prières au Dieu suprême par son Fils unique...; qu'ils aiment mieux nous voir adresser directement nos prières à Dieu, que si nous le» adressious à eux, en divisant ainsi la puissance de lu prière humaine (1 ); Pourquoi Bossuet se plaignait de l'aveuglement et de la grossièrelé de ces hommes qui ne veulent jamais comprendre ces génies patrons des nations et moteurs de tout l'univers T A cette masse imposante de traditions antiques, il faut ajouter toute la théorie del'aslrologie judiciaire, qui a déshonoré sans doute l'esprit humain comme l'idolâtrie, mais qui sans doute aussi tient comme l'idolâtrie à des vérités du premier ordre, qui nous ont été depuis soustraites comme inutiles ou dangereuses, ou que nous ne savons plus reconnaître sous des formes nouvelles.
Tout nous ramène donc à l'incontestable vérité que le système du monde est inexplicable et impossible par des moyens mécaniques. De savoir ensuite comment cette vJrité peut s'accorder avec les théories mathématiques, c'est ce que je ne décide point, craignant par-dessus tout de sortir du cercle des connaissances qui m'appartiennent: mais la vérité que j'ai exposée étant incontestable, et nulle vérité ne pouvant être en contradiction avec une autre, c'est aux théoriciens en titre à se tirer de cette difficulté. — Ipsi viderint.
La première Ibis que l'esprit religieux s'emparera d'un grand mathématicien, il arrivera trés-sùrement une révolution dans les théories astronomiques.
Je ne sais si je me trompe, mais cette espèce de despotisme, qui est le caractère distinctif des savants modernes, n'est propre qu'à relarder la science. Elle repose aujourd'hui tout entière sur de profonds calculs à la portée d'un très-petit nombre d'hommes. Ils n'ont qu'à (1) H/*ûv ttjv eûxTiicrçv Suva/xtv. ( Orig. adv. Cels. lib. V. — « Celse suppose que nous comptons pour rien le soleil, la lune et les étoiles, tandis que nous avouons: Qu'ils attendent aussi la manifestation des enfants de Dieu, qui sont maintenant assujettis à la vanité des choses matérielles, à cause de celui qui les y a assujettis. ( l'iom. VIII, 19, seqq. ) Si, parmi les innombrables choses que nous disons sur ces astres, Gclse avait seulement entendu: Louez-le, à vous, étoites et lumière! oa bien. louez-le, deux des cieuxl (Ps. CXLVIII, 3, 4.), il ne nous accuserait pas de compter pour rien de si grands panejyrisi.es de Rieu. » (Orig, il/id. V ) 3 I 8 NOTES e'onlendre pour imposer silence à In foule. Leurs théories sont devenues une espèce de religion; le moindre doute est un sacrilège.
Le traducteur anglais de toutes les œuvres de Bacon, le docteui Schaw, a dit, dans une de ses notes dont il n'est plus en mon pouvoir d'assigner la place, mais dont j'assure l'authenticité: Que le système de Copernic a bien encore ses difficultés.
Certes, il faut être bien intrépide pour énoncer un tel doute. La personne du traducteur m'est absolument inconnue; j'ignore même s'ii existe: il est impossible d'apprécier ses raisons qu'il n'a pas jugé à propos de nous faire connaître; mais sous le rapport du courage, c'est un héros.
Malheureusement ce courage n'est pas commun, et je ne puis doute? qu'il y ait dans plusieurs têtes (allemandes surtout) des pensées de ce genre qui n'osent se montrer.
Pour moi, je me borne à demander qu'en partant de cette vérité incontestable: Que tout mouvement suppose un moteur, et que le poussant est. de nécessite absolue ou antérieur au poussé (i), il soit fait une revue philosophique du système astronomique.
La demande me semble modeste, et je ne vois pas que personne ait droit de se fâcher.
On se fâchera encore moins, je l'espère, si je donne un exemple des doutes excités dans mon esprit par les théories mécaniques; je le choisirai dans les notions élémentaires sur la figure de la terre.
On nous a dit à tous, en commentant nos instructions sur ce point, que notre planète est aplatie sur les pôles, et s'élève au contraire sous l'équateur; en sorte que les deux axes sont inégaux dans une proportion qu'il s'agit d'assigner.
