés par ce docteur.

D'autres irrégularités d'orthographe s'étant ensuite propagées dans le monde, un natif de Maghreb, qui vivait dans ces derniers temps et qui s'appelait El-Kharraz, les signala dans un autre poëme, composé en vers libres {ardjouza), et indiqua les noms des personnages sur l'autorité desquels on les avait reçues. Ce traité renferme de plus un grand nombre de discussions qui manquent dans le Mpcné. 11 a acquis une grande publicité dans les pays de l'Occident; c'est le seul ouvrage sur cette matière que les étudiants apprennent par cœur, car ils ont laissé de côté les écrits d'Abou Dawoud, d'Abou Amr et d'Es-Chatebi.

De l'interprélalion du lexte coranique.

Le Coran fut envoyé du ciel en langue arabe et dans un style conforme à la manière suivie par les Arabes pour bien exprimer leurs pensées. Ils le comprenaient tous alors, et entendaient parfaitement les idées simples et composées qu'il renferme. 11 fut révélé phrase par phrase, verset par verset, selon les occasions, soit pour manifester la doctrine de l'unité de Dieu, soit pour indiquer les obligations auxquelles les hommes doivent se soumettre dans ce monde. De ces passages, les uns énoncent les dogmes de la foi, d'autres renferment des prescriptions servant à régler les actions de l'homme ^ 11 y en a aussi qui, révélés d'abord, ont été annulés par d'autres, révélés postérieurement. Ce fut le Prophète qui en donna l'explication. Dieu lui-même a dit: [Nous l'avons donné an livre) afin que tu expliques aux hommes ce qui leur a été envoyé du ciel [Coran, sour. XVI, verset 4G); aussi, ce fut le' Prophète qui en développa le sens, distingua les versets abrogeants de ceux qui sont abrogés et communiqua ces connaissances à ses Compagnons. Ce fut aussi de sa bouche que les Compagnons apprirent la signilication (des versets) et les circonstances qui avaient donné lieu à leur révélation. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, ils surent que ces paroles. L'assistance de Dieu et la victoire étant venues'^, étaient l'annonce de la mort du Prophète*. On tient des Compagnons quelques autres indications d'un genre analogue. Leurs disciples communiquèrent ces notions les uns aux autres et les transmirent aux générations suivantes. (Cet usage continua) jusqu'à l'époque où les divers genres de connais- P. 392.

sauces acquises par les musulmans formèrent autant de sciences et lurent mis par écrit dans des recueils. Une grande partie de ces renseignements (au sujet du Coran) fut alors transcrite dans des livres dont quelques-uns olfraient les traditions provenant des Compagnons et (le leurs disciples. Les commentateurs, tels que Taberi*, El-Ouakedi^, Thaalebi^ et autres, à qui ces renseignements étaient parvenus (par la voie de la transmission orale), firent de leur mieux pour les mettre par écrit. Les sciences qui se rapportaient à la langue arabe, à l'institution primitive des mots, aux principes qui régissaient Lin. « à régler les membres <lu corps. • gneur et implore sa miséricorde, «son cou- ■ Sour. ex, verset 1. sin, Ibn Abbas, fondit en larmes, étant L annonce supposée de la mort de convaincu que c'était là un avertissement Mohammed se trouve non-seulement dans * adressé par Dieu à son Prophète afin qu'il le verset ciié par Ibn Khaldoun, mais se préparât à la mort, aussi dans le troisième verset de la même * Voy. r" partie, p. 5, note 2.

sourate. Quand Mohammed r-écita ces pa- '' Ibid. p. 5, note krôles, «Célèbre donc les louanges du Sei- " Ibid. p. aS, note 3.

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les inflexions grammaticales' et à la manière de combiner les mots afin d'exprimer les idées avec justesse et élégance, devinrent plus lard les objets de l'enseignement professionnel, et il fallut les réunir dans des recueils. Jusqu'alors, ces notions avaient été tellement familières au peuple arabe qu'il n'avait aucun besoin de recourir à des livres ou à la tradition orale pour se les procurer; mais ensuite elles avaient commencé à tomber dans l'oubli et à ne plus se retrouver que dans les écrits des philologues; aussi était-on obligé de recourir à ces ouvrages quand on s'occupait de l'interprétation du Coran, car ce livre était en langue arabe et dans un style conforme à la manière dont ce peuple s'y prenait pour bien exprimer ses idées.

