SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume II

French

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mans, El-Macaucas avait conservé sa po- dans quelques endroits, silion comme chef ou prince du peuple ' Après yl^, insérez l.

copte. ' Le terme arabe signifie cachet.

on l'a appliqué à la direction de ce genre de fabrication et à la surveillance qui s'exerce sur l'exacte observation de toutes les règles prescrites en cette matière. C'est là l'office dont le mot sicca est devenu comme le nom propre dans le langage usuel de l'administration politique. Cet office-est d'une absolue nécessité à l'empire, puisque c'est par son ministère que, dans les transactions commerciales, on distingue la bonne monnaie de la mauvaise, et que c'est le type connu, imprimé sur les monnaies par l'autorité du souverain, qui garantit leur bonté et prévient toute fraude. Les rois perses avaient leurs types monétaires, sur lesquels ils gravaient certaines figures consacrées par l'usage, telles, par exemple, que la figure du souverain régnant, ou celle d'un château', d'un animal, d'un objet de fantaisie ou de toute autre chose. Les Perses conservèrent celte pratique aussi longtemps que dura leur empire.

Dans les commencements de l'islamisme, la sicca fut totalement négligée, par un effet de la simplicité que la religion imprimait aux mœurs, et de la civilisation imparfaite que la vie nomade avait communiquée aux Arabes. Les musulmans employaient dans le commerce i'or et l'argent au poids, et les dinars et dirhems dont ils faisaient usage étaient ceux des Perses; ils leur donnaient cours uniquement en les prenant au poids, et c'était le moyen d'échange reçu parmi eux. Mais, par suite de l'insouciance du gouvernement à cet égard, il s'introduisit une frande révoltante dans le titre des pièces d'or et d'argent. Par l'ordre du khalife Ahd el-Melek, comme le rapportent Saîd Ibn el -Moseïyeb * et Abou 'z-Zinad', El-Haddjadj fit frapper des dirhems et distingua ainsi les pièces de bon aloi de celles dont le titre était altéré. Ceci eut lieu en l'année -jli (693-694 de J. C), ou, sui- ' On voit sur beaucoup de monnaies Compagnons de Mohammed, se distingua sassanides la ligure d'un autel sur lequel comme jurisconsulle et comme Iraditionbrùle le feu sacré. Ibn Klialdoun a cru y nisle. On le place au premier rang parmi voir la représentation d'un châleau. les savants de celte époque. Il mourut * Abou'z-Zinad Abd AllablbnDJkouan, duction du Dictionnaire biographique natif de Médine et un des disciples des d'Ibn Khallikan, 1. 1, p. 58o, note 6.

vant El-Medaïni \ en l'année 76. En l'année 76, Abd el-Melek donna P. 49. ordre qu'on en frappât dans toutes les parties de l'empire; il fit graver sur ces monnaies: Dieu est unique, Dieu est étemel. Ensuite Ibn Hobeïra, ayant été nommé gouverneur de l'Irâc sous le khalifat de Yezîd, fils d'Abd el-Melek, améliora la monnaie {sikka), et, après lui, elle reçut encore une nouvelle amélioration de Khaled el-Casri ^, et, plus tard, de Youçof Ibn Omar^ Suivant un autre récit, Mosâb, fils d'Ez-Zobeïr *, fut le premier qui frappa des dinars et des dirbems; il le fit en l'année 70, par ordre de son frère Abd-AUah, lorsque celui-ci exerçait la souveraineté dans le Hidjaz. Mosâb grava d'un côté le mot bénédiction, et de l'autre le nom de Dieu. Un an après, El-Haddjadj cbangea cela et grava sur la monnaie ces mots: Au nom de Dieu, El-Haddjadj. Dès lors on lui donna le poids qui avait été fixé du temps d'Omar (le second kbalife); car il faut savoir qu'au commencement de l'islamisme, le dirhem (pièce d'argent) pesait 6 danecs, et le mithcal (pièce d'or) pesait 1 dirhem 8/7^ de dirhem; ainsi, 1 o dirbems étaient égaux en poids à 7 mitbcals. La cause de cela fut que, du temps des Perses, il y avait des dirhems de poids différents; les uns pesaient, comme le mithcal, 20 kirats, d'autres 12 et d'autres enfin 10. Lorsqu'il fallut fixer l'évaluation du dirhem pour régler ce qui concerne la dîme ^, on prit le terme moyen de ces trois sortes de dirhems, c'est-à-dire, 1 1\ kirats, et par là le mithcal (qui pesait 20 kirats) se trouva égaler en poids 1 dirhem 8/7^* de dirhem. Selon d'autres, il y avait alors dans le commerce le dirhem baghli, pesant 8 da- ' Abou '1-Hacen Ali el-Meclaïni, né à ' Voyez la Chrestomatkie arabe de M. de Medaïn (Ctésiphon), l'an i35 (752-753 de Sacy, t. II, p. 294. Selon Ibn Khallikan, .1. C), composa plusieurs ouvrages sur Youçof Ibn Omar Thakefi mourut de mort l'histoire de Mohammed, des Oméiades, violente l'an 127 (744-7/45 de J. C). des Abbacides, des conquêtes faites par * Mosâb, frère du célèbre Abd-Allah les musulmans, etc. Il mourut en 225 Ibn ez-Zobeïr, trouva la mort sur le champ On trouvera une notice sur Klialed Ibn Merouan. el-Casri dans le premier volume de la tra- ' La dîme sur l'or et l'argent est de deux ducliond'Ibn Khallikan, p. 484- et demi pour cent.

