naissent les étals et les qualités^ qui en sont les produits et les bons résultats '^ Ces états et ces qualités en produisent d'autres par une progression successive qui se termine à la station de la confession de l'unité [tauhid) et de la connaissance. S'il se rencontre quelque défaut ou quelque imperfection dans le produit, on doit reconnaître que cela provient d'un défaut dans ce qui a précédé. Il en est de même des pensées qui passent par l'esprit de l'homme et des lumières surnaturelles qui arrivent spontanément au cœur*. En conséquence de cela, l'aspirant a besoin de demander compte à son âme de ses dispositions dans tout ce qu'elle fait', et d'examiner jusqu'aux replis les. plus cachés de son cœur; car les actions doivent, de toute nécessité, produire des résultats, et si ces résultats sont imparfaits, cela provient de défauts dans les actions. L'aspirant s'aperçoit de cela par son P. 62. goût'' et entre en compte avec sou âme pour en découvrir la cause.
Il y a bien peu d'hommes qui imitent dans cette pratique les Soufis, car l'indifférence à cet égard est pour ainsi dire universelle. Les hommes pieux qui ne se sont pas élevés jusqu'à cette classe (de mystiques) ne se proposent rien de plus que de remplir les seuls devoirs que la jurisprudence regarde comme sufQsants pour celui qui veut satisfaire (aux prescriptions de la loi) et s'y conformer. Mais les mystiques examinent scrupuleusement les résultats (de leur conduite), faisant usage pour cet examen des goûts et des extases^, dans le but de s'assurer si leurs actions sont exemptes ou non de quelque défaut.
II est donc évident que tout leur système est fondé sur la pratique d'obliger l'âme à se rendre compte de ses actions et de ses fautes d'omission, et sur les discours dans lesquels ils traitent des ^ou/5 et des extases qui, naissant des combats (livrés aux Inclinations naturelles), ' C'eslà-dire, les modifications durables le cœur de riiomme sans aucun effort et passagères de l'âme. (S. de S.) — Voy. de sa part, ci-dessus, p. 87. * C'est-à-dire, par une lumière inlé- * Lilléral. n les fruits. » rieurc qui est une sorte d'inspiration ' Selon i'auleur du Tarifât, le terme divine. (S. de S.) is.i^l. désigne toutes les idées des choses ' Dans les extases, l'àme reçoit des rédu monde invisible qui surviennent dans vélalions; telle est l'opinion des Soufis.
« « deviennent pour l'aspirant des stations dans lesquelles il s'élève progressivement en passant de l'une à l'autre. Mais, outre cela, ils ont certaines règles de convenance qui leur sont particulières, et ils emploient entre eux certains termes auxquels ils ont assigné des significations techniques. Les mots, dans le langage ordinaire, ne servent qu'i désigner des idées généralement connues; mais, quand il se présente des idées qui ne sont pas dans la circulation générale, nous sommes obligés d'employer par convention, pour les exprimer, des mots au moyen desquels on puisse aisément les concevoir. Par suite de cela, les Soufis se sont fait une science particulière, sur laquelle on ne trouve aucune indication chez les personnes qui cultivent les autres sciences religieuses. Celle de la loi se divise en deux espèces: la première est propre aux légistes et aux jurisconsultes, et a pour objet les règles communes à tous et se rapportant aux devoirs du culte, aux usages et aux transactions sociales; la seconde est particulière à cette classe d'honunes dont nous parlons: elle embrasse tout ce qui concerne l'exercice du combat spirituel et le compte qu'on doit en dom;mder à son âme, elle traite aussi des goûts et des extases qui surviennent dans la pratique de ces exercices, elle parle du procédé par lequel on s'élève successivement dans l'échelle des goûts et donne l'explication des termes techniques qui sont usités parmi ces gens (les Soufis).
