SigPhi · Ibn Khaldun

Les Prolegomenes (Muqaddimah), Volume III

French

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EI-Khalîl, ayant déterminé le nombre de ces combinaisons, classa les mots d'après les lettres de l'alphabet (par lesquelles ils commençaient), se conformant ainsi à l'usage reçu; puis il entreprit de ranger ces lettres d'après la position des organes qui servent à les articuler.

11 donna la première place aux lettres (jullurales, la seconde aux lettres palatales, la troisième aux dentales, la quatrième aux labiales et la cinquième aux infirmes, c'est-à-dire aériennes^. Il mit la lettre aïn en tête de la première classe, parce qu'elle provient de la partie (du gosier) la plus éloignée (des lèvres). Ce fut à cause de cela qu'on appela son dictionnaire Le livre de l'Aïn (Kitab el-Aïn), se tenant ainsi à l'usage des anciens qui donnaient pour titres à leurs recueils les phrases ou les mots par lesquels ces traités commençaient. Il distingua aussi les termes qui s'emploient de ceux qu'on a laissés de côté. Ces derniers appartiennent ordinairement à la catégorie des quadril itères et à celle des mots qui sont formés de cinq lettres, les Arabes ayant renoncé à leur emploi parce qu'ils les trouvaient trop pesants dans la prononciation. L'auteur inséra les mots bilitères dans cette dernière classe, parce qu'ils sont d'un usage très-restreint. Les (racines) trilitères s'emploient beaucoup plus que les autres; aussi les formes qui en dérivent sont- elles très-nombreuses. El-Klialîl inséra toutes ces formes dans son Kitab el-Aïn, et les y exposa de la manière la plus satisfaisante et la plus complète. P. 286. Dans le iv* siècle, Abou Bekr ez-Zobeïdi^, maître d'écriture du khalife espagnol Hicham el-Moweïyed', fit un abrégé de lAïn, tout en respectant l'ample dessein de ce recueil. Il supprima tous les ' Celles qui se forment par expiration. Plus tard son élève lui confia les fonctions Ces lettres sont Valef, le ouaoa et le ya. de cadi à SéviUe et de commandant des ' Ibn klialliknn nous apprend, dans troupes de la police (cAorta). Il mourut en .ton Dictionnaire biographique, vol. 111, Syij (gSc) de J. C). Selon Hnddji Khalîfa, p. 83, de ma traduction, qu'Abou Bekr il avait donné à son ouvrage sur ÏAïn le Mohammed Ibn el-Hacen ez-ZobekU était l'iUe iVElIstidrak ala 'l- Aïn [V Aïn corrisél- 'b'' un nalifde Cordoup. Il s'établit à Sévillc, ' Hicliam clMoweïyed, le dixième des où il fut nommé précepteur du jeune Omeïades espagnols, monta sur le trône prince Omeîade, Ilicbam ei-Moweîyed. l'an 366 de l'hégire (976 de J. C).

lermcs dont on no fail pas usage, ainsi qu'une grande partie des exemples cités pour justifier les significations attribuées aux mots généralement employés. Cet abrégé, fait pour être appris par cœur, est un excellent ouvrage.

El-Djeuheri', natif de l'Orient, suivit, dans son Sahâh, l'ordre alphabétique généralement reçu, et commença par (les mots dont la dernière lettre est) le hamza. Il choisit pour indicateur (servant à faire connaître la place) de chaque mot la lettre finale de ce même mot, parce qu'on a très-souvent besoin des finales (quand on s'occupe à faire des vers ou de la prose rimée)^. [Cela lui faisait un chapitre. Ensuite il rangea les (mêmes) mots d'après l'ordre alphabétique des lettres initiales, et donna le titre de section à chacune de ces divisions, jusqu'à la dernière'.] Il reproduisit ainsi tous les mots de la langue, de même qu'El-Khalil l'avait fait avant lui (mais dans un autre ordre).