necs; le dirhem taberi, qui en pesait li; le maghrebi, qui en pesait 3, et enfin le yéméni^, qui n'en pesait qu'un. Omar ordonna qu'on examinât quels étaient ceux de ces dirhems qui dominaient dans le commerce; il se trouva que c'étaient le baghli et le taberi, qui, réunis ensemble, donnaient 1 2 danecs. On fixa donc le poids du dirhem à 6 danecs. En ajoutant à ce poids les S/y", on avait un mithcal; et si d'un mithcal on retranchait 3/i o'=^ on avait i dirhem. Lors donc p. 50.

qu'Abd el-Melek jugea à propos d'adopter un type monétaire, afin de préserver de toute altération frauduleuse les deux espèces qui avaient cours dans le commerce des musulmans, il détermina leur poids d'après ce qui avait été réglé du temps d'Omar; il fit faire un coin de fer et fit graver dessus des mots et non pas des figures, parce que l'art de bien parler et de s'exprimer nettement était le talent le plus familier aux Arabes et celui par lequel ils se distinguaient davantage, et que d'ailleurs les figures sont proscrites par la religion. Cela (c'està-dire l'usage de ne pas mettre des figures sur les monnaies) s'est conservé pendant^ toute la durée de l'islamisme. Les dinars et les dirhems étaient, les uns comme les autres, de forme ronde, et les légendes y étaient gravées en plusieurs cercles concentriques. D'un côté, on écrivait les noms de Dieu avec le tehlil et le iahmîd *, et la formule de bénédiclion sur le Prophète et sa famille; de l'autre côté on inscrivait la date et le nom du khalife. Cela se pratiqua ainsi pendant tout le temps des Abbacides, des Obeïdides (Fatemides) et des Oméiades *. Quant aux princes sanhadjiens^, ils n'eurent de type monétaire que vers la fin de leur domination. Ce fut, comme le rapporte Ibn Ham- ' Jusqu'à présent on n'a rien de pré- ^ Une dynastie sanhadjienne, celle des cis sur ces monnaies anté-islamites. Zirides, remplaça la dynastie des Fate- ' Pour (jl, lisez j. midesen Ifiîkiya. Elle se partagea en deux ' Le terme (e/i?i7 sert à désigner la for- branches, les Badicides et les Hammamule // n'y a point d'autre diea que Dieu; dides, dont l'une régna à Cairouan et on désigne par le mot tahmîd la formule l'autre à EU-Calà et à Bougie. Pour leur Louange à Dieu, histoire, voyez le second volume de ÏHis- * Voy. la note de M. de Sacy, Chresto- loire des Berhers. mathie arabe, t. II, p. agB.

mad ' dans sa chronique, Mansour, souverain de Bedjaïa (Bougie), qui adopta un type monétaire^. La dynastie des Almoliades avait reçu du Mehdi l'exemple de fabriquer des dirhems carrés ou de graver sur la surface circulaire du dinar un carré qu'on remplissait, d'un côté, avec le teldil et le tahniîd, et de l'autre avec une légende en plusieurs lignes contenant le nom du Mehdi, et ceux des khalifes ses successeurs'. Les Almohades se conformèrent à cette prescription, et, jusques aujourd'hui, telle est la forme de leurs monnaies.