A l'époque où l'on commença à mettre par écrit les connaissances scientifiques et à en former des recueils, les docteurs rédigèrent des ouvrages sur le droit, sur les principes fondamentaux de la jurisprudence, sur la théologie scolastique, sur l'exégèse coranique et autres P. 63. sciences de ce genre. Quelqiies hommes éminenls dans l'ordre des Soufis' écrivirent.dors des ouvrages sur leur système. Les uns ont traité des règles de la dévotion et du compte qu'on doit faire rendre à l'âme au sujet du soin qu'elle a apporté à se conformer (à ces lois), soit dans ce qu'il convient de laire, soit dans ce qu'il convient de ne Dans le style des Soufis, le mol J>■^^ les hommes distingués par leur avancement [hommes) esl souvent employa pour dire: dans la vie spirituelle. (S. de S.)
Proiégomènes. — m. la 9Ô PROLÉGOMÈNES pas faire. El-Mohacebi ' a composé sur cette matière un traité intitulé Reâïa (l'observance). D'autres ont traité des bienséances qui doivent s'observer dans la pratique du soufisme, des goûts que l'on y éprouve et des extases qui surviennent aux Soufis dans leurs états (d'exaltation). C'est ce qu'ont fait El-Cocheïri dans son Riçala^, Es-Sohrewerdi dans son Aoaaref el-Maaref^ et d'autres écrivains. El-Ghazzali a réuni ces deux genres de sujets dans son livre intitulé Ihya *: il y a consigné non-seulement les principes qui doivent régler les pratiques de la dévotion et l'observance (des bons exemples), mais aussi l'étiquette des usages observés par la confrérie et l'explication des termes qu'ils se sont accordés à employer pour exprimer leurs idées.
Ce fut ainsi que le système des Soufis se présenta, dans l'islamisme, sous la forme d'une science rédigée méthodiquement par écrit, bien que d'abord elle n'eût été qu'une manière de pratiquer les exercices de la dévotion, et que ses règles ne se trouvassent que dans le cœur des hommes. C'est de la même manière que se rédigèrent les ouvrages où l'on traite de l'exégèse coranique, des traditions, du droit, des principes fondamentaux de la jurisprudence et d'autres sciences.
Ce combat spirituel, cette retraite et cette méditation sont suivis ordinairement de l'écartement des voiles des sens ^, et accompagnés de la vue de certains inondes (ou catégories d'êtres) qui, étant du domaine de Dieu, ne sauraient être aperçus, même dans la moindre partie, par celui qui n'a pour se servir que les organes des sens. Un de ces mondes est celui de l'âme. Ce dégagement a lieu quand l'âme quitte ' Abou Abd-Allah el-Harelh Ibn Aced tuelles), mourut dans celle ville, l'an 63a el-Mohacebi, auteur d'un trailé renfermant de l'hégire (laS/i de J. C). la biographie des SouGs et l'exposition de ' h' Ihya oloum ed-dtn (réanimation des leur doctrine, mourut l'an a43 (857-858 sciences religieuses) remplit deux gros de J.C.). volumes. M. Gosche a donné la liste de» ' Voyez la i" partie, p. 456, note i. chapitres de cet ouvrage dans sa notice sur Abou Hafs Omar es - Sohrewerdi, El-Ghazzali. [\oy. Mémoires de l'Académie grand maître des Soufis de Baghdad et de Berlin pour l'an i858. ) aateur du célèbre traité intitulé Aoaaref '' Le terme arabe e>t,_jJ^ [kechj ]. Je elMaaref [les dons de connaitsances spiri- le rendrai dorénavant pnr dégagement.
les sens extérieurs pour rentrer dans le sens interne; alors les étals (produits par l'opération) des sens s'affaiblissent, ceux qui proviennent de l'âme se fortifient, l'âme exerce un. empire dominant et sa vigueur se renouvelle. Or la méditation' aide puissamment à cela, car elle est comme la nourriture qui donne la croissance à l'âme, et celle-ci ne cesse pas de croître et d'augmenter jusqu'à ce que, de science (ou être en puissance) qu'elle était, elle devienne présence (ou être en acte), et que, s'étant dégagée des sens, elle- acquière la plénitude de cette existence qu'elle tient de son essence et qui consiste en la P. 64. perception même. Dans cet état^ elle est susceptible de recevoir les dons divins, les connaissances déposées près de la divinité' et les faveurs spontanées* de Dieu; enfin son essence (ou nature), en ce qui concerne la connaissance exacte de ce qu'elle est, se rapproche de l'horizon le plus élevé, l'horizon des anges *.