L'interprétation du Coran forma ainsi deux branches (d'exégèse), dont l'une s'appelle Iradttioimelle (et l'autre philologique). La première s'appuie sur des renseignements oraux qui remontent aux premiers musulmans et consistent en la connaissance de l'abrogeant et l'abrogé^, des circonslances qui donnèrent lieu à la révélation des divers passages du Coran, et de fobjet de chaque verset. Rien de tout cela n'a pu se connaître que par des indications provenant des Compagnons et de leurs disciples. Les docteurs d'autrefois avaient réuni ces renseignements dans des recueils; mais leurs ouvrages renfermaient du bon et du mauvais, des traditions dont les unes étaient acceptables et les autres rejetables'^. Cela tenait à ce que les Arabes n'étaient pas de ces peuples qui possédaient des livres révélés et des notions scientifiques, mais des gens habitués à la vie nomade et profondément ignorants; aussi, quand ils voulaient connaître les causes P. 393. qui produisirent les êtres sublunaires, le mode de la création du monde, les mystères de l'univers, et autres choses qui intéressent profondément fcsprit humain, ils s'adressaient aux peuples qui ' Je lis <_>Iji^| avec le ms. D, l'éd. de ' Voy. ci-après, pàdà.

fiotilac et la tiadiiclion liirque. • * En arabe macboul et merdoud. Je tra- ' Littéral.» étantdevenus pratiques. » Le duis littéralement ces deux mois, qui font mot ^L*.^ (arliliciel) signilie ici: ce qui partie des termes techniques employés par s'enseigne comme un art et qui s'acquierl les docteurs qui examinaient iVuthenlicilé par i'élude et par l.n pratique. des traditions.

avaient déjà reçu des livres révélés et acceptèrent leurs renseignements. Ces peuples étaient les gens du Pentateiique, c'est-à-dire les juifs, et ceux qui les suivirent dans leur religion, c'est-à-dire les chrétiens. Or les gens du Pcntateuque qui habitaient alors parmi les Arabes étaient nomades (et ignorants) comme eux et ne possédaient pas plus de connaissances que le vulgaire de leurs coreligionnaires. La plupart d'entre eux étaient des' Himyérites convertis au judaïsme.

Lorsqu'ils embrassèrent la doctrine musulmane, ils conservèrent (une masse de récits) qui n'avaient aucun rapport avec les principes de la loi islamique qu'ils venaient d'apprendre: telles furent les traditions au sujet de l'origine des êtres créés, les prédictions de grandes catastrophes et autres choses de ce genre. Les personnes dont nous parlons étaient Kaab el-Ahbar^, Ouehb Ibn Monebbeh ', Abd Allah Ibn Selam *, etc. Les commentaires du Coran se remplirent alors de récits provenant de ces individus, sans remonter plus haut, se rapportant à des matières analogues à celles dont nous avons fait mention, et n'ayant pas assez de connexion avec les articles de la loi islamique pour qu'on se donnât la peine d'y rechercher ceux qui étaient authentiques et dignes d'être acceptés. Les commentateurs se montrèrent très-faciles là-dessus et remplirent leurs livres de récits de ce genre. Us les reçurent des gens du Pentateuque, ainsi que nous venons de le dire, d'individus qui habitaient le désert et qui étaient tout à fait incapables de prouver l'exactitude des histoires qu'ils ' Pour j-^, lisez v^-<^ ij-«- l'islamisme lors de la fuite de Mohaiimied ' Voy. i" partie, p. -ià, noie i. et de son arrivée à Médiiie. Cefiil en sa (a- . ' Ouclib Ibn Monebbel), juif conveili veur, dit-on, que Dieu lévéla ce verset: à l'islamisme et natif de Diniar.Loi, vil- 'i Et un témoin appartenant aux enfants iage situé à deux étapes de Sanà, capi- d'Israël atteste qu'il (le Coran) ressemble taie du Yémen, fut un des disciples des à la loi (de Moïse) et y croit.» (Coran, Compagnons de Mohammed, sur l'auto- sour. xlvi, verset g.) On tient de lui vingtrilé desquels il enseigna des Traditions. 11 cinq traditions relaiives à Mohammed, dont mourut à Sanâ, vers l'an ii4 de l'hégire il fut un des Coui|)agrions. Il assista à la (783 de J. C). conquête de Jéiusalem par les musulmans ' Ahd Allah Ibn Selam appartenait à la et mourut à Médine, l'an 43 (663-664 tribu juive des Boni Cainocà. Il embras«a de J. C).