On rapporte que le Mehdi, avant qu'il se fit connaître publiquement, était surnommé le maître du dirhem carré: celle épithèle lui avait été donnée par les faiseurs de prédictions, qui avaient annoncé P. 5i. d'avance, dans leurs livres de pronostics, sa venue et la fondation de son empire.

Quant aux Orientaux de notre temps, leurs monnaies n'ont pas de poids fixe; ils ne prennent dans le commerce les dirhems et les dinars qu'au poids, employant pour cela des étalons qui sont estimés correspondre à un certain nombre de ces pièces. Ils gravent sur les monnaies, au moyen du coin monétaire, le tehlil, la bénédiction sur le Prophète* et le nom du sultan, comme on fait dans le Maghreb. Tel est l'arrêt du Puissant, du Sage. [Coran, sour. xxxvi, vers. 38.)

Remarque. — Nous devons terminer ce que nous avions à dire du type monétaire en exposant ce qu'on entend, en termes de jurisprudence musulmane, par dirhem el dinar, et en faisant connaître la valeur légale de ces deux espèces. Voici de quoi il s'agit: les dirliems et les dinars varient, pour le poids et la valeur, dans les divers pays, dans les différentes villes capitales et dans chaque province. Mais, comme la loi divine en a fait mention et qu'il s'y rattache beaucoup Gel historien appartenait probable- de la monnaie. 11 y donne aussi les inscripmenl à la famille des Hammadides. lions d"tm dinar frappé à Bougie par Yaliya Dans l'Histoire des Berbers, tome II, en 543 (i iZi8-i iàç))- Ce prince venait de p. 67 de ma traduction, Ibn Khaldoun reconnaître la souveraineté des Abbacides.

rapporte, sur l'autorité d'ibn Ilammad, ' C'esl-à-dire, le nom du khalife réque Yahya le Hammadide, fils d'El Aziz, gnant. • et pelit-fils d'El-Mansour, changea le coin ' is\iUJf équivaut à;^^| Jji ïXan.

de décisions relatives à la' dîme, aux mariages, aux peines (pécuniaires), etc. il faut nécessairement qu'en matière de législation ces espèces aient une valeur fixe, déterminée par la volonlé de la loi, et qui serve de base aux jugements', à l'exclusion des espèces réelles dont la valeur n'est pas déterminée par la loi ^ Il est donc nécessaire de savoir que, depuis le commencement de l'islamisme, et dès le siècle des Compagnons du Prophète et de leurs disciples, il a été reconnu d'un commun accord que, par dirhem légal, on entend celui dont dix sont égaux en poids à 7 milhcals^ d'or, et dont quarante font l'once; d'où il suit que ce dirhem égale 7/1 o*^ du dinar. Or, le poids du mithcal.d'or pur étant égal à 72 grains d'orge d'une dimension moyenne, le dirhem, ou les 7/10^ du mithcal, équivaut à 5o grains a/S*^'. Toutes ces évaluations sont fixées par le commun consentement des docteurs; car, dans le temps du paganisme, il y avait chez les Arabes des dirhems de plusieurs sortes: le taberi, le plus fort* de tous, pesait 8 danecs, et le baghli k danecs; on en prit le terme moyen, c'est-à-dire 6 danecs, pour le dirhem légal. Ainsi on obligeait à payer pour la dîme 5 dirhems, valeur moyenne, sur la somme de 100 dirhems iaberis et 100 dirhems baghlis. On n'est P. 52.

pourtant pas d'accord sur l'époque où la chose fut ainsi réglée. Quelques-uns attribuent cela à Abd el-Melek, et disent que, depuis lui, ce règlement a été adopté d'un commun consentement, comme nous l'avons rapporté. C'est ce que dit El-Khattabi^ dans l'ouvrage intitulé Maalem es-Sonen, et aussi El-Maouerdl dans le livre qui a pour titre El-Ahkam es-Soltaniya. Mais des docteurs modernes plus, critiques nient cela, parce qu'il s'ensuivrait que l'appréciation du LiUéial. «à l'exclusion des non le- Il laissa plusieurs ouvrages dont un est gales. » un commenlaire sur le Sahîh d'El-Bokliari, ' Les mois dinar et mithcal s'emploient et dont un autre renferme l'explication l'un pour l'autre. des traditions qui se trouvent dans le re- ' Littéral. « le meilleur. » cueil d'Abou-Dawoud. Sa vie se trouve . ^ Abou Soleïman Hamd el-Kliattabi, dans le Dictionnaire biographique d'ibn S.