Ce dégagement (par lequel on est délivré) des sens arrive le plus.souvent aux hommes qui pratiquent le combat spirituel; et alors ils obtiennent une perception de la véritable nature des êtres, perception telle que personne autre qu'eux ne saurait l'avoir. De même, ils ont souvent la connaissance des événements avant qu'ils arrivent, et, par l'influence de leurs désirs ardents® et par les forces de leurs âmes, ' Le terme arabe esldikr (souvenir). Il corde aux mystiques fort avancés dans la consiste maintenant cliez les Soufis et der- vie spirituelle. Cette expression vient de ce viches en la récitalion du chapelet et des que pour dire Dieu lai accorde des bienfaits, litanies, accompagnée de mouvements de on dit; Dieu lai ouvrv la porte des bienfaits.
corps très-désordonnés. On trouvera dans (S. de S.) Il signifie aussi des émanations l'ouvrage de M. Lane, intitulé Modem subites et inattenduesde la pari du premier Egyptians, une description détaillée de agent, c'esl-à-dire de Dieu, ces pratiques. ' Cet horizon est la station la plus élevée ' J'ai déjà fait remarquer que l'auteur à laquelle l'âme puisse atteindre, emploie les termes ^.s et /pâj pour dé- ' Le mot it^ est souvent employé dans signer l'âme de l'homme. les écrits des mystiques, pour signifier les ' La signification du mol ^jJ est expli- vœux, les prières ou les bénédictions qu'un quée dans la i" partie, p. aoa, note i. personnage réputé saint fait pour le succès * Le mot ^ (ouverture] est employé d'une entreprise quelconque, et qui doidaftscelangagepourdésignertoulessortes vent en faciliter ou en assurer la réussite, de faveurs extraordinaires que Dieu ac- (S. de S.)
ils disposent dos êtres inférieurs, qui sont contraints d'obéir à leur volonté.
Les plus grands personnages d'entre les mystiques ne font point de cas de ce dégagement et de cet empire (sur les êtres); ils ne déclarent rien de qu'ils savent sur la nature réelle (et secrète) d'aucune chose, quand ils n'ont point reçu l'ordre d'en parler; bien plus, ils regardent ce qui leur arrive de ces effets (surnaturels) comme une tentation, et, quand ils les éprouvent, ils demandent à Dieu de les en délivrer.
Les Compagnons pratiquèrent aussi ce combat spirituel et se virent abondamment comblés de faveurs surnaturelles: Abou Bekr, Omar et Ali se distinguèrent par un grand nombre de dons de ce genre, mais aucun d'eux n'y attacha la moindre importance. Leur façon de voir à cet égard a été suivie par les mystiques dont les noms sont mentionnés dans le traité d'El-Cocheïri, et par ceux qui, après eux, marchèrent dans la même voie.
Parmi les modernes il s'est trouvé des hommes qui ont mis beaucoup d'intérêt à obtenir ce dégagement des voiles, et à pouvoir parler des perceptions que ces voiles leur avaient cachées. Ils ont eu recours, pour y parvenir, à différents exercices de mortification, suivant les divers enseignements qu'ils ont reçus relativement à la manière d'éteindre les facultés des sens, et de nourrir, par la méditation, l'âme infelligenlc. On continue ces exercices jusqu'à ce que l'âme, ayant pris toute sa croissance et toute la nourriture dont elle est susceptible, puisse jouir pleinement de la faculté de percevoir qui lui appartient en vertu de son essence. Quand un homme, disent-ils, est parvenu à ce point, tout ce qui existe est compris dans ses perceptions; ils P. 65. prétendent avoir vu à découvert l'essence réelle de tous les êtres, et s'être fait des idées justes de la nature véritable de toutes ces choses, depuis le trône (de Dieu) jusqu'à la plus légère pluie ^ C'est ce que dit El-Ghazzali dans son ouvrage iuliUilé Ihya, après avoir ' Ce mol est mis ici pour la rime; dans le langage des Soulis il ne paraît pas avoir une acception particulière.