(1) Mûv upyji tU T»j; k'jrai y.ivr,7lo>; â.-z.'Xr.r,; à/).^ ItX^V ri T*K aùrvii cÙ7rt-j xivôcxavjs /juraêoArç; c'est-à-dire: Le mouvement peut-il avoir un autre jirUicipe que cette force qui se meut elle-même? Celle puissance est l'intelligence, et cette intelligence est Dieu; et il faut nécessairement qu'elle soit antérieure A la nature physique, qui reçoit d'elle le mouvement: car comment le HOÛV ne serait-il pa» •vant le xtvoû/xEvov? ( Plat, de Leg. X, SO, 87. ) Vouez encore Aristotc (Phusicorum, lib. III, i, 23.) Quvd ctelum moveatur ex uliquii intellectuali substantià.
DU ONZIÈME ENTRETIEN. 319 Pour s'en assurer, nous a-t-on dit,ily a deux moyens, l'expériencfl ou les mesures géodésiques, et la théorie.
Celle-ci repose sur cette vérité physique, que si une sphère louni6 6ur son axe, elle s'élèvera sur son équateur en vertu delà force centrifuge, et prendra la forme d'un sphéroïde aplati.
Et 1 on nous montrait dans le cabinet de physique une spère de cuir bouilli, tournant sur un axe au moyen d'une manivelle, et prenant en effet, en vertu de la rotation, la figure indiquée.
Et nous disions tous: Voilà qui tsl clair!
Mais voyez combien, pour l'âge de raison, s'élèvent d'arguments décisifs contre cette démonstratian décisive.
En premier lieu, la terre n'est point du tout de cuir bouilli: l'intérieur est lettre dose; mais quant à l'extérieur et à cette enveloppe de médiocre profondeur que Dieu nous a livrée, nous voyons de l'eau et de la terre, et d'immenses montagnes qui s'enfoncent jusqu'à une profondeur inconnue, et que nous pouvons regarder comme les ossements de la terre. Si cette masse, supposée immobile, venait tout à coup à recevoir le mouvement diurne, l'habitation de l'homme et des animaux serait détruite par les eaux qui accourraient sous l'équateur: Ainsi la terre ne pouvait être ce qu'elle est, lorsqu'elle commença à tourner,elc.
En second lieu, les physiciens que j'ai en vue n'admettent point de création proprement dite. Ce mot seul les met en colère, et plusieurs ont fait leur profession de foi à cet égard. Or, à partir de cette hypothèse, comment pouvaient-ils dire: Que la terre a été soulevée sous l'équateur par un rràuvement qui n'a jamais commencé? Cette supposition sera trouvée impossible, si l'on y pense.
Ce n'est pas tout: supposons en troisième lieu, et laissant même do côté la question de l'éternité de la matière, que le monde au moins ait commencé; il faut que ces mécaniciens nous disent dans quelle révélation ils ont appris que, lorsque la terre commença de tourner, elle* était molle et ronde: deux petites suppositions qui valent la peine d'être examinées. Si la terre devait être ronde (supposons-le un instant) alors elle eût été elliptique avant de tourner, et allongée sur l'axe autant précisément qu'il le fallait pour devenir parfaitement rondo par le mouvement de rotation.
3 '20 NOTES DU ONZIÈME ENTRETIEN.
Ainsi tout se réduit aux mesures géodésiques, et la prétendue théorie n'est rien.
Observons, en finissant, que plusieurs parties de la science, notamment celle dont il s'agit dans ce moment, reposent sur des observations infiniment délicates, et que toute observation délicate exige une conscience délicate. La probité la plus rigoureuse est la première qualiié de tout observateur FIN DES NOTES DU ONZIEME ENTRETIEN.
SUR LES SACRIFICES.
CHAPITRE PREMIER.
DES SACRIFICES EN GENERAL- Je n'adopte point l'axiome impie: La crainte dans le monde imagina les dieux (1).
Je me plais au contraire à remarquer que les hommes, en donnant à Dieu les noms qui expriment la grandeur, le pouvoir et la bonté, en l'appelant le Seigneur, le Maître, le Père, etc., montraient assez que l'idée delà divinité ne pouvait être fille de la crainte. On peut observer encore que la musique, la (1) Primus in orbe deo.i fecit timor. Ce passage, dont on ignore I© véritable auteur, se trouve parmi les fragments de Pétrone. Il est bien là.
poésie, la danse, en un mot tous les arts agréables, étaient appelés aux cérémonies du culte; et que l'idée d'allégresse se mêla toujours si intimement à celle de fête, que ce dernier devint partout synonyme du premier.
Loin de moi d'ailleurs de croire que l'idée de Dieu ait pu commencer pour le genre humain, c'est-à-dire, qu'elle puisse être moins ancienne que l'homme.