racontaient. Ce fut la grande réputation de ces néophytes et la haute considération dont on les entourait, à cause de leur zèle pour la religion musulmane, qui portèrent les commentateurs à adopter leurs communications.

li'on s'appliqua plus tard à vérifier les traditions et à rechercher leur authenticité, et, dans un des derniers siècles, un docteur nommé Abou Mohammed Ibn Aiiya^, étant venu au Maghreb, résuma le con-P. Sg/i. tenu de ces commentaires, en y prenant surtout ce qui semblait le plus rapproché de la vérité. Son ouvrage, qui est très-bien rédigé, est fort répandu dans ce pays et en Espagne. Ei-Cortobi^ vint après lui et suivit précisément le même plan et la même méthode dans im traité qui jouit d'une grande réputation en Orient.

La seconde branche de la science d'interprétation coranique est purement philologique, étant basée sur la connaissance de la langue^ et sur l'art de bien exprimer ses pensées au n)oyen de termes et de tournures convenables*. Cette branche se trouve rarement isolée de l'autre, laquelle est la seule qu'on regarde comme essentielle. En efiet, l'interprétation philologique commence seulement à se développer quand la connaissance de la langue et des sciences qui s'y rattachent ne s'acquiert plus que par l'élude. Il est vrai cependant que, dans certains commentaires, elle occupe la principale place.

Le meilleur ouvrage de cette (dernière) classe est celui qui porte le titre à' El-Keschafl(qm dévoile, révélateur) et qui a pour auteur Ez-Zamakhcheri ^, natif du Kharism de l'Irac '^. Mais malheureusement ' Ce personnage est le même que le ' LiHéral. «par la justesse des vues el cadi Abd el-Hacc dont noire auteur a déjà des tournures. » lait mention. (Voy. ci-devant, p. 61.) ' Ce célèbre docteur, dont la vie se * Abou Abd Allah Mohammed Ibn trouve dans le Dictionnaire biographique Ahmed Ibn Atiya el-Corlobi (natif de d'Ibn Rhallikan, vol. III, mourut l'an 538 Cordoue) composa plusieurs ouvrages sur de l'hégire (1 iZi4 de J. C). Son excellent les traditions. 11 mourut dans la haute commentaire, le. KeschaJ, vient d'être Egypte l'an 671 ( 1272-1 27,'i de J. C). publié à Calcutta par le capitaine Nassau ' On lit de plus dans rédition de Bou- Lees, en 2 vol. in-à°.

lac cjl^^fj « et des inflexions grammati- " Ibn Klialdoun commet ici une étrange cales. » inadvertance: le Kharism ( Khouarezm ) ce docteur professa les opinions des Motazelites en ce qui touche à certains dogmes de la foi, et cela le porta à insérer dans son ouvrage des arguments en faveur des doctrines pernicieuses de ces sectaires, toutes les fois que les figures de rhétorique offertes par certains versets du Coran lui en donnaient l'occasion; aussi les docteurs sonnites les plus scrupuleux se dét(^urncnt-ils de ce livre et mettent-ils le public en garde contre le venin qui s'y trouve caché; mais cela ne les empêche pas de reconnaître le profond savoir de l'auteur en tout ce qui touche à la langue et.au style. Ceux qui connaissent bien les doctrines orthodoxes et qui savent employer de bons raisonnements pour les défendre pourront lire cet ouvrage sans tomber dans les pièges qu'ils doivent y rencontrer. Je leur recommande même de prendre connaissance de ce traité, à cause du talent extraordinaire déployé par l'auteur dans les diverses branches de la science philologique.

Nous avons reçu dernièrement, en Maghreb un ouvrage composé. par Cheref ed-Dîn et-Teïibi ', natif de Tauris dans l'irac persan. L'auteur commente le texte de Zamakhcheri mot par mot, tout en expo- P. 395. sant la futilité des preuves alléguées par ce docteur en faveur du système des Motazelites. Il y démontre aussi que les expressions figurées du Coran doivent s'entendre d'après le système des Sonnites et non pas d'après celui des Motazcfites. Dans ce livre, il déploie un profond savoir ainsi qu'une grande connaissance de toutes les branches de la rhétorique. // est quelqu'un plus savant que les savants. {Coran, sour. xii, vers. 76.)

Des sciences qui ont poui" objet les traditions.