Un auteur espagnol nommé Ibn Cida^ parut ensuite à Dénia, sous le règne d'Ali Ihn iVIodjahed\ et composa un ouvrage qu'il intitula El-Mohkam (le bien constaté). Dans ce livre, il suivit le plan qui embrasse tout, celui dont nous venons de parler, et adopta l'arrangement observé dans le Kilab el-Ai'n. Il entreprit même d'y indiquer les dérivations des mots et leurs changements de forme, et produisit ainsi un fort bel ouvrage.

Mohammed Ibn Abi '1-Hoceïn, liadjeb^ (ou premier ministre) d'El- .' Abou Nasr Ismaii Ibn Hatnmad el- etgrammairien.il mourut à Dénia, l'an 458 Djeuheri, le célèbre lexicographe, mourut (10G6). a Neïsapour, l'an 892 (looa de J. C). ' Ali, fils du Modjahed, souverain de ^ Ceci est l'ordre généralement adopté Dénia et des îles Baléares, monta sur le dans les dictionnaires arabes. Pour y trou- trône l'an 436(ioA4-io45), aussitôt après ver un mot, il faut le cbercber sous la der- la mort de soa père, nière lettre de la racine de ce n»ol, puis ' Pour i_>— =►>— ° «compagnon,» lisez on cherche, dans le même chapitre, la pre- cj-^va.. (Voyez V Introduction de la première lettre de la racine. mière partie de cet ouvrage, p. xvui.) On ^ Ce passage manque dans les manus- trouve une notice biographique de ce niicrits C et D et dans l'édition de Boulac. nistre dans l'Uisloire dus Berbers, t. Il, ' Abou 'l-Hacen Ali Ibn Cida, natif de p. 369, de ma traduction. Il mourut à Tu- Murcic, je distingua comme philologue nis, l'an 671 (1272-1 37.'^).

Mostancer le Hafside, sultan de Tunis, (it un abrégé de ce dictionnaire, mais il y changea l'ordre des mots. Ayant adopté le plan suivi dans le Sahâh, il classa les racines de manière que leurs lettres finales servhsenl d'indicateurs. On dirait que cet ouvrage et le précédent (le Sahâh) sont jumeaux sortis du même sein et engendrés par le même père. [Korâa', un des grands maîtres dans la science delà langue, composa (sur cette matière) un livre intitulé El-Mondjed (le secours); on doit à Ibn Doreïd^ un ouvrage (du même genre) intitulé El-Djemhera!*• 287- (la collection), et à Ibn el-Anbari ' un autre nommé Ez-Zaher (Téclatant, le fleuri).]

Voilà, autant que je le sache, les ouvrages qui servent de base à tous les autres éciùts qui traitent de la langue. Il y a, de plus, quelques abrégés d'un genre particulier, consacrés à de certaines classes de mots et renfermant, soit une partie, soit la totalité des sections que le sujet comporte. Le plan qu'on y a suivi, dans le but d'embrasser toutes ces notions, est difficile à saisir, tandis que celui des ouvrages principaux, étant fondé sur les combinaisons des lettres, se comprend très-facilement.

Parmi les ouvrages qui traitent de la langue arabe, je dois signaler particulièrement celui que Zamakhcheri composa sur les tropes [et auquel il donna le titre à'Asas el-Belagha (principes fondamentaux de l'art de bien parler)]. On y trouve toutes les expressions que les Arabes ont employées mélaphoriquement en les détournant de leur signification primitive. C'est un ouvrage hautement instructif.