Il faut cependant avouer, après avoir assuré l'orthodoxie, que l'histoire nous montre l'homme persuadé dans tous les temps de cette enrayante vérité: Qu'il vivait sous la main d'une puissance irritée, et que cette puissance ne pouvait être apaisée que par des sacrifices.
Il n'est pas même aisé, au premier coup d'œil, d'accorder des idées en apparence aussi contradictoires; mais si l'on y réfléchit attentivement, on comprend très bien comment elles s'accordent, et pourquoi le sentiment de la terreur a toujours snbsisté à côté de celui de la joie, sans que l'un ait jamais pu anéantir l'autre.
« Les Dieux sont bons, et nous tenons d'eux tous les biens dont nous jouissons: nous leur devons la louange et l'action de SUR LES SACRIFICES 323 grâce. Mais les dieux sont justes, et nous sommes coupables: il faut les apaiser, il faut expier nos crimes; et, pour y parvenir, le moyen le plus puissant est le sacrifice (1)."
Telle fut la croyance antique, et telle est encore, sous différentes formes, celle de tout l'univers. Les hommes primitifs, dont le genre humain entier reçut ses opinions fondamentales, se crurent coupables: les institutions générales furent toutes fondées sur ce dogme, en sorte que les hommes de tous les siècles n'ont cessé d'avouer la dégradation primitive et universelle, et de dire comme nous, quoique d'une manière moins explicite: Nos mères nous ont conçus dans le crime; car il n'y a pas un dogme chrétien qui n'ait sa racine dans la nature intime de l'homme, et dans une tradition aussi ancienne que le genre humain.
Mais la racine de cette dégradation, ou la rêité de l'homme, s'il est permis de fabriquer ce mot, résidait dans le principe sensible, dans la vie, dans Verne enfin, si soi- (1) Ce n'était point seulement pour apaiser les mauvais génies; ce n'était point seulement à l'occasion des grandes calamités que le sacrifice était offert: il fut toujours la base de toute espèce de culte, saut distinction de lieu, de temps, d'opinions ou de circonstances.
gneusement distinguée par les anciens, de l'esprit ou de l'intelligence.
L'animal n'a reçu qu'une âme; à nous furent donnés et l'âme et V esprit (1).
L'antiquité ne croyait point qu'il pût y avoir, entre V esprit et le corps, aucune sorte de lien ni de contact (2); de manière que Pâme, ou le principe sensible, était pour eux une espèce de moyenne-proportionnelle, ou de puissance intermédiaire en qui Vesprit reposait, comme elle reposait elle-même dans le corps.
En se représentant Vâme sous l'image d'un œil, suivant la comparaison ingénieuse de Lucrèce, Vesprit était la prunelle de cet œil (3). Ailleurs il l'appelle Vâme de Vâme (4), (1) Tmmisitque (Deus) in hominem spiritum et animam. (Joseph. Antiq. Jud., lib. I, cap. i, § 2.)
Priucipio induisit communis conditor illis Taiitùm animam; nobis, animam quoque...(2) Mentem autem reperiebat Deus uîli rei adjimetam esse sine animo nefas esse: quoeirca intclligentiam in animo, animam conclusit in corpore. (Tim. inter. frag. Cicer., Plat, in Tim. opp., tom. IX, p. 312.
(3) Utlaccrato oculo circùm, si pupula mansU Incoluiuis, etc.
(4) ÂUiue an<roa 'st animec proporrô totius ipsa.
nu.
et Platon, d'après Homère, le nomme le cœur de Vâme (1), expression que Philon renouvela depuis (2).
Lorsque Jupiter, dans Homère, se détermine à rendre un héros victorieux, le dieu a pesé la chose dans son esprit (3); il est un: il ne peut y avoir de combat en lui.
Lorsqu'un homme connaît son devoir et le remplit sans balancer, dans une occasion difficile, il a vu la chose comme un dieu, dans son esprit (4-).
Mais si, longtemps agité entre son devoir et sa passion, ce même homme s'est vu sur le point de commettre une violence inexcusable, il a délibéré dans son âme et dans son esprit (5).
(1) In Theœt. opp., tom. II, p. 261. C.
iV. B. Quelquefois les latins abusent du mot atiimus, mais toujour» d'une manière à ne laisser aucun doute au lecteur. Cicéron, par exemple, l'emploie comme un synonyme d'anima et l'oppose à mens. Et Virgile a dit dans le même sens: Mentent animumque. jEh. VI, 11, etc. Juvénal, au contraire, l'oppose comme synonyme de mens, au mot anima, etc.
(2) Philo, de Opif. mundi, cité par Juste-Lipse. Pliys. sloic. III, (tisser, xvi.