dinar et du dirhem légaux aurait été ignorée au siècle des Compagnons du Prophète et de leurs premiers successeurs, quoique l'exécution des lois relatives à la dîme, aux mariages, aux peines (pécuniaires), etc. dépende nécessairement de celte évaluation, ainsi que nous l'avons dit. Le vrai est que l'évaluation du dinar et du dirhem légaux était connue dans ces temps-là, puisqu'il existait alors des cas dont le jugement dépendait de cette appi'éciation; mais il n'y avait point de monnaie etFeclive pour la représenter, bien qu'on la connût dans les jugements qui se réglaient d'après l'évaluation et le poids des deux espèces réelles. Cela resta sur ce pied jusqu'à ce que l'empire musulman eût pris plus de développement et de grandeur.

Voulant alors éviter l'embarras de la réduction des monnaies réelles en monnaies de compte', on se vit conduit à désirer la fabrication de monnaies réelles, qui, par leur valeur et par leur poids, représenteraient exactement le dinar et le dirhem légaux. Ceci eut lieu sous le khahfat d'Abd el-Melek; il fit donc en sorte que les deux espèces légales eussent chacune leur représentant positif, de sorte que la monnaie idéale devint une monnaie réelle. Ce prince fit graver, sur le type monétaire des espèces tant d'or que d'argent, son nom et la date delà fabrication après les deux formules dont se compose la profession de foi musulmane, et il retira tout à fait du cours les monnaies du temps du paganisme afin de les faire affiner et refondre pour recevoir le nouveau type; ainsi elles disparurent entièrement. Voilà ce qui est vrai et incontestable.

Plus tard, les personnes chargées de la fabrication des monnaies pour l'Etat jugèrent à propos de s'éloigner des évaluations établies, par la loi; de sorte que les espèces d'or et d'argent varièrent suivant les lieux et les pays. On en revint donc à ce que les monnaies lé-53. gales ne fussent pius, comme dans le principe, que des monnaies idéales. Par une suite nécessaire de cela, on fut obligé partout de connaître le rapport entre la monnaie réelle et la monnaie fictive, ' L'édilion de Boulac, le manuscrit D arabe de M. deSacy portent^JiNiuJf.leçon et le texte publié dans la Chrestomathie que je préfère.

quand il s'agissait d'acquitter les obligations pécuniaires imposées par la loi. ■ Quant au poids de 72 grains d'orge de moyenne dimension pour le dinar, c'est celui dont l'indication a été transmise par les docteurs les plus exacts, et qui est généralement adopté. Cependant IbnHazm* s'en éloigne et le fixe à 8h^ grains, si nous en croyons le cadi Abd el-Hacc*; mais tous les bons critiques ont rejeté son opinion, qu'ils regardent comme une méprise ou une erreur; et c'est là le vrai. Dieu confirme la vérité par sa parole.

Il faut encore savoir que l'once légale n'est pas celle qui est en usage parmi les liommes; celle-ci varie suivant les lieux, tandis que l'once légale est un poids fictif, sur lequel tout le monde est d'accord. Dieu a créé toutes choses et leur a assigné leur destination. [Coran, sour. xxv, vers. 2.)

Le sceau (khatem). — La garde du sceau est une des dignités du sultanat, une des charges de la royauté. Les rois, tant avant qu'après l'islamisme, ont eu l'habitude d'apposer leurs sceaux sur les dépêches et les actes officiels. Dans les deux recueils de traditions authentiques*, nous lisons que, le Prophète ayant voulu écrire au César ^, on lui fit observer que, chez les peuples étrangers, on n'acceptait aucune lettre, à moins qu'elle ne fût munie d'un sceau. Le Prophète fit donc faire un cachet en argent portant cette inscription: Mohammed rasoul Allah (Mohammed, l'envoyé de Dieu). «Ces trois mots, dit El-Bokhari, furent rangés sur trois lignes; le Prophète se servit de ce ' Abou Mohammed Ali, surnommé Ibn-Hazm ed-Dhaheri, naquit à Cordoue, l'an 384 (99^ de J. C). Il composa un grand nombre d'ouvrages sur les dogmes musulmans et sur le droit. Ce célèbre docteur mourut à Niebla, l'an ^56 (io64). (Dict. Biog. d'Ibn Khallikan, t. II, p. 267 et suiv.)