Il nous reste une question à traiter. Les (anciens) Arabes avaient ' Je crois que le philologue désigne ici par le litre de Koràa est le même grammairien et natif d'Egypte qui s'appelait Ali Ibn al-Hacen el-Hennaï et à qui on avait donné le sobriquel de Korâa el-Nemel, c'esl-à dire j'amic defoarmi. il mourut, probablement, dans la première moitié du iv' siècle de l'hégire, et laissa plusieurs ouvrages sur la grammaire et la lexicographie. (Voyez l'ouvrage de M. Fliigel intitulé Die grammafischen Schulen derAraber, P-'99) ' Abou Bekr Mohammed Ibn Doreïd, célèbre philologue, poète et généalogiste, mourutàBaghdad, l'an Sa 1 (gISSde J. C). ' Le grammairien Abou Bekr Mohammed Ibn el-Anbari mourut à Baghdad en 028 (960 de J. C).

imposé à chaque idée une dénomination qui devait l'indiquer d'une manière générale, puis ils se servaient d'autres mots pour désigner certaines particularités d'une même idée. Cela nous oblige à distinguer entre les mots d'institution primitive et ceux qui ont été introduits par l'usage. Pour y parvenir, il faut se sei-vir d'un art qui s'acquiert très-difficilement,.savoir, l'application de la critique au langage.

Ainsi, par exemple, ils instituèrent le terme abiad pour désigner tout ce qui était plus ou moins blanc; puis ils désignèrent les chevaux blancs par le mot achehcb, les honmies blancs par le mot aziier et les moutons blancs par le mot amlah. (Ils observèrent cet usage si exactement) que l'application du qualificatif abiad à l'un ou l'autre de ces objets serait regardée comme une faute et une violence faite à la langue. Thaalebi ' s'est particulièrement occupé de cette matière et l'a traitée dans un ouvrage spécial intitulé Fikh el-Logha (la critique de la langue). C'est le meilleur ouvrage qu'un philologue puisse étudier, s'il ne veut pas"^ s'exposer à fausser les significations que les Arabes avaient attachées aux mots. Il ne suffit pas, en composant (une phrase), de connaître le sens primitif de chaque mot; il faut encore savoir si l'usage des Arabes justifie l'emploi de la phrase dans le sens qu'on lui attribue. C'est au littérateur qui dé.sire bien écrire, soit en prose, soit en vers, que cette connaissance est particuhèrement nécessaire; sans elle, il se tromperait à chaque instant dans l'emploi des mots de la langue, pris isolément, ou combinés avec d'autres. Les fautes de ce genre sont plus graves et plus choquantes que les P. j88, fautes de syntaxe.

Un savant des temps modernes composa un ouvrage dans lequel il entreprit de renfermer tous les mots qui ont plusieurs significations, et, bien qu'il ne les ait pas indiqués tous, il en a signalé le plus grand nombre.

' Abou Mansour Abdel-Vîeiek cth-Tliaa- ed-Dehr, ainsi que du traité intitulé luhh lebi, littérateur el pliilologue très-dis- «/-LojA«. Il mourut en 429 (io37-io38). tingué.esl l'auteur de la célèbre antho- * La particule y' a ici la signiiication logie poétique qui porte le titre de Yelimat négative.

Les abrégés qui traitent de cette partie de la science et surtout des mots généralement employés sont très-nombreux, ayant été composés pour faciliter aux étudiants le travail d'apprendre par cœur le sens de ces termes. Tels sont les alfadh (paroles) d'Ibn es-Sikkît\ le Fasîh de Thaleb^, etc. Quelques-uns de ces ouvrages renferment moins d'articles que les autres, ce qu'il faut attribuer aux. sentiments particuliers de chaque auteur concernant les matières qui lui paraissaient les plus importantes à savoir par cœur. Dieu est le créateur, le savant.