décrit les pratiques de mortification (dont on fait usage pour parvenir à cet état surnaturel). D'après eux, ce dégagement n'est réel et complet que s'il provient de la droiture (des intentions et des dispositions); car il peut avoir lieu (mais d'une manière imparlaite) pour des gens qui s'attachent à vivre dans la retraite et à supporter la faim, sans qu'il y ait chez eux de la droiture; tels sont les magiciens, les chrétiens cl autres gens qui pratiquent des exercices de morlification; mais nous ne voulons parler à présent que du di'(ju(]emenl provenant de la droiture. On peut user ici d'une comparaison prise d'un miroir bien poli: si l'on met un miroir convexe ou concave devant un objet dont il doit réfléchir l'image, cet objet s'y montrera sous une figure contournée qui ne sera pas la sienne; si, au contraire, la surface du miroir est plane, cet objet s'y montrera tel ([uil est. Ce que la surface plane est pour le miroir, la droiture l'est pour l'âme, relativement aux étals dont celle-ci reçoit l'impression.
Les modernes, ayant donc attaché une grande importance à ce dégagement, ont discouru sur la nature réelle des êtres supérieurs et inférieurs, sur celle de l'espèce angélique, de l'âme (universelle), du trône (de Dieu), du siégo (qu'il occupe) et d'autres choses sem-' blables; mais les personnes qui ne sont pas leurs confrères et qui ne suivent pas leur système sont incapables de comprendre les goûts et les extases qu'ils éprouvent. Parmi les casuistes, les uns repoussent (les prétentions de ces mystiques), tandis que d'autres les admettent; mais, en cette matière, les raisonnements et les arguments ne sont d'aucune utilité, ni pour réfuter ni pour prouver, attendu qu'il s'agit de choses dont on ne peut juger que par les sens intérieurs'.
[Examen détaillé et appréciation [de ces matières). — Les savants.
' Selon i'auleui' du Tarifai, le mot jusqu'au vaol^yj. dans ravant-dernière (LajIcV^) sigiiiiie ce qui s'aperçoit au ligne de la page 68, ne se trouve que dans moyen des sens intérieurs «li^tv-» m JÇ> U le manuscrit A. Le traducteur turc a reiUi'U)!.j.tyilj. — Ici finit l'extrait publié produit cette addition sans aucune obserparM.S. deSacy.Toutcequisuildarisrédi- vation; j'ai mis entre des crochets les paralion de Paris, à partir du mot ciiLoloo^Jl, graphes dont elle se compose.
parmi les tradilionnistes et ies jurisconsultes qui se sont occupés des dogmes (de la foi), ont très-souvent énoncé l'opinion que Dieu P. (16. est séparé (mobaïn) de ses créatures; les scolastiques ont dit qu'il n'en est pas séparé et qu'il n'y est pas joint (motassel); les philosophes ont enseigné qu'il n'est ni dans le monde ni en dehors du monde, et les Soufis des derniers temps ont déclaré qu'il est identique (moltahed) avec les êtres créés, soit parce qu'il s'est établi (lioloul) dans eux, soit que ces êtres soient lui-même, et qu'ils ne renferment, ni en totalité ni en partie \ aucune autre chose que lui. Nous allons examiner ces propositions d'une manière détaillée et les apprécier à leur juste valeur, afin qu'on comprenne clairement ce qu'elles énoncent] [Le terme séparation s'emploie pour exprimer deux idées (que nous aurons à discuter successivement). Il signifie d'abord être séparé (fuant au lieu et à la place, idée dont l'idée opposée est être joint. Si l'on entend le mot séparation avec la restriction (de lieu et de place) et si l'on admet cette corrélation, on est obligé d'y reconnaître l'idée de localité, soit explicitement, ce qui serait affirmer la corporéité (de Dieu), soit par une conséquence nécessaire, ce qui serait assimiler '(Dieu aux créatures), doctrine qui rentre encore dans la catégorie de la doctrine qui assigne une place à Dieu.]