' Pour i*i\', lisez *4y avec l'édition de Boulac.

' Le cadi Abd el-Hacc Ibn Gbaleb Ibn Atiya, natif de Grenade, a été toujours regardé comme l'imam ou chef de tous les docteurs espagnols qui s'occupaient de l'interprétation du Coran. Il remplit les fondions de cadi dans la ville d'Almeria, et mourut l'an 54i (1 147 de J. C.) . ' Le Sahih d'El-Bokbari et celui de Moslem.

' Il s'agit de l'empereur Héraclius.

cachet et défendit d'en fabriquer un semblable. » Selon le même auteur, le cachet du Prophète fut celui dont Abou Bekr, Omar et Othman firent usage; il échappa de la main d'Othman, et tomba dans le puits d^Arîs ', où il y avait toujours beaucoup d'eau, et dont on n'a jamais pu trouver le fond. Othman fut très-afiligé de cet accident; il P. 54. en tira un mauvais augure pour l'avenir, et fit fabriquer un autre cachet, semblable à celui qu'il avait perdu.

L'emploi du^ cachet et l'inscription qu'il porte peuvent varier de plusieurs manières. Le mot khatem (cachet, sceau, bague) a diverses significations: il désigne l'objet qu'on porte sur le doigt et dont on se sert pour cacheter; il signifie aussi \ achèvement d'une chose et son accomplissement; ainsi l'expression, j'ai mis le sceau à une chose, signifieje l'ai terminée; de même que cette autre expression, y'a! mis le sceau au Coran, équivaut h je l'ai lu en entier. C'est encore dans le même sens qu'il s'emploie dans les expressions: le sceau [khatem, c'est-à-dire, le dernier) des prophètes, et le khatema (ou conclusion) d'une chose. Ce même mot, employé sous la forme khilam, désigne le bouchon avec lequel on ferme l'orifice d'un vase ou d'une amphore. Il a ce sens dans cette parole de Dieu, le cachet (khitam) en sera de musc^; car ils se trompent ceux qui expliquent ce terme par le mot fin ou achèvement, et qui disent: « Cela signifie qu après avoir bu (de ce vin) on sentira l'odeur du musc. » Le mot khilam n'a pas ici ce sens; il signifie bouchon: on ferme, au moyen de l'argile ou de la poix, l'amphore qui contient du vin, afin de conserver celte liqueur et d'en améliorer le goût et le bouquet. Pour décrire l'excellence du vin du paradis, le Coran dit qu'il était cacheté avec du musc, substance qui, par son odeur et par son goût, est bien supérieure à l'argile et à la poix, dont on fait usage dans ce bas monde. Comme il est constant que le mot khatem s'em- ' Le puits d'Arîs élail dans la ville de l'édition de Boulac ni dans le texte donné Médine. On essaya de repêcher ce cachet, par M. de Sacy. mais on ne put jamais le retrouver. ' «On leur présentera (aux babilants ^ On voit par ce qui suit que le mot du paradis) du vin exquis et scellé, dont til-li, dans celte phrase, doit être sup- le cachet sera de musc.» (Coran, sourat.

primé. Du reste, il ne se trouve ni dans lxxxiii, vers. aS, 26.)

ploie avec toutes ces significations, il est également certain qu'il peut désigner l'impression laissée par le cachet. Pour prendre l'impression d'un cacliet sur lequel on a gravé des mots ou des figures, on le mouille avec de l'argile détrempée dans de l'eau ' ou avec de l'encre, et on l'applique sur la surface du papier, et les mots (gravés sur le cachet) y laissent leurs traces. Il en est de même si l'on applique un cachet sur un corps mou, tel que la cire; finscription du cachet reste imprimée sur cette substance. Si cette inscription se compose de mots, et si ces mots sont gravés sur le cachet dans leur sens naturel, c'est-àdire de droite à gauche, elle sera de gauche à droite sur l'impression; si elle est écrite de gauche à droite sur le cachet, elle se lira de droite à gauche sur l'impression. En effet, par l'acte d'imposer le P. 55 cachet sur le papier, l'écriture se trouve mise au rebours.