(5) Ewj é T«Éiô' wp/xsav» xktk ypivx xxï xxzx dv/J-6-J.
Quelquefois ï esprit gourmande l'âme, et la veut faire rougir de sa faiblesse: Courage, lui dit-il, mon âme! tu as supporté de plus grands malheurs (1).
Et un autre poète a fait de ce combat le sujet d'une conversation, en forme tout à fait plaisante. Je ne puis, dit-il, ô mon dme! Raccorder tout ce que tu désires: songe que tu n'es pas la seule à vouloir ce que tu aimes (2).
Que veut-on dire, demande Platon, lorsqu'on dit qu'un homme s'est vaincu lui-même, qu'il s'est mont ré plus fort que lui-même, etc.? On affirme évidemment qu'il est, tout à la fois, plus fort et plus faible que lui-même; car si c'est lui qui est le plus faible, c'est aussi lui qui est le plus fort; puisqu'on affirme l'un et l'autre du même sujet. La volonté supposée une ne saurait pas plus être en contradiction avec ellemême, qu'un corps ne peut être animé à la fois Platon a cité ce vers dans le Phédon, (Opp. lom. I, p. 215, D. ) £t il y voit une puissance qui parle à une autre. — '&$ oiXXyi oùsix iji).A&> irf.ikyy.xTi Si?.).zyoufJ.évii. ( Ibid. 261, B.)
(£) Où ûvva//.ai <rot, Ou/^è, napaa'/iX-j xsfj-zvx Tiâvra, TÉiO.afli. Tûv Se xaiwy oiÎTt au pouvos èpâç.
(Thcogn. inter. vers. guom. ex edit. Brunckii, v. 72-73.)
par deux mouvements actuels et opposés (1 ); car nul sujet ne peut réunir deux contraires simultanés (2). Si l'homme était un, a dit excellemment Hippocrate, jamais il ne serait malade (3); et la raison en est simple: car, ajoute-t-il, on ne peut concevoir une cause de maladie dans ce qui est un (4).
Cicéron écrivant donc que, lorsqu'on nous ordonne de nous commander a nous-mêmes, cela signifie que la raison doit commander a la passion (5), on il entendait que la passion est une personne, ou il ne s'eutendait pas lui-même.
Pascal avait en vue sans doute les idées de Platon, lorsqu'il disait: Cette duplicité de V homme est si visible, qu'il y en a qui ont pensé que nous avons deux âmes, un sujet (2) OùSè (twv ôvtwv) oùôsv ûfj.x ri hxvilx sTnàé^îTia.
(Arist. calheg. de quantitale. 0pp. tom. I. ) (3) 'Eyù 5è f vj/xl eî îv r,v 5 âvdpovxoi, tiôt' Slv rilyzzv.
(Hipp. de Nat. hum. Rom. », cit. edit., cap. 2, p. 265. ) Cette maxime lumineuse n'a pas moins de valeur dans le monde moral* (5) Quum irjiiur prœcipitur ut nobismelipsis imperemus, hoc prœci' pitur, ut ratio coerceat temeritatem. (Tusc. qusest. II, 21.) Parlout où il faut résister, il y a action; partout où il y a action, il y a subtlance; et jamais on ne comprendra comment une tenaille peut se sai-«r elle même.
simple leur paraissant incapable de telles et si soudaines variétés (1).
Mais avec tous les égards dus à un tel écrivain, on peut cependant convenir qu'il ne semble pas avoir vu la chose tout à fait à fond; car il ne s'agit pas seulement de savoir comment un sujet simple est capable de telles et si soudaines variétés, mais bien d'expliquer comment un sujet simple peut réunir des oppositions simultanées; comment il peut aimer à la fois le bien et le jnal, aimer et haïr le même objet, vouloir et ne vouloir pas, etc.; comment un corps peut se mouvoir actuellement vers deux points opposés; en un mot, pour tout dire, comment un sujet simple peut n'être pas simple.