[La tradition^ qu'on invoque lorsqu'on veut prouver la légitimité d'un terme de la langue est celle-ci: que chez les Arabes chaque mol répondait exclusivement à une certaine idée. Elle ne nous dit pas qu'ils fussent les inventeurs de ces mots; un tel procédé leur aurait été trop difijcile, et il est loin d'être probable, car on ne connaît aucun exemple de son emploi. Une déduction fondée sur des analogies ne suffira pas pour nous démontrer que tel terme désigne telle idée, tant que nous ne connaîtrons pas un (second) exemple d'induction analogue à celui qui est si bien connu \ je veux dire le raisonnement d'après lequel on regarde (le terme kliamr qui signifie) le jus du raisin comme une expression générale servant à désigner tout ce qui peut enivrer. Quand on emploie un procédé de celte nature dans une déduction analogique, il y a moyen d'en constater la valeur, ' Abou Youçof Ishac Ibn ea-Sikkît est un grammairien célèbre auquel le klialifc Motewekkel avait confié l'éducation de ses fils, et qu'il fit périr d'une manière cruelle en l'année 244 (858 869 de J. C.), parce qu'il ne déguisait point son ntlachemcnt à la cause des descendants d'Ali. (Anthol. gram. de M. de Sacy, p. iSy.)

' Abou '1-Abbas Ahmed Ibn Yaliya, surnommé Thaleb, florissait dans le troisième siècle de l'hégire, et fut un des grands chefs de l'école grammaticale et philologique de Koufa. Son Fasih, dit Ibn Khallikan, est d'un petit volume, mais trèsinstructif Il mourut à Baghdad, l'un 391 (904 de J. C). — 11 faut corriger le texte arabe des Prolégomènes et remplacer le mot (^UxU par o.AjuJ, leçon de l'édition de Boulac et des manuscrits C et D.

' Ce paragraphe ne se trouve ni dans l'édition de Boulac, ni dans les manuscritsCetD. La rédaction en est peu claire, et le texte est évidemment incorrect dans quelques endroits.

* 11 s'agit d'une certaine déduction fondée s.ur un texte du Coran.

quand le texte de la loi est là pour nous mettre en mesure de l'apprécier et nous faire voir si cette déduction ne pèche pas par la base. Mais nous ne possédons pas un tel moyen quand il s'agit de démontrer la légitimité d'un (autre) terme de la langue, car, si nous avions recours à la raison, nous trouverions que (en pareil cas) ses jugements sont tout à fait arbitraires'. Tous les docteurs de la loi ont été de cet avis. Il est vrai que le Cadi^, Ibn Soreïdj' et quelques autres ont penché vers la doctrine que l'induction (dans les questions philologiques) était permise; mais c'est l'opinion contraire qui a prévalu, il faut bien se garder d'admeltre une doctrine que je vais signaler, savoir, que la!'• 389. constatation (des significations) des mots (au moyen de la déduction philologique) rentre dans la catégorie des définitions verbales (et est parfaitement certaine), vu que les définitions se rapportent à des idées, et que la signification d'un terme obscur ou inconnu est donnée par celle d'un mot généralement employé et dont la signification est évidente. (Il n'en est pas ainsi); la lexicographie constate uniquement que tel mot représente telle idée. Cette distinction est de la dernière évidence].

La science de Yexposilion*.

Cette science naquit dans l'islamisme postérieurement à celles de la grammaire et de la philologie. Elle est une des sciences (qui s'appellent) linguales, parce qu'elle s'occupe de mots articulés, des sens qu'ils expriment et des idées qu'on veut indiquer par leur emploi. Le premier avantage que la personne qui parle désire procurer à une autre en lui adressant la parole consiste à lui faire concevoir certaines idées simples dont les unes s'appuient sur les autres comme ' Le manuscrit A porte ^-Cf; je lis ' Ahmed Ibn Omar Ii)n Soreidj, un des ^«-Ccv* avec le traducteur turc, qui explique grands docteurs de l' école chareïle, mourut ainsi le mot -k-C^^ ».j L.«J-J.i o^*:f i*^"^ ' à Baglidad, l'an 306(918 de J. C). • c'est-à-dire un jugement sans preuve. » 'La rhétorique est ainsi nommée parce ' Il s'agit tiu cadi El-Bakillani.( Voyez la qu'elle nous enseigne à bien exposer nos i" partie, p. 4a-) pensées, à parler avec précision. Proiigomèncs. — m. ki sur des soutiens ' et vont y aboutir. Pour indiquer des idées de ce genre, on se sert des (termes) isolés (dont se composent les propositions), et qui sont les noms, les verbes et les particules. Le second avantage est de pouvoir distinguer entre les attributs et les sujets, et de reconnaître les divers temps (du verbe); on y parvient en observant les changements opérés dans les motions, c'est-à-dire la syntaxe des désinences, et en faisant attention aux formes que les mots ont reçues. Tout cela fait partie de la grammaire.