On peut prendre l'impression d'un cachet, en le mouillant avec de l'encre ou ^ avec de l'argile détrempée, et en l'appliquant ensuite sur la feuille, qui reçoit alors l'empreinte des mots qui y sont gravés. Dans ce cas, sceller un document [khalem) implique l'idée de terminer ou d'achever, puisque, en le faisant, on rend la pièce valide et authentique. Par cette marque l'écrit s'achève, pour ainsi dire; sans elle, il serait incomplet et sans valeur. Quelquefois on trace, au commencement ou à la fin du document, en guise de sceau, une phrase renfermant soit les louanges de Dieu, soit une formule de glorification, et dans laquelle on introduit le nom du sultan, ou de l'émir, ou de l'individu, quel qu'il soit, qui a écrit la pièce. Quelquefois aussi (au lieu d'y insérer le nom de l'auteur de l'écrit) on se contente d'y faire entrer une épithète qui puisse servir à le désigner. Cette formule indique que l'écrit est authentique et valide. Dans le langage administratif, elle se nomme alama (marque); mais on l'appelle aussi sceau (khatem), parce qu'on l'assimile à l'impression laissée par le cachet qui se porte au doigt. Tel est le sceau du cadi, c'est-àdire son alama, qu'il envoie aux plaideurs (pour les faire comparaître Pour ol«i«i, Hseï cjfiV»- — ' Pour j, lisez jl.

devant lui), et qu'il inscrit sur les expéditions des jugements pour les rendre exécutoires. C'est d'après la même analogie que l'on donne le nom de sceau à Yalama du sultan ou du khalife. Quand Er-Rechîd voulut ôter le vizirat à El-Fadl (le Barmekide) pour le donner à Djâfer \ frère de celui-ci, il dit à leur père Yahya: » Mon père^, je veux faire passer le sceau de ma (main) droite à ma (main) gauche. » Il employa le mot sceau pour désigner le vizirat, parce que le droit d'apposer Yalama sur les dépêches et les actes officiels appartenait alors au vizir. Pour justifier cet emploi du mot sceau, nous citerons l'anecdote suivante, rapportée par Taberi (l'historien): lors des conférences qui eurent lieu entre Moaouïa et El-Hacen (fils d'Ali), p. 56. dans le but de mettre fin à la guerre civile, le premier envoya son blanc-seing à El-Hacen avec un billet ainsi conçu: « Sur la feuille cijointe, au bas de laquelle se trouve mon sceau, écrivez telles conditions que vous voudrez: je les accorderai toutes. » Ici le mot sceau désigne ïalama tracé au bas de la page avec le calam ou autrement.

On peut aussi, lorsqu'on prend l'empreinte d'un cachet sur une substance molle, se servir du cachet pour le poser à l'endroit de l'attache^ des replis d'une lettre, ou sur les dépôts (où l'on met des choses pour les conserver); dans ce cas le mot khatem prend le sens de boucher, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. Dans les deux cas (celui des lettres closes et celui de dépôts), c'est l'empreinte du cachet qui forme le sceau. Moaouïa fut le premier qui institua l'usage de sceller les écrits, c'est-à-dire d'y mettre une alama. Il avait donné à Amr Ibn ez-Zobeïr un mandat sur Zîad (son lieutenant) à Koufa, pour la somme de cent mille (pièces d'argent). Amr ouvrit la lettre, changea le mot cent [mïèt) en deux cents (^mïèteïn, et toucha le montant). Moaouïa, quand il revit les comptes de Zîad, déclara qu'il n'avait pas ordonnancé cette somme. Amr fut arrêté et resta en prison jusqu'à ce que son frèi'e, Abd-AUah Ibn ez-Zobeïr, payât pour lui. Ce JtV«ou>j^. de la page suivante, je reviendrai sur le ' Voy. la première partie, p. a8. changemenl de celle leçon.

DIBN RHALDOUN.

fut à cause de cela que Moaouïa établit le divan (ou bureau) du sceau. L'historien Taberi, qui raconte cette anecdote, la termine en disant: dès lors (Moaouïa) mettait une attache, c'est-à-dire une fermeture, à ses lettres, ce qui ne se faisait pas auparavant^ Par le terme bureau du sceau on désignait les gens de plume chargés d'expédier les pièces émanant du sultan, et de les sceller en y apposant Valama ou en y mettant une attache^ pour les tenir fermées. Le lieu où ces écrivains travaillaient s'appelait aussi le divan, ainsi que nous l'avons déjà mentionné dans le chapitre sur les services financiers. On ferme la lettre' soit en perçant la feuille, ainsi que font les écrivains d'Occident \ soit en collant ensemble le repli et la tête de la feuille, ainsi que cela se pratique par les écrivains d'Orient. On met quelquefois une marque sur l'endroit où la lettre se trouve percée ou sur l'endroit où le repli est attaché à l'autre extrémité de la lettre. Cela se fait pour empêcher qu'on ne l'ouvre et qu'on ne sache ce qu'elle renferme. Dans le Maghreb on pose, sur l'endroit où l'on a percé la feuille, un morceau de cire, sur lequel on applique un cachet portant une de- P. 57.