L'idée de deux puissances distinctes est bien ancienne, même dans l'Eglise, ce Ceux ce qui l'ont adoptée, disait Origène, ne pence sent pas que ces mots de l'apôtre: La chair ce a des désirs contraires à ceux de Vesprit (1) Pensées, III, 13. — On peut voir à l'endroit de Platon qu'on vient de citer la singulière histoire d'un certain Léontios, qui voulait absolument voir des cadavres qu'absolument il ne voulait pas voir; ce qui se passa dans cette occasion entre son âme et lui, et les injuref qu'il crut devoir adresser à ses yeux. (Loc. cit., p. 560, A,) « (Galat. V, 17.) doivent s'entendre de la « chair proprement dite; mais de cette âme, « qui est réellement lame de la chair: car, ce disent-ils, nous en avons deux, Tune bonne ce et céleste, l'autre inférieure et terrestre: ce c'est de celle-ci qu'il a été dit que ses œuce vres sont évidentes (Ibid., 19.), et nous ce croyons que cette âme de la chair réside ce dans le sang (1). » Au reste, Origène, qui était à la fois le plus hardi et le plus modeste des hommes dans ses opinions, ne s'obstine point sur celte question. Le lecteur, dit-il, en pensera ce qu'il voudra. On voit cependant assez qu'il ne savait pas expliquer autrement ces deux mouvements diamétralement opposés dans un sujet simple.
Qu'est-ce en effet que cette puissance qui contrarie l'homme, ou, pour mieux dire, sa conscience? Qu'est-ce que cette puissance qui n'est pas lui, ou tout lui? Est-elle matérielle comme la pierre ou le bois? dans ce cas, elle ne pense ni ne sent, et, par conséquent, elle ne peut avoir la puissance de troubler l'esprit dans ses opérations. J'écoute (l)Orig. de Princ. III, 4. Opp., edit. Ruai, Paris, 1735, ia-foL, avec respect et terreur toutes les menaces faites à la chair; mais je demande ce que c'est.
Descartes, qui ne doutait de rien, n'est nullement embarrassé de cette duplicité de Thomme. Il n'y a point, selon lui, dans nous de partie supérieure et inférieure, de puissance raisonnable et sensitive, comme on le croit vulgairement. L'âme de l'homme est une, et la même substance est tout à la fois raisonnable et sensitive. Ce qui trompe à cet égard, dit-il, c'est que les volitions produites par Vdme et par les esprits vitaux envoyés par le corps, excitent des mouvements contraires dans la glande pinéale (1).
Antoine Arnaud est bien moins amusant: il nous propose comme un système inconcevable, et cependant incontestable: « Que ce « corps, qui, n'élant qu'une matière, n'est « point un sujet capable de péché, peut cece pendant communiquer à l'âme ce qu'il n"a (1) Cartesii opp. Amst., Blaen, 1785, in-4°; de Passionibux, art. XLVII, p. 22. Je ne dis rien de celle explication: les hommes tels que Descaries mérilent autant d'égards qu'on en doit peu aux funestes usurpateurs de la renommée. Je prie seulement qu'on fasse attention au fond de la pensée, qui se réduit très clairement à ceci: Ce qui fait croire communément qu'il y a une contradiction dans l'homme, c'est qu'il y a une contradiction dans l'homme.
ce pas et ne peut avoir; et que, de l'union de « ces deux choses exemptes de péché, il en « résulte un tout qui en est capable, et qui ce est très justement l'objet de la colère de ce Dieu (1).»
Il parait que ce dur sectaire n'avait guère philosophé sur l'idée du corps, puisqu'il s'embarrasse ainsi volontairement, et qu'en nous donnant une bêtise pour un mystère, il expose l'inattention ou la malveillance à prendre un mystère pour une bêtise.
Un physiologiste moderne se croit en droit de déclarer expressément que le principe vital est un être, « Qu'on l'appelle, dit-il, ce puissance ou faculté, cause immédiate de ce tous nos mouvements et de tous nos sen-*> timents, ce principe est un: il est absoluce ment indépendant de l'âme pensante, et « même du corps, suivant toutesles vraisem-« blances (2): aucune cause ou loi mécanicc que n'est recevable dans les phénomènes ce du corps vivant (3) » (1) Perpétuité de la foi, in-4°, tom. III, liv. XI. c. VI.
(2) Il semble que ces mots, suivant toutes les i • aisemblances, sont encore, comme je l'ai dit ailleurs, une pure complaisance pour le siècle t car comment ce qui est in, et qui peut s'appeler principe, ne serait-il pas distingué de la matière î (3) Nouveaux Eléments de la science de l'homme, par M. àarlliezj S vol. in-S° Paris, 1806.