[On rapporte que certains docteurs parmi les premiers musulmans professèrent ouvertement la séparation; mais, en ce cas, on ne saurait assigner à ce mot la signification dont nous parlons. L'emploi de ce terme a été condamné par les théologiens scolastiques, parce qu'il impliquait l'idée de lieu. Voici leurs paroles: « Qu'on ne dise pas que le Créateur est séparé de ses créatures, ou qu'il leur est joint; car de pareils attributs ne conviennent qu'à des choses qui sont dans un lieu. Qu'on ne dise pas qu'un sujet doive nécessairement avoir un attribut exprimant une certaine idée ou bien l'opposé de cette idée, car cela dépend d'abord ^ d'une condition, à savoir, que l'adjonction d'un attribut à un sujet soit de rigueur; si cette condition ' Lisez ■M..nAy. l'a fail le traducleiir lurc, qui a rendu ce ' Je lis XI à la place de.ï.!, comme mot par le lerme équivalent, ItW- D'IBN KHALDOUN. M n'est pas admise, la nécessité de l'adjonction n'existe pas. Il est même possible qu'un sujet se passe d'attribut exprimant une idée particulière ou le contraire de cette idée'. Aussi peut-on trèsbien dire d'un corps inorganique qu'il n'est ni savant ni ignorant, ni puissant ni faible, ni écrivant ni sans instruction. L'emploi du mot 5eparc comme attribut (d'un sujet) n'est autorisé que sous la condition qu'on veuille indiquer l'existence (du siijet) dans un lieu; cela est certain, à ne considérer que le sens de ce mot. Mais le Créateur, — Gloire soit à lui! — est bien au-dessus de pareils attributs. » Ce passage est cité par Ibn et-Tilimçani'' dans son commentaire sur les Lomâ (les éclairs) de l'imam el-Haremeïn. Il dit ailleurs: «Qu'on ne dise pas que le Créateur est séparé du monde ou qu'il y est joint; qu'on ne dise pas qu'il est en dehors ou en dedans du monde. » Cela est conforme à la doctrine des philosophes; ils enseignaient que p. f.7. Dieu n'est ni dans le monde ni en dehors du monde; mais ils fondaient leur opinion sur le principe qu'il existe des substances qui ne sont pas dans un lieu, principe repoussé par les théologiens scolastiques, parce qu'il nous obligerait à convenir que certaines substances possèdent un des attributs qui sont particuliers au Créateur. La question que nous examinons ici est traitée en détail dans les livres de théologie scolastique.]
[Passons à la seconde idée exprimée par le terme séparation, et qui est celle de différence et d'opposition. Quand on prend le mot séparé dans ce sens, on peut fort bien dire que Dieu est séparé de ses créatures quant à son essence, à son individualité', à son existence et à ses attributs. L'idée opposée à celle-ci s'exprime par les termes unification, combinaison et mélange. Cette signification du mot séparé a ' Lisez ici «iv^.t, ainsi que dans la qu'outre le commentaire sur le Lomâ il ligne qui précède. en composa un autre sur le Maalem de • Hadji Klialifa ignorait la date de la Fakhr ed-Dîn er-Razi. mort de ce docteur, qu'il appelle Abd- ' Le terme arabe est *j_j*; pour le Allah Ibn Mohammed el-Fihri et-Tilimçani rendre en Français, il faudrait inventer un (natif de TIemcen); mais il nous apprend mot comme ipiéité.
été syslénialiquement adoptée par ceux qui étaient dans le vrai ', c'est-à-dire, par la totalité des premiers musulmans, par les hommes savants dans la loi, par les théologiens scolastiques, par les Soufis des temps anciens, ceux, par exemple, dont les noms sont cités dans la Biçala (d'El-Cocheïri) ^, et par tous les docteurs qui ont marché dans la même voie. Mais une fraction des Soufis modernes, celle qui a fait des perceptions recueillies par le sens interne un objet de science et d'investigation, est allée jusqu'à déclarer que le Créateur est identique (mottahed) avec ses créatures, quant à son individualité, à son existence et à ses attributs. Ils ont même dit que c'était là l'opinion des philosophes qui précédèrent Aristote, savoir, de Platon et de Socrate. Telle 'est la doctrine que les théologiens scolastiques ont en vue quand ils parlent, dans leurs écrits, d'une certaine opinion des Soufis qu'ils prennent à tâche de réfuter: « C'est, disent-ils, un contre-sens manifeste que de supposer la réunion de deux essences dont l'une est totalement différente de l'autre, ou dont l'une est renfermée dans l'autre, comme la partie (dans le tout). » Aussi, repoussent-ils cette doctrine. Xhinification (ittihad) dont nous parlons e.st identique avec \ établissement (de la divinité dans l'homme, c'està-dire l'incarnation), dogme professé par les chrétiens au sujet du Messie, et dont la bizarrerie est manifeste, parce qu'il suppose l'établissement d'un ancien dans un nouveau (c'est-à-dire d'un être éternel dans un être créé), ou \ unification de ces deux êtres. Cela est encore la même doctrine que celle des Chîïtes imamiens' à l'égard de leurs imams.]