Il faut ensuite désigner toutes les circonstances qui entourent la chose dont on parle, circonstances que l'on ne reconnaîtrait pas, à moins qu'elles n'eus.sent des signes particuUers pour les faire remarquer; celles, par exemple, qui sont relatives aux personnes qui parlent ensemble ou qui agissent, ou à l'action elle-même. Il est essentiel, pour la parfaite transmission de la pensée, que tout cela soit indiqué dans le discours.

Celui qui a acquis la faculté de parler correctement est arrivé au plus haut degré d'excellence dans l'art de transmettre ses idées. P. 290. Un langage dépourvu des (signes dislinctifs dont nous venons de parler) ne saurait être rangé dans la classe occupée par celui dont se servent les Arabes. Le langage de ce peuple est très-compréhensif, et possède des termes particuliers pour désigner chaque état; il se dislingue surtout par la perfection de sa syntaxe et par sa clarté.

Voyez combien leur expression, Zeïdon t//aani (Zeidus venit ad me), diffère de celle-ci, qu'ils emploient aussi: djaani Zeïdon (venit ad me Zeidus). Le terme mis en tète - (de la proposition) est celui auquel la personne qui parle attache le plus d'importance; quand on d'il djaani Zeïdon, on montre qu'on pense plus à l'acte de venir qu^à l'individu dont le nom est le sujet (de la proposition), tandis que, par les mots Zeïdon djaani, on laisse apercevoir qu'on pense plutôt à Zeïd qu'à l'acte de venir, lequel est l'attribut de la proposition*. Voyez encore l'emploi Ce «ont les attributs et les sujets de ' Il y a ici un-i grave omission dans propositions.^ l'édition de Paris et dans lis manuscrits C Je lis |»oJm. et D; mais j'ai pu la rùparer à l'aide de des termes maasoul [conjoint], mobhcm [vague) et marefu [déterminé) pour désigner d'une manière convenable les parties de la proposition'. Voyez aussi comment ils corroborent la relation qui existe entre les termes d'une proposition: ils disent également Zeïdon caïmon (Zeidus [est] stans), inna Zeïdan caïmon (certe Zeidus [est] stans) et inna Zeïdan lé-caïmon (certe equidem Zeidus [est] stans). Ces trois expressions diffèrent en signification, bien qu'elles soient identiques au point de vue de l'analyse grammaticale. La première, celle qui n'a rien pour la corroborer, sert à renseigner une personne qui ne pensait [)as même (à Zeïd); la seconde, renforcée par la particule inna, s'adresse à une personne qui liésite à croire au fait qu'on lui raconte, et la troisième s'emploie pour convaincre la personne qui nie le fait. Donc elles ont cbacune une portée différente. Vous pouvez dire djaani er-radjolo (venit ad me ille bomo), puis, au lieu de cette expression, vous pouvez employer les mêmes mots et dire djaani radjolon (venit ad me [(jui vere est] bomo), en vous servant du mot indéterminé dans le but d'exalter le mérile d'un individu (bien connu) et de faire savoir qu'il n'a pas son pareil parmi les bommes'-*. Signalons ensuite les propositions indiquant un rapport; elles sont de deux espèces, les énonciatives [khabeiiya] et les arbitraires [inchaïya]^. Les premières s'accordent avec des réalités externes et déjà existantes; les secondes ne s'accordent avec rien de ce qui se trouve dans l'externe, et expriment un soubait ou quelque autre sentiment du même genre. Il est permis de supprimer la conjonction qui réunit deux propositions, quand la seconde occupe une place dans l'analyse*; et, en ce cas, la seconde proposition se trouve ré- I édition de Boulac, du manuscrit k et de ' Ici, dans l'édition de Paris, on trouve la traduclioii turque. Il faut in.vérer, entre une ligne répétée inutilement, '■ Je rends les termes techniques de la sition. (Voyez, à ce sujet, la Grammaire {grammaire arabe parles équivalents dont arabe de M. de Sacy, a*édit. t. II, p. 596 M. de Sacy s'est servi dans sa Grammaire. et suiv.)