332 ÉCL AIRCISSEME NT Au fond, il paraît que l'Ecriture sainte est sur ce point tout a fait d'accord avec la philosophie antique et moderne, puisqu'elle nous apprend: « Que l'homme est double dans ses « voies (1), et que la parole de Dieu est « une épée vivante qui pénètre jusqu'à îa di- « vision de l'âme et de l'esprit, et discerne « la pensée du sentiment (2). » Et Saint Augustin, confessant à Dieu l'em pire qu'avaient encore sur son âme d'anciens fantômes ramenés par les songes, s'écrie avec la plus aimable naïveté: Alors Seigneur! suis- Non, sans doute, il n'était pas lui, et personne ne le savait mieux que lui, qui nous dit dans ce même endroit: Tant il y a de différence entre moi-même et moi-même (4)"; lui qui a si bien distingué les deux puissances de l'homme lorsqu'il s'écrie encore, en s'adressant à Dieu: O toi! pain mystique (1) Homo duplex in viis suis. Jac. I, S.
(2) Pertingens usque ad divisionem animée ac spirilfts (11 ne »liii>;is de l'tsprit et du corps), et discretor cogitatiotium et intentionum cordis.
(3) Numquid tune non ego sum, Domine, Dons mous? (0. Augusl. Confess.X, xxx, i.)
(4) Taniùni înterest inter *e ipsunct meipsum. {Ibid.)
de mon âme, époux de mon intelligence t quoi! je pouvais ne pas? aimer (1)!
Milton a mis de beaux vers dans la bouche de Satan, qui rugit de son épouvantable dégradation (2). L'homme aussi pourrait les prononcer avec proportion et intelligence.
D'où nous est venue l'idée de représenter les anges autour des objets de notre culte par des groupes de têtes ailées (3)?
Je n ignore pas que la doctrine des [deux âmes lut condamnée dans les temps anciens, mais je ne sais si elle Je fut par un tribunal compétent: d'ailleurs il suffit de s'entendre. Que l'homme soit un être résultant de l'union de deux âmes, c'est-à-dire de deux principes intelligents de même nature, dont l'un (1) Deus...panis oris intus animae meœ, et virtus mariions méritera meam...non te amabum! (Ibid. I. xiu, 2.)
(l) 0 font dcscent 1 That I who erst contend'd With Gods tho sit the higli'st, am now cunstrain'd; Into a beast and raîx'd wiili bestial slime Tliis essence ta incarnate and imbrute That ta the higlit of deity asjiii'd.
(3) Trop île gens savent malheureusement dans quel endroit de ses œuvres Voltaire a nommé ces figures des Saints joufflus. Il n'y a pas, dans les jardins de l'intelligence, une seule Heur que cette cheuillc n'ait souillée.
est bon et l'autre mauvais, c'est, je crois, l'opinion qui aurait été condamnée, et que je condamne aussi de tout mon cœur. Mais que l'intelligence soit la même chose que le principe sensible, ou que ce principe qu'on appelle aussi le principe vital, et qui est la vie, puisse être quelque chose de matériel, absolument dénué de connaissance et de conscience, c'est ce que je ne croirai jamais, à moins qu'il ne m'arrivât d'être averti que je me trompe par la seule puissance qui ait une autorité légitime sur la croyance humaine. Dans ce cas, je ne balancerais pas un instant, et au lieu que, dans ce moment, je n'ai que la certitude d'avoir raison, j'aurais alors la foi d'avoir tort. Si je professais d'autres sentiments, je contredirais de front les principes qui ont dicté l'ouvrage que je publie, et qui ne sont pas moins sacrés pour moi.
Quelque parti qu'on prenne sur la duplicité de l'homme, c'est sur la puissance animale, sur la vie, sur Y âme ( car tous ces mots signifient la même chose dans le langage antique ), que tombe la malédiction avouée par tout l'univers.
Les Egyptiens, que l'antiquité savante proclama les seuls dépositaires des secrets divins (1), étaient bien persuadés de cette vérité, et tous les jours ils en renouvelaient la profession publique; car lorsqu'ils embaumaient les corps, après qu'ils avaient lavé dans le vin de palmier les intestins, les parties molles, en un mot tous les organes des fonctions animales, ils les plaçaient dans une espèce de coffre qu'ils élevaient vers le ciel, et l'un des opérateurs prononçait cette prière au nom du mort: « Soleil, souverain maître de qui je tiens « la vie, daignez me recevoir auprès de vous. « J'ai pratiqué fidèlement le culte de mes *c pères; j'ai toujours honoré ceux de qui je « tiens ce corps; jamais je n'ai nié un dépôt; « jamais je n'ai tué. Si j'ai commis d'autres ce fautes, Je ruai point agi par moi-même, ce mais par ces choses (2). » Et tout de suite on jetait ces choses dans le fleuve, comme la cause de toutes les fautes que V homme avait commises (3): après quoi on procédait à l'embaumement.
(1) JEgyptios solos divinarum rerwm conscios. (Macrob. Sat. 1, 12. ) On peut dire que cet écrivain parle ici au nom de toute l'antiquité.