[Quand ib (les Soufis) parlent de V unification'', ils l'entendent de ' Littéral, lies gens de la vérité. > fanes, il n'impliquait aucune autre idée ' Voy. i" partie, p. 456, noie i. que celle de là conviction de l'unité de ' Voy. ibid. p. io4. Dieu. Ce fut là une supercherie qui déjà se * L'idée d^ unification s'exprime en arabe laisse entrevoir dans les observations d'Ibn par le mot taouhld, qui signifie aussi con- Klialdoun et qui est maintenant bien consfesser Vanilé de Dieu. Les Soulis adoptèrent talée. Djanié, le célèbre poêle myslique, ce terme précisément à cause de sa double a évidemment compris la signification que signification et parce que, -pour les pro- les Soufis des hauts grades assignaient au deux manières. Selon la première, l'essence éternelle est cachée dans les êtres qui ont eu un commencement, tant dans ceux qui se laissent p. 68. apercevoir par les sens que dans ceux qu'on aperçoit par l'entendement, et elle est identique avec ces deux classes d'êtres. Tous (ces êtres, disent-ils,) sont des manifestations externes de r(ètre) éternel, et celui-ci en est le recteur, c'est-à-dire, il les maintient dans l'existence. Cela signifie que, sans lui, ils n'existeraient pas. Telle est la doctrine de ceux qui croient à Y établissement. La seconde opinion est celle des partisans de Vanité absolue (el-ouelida'1-motlaca).
Il semblerait que ceux-ci s'étaient aperçus que la doctrine des partisans de ['établissement renfermait l'idée de la non-identité, idée tout à fait opposée à celle qui est indiquée par le terme unification; aussi ont-ils rejeté la non-identité de r(ètre) éternel et des créatures, en ce qui concerne l'essence, l'existence et les attributs; et ils ont regardé comme erronée la doctrine qu'il y avait non-identité (entre l'être éternel] et les manifestations extérieures qui se laissent apercevoir par les sens et par l'entendement. « Ces manifestations (disent-ils) sont des perceptions humaines, lesquelles sont des ouehm (c'est-à-dire des illusions). » Ils ne veulent pas exprimer par ouehm l'idée que ce terme comporte en tant qu'il entre dans la catégorie dont les mots eîlm (savoir), dhann (opinion) et chekk (doute) font partie^; au contraire, ils veulent déclarer que toutes (les perceptions humaines) sont réellement des non-êtres qui ont seulement une existence (apparente)'^ dans la faculté perceptive de l'homme. « 11 n'y a réellement point d'existence (disent-ils), soit externe, soit interne, excepté pour r(èlre) éternel. » Plus loin, nous tâcherons d'expliquer cela autant que nous le pourrons; car on essayerait en vain de s'en rendre raison à l'aide de la spéculation et de la démonstration, comme cela se fait dans l'examen des perceptions purement humol taoahtd, mais il s'est efforcé de la dé- ' Voy. la i" partie, p. 199.
guiser. (Voy. A^o/iceseJ £x/r«i/5, loin. XII, ' Pour rendre le texte arabe inteHigible pag. 345 et suiv.) Celte équivoque ne sau- il faut insérer le mot l^ avant.^y^). rail se rendre dans une traduction.
maines. En eflet, la connaissance de ces matières (si obscures) provient des impressions reçues dans le monde des anges, et il n'y a que les prophètes et les saints venus après ceux-ci qui tiennent — les premiers de leur naturel primitif, et les seconds d'une direction qu'ils ont reçue, — la faculté de les obtenir. Celui qui chercherait à en prendre connaissance en se servant des sciences humaines se tromperait tout à fait '.]