4i.

duite ' au rang d'un simple appositif, remplissant la fonction de qualifi-P. 291. catif, ou celle de corroboratifou celle depermutatif. En ces cas, la conjonction ne s'emploie pas. Si la seconde proposition n'occupe pas une place dans l'analyse, l'emploi de la conjonction est nécessaire. Comme le sujet dont on parle peut être traité largement ou avec concision, le discours peut également prendre l'une ou l'autre de ces formes. Vous pouvez employer un mot isolé pour exprimer une autre idée que celle qu'il servait à énoncer, mais cela ne se fait que pour indiquer une qualité inhérente à la chose dont on a prononcé le nom: quand vous dites Zeïd est an lion, vous n'avez pas l'intention d'affirmer qu'il appartient réellement à cette espèce d'animaux, mais d'indiquer qu'd a beaucoup de courage, qualité inhérente au lion. C'est là ce qu'on appelle isteïara (métaphore). Vous pouvez aussi employer une expression composée (de deux mots ou de plus) pour indiquer la cause nécessitante^ de la chose que vous venez d'énoncer. Ainsi, quand vous dites Zeïdon kethîron remad al-codoari (Zeidus copiosus e.st quoad cineres ollarum), vous donnez à entendre une consécpience nécessaire de la générosité de Zeïd et de son hospitalité, car l'abondance des cendres provient de l'exercice de ces deux quahtés et les indique.

Tous ces exemples montrent que certains mots, soit isolés, soit combinés, peuvent indiquer d'autres idées que celles dont ils sont les représentants. Ces idées accessoires ont rapport à des traits^ et à des circonstances qui s'étaient fait remarquer dans les choses qui eurent lieu; et, pour les indiquer, on emploie avec certains traits et sous certaines conditions * les termes qui doivent les représenter. Cela se fait selon les besoins de chaque cas.

La science appelée exposition (rhétorique) recherche les moyens d'indiquer les circonstances et les traits particuliers aux divers et D. «A la place de j l-^-^, je lis U^c .l'aidéjàindiqué, ci-devant, p. 146, la j cijUL*^ Jl,:*.!, leçon offertepnrles masignification remarquable du terme f)y^. nuscrits C et D et par lédilion de Boulac.

cas qui peuvent se présenter. Elle se partage en trois sections I,a première a pour objet l'examen de ces traits et de ces circonstances, afin d'y adapter des termes qui satisfassent aux exigences de chaque cas. On la désigne par le nom de science de la réalisation '. I^a seconde section a pour objet l'examen des effets nécessaires et des causes nécessitantes qui sont indiqués par telle et telle expression. Elle comprend la métaphore et la métonymie, ainsi que nous l'avons dit, et s'appelle la science de l'exposition. La troisième section a pour objet d'orner le discours et de l'embellir en y ajoutant divers agréments, t* ^^itels que les rimes servant à couper les phrases, les jeux de mots, les parallélismes qui s'emploient pour cadencer les phrases, les expressions à double entente qui dérobent à l'attention le sens qu'on veut exprimer en éveillant dans l'esprit une idée plus facile à saisir* [et les contrastes offerts par deux termes opposés en signification]^. Ils appellent cette partie la science des ornements^. Le terme exposition s'emploie chez les modernes pour désigner les trois parties, bien que ce soit proprement le nom de la seconde, celle que les. anciens avaient traitée avant les autres. Depuis lors, les questions qui sont du ressort de cette sciente n'ont pas discontinué à se présenter.