Les sciences qui ont pour objet les traditions sont très-nombreuses et de diverses espèces. Une de ces sciences regarde les traditions qui est situé, non pas en Irac, mais bien au plissent plusieurs grands volumes. Il intidelà, sur le bord de l'Oxus. tula cet ouvrage: Folouh cl-Gheïb. Haddji ' Cheref ed-Dîn Hacen Ibn Mohammed Khalifa en parle dans son Dictionnaire "^-J annulent les autres et celles qui ont été annulées. Il faut savoir que notre loi admet la validité de ces abrogations et enseigne qu'elles ont eu lieu par une grâce spéciale de Dieu envers les hommes, et dans le but d'alléger les obligations dont il les avait chargés et de contribuer à leur bien-êlre. Dieu a dit (à son Prophète): Nous n'abrogerons aucun verset de ce livre ni n'en fcrqps disparaître un seul de ta mémoire, sans le remplacer par an autre gui sera meilleur ou pareil. (Coran, sour. ii, vers. lOO.)

[La connaissance de l'abrogeant et l'abrogé se rapporte également au texte du Coran et à celui des Iraditions; mais, en ce qui regarde le Coran, cette connaissance se trouve incluse dans Ja science de l'exégèse', tandis que celle qui regarde le texte des traditions tient une place particulière parmi les sciences qui ont les traditions pour objets] Quand deux déclarations (soit du Coran, soit des traditions) se contredisent, l'une étant négative et l'autre affirmative, et qu'elles ne se laissent pas concilier parla voie de l'interprétation, on n'a qu'à connaître celle qui a été énoncée en premier lieu pour être assuré que celle dont renonciation a eu lieu postérieurement annule l'autre. De toutes les sciences qui ont pour objet les traditions, celle-ci est la plus importante et la plus difficile. «Les savants, dit Ez-Zohri^ se sont fatigués et épuisés en travaillant à distinguer l'abrogeant de l'abrogé, dans les traditions provenant du Prophète de Dieu. » L'imam Es-Chafèi était profondément versé dans cette branche de connaissances.

' Le traJucleur lurc relève l'opinion qu'lbn Klialdoun énonce ici indirectement et nous apprend qu'on a composé plusieurs traités ayant poursujet spécial l'abrogeant et l'abrogé du texte coranique. Un de ces ouvrages jouit d'une grande réputation et a pour auteur le cheikh Abou '1-Cacem llibet Allah Ibn Seiaina, surnommé \! interprète du Coran (El-Mofasser). Nous savons, par Haddji Khalifa et par Soyouti, que ce docteur mourut l'an 4iO de l'hégire (1019 deJ.C).

^ Ce passage ne se trouve ni dans l'édition de Boulac ni dans les mss. C et D. Le traducteur turc l'a inséré dans le second des paragraphes suivants, après les mots: de ces termes techniques.

[^Parmi les sciences qui ont les traditions pour objet on compte P. SgO. celle qui nous apprend les règles établies par les anciens docteurs en traditions, dans le but de nous faire connaître les isnads, les rapporteurs (de traditions), leurs noms, la manière dont les uns recevaient les traditions des autres, leur caractère et leur conduite, le rang qu'ils occupaient parmi les traditionnistes et les divers systèmes de termes techniques^. Voici l'avantage qui découle de cette étude: les docteurs de la loi sont unanimement d'accord sur l'obligation de conformer ses actions à ce qui est indiqué dans les traditions attribuées au Prophète et dont l'authenticité a été reconnue. L'établissement de leur authenticité dépend d'une condition, à savoir, qu'on ait dans P. Syy. l'esprit plus de motifs pour y croire que pour la nier. Celui qui s'occupe de questions de cette nature est donc obligé par devoir de vérifier les points qui lui ont servi pour établir son opinion. Pour cela il doit examiner les isnads de la tradition et savoir d'une manière certaine que les individus qui l'ont rapportée étaient d'une probité bien constatée («Ja/a), jouissaient d'une bonne mémoire [daht), retenaient exactement ce qu'ils avaient appris [itcan], et n'étaient pas disposés à l'incurie ni à la négligence. La constatation de ces qualités résulte des déclarations fournies par des docteurs d'un mérite reconnu.