Quelques auteurs ont entrepris de dévoiler la nature des choses existantes'^ et de fixer l'ordre véritable dans lequel elles ont paru, et dans cette tâche ils ont adopté la théorie des partisans des appariées ^. Lesnotions qu'ils fournissent à ce sujet sont plus obscures les unes que P. 69. les autres, surtout si on les compare avec (les indications fournies par les docteurs orthodoxes), qui, dans leurs recherches spéculatives, s'en tenaient à la terminologie reçue et aux sciences déjà établies. El-Ferghani * nous est un exemple des premiers; dans la préface qui accompagne son commentaire du poëmc (mystique) d'Ibn el-Fared'', il expose la manière dont ce qui existe a émané de l'agent (qui est ' Fin de l'addillon fournie par le manuscrit A, et adoptée par le traducteur lurc.
' Pour cal.5ja.yt (J-ii^j tiLfi, lisez ' Quelques Soufis regardaient comme des apparences yi^^Jà^ (^awôfxeva.) tout ce qui compose le monde sensible. — Dans l'édition de Paris la même phrase se trouve répétée sous une autre forme plus simple; mais cela provient du copiste, qui a reproduit, sans y faire attention, le texte de la rédaction primitive que l'auleur avait supprimée; aussi faut -il biffer les dernières lignes de la page, à commencer par le mot Utjj, dans l'avaiit-dernière ligne, et à finir par «Ji^Uùfc, dans la dernière ligne. Le traducteur turc n'a reconnu que la nouvelle rédaction.
" Selon Hadji Khalifa, Mohammed Ibn Ahmed el-Ferghani mourut postérieurement à l'année 700 (i3oo). Ce fut lui qui, le premier, composa un commentaire sur le Taïya d'Ibn el-Fared.
' Le grand poète mystique Omar Ibn el-l'^ared mourut au Caire, l'an 63a (ia35 de J. C). Sa célèbre cacîda ou poème sur le soufisme, intilulée Taïya, a été publiée par M. dellamineren i854. M. Grangeret de Lagrangc a publié d'autres poèmes du même auteur dans son Anthologie arabe, et M. de Sacy en a donné d'autres dans le troisième volume de sa Chrestomathie arabe. La collection complète des poëmos d'Ibn Fared, avec un double commentaire, a été imprimée à Marseille en i855, par les soins de Rochaïd Dalidah; 1 vol. in-S" de 608 pages.
m m Dieu), et indique l'ordre (dans lequel tout a paru): 'Ce qui existe émane (dit-il,) de l'attribut dcV unitisme^, lequel fait émaner'' ïanéité, et tous deux émanent ensemble de la noble essence (l'Etre suprême), qui n'est ni plus ni moins que Yunité môme. Les mystiques désignent cette émanation [sodour) par le terme manifesta lion. La première des manifestations, selon eux, est celle de l'essence (qui se montre) à ellemême; elle renferme la perfection, qui implique la faculté de faire exister et de faire paraître; ce qui est conforme à une parole qui a cours parmi eux et qu'ils attribuent à Dieu, savoir: J'étais an trésor caché, et, voulant être connu, j'ai créé les créatures afin qu'elles me connussent. Cette perfection consiste dans la faculté de faire exister, laquelle est descendue d'en haut (pour se manifester) dans ce qui existe et jusque dans les détails de la nature réelle des choses existantes. Cela forme, selon eux, le monde des réalités, la présence amaïenne' et la vérité mohammédienne. Là -dedans se trouvent les vérités (ou caractères réels) des attributs du tableau (sur lequel sont inscrits les décrets divins), de la plume (qui a servi pour les écrire), de tous les prophètes et envoyés (célestes) et de la perfection du peuple mohammédicn". Tout cela forme des parties distinctes de la vérité mohammédienne. De ces vérités il en émane d'autres qui concernent la présence hébaïenne'-', qui (dans cette échelle) est le degré de la repré- ' J'ai dû inventer les mois unitisme et unéité pour représenter les termes /Uiljo.. (oaahdaniya) et jùiV^I {ahdîya); le mot ïji^t [ouehda) signifie unité.