vise appropriée à cet usage, et la cire en reçoit l'empreinte. En Orient, sous l'ancien empire^, on appliquait sur le repli, à l'endroit où on l'avait fait adhérer au dos de la lettre*^, un cachet humecté avec une détremiie " d'argile rouge préparée pour cet usage, et l'empreinte du cachet y restait. Sous les Abbacides, on appelait cette argile terre à cacheter; on la tirait de Sîraf, seul endroit, à ce qu'il paraît, où ou * 11 paraît, d'après celle indication, qu'en Mauritanie et en Espagne, de même qu'en Europe, au xiii* siècle, on fermait quelquefois les lettres en les pliant d'abord plusieurs fois, puis on y pratiquait une incision qui servait à faire passer par tous les plis un lacs ou une bandelette de parchemin dont les bouts étaient arrêtés sous le sceau. (Voyez dans la DibUotlwcjue do Prolégomènes. — n.

l'École des chartes, 17' année, p. 533, la notedeM.Delisle.) Ibn Khaldoun désigne cette façon d'attacher une lettre par v-.^, mot qui signifie percer. Les deux manières de fermer les lettres indiquées par notre auteur sont comprises dans le terme fj^, leçon que nous avons adoptée partout en suivant l'édition de Boulac et un des manuscrits.

' Probablement celui des Abbacides.

' Litlér.ii on appliquait sur la jointure. » la trouve. C'est le bureau de la correspondance qui est chargé d'apposer le sceau, qui est, soit Yalama écrite, soit l'empreinte servant de fermeture, soit l'attache. Sous les Abbacides, ce droit appartenait au vizir; mais, par suite des changements qui ont eu lieu dans les usages administratifs, il s'exerce maintenant dans les empires musulmans par celui qui est chargé de la correspondance et du secrétariat. Dans les empires occidentaux, on comptait parmi les insignes de la royauté le cachet (bague) qui se porte au doigt; et, d'après un usage reçu, ce bijou, fait en or fin et garni d'un rubis, ou d'une turquoise, ou d'une émeraude, était porté par le sultan comme une marque de sa dignité. Ce fut ainsi que les souverains abbacides avaient pour insignes le borda et le cadhîb^, et que les Fatemides avaient le parasol. Dieu dirige les révolutions des choses par sa sagesse.

Du tiraz^ (bordure de robe). — Parmi les usages qui, dans divers empires, contribuent à rehausser la pompe de la souveraineté, il y a celui de mettre les noms des princes, ou certains signes qu'ils ont adoptés d'une manière spéciale, dans l'étoffe même des vêtements destinés à leur usage et faits de soie ou de brocart'. Ces mots écrits doivent se laisser apercevoir dans le tissu même de l'étoffe *, et être tracés, soit en fils d'or, soit en fils d'une couleur différente^ de celle P 58. des fils dont se compose le fond de l'étoffe, sans or. Cela s'exécute par l'habileté des ouvriers, qui savent d'avance où il convient d'introduire ces fils dans le tissage même de l'étoffe. Par là les habits royaux se trouvent garnis d'un liraz. C'est un emblème de dignité, ' C'est-à-dire, le manleau de Moham- qu'.î indiquer comment se fait l'action de med et sa baguette. toer^pJ. Comme on entend siiQisamment, ^ M. de Sacy a donné la traduction de par le mot tisser, l'acte de faire passer avec cet article dans sa Chrestomalhie arabe, la navette à travers les fds de la chaîne t. II, p. 287. Je Li reproduis ici, légère- le fd de la trame, j'ai pensé que la rement modifiée. production de ces mots dans la traduction ^ L'auteur ajoute ou d'iiricem, motqui serait tout à fait inutile. Ils sont ce que signilie soie en langue persane. les grammairiens arabes appellent un mef- * Les mois i^tVwj LUI signifient «par aoid moilac. chaîne et par trame.» Ils ne servent ici '' Pour,_yUi«l, lisez <_jJUt L» ^1.