On doit aussi connaître le rang que chaque traditionniste tenait dans la science et la manière dont il avait reçu ses traditions; si c'était oralement, de la bouche même de son précepteur, ou en les lisant sous la direction de ce maître, ou en les entendant lire à un autre sous . ' Les paragrnplies et les mois placés entre des crochels ne se Irnuvent pas dans tes russ. C et D, ni dans l'édition de Bonlac. ' Je dois faire observer qu'à la place des cinq paragraphes qui suivent on trouve une autre rédaction dans les mss. C et D et dans l'édition de Boulac. L'auteur avait remplacé la première rédaction par une autre, que M.Quatreinère a reproduite. La Prolégomènes. — il.

rédaction primitive se trouve, en forme de note, dans son édition du texte arabe, el j'en donne ici la traduction: « On range au nombre " des sciences qui ont pour objet les traditions, l'examen des isniids et la connaissance des traditions qui, en s'appuyant sur des isnads remplissant toutes les conditions exigées, offrent des règles auxquelles les croyants ri66 PROLÉGOMÈNES cette direction, on en se les faisant écrire par son précepteur, ou en les obtenant de lui déjà écrites [monaouela), ou en se faisant donner par ce docteurune licence d'enseigner certaines traditions avec une atlestalion sont tenus de conformer leurs aciions. Le contenu de toutes les traditions qui rappellent les actes ou les paroles du Prophète est obligatoire quand les motifs de croire ' à leur authenticité prédominent sur ceux qui les feraient rejeter. On doit donc s'appliquer avec un zèle sincère à parcourir la voie par laquelle on arrive à celte croyance. Il faut donc apprendre quel était le caractère de chaque rapporteur de traditions, sous le point de vue de la probité et de la bonne méluoire; connaissance qui se puise dans les renseignements fournis par les grands docteurs de la religion et nous donnant l'assurance que ces traditionnistes étaient des hommes de bien, d'un caractère irréprochable et incapables de se tromper dans ce qu'ils rapportaient. Cela nous conduit à distinguer les traditions qu'il faut accepter de celles que nous devons rejeter. On doit savoir, de plus, le degré d'autorité qu'on accordait à chaque traditionniste, tant des Compagnons que de leurs disciples, à connaître les indices au moyen desquels on avait établi entre eux ces différences, et les circonstances et les traits qui les distinguaient individuellement. Ajoutons que les isnuds varient de caractère: les uns sont continus (mottecel) et les autres m-/errom/)ui(moncateà).Ces derniers proviennent de rapporteurs qui n'ont pas rencontré les traditionnisies sur l'autorité desquels ils enseignaient des liadilions. Les premiers se reconnaissent à l'absence de tout défaut qui pourrait affaiblir leur authenticité. La différence qui existe entre ces deux classes conduit à un double résultat'', savoir, qu'il faut accepter les traditions du degré supérieur et rejeter celles du degré inférieur. Quant à celles de la classe intermédiaire, les opiitions varient, selon qu'on accepte les jugements émis à cet égard par l'un ou par l'antre des grands docteurs. Les hommes versés dans la science des traditions font usage de termes techniques qu'ils sont convenus d'employer et qui servent à désigner les traditions selon leurs divers degrés d'authenticité. Tels sont le» mots: saines (sahîh), /«/ssaWes (l)acen)/aibks (dhaîf ), relâchées (morcel ), interrompues (moncateâ), réfraclaires (modhal), exceptionnelles (chadd), cxlraordinuires (gharîb), etc. C'est sous ces divers titres qu'on a classé les traditions, avec l'indication de l'accordou du désaccord des docteurs à l'éeard de leur authenticité. L'étuillant doit aussi examiner la voie par laquelle chaque traditionniste a reçu de son devancier le renseignement qu'il rapporte, c'est-à-dire si c'est en les lisant devant lui (pour y obtenir son approbation), ou, en les écrivant sous sa dictée, ou en les obtenant de lui, déjà écrits, ou en se faisant donner une licence de les enseigner. Il est tenu, de plus, à connaître le degré d'autorité qui s'accordait à chaque (tradition), les diverses opinions des docteurs à l'égard de l'accueil qu'on doit faire à ces récils, soit pour les accepter, soit pour les reje- Pour Pour ^1 i^j^yh, lisez ^3 lisez i^JJ-ll s^.

de leur authenticité. Les traditions acceptables^ sont celles qui ont été transmises par des traditionnistes (d'une probité bien constatée)].