Djafer Ibn Yahya ', El-Djahed*, Codama " et autres écrivirent des ' Le terme Ai-ilj, q<ie je rends ici et plus loin par réatisation, et que l'on regarde ordinairement comme l'équivalent du mot éloquence, signifie proprement réussir, atteindre son but. Employé comme terme de rhétorique, il désigne la réussite obtenue dansla tentative d'énoncer sa penséed'une manière parfaitement exacte. C'est donc l'art de bien s'exprimer.

' La leçon ^i^' est certainement mauvaise; le sens de la phrase nous oblige de lire oyt. et tel est en effet le terme employé dans cette déGnilion, fournie par le grand dictionnaire des termes techniques: ' Le passage entre parenthèses est omis dans les manuscrits C et D et dans l'édition de Boulac.

' Le terme a^O^, que je rends par ornements, signifie tout ce qui est nouveau, original.

' Je crois qu'il s'agit ici de Djafer le Barmékide.

' Codama Ibn Djafer, célèbre philologue et auteur du Kitab el Kharadj, remplit à Baghdad une place élevée dans l'administration el se distingua par la variété de ses connaissances. Il mourut en 337 (9'i^" 949 de J. C).

cahiers de dictées sur cette matière, mais lems traités furent trèsimpariaits. Le nombre des problèmes dont ['exposition fournit la solution s étant graduellement complété, Sekkaki ' se mit à en extraire la crème, à coordonner les questions et à les ranger par chapitres dans l'ordre que nous avons déjà indiqué. Le livre qu'il composa sur ce sujet s'appelle le Misbali (le flambeau) et traite de la svntaxe, des inflexions (conjugaisons et déclinaisons), et même de \ exposition, puisque l'auteur fait entrer dans son traité cette dernière branche de la science. Les auteurs venus plus tard ont emprunté à son livre ce qu'il a dit au sujet de Y exposition, pour en faire des abrégés, et ces traités forment encore la base de l'enseignement jusqu'à ce jour. C'est ainsi que firent Semmaki^ dans son Beïyan (exposition), Ibn Malek dans son Misbah, et Djelal ed-Dîn el-Cazonïni^ dans son Idah (éclaircissement). Les Orientaux s'occupent à commenter et à enseigner ce dernier ouvrage de préférence aux autres, et nous pouvons dire qu'en somme ils sont bien plus versés dans cette branche d'études I'. 2()3. que les Occidentaux.

La cause de cela est, si je ne me trompe pas, que, parmi, les sciences propres à l'espèce humaine, V exposition est une de celles qu'on a portées à la deiniére perfection. Or les arts perfectionnés no se trouvent que dans les pays où la civilisation est très-avancée, et l'Orient jouit d'un plus haut degré de civilisation que l'Occident, ainsi que j'ai eu l'occasion de le faire remarquer. Je pourrais encore expliquer le même fait par le grand empressement mis par les Persans, peuple le plus nombreux de l'Orient, à étudier le Commentaire de Zamakhcheri, ouvrage dont toutes les parties s'appuient sur celte science comme sur une fondation solide. Les Occidentaux, au contraire,.se sont attachés spécialement à la partie des ornements, ' Abou Yacoiib Youçoufes-Sekkaki, sa- ' Ni Haddji Klialifa ni Soyiouli n'ont vanl gramoiairicn et philoiogun, mourut parlé de ce grammairien, dans le Khouarezni, l'an 626 (laaS-iaaq '' Djelal el-Dîn Mohammed Ibn Abd erde J. C ). — Soyiouli lui a donné un ar- Raiiman cl-Ca7.ouïni, l'auteur de ïldali, liclo dans son Histoire des Grammairiens. mourut en 789 (1 338-1 SSg de J. C).