' Je lis yi-^ avec les manuscrits C et D, l'édition de Boulac et la Iraduclion turque.
' Selon El-Djordjani, la hadra, ou présence amaïenne, est le degré de l'unili (ouehdiya), c'est-à-dire, probablement, le plus haut degré de l'échelle des manifestations divines. Selon un auteur cité dans le Diclionary of technical terms, cette présence est la vérité des vérités, qui n'a pour attribut ni la nature del'Ètre divin (hakiciya) ni celle des cires créé» (khallsiya). C'est une essence simple, etc...et, sous un certain rapport, elle est la contre-parlie de Vunilé. Le terme amaïenne (iJoLf ) dérive de amâ (»Lf ) « nuage élevé. » ' Par le mot présence (hodour) doit s'entendre une manifestation deladivinité.Ilya plusieurs degrés de présence, selon la doctrine des Soufis exailés. Le lerrae hébaienne (iùoL*) est dérivé de liebâ, mot servant à désigner les atomes ou grains de poussière qui flottent dans l'atmospbère d'une i3.
i3.
senlaiion. De là procèdent le trône, puis le siège, puis les sphères, puis le monde des éléments, puis le monde de la combinaison. Tout cela forme le monde de l'assemblage (retec), ce qui, étant manifesté, s'appelle le monde de la séparation (fetec). » — Fin de l'extrait. — Cela s'appelle le système des manifestations, ou des apparences, ou des présences. Ceux P. 70. qui procèdent par la voie de la spéculation (et du raisonnement) ne sont pas faits' pour comprendre ce genre de langage, tarit le sens en est obscur et impénétrable; combien le style des hommes aux extases et à la contemplation mystique^ diffère de celui des personnes qui se guident par (le raisonnement et par) la démonstration! Il nous semble même que la loi divine condamne ce système, puisqu'elle ne renferme aucune disposition qui puisse nous faire soupçonner une telle suite de manii'estations.
Quelques Soufis d'une autre classe sont allés jusqu'au point d'affirmer Yidentilé (ouehda) absolue (de Dieu avec le monde), principe plus difficile à concevoir que le précédent et plus étrange dans ses résidtats. Ils prétendent que tout ce qui existe renferme dans ses diverses parties certaines puissances (ou facultés) dont la nature réelle des êtres dépend, ainsi que leur forme et leur matière. Les éléments tiennent leur existence des puissances qu'ils renferment, et la matière de chaque élément renferme en elle-même une puissance qui la fait exister. Dans les êtres composés se trouvent encore les mêmes puissances jointes à celle qui a opéré la composition de ces êtres. Ainsi, pour en donner des exemples, les minéraux renferment leur puissance chambre éclairée par un rayon de soleil. On le désigne par le.Tiot anca (phénix), Il est ein|)loyé par les mystiques pour dé- parce qu'on en parle, bien qu'il n'ait pas ligner la monifestation par laquelle Dieu une exisfencn réelle, t crt'c les chosa» avec la matière abstraite ' Poin'^tNAJ, lisez ^iNXftJ.
(*A>;), qti'il convertit en substance par " Selon les Soufis, le terme ojjkLiiL l'adjonction de la forme. « Le /leid, dit car c'est ain.si qu'il faut lire dans le texte l'auteur du Tarifât, est cela dons lequel arabe, désigne l'acte de contempler les Dieu a ouvert (a produit à l'improviste) choses en suivant les indications de la les corps (le l'univers, bien qu'il [cehebâ) confession de l'unité; ce qui paraît signin'nil aucune existence propre, excepté fier: «voiries choses en Dieu, de même pai' les formes que Dieu a ouvertes en lui. qu'on voit Dieu dans les choses. i> constituante jointe à celle des éléments et de la matière [hioulé, \i\r}) des éléments; la puissance qui constitue les animaux est jointe à celle des minéraux; la puissance qui constitue ie caractère de l'espèce humaine est jointe à celle qui fait l'animalité; ensuite vient la sphère (du monde), qui renferme la puissance de l'humanité et (une autre puissance)