[Selon les docteurs qui cultivent cette science, les traditions qui tiennent le premier rang parmi les acceptables sont [es saines (sabîh) et puis les passables (hacen); celles du rang inférieur sont les faibles (dhaîf), terme qui comprend les relâchées (morcel), les interrompues (moncateâ), les ré/ractaires (modhal), les défectueuses (moallel), les exceptionnelles (chadd), les extraordinaires (gharîb) elles désapprouvées (monker) ^. Parmi les tradvlions faibles il y en a dont le rejet est admis par quelques critiques et désapprouvé par d'autres; il s'en trouve aussi sur (le rejet) desquelles ils sont tous d'accord. Il en est de même en ce qui regarde les traditions saines: parmi elles s'en trouvent plusieurs que tous les docteurs reçoivent comme authentiques, et d'autres sur lesquelles ils diffèrent d'avis. Une grande diversité d'opinions existe aussi parmi les docteurs au sujet de la signification précise de chacun de ces termes techniques.]

tfir. Ensuite on doit aborder le» traités" servant à expliquer les mots qui se rencontrent dans le texte des traditions et qui se désignent (selon leur caractère) par les termes: extraordinaires (gliarîb), douteux (mochkel), altérés (mosahliaf), Jiomonymes (nioflerec) el synonymes (moutelef). Voilà ce qui doit former l'étude principale de ceux qui s'occupent des traditions. Les traditionnistes des temps anciens, c'esl-àdire les Compagnons et leurs disciples, étaient des personnages notables; chacun d'eux étant bien connu dans la ville qu'il habitait. Les uns demeuraient dans le Hidjaz, les autres à Basra et à Koufa, villes de l'irac, d'autres encore s'étaient fixés en Syrie ou en Egypte, et tous jouissaient d'une grande notoriété dans les temps où ils vivaient. A cette époque déjà ancienne la voie (ou système) suivie par les traditionnistes du Hidjaz, en ce qui regarde les isnads, élah bien supérieure'' à celle de leurs confrères et donnait bien plus de certitude à l'authenticité de leurs traditions. Cela provenait de l'extrême soin qu'ils avaient mis à observer toutes les conditions requises dans celte matière, surtout en ne rapportant rien que sur l'autorité des hommes de bien, doués d'une bonne mémoire, et en repoussant les traditions qui provenaient de rapporteurs dont on ignorait l'iiistoiie et le caractère. » ' La leçon imprimée J).>i"' me paraît inadmissible: je lis JL»jm.

' Voy. pour l'explication de ces ternies la noie à la fin de celle partie.

an ^^*xjl ag.

^68 PROLÉGOMÈNES [A la suite de cette partie, on discute la signification des mots remarquables qui se rencontrent dans les textes mêmes des ti-aditions et dont on a formé des classes qui se désignent par les termes rare (gharîb), obscur (moclikel), altéré (mosahhaf) et homonyme (mofterec). On a dressé un corps de règles qui servent à faire reconnaître les mots qui doivent entrer dans chacune de ces classes, à en expliquer le sens et à distinguer les isnads qui n'ont pas subi d'altérations.]

[Le premier des grands docteurs en traditions qui rédigea un code de cette espèce fut Abou Abd Allah el-Hakem '; ce fut lui qui disposa les règles en ordre et en fil valoir la grande utilité. Les traités qu'il composa sur cette matière sont bien connus. Après lui vinrent d'autres docteurs qui écrivirent des livres sur le même sujet. Celui d'entre eux dont l'ouvrage est le mieux connu vivait au commencement du p. 398. vu"' siècle et s'appelait Abou Amr Ibn es-Salâh^. Un autre docteur, Mohii ed-Dîn en-Newaoui ', le suivit dans la même voie. Cette branche de la science (des traditions) a un but bien noble, car elle enseigne les moyens qu'il faut employer afin (de reconnaître et) de conserver les traditions provenant de l'auteur de notre loi, de sorte qu'on puisse distinguer celles qu'il faut recevoir de celles qu'il faut rejeter.]

[Les Compagnons et leurs disciples qui ont rapporté (les traditions qui forment) la Sonna étaient des personnages bien connus dans les grandes villes de l'empire musulman. Les uns habitaient le Hidjaz, les autres demeuraient à Koufa, à Basra, en Syrie et en Egypte. Ils comptaient tous parmi les gens les plus marquants de leurs générations respectives. Le système d'isnads employé par les traditionnistes du Hidjaz est bien supérieur à celui dont les autres traditionnistes se servaient, et corrobore singulièrement l'authenticité des traditions. Cela tient à l'extrême soin qu'ils mettaient à observer toutes ' Voy. la 1" partie, p. 188, note. (i245 de J. C). Ou trouvera sa biogra- ' Taki ed-Dîn Abou Amr Olhman Ibn phiedansi'ouvraged'Ibn Khallikan,vol.H, es-Salàh, célèbre docteur en traditions et p. 188.

jurisconsulte Ircsliabile, enseignait à l)a- ' Voy. la 1" partie, p. Sga.

ma<. et mourut dans celte ville l'an 643