(2) 'Alix Six t«St«. Porphyr. ( De abstin. cl usu anim., IV, 10. ) Or il est certain que, dans cette cérémonie, les Egyptiens peuvent être regardés comme de véritables précurseurs de la révélation qui a dit anathème a la chair, qui Ta déclarée ennemie de l'intelligence, c'està-dire de Dieu, et nous a dit expressément que tous ceux qui sont nés du sang ou de la volonté de la chair ne deviendront jamais enfants de Dieu (1).
I/homme étant donc coupable par son principe sensible, par sa chair, par sa vie, Tanathème tombait sur le sang; car le sang était le principe de la vie, ou plutôt le sang était la vie (2). Et c'est une chose bien sin- (Plut., De usu carn., Orat. II,) cités par M. Larcher dans sa précieuse traduction d'Hérodote, liv. H, § 85. Je ne sais au reste pourquoi ce grand helléniste a traduit 8f x txvrx par c'est pour ces choses; au lieu de, c'est par ces choses.
Il y a un rapport singulier entre cette prière des prêtres égyptiens et celle que l'Eglise prononce à côté des agonisants. « Quoiqu'il ail « péché, il a cependant toujours cru; il a porté dans son sein le «zèle de Dieu; il n'a cessé d'adorer le Dieu qui a tout créé, etc. » Licèt enim peccaverit, tamen...credidit, et zelum Dei in se habuit, et eum qui fecil omnia fiddiler adoravit, etc.
'l)Joh.I, 12, 13. Lorsque David disait: Spiritum rectum innova in visceribus meis, ce n'était point une expression vague ou -une manière de parler: il énonçait un dogme précis et fondamental.
[2) Vous ne mangerez point le sang des animaux, qui est leur vie. (Gcn. IX, 4, 5.) La vie de la chair est dans le sang; c'est pourquoi je vous l'ai donné, afin qu'il soit répandu sur l'autel pour l'expiatiou de vos péchés j car c'est par le smg que I'aub sera purifiée, fjUev. XIII, gulière que ces vieilles traditions orientales, auxquelles on ne faisait plus d'attention, aient été ressuscitées de nos jours, et soutenues par les plus grands physiologistes.
Le chevalier Rosa avait dit, il y longtemps, en Italie, que le principe vital réside dans le sang (1). Il a fait sur ce sujet de fort belles expériences, et il a dit des choses curieuses sur les connaissances des anciens à cet égard; mais je puis citer une autorité plus connue (2), celle du célèbre Hunier, le plus grand anatomiste du dernier siècle, qui a ressuscité et motivé le dogme oriental de la vitalité du sang.
« Nous attachons, dit-il, l'idée de la vie « à celle de l'organisation; en sorte que nous « avons de la peine à forcer notre imagina--ce tion de concevoir un fluide vivant; mais 41.) Gardez-vous de manger leur sang (des animaux) car leur sang est leur vie; ainsi vous ne devez pas manger avec leur chair ce qui est leur vie; mais vous répandrez ce sang sur la terre comme l'eau (Deut.XII, 23,24, etc., etc., etc.)
(1) On trouvera une belle analyse de ce système dans les œuvres du comte Gian-Rinaldo Carli-Rubi. Milan, 1790, 50 vol.in-8", tom. IX.
(2) Je ne dis pas plus décisive, car les pièces ne sont plus sous mes yeux, et jamais je n'ai pu les comparer. D'ailleurs, quand Rosa aumit tout dit, qu'importe? l'honneur de la priorité pour le système de la vitalité du sang ne lui serait point accordé. Sa patrie n'a ni (loltes, ni armées, ni colonies: tant pis pour die et tant pis pour lui.
ce V organisation n'a rien de commun avec ce la vie (1). Elle n'est jamais qu'un instrc' c< ment, une machine qui ne produit rien, ce même en mécanique, sans quelque chose ce qui réponde à un principe vital, savoir ce une force, ce Si Ton réfléchit bien attentivement sur ce la nature du sang, on se prête aisément ce à l'hypothèse qui le suppose vivant. On ce ne conçoit pas même qu'il soit possible ce d'en faire une autre, lorsqu'on considère ce qu'il n'y a pas une partie de l'animal qui ce ne soit formée du sang, que nous venons ce de lui ( wee grow out qf it), et que, s'il ce n'a pas la vie antérieurement à cette opécc ration, il faut au moins qu'il l'acquière ce dans l'acte de la formation, puisque nous ce ne pouvons nous dispenser de croire à ce l'existence de la vie dans les membres ce ou différentes parties, dès qu'elles sont ce formées (2).