et l'onl placée parmi les sciences qui se rattachent à la litlératurt sacrée. Ils l'ont arrangée par sections, divisée en chapitres, et ont classé ensemble les diverses matières dont elle se compose. S'il faut les en croire, ils avaient puisé dans le langage des Arabes (du désert) tous les matériaux de cette science. I^eur attachement à cette étude doit être attribué à leur engouement pour les ornements du discours et à la circonstance que la science des ornements s'apprend assez facilement, tandis que celles de la réalisalion et de W'xposition leur paraissent (rès-diificiles, à cause de la linesse des aperçus et de la profondeur des disquisilions qui s'y rencontrent; aussi craignirentils d'en aborder l'élude.

Parmi les personnes qui, en llVikiya, ont composé des traités sur la science des ornements, je dois mentionner Ibn Rechîk'. dont ['Omda (appui) jouit d'une grande réputation. Plusieurs auteurs du même pays et de l'Espagne l'ont pris pour modèle.

L'utilité de cette science consiste, d'abord, à nous mettre eu mesure d'apprécier la perfection inimitable du style du Coran, style adn)irable, qui indique, soit explicitement, soit indirectement, toutes les circonstances qui se rattachent au sujet, et c'est là le plu.'< haut degré de l'excellence; en second lieu, elle traite du choix des termes, de leur bon arrangement^ et de la manière dont il faut le.*-agencer.

L'élégance inimitable du style du Coran est tellement grande, qti'aucune intelligence ne saurait l'apprécier complètement. Celui qui a dérivé de l'étude de la langue le goût (du beau style), et qui s'est acquis la faculté de bien parler, apprécie cette élégance en raison i'. 294. du degré auquel son goût a atteint. Les Arabes qui avaient entendu le Coran de la bouche même de celui qui eut pour mission de le leur communiquer possédèrent cette faculté au plus haut^ degré; il.^ ' Voyez la a' partie, p. igi. en donnant un extrait de ce cliapiire.

PourL^jUs., lisez U_i-j^, avec l'é- (Voyez V Anthologie grammaticale arabe, dition (le Boulac, la traduction turque et p. 3o-.) le manuscrit dont M. de Sacy s'est servi ' Pour nMcI, lisez u^'.

maniaient leur langue comme l'habile cavalier manie son coursier, et ils savaient apprécier la valeur des termes, parce que, chez eux, le goût était aussi sûr, aussi bon qu'il pouvait l'être.

C'est aux personnes qui expliquent le Coran que cette science est particulièrement nécessaire; mais les commentaires que les anciens nous ont laissés n'en offrent pas la moindre trace. Djar Allah Zamakhcheri ' fut le premier qui composa un traité d'exégèse dans lequel les règles de Yexposilion furent appliquées successivement à chaque verset du Coran; de sorte qu'il nous a fait apprécier, jusqu'à un certain point, l'excellence du style qui rend ce livre inimitable. Par ce seul mérite, il aurait tenu le premier rang parmi les commentateurs, s'il n'avait pas emprunté à la science de la réalisation (la rhétorique) divers artifices pour confirmer les opinions professées par les novateurs et pour montrer qu'elles se laissaient tirer du texte du Coran. Aussi la plupart des musulmans orthodoxes évitent-ils de lire son ouvrage, bien qu'on y remarque un vaste fonds de connaissances appartenant à la science de la réalisation. Cependant toute personne qui croit aux doctrines orthodoxes et qui possède quelques notions de rhétorique serait capable de réfuter l'auteur dans son propre langage; ou bien elle y reconnaîtrait ses fausses doctrines et s'en détournerait, afm que sa croyance n'en éprouvât aucune atteinte.

Pour de telles personnes la lecture de ce commentaire est une obligation, parce qu'elles peuvent y acquérir la faculté d'apprécier, jusqu'à un certain point, la perfection du style coranique, tout en se gardant contre l'hérésie et les fausses doctrines. Diea dirige celui qu'il veut.