Il paraît que cette opinion du célèbre Hunier a fait fortune en Angleterre. Voici ce qu'on lit dans les Recherches asiatiques: (1) Vérité du premier ordre et de la plus grande évidence.
(2) Voy. John. Hunter's a Trealise on ilie blood, inflammation utit. Gm-ihol wounds. Lonâcn; 179 4, in-i°.
te C'est une opinion, du moins aussi ance cienne que Pline, que le sang est un fluide « vivant; mais il était réservé au célèbre ce physiologiste Jean Hunter de placer cette c< opinion au rang de ces vérités dont il n'est ce plus possible de disputer (1). » La vitalité du sang, ou plutôt l'identité du sang et de la vie étant posée comme un fait dont l'antiquité ne doutait nullement, et qui a été renouvelé de nos jours, c'était aussi une opinion aussi ancienne que le mondef que le ciel irrité contre la chair et le sang, ne pouvait être apaisé que par le sang; et aucune nation n'a douté qu"il n'y eût dans l'effusion du sang une vertu expiatoire! Or, ni la raison ni la folie n'ont pu inventer cette idée, encore moins la faire adopter généralement. Elle a sa racine dans les dernières profon- (i) Yoy. le mémoire de M. William Boag sur le venin des serpents, dans les Piecherches asiatiques, tom. VI, in-4°, p. 108.
On a vu que Pline est bien jeune comparé à l'opinion de la vitalité du sang; voici au reste ce qu'il dit sur ce sujet: Duœ grandes vence..» per alias minores omnibus metnbris tilalilatem rigant...» magna est in to vitalitalis portio.
(C. Plinii Sec. Hist. nat. curisHarduini. Paris, 1685; in -4*, t. II, lib. XII, cap. 69-70, pag. 564, 565, 585.)
H'inc sedem animœ sanguinem este veterum pleriquc direrunt. (Not, deurs de la nature humaine, et l'histoire, sur ce point, ne présente pas une seule dissonnance dans l'univers (1). La théorie entier reposait sur le dogme de la réversibilité. On croyait (comme on a cru, comme on croira toujours) que V innocent pouvait payer pour le coupable; d'où Ton concluait que la vie étant coupable, une vie moins précieuse pouvait être offerte et acceptée pour une autre. On offrit donc le sang des animaux; et cette âme, offerte pour une âme, les anciens l'appelèrent antipsjchon ( *vr<'4.vxov ), vicariam animant; comme qui dirait âme pour âme ou âme substituée (2).
Le docte Goguet a fort bien expliqué, par ce dogme de la substitution, ces prosti- (1) C'était une opinion uniforme, et qui avait prévalu de toute part, que la rémission ne pouvait s'obtenir que par le sang, et que quelqu'un devait mourir pour le bonheur d'un autre. (Bryanfs Mythology expia- Les Thalnuidisteo décident de plus que les péchés ne peuveut être effacés que par le sang. (Jluet. Dém. Evmuj. prop. IX, cap. 14o.)
Ainsi le dogme du salut par le sang se retrouve partout. Il brave lî temps et l'espace; il est indestructible, et cependant il ne découla d'aucune raison antécédente ni d'aucune erreur assignable.
Cor pro corHe, prrror, pro fihrïs accîpc filtt as, Ujiic iniuuin voues pro uiciiui e damât.
sa; LES SACRIFICES. oil tutions légales très connues dans l'antiquité, et si ridiculement niées par Voltaire. Les anciens, persuadés qu'une divinité courroucée ou malfaisante en voulait à la chasteté de leurs femmes, avaient imaginé de lui livrer des victimes volontaires, espérant ainsi que Vénus, tout entière à sa proie attachée, ne troublerait point les unions légitimes: semblable à un animal féroce auquel on jetterait un agneau pour le détourner d'un homme (1).
Il faut remarquer que, dans les sacrifices proprement dits, les animaux carnassiers, ou stupides, ou étrangers à l'homme, comme les bêtes fauves, les serpents, les poissons, les oiseaux de proie, etc., n'étaient point immolés (2). On choisissait toujours, parmi les animaux, les plus précieux par leur utilité, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l'homme par leur instinct et leurs habitudes. Ne pouvant enfin immoler Thomme pour sauver l'homme, on choisissait dans l'espèce animale les victimes les plus (1) Voy. la Nouvelle démonstration évangeTique de Lelaiul. Liège, 4768, 4 vol. fn-li, lom. I, part. I, chap. vu, p. 352.